NIHAAAAAAAOOOO ! 8D oui je me la pète à parler chinois, mais comme la plupart d'entre vous le savent, je suis partie en voyage en Chine pendant un mois et je suis revenue il y a une semaine et demie environ. C'était juste incroyable, une expérience humaine et personnelle que je n'oublierai pas de sitôt. Si vous voulez en savoir plus, invitez moi sur facebook (Vicky Mileva Newman) et vous pourrez voir toutes les photos avec les petites annotations personnelles ;) ça sera un plaisir de vous faire voyager même virtuellement ! Ah d'ailleurs je serais à la Japan Expo vendredi prochain, donc si vous voulez qu'on s'y rencontre, n'hésitez pas !
MAIS TRÊVE DE BLABLABLA ! Je vous sers aujourd'hui sur un plateau d'argent le nouveau chapitre de cette fanfiction, que j'ai écrit assez rapidement au final, ayant été très inspirée par tout le côté traditionnel et ancien des quartiers de Shanghai et de la Chine en général ^^ le chapitre est LONG (comme toujours avec moi je sais ça craint) mais je me suis beaucoup amusée à l'écrire, avec mon perpétuel sadisme et ma gougoulerie sans limite... La narration est externe tout du long cette fois-ci, je trouve que changer de points de vue est vraiment génial, ça aide à caractériser les personnages comme ils devraient l'être :)
PETITE PRÉCISION : ce chapitre contient un LEMON, vous verrez bien entre qui et qui en lisant après fufufu 8) mais voilà, je préfère le préciser pour celles que ça pourrait déranger. Je n'avais pas écrit de scènes de ce genre depuis un sacré bout de temps, parce que je ne me sens pas spécialement à l'aise dans ce registre et que je trouve que c'est un exercice vraiment difficile. Il n'était pas nécessairement prévu à la base, et puis au fur et à mesure que mes idées fusaient, je me suis dit que je pouvais bien au moins essayer de faire quelque chose... la gougoule que je suis en est plutôt satisfaite 8D à vous d'en juger pour la suite !
Réponses aux anonymes :
Aria : oui c'est une fanfic sur l'univers de Hakuouki mais rassure-toi, Sakura ne sera pas comme Chizuru qui ne sert qu'à faire du thé xD merci de ton commentaire !
Gougoule Hanahi : heeeeey j'espère que tu auras retrouvé ton pseudo xD pas l'habitude de t'avoir en anonyme ! Breuuuuf, je crois que tu sais déjà ce qu'il va se passer dans ce chapitre hein, fufufu... petite surprise personnelle, je l'avoue ;) j'espère que ça te plaira. Pour l'action, elle arrive et se met en place, dès que Sakura aura été démasquée par tout le monde ça ira beaucoup plus vite ! SEXYSUKE REVIENDRA A POIL J'TE LE PROMETS ! XD LOVE YOUUUU
missmanga17 : merci pour ton chaleureux commentaire :) j'espère que la suite, que voilà, te plaira tout autant ! :D
ONE MORE THING ! Un baiser d'amour de love gougoulesque à ma frangipane adorée, pour la remercier de m'avoir fait ce superbe fanart sur cette fanfiction. Il s'agit de la talentueuse Hanahi-chan dont vous retrouverez le dessin dans sa galerie sur DevianArt, et sur mon profil si j'arrive à joindre le lien. LOVE YOU MA BFF ;3;
BONNE LECTURE ET A LA REVOYURE ! /o/
Une douce chaleur réchauffait le visage du jeune homme allongé sur le sol, comme un léger chatouillis faisant frémir son nez de l'arrête jusqu'à la pointe. Un rayon de soleil avait jugé opportun de se faufiler par l'embrasure du shōji pile en direction de ses paupières encore closes, l'intéressé s'empêchant par tous les moyens de les entrouvrir ne serait-ce qu'une fraction de secondes. Oh non, il ne les ouvrirait pas le moins du monde, sûrement pas aussi tôt et encore moins aujourd'hui. Et personne ne lui ruinerait ce jour de repos largement mérité qu'il avait cravaché à obtenir, personne ! Gêné par la lumière qui cherchait à l'extirper de son paisible coma, le jeune homme grimaça en ramenant le dos de sa main droite pour couvrir entièrement ses yeux, sentant la rugosité d'un tatami contre son dos nu. Comme à son habitude, il n'avait conservé son yukata de nuit que peu de temps après s'être couché, ne gardant que pour seul vêtement le pantalon assorti pour faire preuve de pudeur. Certes, aucune femme n'était censé pénétrer dans sa chambre mais tout de même. La douce Hinata veillait toujours à ne jamais le déranger durant ses rarissimes congés, s'arrangeant pour faire le moins de bruit possible, retardant le ménage à faire dans cette partie de la machiya en attendant qu'il daigne se réveiller… Rien que pour ces petites attentions, il gratifiait les dieux d'une prière pour leur avoir envoyé Hyuuga Neji et sa jeune cousine. Surtout sa cousine.
Aussi, comme toujours, avait-il quitté son précieux et moelleux futon pour rejoindre les tatamis de paille et y finir sa nuit – même si dernièrement il avait tendance à s'agiter beaucoup plus dans son sommeil que d'ordinaire. Quelque chose n'arrêtait pas de lui triturer les méninges depuis plusieurs jours, et déjà qu'elles ne cogitaient pas souvent… là, c'en était beaucoup trop pour son pauvre esprit torturé. L'éclat de l'astre solaire n'était pas l'unique élément perturbateur à l'avoir arraché des bras de Morphée, c'était même bien loin d'être le seul. Et y penser encore et encore ne changerait rien, mais voilà, il était à présent bel et bien réveillé… bon sang !
Un profond bâillement sorti des profondeurs de son corps – comme si un monstre sommeillait dans ses entrailles – rompit définitivement le silence régnant dans la pièce, tandis que le jeune homme plissait ses prunelles d'une couleur aussi vive que l'azur de la mer, partiellement aveuglé. Il devait être plutôt tard finalement vu l'orientation des rayons désagréables du soleil, et il avait l'impression de ne pas avoir fermé l'œil de la nuit. Encore. Un râle agacé s'échappait de ses lèvres lorsqu'il se redressa dans un craquement de vertèbres avant de s'étirer totalement, assis en tailleur et le dos en compote. Quelques sons lui parvenaient de ci de là, des petits pas feutrés résonnant sur les lattes du parquet, le tintement d'une lame frottée contre une de ses jumelles ; le premier chant mélodieux d'un hototogisu(1), signe du retour tant attendu du printemps… signe de la floraison des cerisiers. Signe des adieux, des rencontres. Une bien fortuite rencontre que celle qui avait eu lieu, tiens…
Se maudissant intérieurement pour laisser son esprit vagabonder sur cette pensée, Naruto se redressa sur ses jambes dans un profond soupir puis passa une main dans ses cheveux blonds naturellement ébouriffés pour se gratter l'arrière du crâne. Il bâilla de nouveau, silencieusement cette fois-ci, avant de se diriger vers le shōji menant vers l'extérieur pour le tirer d'un coup sec tout en se protégeant les yeux pour ne pas être trop ébloui. « Un temps propice pour glander toute la journée ! » songea t-il en scrutant le ciel clair totalement dégagé, le front plissé et la bouche fendue dans un large sourire. Pas un seul nuage au tableau, rien ! Encore heureux que ce fainéant de Shikamaru n'ait pas eu d'autre choix que de trimer aujourd'hui, autrement il aurait été capable de trouver n'importe quelle excuse bidon pour se terrer dans un coin à « analyser les conditions climatiques » comme il savait si bien le dire – même si dans son cas, cela équivalait plutôt à « flemmarder peinard » sur la terrasse en bois encadrant la machiya ou directement sur un des toits. Certains de ses compagnons s'entraînaient bien quelque part vu le fracas des sabres qui résonnait dans l'air, à moins que ce ne fusse une petite altercation en ville. Il roula des yeux à cette pensée et se retourna pour ramasser son yukata traînant à même le sol, avant de l'enfiler par-dessus ses épaules bien bâties ; bah, il n'en avait que faire. Même si une guerre devait éclater aujourd'hui, il n'y prendrait certainement pas part et ce même, pour tout l'or du monde… Non, pas aujourd'hui !
L'Uzumaki se hâta ensuite de plier et ranger son futon dans le coin de la pièce qui lui était réservé avant de sortir de cette dernière, sans oublier de prendre de quoi se changer sous le bras. Il n'était pas spécialement méticuleux sur l'hygiène mais entendre leur chef leur rabâcher sans arrêt qu'il était important pour un soldat de prendre soin de sa santé suffisait à lui faire perdre patience, et à se plier malgré lui aux ordres. Ils étaient samouraïs, pas des chiens de l'armée bon sang ! Enfin, il préférait encore se laver tous les jours plutôt que d'avoir à se coltiner en plus le discours sur l'alimentation équilibrée qu'ils se devaient tous d'adopter – ce message s'adressant tout particulièrement au blond. Ce dernier n'avait pas oublié le nombre de fois où il avait trouvé le message suivant placardé sur l'un des murs de sa chambre : « Les ramens c'est bien, mais il faut aussi manger des légumes ! ». Message que Kakashi avait fait passer à Hinata visiblement, vu ce qu'il y avait parfois sur leurs plateaux lors des repas… Naruto frissonna rien qu'à songer à ce qu'il allait trouver dans son bol la prochaine fois, se dirigeant d'un pas lent vers la salle de bains qui leur était réservée. L'eau fraîchement puisée du matin lui remit les idées en place, s'aspergeant le visage à toute vitesse pour sortir de son état de léthargie, frottant activement ses mains sur ses pommettes et sur ses yeux encore embrumés par le sommeil. Puis il fit un léger brin de toilette – juste ce qu'il fallait pour contenter ce vieux rabat-joie – avant de revêtir son kimono de couleur orange par-dessus son nagajuban(2) d'un bleu roi et d'ajuster son hakama assorti, noir, s'emmêlant une fois de plus les pinceaux pour nouer la ceinture de celui-ci.
Pestant entre ses dents, il finit par abandonner l'idée d'être vêtu correctement – comme s'il en avait quelque chose à faire de toute façon – et sortit de la salle de bains d'une démarche souple pour se diriger vers les parties plus communes de la machiya. Les mains croisées derrière la nuque, un air guilleret collé au visage, Naruto marchait en sifflotant tranquillement en songeant à ce qu'il allait bien pouvoir faire de sa journée quand contre toute attente – ou plutôt sans s'y être préparé – il se retrouva brusquement sur les fesses, chutant lourdement sur le plancher. Un grognement de douleur s'échappa de ses lèvres et il jura en se redressant pour masser son crâne endolori.
« Bordel ! Qui est l'abruti qui a laissé traîner un truc par terre, bon sang !? »
Mais ses yeux ne rencontrèrent que du vide en voulant fustiger violemment ledit « truc » sur lequel il avait glissé ; encore heureux qu'aucun de ses camarades ne l'ait vu se ramasser comme il venait de le faire, ça aurait encore été sa fête lors du dîner ! Fronçant les sourcils en se relevant complètement, il ouvrit de grands yeux ronds en scrutant le parquet en chêne briqué de long en large, à tel point que l'on pouvait presque y apercevoir son reflet en y regardant de plus près. Jamais encore il n'avait vu un tel éclat, comme si un quelconque miracle avait ressuscité les lattes à l'agonie de cette vieille bâtisse qu'était leur résidence. Son inspection se poursuivit un peu plus loin vers la remise qui faisait office de cuisine, constatant avec un peu d'effroi qu'ici aussi, un ouragan avait frappé. Bols, marmites, couteaux et couverts en tout genre… Même l'énorme chaudron en fonte avait été récuré sur toute sa surface vu l'expression ahurie de l'Uzumaki parfaitement reflétée dans le fond, comme il le constata en jetant une œillade à l'intérieur. Qui était le maniaque qui s'était mis en tête de restaurer la machiya dans son intégralité ? Hinata ? Non, elle n'aurait jamais pu faire tout ce travail en si peu de temps, seule ; son intégration au sein du Koueichiimura depuis trois années déjà avait considérablement changé les attitudes de chacun, tous y mettait du leur pour l'aider à tenir la maisonnée dans un état aussi correct que possible… tout du moins les parties communes. La jeune Hyuuga travaillait dur elle aussi à sa manière, et personne ne pouvait contester les efforts qu'elle faisait pour améliorer considérablement le confort de leur quotidien. Si ce n'était pas elle, alors cela ne pouvait vouloir dire qu'une seule chose…
Naruto contracta la mâchoire en inspirant profondément avant de quitter la remise par la porte de derrière menant vers la cour, où ses pas le conduisirent automatiquement après avoir enfilé des getas(3) à ses pieds encore nus. Telle ne fut pas sa déception en apercevant la coiffure ébouriffée de Kiba, assis au bord de la terrasse surélevée qui encadrait la machiya – visiblement lui aussi avait obtenu le privilège de se la couler douce aujourd'hui. Ce dernier releva aussitôt la tête à l'entente du bruit du frottement des sandales sur les cailloux, croisant le regard blasé de son compagnon d'armes, l'air à moitié maussade. Naruto faisait une de ces têtes ! A croire qu'il avait passé la nuit à dessaouler dans sa chambre, à moins qu'il n'ait été insomniaque, ou bien encore qu'il n'ait juste trop dormi… Une tête de déterré, ça oui ! Le jeune Inuzuka reporta son attention sur la lame légèrement émoussée de son katana qu'il était en train d'affuter à l'aide d'une pierre, se contentant de frotter seulement les parties qui lui semblaient plus abîmées, sachant pertinemment qu'il lui faudrait amener son sabre au meilleur armurier de Konoha pour que le résultat soit parfait. Il ne put réprimer un soupir à cette idée, songeant au fait qu'il allait probablement devoir accepter de faire une sale besogne pour le compte de l'armée moyennant un petit pécule qui lui permettrait de payer les services de leur fidèle fournisseur d'armes… et de lui faire un nouveau présent, aussi. A elle. Autant dire qu'il était dans la « galère » comme le marmonnait sans arrêt Shikamaru, pour ne pas dire dans la merde. Le blond le rejoignit en s'asseyant à sa droite, bougonnant un « bon sang » quasiment inaudible en tapotant une nouvelle fois la partie douloureuse de son crâne sur laquelle il avait chuté. Geste qui interpella brusquement Kiba, levant de nouveau son visage pour dévisager l'énergumène à côté de lui, un rictus moqueur sur le visage.
