HAPPY FUCKING BIRTHDAY SASUKE ! GASPACHO PARTY ET TOMATES MOZZARELLA A GOGO, YOUH !

Bonjour tout le monde ! Vous rendez-vous compte que je suis en train de publier un chapitre, ce qui signifie presque deux chapitres en l'espace d'un seul mois ? Est-ce... possible ? HELLYES ! Parce que j'ai tellement un milliard d'idées pour cette fanfiction qui me tient réellement à cœur, et que j'espère sincèrement manier à la perfection jusqu'à la fin :)

Suite des aventures de Sakura avec ses potos les samouraïs ! Franchement, c'est un putain de chapitre d'action, je suis moi-même presque choquée d'avoir réussi à écrire quelque chose d'aussi rythmé. Même après relecture, je trouve ça génialement gougoule, et sublimement sadique, as usual 8D

Réponse à l'unique review anonyme que j'ai reçu sur ce chapitre (BOUHOU) :

Aria : pour te remercier d'avoir pris la peine de me laisser un commentaire, je te dédie ce chapitre tiens ! :D j'espère que tu aimeras autant la suite ;)


Pour lancer ce chapitre, j'emploierai la formule du youtuber Antoine-Daniel et de son célèbre WTC, ce qui nous fait donc... : POIGNARD, TOKYO GHOUL (xD) ET LATTAGE DE CACAHUÈTES ! Bonne lecture à tous !


Le bruit des martèlements des sabots résonnait sur la terre humidifiée par une courte averse avec fracas, se mêlant avec la respiration erratique des chevaux lancés au galop depuis près d'une bonne heure. Réussir à se stabiliser et à maintenir son équilibre sur la selle à pareille vitesse était un exercice difficile, douloureux, presque comme un supplice pour les cuisses et fessiers de chacun… mais ça, je pouvais le supporter. Je le devais coûte que coûte. Mes mains étaient solidement cramponnées à la taille du cavalier de notre monture, juste ce qu'il fallait pour prendre garde à laisser une distance de quelques centimètres entre nous ; en tout cas, une façon de se tenir sur une selle à l'arrière qui conviendrait à un homme de corpulence nettement plus chétive que celle des membres du Koueichiimura. Ma présence à leurs côtés constituait une charge supplémentaire au cheval qui s'était vu attribuer deux passagers dont moi-même, restreignant forcément son endurance en comparaison de ses pairs chevauchés chacun par une seule personne. La cadence était telle que les montures devaient puiser sans relâche dans leurs forces pour conserver le rythme imposé par cette course contre le temps, cette lutte contre l'incertitude et l'anxiété. Quoiqu'il puisse arriver, elle devait être sauvée. Mes pensées vagabondèrent un long moment sur le souvenir de notre rencontre, sur ce sourire malicieux et ce rire cristallin, presqu'enfantin. Elle que j'avais cherché à fuir de peur qu'elle ne divulgue mon secret, elle qui avait envoyé son garde du corps personnel à ma recherche et qui m'avait, dans un hasard total de circonstances, permis d'échapper à une mort certaine. Yamanaka Ino.

Aujourd'hui, c'était mon tour de lui venir en aide, bien qu'il était plus qu'évident que mon rôle à jouer serait minime dans cette mission de sauvetage imprévue. Lorsque la nouvelle de son enlèvement était tombée, je n'avais pas hésité une seule seconde pour quémander le droit de me joindre à l'équipe : et c'était la « Sakura » inconsciente et impétueuse qui avait parlé, reprenant le dessus sur le « Kizashi » calme que je m'évertuais à imiter. La véritable moi. Sans pouvoir justifier complètement ce brusque élan de compassion et d'inquiétude qui m'avait poussée à hausser la voix pour me faire entendre, allant jusqu'à brusquer un Uzumaki-san – l'appeler Naruto me paraissait encore trop inconvenant – visiblement surpris de ce brusque revirement de comportement. Erreur que j'avais réparée aussitôt en baissant de ton, sans compter l'appui presque surréaliste dont j'avais bénéficié quant à ma décision de les accompagner. Et pas n'importe quel soutien, non… Pas celui de n'importe qui en tout cas. Le contact dur du poignard glissé dans la ceinture de mon hakama me renvoyait directement à l'épisode qui s'était joué juste avant notre départ, après l'annonce de l'enlèvement de cette femme et en pleine partie de shōgi face à Nara-san – qui, soit dit en passant, m'écrasait littéralement malgré les encouragements du spectateur de notre rencontre.

Celui-là même qui s'était vivement opposé à ce que je ne les suive dans leur mission, peut-être par peur que je ne fasse tout échouer – ou par inquiétude, qui sait ; et celui-là même qui avait été le premier et le seul à accepter de me prendre comme poids supplémentaire sur sa monture, m'ordonnant fermement de m'agripper à lui au cas où « le vent déciderait d'emporter un gringalet suicidaire et empoté » comme moi – comprendre là « Kizashi » qui visiblement, faisait pitié à voir. Néanmoins, je savais qu'il y avait un véritable esprit de camaraderie dans ce simple geste : il ne me laissait pas sur la touche et m'acceptait à part entière comme son compagnon de toujours. Voilà pourquoi je serais éternellement reconnaissante envers cet homme qui me tournait le dos, le vent s'engouffrant dans la chevelure blonde constamment en désordre, entourée d'un hachimaki(1) assorti au haori(2) bleu pastel passé sur ses épaules – tenue que chacun d'entre eux arborait avec prestance, signifiant leur appartenance au Koueichiimura ; avertissant ainsi les ennemis à venir qu'ils étaient les représentants de l'organisation la plus crainte et respectée de Konoha, et que de surcroît, ils seraient sans pitié. Un mélange d'adrénaline et d'excitation parcourait mes veines depuis que nous avions quitté la ville, boostée par un étrange sentiment d'orgueil à l'idée de chevaucher aux côtés de ces hommes à l'incontestable renommée. Cependant, je ne devais pas me faire de fausses idées ; ma présence ici n'était ni saluée, ni encore moins souhaitée de tous… ni même par lui, en dépit des ordres donnés par le commandant du Koueichiimura. Ma place ne se trouvait pas parmi eux, ici, là-bas… Uchiwa Sasuke venait de me le faire comprendre une fois de plus, de son ton implacablement glacial et dur comme de l'acier ; aussi ferme et tranchant que le tantō(3) qu'il m'avait confié, juste avant de partir. Presque comme un avertissement.

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L'effervescence se faisait sentir dans toute la machiya depuis l'annonce de cette terrible nouvelle, accentuée par la résonnance des pas des uns et des autres glissant sur les lames du parquet, chacun se préparant à partir sur le champ… y compris moi. Mes doigts secoués de tremblements incontrôlables tentaient tant bien que mal de rajuster ma tenue, s'acharnant à resserrer le nœud de l'obi qui encerclait ma taille, de sorte que mes mouvements puissent être les moins limités possibles. Je portais encore un autre des ensembles laissés par le robuste ex-coéquipier du Koueichiimura – kimono d'un vert forêt et pantalon de teinte brique – suffisamment large pour y faire couler ma silhouette svelte, forcée une fois de plus de tricher à l'aide d'ourlets en tout genre. Mais il n'était pas question de jouer les fines bouches, l'heure était grave… très grave même. Mon attention avait été quelque peu alertée par la tension régnant dans l'air après avoir aperçu Hinata-san courir à toute hâte en direction de l'acariâtre Uchiwa, lui murmurant des paroles inaudibles pour moi mais vraisemblablement importantes vu la vitesse à laquelle il avait quitté les lieux, le regard encore plus sombre qu'à l'ordinaire. J'avais feint de ne pas réagir pour rester concentrer sur la partie d'échecs que je disputais avec Nara-san, sentant malgré moi mes membres se raidirent lorsqu'un « Hey ! Sasuke ! » beuglé par Uzumaki-san avait surgi de nulle part, juste à coté de mon oreille. Un frisson avait longuement parcouru mon échine en sentant sa présence proche de nous, priant cent et cent fois encore les Dieux de le dissuader d'avoir envie de nous rejoindre.

Prière exaucée, bien que je sentis distinctement son regard nous balayer brièvement, juste avant qu'Hinata-san n'accoure vers lui. Ce n'était pas tant l'air arboré par celui que je considérais comme mon bourreau qui piqua ma curiosité, mais davantage l'échange de regards sous-entendus et de paroles entre les deux hommes qui m'entouraient. L'expression de leurs visages avait perdu de leur enthousiasme, même chez mon adversaire qui m'avait demandé si je voulais l'aider à tuer le temps en faisant fonctionner mes méninges « pour une fois » – à croire que je passais pour un véritable benêt au sein du groupe. Le « il se passe un truc pas net » du blond aux sourcils froncés à jeter sans cesse des regards sur la gauche, complété par un « encore une putain de galère… » soupiré par le brun aux cheveux attachés en panache, n'avait fait que renforcer cette sensation étrange et ce pressentiment que oui, il y avait bien quelque chose qui se tramait. Seulement, jamais je n'aurais osé prédire que ce « quelque chose » aurait l'effet d'un véritable coup de massue.

L'héritière des Yamanaka avait été enlevée. Il m'avait paru évident lors que notre première rencontre que la jeune femme qui avait – sans que je ne sache encore comment – percé mon secret était de noble naissance. La beauté et la finesse de ses traits, son élégance naturelle et le raffinement de son kimono de soie… je n'avais rien oublié de notre court échange. Et l'oublier, elle, encore moins. Difficile d'effacer de sa mémoire une menace représentée par une créature aussi attrayante, malicieuse et pleine de mystère. Bien que je ne sache encore qui elle était vraiment ni l'importance de sa valeur, je considérais rapidement celle de sa famille, et surtout son influence, en voyant mes camarades tomber des nues en apprenant la nouvelle. C'était le cousin d'Hinata qui avait fait réunir les membres de l'organisation concernés, sur les instances du brun taciturne, lui-même mandaté par le commandant du Koueichiimura, en sa qualité de capitaine chargé de mener à bien l'expédition. Soigneusement cachée mais suffisamment proche pour réussir à capter leur conversation, j'appris avec effroi – en même temps que les autres – qu'elle avait disparu au beau milieu de la nuit, et que des hommes de son père suivaient une piste quelque peu incertaine. Il leur fallait rejoindre Akimichi-san au plus vite pour obtenir plus d'informations sur les évènements de la veille et se mettre pour de bon à la poursuite des kidnappeurs – et surtout, prier les Dieux que la jeune héritière ne subisse de sévices, quels qu'ils soient. A cette pensée, mon cœur s'était lourdement comprimé dans ma poitrine en imaginant le pire, une main plaquée sur ma bouche pour réfréner mon envie de vomir face à l'angoisse qui s'emparait étrangement de moi. Pourquoi ? Pourquoi s'en prendre à elle ? Et pourquoi me sentais-je à ce point concernée par son sort ? La réponse me semblait aussi improbable que réaliste : cette personne m'avait sauvé la vie. Elle n'avait révélé mon identité à personne, pas même à son garde du corps qu'elle avait consciemment envoyé à mes trousses, m'épargnant ainsi de mourir prématurément ; et elle n'avait que dix-huit ans, comme moi. Ce n'était qu'une jeune femme n'aspirant qu'à goûter au bonheur et à vivre sa vie… comme j'espérais le redevenir un jour.

