Toujours vivaaaaante, rassurez-vouuuus ! Toujours la banane, toujours gouuugouuuule !

Boulgour tout le monde ! :) Cela fait un sacré bout de temps que je n'ai pas mis les pieds sur le site mais grands dieux ce que cela fait plaisir ! Quoi de neuf, comment ça roule ? Moi toujours dans les rouages du boulot, c'est ça de devenir vieille, les responsabilités etc... mais bon, rien n'empêche la gougoulerie de n'être jamais très loin hein 8)

Presque un an et demi après la publication du précédent chapitre de cette fanfic, voilà la suite ! Je vous remercie d'ailleurs infiniment pour votre soutien et votre engouement, j'ai apprécié lire toutes vos reviews et savoir que vous avez bien kiffé le dernier chapitre m'a rudement fait chaud au cœur :) donc merci ! Navrée d'avoir été aussi lente pour écrire la suite, ça me vient par période, mais sachez que j'écris quasiment tous les weekends depuis deux mois pour vous offrir la suite alors ;) j'espère que vous saurez l'apprécier.

Chapitre extrêmement calme, je laisse l'action de côté pour la faire revenir sur le devant de la scène plus tard. Sakura est au centre de l'attention, ainsi que d'autres protagonistes que je vous laisse découvrir ;) mais d'abord place aux réponses des reviews anonymes !

Kunoichi du vent : merciiiiiiiii ! Mille fois merci pour cette review particulièrement longue et plaisante à lire :) concernant les mystères qui entourent Sakura, c'est assez simple : se déguiser en homme c'était effectivement pour s'assurer une protection supplémentaire, on embêtera moins un homme seul qu'une femme en tout cas. Et sur ses blessures, je n'ai rien mentionné de précis mais Sakura dit qu'elle sait comment les faire disparaître (sous-entendu une faculté particulière :P) mais elle fait attention à faire croire qu'elle est toujours un peu blessée pour ne pas éveiller trop de soupçon. Même si Sasuke a forcément tout capté xD il fait tellement attention à elle aussi 8) merci encore en tout cas pour avoir laissé ton avis :) j'espère que l'histoire continuera à te plaire.

Namel : merci pour ton commentaire ! :D oui beaucoup d'action, justement il faut laisser du calme avant que la tempête ne revienne alors j'espère que tu apprécieras de lire un chapitre tranquille :)

Benenuts : j'adore ton surnom xD l'appel de la bouffe qui prime sur le reste ! Merci de ce compliment, j'espère continuer à écrire aussi bien que tu le dis :)

Aina : ta review m'a fait beaucoup rire :D non, non, je n'ai pas changé de planète ! Je te remercie pour ton soutien, parce que laisser une review pour savoir si j'existe toujours sur la surface de la terre c'est très gentil ^^ ravie de savoir que je fais office de soleil pour tes journées aussi :) concernant "tu prendrais qui, l'aîné ou le cadet ?" la réponse est assez simple : j'ai mûri. Ecrire une schoolfic à l'heure actuelle me paraîtrait extrêmement difficile, tout simplement parce que j'ai évolué. Pour cela, il faudrait que je réécrive le début pour la rendre plus crédible, voir changer le contexte et mettre ça en style "universitaire" déjà. Et puis j'adoooore écrire dans un contexte historique :D je suis trop fan du Japon Féodal xD mais en tout cas, merci de ton engouement pour toutes mes fics, ça fait vraiment plaisir ! :w:

Guest : update is here ! ;)

MissLily : merci pour ton petit commentaire :) j'espère que la suite (calme aujourd'hui mais ça ne continuera pas :P) te plaira toujours.

Justfan : mais noooon ;) il reste plein de choses à mettre en place, rassure-toi !

Lisou : bien sûr que Sasuke cède à ses pulsions sexuelles xD sa réaction sera malheureusement pour le chapitre suivant :( je sens que je vais faire des mécontentes avec le chapitre qui vient... Pas de Sasuke en vue, navrée. Etre presque comparée à Mulan, ça fait rudement plaisir ^^ c'est sans doute l'un de mes Disney favoris en plus. Oui c'est assez long, c'est pour cela que j'essaie de couper mes chapitres pour ne pas en faire des lectures à rallonge non plus :) ce n'est pas agréable sinon. Quoiqu'il en soit, je te remercie vivement pour ce commentaire très apprécié :) j'aime avoir des avis et je n'ai pas été déçue avec le tien. Héhé, je vois que le mystère plane bien autour de Sakura ;) tu n'es pas très loin de la vérité mais je n'en dirais pas plus, le secret est bien gardé.
Pour Ino, tu touches juste. Je n'ai pas encore totalement défini son "pouvoir" car je voudrais respecter le manga aussi mais sa capacité, dans le monde féodal, faut savoir l'expliquer xD
Encore merci pour ton avis et à bientôt :) amicalement.

Aria : encore merci pour ton soutien Aria :D tu es toujours au rendez-vous et ça me fait plaisir ! J'ai bien rigolé en relisant ton commentaire, parce que ça y est xD elle devrait avoir des fringues dignes d'elle et de sa corpulence... mais ça sera dans le prochain chapitre ;)


Avant de lancer le chapitre, deux choses : la première, c'est OUBLIEZ ET ERADIQUEZ DE SUITE votre espoir d'avoir la réaction de Sasuke dans ce chapitre. Je lui réserve d'autres choses à ce petit, notamment un lemon avec... une certaine personne... j'ai du mal à l'écrire, je vous laisse réfléchir à son identité. Je me demande encore pourquoi j'ai eu cette idée d'ailleurs D: mais je connais quelqu'un qui ne me lâchera pas tant que je n'aurais pas sorti ce passage. Bref, pas taper ! Et la deuxième donc, c'est que je remercie ce fameux quelqu'un alias ma chère Nefer-chan pour la lecture progressive de ce chapitre :) et surtout pour tout son soutien. VOUS DEVEZ ALLER LIRE SA FICTION LE SERMENT ! JE VOUS L'ORDONNE ! 8D merci à toi tante cloudie ;)

Dernière chose : ma meilleure amie Hanahi-chan que j'aime plus que tout au monde m'a fait découvrir l'univers de Christelle Dabos et de sa saga "La Passe-Miroir" qui se compose pour le moment en deux tomes qui sont "Les Fiancés de l'hiver" et "Les Disparus du Clairdelune". Lisez, lisez, lisez. Recommandation solennelle. Je ne m'en suis toujours pas remise.

Sur ce, bonne lecture ! :)


Les tabi blanches glissaient en silence sur le plancher en bois, laissant pour seule preuve de leurs passages qu'un infime son de tissus froissés. La personne qui les portait demeurait silencieuse, si discrète qu'on aurait pu mille fois ignorer sa présence ou peut-être était-ce parce que la machiya était déserte que l'on avait l'impression de n'entendre que le bruit de ses pas, qui semblaient plus hâtifs en rejoignant la pièce qui faisait office de cuisine. Un doux fumet s'échappait d'une petite marmite en fonte posée sur le foyer aux braises ardentes quand la jeune personne entra, déposa ce qu'elle était parti chercher dans le jardin avant de se baisser devant l'âtre. Elle attrapa ensuite la cuillère en bois qui trônait à côté puis remua, remua et remua encore la mixture épaisse et blanchâtre, avant d'en porter un peu à ses lèvres pour s'assurer de ne rien avoir omis dans sa recette. La cuisson était juste, mais « le bol devrait maintenir le tout au chaud une fois couvert » pensa-t-elle. Elle se releva pour se diriger vers un autre coin de la pièce, se saisit d'un grand bol et du couvercle assorti, passa un chiffon propre dans le fond puis retourna vers le foyer, une louche dans sa main gauche. Elle s'employa alors à asperger les braises d'un peu d'eau fraîche puisée du matin, avant de rincer la louche pour la plonger ensuite dans la marmite et remplir généreusement le bol qu'elle tenait entre ses doigts.

Le feu se mourrait petit à petit en sifflant, un mince filet de fumée se dispersait tout autour de la jeune femme qui se redressa en toussotant avant de poser le bol sur ce qui lui servait de plan de travail pour cuisiner. C'était là qu'étaient mitonné tous les petits plats équilibrés pour nourrir les estomacs des membres du Koueichiimura, et ce toujours de bon cœur. Un espace aménagé où il ne manquait de rien, ni pénurie de riz, assez de viande et de poisson, légumes et autres fabacées. Des épices aussi, importées des plaines arides du Pays du Sable, des terres rocailleuses du Pays de la Terre et jusqu'aux confins du Pays de l'Eau. Les umeboshi qu'elle était en train de placer dans la bouillie de riz étaient justement les plus réputées du village d'Iwa et particulièrement appréciées pour leur goût peu salé, du moins était ce que lui avait certifié le marchand qui lui en avait fait cadeau. Enfin, elle acheva la préparation de son plat en parsemant dessus une petite poignée des herbes aromatiques qu'elle venait de ramasser dans le parterre où elle faisait pousser toutes sortes de plantes. Satisfaite du résultat, elle en profita pour souffler un grand coup en passant la paume de sa main sur son front après avoir dégagé les mèches de cheveux de sa frange qui lui donnaient encore plus chaud. Une soupe au miso blanc et une grosse pêche juteuse et sucrée qu'elle avait épluchée et coupée en petits morceaux terminaient de remplir le plateau en bois cerisier verni et un mince sourire étirait les commissures de ses lèvres, à présent impatiente de pouvoir l'apporter à la personne pour laquelle toute cette nourriture était destinée. Cela lui plairait, cela lui plairait forcément et il finirait enfin par se nourrir… Non, pas lui. Elle.

Hinata s'efforça de chasser ses sombres pensées en secouant la tête pour garder les idées claires et attrapa le plateau aux deux extrémités avant de sortir de la pièce, incapable de masquer l'inquiétude qui trahissait son état d'esprit. Et elle se forçait à espérer que cette fois, elle ne retrouverait plus aucun reste dans les bols en bois, pas même un seul grain de riz sec. Un plateau vide, voilà ce qu'elle voulait voir. La jeune femme ne cessait de se mordiller la lèvre inférieure en parcourant les quelques mètres qui la séparaient de son but, tic qu'elle avait pris l'habitude d'avoir lorsque quelque chose la tourmentait un peu trop. Jamais elle ne s'était sentie aussi anxieuse que ces derniers jours, joignant à cette mauvaise habitude des prières envers les Dieux à répétition, à en juger par les nombreux allers-retours au temple de la douce Hyuuga. Arrivée devant le shōgi, elle inspira longuement avant de s'asseoir avec grâce sur ses genoux et posa le plateau sur le parquet. Le bruit de ses pas avait du l'informer de sa présence, aussi ne la surprendrait-elle pas en entrant… bien que cette pensée n'empêcha pas Hinata de déglutir difficilement, avant d'entrouvrir les lèvres.