« Ne me dis pas que tu t'es ramassé par terre, toi aussi ? ricana t-il d'une voix forte en voyant le regard de Naruto devenir sombre, passant de la surprise à l'agacement.
— Hé ! J'me suis pas rama… Attends voir ! T'as glissé et t'es tombé sur le sol ? Toi ? Haha ! s'esclaffa son interlocuteur en le pointant du doigt, ravi mais un peu frustré de ne pas avoir assisté à la scène.
— Fous-toi de ma gueule, vas-y ! J'ai à peine fini de parler que t'as nié direct être tombé alors que j'ai dit toi aussi donc ne fais pas trop ton fier Naruto… »
Ce dernier mit un terme – court et net – à son euphorie et darda son voisin d'une œillade meurtrière, ce qui provoqua l'hilarité du brun face à la tête déconfite de l'Uzumaki qui croyait avoir réussi à ne pas passer pour un abruti. C'était malheureusement chose faite, encore. Naruto attendit patiemment que son ami se calme et reprenne la maîtrise de ses émotions avant de lui poser la fatidique question, le pouce pointé en arrière pour désigner la bâtisse.
« On est d'accord hein, c'est pas notre Hinata qui a décapé le sol comme ça rassure-moi…
— Ben je ne me suis pas levé aussi tard que le fainéant que tu es, mais j'entendais déjà du remue-ménage un peu partout alors que j'émergeais à peine du sommeil. J'ai quand même réussi à me rendormir une petite heure, puis quand j'ai décidé de me lever pour de bon, plus un bruit. Et après j'ai failli bisé le sol, comme toi, sauf que moi j'ai suffisamment de cerveau pour réussir à me rattraper à temps !
— Ah, ah, très drôle Kiba, rétorqua l'autre en le fustigeant d'un air profondément ennuyé, peu disposé à se moquer de sa propre connerie. Et après ?
— Hinata m'a apporté un petit truc à manger dans la grande salle et là j'ai entendu un bordel monstre qui provenait de la remise ! Mais j'ai pas osé lui demander ce qu'il se passait, de toute façon elle est repartie dans un coup de vent après alors… répondit le jeune Inuzuka en haussant les épaules, passant légèrement la pierre sur la longueur de la lame, de nouveau concentré sur son occupation.
— Alors ça veut dire que c'est lui qui…
— Ouais c'est évident. Je sais bien que Kakashi nous a demandé de lui donner le maximum de choses à faire dans la machiya le temps qu'il lui accorde de nouveau la permission de sortir en ville, mais quand même… Pauvre Kizashi, je commence sérieusement à le plaindre ! Il va finir par se tuer aux tâches ménagères sans même avoir appris à se servir d'une lame et surtout sans avoir appris à devenir un homme digne de ce nom ! »
Le visage fermé, le blond inclina légèrement la tête vers la droite de sorte que Kiba ne puisse voir l'expression lisible dans son regard, lui-même se demandant machinalement quelle émotion s'y reflétait – si une seule il y avait réellement. Plusieurs fois il avait tiqué sur le tout dernier speech de son camarade et pour plusieurs raisons, surtout. Le souvenir de l'entrevue avec leur chef, impartial et arbitraire, comme toujours ; le prénom de la personne à laquelle il s'efforçait de ne pas penser, ou plutôt tentait-il d'arrêter de laisser son cerveau lui suggérer des pensées toutes plus grotesques les unes que les autres sur cette personne. Enfin, dernier et unique propos qui lui avait arraché une grimace mentale absolument horrible… devenir un homme. Kizashi en était bel et bien un, c'était même une évidence. Indéniable évidence… Forcément.
« Je crois qu'il est avec Hinata vers le bassin, marmonna le brun en désignant la direction de l'ouest dans un bref mouvement de tête, avant de poser son katana à sa gauche pour s'attaquer cette fois-ci au fourreau. »
Naruto se releva en secouant la tête comme pour chasser les idées qui lui embrouillaient l'esprit, gratifia son camarade d'une tape à l'épaule pour le remercier et commença à marcher lentement vers les jardins de l'immense résidence. La machiya, ainsi que tout l'extérieur, étaient entourés de remparts en pierre aussi gigantesques que ceux que l'on pouvait apercevoir chez la plupart des grands nobles de Konoha, chez les plus hauts conseillers du Seigneur du Pays du Feu et bien évidemment, tout autour du palais de ce dernier – différence faite qu'il n'y avait pas une cinquantaine de sentinelles postés jour et nuit pour garder les murs. Comment Kakashi avait-il fait pour se payer le luxe d'en faire le quartier général du Koueichiimura, ça, il n'en savait rien et préférait de toute manière s'abstenir de lui poser toute question à ce sujet. Probablement des affaires internes et étroitement mêlées au vieux croulant qui siégeait sur le trône de ce pays, probablement le genre de choses qui le dégoûterait à jamais d'être samouraï aussi… Aussi, mieux valait feindre l'ignorance et continuer à jouir du privilège de vivre dans un tel environnement. Le jeune homme poursuivit son avancée en longeant l'arrière des bâtiments, l'ombre de sa silhouette se dessinant sur les solides murs en bois. Une multitude de senteurs chatouillait déjà ses narines au fur et à mesure qu'il se rapprochait doucement de sa destination, les parterres verdoyants encore parsemés de la rosée fraîche du matin. Et il les retrouva bel et bien à l'endroit indiqué par Kiba, tous deux accroupis au bord du bassin, sous l'ombre du magnifique saule pleureur(4) aux feuilles argentées, dont les racines semblaient être nichées dans le sol depuis des dizaines – voire des centaines – d'années.
La jeune Hyuuga avait relevé ses longs cheveux brillants en un lâche chignon haut, laissant apercevoir la pâle peau de sa nuque sur laquelle retombaient de fines mèches aux teintes violines. Elle avait revêtu un kimono des plus simples, sa couleur tendant vers un beige crémeux, les manches relevées et maintenues par des tasukis ; son apparence était toujours des plus sobres, sans ornement quelconque, ni épingle à cheveux serties de perles et de dorures, ni fleurs piquées dans sa longue et soyeuse chevelure, ni obi - taillé dans des soieries de la plus belle qualité qui soit - paré d'extravagants rubans et autres breloques. Authentique, toujours égale à ses mœurs, la jeune femme incarnait la bonté personnifiée aux yeux de Naruto, dont le visage demeurait à présent illuminé d'un léger sourire devant la scène qui se jouait sous ses yeux, attendri.
Le vent lui rapportait les propos de leur conversation, la petite voix fluette d'Hinata narrant avec malice et joie le jour où Kiba, Shikamaru, Chôji - encore présent à cette époque - et lui-même s'étaient retrouvés à barboter au beau milieu des carpes koï et autres batraciens qui cohabitaient dans la petite mare... uniquement à la suite d'un stupide défi lancé par leur chef. Cet épisode remontait à une période assez tranquille pour leur organisation, bien loin des émeutes qui pouvaient troubler l'ordre de Konoha ces derniers temps ; un semblant de paix - factice - s'était installé petit à petit, soulageant grandement les soldats de l'armée du pays, et de surcroît, le Koueichiimura. Tant et si bien qu'eux-mêmes, à l'instar des gardes, avaient fini par prendre goût à cette délicieuse plénitude, jouissant avec loisir du luxe de pouvoir se saouler au saké un soir sur deux pour certains, d'aller flâner du côté du Yoshiwara pour d'autres... Ou encore, parier argent sur argent en disputant des parties de shōgi à tir larigot - bien que ce point-ci ne concernât, bien évidemment, qu'un seul membre mentalement dérangé.
Cependant leur organisme avait, lui-aussi, fini par s'habituer à cet état quotidien de flemmardise, à l'exception des plus sérieux et droits d'entre eux - Neji et Sasuke, pour ne pas les citer, irréprochables en toutes circonstances. Aussi, lorsque Hatake Kakashi avait pleinement pris conscience du relâchement général de ses hommes, les mesures prises par ce dernier furent radicales. Entraînements au sabre jusqu'aux premières lueurs de l'aurore, enchaînements de missions et tâches totalement hasardeuses, sans compter les divers exercices, pratiques d'arts martiaux intensives et combats au corps à corps... Les végétaux infects - soi disant bourrés de vitamines, son œil ouais ! - commencèrent à faire leur apparition dans leurs assiettes à peu près à cette période, tiens ! Enfin, l'élément central de cette petite histoire... les duels farfelus mis en place à l'inquisition du commandant du Koueichiimura.
Oh, il en avait toujours eu de ces idées bizarres et saugrenues ; le jeune Uzumaki se remémorait encore la fois où il les avait tous conduits dans une forêt pour leur faire subir l'épreuve dite des « clochettes ». Lui-même venait tout juste d'intégrer l'organisation, y faisant la connaissance de Kiba, Neji - Hinata rejoignit son cousin quatre années plus tard - et bien évidemment de Sasuke, déjà difficile à cerner à l'époque. Il avait bien cru y laisser sa peau, du haut de ses treize ans à peine révolus, Kakashi les ayant contraints à rester trois jours et trois nuits dans cette satanée forêt, hostile, isolée au milieu de nulle part, jusqu'à ce qu'ils réussissent tous à lui arracher les quatre clochettes accrochées à la ceinture de son kimono. Et si Sasuke fut le premier à s'emparer de la sienne, ce, dès le premier jour, il n'en demeura pas moins qu'il restât avec ses compagnons à élaborer des stratégies pour les aider à s'emparer des leurs à leur tour, fort de son expérience après avoir passé un certain temps avec celui que tous considéraient comme leur mentor. Ils apprirent par cœur les dialectes de Kakashi, insistant particulièrement sur la partie qui consistait au travail d'équipe, très fier de ses nouvelles recrues. Ce fut aussi cette harassante épreuve qui réunit les deux adolescents qu'ils étaient, Sasuke et lui-même nouant pour la première fois des liens devenus précieux aujourd'hui.
Naruto esquissa un rictus moqueur en scrutant les ramures du grand saule, ricanant silencieusement en retrouvant la marque indélébile laissée par Chôji, environ deux années auparavant. Pour en revenir à la petite histoire, l'un des nombreux défis débiles proposés par leur chef avait consisté en ceci : agripper l'une des branches les plus hautes de l'arbre, se basculer en avant et réussir, enfin, à s'élancer par-dessus le bassin des carpes pour atteindre l'autre rive, cinq ou six mètres plus loin. Un jeu d'enfant... oui, mais à première vue seulement. Aucun des quatre crétins qu'ils étaient ne réussit à franchir le bassin sans y chuter, chacun se moquant à tour de rôle de l'autre avant d'y avoir tous pieds et postérieurs dans l'eau verdâtre. Alors oui, le superbe saule pleureur n'avait pas non plus oublié cet épisode grotesque au moment du passage de Chôji, la branche craquant aussitôt sous le poids du bon gaillard qu'il était. L'eau gicla et s'éparpilla avec tant de force que chacun en prit pour son matricule, non participants compris, avec pour clou du spectacle une grenouille nichée sur la touffe désordonnée du blond, croassant en chœur avec le fou rire qui se dégageait de l'assemblée formée par les membres du Koueichiimura de l'époque, comptant comme tout premier membre féminin la timide Hinata.