« J'espère que nous nous entendrons bien tous les deux. »

Le souvenir de cette simple phrase m'avait instantanément rassurée dans mes pensées, qu'elle fut sincère ou non n'avait pas d'importance. Je ne pouvais pas ne rien faire, ni ressentir aucune compassion à son égard. Comme si un lien invisible nous reliait l'une à l'autre, puissant et immuable. Voilà pourquoi j'avais déguerpi juste à temps pour ne pas trahir ma présence, me ruant le plus silencieusement dans la pièce qui me servait de chambre pour me préparer à les suivre coûte que coûte. Aucun d'entre eux n'approuverait sûrement ma décision, mais j'étais prête à affronter Hatake-san si nécessaire, en argumentant sur l'esprit d'équipe et les valeurs d'un homme digne de ce nom – principes qu'il avait su me faire rappeler en me grondant doucement, le lendemain de mon retour à la machiya. Une fois m'être assurée que ma poitrine était suffisamment bandée et indétectable, je m'occupais de rattacher le moins soigneusement possible mes longs cheveux en une queue de cheval mi-basse. Le plafond gris du ciel menaçait à tout moment de se muer en une pluie torrentielle, me faisant redouter quelque peu cette expédition qui finirait peut-être par être punitive pour moi. Ma teinture pouvait encore tenir le coup quelques jours, mais seulement et seulement si le temps demeurait clément. Pitié, faites qu'il le reste le plus longtemps possible… Je ne pus m'empêcher de mordre ma lèvre inférieure en inspectant mon reflet dans le petit miroir prêté par Hinata-san, dépitée par l'absence de l'accessoire principal qui devait compléter ma tenue de « nouveau membre » du Koueichiimura. Le seul bien dont je n'étais jamais censée me séparer, que j'avais bêtement égaré… mon katana. Après avoir mûrement réfléchi sur le déroulement des évènements de cette fameuse journée, soit il demeurait encore sur les bords de la petite rivière où j'avais laissé place à ma colère, soit quelqu'un l'avait récupéré. Malheureusement, je croyais davantage à la seconde qu'à la première hypothèse… Tant pis, je me débrouillerais autrement. Uzumaki-san accepterait peut-être de me prêter un de ses sabres pour me défendre au besoin. Une voix puissante et familière s'éleva de l'extérieur vers la cour, m'incitant à me dépêcher d'achever mes préparatifs. Mon regard coula alors lentement en direction de mes mains, avant d'en défaire les bandages jaunis en grimaçant sous la douleur aigüe qui picotait les plaies boursouflées. Les feuilles de sauge avaient commencé le processus de guérison, mais cela restait encore insuffisant si je voulais que rien ne m'entrave sur ma route. Un risque cruel à prendre. Je n'avais pas à hésiter, je n'avais pas le choix : c'était l'unique chose à faire.

C'est avec le souffle court que je rejoignis le reste des membres de l'organisation dans la cour, face à l'allée centrale, sur le départ. Le commandant Hatake ne se trouvait pas parmi eux, à mon grand étonnement. Tous buvaient les derniers ordres murmurés par le ténébreux Uchiwa, que je m'efforçais de ne pas regarder de peur de flancher et d'annihiler toute forme de courage. Si je devais encore croiser ses pupilles rougeâtres… Mon arrivée ne passa pas inaperçue, Hinata-san me jetant un regard effaré tandis que les sourcils d'Uzumaki-san se fronçaient aussitôt en s'apercevant des sommaires ajustements de ma tenue. Première étape à franchir : les convaincre.

« Kizashi… ne me dis pas que tu t'es préparé à nous suivre quand même ?

— L-Laissez-moi vous accompagner, me forçai-je à répliquer avec assurance, plantant mes yeux verts étincelants dans les siens, complètement outragés.

— Sûrement pas. Il est hors de question que tu viennes, c'est beaucoup trop dangereux.

— Naruto a raison, intervint subitement Nara-san en me jetant un lourd regard réprobateur et entendu, s'avançant vers moi comme pour me faire entendre raison. Ce n'est pas qu'une simple mission de routine à prendre à la légère, même pour moi. Une vie est en jeu.

— Justement ! m'emportai-je en haussant le ton, déterminée à me faire écouter jusqu'au bout, peu importe les conséquences. Je veux pouvoir vous être utile et apporter mon aide pour sauver Yamanaka-san. Je vous en prie.

— Mais pourquoi tiens-tu à ce point à risquer ta vie pour une personne que tu n'as rencontré qu'une seule fois ?

— Parce que je… je… »

Les prunelles sombres de Nara-san m'interrogeaient en silence, attendant une réponse équivalente à sa question lourde de sens, me forçant à baisser les yeux. Que répondre ? Lui dire qu'elle m'avait sauvé la mise en protégeant mon secret ? Non. Et rétorquer que j'avais un mauvais pressentiment ne lui suffirait pas, ni aux autres d'ailleurs. J'aurais cru que le premier à m'apostropher aurait été le capitaine de l'unité, mais il n'avait accordé pas la moindre attention à ma personne, pas même l'ombre d'un regard. Comme si je n'existais tout simplement pas. Or – et seuls les Dieux savaient combien cette pensée m'était terrifiante et impossible à concevoir – c'était lui que je devais convaincre par-dessus tout. Lui seul pouvait donner son assentiment. Déglutissant avec difficulté, je laissais alors mon regard couler dans la direction de cet homme, craintive comme jamais. Ses traits étaient de marbre, imperturbable bloc de granit de la posture jusqu'à la mâchoire. Il n'accepterait probablement jamais, mais je devais au moins essayer. Après tout, c'était lui-même qui m'avait soufflé avec une cruauté sans pareille de prendre mes jambes à mon cou dès que l'occasion se présenterait… et que femme ou non, il ne me ferait aucune faveur. Idée visiblement confirmée par le regard dédaigneux qu'il s'autorisa à m'adresser une fraction de secondes, suffisamment assez pour qu'un nouveau frisson ne parcoure mon épiderme en rencontrant les grisantes obsidiennes. Mes poings se serrèrent lentement, en même temps que je sentis une main se poser avec douceur sur mon épaule.

« Navré Kizashi, mais essaie de comprendre, commença d'une voix calme Uzumaki-san en m'accordant un regard désolé. Tu n'as aucune expérience au combat, ça serait de la folie de t'entraîner avec nous dans cette histoire. Tu n'as même pas d'armes sur toi pour te défendre.

— Vous pourriez m'en prêter une, tentai-je de lui suggérer en fronçant les sourcils, dépitée de le voir secouer la tête par la négative. Je saurais m'en servir au besoin.

— Mais puisqu'on te dit que c'est…

— Il vient avec nous. »

Mon cœur rata un battement à l'entente de cette phrase, à cette intonation grave et dénuée d'empathie. Qu'il puisse accéder à ma requête aussi facilement me semblait totalement surréaliste, quasi-inconcevable. Sur l'instant, personne ne pipa mot mais cela ne m'empêcha pour autant de ressentir des paires d'yeux se poser sur moi. Un accord visiblement pas du goût du blond qui se tenait à mes côtés, relâchant mon épaule dans un brusque mouvement.

« J'espère que tu plaisantes Sasuke, lança t-il d'une voix lourde de colère et d'incompréhension. Tu ne comptes pas réellement le laisser nous accompagner là-bas ?

— Je répète : il vient avec nous. Neji reste ici pour nous tenir au courant au cas où il y aurait du nouveau. Ordre de Kakashi. Point.

— Ordre de… N'importe quoi bon sang !

— Naruto.

— C'est bon, parfait, j'ai compris ! Mais compte pas sur moi pour lui fournir le moindre petit canif, il est hors de question que je participe à votre… »

En essayant de garder mes yeux entièrement focalisés sur Uzumaki-san pour ne pas regarder l'autre, j'eus du mal à comprendre au début pour quelle raison il venait tout à coup de se stopper dans sa tirade enflammée. Péniblement, je forçais alors mon regard à se décaler de quelques centimètres pour suivre la même direction que le sien, faisant fi du soupir résigné que j'entendis au même instant. Une poignée de secondes plus tard et je tendais les mains par pur réflexe, attrapant machinalement l'objet lancé vers moi sans délicatesse aucune. Mes doigts se refermèrent alors sur un étui en bois, long d'une vingtaine de centimètres, laqué d'un noir brillant ; un motif aux teintes rouges et blanches y était dessiné, semblable à la forme… d'un éventail. Les yeux écarquillés par la surprise, je sortis alors la fine lame du fourreau en la tournant dans tous les sens, jusqu'à ce que la voix sèche de son propriétaire ne retentisse de nouveau. Mes joues, elles, étaient en feu.

« Voilà. En route maintenant. »

Uzumaki-san ne chercha même pas à répliquer quelque chose, bien trop occupé à scruter le poignard entre mes mains alors qu'Uchiwa-san s'écartait pour toucher deux mots à Hinata-san et son cousin. Pour ma part, j'étais complètement… déboussolée. Bien trop stupéfaite pour pouvoir prononcer quoique ce soit, n'ayant même pas eu le temps de le gratifier d'une courbette pour le remercier de ce geste totalement imprévisible. Serait-ce Hatake-san qui lui aurait demandé de s'occuper de moi ? Même si c'était le cas, j'avais bien du mal à l'imaginer se plier à un ordre tel que celui-ci. Il fallait me ressaisir, cette soudaine « bonté » n'était qu'une façade ; comme si ma survie lui importait… Ineptie que d'oser y croire.

« Bon sang… C'est du grand délire, murmura le blond à ma droite, la voix toujours pleine de stupeur, m'incitant à relever le visage vers lui. J'arrive pas à y croire.

— Je ne vous décevrais pas… Naruto-san.

— C'est pas ça le plus important ! Cet abruti de Sasuke est complètement inconscient d'avoir accepté de t'emmener, on dirait presque du bizutage pour lui. Crois-moi Kizashi, tu ne sais vraiment pas dans quoi tu t'embarques.

— J'en suis parfaitement conscient, mais je dois vous accompagner. Mon honneur…

— On en a rien à cirer de ton honneur là, c'est ta survie qui compte plus que tout ! Et même si tu sais te servir d'un tantō, tu vas avoir un sacré mal à le manier en combat avec le sale état de tes mains. T'en as vraiment trop fait avec les travaux manuels, bon sang.

— Je vous assure que ça ira, mes mains sont complètement guéries.

— Bah, me mens pas ! C'est toujours à moitié enflé, y'a encore plein de coupures et… »

Ses sourcils se froncèrent un instant avant d'ouvrir de grands yeux ronds, attrapant brusquement la main aux doigts enserrés sur le manche du poignard. Ne pas laisser transparaître la moindre émotion, ne pas lui laisser le temps ni l'occasion de supposer quelque chose… J'avais pris soin de garder un minuscule bandage imprégné d'essence de sauge pour tromper l'odorat des plus curieux ; en l'occurrence, Uzumaki-san tomba facilement lui-même dans le panneau. Trop facilement peut-être.

