Ohayo mes chers petits !

Comment allez-vous ? Moi, ma foi plutôt pas mal. Boulot fini mais que j'ai beaucoup apprécié, petites vacances, un fiancé qui ne devrait plus tarder à m'arriver par voie aérienne via Uchiwa Airlines... Et un voyage à l'horizon dans un jour exactement. Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes dirais-je :)

Plus de huit mois il me semble après mon dernier chapitre, je reviens sur la scène avec la suite qui s'annonce fort prometteuse. Encore une fois, soyez tous bénis pour vos commentaires et votre soutien qui vraiment, fait toujours grandement plaisir à voir. Du coup, il fallait que je sois gentille en retour. D'autant plus que, comme dit plus haut, je m'envole dès demain pour... le Japon. Un périple de vingt jours passant par Osaka, Kyoto, Nara, Nagoya et pour finir Tokyo. Sans compter que je vais aller stalker les BTS à Nagoya à leur sortie de concert - Kookie prépare ton ***. Un rêve qui se réalise et beaucoup de gougouleries en perspective. Alors il fallait bien, qu'avant que je vous quitte, je vous laisse un beau cadeau d'au revoir ;)

Savourez le jusqu'à la moelle car il est EXCEPTIONNELLEMENT long. Je n'en écrirais pas à l'avenir d'aussi conséquents, je l'espère en tout cas et je vous conseille d'étaler votre lecture. Mais bon, ma charmante tortionnaire préférée Nefer-chan tenait impérativement à ce que je me tienne à ce qui était prévu. Remerciez-la dans vos commentaires car c'est elle qui m'a motivée comme jamais :D Donc petit lemon bonus à la fin, très léger hein, juste ce qu'il fallait. Je me suis arrachée comme jamais pour vous l'offrir alors j'espère sincèrement, du fond du cœur, que vous l'apprécierez à sa juste valeur :)

Réponses au reviews anonymes !

Benenuts : ta review m'a fait mourir de rire surtout la fin avec I need a girl de BTS xD (tu seras jalouse d'apprendre sans aucun doute que je vais les stalker à la fin de leur concert à Nagoya, à défaut de payer 500 dollars ma place, j'irais leur jeter une culotte à la figure !)
Merci pour tes compliments qui font très plaisir ! Ne m'idolâtre pas trop, car oui, Sasuke va apparaître mais... fufufufu. Je te laisse le découvrir ;)
Après la fin du chapitre tu pourras dire wonhae manhi manhi manhiiiiiii ! :'D

Aria : merciiii d'être encore et toujours là ! :D tu es vraiment adorable ! Promis ça ne se passera pas comme Hakuouki ;) au final je n'ai pris que la trame de la fille qui finit chez les samouraïs, mais après, tout sera bien plus gougoulesque ! Merci de ton soutien en tout cas :)

Anonymous : merciii ! Les pectoraux de Sasuke arrivent ! xD


Une dernière chose : si jamais je finissais par m'écraser sur l'île de Lost ou si mon avion disparaissait comme beaucoup d'autres, je nomme solennellement Nefer-chan pour achever mon histoire. Je sais qu'elle fera ça très très bien en padawan surdouée qu'elle est ;) l'élève finit toujours pas surpasser le maître !

Bonne loooooooongue lecture !