Aujourd'hui, c'était cette même Hinata qui riait devant lui, vivement imitée par le jeune garçon qui l'accompagnait, la voix plus basse montant par moment vers les aigus. L'entendre rire d'aussi bon cœur le rassurait à vrai dire, toujours aussi anxieux à son sujet malgré ses pensées contradictoires ; cela faisait cinq jours que Kizashi partageait véritablement leur quotidien, cinq jours depuis que Chôji l'avait ramené « par la peau du cul » comme il s'était esclaffé de le dire entre deux coupes de saké. D'ailleurs, pas de signe de vie de leur ancien compagnon depuis cette fameuse beuverie improvisée… La doucereuse héritière des Yamanaka lui aurait-elle flanqué une soufflante digne de ce nom à son retour ? Oui, c'était plus que probable ; difficilement cernable elle aussi, une de ces femmes pour lesquelles les sombres idiots semblaient se plaire à faire des combats de coqs pour tenter d'obtenir leurs faveurs, sans parfois ne recevoir que dédain et indifférence en retour. Typiquement le genre de femmes qu'il exécrait, mais visiblement du goût de son ami Kiba… Inexplicable.
Un profond soupir bruyant lui échappa en levant les yeux au ciel, alertant immédiatement les deux jeunes gens de sa présence qui se retournèrent aussitôt. Les joues de la jeune Hyuuga s'empourprèrent derechef, son cœur effectuant un soubresaut dans sa poitrine sous la surprise.
« N-Naruto-kun ! s'exclama-t-elle en se redressant brusquement, rajustant à la hâte son kimono en prenant soin de l'épousseter dans de petits gestes nerveux. »
Son rythme cardiaque n'en pouvait plus de s'affoler… Depuis combien de temps les observait-il, Kizashi et elle ? Il la prenait au dépourvue à apparaître d'un seul coup devant eux, sans qu'elle n'ait pu arranger sa coiffure ou revêtu une tenue plus seyante. Ce dernier commençait déjà à s'avancer pour les rejoindre ; Plus vite ! Hinata s'empressa de remettre en place les mèches folles de sa frange, glissant les plus rebelles derrière l'oreille. A peine le temps de prendre une légère inspiration, tout juste assez pour adresser une courte prière mentale aux Dieux… Pitié, faites que je sois présentable, juste un peu !
« Désolé de vous avoir fait peur, commença t-il à dire une fois arrivé à leur hauteur, tandis qu'Hinata inclinait précipitamment la tête. Je ne voulais pas vous déranger alors que vous étiez tous deux plongés dans une profonde conversation. »
Le teint pâle de la jolie brune devint encore plus cramoisi. Grands Dieux, il l'avait entendue raconter cette histoire à Kizashi… Pire, il l'avait entendue en rire !
« P-Pardonne-moi, je ne voulais surtout pas te manquer de respect Naruto-kun, bafouilla-t-elle en secouant la tête, mains jointes, honteuse et gênée au point de souhaiter être transformée en souris pour aller se terrer quelque part, loin, très loin du jeune homme dont l'intensité de ses prunelles pointées sur elle manquerait bientôt de la faire défaillir.
— Ne t'excuse pas, enfin, Hinata ! s'esclaffa l'intéressé dans le rire le plus doux et le plus chaleureux qu'elle eut jamais entendu, accélérant davantage la cadence des battements de son cœur. Après tout c'est naturel de vouloir partager les plus stupides de nos histoires avec notre nouveau compagnon, ajouta t-il en dirigeant son regard vers la personne désignée, un mince sourire sur les lèvres. »
Son moral dégringola assez vite devant le visage fermé du garçon, les yeux rivés sur ses pieds, lèvres scellées en une moue presque triste, désolée. Repentie, encore ; même après cinq longues journées ; même après avoir de nouveau partagé la coupe de l'amitié en se saoulant en compagnie de Kiba et Chôji. Où diable était passé le Kizashi qui riait en chœur avec Hinata quelques minutes plus tôt ? Une partie de lui-même ne pouvait s'empêcher d'être déçu face à son attitude, mais après tout, n'avait-il pas lui-même inconsciemment dressé une frontière invisible entre eux deux ? Non, c'était de sa propre initiative de l'avoir sciemment évité ces derniers jours, ou du moins quand ses réflexions devenaient trop persistantes et qu'il avait besoin de se changer les idées. Et cela parce qu'il avait bêtement fait une fixette sur cette étrange mais non moins sublime apparition croisée dans les bains publics… cinq jours plus tôt. Le souvenir de cette rencontre avait tant et tant obnubilé ses pensées que ces dernières n'avaient rien trouvé de mieux à faire que de s'amuser à le torturer davantage, juxtaposant sans cesse contre son gré le visage du garçon se tenant devant lui avec celui de la mystérieuse jeune femme aux cheveux incarnadins. Mais là, sous la lumière éclatante du soleil, son jugement différait complètement en scrutant d'un peu plus près le gamin devenu muet comme une carpe. Pour sûr qu'il était chétif, et jamais Naruto ne lui aurait donné les dix huit années qu'il prétendait avoir au premier coup d'œil ; les traces de poussière sur son visage ne masquaient en rien la finesse de ses traits, ni la pâleur de sa peau rose et rebondie, certes, mais il n'y avait aucune grâce ni aucun charme dans ses gestes… pas comme elle. Si même Sasuke – majoritairement considéré comme le plus séduisant d'entre tous par la gente féminine – lui avait accordé une espèce de forme d'attention, c'est que la demoiselle en question en valait bien la peine. D'ailleurs, n'était-ce pas ce contraste effroyable entre la douceur de ses traits et la froideur de ses sombres prunelles, qui rendait folles d'adoration toutes les femmes qui avaient le malheur de croiser l'Uchiwa ? Une lueur de satisfaction éclaira soudainement le visage du jeune Uzumaki, confiant dans ses propres allégations personnelles. Un peu d'entraînement intensif, quelques exercices de musculation entre trois portions de ramens, et Kizashi aussi saurait tirer parti de son physique ! Suffisait juste d'en faire un homme, un vrai !
Le parfait simplet qu'il était se sentit subitement rassuré, vidé d'un poids qui affectait un peu trop son moral ces derniers jours. Faire face à son nouveau compagnon lui avait totalement remis les idées en place, comme un déclic lié à une frappante constatation ; et puis, même s'il s'était senti légèrement déstabilisé la première fois qu'il avait croisé le regard émeraude de Kizashi, la sensation éprouvée à cet instant n'était rien, rien, comparé à celle ressentie face aux prunelles brillantes de l'inconnue des bains. La couleur de l'iris de leurs yeux était-elle vraiment la même, d'abord ? Leur échange visuel avait été trop bref pour qu'il s'en souvienne réellement, à regret. Alors oui, certes, il avait trouvé le regard du jeune garçon vaguement attractif en se trouvant un peu trop proche de lui, mais en comparaison de l'attirance exercée par ces yeux là… Enfin, ce n'était pas la même tenue vestimentaire non plus. Naruto n'avait jamais vu Kizashi dans son plus simple appareil, il ne l'avait jamais vu se laver tout court d'ailleurs – jamais en même temps que lui en tout cas. Peut-être était-il très pudique ou éprouvait-il un quelconque complexe d'infériorité par rapport à la taille de son… bah, il préférait imaginer ce genre de raisons plutôt que des hypothèses qui l'auraient rendu plus dingue qu'il ne l'était déjà ! Elle, il l'avait contemplée alors qu'elle sortait à peine des bains, la peau encore luisante, cachant avec peine les formes de femme qui s'épanouiraient sûrement encore. Kiba avait failli l'étrangler en se faisant malencontreusement aspergé d'eau glacée, assis pour faire sa toilette à côté du blond qui n'avait trouvé aucune autre solution pour calmer sur le champ ses ardeurs, presque tenté d'aller faire un saut dans la rivière comme l'avait suggéré Sasuke dans les vestiaires. Vraiment, cela le confinait bel et bien dans ce qu'il avait pensé depuis le début : Kizashi était un mec, froussard et empoté, semi-efféminé peut-être, mais c'en était un. Dans tous les cas… Kizashi ne pouvait pas être cette femme.
Naruto émit alors un petit rire stupide en croisant ses bras derrière sa nuque, faisant sursauter les deux jeunes gens à ses côtés, jusqu'à ce qu'il ne baisse de nouveau ses yeux sur le garçon empaqueté dans des vêtements bien trop amples pour lui. A en juger par les légères marques d'usure de son hakama au niveau des genoux…
« C'est bien toi alors qui a décapé le sol dans la majeure partie de la machiya ? lança t-il dans un large sourire, massant au passage la partie de son crâne encore un peu douloureuse. Beau boulot Kizashi ! Si tu voulais te débarrasser de chacun de nous à coup de chutes mortelles en embrassant le plancher, c'est réussi ! ajouta t-il en partant dans un nouvel état euphorique que lui seul semblait comprendre, vu l'air désœuvré affiché par le concerné et la panique lisible sur la jeune femme à sa gauche, comme coupable du pire des crimes.
— T-Tu es tombé Naruto-kun ? P-pardon, c'est de ma faute, c'est moi qui ai demandé à Kizashi de m'aider ! se confondit cette dernière en excuses, véritablement soucieuse de l'état de l'homme qui les regardait, souriant d'un air benêt comme s'il s'était cogné la tête un peu trop fort. Est-ce que tout va bien, tu n'es pas blessé quelque part au moins ?
— Haha, ne t'inquiète pas Hinata, je vais très bien ! Parfaitement même ! Je ne m'étais pas senti aussi bien depuis des jours !
— V-Vraiment ? insista-t-elle en le sondant avec inquiétude, les deux orbes couleur de nacre rivées sur le visage au teint légèrement hâlé de l'Uzumaki, le front balayé par quelques mèches blondes désordonnées.
— Je te l'ai dit, je suis en pleine forme ! En tout cas c'est le chef qui va être rudement content quand il rentrera de sa patrouille ce soir vu comment vous faites des merveilles à bosser ensemble ! Hinata ne te mène pas la vie trop dure, Kizashi ? N'hésite pas à me le dire hein, si elle t'en fait trop baver !
— N-Naruto-kun !
— Haha, je plaisante, je plaisante !
— … gentille. »
Un faible son, presque inaudible, était sorti des lèvres du jeune garçon aux cheveux noirs tandis que Naruto s'amusait de voir la jeune Hyuuga s'empourprer joliment en perdant peu à peu patience. Les prunelles d'un vif azur s'écarquillèrent, se dirigeant lentement sur le propriétaire de cette voix, le visage nettement plus expressif. Joues écarlates, regard sincère.
« Hinata-san est très gentille avec moi, alors je ne me plains pas du travail à faire. Si je peux être utile… »
C'était la première fois qu'il ouvrait la bouche en sa présence depuis qu'il était revenu, qu'il s'adressait véritablement à lui en tout cas. D'une voix basse toute penaude, comme celle d'un enfant que l'on aurait grondé, puni… mais il lui avait parlé. Enfin. Un petit sourire compatissant fendit doucement la bouche entrouverte du jeune samouraï, se remémorant instantanément une vieille scène du passé. Oui, Kizashi deviendrait fort, du moins se jurait-il de l'aider à le devenir par tous les moyens ; et tout le monde serait forcé de reconnaître ses efforts et son désir d'être véritablement l'un des leurs, y compris les plus réticents – pour ne pas citer une seule et même personne. Cette pensée le requinqua davantage encore et il ricana une nouvelle fois jusqu'à ce qu'un puissant gargouillis sorti des profondeurs de son estomac mécontent ne le ramène à la réalité, sans passer inaperçu auprès des deux jeunes gens à côté qui relevèrent automatiquement la tête dans sa direction.
« E-Excuse-moi Naruto-kun, je ne t'ai même pas demandé si tu voulais que je t'apporte quelque chose ! s'écria la jolie brune en rougissant de plus belle, visiblement dans tous ses états de ne pas le lui avoir proposé plus tôt. Je suis désolée car je n'ai pas encore préparé le déjeuner, mais je peux t'apporter un encas comme je l'ai fait à Kiba si tu le souhaites.
— Ça va aller, va, ne te dérange pas ! Je comptais aller fêter mon jour de repos bien mérité en allant m'empiffrer chez le vieux Teuchi vu que ça fait une paie que j'y suis pas allé ! Rien qu'en songeant à la maxi portion qui m'attend depuis des lustres…
— Le commandant Hatake va encore te passer un savon quand il l'apprendra, répondit la jeune femme en riant doucement d'un air taquin, sachant pertinemment qu'il ne se contenterait pas de prendre un seul bol et qu'il finirait par rentrer avec le ventre bien trop plein pour pouvoir faire quoique ce soit d'autre.