« C'est bizarre, j'aurais juré avoir vu… »

Ma salive passa de travers en tâchant de garder une expression neutre, comme pour lui assurer qu'il s'était trompé dans son jugement et sur ce qu'il croyait avoir vu. Sauf que la discrétion n'était pas son fort et qu'à mon grand désarroi, ce que je redoutais le plus se produisit. A peine eut-il relâché ma main qu'un énième frisson fit imperceptiblement trembler l'ensemble de mon corps, mon regard se heurtant brutalement à deux orbes aussi sombres qu'accusatrices, cherchant à me percer au plus profond de mon être. Il avait entendu notre conversation, il avait compris mon mensonge. Ma nuque craqua lorsque je détournais la tête pour me soustraire à ce regard d'encre intransigeant, sentant mon visage devenir écarlate. Non, non, du calme Sakura. Comment pourrait-il être au courant de cela ? Il ne pouvait avoir vu cela, c'était tout bonnement impossible ! Il ne pouvait pas savoir, il ne pouvait pas ! Seulement supposer… Par la grâce des Dieux, Uzumaki-san, lui, semblait avoir été bizarrement convaincu, arborant une nouvelle fois cette expression ahurie propre à son caractère intrépide.

« Dis-moi, c'est super efficace ton truc à base de j'sais plus quoi ! Je comprends mieux pourquoi t'as fait tout un pataquès pour te soigner toi-même !

— Feuilles de sauge, répondis-je en me forçant à sourire pour masquer ma gêne, le cœur battant à cent à l'heure en sentant encore le regard menaçant peser dans mon dos. Je montrerais à Hinata-san comment préparer l'onguent. »

Ce à quoi le blond opina de la tête en souriant de toutes ses dents en m'obligeant à lui rendre la pareille, moi, à la fois crispée et quelque peu soulagée d'avoir réussi à noyer le poisson, au moins auprès de lui. Je rangeais le tantō dans un geste nerveux. Il fallait que ça rentre profondément dans ma tête : Uchiwa Sasuke ne pouvait pas savoir. Mais après avoir salué Hinata-san dans un pincement au cœur, la boule au ventre, et que je me décidais enfin à suivre Uzumaki-san, l'angoisse ressurgit des tréfonds de mes entrailles. Je n'avais ni entendu ses pas derrière moi, ni même simplement senti sa présence. Pourtant, il était bel et bien là, un peu en retrait, marchant silencieusement à côté. Mon rythme cardiaque s'affola derechef, mes yeux agrandis par une peur sourde. Peut-être attendait-il des remerciements pour le poignard ? Si c'était le cas, j'étais prête à lui rendre la pareille au centuple ! Voire plus !

« Je…

— Inutile de me remercier. Tâche seulement de ne pas devenir plus un fardeau que tu ne l'es déjà pour nous. »

Un élan de frustration et de colère s'empara brusquement de moi. Voilà donc ce que je représentais à ses yeux ? Un fardeau ?

« Ne te méprends pas, je ne fais que suivre les ordres du commandant. Si ça ne tenait qu'à moi, jamais je n'aurais jugé bon de te donner ta chance de faire tes preuves.

— Je sais.

— Ne considère pas non plus cela comme une faveur. La seule idiote à blâmer pour t'être jetée dans la gueule du loup, c'est toi.

— Je sais ! répliquai-je fermement en levant mes yeux sur son visage, les poings serrés, sourcils froncés. »

Mais alors que je crus qu'il ne me jetterait pas l'ombre d'une œillade, ce fut l'inverse qui arriva. Son profond regard était plongé dans le mien, parfaitement impassible et tout aussi intense. Le souffle me manqua le temps d'un infime instant, pleinement fascinée par la froideur de sa beauté. C'était la première fois que je pouvais le dévisager d'aussi près, discernant la moindre des courbes comme sculptées dans une roche aussi dure que l'expression qu'il pouvait abhorrer par moment. Cependant, ses traits étaient doux. Ses prunelles ne cillèrent pas une seule seconde, et je peinais à les affronter avec détermination. Comme si je n'étais pas consciente que j'avais pris un risque énorme en m'aventurant dans cette épreuve ! Croyait-il que j'endossais le rôle d'un homme par plaisir, me pensait-il à ce point dénuée de bon sens ? Contre toute attente, sa main s'empara soudainement d'une des miennes à sa portée pour en scruter les doigts recouverts du bandage de fortune, l'odeur puissante de la sauge s'infiltrant par mes narines. Je retins mon souffle, l'œil vide et la bile au palais. Je ne m'étais même pas rendue compte que nos pas s'étaient stoppés au même niveau. Vite, penser à autre chose, penser à autre chose…

« Stupéfiante capacité de guérison que possède la sauge.

— P-Pardon ? »

Vite, feindre que je n'avais rien entendu. Et surtout ne pas le regarder plus longtemps, ne pas lui laisser le temps de croiser ton regard… Trop tard.

« Rien, souffla t-il entre ses lèvres en relâchant finalement son étreinte devant mes yeux mortifiés de terreur. »

Puis sur ce dernier mot coupant définitivement court à notre discussion, il reprit sa marche en accélérant la cadence de ses pas pour rattraper les autres, me forçant à l'imiter pour ne pas me laisser distancer de trop. La paume de ma main qu'il avait enserrée me brûlait, d'une chaleur aussi vive que le rouge qui devait colorer mes joues. Cette subite proximité m'avait chamboulé l'esprit, nullement préparée à quelque chose de ce genre. D'autant plus que j'avais eu la confirmation de ma crainte : lui, ne croyait pas un traître mot à mon histoire d'onguent miraculeux. Tout en continuant d'avancer, je tapotais doucement mes joues pour me sortir de cette torpeur, reconsidérant notre objectif. Yamanaka-san avait besoin de nous. La discussion que je venais d'avoir avec Uchiwa Sasuke ne devait en aucun cas interférer dans mon devoir, il fallait que je la chasse au plus vite pour la mettre dans un recoin de ma tête et me focaliser sur notre mission de sauvetage. Même si un infime détail me revenait sans arrêt à l'esprit, ravivant mon cœur qui cherchait encore à se calmer. J'étais certaine, oui, quasi-sûre et certaine, d'avoir entraperçu une grimace fendre son visage juste avant qu'il ne s'écarte. Juste sur la commissure de ses lèvres. Un microscopique sourire en coin. Oui, j'avais probablement rêvé.

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« Il serait préférable de cacher les chevaux dans un endroit sûr par précaution. Shikamaru.

— Ouais je m'en charge. Kizashi, suis-moi.

— Entendu. »

Imitant vivement le samouraï aux cheveux bruns, j'attrapais une bride dans chacune de mes mains pour tirer doucement deux chevaux vers moi, faisant claquer ma langue contre mes dents pour les inciter à me suivre. Ma silhouette paraissait encore plus ridicule entre les deux imposantes bêtes aux flancs massifs, l'une au pelage d'un marron chaud – un peu rouille – l'autre à la robe couleur ébène, le poil souple et brillant. Le spectacle n'était pas aussi beau en comparaison de la manière dont Nara-san guidait les deux autres montures, se faisant comprendre sans même avoir besoin de les toucher. Un petit sourire étonné glissa sur mes lèvres en le rejoignant derrière un talus épais, idéal pour y attacher les bêtes. Il achevait déjà de nouer la bride du second cheval quand je commençais tout juste à en attacher une autour d'un petit arbre au tronc à l'apparence solide.

« Vous avez l'air très doué avec les chevaux, osai-je murmurer d'une voix timide, alors qu'il flattait le sien d'une caresse sur le flanc droit. Ils vous ont suivi sans broncher.

— Ah, ça. Les chevaux sont considérés comme l'espèce la plus intelligente parmi les animaux, presque autant que les hommes. Je les apprécie énormément.

— Eux aussi apparemment.

— Ma famille élève des biches et des cerfs depuis des générations. J'imagine qu'ils doivent sentir que j'ai l'habitude d'y faire avec les bêtes.

— Sûrement. »

A peine eussé-je terminé de m'occuper de mon deuxième cheval que je sentis de petites poussées dans mon dos, m'obligeant à me retourner pour gratouiller affectueusement la tête du cheval à la robe sombre, un léger sourire éclairant mon visage. Un petit « Ah ! » narquois s'éleva à ma gauche.

« Tu as l'air de savoir comment t'y prendre toi aussi, me fit remarquer Nara-san, la voix légèrement amusée. Celui-là se laisse difficilement approcher par quelqu'un d'autre que Sasuke pourtant… »

En tout cas, lui au moins avait l'air de me faire confiance, contrairement à son maître qui – je ne l'oubliais pas – me considérait comme un fardeau inutile et encombrant. Il ne m'avait même pas laissé la chance de le remercier comme il convenait de le faire… soit, à son aise. Je tâcherais de rendre ma présence encore plus inexistante à notre retour de mission ; si ça pouvait le satisfaire et m'accorder par la même occasion un peu plus de répit ! Mon esprit ruminait encore notre échange déplaisant lorsque nous nous décidions à retourner sur nos pas pour rejoindre le groupe formé par Uzumaki Naruto, Inuzuka Kiba, Uchiwa Sasuke – capitaine des opérations en tant que représentant de l'organisation – mais aussi d'Akimichi Chôji, accompagné de quatre hommes de main tous au service de la famille des Yamanaka. Il avait été prévu qu'Hatake-san leur envoie une missive pour les informer de notre arrivée imminente, ayant lui-même été prévenu du point de rendez-vous par un de leurs cavaliers. Le cousin d'Hinata-san, du prénom de Neji, était resté à la machiya avec le commandant, prêt à nous rejoindre avec d'autres hommes si nécessaire – en plus du reste des gardes partis à l'aube avec Akimichi-san. Une sorte de schéma type que le détestable capitaine avait expliqué durant le temps de notre chevauchée, et que j'avais essayé de comprendre en silence en écoutant les uns et les autres en débattre entre eux. Seul Inuzuka-san était resté aussi silencieux que moi, plongé dans un mutisme qui ne lui ressemblait guère – de ce que j'avais pu constater en le côtoyant quelques jours en tout cas. Il avait perdu de sa répartie à répondre aux provocations douteuses lancées par l'énergumène blond, passant le plus clair de son temps à s'entraîner seul dans son coin ou bien, par le plus grand des mystères, en se frottant par « pure camaraderie » à l'Uchiwa qui ne lui laissait pas la moindre chance de le toucher. Cette espèce d'agressivité m'avait froidement surprise en les apercevant tous deux au loin, alors que j'accompagnais Hinata-san au bassin des carpes koï.

A mon grand étonnement, le garde du corps de l'héritière captive ne fit aucun commentaire en constatant que je faisais partie de l'équipe envoyée par le Koueichiimura. Une espèce de nervosité éclaira un bref instant son visage en croisant mon regard alors que je courbais la nuque pour le saluer, expression que je mis sur le coup de l'anxiété de savoir sa maîtresse en danger, la course contre le temps réduisant chaque seconde nos chances de retrouver la piste des kidnappeurs de Yamanaka-san. Par miracle, les hommes envoyés par son père avaient réussi à pister une trace juste à temps – de ce que je crus comprendre au milieu du capharnaüm de mots et phrases incompréhensibles qui fourmillaient jusqu'à mes tympans. Consternée, j'étais presque tentée de leur hurler que le temps pressait urgemment lorsque la voix puissante d'Uchiwa-san mit un terme à ce boucan de murmures, incapables de réprimer un sursaut entre Uzumaki-san et Nara-san.