« Kizashi, c'est Hinata. Je t'ai apporté quelques encas au cas où tu aurais faim, réussit-elle à articuler doucement dans un faible sourire, espérant ainsi la toucher de sa sollicitude. »

Aucune réponse. Elle attendit bien quelques secondes, mais rien, pas le moindre grincement de latte en bois qui aurait pu laisser supposer à du mouvement dans la pièce. Pas un mot, comme la veille, le jour d'avant et le jour précédent encore. Cela ne devait pas la décourager pour autant, aussi poursuivit-elle.

« Je me permets d'ouvrir si tu le veux bien. »

Mais elle n'attendit pas de retour cette fois-ci et se hâta de faire coulisser un des deux battants, les doigts légèrement tremblants. Un halo de lumière s'engouffra aussitôt dans la pièce plongée dans la pénombre et qui n'avait pas été aérée depuis trois jours. Qu'il y faisait froid dans cette chambre sans aucun rayon de soleil pour réchauffer les tatamis, ni aucun courant d'air pour chasser l'humidité et la poussière des murs. Ça n'était pas un environnement correct pour y rester enfermé toutes ses journées… Hinata mordit un peu plus sa lèvre, avant de baisser les yeux vers le plateau qu'elle avait déposé la veille au soir. Parfaitement intact, une fois de plus. Ce qui signifiait que Kizashi n'avait touché à rien, une fois de plus que Kizashi ne se nourrissait toujours pas et que, peu importe le vrai prénom de cette jeune femme, elle se laissait dépérir en silence. La lumière qui s'infiltrait laissait à moitié entrevoir sa silhouette qui n'avait pas changé de place, ni même de position, recroquevillée sur elle-même comme une boule. Son visage demeurait constamment enfoui entre ses bras, les genoux remontés à la poitrine et la jeune femme aux yeux couleur nacre se demandait si elle arrivait à respirer à rester ainsi, parfaitement immobile, sans que rien ne puisse la contrarier.

De cette distance, elle arrivait à percevoir la large tache sombre sur le hakama qu'elle avait eu le temps de remarquer lorsque les membres du Koueichiimura étaient rentrés de leur mission, le corps fragile porté et déposé par les bras d'un Naruto livide qu'elle n'avait jamais vu aussi pâle que la mort. Il avait eu beau la rassurer, lui dire que ça allait et qu'il n'y avait pas lieu pour elle de s'inquiéter, rien n'y fit. Ce n'était que bien plus tard dans la journée que le commandant lui intima de ne pas se rendre au chevet de celle qu'elle croyait être Kizashi, et plus tard encore qu'elle apprit la terrible vérité. La stupeur avait traversé son visage dès l'instant où elle avait aperçut des mèches de couleur rose parmi la cascade de cheveux noirs de leur compagnon, le regard inerte comme si sa conscience avait cessé d'exister, muet comme une tombe alors en apprenant quelle était sa réelle identité, elle ne put éprouver à son égard qu'une profonde compassion, loin de juger son acte comme impardonnable, comme une trahison. Il devait forcément y avoir une raison suffisamment valable pour prendre la décision de déguiser sa véritable apparence, pire, d'aller jusqu'à s'enrôler au sein d'un groupe de samouraïs en connaissant les risques encourus. Le sang sur ses habits et l'état général de son apparence ne mentaient pas. Personne n'irait jusqu'à jeter sa vie aux orties sans y être obligé… Cela, Hinata le savait, elle le savait parfaitement.

Ses yeux commençaient à s'embuer quand elle saisit le plateau de la veille sans pouvoir s'empêcher d'être inquiète. Le commandant Hatake lui avait dit de ne pas intervenir, qu'il était préférable de laisser « Kizashi » tranquille pour le moment et d'attendre quelques jours pour lui laisser le temps de se remettre de ses émotions, attendre que ce ne soit « lui » qui vienne vers eux… Mais était-ce réellement la solution pour la sortir de sa torpeur ? Hinata y songeait constamment, allant même jusqu'à penser quelque fois être la seule à se soucier de l'état de leur camarade. Combien de temps encore resterait-elle plongée dans son mutisme, enfermée dans la pièce qui lui servait de refuge ? Combien de temps avant qu'elle ne se décide à se nourrir de nouveau, un jour, deux jours, une semaine, ou bien attendait-elle d'avoir puisé dans ses dernières forces pour ensuite s'effondrer ? Il faudrait aussi soigner la blessure de sa jambe, peut-être même était-elle souffrante à cause d'une infection… Rien de tout cela n'avait l'air d'alarmer quiconque dans la machiya. Hatake-san n'évoquait même pas le sujet et son cousin lui avait conseillé de ne pas chercher à s'en mêler, qu'il était préférable de se contenter d'attendre comme l'avait suggéré le commandant. Une fois de plus, elle ne pouvait rien faire, seulement préposée à lui apporter des plateaux de repas que « Kizashi » ne touchait pas. La jeune Hyuuga avait bien tenté de questionner Naruto, mais ce dernier semblait lui aussi plongé dans un état second depuis leur retour, le regard constamment dans le vide et tellement silencieux qu'elle l'avait cru malade ou blessé, avant que Kiba ne lui dise de ne pas se soucier du blond. L'Uzumaki semblait même éviter la machiya, à en juger par les rares occasions où elle avait pu le croiser. Il n'était pas rentré la veille, parti en mission aux côtés de l'Uchiwa à l'extérieur de la ville. D'ailleurs, seul Sasuke-san lui avait semblé totalement indifférent par ce qu'il s'était passé au cours de leur mission, ou plutôt plus impassible qu'à l'ordinaire ce qui n'avait fait que la décourager davantage en pensant le questionner à son tour. Les tenants et les aboutissements de cette situation lui échappaient encore totalement, elle voulait connaître la vérité. Savoir pour quelle raison cette personne avait été jusqu'à trahir son secret, quelle situation avait déterminé son choix pour être capable de tout dévoiler. Car elle voulait en savoir plus, tellement plus sur elle. Connaître son histoire, lui demander quel était son but. Connaître celle qui se cachait sous les traits de « Kizashi » en lui demandant son prénom… Et devenir ton amie.

A cette seule pensée, Hinata sentit son cœur se gonfler d'une tristesse incommensurable et se hâta d'essuyer les larmes qui menaçaient de couler, ne pouvant se permettre de se montrer si faible quand elle n'avait aucune raison de l'être. Elle n'était pas à sa place, certes, mais elle ne pouvait pas rester de marbre non plus et prétendre être insensible face à la situation. La peine qu'elle éprouvait à son égard ne devait être rien, presque anodine, en comparaison de la sienne. Se morfondre sur elle-même n'arrangerait rien, Hinata le savait, tout comme elle savait que cela ne l'aiderait pas à se reprendre en main. Elle le savait…

« J-Je t'ai préparé de l'okayu aujourd'hui, balbutia la jeune Hyuuga en déposant le plateau en bois, priant pour que les tremblements de sa voix ne trahissent pas les sanglots bloqués au fond de sa gorge. Ce doit être encore chaud, alors fais attention à ne pas te brûler. Ah, j'ai pensé aussi que tu aimerais manger quelque chose de plus sucré alors j'ai rajouté une de ces pêches que j'ai achetées la semaine dernière, tu te souviens ? Elles ont quasiment toutes mûries et elles sont encore plus parfumées, ajouta-t-elle en se forçant à prendre un ton plus guilleret, consciente malgré tout de parler dans le vide. Je… j'ai vraiment bien fait de les prendre. »

Cette fois encore, elle n'espérait pas de réponse à son monologue aussi recula-t-elle doucement pour refermer le shōji, avant de s'adresser à Kizashi une dernière fois.

« J-Je te laisse te reposer. N'hésite pas à m'appeler s'il y a quoique ce soit. »

Parce que je suis là pour toi Kizashioui, je suis là pour toi, faillit-elle ajouter en se ravisant aussitôt de peur de la brusquer, tandis que le battant se refermait pour laisser l'obscurité regagner froidement la pièce. L'impuissance la rongeait davantage en se relevant pour rapporter le plateau rempli dans la cuisine, tâchant de songer à autre chose pour ne pas se laisser submerger un peu plus par cette désagréable impression de n'être qu'inutile, encore. Hinata ne voulait pas le penser, bien sûr qu'elle ne le voulait pas… mais quand bien même elle tentait désespérément d'apporter une quelconque aide à quelqu'un, cela ne servait à rien. Naruto-kun la fustigerait mille fois d'oser penser ainsi, lui qui lui avait appris à ne jamais baisser les bras, à ne jamais céder face à l'adversité. Naruto-kun… Son sourire chaleureux et salvateur lui manquait terriblement. Voilà pourquoi aussi elle faisait tant d'efforts pour sortir Kizashi de son isolement pour qu'il redevienne le Naruto qu'elle adorait, pitre sur les bords mais empli d'une bonté inégalée, présent quoiqu'il arrive. Qu'il redevienne le Naruto qui lui avait volé son cœur.

Les joues de la jeune femme s'échauffèrent aussitôt à cette pensée, secouant nerveusement la tête de gauche à droite pour reprendre ses esprits. Ce n'était certainement pas le moment pour se laisser aller à de pareilles inepties, ni pour se laisser distraire par les battements incessants de son cœur. Cela ne lui serait jamais permis, alors pourquoi s'encombrer d'attentes et de désirs éphémères…

« Ah, tu étais là Hinata. »

Cette dernière laissa échapper un hoquet de surprise en se retournant brusquement vers le propriétaire de cette voix, se forçant à chasser de son visage toute expression de chagrin qui aurait pu la trahir. Mais il était difficile de pouvoir duper quelqu'un comme Nara Shikamaru, aussi préféra t-il lui-même faire semblant d'ignorer le regard légèrement larmoyant de la jolie brune, imaginant sans peine ce qui devait la tourmenter.

« Désolé si je t'ai effrayée, commença t-il en se raclant la gorge. Je me demandais si tu étais sortie en ville.