Le ciel matinal semblait sur le point de pleurer, enveloppant d'un épais brouillard gris les toits des bâtisses en bois de la ville encore plongée dans le calme. Konoha se réveillerait bientôt, retrouvant comme à l'accoutumée ses habituels marchands et ses échoppes animées, ses habitants quotidiens et ses visiteurs de passage. De ci de là, on pouvait apercevoir les ombres des petites mains des nobles et autres serviteurs, déjà affairés à récupérer rouleaux de parchemins, soieries, caisses de poissons et sacs de riz, tout ce qui était nécessaire pour que les maîtres qu'ils servaient ne manquent de rien. Les plus beaux kimonos seraient tantôt revêtus par les jeunes filles de haute naissance, tantôt lavés et rincés avec minutie dans le ruisseau attenant au village. Les lames émoussées des meilleurs sabreurs recouvreraient bien vite leur tranchant d'antan, chauffées à blanc et modelées par les foyers des forgerons les plus émérites. L'un d'entre eux était particulièrement habile dans son savoir-faire, fin connaisseur en maniement des armes. Chacune de ses créations valait son pesant d'or mais la précision de son travail n'avait pas d'égal. La cohue commerçante gagnerait bientôt les ruelles du cœur central de la capitale du Pays du Feu, on se bousculerait, on troquerait, des disputes pécuniaires éclateraient. L'heure matinale en décourageait certainement plus d'un à quitter la tiédeur du futon quand l'air était encore frais, à l'exception d'une personne qui n'arrivait déjà plus à dormir, incapable de contenir son euphorie. Elle n'avait pas encore osé appeler la jeune personne qui lui servait de demoiselle d'atour pour sa toilette du matin, songeant qu'aujourd'hui, elle n'avait pas besoin d'être apprêtée de si bonne heure. La jeune héritière n'avait pas prévu de quitter la résidence familiale par cette journée grisonnante, à moins de se rendre aux bains publics si l'envie lui prendrait plus tard et sous haute surveillance. Elle adorait les bains, leur atmosphère et les moments complices qu'elle passait en compagnie de sa jeune servante, Towa*. Toutes deux ne s'y rendaient que lors des périodes creuses, lorsqu'elles étaient certaines de ne faire aucune rencontre qui aurait pu trahir son identité. Son père ne saurait tolérer un tel affront s'il se savait que son unique fille, héritière du renommé clan Yamanaka, déambulait nue au milieu des vapeurs environnantes émanant des sources thermales les plus prisées du Pays du Feu. Les deux jeunes femmes avaient réussi à être discrètes jusque là, la petite Towa connaissant les moindres recoins de la ville pour se faufiler à l'insu à la fois des gardes au service de sa famille, mais aussi de ceux qui servaient le seigneur Sarutobi. Avec le blond vénitien de sa chevelure et ses prunelles couleur vert d'eau, traits si caractéristiques possédés par la majorité des membres du clan Yamanaka, nul doute qu'elle serait débusquée au premier regard. Les minutes défilèrent encore un peu avant que la jeune femme ne se redresse lentement, jugeant ne plus vouloir traîner davantage sous les draps de soie, la lourde masse capillaire blonde tombant en cascade dans son dos.

La jeune femme s'était couchée assez tôt pour être certaine d'avoir le visage clair et reposé, souhaitant paraître aussi resplendissante qu'à son habitude sans avoir à user d'artifices lorsqu'elle paraîtrait devant son paternel pour le saluer. L'homme qui lui servait de garde du corps – et qu'elle considérait surtout comme son ami de toujours – lui avait soufflé mot la veille de son départ prévu le lendemain, missionné une nouvelle fois par le Conseil du Pays du Feu pour se rendre à Kumo, capitale du Pays de la Foudre, afin de négocier divers contrats militaires. Yamanaka Inoichi tenait un siège des plus importants au sein des instances de leur nation, et bien qu'il fût de plus en plus absent, la belle héritière ne s'était jamais sentie délaissée. A chacune de ses visites, elle avait droit à son retour aux plus belles des parures à cheveux, aux plus soyeux des kimonos, aux boites à bijoux sculptées dans le plus raffiné des bois… à chaque fois, Ino se sentait considérablement choyée. Dernière naissance en date d'une longue lignée de puissants dignitaires, l'enfant chérie et bénie du clan Yamanaka était couvée et confinée dans ce monde de richesse et de pouvoir depuis sa plus tendre enfance, et elle y demeurerait, malheureusement, jusqu'à être cédée au plus offrant de ses prétendants. Cette seule pensée, qu'elle n'avait de cesse de ruminer au fur et à mesure que les années défilaient, suffit à laisser la contrariété déformer son beau visage le temps d'une seconde, rabattant d'un geste nerveux le kakebuton* qui la couvrait encore jusqu'à la taille. Elle se leva lentement, sentant la matière lisse de son yukata de nuit courir sur sa peau, puis se dirigea toute aussi silencieuse vers le shōji menant à l'extérieur sur la petite terrasse attenante à l'ensemble de la résidence. La douce héritière sentit un frisson se propager sur l'ensemble de son corps lorsque la brume matinale l'accueillit dans une étreinte glaciale, lui donnant presque envie de rebrousser chemin. De la buée s'échappait de ses lèvres tandis qu'elle frictionnait ses bras engourdis par la fraîcheur avant de s'avancer doucement sur la terrasse en bois, savourant le contact rugueux sur ses pieds encore nus.