« Trêves de bavardages inutiles. Shikamaru et moi avons déjà mis au point un plan.

— Ah, on est certains de réussir notre coup alors ! lança doucement le blond à ma gauche, m'octroyant un petit sourire rassuré face au coup d'œil intrigué que je lui jetais, perplexe. Shikamaru est le meilleur pour les stratégies, c'est pour ça qu'aucun de nous ne réussit à le battre aux échecs.

— Exact, sauf que nous ne sommes pas en train de disputer une partie de shōgi là.

— Naruto n'a pas totalement tort, Chôji, répondit Nara-san en se tournant vers le garde du corps se tenant à sa droite, l'air passablement agacé mais tout aussi inquiet. Ino n'est qu'un « pion » dans cette histoire, tu le sais autant que moi. »

Ino ? Mes paupières clignèrent plusieurs fois, vaguement déconcertée parce que je croyais avoir entendu. Il venait bel et bien de la nommer par son prénom, de la façon la plus naturelle qui soit. C'était la fille d'un illustre noble, lui un simple samouraï, alors… Comme s'il avait perçu ma curiosité face à ses propos, il se sentit obligé d'éclairer ma lanterne en posant son attention sur moi, dans un petit rictus entendu.

« Ma famille côtoie la sienne depuis des années, tout comme celle de Chôji. Je ne me serais jamais permis une telle familiarité si je ne connaissais pas aussi bien cette petite capricieuse.

— Un peu de respect Shikamaru ! maugréa durement le colosse à côté de lui, visiblement pas d'avis à laisser sa maîtresse être qualifiée de la sorte. Elle nous est supérieure par son rang d'héritière, ne l'oublie pas !

— Cela ne l'empêche pas d'être… Bref, laissez-moi vous dresser un rapide topo de la situation. D'après les traces de sabots repérées à l'est par les hommes de Yamanaka-dono, ils seraient trois – six tout au plus si on inclut l'idée qu'ils soient deux par monture. Il y en aura forcément un qui doit la garder sous surveillance, ce qui fait déjà deux personnes sur une seule monture, alors je parierai plutôt sur le nombre de trois hommes – armés, cela va sans dire. L'espace réduit des foulées sur le sol montrent aussi qu'ils ont – pour une raison qui m'échappe encore – ralenti leur cadence, ce qui ne peut signifier que trois choses : soit ils pensent avoir suffisamment d'avance sur nous pour se permettre de réduire le rythme de leur course, soit c'est un leurre et ils sont terrés quelque part dans cette forêt pour nous tendre une embuscade. Sans oublier non plus qu'ils peuvent avoir des renforts.

— Et la troisième ?

— Soit leurs plans ont changé, et si c'est bel et bien le cas, alors c'est probablement lié à ceci, ajouta Nara-san en extirpant quelque chose de sa ceinture dans un bruit de papier froissé. »

Un hoquet de surprise s'échappa de ma bouche en reconnaissant ce qu'il tenait entre ses mains, sentant aussitôt plusieurs regards se poser dans ma direction. Mes yeux tétanisés étaient rivés sur le morceau de papier un peu jauni exposé à la vue de tous, et tout ce qui y était lié défila instantanément dans mon esprit. Cette fameuse histoire de rançon pour kidnapper telle héritière de tel noble influent de Konoha, les « longs cheveux blonds » mentionnés par les hommes que j'avais épiés dans une taverne avant de les filer ; la raison même de ma présence aux côtés des membres du Koueichiimura, ici, devant mes yeux, contenue dans ce stupide parchemin déchiré que j'avais dérobé à ces mécréants. Cela m'était… complètement sorti de la tête. Mais comment aurais-je pu une seule seconde imaginer que cette personne puisse être celle qu'il nous fallait par-dessus retrouver – même au péril de notre vie ? Moi… Moi je n'avais pensé qu'à Tsunade ; survivre coûte que coûte pour Tsunade. Et je pouvais le sentir distinctement, ce lourd regard noir braqué sur ma personne que lui seul pouvait posséder, trop agitée par mes remords pour tenter de le surmonter. J'entendis un nouveau léger froissement à ma droite, et la voix calme de Nara-san rompit alors le silence inquisiteur de l'assemblée.

« C'est un document contenant une information sur le possible enlèvement de l'héritière des Yamanaka, avec l'indication d'un lieu qui se trouve être dans les environs de cette forêt. Je ne sais pas comment tu t'y es pris Kizashi, mais on tient une piste précieuse grâce à toi, ajouta le brun aux cheveux en panache, un petit sourire satisfait à mon égard.

— Parce que tu avais connaissance du contenu de ce mot ? s'étonna brusquement Akimichi-san en me jetant une œillade mauvaise, avant de froncer les sourcils. Et c'est seulement maintenant que tu nous en parles ?!

— Je… Je n'en savais rien…

— Comment pouvais-tu ne rien savoir si c'est toi qui l'a…

— Parce que cette petite tête vide a l'esprit bien trop étriqué pour avoir pu faire le rapprochement entre l'identité de la personne mentionnée avec la fille de Yamanaka Inoichi, voilà pourquoi Chôji, trancha net le ton impérieux du capitaine de notre équipe, mes yeux s'écarquillant sur le coup, tandis qu'il poursuivit sur sa lancée. C'est moi qui ai ramassé ce papier après l'avoir immobilisé en l'assommant, le commandant l'a questionné à ce sujet mais ce bon à rien n'en savait pas plus. »

Petite tête vide ? Bon à rien ? Je commençais lentement à bouillir lorsqu'il continua, plus impitoyable que jamais.

« Ce gamin est un cas suffisamment désespéré comme ça, inutile de le blâmer davantage. Nous pensions juste avoir réglé le problème après s'être débarrassé des gêneurs en les supprimant avec l'aide de Naruto et Neji, mais nous avions apparemment tort. Et vraiment, Chôji, permets-moi de te dire que tu perds ton temps à vouloir trouver à tout prix un coupable. »

A cet instant, mon état d'esprit semblait être le même que celui de mon camarade posté à ma gauche : complètement abasourdi. Uzumaki-san avait la bouche ouverte, visiblement stupéfait, fronçant les sourcils en scrutant notre capitaine à l'expression sévère, passablement agacé en toisant lui-même Akimichi-san, qui n'en rajouta pas plus. Avais-je perdu la raison, ou bien oui, avait-il cherché à prendre ma défense ? Minute… prendre ma défense ? La mienne ? Après tous les sobriquets de simplet qu'il venait de me coller sur le dos ? Non, je faisais forcément erreur puisque je venais littéralement de me faire descendre devant toute une assemblée d'hommes plus aguerris les uns que les autres. A croire qu'il… me détestait. Mais je n'eus pas le temps de tergiverser là-dessus plus longtemps, Nara-san reprenant ses explications dans un petit raclement de gorge gêné en sortant d'une petite sacoche une carte qu'il déplia sous nos yeux.

« Bon, je continue. Vu ce qui est écrit sur la missive – et vu mon intuition – on peut supposer qu'ils vont chercher à quitter le pays au plus vite, ce qui nous laisse une chance de les rattraper. Nous sommes à peu près ici, indiqua t-il en entourant un endroit à l'orée de la forêt sur la carte dessinée à l'encre noire, avant de glisser son doigt en zigzag sur une petite portion. Il y a aussi une rivière à traverser, avec un pont situé à une demi-lieue d'ici. On va donc se séparer en quatre groupes de deux à trois personnes pour se disperser dans les environs, un vers le sud, un vers l'ouest et le dernier vers l'est pour suivre les traces. Ceux qui restent surveilleront les montures, au cas où ils décideraient de rebrousser chemin.

— Mes hommes s'en chargeront, marmonna le garde du corps de l'héritière en échangeant un regard entendu avec deux d'entre eux, qui courbèrent sommairement la nuque pour acquiescer. Et pour la formation des groupes ?

— Toi et moi sommes rôdés ensemble depuis des années, donc c'est déjà tout vu. Pour le reste, vous deux – Sasuke et Naruto – irez au sud avec un des hommes de Chôji. Vous autres prendrez la direction de l'est, ajouta t-il en regardant successivement le dernier homme de main d'Akimichi-san, Inuzuka-san et pour finir moi, quelque peu surprise mais impatiente. »

Mes yeux se posèrent timidement sur le garde servant la famille Yamanaka au regard dur et sérieux, résolu à accomplir son devoir, puis sur le visage d'Inuzuka-san qui semblait un peu moins amorphe, une lueur étincelante dans ses yeux bruns. J'espérais sincèrement que lui ne me considérerait pas comme un boulet, du moins ferais-je tout ce qui était en mon pouvoir pour ne pas en paraître un. Plutôt trépasser en étant co-équipier d'Inuzuka-san qu'aux côtés de l'autre antipathique ! Le souvenir de ses doigts enserrant ma main me fit frissonner, peu désireuse de revivre un jour la même expérience. Mon cœur se serra de nouveau en repensant à la détresse que devait ressentir Yamanaka-san, seule face à ces ordures qui ne méritaient aucune clémence. La voix de mon voisin de gauche me sortit brusquement de mes réflexions.

« Shikamaru, pourquoi t'as choisi de mettre Kiba et Kizashi dans la même équipe ? »

Mon regard se tourna vers lui en même temps que sentir les deux obsidiennes en faire autant, moi, quelque peu décontenancée par sa question. Il semblait vexé, agacé, voire – presque – boudeur. Nara-san lui répondit au tac au tac, d'une voix profondément ennuyée.

« Parce que Kiba est le meilleur d'entre nous en terme d'orientation et de pistage, et que Kizashi – tout aussi chétif qu'il soit – est assez rapide pour pouvoir le suivre et s'enfuir en cas de besoin. Pour ce qui est de la fuite, c'est un vrai lapin, acheva t-il de murmurer en me dardant d'un regard narquois qui me fit instantanément baisser les yeux, honteuse.

— Aaaah…. C'est pour ça !

— Et ben ! Pour une fois que tu ne t'extasies pas à l'idée de pouvoir coller Sasuke en mission…

— La ferme Chôji ! »

Ce dernier et Nara-san s'esclaffèrent en chœur dans un petit rire silencieux, avant de replier la carte pour que débute – enfin – véritablement notre mission. Nous n'avions que trop tardé, il fallait dès à présent nous mettre en route pour pouvoir vérifier les hypothèses de Nara-san. La nervosité avait commencé à me gagner dès qu'il nous avait expliqué son plan, sentiment qui devait facilement se lire sur mon visage. Il me suffit d'un regard échangé avec l'homme de main d'Akimichi-san – prénommé Kotarou4 – pour sentir la tension dans mes veines descendre un petit peu, rassurée par son signe de tête qui – j'espérais – se voulait confiant. A mon tour de faire mes preuves, à mon tour de leur montrer ma détermination. J'étais fin prête à suivre mes deux coéquipiers d'un jour lorsqu'une main empoigna brutalement mon bras, presque broyé sous la pression des doigts enserrés autour de mon biceps. Inutile de chercher à savoir qui cela pouvait être vu l'indélicatesse de ce geste. Je déglutis.