— On n'a qu'à faire comme si tu n'avais rien entendu et comme si tu m'avais vu à table ce midi, hein ? Allez Hinata, je sais que tu peux bien faire ça pour moi ! se récria-t-il dans un petit sourire semi-rieur et semi-angoissé, agrémenté d'un clin d'œil, nullement désireux de se faire allumer par un Kakashi harassé donc fatalement intransigeant, même pour une banale histoire d'alimentation. »
L'expression tiraillée et effrayée de l'Uzumaki eut l'air d'amuser de nouveau Hinata, pouffant entre ses lèvres devant la mine désemparée du blond qui se détendit en la voyant acquiescer de la tête pour le rassurer sur le fait qu'elle garderait le secret quant au festin qu'il prévoyait d'engloutir. Un bref étirement des muscles en levant les bras en l'air et il se décida enfin à partir, quand une idée survint dans son esprit déjà focalisé sur son appétit qu'il allait bientôt rassasier. Pourquoi pas…
« Hé Kizashi, ça te tente de m'accompagner et de goûter aux meilleures ramens de Konoha ? lança t-il à la volée, tout sourire, en se tournant vers l'intéressé pour y croiser aussitôt la surprise présente dans le fond du regard vert. »
Goûter aux meilleures ramens de Konoha… Des paroles que le jeune homme aux cheveux noirs noués en une basse queue de cheval avait déjà entendu sortir de la bouche du tenancier de l'échoppe de nouilles qui avait été si généreux avec lui. La probabilité qu'il puisse s'agir de la seule et même échoppe l'effrayait, mais ce n'était qu'une possibilité et non une certitude. Enfin, avec sa veine… aussi peu de chance que Tsunade n'en avait tiens. Ses lèvres brûlaient de répondre un grand « oui ! » face au sourire chaleureux du blond, mais il ne pouvait accepter sans prendre le risque de subir les foudres du commandant du Koueichiimura qui lui avait lourdement interdit de sortir de la machiya jusqu'à ce que lui seul, décide de lever sa sanction. Autrement dit, s'il venait à apprendre qu'il était sorti en ville pour se payer un bol de ramens… oui, il y passerait à coup sûr cette fois. Fini la clémence.
« Je… Je n'ai pas le droit de sortir en ville, balbutia t-il en gardant les yeux baissés au sol, sans arriver à masquer sa déception. Hatake-san me l'a formellement interdit.
— T'inquiète, il n'en saura rien ! Hinata m'a promis de garder le secret, on peut compter sur elle tu sais !
— Oui mais je…
— Y'a pas de lézard j'te dis ! s'exclama l'autre en souriant de plus belle, sourd et aveugle face aux jérémiades d'un Kizashi qui demeurait mortifié de peur à l'idée du subir le courroux de celui qu'il devait à présent considérer comme son chef. Il aura rien à redire sur le boulot que t'as fait ce matin, alors il dira rien parce que tu m'as accompagné te faire plaisir en allant savourer les nouilles du vieux Teuchi ! J'lui dirais que je t'ai forcé t'inquiète !
— Mais…
— Et y'a pas non plus de « mais » qui tienne ! Grouille-toi d'aller te débarbouiller le visage pour qu'on s'en aille, j'suis affamé moi ! »
La tape amicale lancée dans le dos du jeune garçon manqua de lui faire se mordre la langue sur le coup, le déséquilibrant à moitié du haut de ses getas. Il obéit derechef sans chercher à s'opposer une nouvelle fois au blond aux cheveux ébouriffés qu'il entendait encore ricaner dans son dos, avant de se tourner une dernière fois pour incliner formellement la nuque en direction de la belle Hinata qui lui rendit son salut par une courbette plus sommaire, un sourire affectueux aux lèvres. Puis il entreprit de marcher plus vite, au pas de course, passant entre buissons et fleurs pour ne pas perdre de temps. Le soleil haut dans le ciel cognait déjà fort à la mi-journée et son front était en sueur en gagnant la remise servant de cuisine, ôtant ses sandales de bois pour laisser ses petits pas feutrés courir sur le plancher lustré par ses soins. Pas un bruit ne bouleversait le silence régnant dans la machiya lorsqu'il atteignit la salle d'eau, le souffle court, se hâtant de chasser les traces de poussière sur le kimono d'un gris anthracite et le hakama pourpre assorti, tous deux trop amples pour lui. C'était la seule tenue acceptable qu'Hinata avait réussi à dénicher, son ancien propriétaire n'étant nul autre que l'actuel garde du corps de l'héritière des Yamanaka, Akimichi Chôji… ce qui expliquait fatalement la différence de taille énorme entre ses anciens et ses nouveaux vêtements ! Mais il n'avait pas eu d'autre choix que de porter cette tenue en attendant d'en avoir une ajustée à sa corpulence, et la jeune Hyuuga avait déjà commencé à raccommoder ses vieux apparats, insistant elle-même pour le faire. Le jeune garçon n'avait pu refuser, ne pouvant de toute manière démontrer ses talents de couture dans une maisonnée exclusivement composée d'hommes ; ça n'aurait pas été normal. Cette tâche achevée et son obi fermement noué, il s'aspergea légèrement la figure pour garder le teint légèrement plus terreux qu'à l'ordinaire, buvant à grandes coupes l'eau encore fraîche qu'il avait lui-même puisé dès les premières lueurs de l'aube.
Son cœur s'était serré en ressassant le souvenir du visage de celle qu'il espérait tant, tant retrouver un jour… si tout espoir lui était encore permis d'avoir. Ses poings se crispèrent et il s'essuya rageusement la bouche avec l'une de ses manches, se fustigeant mentalement de laisser ses pensées vagabonder ainsi, à se morfondre encore. Il n'en avait pas le droit, ni dans son intérêt, ni devant les deux êtres qui s'étaient tenu à ses côtés près du bassin ; pas en face de ses sauveurs. Uzumaki Naruto pour lui avoir accordé son pardon en silence, Hyuuga Hinata pour lui offrir chaque jour plus de gentillesse et de bonté. Jamais il ne tiendrait le coup sans eux, jamais. Et même s'il ne s'était pas caché d'éviter ouvertement le jeune homme à la chevelure dorée comme le soleil, cela ne changeait rien à la reconnaissance qu'il éprouvait à son égard. Cela ne lui aurait pas paru si difficile d'essayer de faire semblant, de tenter d'agir de la même manière s'il n'y avait pas eu cet épisode qui avait failli lui coûter la vie en apprenant des informations sur Tsunade… et s'il n'y avait pas eu lui. Lui, seuls les Dieux savaient combien il le fuyait comme la peste en cherchant par tous les moyens d'éviter de le croiser, l'apercevoir ou juste d'entendre sa voix dans les parages. Chaque soir, le souper commun lui imposait une torture qu'il ne pouvait malheureusement fuir ; les Dieux s'étaient montrés toutefois cléments par deux fois avec l'absence de celui qu'elle considérait comme son bourreau. Uchiwa Sasuke. Lui seul pouvait la faire chuter à tout instant en dévoilant sa véritable identité aux yeux de tous, décider de son droit de vie ou de mort à elle, Sakura. Cette « Sakura » même qui devait s'effacer, disparaître encore et encore, pour laisser place à « Kizashi » jusqu'à ce qu'il ne puisse plus exister à son tour. Que lui restera t-il alors, lorsque ce jour fatidique arrivera… Mieux valait s'interdire d'y penser.
Naruto faillit s'étrangler de rire en voyant arriver Kizashi d'un air précipité, nageant dans les anciens vêtements portés par Chôji du temps où il était encore leur compagnon d'armes. Il faudrait qu'il songe à toucher deux mots à Kakashi à ce sujet, c'était intolérable de laisser le gamin se ridiculiser en portant ces vieux haillons qui entravaient ses mouvements plus qu'autre chose. Comment allait-il faire lorsqu'il lui faudrait apprendre à se battre ? Maladroit comme il était, il serait bien capable de s'empaler lui-même sur son propre sabre en se prenant les pieds dans son hakama ! Tout guilleret à l'idée de passer un petit moment convivial en sa compagnie, entre hommes, il lui fit signe de le suivre dans un petit sourire en coin pour sortir de la machiya en se demandant furtivement ce que leur chef lui réserverait comme corvée si jamais il apprenait qu'il avait contraint leur nouveau camarade à l'accompagner chez Ichiraku. Bah, il en avait tellement vu des vertes et des pas mûres que plus rien ne l'effrayait… du moins espérait-il s'en convaincre. Kizashi ne pipait mot à sa gauche, marchant lentement tout en savourant cette courte liberté qui s'offrait à lui. Naruto lui jetait un bref regard amusé quand ses yeux se posèrent sur la main droite semi-bandée, fronçant les sourcils en apercevant coupures, cloques et boursouflures mal dissimulées. La gauche était quasiment dans le même état d'ailleurs. Il soupira.
« Kizashi, tu as vu l'état de tes mains ? murmura t-il d'une voix grave, s'attirant le regard honteux de l'intéressé avant de le baisser presqu'aussitôt en croisant deux prunelles réprobatrices, ayant étrangement l'impression de se faire gronder. Hinata aurait eu le temps de te soigner avant qu'on aille manger tu sais.
— Ce n'est pas grave, je m'en occuperai tout à l'heure.
— Crois-moi Hinata sait y faire avec les blessures. Elle utilise un onguent super efficace !
— Je vous assure que ça ira ! »
Le jeune Uzumaki ouvrit de grands yeux ronds en ayant entendu la voix de Kizashi partir dans les aigus pour rétorquer, la voix nettement plus poussée qu'à son habitude. Il s'était même stoppé dans ses pas, surpris face au ton du jeune garçon qui demeurait figé comme une statue d'avoir répondu de la sorte. Sa voix pouvait donc être aussi… cristalline ? Il n'eut pas le temps de tergiverser plus longtemps là-dessus que Kizashi inclinait la tête, les bras le long du corps.
« Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous manquer de respect en vous coupant la parole Uzumaki-san !
— Que-hein ? Mais non, t'excuse pas en pleine rue comme ça enfin ! répondit le jeune homme blond en secouant les mains, sentant ses joues rougir au fur et à mesure que les regards se tournaient dans leur direction. Tu n'as rien fait alors arrête ! »
Il s'exécuta en se redressant lentement, prenant une profonde inspiration pour pouvoir répondre normalement à l'Uzumaki qui le regardait toujours aussi perplexe, avant d'ouvrir la bouche pour lui donner l'explication.
« J-Je ne remets pas en doute les qualités d'Hinata-san, loin de là, tenta t-il d'expliquer en triturant sa main endolorie pour contrer sa gêne. Mais ma tante m'a transmis son savoir-faire en ce qui concerne l'utilisation des plantes médicinales, alors je pensais simplement appliquer moi-même un cataplasme à base de feuilles de sauge ce soir pour favoriser la cicatrisation des plaies. Voilà tout. »
Sa voix – redevenue subitement grave – avait débité ce flot de mots avec tant de clarté et d'assurance que Naruto… n'avait strictement rien compris. Ou plutôt, il avait entendu Kizashi réciter une espèce de précepte hors de sa portée et hors de son domaine de compétences. Les trucs compliqués, ça n'était pas son fort de toute manière.
« Euh… je vois. Comme tu veux hein, c'est pour toi que je dis ça après tout ! »
Le jeune garçon à la chevelure aussi noire que les plumes d'un corbeau le gratifia d'un mince « merci » en courbant de nouveau la nuque, clôturant définitivement cette discussion tandis que Naruto se demandait vaguement à quoi pouvait bien ressembler la tante de Kizashi, préférant imaginer une belle femme d'une trentaine d'années plutôt qu'une vieille rabougrie aigre. Avec des cheveux roses de préférence… La paume de sa main vint s'écraser brutalement sur son front en songeant une énième fois à pareille connerie, puis il se remit en marche en laissant échapper un juron sans se soucier de la présence du jeune garçon à ses côtés qui bizarrement, gardait maintenant ses bras croisés dans le dos. Plusieurs marchands saluèrent le jeune Uzumaki d'un coup de tête ou en hélant son nom, lui-même leur répondant par de grands signes de la main en souriant à pleines dents. La première fois que Kizashi les avait accompagnés en ville, il avait ressenti une forte hostilité de la part des citoyens ; là, Naruto semblait apporter une bouffée d'air frais avec son visage d'ahuri. Le jeune garçon eut du mal à reconnaître les rues qu'ils empruntaient, les ayant arpentées de nuit sans s'y attarder trop longtemps… excepté celle-ci. La vue de l'enseigne que lui désigna le blond en s'exclamant « on y est ! » le fit instantanément pâlir, sentant la panique le gagner de nouveau. L'échoppe « Ichiraku Ramen » se trouvait à quelques mètres et déjà l'odeur succulente des plats ravissait ses papilles, se souvenant encore du goût de la viande et de la chaleur du bouillon bien gras. Son estomac se réanimait peu à peu, mais un nœud l'empêchait de se réjouir totalement ; et si jamais le vieillard du restaurant se souvenait encore de lui ? Parlerait-il de leur rencontre au jeune samouraï ? Il secoua la tête de gauche à droite, mordant sa lèvre pour se rassurer et chasser cette idée. Des clients devaient défiler tous les jours, citoyens, marchands ambulants ou simples voyageurs de passage… il ne se souviendrait probablement pas d'un gamin lambda, sans caractéristique de visage particulière. Probablement pas, non. Naruto lui fit de grands signes pour l'inciter à s'approcher de l'échoppe, luttant pour ne pas faire demi-tour et peinant à avancer pas par pas. Ça va aller.
« Salut à vous chef ! s'écria d'une voix enjouée le blond en passant sa tête par-dessous le rideau blanc, ravi de voir qu'il n'y avait pas d'autres clients qu'eux. Ça faisait un bail ! »
Le quinquagénaire tendit l'oreille à l'entente de cette voix, à cette façon de parler, avant de lever la tête hors de ses fourneaux pour se retourner dans un large sourire, les rides de ses yeux se plissant au même rythme.