D'ici, elle avait le luxe de pouvoir promener chaque jour ses grands yeux clairs sur le somptueux jardin niché au milieu de leur propriété. Le bassin immense aux fleurs de lotus, les tsubaki* en pleine floraison et les rangées de lys, le portrait figé d'une nymphe céleste d'un conte vieux de cent ans sculptée avec merveille dans du marbre brut… jusqu'au petit pavillon aux tuiles rongées par le temps et les intempéries, laissé à l'abandon et isolé des regards. Ce même petit pavillon dans lequel elle s'était cachée, jadis, accompagnée dans son méfait par les rejetons de la famille Nara et Akimichi, lorsqu'ils avaient tous trois chapardé une quinzaine de brochettes de dango préparées à l'occasion de la Fête de la Lune. A présent, c'était pour s'adonner à des jeux beaucoup moins enfantins qu'elle venait s'y réfugier… Inspirant à pleins poumons l'odeur particulière des feuilles clairsemées de rosée, les paupières closes, la jeune femme se laissa gagner à la mélancolie du souvenir de la première nuit qu'elle y avait passé dans les bras puissants du séduisant samouraï au désir aussi impétueux que le sien. Jamais, ô combien jamais, elle n'aurait imaginé un seul instant succomber avec une telle facilité à la passion dévorante dans laquelle Inuzuka Kiba l'avait fait chavirer. A ses côtés, son masque de jeune fille de bonne famille avait vite cédé la place à une jeune femme envoûtante, charmeuse, tentatrice. Ces petites entrevues entrecoupées de longues absences l'avaient complètement transformée, et, malgré l'issue fatidique qui attendait cette idylle sans avenir, Ino, elle, se complaisait dans ce bonheur illusoire qui prendrait fin tôt ou tard. Le samouraï devait forcément en avoir conscience, lui aussi, du moins était-il temps qu'il l'accepte. Jamais elle ne pourrait être entièrement et éternellement sienne.