« Mon tantō s'appelle revient. Et n'essaie même pas de t'enfuir, ou je te jure de m'occuper personnellement de ton cas. »

Le ton avait été cassant, impartial, sans aucune once d'humanité. Si c'était une manière de me terroriser plus que je ne l'étais déjà, l'effet était réussi. Mais tout au fond de mon être, une partie – infime, presque insignifiante – voulait croire que cet avertissement n'était pas une menace, plutôt une mise en garde. Ne pas tenter de m'enfuir pour qu'il ne m'arrive rien. Un lointain « Tu fous quoi Sasuke ? » résonna dans mon dos et l'intéressé relâcha son étreinte avant de s'éloigner en silence dans la direction opposée à la mienne, ne laissant que pour trace de sa présence une douleur vive parcourir l'ensemble de mon bras. Mes cils étaient légèrement humides, sans que je n'en comprenne la raison ; il avait serré fort et j'avais mal, rien de plus. La voix de Nara-san retentit alors pour donner le signal de dispersion, et je me rapprochais de mes coéquipiers pour m'élancer à leur suite, le cœur encore fébrile. Les choses sérieuses commençaient maintenant.

Les deux hommes devant moi couraient à toute allure, mais je ne me laissais pas distancer pour autant, calquant ma respiration sur le rythme de notre course pour ne pas laisser un point de côté me gagner trop vite. Inuzuka-san semblait savoir où aller, se repérant je ne sais comment pour savoir dans quelle direction aller. Au son ? Mes oreilles ne captaient rien d'autre que le crissement de nos pas sur les branches et feuilles mortes jonchées au pied des arbres massifs aux racines apparentes ; à l'odeur ? Celle de la rosée matinale sur la mousse des troncs emplissait mes narines, se mêlant aux effluves de sauge que je sentais de ci de là à travers mes bandages. Les battements frénétiques de mon cœur s'accordaient à la cadence de nos pas, mon souffle devenait plus court au fur et à mesure que nous avancions dans l'épaisse forêt ; peu importe la fatigue, peu importe la soif qui tiraillait ma gorge ; peu importe la douleur lancinante qui fourmillait dans mes jambes… je tiendrais bon ! Notre course dura un petit moment encore, jusqu'à ce que le samouraï aux cheveux bruns courts ralentisse lentement ses pas en nous faisant signe d'en faire autant, ce que je fis sans demander mon reste en courbant le dos pour m'appuyer sur mes cuisses, la respiration erratique, de grosses gouttes de sueur tombant sur le sol.

« Il y a du mouvement tout près d'ici et – ses yeux se fermèrent quelques secondes avant de se rouvrir lentement – je peux sentir la présence de deux hommes, à un peu moins d'un kilomètre d'ici. Elle ne se trouve pas avec eux. »

Mes sourcils s'arrondirent ; comment pouvait-il affirmer une telle chose en se basant uniquement sur son… sixième sens ? Il reprit d'une voix basse, le regard impérieux.

« Je m'occupe de leur régler leur compte, vous deux, restez ici.

— Ce n'est pas prudent de nous séparer, murmura l'homme de main à côté de moi, l'expression toute aussi sérieuse. Mieux vaut les attaquer de front ensemble pour créer un effet de surprise.

— Je préfère y aller seul pour plus de sûreté, répliqua Inuzuka-san d'un ton sec, m'arrachant un petit sursaut de surprise. Faites moi confiance, je sais exactement où ils se trouvent. Ce… C'est à moi de le faire. »

Cette dernière phrase m'interpella vivement, cherchant à comprendre le sens de ses paroles. Son regard avait changé, légèrement teinté d'une tristesse et d'un remord qui – pour une raison que j'ignorais – me serrait le cœur. Il semblait véritablement abattu, mais tout aussi déterminé. Comme animé par la volonté de réussir plus que tout. Un soupir résigné s'échappa des lèvres de Kotarou-san en secouant la tête, avant d'échanger un regard entendu avec le samouraï.

« Soit… entendu. Nous attendrons votre retour, mais s'il se passe quoique ce soit d'anormal là-bas…

— Je donnerais le signal, comptez-sur moi. Et inversement.

— Compris.

— Bien… Alors je vous confie Kizashi, ajouta le brun aux cheveux courts désordonnés, dans un faible sourire à mon égard qui me fit légèrement rougir, avant de courber la tête en signe de reconnaissance.

— B-Bonne chance.

— T'en fais pas. Surveille-bien tes arrières Kizashi.

— Et vous surveillez les vôtres, renchérit l'homme à mes côtés, d'une voix un peu moqueuse. »

Ce à quoi le concerné leva sa main avant de s'élancer pour de bon, disparaissant dans de larges foulées à travers la jukai(4) dans laquelle nous étions immergés. Kotarou-san me fit alors silencieusement signe de le suivre pour trouver un emplacement plus sûr, et je m'exécutais en m'efforçant de marcher le plus souplement possible, sentant l'angoisse me gagner à grands pas. Je regardais tantôt à droite, tantôt à gauche, par-dessus mon épaule quelque fois ; ma main était fermement crispée sur le manche du tantō d'Uchiwa-san, tremblant à moitié, priant presque pour qu'il y eût insufflé une quelconque force pour me donner un tant soit peu de courage. Un peu, rien qu'un peu. Une bourrasque de vent fit balancer les branches des cèdres et autres conifères au-dessus de nos têtes, un sifflement dense s'engouffrant dans mes oreilles. Le ciel semblait toujours plus gris, plus menaçant que jamais, se distinguant difficilement à travers le ballet des feuilles verdâtres. Un craquement sinistre de bois mort dans mon dos me glaça soudainement le sang, percevant l'homme devant moi se stopper à son tour pour se retourner. Mais rien ne vint.

« Le vent nous joue des tours. Continuons. »

Déglutissant péniblement, j'acquiesçais pour moi-même en reprenant ma marche, le cœur en proie à une terreur grandissante. Je n'étais pas seule, tout irait pour le mieux ! Il ne fallait pas céder bêtement à la peur, il fallait se ressaisir ! Pour elle, je devais avancer pour elle. Un nouveau bruit sourd retentit dans le silence de la forêt et je me figeais lentement en voyant Kotarou-san s'immobiliser sur le champ, tendant la main paume vers le sol pour me signifier de ne plus faire le moindre mouvement. Les tremblements redoublèrent d'intensité, serrant le poignard avec tant de vigueur que je pouvais sentir les jointures douloureuses de mes poings devenir blanches. A l'affût du moindre son, la maîtrise de mes émotions envolée, le regard vide ; je ne respirais plus. Jusqu'à ce qu'un lointain sifflement ne me sorte de ma torpeur, de plus en plus proche… tout proche.

« A terre ! m'écriais-je en tentant de me jeter en avant sur Kotarou-san pour arriver à temps, le regard mortifié. »

Trop tard… Devant mes yeux exorbités, la flèche l'atteignit en pleine poitrine, si violemment qu'elle le transperça de part en part, la pointe aiguisée immaculée d'un rouge sombre et luisant. Un gémissement de douleur entremêlé de rage jaillit de sa gorge alors qu'il chancelait en arrière, retombant lourdement sur ses genoux. Aucun cri d'effroi n'était sorti de ma bouche ; j'étais tétanisée, paralysée, apeurée comme jamais je ne l'avais été. Ressaisis-toi bon sang ! La raison l'emporta subitement sur tout le reste en le voyant se pencher pour cracher du sang, maugréant un « merde ! » en se redressant avec difficulté, un mince filet rougeâtre coulant le long de son menton. Mes jambes qui se refusaient à bouger se redressèrent d'un bond, accourant vers Kotarou-san pour me jeter à ses côtés et examiner la profondeur de la blessure. Je savais quoi faire et je n'avais pas le choix : je devais trahir ce secret. Et il faudrait qu'il souffre encore plus. Mais sa main repoussa aussitôt la mienne dans un grand geste brusque, extirpant de lui-même la flèche sous mon regard horrifié.

« K-Kotarou-san ! m'étranglais-je à moitié en scrutant la tache rouge qui s'étoffait à vue d'œil. »

Un glapissement s'échappa de ma bouche lorsqu'il m'attrapa brutalement par le col de mon kimono, le regard démentiel. Terrorisé.

« Fous le camp petit ! Vite !

— Mais je…

— Maintenant ! exhorta t-il en me hurlant au visage, les traits crispés par la douleur et l'angoisse, me repoussant sans douceur. »

Il suffit à mes tympans de capter des bruits se rapprochant à toute vitesse pour commander à mes jambes de se mouvoir aussi vite que possible, le corps glacé. Glacé par la menace qui s'abattait sur nous. Juste avant de partir, j'entendis le bruit si distinctif d'une lame sortie de son fourreau. Il allait se battre jusqu'au bout. Je ne jetais aucun regard en arrière en m'enfuyant, les sanglots coincés dans la gorge à l'idée de l'abandonner à son sort. Laisser un compagnon risquer sa vie seul était la plus abjecte des formes de lâcheté au monde… Ma respiration était forte, je courais à perdre haleine sans savoir où aller. Il me fallait retrouver quelqu'un, avertir n'importe qui ! Hurler à l'aide ne ferait qu'accroître mon sentiment de terreur, pire, ça ne servirait qu'à leur indiquer le chemin pour me retrouver… et me tuer à mon tour. Mais je ne pouvais me permettre de mourir, une vie en dépendait. Deux vies. Quitte à jeter mes dernières forces dans cette course effrénée, quitte à me briser les jambes en leur commandant de se surpasser. Je ne mourrais pas, jamais… quand bien même j'étais poursuivie. Combien étaient-ils, qui étaient-ils ? Avait-il été tué ? Ces inextricables questions entravaient mon esprit quand je m'étalais douloureusement sur le sol, le nez dans les feuilles mortes et un infime picotement sur le haut de ma cheville. Une grimace étira mes lèvres en constatant la coupure causée par une maudite racine ensevelie, le sang perlant autour de la plaie. Une voix puissante qui s'élevait au loin m'ôta toute envie de me soigner, me relevant à la vitesse du son pour reprendre cette course contre le temps, accélérant l'allure pour ne pas me laisser rattraper davantage. Parce qu'ils me rattraperaient tôt ou tard, c'était certain ; j'avais l'apparence d'un homme, mais pas son endurance. L'adrénaline avait laissé place à une peur insoutenable, pulsant dans mes veines à chacune de mes foulées. Et mon souffle était de plus en plus court, mes jambes de plus en plus lourdes ; un léger vertige engourdissait ma tête, harassée, à deux doigts de m'évanouir d'un moment à l'autre. Presque aveugle à tout mouvement, sourde à toute vibration… Grave erreur. Et je n'eus le temps de rien ressentir, quasiment rien… si ce n'est la douleur cuisante qui transperça brutalement ma cuisse, le corps roulé en position de fœtus, face contre terre. Mes dents étaient serrées, ma main crispée sur mon membre secoué de spasmes. Je n'avais rien entendu, je n'avais rien vu venir. Mais la flèche qui venait de briser mes espoirs en un instant, elle, n'était pas un mirage. La douleur encore moins.