« Mais qui voilà ! Je croyais que je ne te reverrais plus tiens, sale garnement ! J'étais même prêt à fermer boutique !
— Justement patron, j'suis venu vous sauver de la faillite ! renchérit Naruto en ricanant bêtement avant de s'installer sur un tabouret, pour faire signe au jeune garçon à moitié intimidé de l'y rejoindre. J'viens vous présenter notre nouveau camarade !
— Ah oui ? C'est que ça se fête une nouvelle pareille ! Approche donc petit, que je vois le visage du nouveau client que je vais devoir fidéliser avec plaisir ! »
L'expression de surprise qui se dépeignit alors sur son visage marqué par le temps surprit à peine l'intéressé, ayant déjà pressenti que le vieux Ichiraku l'aurait forcément reconnu, étant donné qu'il lui avait fait grâce de le payer. Même avec une tenue différente, même avec le visage moins crasseux… ce genre de détail-ci ne s'oubliait pas. Naruto ne sembla pas percevoir le trouble de son chef favori, son attention uniquement focalisée sur les nouilles qu'il allait engloutir comme un affamé. Seul le bruit du tabouret bougé sur sa gauche le tira de sa rêverie et il réprima un petit rire, avant de relever la tête en direction du vieux Teuchi.
« Kizashi, laisse-moi te présenter le meilleur en ce qui concerne la préparation de ramens du Pays du Feu ! L'as des as !
— Tout à fait ! aboya ce dernier en pointant du pouce le calot posé sur le haut de son crâne, laissant apercevoir une partie de sa tignasse grisonnante. Et c'est moi qui régale aujourd'hui, alors profitez-en !
— Génial ! exulta le blond en levant les bras en l'air en signe de victoire, faisant sursauter l'autre à côté. Vous êtes vraiment le meilleur, chef !
— Dis moi plutôt ce que tu veux manger va ! Et essuie la bave qui coule de ta bouche !
— La même chose que d'habitude pour commencer ! Et la même chose pour mon ami !
— L-La même chose ? faillit s'étouffer le jeune homme en imaginant un bol encore plus imposant que celui qu'il avait avalé l'autre soir, se demandant où il allait bien pouvoir caler une telle quantité dans son ventre.
— Tu n'es vraiment qu'un gringalet pardi ! rétorqua le vieux Teuchi en jetant un regard plein de sous-entendus à Kizashi, qui déglutit en se remémorant la scène qui avait eu lieu cinq jours auparavant. Si tu veux ressembler au grand gaillard à ta droite, il va bien falloir que tu t'engraisses un peu ! Allez, je vous prépare ça tout de suite ! »
Enfin ! Son ventre n'en finissait plus de gargouiller depuis qu'il avait senti le divin fumet s'échapper de la bâtisse à travers le rideau blanc, et il était certain que Kizashi lui-même ne pourrait plus s'en passer dès la première bouchée. En plus d'en faire un homme, il en ferait aussi un adepte des ramens ! Kiba et Shikamaru l'accompagnaient régulièrement, Sasuke aussi quelques fois, souvent à contrecœur et sous la contrainte de subir les simagrées du blond. Un infime détail l'interpella en jetant un coup d'œil à son voisin de droite, son regard rivé sur le dos du chef affairé à préparer leurs plats. Une grimace tordait sa bouche, ressemblant à un fugace et léger sourire. La gratitude et le respect se lisaient dans son beau regard vert, comme prisonnier de ses pensées… de ses souvenirs. Naruto fut forcé de décaler son regard pour penser à autre chose, préférant fixer d'un air stupide la multitude de paires de baguette en bois que de laisser son esprit s'égarer dans de nouvelles inepties. Ses joues avaient suffisamment chauffé comme ça, inutile de se trahir davantage. Les minutes passèrent en silence jusqu'à ce que celui-ci soit rompu par le bruit d'un bol posé juste sous son nez, l'odeur alléchante le ramenant aussitôt à la réalité de la faim qui le tenaillait. Sa main droite attrapa machinalement une paire de baguette, la gauche vint l'aider à séparer les deux extrémités puis il coinça ces dernières entre les paumes de ses mains, jointes en signe de salut.
« Deux maxi portions de ramens au porc et au miso, deux !
— Bon sang ce qu'on va se régaler ! Merci et bon appétit ! »
Le chef émit un petit rire en voyant son plus fidèle adorateur se jeter avec voracité sur son bol, tandis que le jeune garçon assis à la gauche du blondinet inclinait faiblement la tête pour le remercier en silence. Ce geste signifiait bien plus qu'un simple signe de gratitude pour lui avoir préparé un repas, il le savait bien. Alors il lui rendit son petit signe de tête par un affectueux sourire, le rassurant ainsi sur le secret de leur première rencontre, qu'il ne divulguerait à personne. Pour lui, il avait simplement aidé un gamin dans le besoin, sans chercher à savoir qui il était ni ce qui l'avait conduit à Konoha. Apprendre qu'il était à présent sous la protection du Koueichiimura ne pouvait que le conforter dans l'idée que quoiqu'il arrive, il était entre de très bonnes mains. Naruto avalait ses nouilles à une vitesse folle sous le regard à moitié choqué d'un Kizashi qui se demandait vraiment comment il réussissait à ne pas être rassasié en trois bouchées. Lui-même mangeait lentement en savourant chaque bouchée et chaque saveur, appréciant réellement ce réconfort après le dur labeur de la matinée. La douleur le lançait par saccades à travers le bandage, mais elle disparaîtrait vite. Bien vite. Le jeune Uzumaki remarqua d'ailleurs qu'il avait bien du mal à utiliser ses baguettes en voyant les grimaces apparaître par moment sur la commissure de ses lèvres mais bon, il n'allait pas lui donner la becquée non plus ! Il finit son premier bol en buvant le bouillon à grandes gorgées, et à peine l'eut-il posé que le chef le remplaça par un nouveau, échangeant avec lui un regard complice. Naruto ricana une nouvelle fois et se tourna vers son compagnon, un gros nid de ramens fumantes coincé entre ses baguettes.
« Alors, qu'est-ce que t'en dis ? C'est vraiment les meilleures ramens du monde, non ? »
Son sourire se figea pour s'effacer lentement, laissant place à une bouche entrouverte sur un visage de parfait crétin absorbé dans sa contemplation. Kizashi lui offrait un sourire rayonnant, si tendre et si sincère… Son cœur en rata un battement.
« Je n'en avais jamais mangé d'aussi délicieuses de toute ma vie. Merci… Naruto. »
Les nouilles glissèrent le long des baguettes en bois pour retomber lourdement dans leur bouillon, et il sentit à peine les petites gouttes de chaleur brûler le dos de sa main. Il lui fallut un long moment pour émerger de ses pensées, alors que son compagnon avait déjà repris la dégustation de son plat. Cela valait mieux vu la manière dont il s'était senti fortement rougir face au jeune homme assis à sa gauche. Ses yeux… ces yeux là, ce vert là. Le jeune Uzumaki était… perdu. Totalement déconcerté par sa propre réaction. A l'heure actuelle, une seule et unique question le tenaillait, à deux doigts de franchir la barrière de ses lèvres. Quelque chose de parfaitement stupide, quelque chose qu'il avait besoin… de demander. De vérifier. Une chose qui serait fausse, forcément.
Kizashi, tu n'aurais pas une sœur jumelle par hasard ?
oOoOoOoOoOoOo
L'atmosphère était pesante, l'air suffocant ; la chaleur se dégageant de leurs corps s'unissant avec volupté rendait leur exaltation plus intense encore, au fur et à mesure que la cadence de leurs mouvements s'accélérait. Les peaux moites glissaient l'une contre l'autre tantôt avec une infinie douceur, tantôt avec une passion mal contenue lorsque le plaisir devenait trop intense. La jeune femme sentait la rugosité des tatamis sous son dos, à travers les tissus de soie sur lesquels elle s'était échue, accentuant les frissons sur son épiderme qui la faisait frémir davantage. Un court instant, elle éprouva un fugace sentiment de culpabilité envers celui ou celle qui s'emploierait à redonner forme à ses apparats. Un kimono rapporté par son père de son dernier voyage au Pays du Vent, en sa qualité de conseiller à la cour du Seigneur Sarutobi Hiruzen ; elle avait souri avec délectation en découvrant cet inestimable présent, choisissant de suite de la garder de côté pour le porter lors de leur prochaine entrevue. Les soieries n'avaient pas fait long feu sur ses épaules, l'ardent désir de son amant lui intimant en silence de s'en débarrasser à la hâte. Un coup de rein plus vif la tira de ses futiles réflexions tandis qu'elle gémissait en se cambrant, lacérant le dos musclé du jeune homme de ses longs doigts graciles aux ongles manucurés, appuyé sur ses avant-bras pour mieux contempler son aimée. Les longs et soyeux cheveux blonds pâle encadraient son visage éclairé par la pénombre de la bougie qu'ils avaient laissé allumée ; sa peau délicate semblait briller à la lueur du faible halo de lumière, parsemée de fines gouttelettes. Ses grands yeux bleus – mi-clos – le transcendaient une fois encore, comme à chaque fois, le grisant d'un regard extatique qui le faisait frémir de tout son être. Et toujours, ce petit sourire malicieux en coin dont elle le gratifiait entre deux soupirs de plaisir, achevant de lui faire perdre toute retenue. Ses gémissements reprirent de plus belle lorsqu'il s'enfouit plus intensément en elle, passant une main sous son dos pour la sentir davantage contre lui, avant de laisser son nez fourrager dans sa longue chevelure pour humer son doux parfum. Mélange de musc et de cerise, parfum entêtant dont il ne se lasserait jamais. Prisonnier à jamais de l'exquise et unique héritière du puissant Yamanaka Inoichi.
Sa respiration se faisait de plus en plus haletante, se calquant sur le rythme qu'elle lui imposait en labourant encore et encore ses omoplates de griffures, l'emportant plus loin dans son plaisir. Il se décida alors à lui infliger une douce torture à son tour, déposant d'abord de chastes baisers dans le creux de son cou avant de laisser sa langue courir le long de sa clavicule. La peau si douce avait le goût du sel, s'alliant à une autre fragrance légèrement plus sucrée. Divin. Là était la limite de leur relation ; ses lèvres rosées, il n'avait le droit de les goûter que très rarement, et seulement à l'inquisition de la demoiselle. C'était ainsi, elle ne le laissait pas l'embrasser sans l'y avoir auparavant autorisé. Seuls les Dieux savaient combien son envie de les faire siennes était dévorante, presque maladive, et elle en était parfaitement consciente. La jolie Ino adorait le narguer en se refusant à l'embrasser ; elle exaltait, même, de voir le regard brun devenir de braise lorsqu'elle humectait ses lèvres dans une sensualité maîtrisée. Le regard brûlant qu'il lui jetait dans ses moments-là la faisait toujours ronronner de plaisir, s'amusant encore plus lorsque ce genre de scène avait lieu en présence de ses compagnons du Koueichiimura. Délicieusement cruelle. Les pointes de ses seins provoquaient de déconcertantes sensations chez le samouraï en les sentant frotter contre son torse merveilleusement bien bâti, au fur et à mesure qu'il accélérait encore ses immixtions, sans pouvoir contenir davantage les râles rauques surgissant du plus profond de sa gorge. La magie de ce moment intense allait bientôt être brisée, la jouissance le gagnant un peu plus à chaque coup de rein plus profond encore. Il ralentit alors doucement le rythme pour se redresser et la dévorer des yeux une nouvelle fois, des courbes généreuses de sa poitrine à ses joues rougies par l'effort de leur ébat. Magnifique à s'en damner. Et la jeune femme sut instantanément ce qu'il allait lui demander, arborant l'énigmatique sourire qui lui seyait tant.
« Je vais bientôt venir, murmura t-il la voix plus rauque que jamais, le souffle court. Je peux… ?
— Ne t'en fais pas, j'ai pris cet infect breuvage à t'en donner la nausée tous les soirs en prévision de nos retrouvailles. Tu peux. »
Il s'en serait douté, mais avait préféré poser la question par précaution. Se laisser aller et jouir en elle le comblait au summum de la concupiscence, et parfois c'était elle qui l'y aidait, d'une manière bien plus inconvenante ; c'était dans l'ordre des choses de leur tumultueuse relation. Ses sens étaient en alerte face à la beauté qui se tenait sous lui, savoir qu'il allait la posséder entièrement dans les derniers prémices de la jouissance ne rendait son désir que plus impétueux. Et sa bouche, ses maudites lèvres entrouvertes qui n'attendaient que lui… Le profond regard topaze, aussi fiévreux que le sien, s'illumina un bref instant durant lequel sa conscience et ses bonnes manières s'effacèrent pour laisser place à un besoin bestial qu'il lui fallait assouvir, maintenant. Sa main se glissa dans son cou pour emprisonner sa nuque, et il se pencha avec lenteur pour foncer en piqué sur le visage de la femme avec qui il partageait ses nuits les plus secrètes. Mais à peine eut-il le temps de frôler les lèvres tentatrices que des doigts se posaient sur sa joue marquée d'un symbole rouge, avec tendresse, pour le freiner gentiment dans son élan. Le sourire de la belle s'élargit.