— N-Non ce n'est rien, j'ai simplement été surprise. Je vous croyais tous en mission aujourd'hui, je suis désolée je n'ai encore rien préparé…

— Ne t'en fais pas pour ça, je repassais juste récupérer quelque chose. A ce que je vois tu as déjà utilisé la cuisine vu la bonne odeur qui se dégage jusqu'à l'entrée principale, ajouta Shikamaru en repérant le foyer à présent éteint.

— Oh ça ce n'est rien, juste de la bouillie de riz. J'en ai préparé pour… pour Kizashi mais… »

Sa voix s'éteignit sur cette phrase et le regard du brun glissa successivement tantôt sur Hinata, les yeux baissés en triturant ses doigts, tantôt sur le plateau intact qu'il l'avait vu porter la veille le regard plein d'espoir. Là était sa réponse quant à la mine impuissante de la jeune cousine de Neji, comme il s'y attendait. Un profond soupir d'ennui lui échappa sans qu'il ne cherche à le retenir. Entre Naruto qui tire la gueule et qui ne dit plus un mot, Hinata qui se sent de nouveau inutile, qui parle de moins en moins elle aussi et Sasuke qui a l'air toujours plus con… Y'a intérêt qu'elle soit au moins de haute naissance…

Au moins oui, histoire de se dire qu'ils avaient « recueilli et protégé une personne dont la vie avait un semblant de valeur » comme lui avait lancé Chôji, furieux d'avoir été abusé de cette façon. Ce dernier paraissait presque plus remonté que les principales personnes réellement concernées par cette histoire, jugeant cet acte des plus irrespectueux à l'égard de la famille Yamanaka, bien qu'il eut promis de ne rien révéler de cela à quiconque. Shikamaru, quant à lui, se souciait peu d'avoir découvert le pot-aux-roses concernant l'identité sexuelle du nouveau venu de la bande. On ne pourrait jamais lui ôter sa flemmardise, comme on ne pourrait jamais nier sa perspicacité et encore moins ses capacités de réflexion. Kizashi une femme ? Il l'avait déjà deviné depuis longtemps ! Son sixième sens l'avait guidé assez facilement sur cette piste, sûrement aussi vite que l'Uchiwa qui n'avait pas nié l'avoir su bien avant tous les autres. Déjà convaincu – et déjà indifférent à l'idée de savoir que le Koueichiimura comptait un nouveau membre féminin dans ses rangs – le jeune samouraï aux cheveux bruns avait également eu physiquement la confirmation de ses doutes. Le souvenir d'un Kizashi en pleine concentration pour tenter de le battre au shogi, penché en avant, nageant malheureusement dans le kimono trop large cousu sur mesure aux mensurations de Chôji lui revenait maintenant à l'esprit. Surtout la partie où ses yeux s'étaient posés au hasard sur l'encolure du vêtement, laissant entrevoir un infime creux qu'un homme normalement constitué n'était pas censé avoir à cet endroit.

Lui-même n'avait pas eu le temps d'apercevoir les attributs partiellement cachés de la jeune femme, mis dans la confidence de Kiba qui faisait partie des « heureux chanceux » avec Naruto et Sasuke. Shikamaru s'était même demandé, dans un sourire goguenard, si le spectacle avait réellement valu le coup d'œil face à l'état d'hébétude qui animait le corps de Naruto quand lui et Chôji étaient à leur tour arrivés sur les lieux, comme si ses rares neurones encore réactifs s'étaient peu à peu déconnectés les uns des autres. A dire vrai, il avait compris instantanément les tenants et les aboutissements de la situation en croisant les prunelles topaze encore brillantes de son amie d'enfance, accroupie aux côtés de celle qui ne pouvait définitivement plus être Kizashi. Le regard d'Ino lui avait intimement prié de ne pas intervenir, aussi lui avait-il obéi sans chercher à en savoir davantage. L'héritière de la famille Yamanaka et son amie la plus précieuse était en vie, alors qu'importe le reste, rien d'autre ne comptait que ce soulagement. D'autant plus que cela ne lui faisait ni chaud ni froid d'être au courant de la supercherie au pire sa présence susciterait de la convoitise parmi certains de ses compères, au mieux apporterait-elle un peu de piquant à leur quotidien. Une nouvelle présence féminine au sein de l'organisation ne leur ferait pas de mal, et Hinata pourrait ainsi s'épanouir davantage en ayant une jeune femme de son âge à ses côtés. Enfin, encore fallait-il que la principale intéressée daigne les honorer de sa présence en quittant la chambre lui faisant office de cachette depuis quelques jours… et visiblement elle n'était toujours pas décidée à en sortir. Mais ce n'était pas en restant cloîtrée pour le restant de ses jours qu'elle se confronterait à ses hôtes, elle-même devait en être un tant soi peu consciente et puis, qui la blâmerait pour avoir caché la vérité ? Certes, Chôji avait raison d'être furieux pour avoir été berné en beauté par ce petit gringalet aux yeux clairs et à la chevelure d'un noir crasseux – même si ça aussi c'était du faux. Ce détail l'avait d'ailleurs véritablement bluffé, épaté de découvrir jusqu'où elle avait pu aller pour déguiser son identité et c'était justement en cela qu'il trouvait la situation terriblement ironique eux, imminents membres de l'organisation de samouraïs la plus respectée du pays du Feu, s'étaient tous fait rouler dans la farine par quelqu'un que chacun avait estimé être le pire compagnon à avoir. Du grandiose. Non seulement loin de manquer de jugeote, elle avait aussi prouvé son courage et sa témérité en allant seule au secours de l'héritière la plus convoitée de Konoha… En fin de compte, qu'elle soit de haute naissance ou non ne changerait pas l'issue de son avenir déjà assuré : une femme de cette trempe là, nul doute que le commandant Hatake en offrira sa main à l'un des leurs !

Evidemment il s'excluait déjà personnellement de la liste des prétendants, qu'il puisse la trouver intéressante était une chose, s'imaginer à ses côtés en tant que partenaire pour le restant de ses jours en était une autre. Nobles ou simples servantes, toutes étaient aussi agaçantes et insupportables à vivre, de parfaites adorables petites insatisfaites ! Et il était revenu à la machiya justement pour contenter l'une de ces femmes qu'il prétendait détester, même si certes, la demoiselle en question était une exception. Fréquenter l'enfant chérie d'une famille comme les Yamanaka n'avait vraiment rien de reposant, bien au contraire. Un « comme si j'avais que ça à faire » soupiré avec une profonde lassitude sortit de la bouche du jeune Nara, luttant avec force pour ne pas bailler en face de la douce Hinata dont l'expression demeurait toujours aussi abattue. Ça non plus, ça ne pouvait pas durer.

« Va faire un tour dehors Hinata, lui ordonna alors doucement Shikamaru en posant une main amicale sur son épaule tandis qu'elle levait vers lui ses yeux de nacre, surprise. Ça ne sert à rien que tu te morfondes ici, alors va te changer les idées en ville.

— M-Mais… Et si jamais Kizashi…

— Que tu sois là ou non, je doute qu'elle sorte miraculeusement de cette pièce. Cette capricieuse de première finira bien par se manifester quand elle n'aura plus que sa bile pour la nourrir. Même si elle joue les durs à cuire il faudra bien qu'elle se pointe dehors si elle ne veut pas qu'on la laisse crever de faim dans son coin… Mais ça n'arrivera pas, rajouta t-il face au regard mortifié de l'Hyuga, visiblement paniquée à l'idée de savoir leur pensionnaire en famine. Elle n'est pas idiote à ce point. »

Pas idiote, pas idiote… N'empêche qu'elle allait le faire tourner en bourrique à chercher des prétextes pour rassurer une Hinata peu confiante en ses propos, ne cessant de jeter des regards vers l'extérieur en direction de l'autre partie de la bâtisse en bois. Shikamaru cherchait à la ménager du mieux qu'il le pouvait, elle le savait, aussi contre toute attente finit-elle par acquiescer faiblement à l'idée d'aller se dégourdir les jambes ailleurs, au grand soulagement de son interlocuteur qui la regarda en silence dénouer son tasuki pour couvrir ses avant-bras avant de sortir en ville. Une idée lui vint soudain à l'esprit, certain que cela aiderait la jeune femme à se sentir mieux.

« Pourquoi tu n'irais pas lui choisir un tissu pour lui confectionner un kimono ? Elle ne va pas continuer à porter les guenilles de Chôji de toute façon. »

Le regard translucide de la jolie brune s'éclaira aussitôt d'une lueur de surprise laissant place à quelque chose de plus doux, et il sut qu'il avait fait mouche. Un mince sourire étirait à présent ses lèvres.

« C-C'est une excellente idée, bafouilla-t-elle en levant les yeux vers lui. Merci Shikamaru.

— Pas de quoi. Allez, file maintenant. »

Hinata lui répondit par une courbette en guise de remerciement et le brun la couva d'un sourire rassurant en la regardant attraper un petit panier en osier avant de disparaître au dehors. Cette fois, il soupira du plus profond de son cœur en se grattant l'arrière du crâne, maugréant au passage « j'te jure quelle galère… » en songeant à ce qui l'attendait à présent. La commission qui lui avait été faite par son amie d'enfance n'était pas des plus minces, du moins fallait-il que celle qui en faisait l'objet accepte de coopérer sans broncher. Parler à un mur comme le faisait Hinata, très peu pour lui, mais en même temps il ne se voyait pas non plus la sermonner et la tirer de force à l'extérieur pour le suivre. Avec toute la paresse dont il était capable, Shikamaru se décida finalement à ne pas laisser traîner les choses plus longtemps et quitta à son tour la pièce, humant une dernière fois l'odeur du riz bouilli dans la marmite. Plus vite il expédierait cette besogne, plus vite pourrait-il aller se rassasier autour du petit festin promis en récompense. Son pas lourd faisait craquer sinistrement les lattes en bois du long couloir, informant ainsi le pensionnaire de la chambre du fond de la venue d'un nouveau visiteur. Tapi dans son silence protecteur, ce dernier sut immédiatement qu'il ne s'agissait pas de la jeune Hyuuga dont les mouvements étaient beaucoup plus fluides et gracieux, à peine inaudibles. L'appréhension commença à la gagner au fur et à mesure que le bruit des pas se rapprochait… Cette fois, qui venait lui rendre visite ? Davantage recroquevillée sur elle-même, elle guettait le moment où elle saurait à qui elle avait affaire comme si sa dernière heure était venue. Cette démarche sourde et puissante, si familière à un homme… finalement, lequel d'entre eux allait être son bourreau ? Un spasme secoua son corps lorsque le battant du shōgi s'ouvrit avec fracas, inondant la pièce d'une chaleureuse lumière qui l'aurait probablement aveuglée si elle n'avait pas été dans cette position. Elle ne relèverait pas la tête, n'ouvrirait pas les yeux, ne bougerait aucun muscle… Non, pas avant de savoir qui se tenait à l'embrasure, debout et silencieux. Et elle pria, pria mille fois qu'il ne s'agisse ni du commandant Hatake, encore moins de l'irascible Uchiwa Sasuke… et surtout pas Naruto. Non, surtout pas lui.