oOoOoOoOoOoOo

Seule. Le vent faisait tournoyer de temps à autre les feuilles pourries par le temps devant ses yeux vides, dénués de toute forme de vie. Une faible averse était passée juste au-dessus de la petite clairière sombre, et quelques gouttelettes étaient tombées dans la chevelure d'un blond vénitien. Effrayée. Son pouls s'accélérait encore par moment, en proie à une angoisse que jamais elle n'aurait pensé connaître un jour, douce prisonnière du cocon protecteur et salvateur dans lequel elle avait grandi. Le bleu topaze de son regard était devenu terne, inerte… mort. Probablement le sort qui l'attendait si jamais elle tentait encore de s'enfuir. Car elle avait tenté de s'échapper – une seule fois, une seule – en profitant d'une pause méritée aux montures de ses kidnappeurs. Elle n'avait pas eu le temps de se débattre bien longtemps quand ils l'avaient enlevée dans une ruelle de Konoha, à deux pas de la résidence des Yamanaka, l'assommant d'un coup à la nuque lorsqu'elle mordit celui qui l'enserrait brutalement par la taille pour se défendre. Le kushi d'un bleu intense offert par son amant si délicat qui glissait de ses mains pour s'échouer à terre… dernière image qu'elle avait en tête avant de sombrer dans l'inconscience. Quelqu'un l'aurait sans doute ramassé, peut-être même vendu pour en tirer un bon prix… Comme elle se méprisait ! Comme elle se haïssait de ne pas avoir su retenir le samouraï qui lui apportait tant de bonheur, insouciant qu'il était ! C'est avec le souvenir de leur discorde qu'elle avait furieusement asséné un coup dans les côtes de l'homme qui avait pensé bien faire en desserrant ses liens, se souvenant d'une posture apprise auprès du rejeton de la famille Nara quand lui et Chôji s'exerçaient en secret dans le but d'intégrer la terrible organisation qu'était le Koueichiimura. Mais sa fuite, hélas, n'avait été que de courte durée, bien vite rattrapée par un autre mécréant qui la fit taire d'un coup de poing dans le ventre. Le choc avait été aussi violent que la nausée qu'elle réussit à refouler, les yeux brûlants et la gorge en feu. Depuis, elle demeurait plongée dans un mutisme mille fois préférable à toute autre tentative de fuite, gardant la tête baissée et les yeux grands ouverts, amorphe.

Captive, Yamanaka Ino était livrée à elle-même au milieu de ces malfrats sans scrupule. Elle était au moins certaine d'une chose : ils ne la tueraient, ni ne lui feraient aucun mal. Celui qui l'avait frappée s'était vu sévèrement réprimandé par un autre – probablement leur chef – au vue du gémissement étouffé qu'elle entendit dans un craquement sinistre, meuglant d'une voix sourde qu'ils devaient la livrer « intacte » à ceux qui avaient commandité son enlèvement. Mais elle avait beau fouiller dans les méandres de son esprit, rien, elle ne pensait à personne qui puisse la vouloir au point de chercher à l'enlever. Qui était derrière cette mascarade, dans quel but ? Et où la conduisaient-ils ? Son père avait probablement envoyé les meilleurs de leurs hommes à sa recherche, Chôji à leur tête. Il lui restait encore un maigre espoir, une infime petite chance d'être sauvée… du moins priait-elle les Dieux de toutes ses forces de lui envoyer un sauveur. La belle héritière réprima un sursaut en sentant un de ses kidnappeurs s'approcher, obéissant mécaniquement lorsqu'il lui ordonna de lever la tête. Son regard s'illumina un bref instant en ouvrant sa bouche, terriblement sèche, savourant le contact de la gourde contre ses lèvres et la tiédeur du liquide insipide qui coula dans sa gorge. Elle bût goulument les quelques gorgées qui lui furent offertes, un long filet d'eau dégoulinant le long de son menton jusqu'à son cou ; son apparence n'importait pas, ni même ses bonnes manières. Seule sa survie et l'espérance d'être retrouvée la maintenaient encore debout, encore consciente.

Tout était de sa faute, elle le savait parfaitement. Jamais elle n'aurait du se jeter seule dans la gueule du loup, jamais elle n'aurait du croire une seule seconde qu'elle pouvait y arriver sans l'aide de quiconque. Mais le souvenir de sa vision avait pris le dessus sur sa raison, incapable de rester là sans rien faire. Elle devait rencontrer au plus vite Kizashi… la rencontrer. Voilà pourquoi elle avait attendu le moment propice pour fuguer de sa résidence, vêtue d'un kimono sobre de couleur ocre assorti d'un nagajuban blanc cassé qu'elle avait soigneusement caché. Aucune de ses servantes n'avait trouvé son comportement suspect, et pas un seul garde ne l'avait entendue ni aperçue se faufiler dehors. Son plan semblait parfait, parfait… jusqu'à ce qu'elle ne tombe sur eux. La douleur au ventre la faisait grimacer à chaque fois qu'elle remuait ses membres pour chercher une position plus confortable, assise sur ses genoux, les mains liées à la hauteur de sa poitrine. Un frisson avait lentement parcouru son échine en croisant le regard lubrique de l'un d'entre eux, mordant sa lèvre inférieure pour ne pas se laisser décontenancer et envahir par une peur plus sordide encore. La livrer « intacte » certes, mais jusqu'à quel niveau… La jeune femme avala péniblement sa salive en imaginant le pire, scrutant un point fixe sur le sol pour chasser ces idées terrifiantes. La forêt dans laquelle ils étaient entrés lui était méconnue, ne sachant nullement à combien de lieues d'ici se situait Konoha, restée inconsciente trop longtemps pour se souvenir de quoique ce soit. Etait-ce le matin, était-ce l'après-midi ? Aucun indice ne pouvait la renseigner dans la clairière isolée où ils venaient de faire une halte. Ils n'étaient plus que deux, le troisième de leur bande parti fouiller les alentours depuis plusieurs minutes. Ce qu'elle craignait par-dessus tout, c'était de s'être fourvoyée sur leur nombre ; trois hommes pour la capturer peut-être, mais des complices cachés dans les bois n'était pas à exclure non plus. Un étrange pressentiment lui serrait l'estomac, avec la désagréable sensation que quelque chose ne tournait pas rond. Pour quelle raison cet homme était-il parti en « éclaireur » comme il l'avait lancé, si ce n'était pas pour aller à l'encontre de quelqu'un… L'idée d'une embuscade lui broya un peu plus les tripes, craignant le pire à venir. Et son intuition se révéla juste, malheureusement.

« Regardez ce que je vous amène les gars ! rugit soudainement une voix, l'obligeant à se figer en sentant sa respiration se stopper.

— J'avais bien raison, ils nous ont rattrapés ! On aurait jamais du s'arrêter la première fois !

— Du calme l'ami, du calme ! C'est juste un sale petit rat qui croyait pouvoir décamper ! »

Non, pitié, non… Yamanaka Ino tremblait de plus belle à présent, sentant ses yeux s'humidifier. Il venait de mettre la main sur quelqu'un, peut-être sur l'un des hommes de son père, ou peut-être juste sur un villageois des environs qui se trouvait là au mauvais moment. Quelqu'un qu'ils allaient faire captif à son tour, et tout ça par sa faute.

« Il est mort ? entendit-elle à quelques mètres, incapable de relever la tête de peur de croiser un regard mauvais – de peur de reconnaître la victime.

— Nan, il joue le mort plutôt. C'est qu'un freluquet, il m'a suffit d'une flèche pour le terrasser – il a pissé le sang, t'as vu l'état de ma tenue ? Je crois que j'en ai abattu un par contre, sûrement son complice.

— Parce que t'es pas sûr ?

— Y'avait une sacrée flaque de sang par terre, donc il est probablement mort à l'heure qu'il est.

— Et l'autre, tu as pu l'identifier ?

— Jamais vu à Konoha. Il ne porte aucun signe distinctif sur lui en plus, je crois pas que ce soit un des hommes de Yamanaka Inoichi en tout cas. A se demander ce qu'il foutait là.

— Il serait plus prudent d'aller vérifier s'il n'y a pas d'autres rats plus gros qui grouillent dans le coin. Vous deux, allez jeter un coup d'œil dans les environs. On décollera juste après.

— Compris, on te laisse surveiller les autres alors ! Pas besoin de s'occuper du minus, je pense qu'il a eu son compte ! »

Les bruits de pas se rapprochèrent dangereusement de la jolie blonde au visage livide, pâle comme un mort. Une masse fut alors jetée à terre, au pied de l'arbre à côté d'elle. L'homme qui portait jadis le frêle corps tâta un instant la ceinture du hakama pour en tirer un étui noir, balançant l'objet sur le côté qui retomba lourdement sur l'herbe. Un sourire sardonique étira la commissure de ses lèvres.

« Voilà, ça m'étonnerait que tu veuilles t'enfuir avec une jambe dans un tel état. Tu n'agoniseras pas tout seul dans ton coin au moins. »

Et le sourire s'élargit en jetant un coup d'œil au visage apeuré de la jeune femme qui tremblait de tout son soûl, un goût de bile envahissant sa bouche. Elle attendit patiemment qu'il s'éloigne pour s'autoriser à prendre une bouffée d'air, respirant difficilement en sentant son cœur s'affoler dans sa poitrine. Le chef de leur bande avait l'air occupé à resserrer les sangles des selles des chevaux à une dizaine de mètres, ce qui lui laissait le temps de s'inquiéter du sort de l'homme inerte à sa droite. Il fallait qu'elle fasse fi de sa peur ; ce n'était pas un homme de son père, peut-être même qu'elle ne le connaissait pas. Un inconnu valait mieux qu'un ami. Alors lentement, très lentement, elle glissa son regard dans sa direction… et son cœur cessa brusquement de battre, yeux écarquillés d'effroi.

Mon dieu, non… pas toi ! Mais il était bien là, le jeune homme qu'elle avait désespérément cherché à rejoindre. Kizashi. Kizashi était à terre, la vue barrée par les mèches noires de ses longs cheveux encadrant son visage, à peine attachés. Ses mains enserraient convulsivement sa fine cuisse, ensanglantées, le hakama de couleur brique imbibé d'une large tache sombre. Il tremblait, imperceptiblement, mais il tremblait. Il était conscient. Ino avait envie de crier, paralysée par la vue de celui qu'elle avait vu arriver à la capitale, bien avant de faire sa rencontre. Car sa présence ici ne pouvait signifier qu'une seule chose : le Koueichiimura était de la partie, le Koueichiimura avait pour mission de la sauver. Mais elle – dont elle ne connaissait pas le nom, elle, ne devrait pas être ici ! Ino ne l'avait pas prévu, ne l'avait pas vu… en aucun cas ! Cette jeune femme n'avait pas à risquer sa vie pour elle, surtout pas ! La silhouette remua un peu à côté, et Ino jeta un regard affolé au loin pour être sûre que leur échange passerait inaperçu. Puis elle reposa derechef son attention sur le garçon qui gigotait encore, les traits de son visage tirés dans une expression de douleur.