« C'est moi qui décide, Kiba, le gronda-t-elle dans un souffle, le regard impitoyablement séducteur. »
Sur cette phrase, elle laissa ses mains agripper les épaules du jeune homme et ondula du bassin sensuellement, de sorte qu'il comprit immédiatement ce dont elle avait envie, là, tout de suite. Elle voulait lui montrer que ce n'était pas elle, qui baisserait les armes… mais lui. Alors il la souleva en la tenant par la taille pour la coller contre lui en sentant son cœur battre frénétiquement dans sa cage thoracique, cherchant une position confortable. Il n'y avait qu'elle pour le rendre aussi nerveux, aussi impatient, aussi maladroit. La sublime blonde se retint de pouffer entre ses lèvres en percevant le trouble de l'Inuzuka, puis bascula ses jambes finement élancées pour enserrer les hanches du jeune homme, et enfin, l'accueillit en elle dans un gémissement étouffé. Un soupir de contentement s'échappa des lèvres du brun en sentant son sexe envahir une seconde fois l'intimité de son amante, frissonnant de bien-être, les mains passées dans son dos pour descendre vers la chute de ses reins. Puis elle commença à entamer de longs va-et-vient en se frottant contre son torse avec malice, la respiration forte, les yeux baissés sur le beau visage du séduisant samouraï dont elle en avait fait son amant. Elle, unique héritière de l'illustre famille des Yamanaka, entretenir une relation charnelle à son âge et avec un homme de statut inférieur… Apprendre pareil affront en offusquerait plus d'un ! Mais les Dieux demeuraient seuls témoins de leurs ébats, gardant avec eux dans les cieux le dérangeant et sulfureux secret qui l'unirait à jamais à Inuzuka Kiba. Une lueur sauvage naissait dans ses prunelles sombres alors qu'elle le dévisageait dans l'effort du moment, puis la belle l'incita à venir cajoler sa poitrine en agrippant sa nuque pour le pencher vers la vallée de ses seins. Goûter à cet endroit-ci lui était permis, aussi ne s'en priva t-il pas en attrapant un téton entre ses lèvres pour le sucer délicatement, s'extasiant du petit cri de ravissement poussé par la blonde entre ses bras. Ce n'était pas lui qui la dominait, mais elle… et il adorait ça. Le plaisir s'intensifiait plus, toujours plus à mesure que les secondes défilaient et qu'il se sentait peu à peu venir, leurs gémissements devenus incontrôlables. Et quand Kiba sentit la jeune femme trembler, au bord de l'orgasme, un frisson lui parcourut l'échine et il se déversa en elle dans un dernier mouvement de bassin, laissant échapper un long gémissement rauque dans son cou, faisant écho au cri exalté de la douce Yamanaka accrochée convulsivement à ses épaules, la tête rejetée en arrière.
Il leur fallut un certain temps avant de redescendre sur terre, allongés à même le sol et encore enlacés dans les bras l'un de l'autre, jusqu'à ce que leurs respirations se fassent plus régulières et que leurs corps retrouvent la capacité de leurs mouvements. La soif tenaillait à présent la jeune femme qui se dégagea avec douceur de l'emprise possessive du brun, le gratifiant d'un chaste baiser sur la joue en lui susurrant un « merci » qui l'aurait irrémédiablement fait vibrer s'il ne s'était pas senti aussi exténué. Cette femme pouvait être très avide quand elle le voulait, et il se serait senti fortement honteux de tenter quelque chose sans être sur d'être en forme pour la rassasier comme elle l'entendrait. Kiba la regarda se lever dans une démarche féline pour s'emparer du fameux kimono froissé sur toutes les coutures, s'en parant pour masquer sa nudité, au grand regret du jeune homme qui l'aurait contemplé ainsi durant des heures encore. Lui-même ne portait rien, affalé dans le plus simple appareil sur les tatamis dans le vieux salon laissé à l'abandon du jardin privé de la résidence des Yamanaka. Personne ne venait s'aventurer dans les parages, ni gardes, ni serviteurs… ni Chôji, autrement il aurait rendu l'âme depuis belles lurettes ! Parfois, il se demandait quelle serait la réaction de leur ancien compagnon si jamais il venait à apprendre la vraie nature de la relation qu'il entretenait avec celle qu'il avait juré de servir sur son honneur. Mouais, il lui trancherait forcément net ses bijoux de famille avant de le trucider, c'était même une évidence. Le jeune Inuzuka grimaça à cette sordide idée et se redressa à son tour sur ses fessiers, passant une main dans ses cheveux courts encore plus ébouriffés en bâillant lourdement. Quelque chose attira alors son attention par terre et il fronça les sourcils, se penchant pour ramasser l'objet de sa curiosité. Le présent qu'il lui avait offert ce soir, un kushi(5) en bois de cerisier laqué d'un bleu nuit, ornementé de feuilles d'or et de perles nacrées. Cette parure à cheveux lui avait coûté une petite fortune, le contraignant même à marchander l'une de ses meilleures lames avec l'armurier qui fournissait le Koueichiimura, et ce dernier s'était frotté les mains en récupérant pareil trésor de forgerie. Dans un soupir, il se releva prestement pour rejoindre en quelques enjambées la belle blonde qui se tenait debout dans l'embrasure du shōji qu'elle avait entrouvert, goûtant silencieusement à la caresse du vent sur sa peau encore chaude. Paupières closes, elle sentit délicatement les doigts du jeune homme glisser dans ses cheveux l'espace de quelques secondes pour y déposer quelque chose dans un geste maîtrisé. Elle retint un soupir ennuyé ; elle avait tellement l'habitude de ses petites attentions que cela en devenait presque lassant.
« Ce bijou sied mieux à votre beauté, plutôt que de traîner sur le sol.
— J'en possède un grand nombre, de peignes, et de toutes sortes. La plupart d'entre eux m'ont été rapporté par mon père, des plus lointaines des contrées de ce monde.
— Celui-ci vient du Pays de l'Eau, de ce que m'en a assuré le marchand qui me l'a cédé au prix le plus fort. Il ne vous plaît pas ?
— Ne dis pas de sottises, veux-tu ? Bien sûr qu'il me plaît. »
Les prunelles d'un brun profond croisèrent le regard clair de la jeune Yamanaka, énigmatique. Il ne savait jamais si elle mentait lorsqu'elle lui affirmait aimer chacun de ses présents, jamais encore il ne l'avait vu en porter un lorsqu'ils se rencontraient en ville en tout cas. Son égo voulait croire qu'elle les conservait à l'abri des regards, pour mieux les contempler en pensant à lui une fois seule, lorsque leurs séparations devenaient trop douloureuses. Un rictus déforma sa bouche à cette pensée ; comme si c'était à lui qu'elle pensait en contemplant la lune, comme elle était en train de le faire un instant plus tôt. Jamais elle ne lui offrirait ses faveurs autrement que sur le plan charnel, car jamais elle ne pourrait obtenir en retour celles de celui qu'elle désirait avec ardeur… Jamais il ne pourrait être l'Uchiwa Sasuke qu'elle convoitait tant.
« Tu devrais te rhabiller, lui ordonna-t-elle gentiment dans un bref regard dans sa direction, appréciant la vue des abdominaux recouverts d'une légère pilosité. Il ne faudrait pas que tu attrapes froid si tu dois partir à l'aube demain pour ta mission.
— Ma température corporelle est bien plus élevée que la vôtre, alors je ne crains rien. Et puis… »
Oserait-il aller jusqu'au bout de son envie dévorante ? Pour une fois, elle eut étrangement envie de lui laisser cette chance, qu'il saisit sans perdre de temps en emprisonnant ses épaules dans un mélange de passion et de tendresse. Il n'y avait aucune marque d'amour dans ce geste, rien que de la dévotion. Une profonde affection.
« La chaleur de votre peau est la seule qui puisse me réchauffer dans mes nuits les plus glaciales, lui murmura t-il dans le creux de son cou, le souffle brûlant, avant de laisser ses lèvres poursuivre leur chemin. »
La belle ne put réprimer le délicieux frisson qui parcourut son corps à cet instant, savourant pleinement la sensation de se sentir adorée ; de se sentir femme entre les bras de cet homme inférieur à son rang. Ses yeux se fermèrent un court instant, la main droite de Kiba à présent glissée dans l'encolure de son kimono brodé de fils d'argent, palpant sa poitrine du bout des doigts pour mieux la satisfaire. Mais la réalité des évènements la ramena brusquement à la réalité, rouvrant les paupières pour scruter le ciel légèrement voilé de la nuit, le regard profondément anxieux. Apeurée par ce qu'elle avait vu.
« J'ai un mauvais pressentiment. »
Le jeune homme interrompit aussitôt ses caresses, redressant la tête de sorte à pouvoir contempler le profil de l'héritière des Yamanaka, perdue dans ses pensées. Un pli d'inquiétude marquait son front, elle semblait profondément soucieuse d'un détail qui échappait encore au brun. Se voulant taquin, il laissa un petit sourire confiant gagner son visage pour espérer chasser son trouble.
« Vous n'avez aucune inquiétude à avoir, ce n'est qu'une simple mission de reconnaissance dans un village frontalier. Il ne m'arrivera rien.
— Je ne m'en fais pas pour toi, Kiba, lui rétorqua-t-elle en se dégageant sans délicatesse, tournant les talons pour s'éloigner de lui. »
Ce geste de dédain et de froideur surprit vivement l'intéressé, fronçant les sourcils en la regardant parcourir la pièce de long en large, nerveuse et toujours aussi angoissée. Craignait-elle qu'ils n'aient été entendus ? Non, cela était tout simplement impossible. Jamais encore il n'avait fait la moindre gaffe auprès de ses camarades, et jamais elle ne prendrait le risque de commettre l'erreur d'en parler à quelqu'un à son tour. Il en allait de sa vertu, de l'honneur de son sang et de l'intégrité de sa famille. Le nom des Yamanaka ne serait jamais sali au nom de leur idylle sans avenir.
« Kizashi… Comment va-t-il ? »
Le brun ne put s'empêcher de tiquer à l'entente de ce nom, sans pourtant ressentir une quelconque hostilité à l'égard de ce dernier. Au contraire, il le plaignait presque de devoir subir les idioties de Naruto à tout bout de champ, encore contraint de rester dans la machiya jusqu'à nouvel ordre. Il se pencha pour ramasser à son tour ses affaires, sentant dans son dos le regard inquisiteur de la jeune femme aux grands yeux innocents. Pourquoi diable lui demandait-elle cela ?
« Il se porte comme un charme, maugréa t-il en commençant à se rhabiller sans lui jeter l'ombre d'un regard, la mâchoire contractée par l'étrange sentiment de colère qui grandissait en lui. Le commandant le garde cloîtré à récurer les marmites et à éradiquer les mauvaises herbes du jardin, si vous voulez tout sav…
— Kiba, tu dois impérativement m'aider à le rencontrer en privé. Il faut absolument que je lui parle. »
Les doigts de l'Inuzuka se crispèrent sur le nœud de la ceinture qu'il était en train de nouer. Sa mâchoire se contracta davantage en relevant son regard pour le poser dans celui de son amante, impérieux. Là, elle était redevenue la dangereuse Yamanaka Ino, aussi autoritaire et tranchante que son père. Elle usait de sa position hiérarchique, de son statut d'héritière d'un des conseillers les plus influents du pays. Cela lui déplaisait quelque peu de devoir s'adresser d'un ton aussi condescendant au jeune homme, mais le temps ne jouait pas en sa faveur et elle n'avait pas d'autre option ; seul Kiba pouvait lui venir en aide et la conduire à celui qu'elle devait à tout prix protéger. Car elle avait vu ce qui allait arriver… lui arriver. Seulement, le samouraï n'avait pas l'air décidé d'y mettre du sien, soutenant son regard avec dureté. Un sentiment de jalousie mal contenue luisait dans le fond de ses yeux.
« Pourquoi vouloir le rencontrer ? Il n'a rien de particulièrement intéressant.
— Tu n'as pas à en connaître la raison, j'ai seulement besoin que tu m'arranges discrètement une entrevue avec ce garçon. Veux-tu bien faire cela pour moi, Kiba ?
— Pour vous ? Et pourquoi devrais-je risquer de subir les foudres de mon supérieur pour vous, je vous prie ? Que faites-vous pour moi, vous ?
— Oh, ne recommence pas ! s'emporta-t-elle en levant les yeux au ciel, avant de s'avancer vers lui dans une démarche furieuse. Je ne te demanderai jamais d'aller à l'encontre des ordres d'Hatake Kakashi si cela n'était pas important, toi seul peux me rendre ce service Kiba ! Je suis certaine que ce mauvais pressentiment concerne Kizashi, alors je t'en prie, fais en sorte que je puisse lui parler au plus vite…
— C'est la meilleure ! Vous me priez, moi, de vous rendre service ? Mais je ne suis pas votre serviteur ! rétorqua t-il en criant plus fort encore, bouillonnant de rage en refusant d'admettre la raison qui le poussait à s'énerver ainsi contre elle.