« Je suis le premier à prôner la fainéantise dès que je le peux alors je ne peux pas vraiment t'engueuler sur ce point… Mais dis-moi, tu comptes rester encore longtemps à flâner dans ton coin ? »

Dans l'obscurité, les deux prunelles émeraude s'écarquillèrent d'un seul coup en reconnaissant cette voix, si surprise qu'elle pensa un instant s'être assoupie et l'avoir rêvé.

« Kizashi ou qui que tu sois – je m'en contrefous royalement d'ailleurs – il serait temps de te bouger un peu tu ne crois pas ? Regarde, moi-même je fais l'effort de venir te voir alors que je n'ai vraiment pas que ça à foutre et pourtant je suis là. Personne n'a autant la flemme de faire quelque chose que moi normalement. »

La jeune femme écoutait en silence le semblant de sermon de celui qui était de loin le meilleur joueur d'échecs qu'elle eut jamais rencontré, celui là même qui lui avait proposé de s'accorder une pause entre deux travaux jardiniers avant de le battre à plates coutures sans la moindre difficulté. Ils n'avaient pas terminé leur partie d'ailleurs… mais nul doute qu'il l'aurait écrasée quoiqu'il arrive. Elle faillit presque esquisser un rictus en y repensant, se demandant ce qu'il se serait passé si finalement, elle ne les avait pas suivis ce jour là pour secourir l'héritière des Yamanaka. Son cœur se souleva à cette pensée alors que Shikamaru poursuivit, non sans émettre un énième soupir face à l'absence de réactivité de son interlocuteur. Qu'est-ce que ça me fait chier de faire ça sérieux…

« Tu ne veux même pas toucher aux plats d'Hinata ? reprit-il en scrutant le plateau à ses pieds et le gros bol couvert qui ne demandait qu'à être vidé. Tu as tort parce que son okayu est un vrai délice, tout le monde en avait redemandé quand une épidémie de fièvre nous avait touchés il y a deux ans. Naruto disait même qu'elle t'aurait remise un bœuf sur ses pattes. »

Tiens ! Elle avait tiqué, presque imperceptiblement, mais elle avait tiqué. Peu importe que ce fusse à l'entente du prénom d'Hinata ou de Naruto, elle avait réagi et ça, c'était un début. Hors de question d'en finir sur ça. Sans lui demander son autorisation, il s'engouffra dans la pièce pour s'asseoir en tailleur face aux mets bien trop appétissants pour être jetés aux ordures, remarquant à peine la contraction des bras de la jeune femme dont la barrière protectrice venait d'être brisée. Pourquoi s'installait-il ? N'avait-il pas compris qu'elle se refusait à parler, à lui ou à quiconque ? L'Uzumaki lui avait confié que le Nara était un stratège hors pair, plus malin et intelligent que n'importe qui… Alors pourquoi s'obstinait-il à vouloir lui faire la conversation ? Un bruit reconnaissable de porcelaine brisa le silence installé entre eux et elle dut serrer la mâchoire avec violence pour ne pas se laisser distraire par l'odeur qui se répandait dans la pièce, se recroquevillant un peu plus pour broyer son estomac douloureusement contracté par la faim sourde qui la tenaillait. Evidemment qu'elle aurait voulu dévorer n'importe quoi, seulement elle ne le pouvait pas… Elle se l'interdisait coûte que coûte, faisant preuve de pénitence comme elle le pouvait sans arriver pour autant à atténuer la culpabilité qui la rongeait de l'intérieur. Alors la cuisine de la jeune Hyuuga, avec qui elle avait passé de merveilleux instants complices, non, plus jamais elle n'y toucherait. Tout était fini.

D'abord tenté de lui ravir sa pitance parce que lui aussi avait faim, Shikamaru se ravisa en la regardant se tortiller sur place pour étouffer les bruits assourdissants de son ventre qui semblait gronder d'une fureur insoutenable. En fin de compte cette fille était aussi idiote que les autres, prête à se laisser sombrer dans la famine tant que son orgueil demeurait intact. Ino avait déjà fait un coup du même genre une fois. Son corps d'enfant laissant place à celui de l'adolescence aux formes plus marquées, elle, trop bornée pour l'accepter au début, s'était plongée dans une grève de la faim des plus absurdes. Absurdité qui avait vite pris fin lorsque leur maître d'armes avait appris la nouvelle d'ailleurs encore aujourd'hui, il se rappelait parfaitement combien lui et Chôji n'avait souhaité pour rien au monde être à la place de la jolie blonde. Enfin, les circonstances n'étaient pas réellement les mêmes non plus. Ino avait agi par entêtement quand elle agissait par rédemption, ce qui finalement, était tout aussi stupide. Aggraver son état ne changerait pas la donne, elle leur avait menti, ils connaissaient la vérité, point. Fixant le plafond, il soupira.

« Je ne sais pas pourquoi tu as fait ça, à vrai dire je m'en moque et ça ne regarde que toi. Ce dont je suis sûr en revanche, c'est que rester enfermée ici ne te sera d'aucune aide pour atteindre ton objectif, ajouta t-il en guettant une réaction qui apparut par une crispation de doigts. Je me trompe peut-être mais je pense que tu ne nous as pas tout dit la première fois. »

Cette fois, ce furent de légers tremblements parcourant son corps qui trahirent ses émotions. Ça avançait petit à petit. Mais il ne voulait pas non plus la rabaisser ni la rendre plus misérable, il ne s'était pas déplacé pour cette raison. Ino avait été claire.

« Ce que j'essaie de te faire comprendre, c'est que tu n'as pas à avoir peur de quoique ce soit. Personne ne te chassera ou te maudira pour avoir caché qui tu étais vraiment. Oui, tu es une femme et alors ? Est-ce que ça va changer quelque chose à nos vies ? Non. »

Enfin ça… Pas sûr en fait. Changer quelque chose à la sienne, absolument pas, créer des tensions hormonales entre les autres membres… peut-être. Naruto causerait sûrement problème en tout cas. Sasuke ? Non, non pas Sasuke. Lui aussi était d'office hors catégorie. Une femme partageait leur quotidien depuis quelques années déjà et ça n'avait apporté rien de négatif alors une de plus, ce n'était pas la mer à boire. Mais pendant qu'il se demandait vaguement si les emmerdes allaient arriver au sein de leur unité, la jeune femme, elle, rongeait encore plus son frein. Comment Nara-san pouvait affirmer une chose pareille ? Si elle était terrifiée ? Bien sûr, qui ne le serait pas ! Elle n'avait pas peur des représailles, elle savait qu'il lui faudrait les affronter un jour ou l'autre. Non, ce qu'elle redoutait par-dessus tout… c'était de retrouver la solitude. « Kizashi » avait su trouver peu à peu sa place, mais elle ? Son objectif lui semblait déjà presque inaccessible, mais là, il semblait définitivement hors d'atteinte. A la base, c'était pour rechercher la trace de Tsunade qu'elle avait pris la décision de se travestir… alors que faire maintenant ?

« Je… J'ai tout perdu… »

A l'entente de ce faible chuchotement, le regard sombre du brun s'abaissa lentement vers la frêle silhouette gagnée de spasmes plus importants encore. Elle pleurait.

« Hinata et Naruto… ils doivent me détester…

— Pourquoi te détesteraient-ils ? Tu n'as rien fait de mal à ce que je sache.

— Je… J'ai du les blesser… Ils ne me pardonneront jamais…

— Evidemment puisqu'il n'y a rien à pardonner. Ecoute, reprit-il en se redressant un peu mieux. Hinata a l'impression de se sentir impuissante pour t'aider parce que tu te fermes et ne lui laisses aucun passage, mais crois-moi elle ne t'en veut pas une seule seconde. Je pense même que ça lui fait plutôt plaisir de savoir qu'elle peut compter sur… une nouvelle amie. »

Amie… Ce qualificatif lui donna davantage l'envie de se laisser aller à ses sanglots, déjà en proie à une multitude d'émotions.

« Quant à Naruto, il a l'air tellement désespéré et mort à l'intérieur que je me demande quand est-ce qu'on va apprendre qu'il est allé jusqu'au village de Kiri pour se jeter dans la mer avec une corde au cou rattaché à un bloc de pierre… Je plaisante pour ça hein, ce crétin n'irait quand même pas jusque là, se hâta t-il d'ajouter en rencontrant brusquement deux orbes apeurées, gêné d'avoir sorti une telle connerie. »

L'instant d'une seconde, Shikamaru se sentit comme happé par le regard verdâtre qui étincelait un peu plus que d'ordinaire, les cils bordés de larmes avant de se détourner du sien, les joues légèrement rosies. Son regard avait retrouvé un peu de vie dès lors que le brun avait évoqué la situation dans laquelle se trouvaient l'Hyuuga et l'Uzumaki, véritablement affectés. Et l'inquiétude qui se dépeignait dans ces deux grands yeux clairs était réelle, presque palpable. Elle se souciait autant de la peine qu'ils pouvaient éprouver à cause d'elle que eux qui essayaient de se mettre à sa place. Le regard du jeune Nara se décala de quelques centimètres pour détailler la jeune femme, des longs cheveux incarnadins délavés de noir qui baillaient dans son dos au kimono qui ressemblait davantage à du vieux tissu rapiécé, pour remonter sur son visage. Ses yeux cillèrent, il ne discernait plus les hématomes et autres marques sur le teint cireux qu'il avait pourtant aperçus quelques jours plus tôt, au bord de la rivière. Il était même certain d'avoir vu son œil droit commencer à bleuir, de même qu'une lèvre inférieure tuméfiée qui pourtant, là, était intacte. Vraisemblablement, elle les dupait sur autre chose… Quoiqu'il en soit, impossible de la présenter sous cette apparence à l'héritière du puissant Yamakana Inoichi ou on la prendrait de suite pour une mendiante ! Bien qu'il ne doutât pas une seule seconde que derrière ces haillons se cachait une ravissante jeune femme que bon nombre de ses connaissances courtiseraient sous peu… mais ces emmerdes là, c'était à leur commandant de les gérer puisque c'était lui qui l'avait « invitée » à rester parmi eux. Non, son seul devoir à lui était de la mener à son amie. Quelque chose traversa alors son esprit et il se racla aussitôt la gorge, confus de ne pas y avoir pensé plus tôt. Avec toutes ces histoires, il avait fini par en oublier l'essentiel de ce pourquoi il souhaitait également lui parler en privé.