« K-Kizashi, chuchota-t-elle faiblement, croisant le regard vert émeraude à travers les yeux mi-clos. »

Le jeune homme – ou plutôt Sakura – cligna lentement des yeux, s'assurant de ne pas être en train de délirer sous l'effet de la douleur. Mais ils étaient bien réels, ces deux grands yeux bleus clair qui le sondaient avec une infinie quiétude, tout comme la personne agenouillée à quelques centimètres d'elle. Elle avait réussi ; perdre l'usage temporaire d'une jambe n'était certes pas prévu, mais peu importe, elle avait réussi. Sakura l'avait retrouvée, elle, la jeune femme qui lui avait sauvé la mise. Par la grâce des Dieux, son visage ne présentait aucune séquelle, ecchymose ou plaie apparente. Sa peau semblait plus laiteuse que d'ordinaire, trahissant la fatigue et la peur qui avaient dû l'assaillir sans crier gare. Ses mains étaient attachées devant elle, elle distinguait les rougeurs autour de ses fins poignets. Ces ordures la voulaient bien vivante, et bien portante. Nara-san avait raison, ils prévoyaient sûrement de la conduire au-delà de la frontière du pays ; la missive disait vrai, et Sakura regrettait de ne pas y avoir prêté plus d'attention. Serrant la mâchoire, elle chercha alors à se redresser sur ses genoux, à la limite de l'évanouissement. Elle était parfaitement consciente d'avoir perdu beaucoup de sang, mais elle devait tenir bon coûte que coûte, elle ne devait pas se trahir… pas maintenant. Dans un effort surhumain, elle réussit à s'adosser un peu contre le tronc de l'arbre, plaquant à la hâte ses mains sur sa profonde blessure. Sakura savait parfaitement ce qu'elle devait faire.

« Tu ne devrais pas être ici… tu ne devrais pas.

— Je sais, murmura Sakura, les yeux rivés sur ses mains. Mais il fallait que je vienne.

— Es-tu inconsciente ? C'est de la folie, de la pure folie. Ils te tueront sans hésiter lorsque les deux autres reviendront.

— Je n'ai jamais été aussi consciente de mes gestes. Et… »

Une douce chaleur se répandait dans sa jambe à présent. Son regard clair et étincelant glissa alors vers le poignard qui la narguait, à deux mètres à peine. Cet homme lui avait ordonné de le lui ramener, et elle escomptait bien le lui rendre, les yeux dans les yeux. Vivante.

« Je ne mourrais pas ici. »

A cet instant précis, le topaze rencontra l'émeraude et Ino sut, pressentit, que quelque chose était sur le point d'arriver. Elle le comprit instantanément dans ce regard vif et déterminé qui, étrangement, lui redonnait du courage. De l'espérance. Comme pour lui dire d'avoir confiance. Et elle avait foi en elle.

« On ne fait plus le mort à ce que je vois ! »

L'héritière des Yamanaka se figea subitement en entendant les pas se rapprocher à toute vitesse, sans pouvoir s'empêcher de crier « Arrêtez ! » lorsque le coup de pied atteignit la jambe blessée de Kizashi, lui arrachant un gémissement de douleur étouffé. Et il le frappa encore, la violence du choc le projetant à terre sous le regard exorbité de la jeune femme qui se débattait contre l'arbre, secouée de sanglots de colère. La douleur de sa blessure ne comptait pas, elle n'existait plus. Seule la rage influait dans ses veines à présent, la rage… et le contact dur de l'objet dans sa main couverte de sang.

« Espèce de… »

Son beuglement se mua soudain en un cri de souffrance, la lame du tantō enfoncée dans le pied gauche. Et l'assaillant n'eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait, qu'un puissant coup de genou lui broya l'entrejambe, lui arrachant un nouveau cri perçant de profonde douleur. Sakura réagit aussi vite qui lui était permis de le faire, se ruant sur le côté pour trancher les liens qui entravaient la jeune femme encore en état de choc, avant de lui ordonner de courir en la tirant par le bras. La fuite n'était plus une option, ni même une alternative. Elles s'engouffrèrent dans les méandres de la forêt en même temps qu'un hurlement de rage déchirait le ciel, noir ; d'une couleur semblable au poignard à la lame enduit d'une traînée de sang luisante, qu'elle agrippait comme si leurs vies en dépendaient. Car elles en dépendaient.

oOoOoOoOoOoOo

Ne pas penser à la douleur, ne pas penser à la douleur. L'hémorragie avait été stoppée, la plaie partiellement refermée. Cela serait suffisant pour me permettre de courir de toutes mes forces, et dans tous les cas, je me refusais de flancher. A moins de ne souhaiter mourir tout de suite, il était hors de question que je m'arrête de courir. Ni moi, ni elle. Nos mains étaient solidement serrées l'une dans l'autre, presque douloureusement. Mais je ne lâcherais pas sa main, jamais. Je m'étais juré de la sauver, alors je ne la lâcherais pas. Ses vêtements l'entravaient pour avancer correctement, le kimono s'empêtrant par moment dans ses pieds en manquant de la faire trébucher. Des branches un peu épineuses l'avaient déchiré au niveau des épaules et des manches, abîmant le tissu soyeux et inestimable. Son apparence n'était déjà plus la même que celle de la jeune femme que j'avais rencontrée dans les rues de Konoha, les traits de son beau visage ternis par l'épuisement. Mais son regard était redevenu féroce, vif, comme la Yamanaka Ino qu'elle devait être. Jamais je n'aurais couru aussi intensément de toute ma vie, et surtout pas en une seule journée. Nous devions nous surpasser à chaque seconde, gagner chaque petit centimètre d'avance sur l'homme qui ne tarderait pas à nous rattraper. Seulement, je savais dans quelle direction aller. Mes oreilles avaient capté le bruit d'une rivière proche, probablement la rivière dessinée sur la carte que nous avait montrée Nara-san – cette même rivière qui longeait la capitale. Nous nous en rapprochions à toute vitesse, je le sentais, j'en étais sûre. Que ce soit le Koueichiimura, ou bien des hommes d'Akimichi-san, peu importait sur qui nous tomberions tant que la mission réussissait. Uzumaki-san et Uchiwa-san avaient pris la direction du sud je crois… du moins priais-je pour qu'ils y soient, eux deux, ou n'importe lequel d'entre eux.

« Encore un effort ! m'écriai-je à son attention, lui adressant un rapide coup d'œil à travers mon épaule. »

Elle semblait autant à bout de forces que je ne pouvais l'être, mais sa détermination était aussi intense que la mienne. Nous devions y arriver, ensemble. Un rugissement s'éleva au loin derrière nous, nous forçant à accélérer encore la cadence alors que j'écartais d'un bras les branches qui gênaient notre passage, distinguant une lumière plus claire à une vingtaine de mètres environ. Presque. Mes cheveux flottaient dans mon dos, s'étant détachés d'eux-mêmes durant notre course. Il y avait un risque pour que l'encre laisse des traces sur le tissu, mais ce n'était pas mon souci actuel. Rester en vie en lui sauvant la sienne, voilà ce qui importait vraiment. La lumière grisonnante du ciel nous aveugla un instant en sortant enfin de la jukai, et j'inspirais l'air à pleins poumons dans un besoin vital. La rivière était là, au pied de la forêt, mais personne en vue pour nous venir en aide… et pas de pont. Il faudrait la traverser.

« Kizashi attention ! »

Trop tard. L'homme se rua vers moi avant que je n'eus le temps de me retourner, me projetant au sol si violemment que ma tête cogna sur la terre dure, ressentant la douleur jusqu'au plus profond de ma chair. Une puissante gifle me coupa toute envie d'esquisser le moindre geste, sentant le goût âpre du sang se déverser dans ma bouche. Son regard était démentiel, il allait me tuer.

« Sale petit…

— Non ! »

Sous mes yeux affolés, j'aperçus Yamanaka-san lui administrer un coup à l'arrière du crâne, un mugissement étranglé s'échappant de ses lèvres en portant la main à sa tête, là où elle venait de le frapper. Elle-même s'était écartée, le souffle court, une grosse pierre dans la paume de la main. A tâtons, mes doigts cherchèrent alors le manche du poignard et mon regard s'illumina d'une lueur sauvage, la survie l'emportant sur tout. Dans un cri de colère, je laissais alors ma main fondre sur sa gorge, le poignardant sans aucun scrupule. La lame s'enfonça profondément dans la jugulaire, avant de laisser échapper un flot de sang par l'entaille béante, de grosses gouttes à la robe sombre aspergeant mon visage crispé de dégoût. Seule ma conscience me commanda alors de m'écarter à mon tour, lorsque le corps bascula en avant pour s'échouer dans la rivière dans un grand fracas, sous mon regard aussi soulagé qu'horrifié. Une quinte de toux me saisit brutalement, crachant à même le sol avant de reprendre mon souffle, les larmes aux yeux. Je venais de tuer un homme, de sang froid, sans la moindre once de compassion en lui ôtant la vie. Mais je n'avais pas eu le choix, je n'avais pas eu le choix ! Nos vies contre la sienne, il n'y avait pas eu lieu d'hésiter. Respirant encore par de profondes saccades, je relevais alors la tête pour croiser ce regard si doux, si reconnaissant. Comme si nous étions amies, de vraies amies. Une faible sourire étira mes lèvres.

« C'est terminé Yamanaka-san. C'est termi… »

Un sentiment de terreur surgit des tréfonds de mes entrailles en sentant que trop tard quelque chose agripper ma cheville, tirer ma jambe fermement pour me faire chuter en arrière… comme au ralenti, sauf que tout se passa en un éclair. Mon corps s'immergeait déjà dans l'eau glacée quand un « Kizashi ! » hurlé par Yamanaka-san fendit l'air. C'était comme si l'eau s'infiltrait par tous les pores de ma peau, jusqu'à ronger mes os d'un froid mordant. Soudain, des mains enserrèrent ma gorge déjà privée d'oxygène avec force, et je secouais frénétiquement tête, bras et jambes dans les sens, cherchant par tous les moyens à m'échapper de cette étreinte mortelle. De l'air, j'avais besoin d'air ! A l'aide ! Un coup de coude parvint à me permettre de réussir à me dégager, mais je peinais à remonter. Le kimono était lourd sur mes épaules, si lourd. Je savais nager, je savais nager… mais je n'y arrivais pas. Cela semblait au-dessus de mes forces. Et la surface donnait l'impression d'être si éloignée, m'enfonçant lentement dans les profondeurs de la rivière. Le tantō était toujours serré dans ma main, la lame nette et brillante sous les reflets chatoyants de l'eau. Ah, je devais le lui rendre… oui, je le devais. A travers mes yeux mi-clos se dessinait un ballet de volutes sombres ; des teintes tantôt rouges comme un crépuscule d'été, tantôt noires comme une nuée d'oiseaux au plumage d'encre.

Et ce lourd secret… noyé.

oOoOoOoOoOoOo

D'un geste soigné, Naruto essuyait la lame encore enduite du sang de l'ennemi qu'il venait d'abattre d'un coup net et précis en lacérant son torse. Sasuke avait décidé de changer de position, les orientant vers l'est pour longer la rivière. L'homme qu'il avait tué n'avait même pas eu le temps de décocher sa flèche, l'Uzumaki fondant sur lui avec une vitesse maîtrisée et calculée. Seulement deux hommes, alors que Shikamaru en avait mentionné trois. Des oiseaux s'étaient envolés dans un grand bruissement d'ailes, en même temps qu'un cri perçant – vraisemblablement un homme – avait retenti dans la forêt, tout près de l'endroit où ils se trouvaient maintenant. C'est là qu'ils étaient tombés nez à nez avec leurs ennemis qui avançaient à toute allure en direction du rugissement ; cela signifiait que le hurlement déchiré qu'ils avaient entendu, appartenait probablement au complice de ces hommes. Et que visiblement, quelqu'un venait de faire quelque chose d'impardonnable pour susciter une telle rage.