Plus d'une année s'était écoulé depuis le début de leur tumultueuse relation qu'elle n'avait pas cherché à éviter ou à fuir, son cœur de jeune fille trop ébranlé pour réaliser pleinement la profondeur du lien qui l'unirait à jamais à ce grand gaillard aux prunelles pétillantes et au sourire charmeur. A cette époque, toutes ses pensées et tous ses efforts n'étaient destinés qu'à un seul homme, l'éternel inaccessible Uchiwa Sasuke. Adolescent déjà, l'héritier de ce clan renommé charmait les plus ingénues de Konoha par son physique attrayant et son aisance au combat partout en ville, on racontait que le jadis et actuel commandant du Koueichiimura avait trouvé son digne successeur, bien qu'il fut à peine âgé de quatorze ans. Et comme toutes les autres jeunes filles de son âge, la petite beauté en devenir qu'elle était n'avait pas dérogé à la règle, succombant à son tour aux traits doux du visage marmoréen du futur samouraï qui demeurait déjà hors de portée, impassible en toute circonstance, le regard perpétuellement empreint d'une noirceur qui, disait-on, en avait découragé plus d'une à lui ouvrir son cœur. Elle-même s'était alors appliqué à gagner en prestance, gardant ses sentiments secrets et se parant ainsi d'un masque d'indifférence à l'égard de la gente masculine qui, au fil des années, se faisait plus insistante dans sa vie. Plus elle grandissait, plus son visage s'embellissait, les rondeurs enfantines de l'adolescence laissant place aux traits raffinés mais non moins sensuels, sa féminité fleurissant au gré des saisons. Belle, elle l'était incontestablement, pour la plus grande fierté du clan Yamanaka qui plaçait ses espoirs dans une union future qui leur assurerait une renommée et un pouvoir éternels au sein du Pays du Feu. Le nombre de courtisans qui tentaient de paraître devant son père n'avait cessé d'augmenter, essuyant vite les refus de ce dernier qui chérissait bien trop son unique enfant pour la céder aussi facilement. Ainsi avait-elle pu s'épanouir librement jusqu'à atteindre l'âge de seize ans, goûtant aux joies de la coquetterie et de l'espièglerie comme n'importe quelle jeune femme de son rang social. On ne l'autorisait à sortir de la résidence qu'en de rares occasions et l'arrivée de sa jeune servante, de deux années sa cadette, lui permettait de s'évader de temps à autre du carcan familial. Son émoi pour le bel Uchiwa n'avait pas faibli, bien au contraire, le sentiment d'adoration qu'elle lui portait grandissant chaque fois qu'elle l'apercevait ou l'épiait à la dérobée, lors de ses visites à ses deux amis d'enfance, Shikamaru et Chôji. Ce dernier était d'ailleurs entré au service de sa famille peu de temps après son seizième anniversaire, lui, honoré d'avoir été choisi pour protéger sa plus précieuse amie, elle, rassurée de retrouver une présence familière à ses côtés lorsque les absences de son père se faisaient trop longues. Qui plus est, se promener dans les rues en la compagnie d'un ancien membre du Koueichiimura, d'une carrure imposante avec ça, lui assurait une protection et un confort supplémentaires face à de possibles prétendants. Plus que simplement heureuse, elle s'était crue follement amoureuse, et cette seule pensée avait su lui faire pousser des ailes pour se confesser, à son tour, n'imaginant pas un seul instant être rejetée par quiconque. La postérité du clan Yamanaka, c'était elle.

Un sourire aigre glissa sur la commissure des lèvres roses de la jeune femme, dodelinant doucement de la tête pour ôter ce désastreux épisode de son esprit, naïve et sotte qu'elle était à cette époque. Et quand bien même, aujourd'hui encore, elle ne pouvait empêcher les battements de son cœur d'accélérer, sa respiration de s'affoler, des irrésistibles frissons courir sur son corps… Jamais elle ne referait les mêmes erreurs. Jamais plus elle ne confondrait l'attraction physique avec le sentiment d'amour. Là était la raison pour laquelle elle avait jeté son dévolu sur Inuzuka Kiba. A maintes reprises, elle avait entendu des murmures à son sujet dans les boutiques fréquentées de Konoha, rapportés par des servantes qui les tenaient elles-mêmes d'autres comparses qui colportaient les commérages des bains publics. Tous les membres de l'organisation de samouraïs la plus crainte de la ville suscitaient chacun à leur façon des émois auprès de la gente féminine, qu'ils soient instruits, combattants exemplaires ou simplement bien fait de leur personne. L'Inuzuka était particulièrement connu pour ses régulières visites au quartier du Yoshiwara, dépensant sans compter ses gains reçus de primes en spiritueux et plaisantes compagnies, n'en déplaisait certainement pas à ces demoiselles qui s'empourpraient toujours, disait-on, d'un joli rouge lorsque le jeune homme les affublait d'un clin d'œil complice après une nuit passionnée en les croisant dans la rue. S'il ne se distinguait pas particulièrement de ses compères par des techniques de combat plus complexes, il n'en demeurait pas moins un des membres les plus appréciés par la populace et il était toujours préférable de s'attirer les bonnes grâces des petites gens plutôt que l'inverse. La belle héritière avait commencé à s'intéresser peu à peu à ce jeune homme au charme insouciant, d'abord par de brèves œillades vaguement intriguées en sa direction lorsqu'elle rendait visite au fils Nara, puis par de sourires fugaces et timides qui se muèrent progressivement pour devenir plus enjôleurs et doucereux. L'effet escompté fut immédiat, du moins pensait-elle ne pas se tromper en affirmant être déshabillée du regard brun lascif du samouraï chaque fois qu'elle croisait sa route, fut-ce exprès ou non par ailleurs. A cette époque, les élans de son cœur pour l'Uchiwa ne s'étaient pas encore atténués, bien au contraire, la jeune femme cherchant encore à se distinguer pour espérer susciter une quelconque concupiscence à son égard. Les années l'avaient rendu si prestant et si important qu'elle ne pouvait se détacher complètement de son emprise, amourachée et complaisante dans cette lubie qui suffisait encore à apporter un peu de sens à son fade quotidien.