« Tu n'as pas à t'en faire pour Naruto, vraiment. J'ai un peu exagéré les choses mais cet imbécile heureux est vraiment déprimé par ce qu'il t'arrive. On ne l'entend plus jacasser à tout bout de champ, ça commence même à en devenir flippant… Enfin, ce que je veux dire c'est que je pense que malgré le fait qu'il sache que tu… que tu es… bref je pense qu'il s'est attaché à toi durant ces derniers jours. Il n'arrêtait pas de dire que tu en faisais trop, qu'il fallait te ménager un peu plus. Il voulait te prendre sous son aile quoi. »

A l'entente de ces mots, le cœur de la jeune femme se serra un peu plus dans la poitrine et elle ne put s'empêcher de mordre violemment sa lèvre pour ne pas laisser ses yeux s'embrumer davantage. Le sourire franc et lumineux du blond lui manquait terriblement, la rassurant du plus profond d'elle-même à chaque fois qu'elle avait pu l'apercevoir. Pourquoi ? Là était ce qu'elle avait cru déchiffrer en rencontrant les deux prunelles céruléennes, juste après qu'il ne l'eut extirpé des eaux glacées de la rivière, plus choqué que n'importe qui. Elle n'avait pas eu besoin de chercher la raison de son hébétude bien longtemps, l'héritière des Yamanaka enveloppant son corps partiellement dénudé dans le haori tendu par un Inuzuka Kiba tout aussi pantois par cette découverte. Sa peau se souvenait encore des mains puissantes de l'Uzukami sur sa poitrine, mais elle était incapable de se sentir gênée ou honteuse… Lui, surtout, qu'avait-il ressenti ? Il l'avait sauvée de la noyade, l'avait ranimée sans jamais se soucier de l'effarante vérité qui se tenait là, juste sous ses yeux. Une partie d'elle-même se demandait réellement si elle arriverait à lui faire face un jour, brûlant à la fois de le remercier de tout cœur et craignant, aussi, qu'il ne veuille plus d'elle à ses côtés. « Kizashi » n'était plus, alors… Le souvenir de la scène qu'elle ressassait dans sa tête l'interpella soudainement, relevant la tête dans un mouvement brusque qui fit sursauter Shikamaru.

« Y-Yamanaka-san ! s'écria-t-elle en tremblant, les yeux écarquillés d'appréhension. Est-elle indemne ? Est-ce qu'elle va bien ? »

L'angoisse entravait sa gorge en criant ces paroles à la volée, abhorrant l'expression de surprise sur le visage du samouraï aux cheveux coiffés en panache. Celle là il ne l'avait pas vu venir… Mais cette réaction le rassurait aussi, ravi de constater qu'elle avait repris du poil de la bête et plus important, qu'elle se souciait réellement du bien-être d'Ino. Leurs sentiments étaient réciproques en tout cas, aussi inquiète l'une comme l'autre de mémoire, c'était même la première fois qu'il voyait son amie d'enfance éprouver pareille affection pour une jeune femme, qui plus est une inconnue. A croire qu'un lien invisible mais pourtant unique les unissait déjà, presque comme des sœurs. Avait-elle prévu de devenir son amie ou bien était-ce seulement le fruit du hasard ? Quoique ce soit, il brillait dans le regard émeraude une sincère sollicitude qui le confinait dans ses pensées et aussi, dans la reconnaissance qu'il éprouvait à son égard. Un rictus en coin naquit sur les lèvres du brun.

« C'est drôle ça, vous posez toutes les deux les mêmes questions au sujet de l'autre, commença t-il en scrutant la jeune femme devant lui, l'air déconfit. Sois rassurée, Ino se porte comme un charme et elle est toujours aussi emmerdante. La preuve, c'est elle qui m'a mandaté pour venir te voir. Je te jure, comme si elle ne pouvait pas se déplacer elle-même sérieux…

— M-Me voir ? Moi ?

— Evidemment, qui veux-tu d'autre ? C'est quand même toi qui l'as sauvée si je ne m'abuse, non ? »

Le regard vert s'illumina un instant en croisant le clin d'œil sous-entendu du jeune Nara, soulagée en premier lieu d'apprendre que la douce héritière aux longs cheveux blonds était saine et sauve. Oui, elle s'était débarrassé de leur assaillant en l'envoyant pour de bon dans l'au-delà et ça aussi, sa peau s'en souvenait encore. Elle porterait même encore les traces de cet assaut sauvage si elle n'avait pas eu la capacité de les effacer, comme elle tentait d'effacer de sa mémoire le souvenir cruel d'avoir ôté la vie à un homme de sang froid. Le coup brutal contre sa mâchoire, la lame maculée d'un rouge luisant du poignard de l'Uchiwa, le cri de terreur de Yamanaka-san juste avant de sombrer dans l'eau… tout lui revenait constamment à l'esprit. Alors oui, apprendre que celle pour qui elle avait été prête à donner sa vie était bien portante était un réel soulagement. Maigre consolation certes, mais récompense quant à sa détermination à la sauver, oui.

« D'ailleurs en parlant de ça… reprit le brun en se grattant l'arrière du crâne, levant les yeux au ciel avant de les plonger dans les siens, la posture droite. Chôji ne te les présentera sûrement pas de la même manière que moi, mais je sais qu'il le fera. Je le répète au cas où tu n'aurais pas bien saisi, ça m'est égal que tu nous aies caché la vérité sur ta réelle identité. Tu as sauvé la vie de l'unique héritière de la famille Yamanaka, certes, mais sache que tu ne seras pas remerciée pour ce geste vu que ton existence au sein de l'organisation n'a pas encore été révélée. Les louanges, les honneurs, l'argent de la prime… tu ne recevras rien de tout cela. »

Silencieuse, elle écoutait le long monologue du brun en gardant son regard vif rivé sur sa personne, songeant au plus profond d'elle-même qu'elle n'avait rien espéré obtenir en retour que de la savoir avant tout en sécurité. Elle ne s'était pas jetée dans la gueule du loup pour être couronnée de gloire, non. Comme si un grand seigneur allait saluer sa bravoure maintenant qu'elle n'était plus un homme… Aussi, quelle ne fut pas sa surprise lorsque le samouraï courba brusquement l'échine devant elle, ployant aussi agilement que les branches du grand saule pleureur où elle aimait se recueillir à l'abri des regards. La jeune femme allait lui demander de se relever lorsque Shikamaru reprit, la voix parfaitement assurée.

« Ce qui compte avant tout, c'est que tu as sauvé la vie de l'amie la plus chère à mes yeux et pour cela, je ne pourrais jamais assez t'exprimer ma gratitude. Mais s'il te plaît, ajouta t-il en inclinant un peu plus la nuque vers les tatamis, accepte mes remerciements. Au nom du clan Nara et au nom de mon titre de samouraï du Koueichiimura. Accepte-les. »

Le désarroi se lisait à vue d'œil sur le visage déconcerté de celle qui ne savait plus où se mettre, gênée d'être gratifiée avec autant de respect. Le rouge avait gagné ses joues en même temps que sentir sa poitrine se gonfler, désabusée. Le samouraï n'avait pas à courber l'échine ainsi devant elle, grands dieux non ! Il aurait même été plus logique que leurs positions soient inversées !

« N-Nara-san, relevez-vous ! Vous n'avez pas à vous incliner face à moi ! C-C'est contraire à l'éthique…

— L'éthique ? releva t-il en redressant la tête, son corps entier suivant le même mouvement dans un craquement d'articulations. Je te remercie comme je l'aurais fait avec n'importe qui, l'éthique n'a rien à voir là-dedans.

— Mais vous êtes un samouraï et moi une simple…

— Une idiote, voilà ce que tu es. Samouraï ou non, ce n'était pas moi ni aucun d'entre nous qui était présent au moment des faits. T'es aussi bornée que ne peut l'être Ino… Vous ne vous êtes pas trouvées pour rien. »

A le regarder soupirer en pensant à celle qu'il venait de nommer, un mince sourire étira les lèvres de la jeune femme aux yeux verts. L'amitié qui les unissait – lui et l'imposant Akimichi Chôji – semblait sincère et profonde, unique. Qu'il puisse parler de la fille d'un haut dignitaire avec autant de naturel et de désinvolture lui avait toujours paru étrange, mais elle comprenait à présent qu'il lui était légitime de s'exprimer ainsi au sujet de l'héritière des Yamanaka. Ils étaient amis… Et peut-être même aurait-elle pu devenir son amie à son tour si les choses ne s'étaient pas déroulées ainsi. Elle ne devait pas l'oublier. Son expression amusée laissa peu à peu place à un nouveau masque de tristesse, que Shikamaru ne remarqua pas en se relevant avec paresse, manquant de bailler ouvertement devant elle. Sa mission lui semblait parfaitement remplie et surtout réussie. Il l'avait vu pleurer, s'inquiéter, s'emporter… Tel qu'avait été le « Kizashi » qu'elle leur avait dévoilé.

« Du coup, est-ce que tu veux m'accompagner voir Ino maintenant ou tu préfères attendre quelques jours ? Juste pour savoir, histoire que je la rassure et qu'elle arrête de me tanner.

— … Il n'y aura pas de « quelques jours ».

— Tant mieux si tu préfères la rencontrer aujourd'hui, je ne pense pas qu'elle aurait tenu plus longtemps sans me forcer à te kidnapper sinon…

— Vous m'avez mal comprise. »

L'intonation basse de sa voix lui mit aussitôt la puce à l'oreille, ses yeux plongeant en piqué sur la silhouette de nouveau recroquevillée, les bras croisés sur ses genoux remontés à la poitrine. Shikamaru fronça les sourcils.