— Il suffit, arrête…
— Et je ne suis pas non plus votre chien qui sert uniquement à satisfaire vos désirs quand vous avez besoin de moi ! »
La main qui s'abattit avec force sur sa joue le stoppa instantanément dans sa folie, lui coupant le souffle. Le coup avait été sec, dur, contrastant avec l'habituelle délicatesse de celle qui venait de le gifler à l'instant. Comme il regrettait à présent, d'avoir été incapable de se contrôler en lui crachant à la figure des paroles aussi dégradantes. Mais les choses étaient ainsi, il n'avait pu se contenir davantage en la voyant subitement morte d'inquiétude pour un autre… un autre que lui. Kiba ne blâmait pas non plus Kizashi, il s'en contrefichait ouvertement même. C'était elle, toujours elle, qui le poussait ainsi à bout… Son visage se décala alors de quelques centimètres pour scruter les traits de celle pour qui il se donnerait corps et âme – toujours, en dépit de tout. Le dégoût qu'il lut dans le fond de ses yeux, ses si beaux yeux… elle le méprisait. Encore. Ne comprenait-elle pas ?
« Va t-en. »
Les jointures de ses poings du jeune homme craquèrent, en même temps qu'un rictus mauvais déformait son visage. Parfait. Il avait gagné… ou plutôt l'avait perdue, peut-être pour de bon. C'était son choix.
« Comme il vous plaira. »
Il lâcha ces mots péniblement, dans ce qui se voulait être une courtoise révérence avant de faire demi-tour pour prendre ses derniers effets, posant malgré lui ses yeux sur l'écrin fait de soie bleue. S'il avait su… Peut-être arriverait-il un jour à racheter l'épée qu'il avait marchandée pour un objet, finalement, sans grande valeur. Et le calme de la nuit emporta son ombre et ses pas avec lui, tandis que la flamme de la bougie vacillait avec le faible courant d'air généré par son départ. Non, elle ne comprenait pas et ne comprendrait sûrement jamais. Du moins le niait-elle très bien, car elle n'était pas sotte. Yamanaka Ino savait parfaitement que cet homme la voulait, la voulait toute entière, la voulait pour lui et pour lui seul. Mais elle ne lui appartiendrait jamais, ni à Kiba, ni à un autre. Même si celui qui lui avait volé son cœur de jeune fille ne la regarderait pas, elle continuerait de l'admirer de loin… tout comme Inuzuka Kiba devait se contenter de l'admirer aussi, et seulement se satisfaire de cette faveur. Pour son bien, il devait comprendre de lui-même cela. La jolie blonde retira alors la parure de ses cheveux qui retombèrent en cascade dans son dos, tandis que des larmes silencieuses baignaient son visage. Elle aurait du se montrer plus douce, plus avenante avec celui qui lui apportait tant de gentillesse et d'affection. Car en achevant leur entrevue secrète sur une dispute, elle venait de ruiner tous ses espoirs. Kizashi… Son pressentiment s'intensifia lentement dans sa poitrine, et elle sut qu'elle n'avait plus le choix. Elle devait le voir à tout prix et y parviendrait, coûte que coûte. Seule.
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Le bruit du tintement de leurs lames couvrait le moindre son extérieur, les deux samouraïs totalement concentrés sur leur affrontement d'entraînement quotidien. Personne ne pouvait surpasser Uchiwa Sasuke dans les arts de l'épée – ni dans bien d'autres domaines d'ailleurs – hormis le jeune homme aux traits de marbre et aux yeux d'un blanc nacré profond, Hyuuga Neji. A l'exception de leur commandant, lui seul réussissait à égaler le brun ténébreux dans un duel de passes d'armes. Leurs lames n'étaient pas tranchantes et le risque de se blesser mutuellement quasi inexistant. Ils ne s'affrontaient que dans un seul but : dépasser leurs limites, encore et encore, chacun pour des raisons bien particulières. Leurs gestes étaient précis, leurs postures maîtrisées et leurs pas calculés au millimètre près. Leurs passes d'armes se déroulaient toujours en silence, dans un respect des plus total et la plupart du temps à l'abri des regards pour garder leur concentration optimale jusqu'au bout. Ce jour-là, un seul spectateur les regardait s'affronter avec envie derrière les bâtisses en bois, cherchant à mémoriser les coups portés les plus rapides chez l'un et les esquives les plus habiles chez l'autre. La récente et régulière présence de Kiba depuis quelques jours avait légèrement piqué la curiosité de l'Uchiwa, se demandant vaguement ce qui pouvait pousser leur compagnon à vouloir s'entraîner avec eux alors que d'ordinaire, c'était avec Naruto ou la jeune cousine de Neji qu'il flânait à ses heures perdues. S'entraîner avec lui ne le dérangeait pas en soi, excepté lorsqu'il percevait l'hostilité un peu trop présente de l'Inuzuka qui l'attaquait pour de bon, faisant parfois tout et n'importe quoi pour espérer le toucher en le frappant du plat de la lame. En général, Sasuke mettait vite un terme au combat dans ces moments-là. Les deux hommes étaient tous deux en nage, mais leur endurance était telle qu'ils pouvaient échanger des passes d'armes pendant des heures, sans jamais échanger le moindre mot. La parole ne leur serait d'aucune utilité sur un champ de bataille, ni face à un adversaire aguerri. Le ciel était lourd de nuages, menaçant, de l'électricité statique flottait dans l'air. Un orage éclaterait tôt ou tard, et l'Uchiwa redoutait une forte pluie diluvienne qui les contraindrait tous à rester cloîtrer à l'intérieur de la résidence. Alors qu'il jetait un bref regard au plafond gris frottant au-dessus de leurs têtes, le jeune Hyuuga profita de ce court relâchement de vigilance pour vriller sur lui-même et attaquer de front son camarade, saisissant là une belle opportunité de le désarmer. Cependant, le brun réussit de justesse à parer le coup en reculant d'un bond pour s'écarter de quelques mètres, le souffle court ; une seconde d'inattention de plus et Neji aurait réussi son pari avec brio. Un mince rictus déforma ses lèvres, saluant cette pirouette digne d'un génie. Digne de l'Hyuuga.
« Tu as presque failli m'avoir, bien joué.
— Rassure-toi, je ne te raterai pas la prochaine fois, lui répondit le jeune homme à la longue chevelure sombre dans un sourire victorieux. Tu laisses plus d'ouvertures que je ne l'aurais cru.
— Je te trouve bien sûr de toi Neji.
— Et toi plutôt peu sur tes gardes ces derniers temps. J'ignorais que tu puisses te laisser distraire aussi facilement, à croire que quelque chose de vraiment important te travaille Sasuke. »
Un imperceptible froncement de sourcils marqua le front de l'intéressé, détestant être mis à nu de la sorte et encore plus lorsque cela venait de quelqu'un comme Neji. Tous deux étaient semblables sur un grand nombre de points, notamment leur capacité de masquer leurs véritables intentions en feignant d'être indifférent au reste du monde. En l'occurrence, ce « quelque chose » le perturbait plus qu'il ne l'aurait voulu si même Neji s'en était aperçu. Sasuke inspira profondément pour masquer l'agacement qui fourmillait dans ses veines, puis rangea sa lame dans son fourreau en prétextant avoir besoin de faire une pause pour se rafraîchir. Il ne reporta aucune attention à ses pairs, ne souhaitant pas donner à l'Hyuuga le plaisir de pouvoir le sonder davantage. Ses pensées ne regardaient que lui, allégations et absurdités y comprises. Il ne prêta pas non plus attention à la voix de Kiba maugréant un « à mon tour » absolument détestable, cette impression se confirmant de plus belle lorsque leurs regards se croisèrent dans une fraction de secondes. Les sautes d'humeur de l'Inuzuka ne l'intéressaient absolument pas, il n'en avait rien à foutre de connaître la raison de cette hostilité légèrement maladive. A moins que cela ne concerne ses histoires de cœur, et si c'était le cas, il s'en souciait encore moins ! Il avait d'autres chats à fouetter, d'autres choses qui embrumaient un peu trop son esprit surtout… Dans un soupir de lassitude, il rejoignit la partie centrale de la petite propriété pour se diriger vers le puits, pressé de remettre de l'ordre de ses idées en les refroidissant. Mais alors qu'il allait attraper le seau déjà rempli, une voix criarde le héla et le freina dans son geste.
« Hey ! Sasuke ! »
Qui d'autre que Naruto pour ajouter un peu plus de piquant à son état d'ennui ? Soupirant de nouveau, il décala son regard pour laisser ce dernier glisser vers la droite pour finalement se poser sur le petit groupe de personnes, assis sur la terrasse en bois à une dizaine de mètres de lui. L'énergumène qui lui servait de meilleur ami lui fit de grands gestes avec ses bras pour le saluer, dans un large sourire stupide qui égayait parfaitement son visage d'ahuri. Pour ne pas l'entendre râler plus tard, il se força à lui répondre d'un bref signe de la main en laissant un rictus moqueur gagner son visage. Il est impayable celui-là… Son expression s'effaça bien vite en faisant un peu attention à la scène qui se jouait à côté du blond, aux deux personnes qui se tenaient à ses côtés. A cette personne, en particulier. Bien vite, il se hâta de reprendre sa petite affaire en s'emparant du seau pour le poser violemment sur le rebord en pierre, faisant fi des éclaboussures qui s'échouèrent un peu partout à ses pieds. Mais même l'eau glacée sur ses tempes et sur l'ensemble de son visage ne parvint pas à chasser cette maudite personne de ses pensées, l'image de Kizashi s'imposant à lui sans qu'il n'y ait consenti. Il se refusait de penser au garçon, parce que cela signifierait irrémédiablement de penser à… elle. Ce qu'il exécrait.
Sasuke aurait de loin préférer découvrir le pot-aux-roses comme tout le monde, plutôt que d'avoir à subir le fardeau de ce lourd secret. Oh, il aurait pu la dénoncer dès le premier jour, durant cette fameuse nuit où ils l'avaient kidnappée ; les sensations de son corps n'avaient pas trahi son jugement finalement, il avait vu juste dès le départ sur sa réelle identité au moment où elle s'était cognée contre son torse pour finir évanouie à ses pieds. D'un autre côté, cette supercherie venait apporter un renouveau à son quotidien devenu monotone au fil du temps. Elle se serait probablement enfuie dans la nuit, si Kakashi n'avait pas incarcéré celui que tous pensaient être « Kizashi » pour lui donner une leçon et lui apprendre les règles de leur organisation. Lui-même lui avait mortellement suggéré la fuite, croyant avoir brisé tous ses espoirs en ne lui laissant aucune possibilité, rien, hormis du désespoir. En vain. Elle résistait depuis une semaine maintenant, à sa manière certes, mais elle résistait. L'Uchiwa n'avait pas manqué de constater l'état de ses mains criblées de cloques et éraflures en tout genre, tout comme il était resté pantois un court instant en revenant un soir d'une mission exécutée pour le compte de leur commandant, face à l'éclatante propreté de la machiya. Elle délestait la jeune Hinata de toutes les tâches les plus ingrates et fastidieuses, et ce, dans l'unique but de survivre en restant caché parmi eux le maximum de temps possible. Sasuke devait bien le reconnaître : sa ténacité était réellement surprenante. Un rictus en coin avait plus d'une fois étiré les traits nobles de son visage, à chaque fois qu'elle tentait d'échapper à son regard ou tout simplement d'éviter de se trouver dans la même pièce que lui, à l'exception des dîners. Cela l'amusait de la voir à ce point terrorisée à l'idée de se retrouver nez-à-nez avec lui à l'angle d'un couloir… un peu oui, juste un peu. Naruto le bassinait constamment à son sujet, tout fier de se déclarer son « mentor » ce qui faisait intérieurement rire le brun en entendant son crétin de meilleur ami se lancer des fleurs. D'autant plus que dans le fond, sa présence ici lui importait peu. Il manquait quelque chose à la version de son histoire qu'elle leur avait donnée, la toute première fois ; ça, il en était certain. Non, ce n'était pas la présence de « Kizashi » qui le dérangeait… mais la sienne, oui. Parce que derrière l'apparence de ce gamin tout frêle et pas débrouillard pour deux sous, se cachait en vérité les traits doux et le corps terriblement tentateur d'une jeune femme aux longs cheveux lisses à la couleur des fleurs de cerisier au printemps. Cette personne-là, jamais il n'aurait souhaité en croiser le chemin dans les bains car sa présence le déstabilisait beaucoup, beaucoup trop à son goût. Après tout, il n'était qu'un homme, lui. Quant à savoir combien de temps cette mascarade durerait, combien de temps tiendrait-elle encore… De profondes emmerdes en perspective, et déjà suffisamment irritantes maintenant.
« Joli coup Kizashi ! Fous-lui la raclée !