Mais la triste réalité l'avait frappée de plein fouet en apercevant celui qu'elle idolâtrait depuis bien trop longtemps pour l'effacer entièrement de ses pensées, dans les bras d'une de ces créatures aux mœurs peu convenables, une nuit où la lune voilée camouflait les ruelles les plus isolées de Konoha d'une pénombre inquiétante. Rien de ce qu'elle avait entraperçu n'aurait pu la choquer, une main posée sur une joue, une épaule légèrement dénudée, de longs cheveux flamboyant à la lueur de la flamme vacillante d'une lanterne seulement, n'entrevoir ne serait-ce que pour quelques secondes cet homme si parfait en la compagnie d'une courtisane des bas fonds, quand elle, héritière d'un des clans les plus influents de la capitale du Pays du Feu avait daigné lui accorder de l'importance et surtout, avait eu le courage de lui dévoiler l'abîme de ses sentiments si profonds envers lui… Cela, Ino n'avait pu le supporter. Ce fut ce tourbillon d'émotions encore meurtries, sa fierté piquée à vif, une douleur cuisante dans la poitrine, qui lui fit franchir les barrières de la bienséance et braver l'interdit. Et elle se souvenait encore, même maintenant, du visage hébété de l'Inuzuka lorsqu'elle l'enjoignit à commettre l'irréparable en se jetant sans retenue contre lui, comme un supplice qui n'avait pas de fin. Encore, toujours, pouvait-elle sentir les mains d'abord fébriles comme celles d'un petit garçon tenant pour la première fois une épée de bois, devenir plus expertes en caressant avec une douceur infinie chaque parcelle de sa peau, la faisant frémir d'un plaisir honteux qu'elle n'aurait cru pouvoir ressentir dans de telles circonstances. Des soupirs d'exaltation, quelques larmes versées par mélancolie… Cette nuit avait scellé à jamais le secret qu'ils partageraient, à deux, jusqu'à la fin des temps.

Ces mains, peut-être les avait-elle repoussées pour toujours. La sienne conservait sur sa paume l'empreinte laissée avec force sur le visage de Kiba lorsqu'elle l'avait giflé, loin de se douter que leur dispute allait être l'élément déclencheur d'une série d'évènements qui les avaient tous ébranlés, chacun d'une façon différente. Son geste, Ino l'avait amèrement regretté depuis, presque honteuse de son caprice qui avait failli lui coûter sa propre vie, mais aussi la sienne, à elle. Jamais elle n'aurait pu se pardonner ce qui aurait pu arriver si l'Uzumaki n'avait pas perçu à temps sa voix en train de s'époumoner dans cette forêt si dense, esseulée de ne savoir comment agir. Peut-être, y pensait-elle souvent, lui aurait-il fallu se jeter elle-même à l'eau pour tenter de la secourir, et peut-être qu'ainsi, son secret serait demeuré intact. Peut-être que oui… ou peut-être que non. Plongée au plus profond de ses pensées, elle n'entendit que trop tard la petite voix aigüe qui s'éleva alors dans son dos, la tirant brusquement de sa rêverie.