« Que veux-tu dire par là ?

— Je n'irais pas voir Yamanaka-san. Ni aujourd'hui, ni demain. Je n'irais pas.

— Pourquoi ? Tu ne te soucies plus d'elle tout à coup ?

— Justement si. Et c'est pour cela que je n'irais pas la voir.

— Je ne comprends plus rien… Tu ne veux pas la voir ? Réellement ?

— Non ! Je ne peux pas la voir vous comprenez ? s'écria-t-elle soudainement en relevant à son tour la tête pour croiser le regard du brun, figé sur place, avant de se détourner en fermant les yeux, la mâchoire serrée. Je ne peux pas… »

Les sourcils de plus en plus froncés, Shikamaru s'avança d'un pas vers elle pour être sur de bien comprendre la situation. Après tous les efforts qu'il avait du fournir, les longues tirades et les sermons… elle n'allait quand même pas se débiner ? A moins que… L'idée qu'il eut alors à l'esprit lui fit perdre tout espoir de la raisonner. Depuis le début, elle…

« Quand tu dis que tu ne peux pas… Ce n'est pas la vraie raison. Tu ne le peux pas parce que tu ne le veux pas n'est-ce pas ? murmura t-il d'un ton légèrement agacé, déçu et exténué d'avoir perdu inutilement son temps en palabres pour les sourds. »

Aucune réponse. Soit, tout était clair.

« Et tu comptais me dire quand que tu prévoyais de t'enfuir comme une lâche ? lâcha t-il en insistant sur le dernier mot, certain de s'attirer les foudres de celle à qui il s'adressait et obtenant gain de cause de suite. Après m'être laissé m'époumoner en élucubrations parfaitement futiles et sans intérêt pour toi ? »

— Je ne suis pas une lâche ! cracha la jeune femme en le dardant d'un regard noir qui lui rappela instinctivement celui d'un certain taciturne.

— Ah oui ? Alors pour quelle raison chercherais-tu à fuir si ce n'est pas par lâcheté ?

— Avoir sauvé la vie de Yamanaka-san n'a aucune importance avec la trahison que j'ai commise…

— Tu radotes encore ce point-là ? soupira t-il en soufflant longuement, usé, avant de reprendre la parole. La sentence pour trahison s'appliquerait effectivement si tu étais membre du Koueichiimura, or ce n'est pas le cas que je sache. Le commandant Hatake n'attend pas non plus que tu sortes de ta cachette pour te flageller sur la place publique… Et je t'ai déjà répété que je m'en foutais de savoir qui tu étais, autrement je ne permettrais jamais qu'une rencontre soit organisée avec Ino. T'es têtue ma parole !

— Peut-être que vous, Nara-san, n'en avez rien à faire mais ce ne sera sûrement pas le cas de tout le monde, répliqua-t-elle en secouant la tête, effrayée rien qu'à l'idée de prononcer son nom. Il y en aura forcément certains qui ne me pardonneront pas cette faute…

— A partir du moment où c'est le commandant qui a pris une décision, on se doit tous de la respecter. Tous. Quoi, c'est de Sasuke que tu parles ? ajouta t-il en la voyant sursauter automatiquement à l'entente de ce prénom. Crois-moi, il a d'autres préoccupations en tête que de savoir que tu es une femme. S'il y a bien une personne qui se fout encore plus que moi des choses qui l'entourent, c'est bien lui. T'as rien à craindre de ce côté-là.

— Lui ou un autre, ça ne change rien. Je ne peux pas rester ici.

— Et Naruto ? Hinata ? Leurs avis ne comptent pas dans ta décision peut-être ? »

Les lèvres entrouvertes, la jeune femme aux longs cheveux incarnadins se ravisa en écartant ses prunelles émeraude, la lèvre mordue pour ne pas se laisser ronger par un sentiment de remord. Elle ne devait pas non plus laisser son esprit lui jouer des tours en se remémorant les instants passés à leurs côtés, non, il fallait qu'elle les chasse, qu'elle les enfouisse au plus profond de son cœur. Yamanaka-san mise à part, c'était ses souvenirs en leur compagnie qu'elle chérirait plus que tout, aujourd'hui, demain… Même si Nara-san apparentait son geste à de la lâcheté, elle refusait cette idée. N'était-ce pas son devoir que de s'enfuir d'ici pour les protéger ? Ils se rappelleraient son bon souvenir de temps à autre et cela suffirait amplement. Elle considérait s'être suffisamment immiscée dans leur quotidien, inutile de les mêler davantage au sien… Oui, elle devait partir, quitte à donner l'impression de fuir. Pour Naruto, pour Hinata, pour Ino. Elle devait s'effacer de leurs vies.

Cela, Shikamaru n'eut pas besoin de le lui demander, devinant sans peine ses pensées face à l'expression résolue de son visage. Il n'avait pas échoué : c'était elle qui ne voulait rien entendre. Un soupir contrit s'échappa de ses lèvres tandis qu'il levait les yeux au ciel. Peu importe sa décision après tout, ça ne me regarde pas. Ino va juste être infernale. Pire, elle serait même capable de le lancer lui, Chôji et les hommes de son père à la poursuite de la jeune femme. Elle en avait le pouvoir en tout cas. Le samouraï aux cheveux bruns jura entre ses dents avant de faire volte-face, la main sur le battant du shōji. Autant parier en lui laissant le bénéfice du choix.

« Bon, je vais faire comme si je n'avais rien entendu et m'en aller pour te laisser seule. Il n'y a personne d'autre que nous deux de toute façon. »

La jeune femme fronça les sourcils à l'entente de cette phrase, croyant avoir mal entendu. Pour te laisser seule. Nara-san venait tout juste de la réprimander et voilà qu'il lui laissait une ouverture à une possible échappatoire ? Inconcevable et pourtant… Ses paroles tournèrent en boucle dans son esprit, encore et encore, jusqu'à ce qu'un élan de lucidité ne la sorte de ses réflexions. Le regard vert croisa alors les prunelles sombres du brun, sèches et réprobatrices. Elle n'était pas sûre de comprendre.

« Vous… Vous ne m'empêchez pas de partir ? lâcha-t-elle d'une toute petite voix en le regardant de ses grands yeux, s'agrandissant davantage en voyant le samouraï répondre par la négative d'un rapide mouvement de tête. Mais… Le commandant…

— Parce que tu te soucies maintenant des conséquences de ta fuite ? Faudrait savoir… soupira t-il en se grattant une nouvelle fois l'arrière du crâne, peu désireux d'imaginer ce qui l'attendait si elle décidait réellement de s'enfuir. Je risque de me faire trucider par un Naruto en furie et de me prendre un sacré blâme par Kakashi-san ouais, mais bon… Que tu partes ou non, ce n'est pas mon problème, c'est ta vie après tout. »

Puis il replongea son regard dans le sien, incrédule, avant de poursuivre sur sa lancée.

« Laisse-moi juste te donner un bon conseil, murmura t-il d'un ton plus dur, presque sévère qui braqua de plus belle la jeune femme. Je ne sais pas pourquoi Ino tenait absolument à faire ta connaissance, mais je suis au moins certain d'une chose : elle voulait être ton amie. Tu veux partir ? Soit, tu es libre d'aller où tu veux, mais sache que tu ne pourras plus jamais mettre les pieds à Konoha. Si tu veux partir sans même avoir remercié ni fait tes adieux à ceux qui t'ont traitée avec respect et bonté, très bien. Ce ne sera cependant pas la peine de revenir en rampant pour demander pardon ni à Hinata, ni à Naruto. Surtout pas à Naruto. Et je ne te laisserai jamais t'approcher de ma précieuse amie d'enfance non plus. »

Le beau visage presque enfantin s'était décomposé au fur et à mesure que sa façon de parler devenait plus tranchante, comme une mise en garde. Utiliser la peur pour lui faire changer d'avis. Soit cela porterait ses fruits, soit il se plantait totalement sur ce coup et dans ce cas précis, il lui faudrait revoir ses méthodes de moralisateur. Shikamaru était plutôt confiant dans ses moyens, mais après tout, il ne la connaissait pas véritablement pour être sûr de lui. Dans un dernier regard pour la jeune femme, il se tourna de nouveau en direction de la sortie avant de s'adresser à elle une toute dernière fois.

« Je sais que tu n'as pas fait tous ces sacrifices en vain, tu as un réel objectif en tête et je te souhaite sincèrement d'arriver à le rendre concret. Ici tu pouvais bénéficier de notre aide, dehors tu es livrée à toi-même. Une jeune femme désarmée et sans défense dans la nature ? Je ne donne pas cher de ta peau. Tu as tenu bon jusqu'à présent, ce serait du gâchis de mourir inutilement et surtout bêtement. Alors réfléchis bien : réfléchis à ce que tu as gagné, à ce que tu pourrais gagner encore si tu restais ici. Force, moyens, soutien et j'en passe. Nous pouvons tous t'aider. Enfin… tu fais comme tu le sens hein, lança t-il en levant les yeux au ciel, exténué d'avoir autant parlé. Le choix t'appartient maintenant. »

Sans l'ombre d'un dernier regard, il quitta la pièce en jurant entre ses dents, laissant la jeune femme se retrouver de nouveau seule dans son silence. Sa démarche était plus rapide qu'à son arrivée, pressé et soulagé d'en avoir fini. Shikamaru s'éloignerait de la machiya, oui, mais n'irait pas rejoindre l'impatiente héritière des Yamanaka pour autant. Chôji l'attendait non loin sur le toit d'une bâtisse dans une ruelle toute proche, à l'abri des regards et sur un point culminant qui lui permettrait de vérifier si oui ou non, son petit sermon avait fait son effet. Son ami avait trouvé l'idée stupide mais s'était plié à sa volonté sans broncher non plus, compréhensif. Shikamaru la laissait faire son choix, certes, mais s'il lui fallait intervenir pour l'empêcher de commettre cette folie… il le ferait. Pour Ino d'abord, et aussi pour ne pas subir plus longtemps la déprime pestilentielle de l'Uzumaki qui faisait vraiment peine à voir. Puis il n'avait pas de grief contre la jeune femme non plus, alors…

La pénombre glaciale s'engouffra dans la pièce aussi vite qu'elle s'en était échappé plusieurs minutes auparavant, et un frisson parcourut l'épiderme de la jeune femme qui n'avait pas bougé d'un iota, figée comme une statue. Chacun des mots prononcés par le samouraï lui avait transpercé la poitrine, la saignant du plus profond d'elle-même. Elle avait été incapable de réagir, entravée un peu plus par les paroles plus acerbes encore de Nara-san. Jamais elle ne l'aurait cru capable de parler de cette manière, presque aussi cruel que ne l'avait été Uchiwa Sasuke après avoir découvert sa véritable identité. Pire, elle ne s'était pas sentie aussi apeurée qu'en cet instant où son corps, secoué de tremblements, trahissait ses émotions. Elle s'enserra un peu plus dans ses bras tandis que sa vue se troublait, la mâchoire fermement contractée pour ne pas céder. Une jeune femme désarmée et sans défense dans la nature ? Je ne donne pas cher de ta peau. Oui, elle en était consciente, consciente qu'elle courrait un danger si elle s'aventurait de nouveau à errer dans forêts et montagnes sous les traits d'une femme. Mais elle avait réussi à se faire passer pour un homme une fois, alors pourquoi pas deux ? Le risque était à prendre et en valait la peine. La jeune femme serra les dents davantage en sentant une larme couler sur sa joue, puis une autre, et une autre encore. Elle voulait être ton amie. Comme elle l'aurait voulu, elle aussi, vraiment… Le long regard qu'elles avaient échangé juste avant d'être emportée dans la rivière lui revint en mémoire et un élan de tristesse la gagna un peu plus. Elle aurait eu tant de choses à lui dire, à l'écouter, à partager… Il était trop tard.