Naruto, je t'ai déjà dit cent fois de ne pas crier pendant une partie, répliqua la voix ennuyée de Shikamaru, le ton monocorde. Focalise ton cerveau sur autre chose plutôt que de déconcentrer les joueurs. C'est la première fois qu'on s'affronte en plus. »
Le blond rétorqua quelque chose que Sasuke ne put entendre, seulement le petit « aïe ! » poussé par ce dernier en se prenant un coup sur la tête de la part du jeune Nara. Difficilement, ou plutôt incapable de lutter contre ses pulsions, il releva la tête vers leur direction et sentit instantanément ses muscles se raidirent à sa vue, les traits parfaitement concentrés et le regard vif focalisé sur la partie de shōgi qu'elle disputait contre le brun à la coiffure en panache. La différence était flagrante de profil, cela devait forcément sauter aux yeux de n'importe quel homme ayant un peu de jugeote… à moins qu'il n'y ait que les siens, pour remarquer un détail aussi futile que celui-ci.
« Sasuke-san ! »
Son corps se redressa tout entier à l'entente de son prénom scandé par la cousine de Neji qui courait vers lui à toute allure, l'air grave. L'Uchiwa fronça les sourcils, pressentant des ennuis bien plus graves encore. Lorsqu'elle fut à sa hauteur, Hinata reprit sa respiration calmement pour poser ses grands yeux clairs dans les siens, charbonneux.
« L-Le commandant Hatake m'envoie te prévenir qu'il t'attend dans sa pièce privée pour s'entretenir avec toi. Maintenant. »
Le commandant Hatake ? Pour qu'Hinata évoque son nom de façon si cérémonieuse, c'est qu'il y avait forcément anguille sous roche. Ces genres d'imprévus, il les détestait aussi. Remerciant la brune par un bref signe de tête, il s'écarta du puits pour marcher en direction des appartements privés de Kakashi, d'une démarche souple et pressée qui ne passa pas inaperçue auprès des trois autres protagonistes du tableau. Les deux samouraïs échangèrent un regard en coin, tandis que la jeune femme – ou plutôt Kizashi – détourna bien vite les yeux par mégarde de croiser les siens. Du plus profond d'elle-même, elle espérait ne plus jamais croiser ses prunelles subitement vives comme des rubis, et ne plus avoir à les voir en cauchemars également. Plutôt mourir.
Uchiwa Sasuke arpentait d'un pas plus calme les couloirs de la gigantesque bâtisse en bois, redoutant cette entrevue qu'il n'avait pas pressentie. Que pouvait bien lui vouloir Kakashi, pour mandater la jeune Hyuuga de lui transmettre un tel message ? Cela ne lui disait rien qui vaille, vraiment. Puis, une fois devant le shōji de la pièce où l'attendait son commandant, il se figea lentement en entendant non pas une, mais deux voix. Deux ? Un rapide coup d'œil sur sa tenue légèrement poussiéreuse lui fit prendre une profonde inspiration, contractant sa mâchoire pour masquer sa contrariété. Vraiment, il détestait ça. Enfin, il tendit le poing pour donner un coup sec contre le bois, et attendit qu'un modeste « entre » surgisse des profondeurs des murs pour faire coulisser les battants et les refermer aussitôt après lui pour s'avancer dans la pièce. Son regard cherchait Kakashi lorsqu'il aperçut brusquement cette personne, s'agenouillant sans plus attendre en courbant la nuque vers le sol dans un profond respect. S'il s'était attendu à ça…
« Yamanaka-dono, murmura t-il d'une voix calme, une multitude de questions se bousculant dans son esprit pour justifier la présence d'une personne d'un tel rang ici, au quartier général du Koueichiimura. »
Yamanaka Inoichi, l'un des conseillers les plus éminents du souverain de leur pays, et paternel de l'énigmatique Yamanaka Ino, l'héritière la plus convoitée et courtisée de Konoha. Etrange. Il n'y avait aucun plateau devant lui, ni service à thé, ni à saké. Ce n'était donc pas une visite de simple courtoisie.
« Redressez-vous et asseyez-vous Uchiwa-san. L'heure n'est pas aux révérences et aux flagorneries. »
Les prunelles d'encre cillèrent un instant avant de s'exécuter sans piper mot, tentant bon gré mal gré de jouer la carte de l'impassibilité face au ton que venait d'employer le noble pour s'adresser à lui, sec et condescendant. Bien loin du ton mielleux de sa fille… Ses yeux croisèrent alors ceux de son mentor, ce dernier acquiesçant dans un faible clignement. Son raisonnement était donc juste, il se passait bien quelque chose et à en juger par l'expression dépeinte sur le visage de Yamanaka Inoichi, l'affaire était grave. Ce dernier, les traits fatigués et creusés, décida de ne pas y aller par quatre chemins. Sa vie en dépendait.
« Ne sachant vers qui d'autre me tourner, je suis venu solliciter l'aide du Koueichiimura sans plus tarder. L'heure est grave, et le temps presse cruellement.
— Que sous-entendez-vous par là, Yamanaka-san ? demanda Kakashi en fronçant les sourcils, les bras croisés sur sa poitrine.
— Mon unique enfant a été enlevée. La nuit dernière. »
Une faible lueur de surprise passa dans le regard sombre de Sasuke, se tournant vers son commandant qui demeurait aussi pris au dépourvu que lui. La nuit dernière… et il ne les mettait au courant qu'une demi-journée plus tard ? Folie que cela…
« Que s'est-il passé exactement ? commença l'Uchiwa en gardant ses yeux rivés vers l'homme aux cheveux attachés dans une queue de cheval haute, aussi longs et du même blond vénitien que ceux de sa fille adorée. Quand avez-vous revu votre fille pour la dernière fois ?
— Malheureusement bien avant qu'on ne vienne me rapporter sa disparition. Elle… Elle se serait glissée hors de sa chambre pour aller je ne sais ou, rejoindre je ne sais qui. L'une de nos servantes qui rentrait tard d'une commission a retrouvé une de ses parures à cheveux dans une ruelle proche, et elle a immédiatement donné l'alerte. Akimichi-kun est parti dès l'aube avec les meilleurs de ma garde personnelle à la poursuite d'une maigre piste, mais j'ignore encore ce qu'il en est. Je… Ma fille… gémit-il brusquement en crispant les poings, une profonde rage dans le fond de son regard topaze. Ma douce Ino… »
Le brun était totalement stupéfait par la scène qui se jouait devant ses yeux. L'éminent conseiller, les implorant presque du regard de lui ramener son enfant chérie… Improbable, et pourtant. Un seul coup d'œil dans la direction de Kakashi suffit à confirmer ce que ce dernier s'apprêtait à dire. Protéger et venir en aide à chaque citoyen de Konoha, quelque soit son statut. Une règle d'or du Koueichiimura. Comme un seul homme, les deux samouraïs se redressèrent alors pour s'agenouiller devant le puissant noble.
« Yamanaka-san, je vous promets de ramener saine et sauve votre fille, murmura clairement et avec force le commandant aux cheveux gris ébouriffés, toujours le visage à moitié couvert d'un masque sombre. Moi, Hatake Kakashi, commandant du Koueichiimura, le jure sur ma vie et sur mon honneur.
— Sur l'honneur, répéta l'Uchiwa en fermant les yeux, cette phrase ayant plus de sens pour lui que pour n'importe qui d'autre. »
L'un des tous premiers préceptes qui lui avait été enseigné en devenant samouraï, probablement le plus important de tous à ses yeux. Rien d'autre n'importait que son honneur et celui de son commandant qu'il préserverait par n'importe quel moyen, jusqu'à ce qu'il n'atteigne son but. Parce que Hatake Kakashi avait sa place aux côtés des plus grands, dans les plus hautes sphères de ce monde. Il y arriverait coûte que coûte. Sasuke n'était pas dupe : que Yamanaka Inoichi en personne se déplace jusqu'ici pour quémander leur aide n'avait rien d'anodin. Peut-être même était cela, le tremplin qu'ils attendaient patiemment depuis des années. L'enlèvement de son unique héritière n'était qu'une façade à autre chose qu'il leur faudrait découvrir au plus vite, après s'être assuré d'honorer la promesse faite à ce dernier. Le Koueichiimura en faisait à présent une affaire personnelle, et tous ceux qui tenteront de se dresser sur leur route périront sans recevoir aucun traitement de faveur, aucune pitié qui soit. S'il le fallait, ils tueraient pour tuer. Mais, une fois que Yamanaka-dono s'en fut allé – escorté par deux de ses gardes – et que Sasuke se préparait à aller convoquer les autres membres de l'organisation, la voix de Kakashi le stoppa et provoqua irrémédiablement une colère sourde dans ses entrailles.
« Kizashi vous accompagne. »
Ah… ils y étaient enfin. Ça aussi, le brun l'avait intimement pressenti, presque tenté de provoquer cette discussion de son chef ; un imprévu de plus à ajouter à sa liste déjà longue. Sauf que là, il n'avait pas le cœur à en rire, lassé de jouer à ce petit jeu grotesque. Quand il disait que ce genre de détail futile devait forcément sauter aux yeux… il évoquait indirectement Kakashi. Il l'avait compris bien avant de le réaliser par lui-même, à l'instant même ou le samouraï à la chevelure argentée avait proposé au moins que rien qu'ils avaient ramené de rester parmi eux. Oui… Sasuke avait parfaitement bel et bien compris son manège, exception faite qu'il n'y prendrait part sous aucun prétexte. Oh que non.
« Il en est hors de question, souffla t-il en expirant profondément, le regard mauvais toujours rivé au sol.
— Ce n'est pas une question, mais un ordre Sasuke.
— Dans ce cas, pourquoi ne pas m'ordonner de lui planter une flèche entre les deux yeux pour lui offrir une chance de mourir plus vite ?
— Nous savons tous les deux que tu feras tout pour qu'il ne lui arrive rien, Sasuke. Ai-je tort ? »
Plusieurs secondes passèrent avant qu'un « fais chier » étouffé retentisse et que les battants du shōji ne se referment dans un grand fracas, faisant voler les documents que Kakashi lisait avant de recevoir la visite d'Inoichi. L'amertume qu'il avait eu le temps de lire dans les prunelles d'un noir tranchant de son disciple aurait pu lui donner facilement la chair de poule, s'il n'y était pas aussi habitué. Mais il connaissait Sasuke par cœur, il savait donc que lui aussi avait tout découvert au sujet de leur « nouveau pensionnaire » et que par principe – ou de préférence de son propre désir – le jeune homme la protégerait quoiqu'il arrive. Lui-même était curieux de voir jusqu'où irait la demoiselle, quelles décisions allait-elle prendre… qui l'aiderait à avancer dans cette voie. Et même avec son masque, on pouvait voir que le commandant du Koueichiimura avait un large sourire aux lèvres, s'amusant comme un petit fou d'avoir vu une palette d'expressions toutes plus sombres les unes que les autres passer sur le visage imperturbable de l'Uchiwa. Il ne l'avait pas vu aussi troublé depuis longtemps… bien longtemps même. Alors oui, il pouvait bien en profiter pour le titiller un peu. Surtout si, dans l'avenir, les choses évoluaient dans un tout autre sens ; mais seulement si Sasuke apprenait à accorder de nouveau sa confiance à autrui ; seulement et seulement si, par le plus grand des miracles, Sasuke apprenait à rouvrir son cœur à quelqu'un.
Lexique du chapitre !
Hototogisu (1) : c'est le nom du rossignol du Japon, j'ai trouvé ça en fouillant sur internet.
Nagajuban (2) : il s'agit du sous-vêtement que l'on porte sous un kimono, la première couche de tissu si on veut.
Getas (3) : sandales de bois japonaises.
Saule pleureur (4) : je vous invite à taper sur Googole le « saule du samouraï » qui raconte un très beau conte japonais :) à la base je voulais seulement voir à quoi ressemblait la variété des saules pleureurs au Japon, et puis je suis tombée dessus et c'était super intéressant ^^
Kushi (5) : peigne, dérivé du kanzashi qui désigne les ornements à cheveux traditionnel japonais.
Ouais Sasuke, fais pas iech et rouvre ton coeur à ta putain de future waifu ! 8) (ET ELLE L'EST BORDEL DE SHUT !)
Booooooon. J'espère sincèrement que l'intégralité de ce chapitre vous aura plu, que ce soit les pensées torturées et débiles de Naruto, le lemon KibaxIno qui franchement, m'a donné envie de m'intéresser un peu plus à la profondeur de ce couple (même si Ino finit avec Saï dans le manga), et puis ben Sasuke hein... mais lui c'est un teubé quoiqu'il fasse/pense. Moi j'ai adoré l'écrire, et pis c'est tout x) surtout que j'ai hâââââte de passer à la suite KUKUKUKUKU ! 8D
Toujours plus de remerciements pour votre infaillible fidélité, vous êtes vraiment des lectrices en or et j'ai beaucoup de chance de vous avoir. Mon kokoro fait doki doki avec vos commentaires, alors vraiment, merciiii !
Bisous glacés menthe pépites de chocolat pour tout le monde ! Tendrement, éternellement et gougoulement vôtre, MireGougoule 8)