« Dépêchons-nous d'aller voir ce qu'il se passe là-bas. J'ai un mauvais pressentiment, lança le blond en jetant un coup d'œil à l'Uchiwa qui semblait extrêmement soucieux, hochant la tête pour acquiescer à sa remarque. »

Les fins sourcils noirs étaient constamment froncés, une espèce de pli d'anxiété visible sur son front à travers les mèches d'ébène. Naruto avait raison, ce cri semblait de mauvaise augure. On aurait dit un hurlement de douleur extrême, d'une fureur incontrôlable, à vous glacer le sang. Et Sasuke le ressentait aussi, ce pressentiment qui ne présageait rien de bon. Aucune nouvelle du moindre de ses compagnons, par le moindre signe, rien ; l'équipe de Kiba était censée se trouver tout près… et elle aussi. Elle ne s'enfuirait pas, mais il n'avait pu s'empêcher de la menacer sèchement de ne pas songer à le faire, pour la faire réagir. Lui faire comprendre qu'elle n'avait rien à faire ici, que c'était dangereux, qu'elle risquait sa vie… qu'il était là, pour la protéger quoiqu'il arrive. Kakashi n'avait même pas eu besoin d'insister sur ce point, lui-même parfaitement conscient du danger que cela présentait de l'emmener avec eux. Alors oui, il lui avait donné son propre poignard pour qu'elle puisse se défendre ; il avait noyé le poisson face à Chôji quand il s'était emporté à propos de ce stupide parchemin ; et il avait voulu lui faire peur pour lui faire prendre conscience de la réalité, que ce n'était pas un jeu, qu'elle finirait par en mourir si elle n'ouvrait pas les yeux très vite. Sasuke avait beau essayer de se dire que ce n'était que par devoir, que pour l'intégrité de son honneur qu'il agissait comme ça… ça n'était pas le cas, ça ne l'était pas du tout. Stupide acte de bonne conscience ! Lamentable qu'il était, de se laisser berner par l'innocence des deux prunelles en émeraudes qui l'avaient provoqué, affronté sans crainte… Cette femme le rendrait dingue. Connerie monumentale que ce besoin – presque un désir – irrémédiablement pathétique que de vouloir la protéger.

Ce comportement méconnu chez l'Uchiwa, Naruto ne le comprenait décidément pas. Il avait d'abord cru délirer en l'entendant lui rétorquer que Kizashi les accompagnait pour cette mission, puis il avait failli s'étrangler en le voyant lui donner aussi facilement cette arme, marquée du symbole du clan Uchiwa, dont il n'ignorait pas la réelle valeur. Ce n'était pas un tantō comme les autres, la lame n'avait rien de particulier, elle tranchait comme toutes les autres lames de tous les poignards de la terre ; sentimentalement parlant, il valait beaucoup plus que cela. Jamais encore il n'avait vu Sasuke s'en séparer, jamais… jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à le confier au gamin qu'il semblait exécrer plus que tout, le dardant constamment d'un regard dur et froid, plus asocial que jamais. Là, subitement, on aurait dit qu'il cherchait à le protéger. Ce qui n'avait aucun sens. Naruto l'avait vu lui empoigner le bras juste avant de se séparer, perplexe face à ce geste. Il n'avait pas pu entendre leur conversation, mais les obsidiennes de l'Uchiwa étaient perçantes, menaçantes comme jamais. Un vrai bipolaire ! Surtout que, pour une raison que le blond n'arrivait pas à expliquer, avoir aperçu son meilleur ami aussi proche de son petit protégé l'avait considérablement… déstabilisé. Agacé. Et en y repensant, il avait envie de se fustiger mille fois pour laisser son esprit divaguer sur de telles conneries. Ils avançaient lentement dans la forêt, à l'affût du moindre mouvement, quand la question qui lui brûlait les lèvres depuis un bon bout de temps, franchit la barrière de ses lèvres.

« Dis, Sasuke…

— Quoi ?

— Je peux savoir pour quelle raison tu as donné ton poignard à Kizashi ? »

Les prunelles d'encre cillèrent à l'entente de cette phrase, déjà ennuyé de devoir lui répondre. Naruto, vraiment…

« Tu ne voulais pas lui donner d'arme je te signale alors il fallait bien que quelqu'un le fasse.

— Arrête, tu sais très bien ce que je veux dire par là. Même à moi tu ne me l'as jamais filé.

— Qu'est-ce que tu veux dire exactement ?

— C'est juste que je trouve ça vraiment bizarre, répliqua Naruto en sentant la nervosité du brun, les sourcils aussi froncés que les siens. C'est quand même le tantō que t'a donné Ita… »

Le regard furieux qu'il croisa à cet instant précis lui fit presque regretter ses paroles, immobile aux côtés de l'Uchiwa. L'espace d'une seconde, il crut presque qu'il allait le frapper. Une expression de colère assombrissait son visage, plus impassible que jamais.

« Je t'interdis de prononcer son prénom Naruto. Plus jamais.

— Ecoute Sasuke je… »

Mais le cri qu'il entendit tout proche ne fit faire qu'un tour à son sang, sentant ses muscles se raidirent à tour de rôle. Car la voix qui venait de hurler le prénom de son jeune camarade, elle, semblait désespérée. La voix de l'héritière des Yamanaka. Ses jambes bougèrent sans qu'il n'eut besoin de le leur demander, se mettant à courir comme un forcené en ignorant la voix grave de son meilleur ami qui le héla dans son dos. Naruto ne l'entendait déjà plus, la mâchoire serrée, cherchant à sortir au plus vite de cette maudite forêt pour atteindre celle qui quémandait de l'aide en hurlant de désespoir. Et son regard azur se figea en arrivant sur les lieux, la blonde sanglotant à chaudes larmes au bord de la rivière, les yeux rivés sur la surface de l'eau. Il comprit alors ce qu'il s'était passé… ce qu'il était en train de se passer.

Bon sang ! Naruto se débarrassa de son katana et sans hésiter une seule seconde, il plongea. L'eau glacée le sortit aussitôt de sa torpeur, sentant son cœur s'accélérer… se stopper, à la vue du corps inerte, figé. Il franchit les trois mètres qui les séparaient et l'attrapa par la taille, avant de tirer avec lui pour remonter à la surface. Une bouffée d'oxygène emplit ses poumons en sortant sa tête de l'eau, nageant jusqu'au bord pour les hisser tous les deux, péniblement, le corps évanoui tellement lourd sous son bras. Les gémissements et les « Non, non ! » de Yamanaka-san le terrifiait un peu plus qu'il ne l'était déjà. Et il ne remarqua pas la traînée sombre qui reluisait sur le visage de Kizashi, pas tout de suite. Mais lorsqu'il le déposa doucement sur le sol, inanimé, cherchant à reprendre son souffle après tous ces efforts, il sentit, tout à coup, l'air lui manquer cruellement.

Parmi la chevelure noire se distinguait des nuances plus claires, plus pâles. Comme une pluie de pétales de fleurs… de fleurs de cerisier. Roses.

Bon sang.

Les doigts tremblants, il se pencha sur la personne qu'il pensait être Kizashi, pour tâter son pouls. Rien. Ses yeux s'écarquillèrent d'effroi.

« Merde ! »

Ses mains donnaient des gifles au garçon, cherchant par tous les moyens à le réveiller, prêt à le rosser pour le voir enfin ouvrir les yeux. Ça ne fonctionnait pas.

« Allez Kizashi ! »

Alors à la hâte, sans réfléchir, il descendit ses mains plus bas puis dans un grand geste brusque, écarta les pans du kimono. Il déglutit. La bande qui entourait le buste du petit corps fragile laissait deviner les formes qu'elle cachait, comprimant une poitrine bien existante. Une poitrine de femme.

Bon sang !

Naruto appuya les paumes de ses mains sur le buste, tâchant d'ignorer du mieux qu'il put la sensation de rondeur qu'il sentait sous ses doigts en effectuant un massage, les yeux rivés sur son visage barbouillé d'un noir poisseux. Il ne voulait pas y penser, il ne devait pas y penser. Il voulait simplement voir le moindre signe de vie, la moindre crispation de muscle sur ses joues, le moindre clignement de paupière. Et son regard dériva, un instant, sur le poignard serré convulsivement dans la main. Il comprenait tout à présent. Un toussotement étranglé brisa le silence inquiétant et il cessa de bouger, écartant ses mains comme s'il venait soudainement de se brûler.

Bon sang, bon sang !

Puis il releva de nouveau ses yeux pour les plonger dans les siens, encore mi-clos, battant des paupières en régurgitant l'eau qui l'empêchait de respirer convenablement. Le vert émeraude rencontra le bleu azur, presque désœuvré. Suppliant. Comme pour le remercier. Comme pour lui demander pardon. Naruto inspira. Et il ne fut capable de prononcer qu'une seule phrase.

« Oh putain de merde. »


Lexique de chapitre :

Hachimaki (1) : une espèce de bandeau porté autour de la tête. Clin d'œil au personnage d'Osaka Megumu dans le manga/anime Chihayafuru que j'affectionne particulièrement.

Haori (2) : veste portée par-dessus un kimono.

Tantō (3) : équivalent du poignard ou de la dague japonaise, dont la taille de la lame est inférieure à 30 cm. A dissocier du kaiken (porté en général par les femmes, qu'elles dissimulaient dans leur obi pour se défendre).

Jukai (4) : j'ai repris le terme « jukai » qui signifie littéralement « mer d'arbres ». C'est le nom qui est donné à une forêt située au pied du Mont Fuji, également connue sous le nom d'Aokigahara – lire l'article sur wiki !

Et le Kotarou-san est un hommage au personnage de Tokyo Ghoul, Kotarou Amon qui fait partie de mes petits chouchous 8)


MOUAHAHAHAHAHAHAHAAAAAAA ! OH PUTAIN DE MERDE, TU L'AS DIT NARUTO ! JOUISSAAAAAANCE !

Bref, vous l'aurez compris, cette fin sadique était programmée depuis le début. La phrase finale de Naruto trottait dans ma tête depuis des mois, et je jubile d'avoir réussi à la placer dans le contexte que je voulais.

Comment réagiront les boys en apprenant tous qu'elle est une femme ? Naruto se remettra t-il du choc post-découverte de l'identité de Sakura ? Sasuke finira t-il par céder à ses pulsions sexuelles pour lui rouler un patin sous le saule pleureur ? Gnu hu hu !

Merci d'avoir pris le temps de lire ce pur concentré de sadisme, n'hésitez pas à laisser un avis, pauvre gagne pain de nous autres, auteurs déjantées mais toujours prêtes à faire des folies pour vous faire plaisir ! ;)

Baisers MrFreeze et Pikacâlins ! Tendrement vôtre, Master Mireba Gougoulista ! ;3;

ET ENCORE BON ANNIVERSAIRE AU PSYCHOPATHE ! PROMIS LA PROCHAINE FOIS TU POURRAS L'EMBRASSER ! (ou pas...)