Ce ne sera cependant pas la peine de revenir en rampant pour demander pardon ni à Hinata, ni à Naruto. Surtout pas à Naruto.

Cette phrase-ci l'avait blessée plus que les autres. Ce qu'elle refusait par-dessus tout, c'est que ce ne soit eux qui se sentent responsables de son départ. Hinata et Naruto. Elle ne le supporterait pas, alors préférait-elle vivement penser qu'avec la déception arriverait la colère et le mépris. A choisir, plutôt être détestée que de les mettre en danger. Retrouver Tsunade était une charge qui n'incombait qu'elle, elle et elle seule. Elle n'oubliait pas non plus la discussion qu'elle avait surprise dans les bas fonds de Konoha… non, elle ne pouvait définitivement pas les mêler à cette histoire. Pas si cela les mettait en danger à leur tour. Les larmes silencieuses n'en finissaient plus d'inonder son visage en repensant à tout ce qu'il s'était passé depuis qu'elle avait mis les pieds dans cette ville, depuis qu'elle avait croisé la route du Koueichiimura. Oui, il lui serait infiniment pénible d'oublier tous ces moments, les plus sombres comme les plus heureux d'ailleurs… elle n'avait pas le choix. Quitte à passer pour une lâche, car c'est ce qu'elle était oui, une parfaite lâche. Elle s'était crue plus forte pourtant, plus résolue aussi… ça n'était pas suffisant. Pas assez pour être leur égal, mais juste ce qu'il fallait pour devenir un fardeau. Et ça, jamais, alors autant partir.

Combien de minutes s'écoulèrent jusqu'à ce qu'elle ne réussisse à se calmer entièrement ? Seul le chant des oiseaux dehors résonnait à ses oreilles, unique son brisant le silence dans laquelle était plongée la machiya entière. Personne, comme le lui avait subrepticement glissé Nara-san. La voie était libre et rien ne pouvait l'empêcher de fuir désormais. Ses yeux étaient à présent secs mais elle se sentait nauséeuse, harassée, comme vidée de toute son énergie vitale. Et elle se sentait sale, mal à l'aise dans ces vêtements imprégnés de sueur et de crasse. L'odeur du sang aussi, moins puissante qu'au premier jour certes mais persistante, comme pour lui ressasser les faits. La jeune femme passa maladroitement une main dans ses cheveux emmêlés, poisseux et secs comme de la paille. Le reflet de son aspect repoussant dans le miroir l'avait dégoûtée, presque répugnée. Ses traits délicats n'étaient plus dans ces apparats de souillon, pire, elle ne se sentait plus femme. Ça, ce n'était pas elle… Ce n'était pas « Sakura ».

Dans un effort surhumain, elle tenta de se redresser lorsqu'un vertige la saisit brusquement, la faisant retomber brusquement sur les tatamis. Ses lèvres se tordirent dans une grimace alors qu'elle plaquait une main sur son visage, crispé. Une douleur à la tête la lançait, criblant son cerveau de petites aiguilles invisibles qui la torturaient intérieurement. Elle n'avait quasiment pas fermé l'œil, que ce soit la journée ou la nuit, bien trop rongée par la culpabilité et la crainte. Voilà que son corps lui renvoyait à la figure les conséquences de ses actions pile quand ce n'était pas le moment de faiblir. Il lui fallait un regain d'énergie, quelque chose qui suffirait à la requinquer ne serait-ce qu'un peu… Son regard dépité se posa alors sur le plateau posé en évidence soigneusement préparé par la douce Hinata, tentateur. Pas une seule fois elle avait touché aux plats apportés par cette dernière, pas une seule fois… sa conscience, elle, avait failli succomber à plusieurs reprises. Son estomac lui avait crié son mécontentement plus d'une fois en humant les odeurs appétissantes de chacun des plateaux, allant parfois même jusqu'à feindre un état d'apnée pour ne pas respirer. C'était du pur gâchis. Sa salive passa de travers lorsqu'elle déglutit, d'abord hésitante, avant de s'approcher lentement des victuailles alléchantes même à l'œil nu. D'une main encore tremblante par la léthargie, elle découvrit le gros bol de porcelaine duquel s'échappa aussitôt un délicieux fumet d'okayu. Un gargouillis dans son ventre brisa instantanément le silence de la pièce. Son regard s'embruma en pensant au mal que s'était donné jour après jour la jolie brune à lui confectionner des plats qu'elle n'avait jamais fait l'honneur de goûter, aussi pensa-t-elle qu'elle devait au moins faire cet effort avant de partir. Avec un ventre vide et une fatigue extrême, jamais elle ne tiendrait jusqu'à sa prochaine destination.

Une petite bouchée de bouillie tiède suffit à ravir ses papilles, fermant les yeux en savourant pleinement ce simple geste d'avaler quelque chose de consistant. Elle continua doucement de se nourrir, lentement d'abord puis avec plus de vigueur jusqu'à avaler sans vraiment apprécier. Elle attrapa tout ce qui ornait le plateau pour l'ingurgiter le plus goulûment possible, sans prendre le temps d'avaler ce qu'elle avait déjà en bouche ni prendre le temps de respirer. Elle manqua de s'étouffer à de nombreuses reprises, les larmes perlant au bord de ses cils en continuant à engloutir tantôt de la bouillie, tantôt des quartiers de pêche juteuse. La soupe miso froide acheva de finir ce semblant de « repas » en l'avalant d'une traite, faisant fi d'en renverser le long de son menton, et ce fut seulement après avoir vidé son bol qu'elle reprit contenance en inspirant à pleins poumons l'air dont elle avait besoin pour reprendre son souffle, l'estomac lourd. Elle se sentait atrocement repue, satisfaite, rassasiée… mais elle se sentait surtout mal. Elle n'avait rien avalé depuis des jours, aussi était-ce trop gargantuesque pour elle que de s'être empiffrée aussi vite. Oh oui, elle se sentait mal. Gavée. Ça ne passerait pas. Il ne lui fut que peu de temps pour rassembler ses maigres forces pour se hâter de se lever, une main plaquée sur sa bouche tandis que l'autre ouvrait à la volée le battant du shōji côté extérieur pour se ruer dans la cour, manquant de tomber lourdement sur le sol en sautant à terre. Oh non, ça ne passerait pas… Elle eut le temps de courir assez vite avant que son estomac ne lui renvoie sa colère en la pliant en deux, rejetant involontairement tout ce qu'il aurait pu garder si elle avait « mangé » plus qu'avalé. C'était atroce, désagréable au possible. Sa gorge lui brûlait alors qu'elle toussait, songeant que c'était déjà la deuxième fois qu'elle souillait le jardin entretenu par ses bons soins et ceux d'Hinata. Quelle honte, il était grand temps qu'elle s'en aille avant de causer plus de désagrément. Ses pas la conduisirent d'instinct vers le puits tout proche, portant ses mains en coupe pour recueillir un peu d'eau encore fraîche dans le seau déjà rempli et apaiser ainsi sa gorge, buvant, cette fois, avec plus de lenteur. Inutile de répéter les mêmes erreurs… Désormais, il fallait qu'elle s'en tienne à ses résolutions. Il était temps de faire ses adieux.

Inutile de retourner dans la machiya où elle était susceptible d'y faire une rencontre impromptue, escalader l'épais mur de pierres derrière le jardin semblait être la solution la plus adaptée. Il lui suffisait juste de faire quelques mètres, parcourir une toute petite distance… mais ses jambes refusaient d'avancer. Pourquoi ? Il lui fallait partir d'ici au plus vite avant qu'on ne s'aperçoive de son absence, alors pourquoi hésiter maintenant ? La jeune femme plaqua lentement ses mains sur son visage, serrant les dents en maudissant intérieurement sa faiblesse. Comment pouvait-elle se raviser alors que rien n'entravait son chemin ? Sa conscience semblait vouloir lui jouer des tours en la forçant à se remémorer la gentillesse d'Hinata et la candeur de Naruto. Sans la présence de ces deux êtres à ses côtés, jamais elle n'aurait pu se sentir acceptée ici. Jamais elle ne pourrait les oublier, ni les chasser de son cœur comme on chasse un chagrin d'amour naissant. Mais quelqu'un l'attendait, quelque part, Tsunade avait besoin d'elle et elle avait besoin de Tsunade. Cette seule pensée aurait dû lui suffire, oui, elle aurait dû… J'avais pris ma décision pourtant.

« A-Attends ! »

Ses yeux au bord des larmes s'agrandirent aussitôt à l'entente de cette voix si chaleureuse, les épaules raides, le souffle court. Il ne fallait pas qu'elle se retourne, il fallait qu'elle avance. C'était sa dernière chance. Et Hinata, qui venait de hurler de toutes ses forces, le regard désemparé, le savait parfaitement. Sa dernière chance de fuir… et à elle, sa dernière chance de l'empêcher de partir. Elle s'élança.

« Non ! Je t'en prie ne t'en vas pas ! Ne t'en vas… »

Un petit cri de surprise fendit l'air lorsque la brune trébucha du haut de ses geta, obligeant la jeune femme quelques mètres plus loin à stopper ses pas pour se retourner sans pouvoir masquer son inquiétude. S'empêcher d'être compatissante, reconnaissante envers cette personne si généreuse… non, elle en était incapable. L'Hyuuga quant à elle, se relevait péniblement de sa chute maladroite, gênée d'avoir pu tomber en pareille circonstance et affreusement honteuse de sa maladresse qui lui avait coûté non seulement quelques égratignures, mais qui l'avait également fait lâcher le panier qu'elle tenait quelques secondes plus tôt, ravie de sa trouvaille. Son regard dépité se posa alors sur le tissu échu à terre et elle se redressa entièrement pour le ramasser avant qu'il ne soit trop sali de poussière, lorsqu'une main s'en saisit en même temps.

« Ah… »

Ce qu'elle aurait voulu être une surprise fut raté, pensa futilement Hinata, tandis que l'autre personne laissait glisser délicatement ses doigts sur le drapé de soie aux motifs imprimés pour l'épousseter. Le cœur de la jolie brune était lourd, si lourd, aussi lourd que ne l'était celui de celle dont le regard intense demeurait rivé sur le précieux tissu dont la couleur lui rappelait le voile bleu d'une belle nuit étoilée en été. La forme des fleurs, elle aussi, n'avait rien d'anodin. Encore une fois, elle avait envie de pleurer, mais pas pour les mêmes raisons.

« Je… »

Les yeux verts se posèrent alors avec douceur sur le visage au teint de porcelaine de la jeune femme aux longs cheveux sombres, les joues colorées d'un léger rose, son regard lui aussi baissé. Sa petite voix étouffée manquait d'assurance, mais qu'importe.

« Je… J'ai pensé que la couleur t'irait bien, commença-t-elle doucement à murmurer, espérant trouver les mots justes pour la convaincre de sa sincérité. C'est un bleu qui n'est pas trop sombre et qui s'accorde aussi bien avec des cheveux foncés… que clairs. C'est de la très belle soie qu'on ne trouve qu'au Pays du Feu. J'ai toujours trouvé que le travail des broderies était remarquable, on pourrait presque penser qu'il s'agit de vraies fleurs de cerisier incrustées sur le tissu non ? Leur teinte me rappelle beaucoup celle des arbres qui ornent le palais du seigneur Sarutobi – j'ai eu l'opportunité d'y accompagner le commandant Hatake plusieurs fois et il n'existe pas de plus belles fleurs que celles-ci lors de leur floraison. P-Pardon, je m'égare un peu… bafouilla-t-elle en serrant ses mains, presque furieuse contre elle-même de ne pas avoir encore réussi à lui dire ce qu'elle voulait lui transmettre. »

C'est alors qu'une main, posée avec une bienveillance infinie, recouvrit les siennes pour les serrer doucement et y insuffler un semblant de force, d'assurance et de confiance aussi. Ce simple geste, parfaitement anodin, suffit cependant à rassurer l'Hyuuga sur les intentions de la jeune femme agenouillée devant elle, silencieuse toujours, en proie à une vive émotion qu'elle ne voulait pas laisser transparaître. Cette inestimable attention à son égard rendait son sentiment de culpabilité plus intense encore, songeant aux efforts fournis avec ardeur par Hinata afin qu'elle se sente à son aise depuis son arrivée dans la machiya. Un tissu luxueux n'était rien, rien, face au lien qui la liait à elle mais recevoir l'amitié d'une personne aussi touchante, au cœur si généreux… voilà qui n'avait pas de prix. Hinata aussi le ressentait, ce sentiment niché au plus profond d'elle-même. Elle qui avait toujours cherché à faire reconnaître sa valeur, à vaincre son manque de confiance en elle, à être acceptée parmi ses pairs. Il en était de même pour « Kizashi » qui n'avait pas démérité une seule fois et puis, l'organisation n'était composée que d'hommes qui certes, ne manquaient pas d'être avenants à leur façon. Alors l'arrivée d'une autre femme lui faisait d'autant plus plaisir à elle qui ne pouvait réellement se confier, ni partager ses pensées avec quelqu'un. Kiba était celui qu'elle considérait comme son ami le plus proche, oui, mais ça n'avait rien à voir avec le bonheur d'avoir une « amie ». Rien n'était nullement comparable qu'un lien tel que cela, que celui que toutes les deux tisseraient ensemble. Hinata en était persuadée, autant persuadée que ne l'était celle qui n'avait pas détourné les yeux, résolue cette fois-ci, résolue jusqu'au bout. Et la faible pression qu'elle exerça une nouvelle fois sur les mains de la jolie brune la confina pleinement dans ses pensées.

« Je te demande pard…

— T-Tu me laisseras confectionner ton kimono ? l'interrompit l'intéressée en relevant brusquement ses grands yeux nacrés, bordés de larmes, guettant la réaction de son interlocutrice qui réprima un sursaut gêné, surprise. J-J'aurais aimé l'avoir commencé avant pour pouvoir te l'offrir quand tu…

— Hinata…

— Tu seras magnifique dedans, j'en suis certaine. Et tu feras tourner la tête de tous les hommes de Konoha, m-même ceux du Koueichiimura. Alors oui, vraiment, je serais heureuse si tu acceptais de me laisser le confectionner. Parce que… parce que… »

Un sanglot brisa sa voix lorsqu'elle s'empara à son tour des mains de la jeune femme qui lui faisait face, le regard aussi brillant que le sien, le remord laissant place à de l'adoration.

« Parce que je suis ton amie. Kizashi je suis ton amie. »

Les larmes coulèrent sur les joues, un éclat de malice pétilla dans les yeux. Le sourire sincère que lui offrit en retour celle qu'elle venait encore de nommer « Kizashi » n'avait rien de factice, bien au contraire. Pas plus que ses pleurs silencieux, ses « merci » et ses « pardon » qu'elle ne cessait de répéter à voix basse en serrant ses mains dans les siennes, le regard baissé vers le sol comme pour appuyer sa rédemption. La pudeur habituelle d'Hinata avait disparu, enfouie sous un flot de sentiments qui lui serrait encore la gorge tandis qu'elle se laissait aller à son chagrin, elle aussi. Tout était déjà pardonné puisqu'elle n'avait aucune rancœur envers elle. Non, elle était compatissante, presqu'attristée. Son choix, elle ne le comprenait que trop bien. Elle ne lui avait pas répondu, certes, mais elle savait, au fond de son cœur, Hinata le savait. Elle avait accepté son amitié et lui offrait la sienne en retour. Rien d'autre ne comptait. Un certain laps de temps s'écoula avant que les deux jeunes femmes ne se redressèrent en reniflant chacune leur tour, les yeux rougis et le teint blafard. Les prunelles émeraude se posèrent alors sur le tissu sombre qui traînait sur ses genoux et un faible rictus étira ses lèvres, songeant aux paroles de celle qui était désormais son amie. Son visage s'adoucit davantage.

« Ce sera sûrement un très beau kimono oui. Et puis tu ne pouvais pas mieux choisir, ajouta-t-elle en contemplant de nouveau les motifs d'un rose pâle avant de croiser le regard intrigué de la jolie brune. »

A présent, il était temps. Temps de faire ses adieux au rôle qu'elle avait tenté de jouer jusqu'au bout, mais qui n'avait plus de crédibilité ici. Plus de raison d'être non plus. Oh il y aurait du travail, beaucoup de travail… mais il était temps. Temps de revenir celle qu'elle était, ou du moins, celle qu'elle devait être. L'heure des révélations était imminente, mais pas encore arrivée. Non, pas encore. Mais le garçon faible et freluquet qu'était Kizashi, lui, devait disparaître. Et son cœur manqua de rater un battement en apercevant au loin, debout devant la machiya, la silhouette de celui à qui elle devait tant et tant encore. Elle ne saurait pas, non, jamais elle ne saurait que son cœur à lui semblait avoir cessé de battre au même instant. Jamais, aussi, elle ne saurait à quel point ses joues s'étaient instantanément échauffées en l'apercevant. Pas encore en tout cas. Et jamais, non plus, elle ne saurait que leur conversation aura été malencontreusement entendue par quelqu'un, perché au sommet du magnifique saule pleureur que les feuillages avaient dissimulé. Bien malencontreusement, oui, car il n'aurait jamais voulu entendre ni l'avant, ni la suite. Surtout pas la suite.

Les grands yeux céruléens de Naruto la transperçaient de part et d'autre lorsqu'elle lui sourit, presque timidement, avant de fermer les yeux. Il était temps d'affronter les regards, les remontrances et les questions. D'affronter son jugement. Je ne sais pas pourquoi tu es revenue, mais tu aurais mieux fait de t'enfuir quand tu en avais l'occasion. Alors si cette opportunité venait à se reproduire, saisis-là et disparais sans jamais remettre les pieds dans cette ville. Non, plus question de fuir. Avant, elle n'aurait pas hésité une seule seconde… avant. Plus maintenant. Et le vert de ses yeux, lorsqu'elle les rouvrit, avait recouvré sa vivacité. Aussi intense que le vert des feuilles qui parsemaient les branches de l'arbre dont elle avait hérité le nom. Il était temps.

« Sakura. Je me prénomme Haruno Sakura. »


Et voilà de quoi vous mettre quelque chose sous la dent en attendant d'apercevoir les pectoraux de Sasuke ;) même manchot, il assure pour faire des pompes avec un seul bras !

Plus sérieusement, j'ai apprécié écrire ce chapitre parce que j'ai pu y inclure Shikamaru par exemple, personnage que j'affectionne beaucoup et qui se devait d'apparaître un peu. Autrement, aucune inquiétude à avoir nobles gens. Sasuke sera de la partie au prochain chapitre, toujours plus chaud que jamais, et Naruto aussi aura droit à son moment de gloire. Enfin, à son moment d'apparition pop-up ! 8D

C'est une histoire qui risque de durer un bon bout de temps, alors du fond du cœur, merci à tout le monde de prendre le temps de la lire et de me soutenir dans cette aventure :) cela fait extrêmement plaisir à la gougoule que je suis. SasuSaku fighting ! :D

BTSment (je suis accro à ce boysband coréen qui déchire les ovaires) et tendrement vôtre, Mireba.