« Ino-sama, êtes-vous déjà levée ? Je viens comme vous me l'aviez… »

La jeune servante, après deux coups portés sur le shōji demeurés sans réponse, se figea instantanément dans son salut matinal en découvrant le futon vide. Son visage se décomposa d'une vitesse plus grande encore en laissant son regard couler vers la porte extérieure de la chambre, rencontrant les deux prunelles chaleureuses de sa maîtresse à peine vêtue et déchaussée. La porte coulissa dans un grand bruit et elle se précipita.

« Retournez à l'intérieur voyons, s'écria la jeune femme en attrapant les mains froides de la belle héritière, la forçant à regagner la chambre avant de refermer le shōji à toute hâte. Vous tremblez de la tête aux pieds ! Souhaitez-vous donc à ce point attraper la mort ? ajouta-t-elle encore en enveloppant ses frêles épaules d'un hanten*, son affolement faisant doucement sourire l'intéressée.

— Ma petite Towa, tu exagères toujours la chose. Je venais à peine de me lever.

— Ino-sama, vous ne pouvez pas me duper. Votre corps a l'air entièrement glacé, je vais vous faire préparer un bain bien chaud avant de vous apporter votre plateau…

— Le bain peut attendre, ne t'inquiète pas de cela. Dis-moi plutôt où en sont les préparatifs de départ de mon père je te prie.

— Ah, oui, bien évidemment, répondit la jeune servante en inclinant poliment la tête. Je suis venue vous réveiller à temps comme vous me l'aviez demandé. Le seigneur Inoichi sera parti en direction du Pays de la Foudre d'ici une heure. Les hommes qui l'accompagnent sont déjà en train d'atteler leurs montures. »

Ino laissa échapper un soupir, soulagée de pouvoir compter sur la bienveillance de Towa, qui n'avait jamais failli dans les tâches qu'elle lui confiait. En outre, elle lui avait expressément demandé de guetter les agissements de son père afin d'être certaine de pouvoir lui souhaiter bon voyage mais, aussi, d'obtenir son assentiment. Son ami d'enfance, Chôji, en qui le puissant conseiller avait toute confiance, était censé lui en avoir touché mot la veille. Il ne pouvait lui refuser cela. Près de dix jours qu'elle était confinée dans sa chambre ou fermement encadrée de gardes à peine un pied posé dans le vaste jardin. Son enlèvement avait profondément secoué l'ensemble du clan et son paternel avait été intransigeant : plus aucune sortie ni visite ne lui serait autorisée jusqu'à la levée de la lourde sanction. La jeune femme n'avait pas voulu lui révéler la raison de son escapade matinale, ce jour-là, et il en avait été véritablement furieux. Par la grâce des Dieux, aucune rumeur sur sa disparition n'avait eu le temps de s'ébruiter à travers les ruelles de Konoha, et l'honneur de leur famille n'avait pas eu à en pâtir. Mais le mal était fait et l'erreur impardonnable pour une jeune femme si réfléchie. Des hommes avaient été mobilisés, des vies mises en jeu… Pire, Yamanaka Inoichi avait dû quémander le pouvoir du Koueichiimura pour la sauver. Si le commandant Hatake y avait sans doute vu dans cette supplication comme un tremplin supplémentaire à l'ascension de son organisation, le clan Yamanaka, lui, y voyait aujourd'hui une dette à honorer tôt ou tard.

Towa, affairée à commencer à plier le futon, sursauta lorsque la blonde se claqua vivement les deux joues pour se donner le courage d'affronter l'homme qu'elle respectait et affectionnait le plus au monde. Sa demande n'avait rien de formel, ni de dangereux ou nuisible. Il approuverait sans doute aisément, mais encore fallait-il qu'elle parvienne à le voir avant son départ…

« Je vais faire une brève toilette maintenant finalement. Veux-tu bien m'amener ce qu'il faut ? Je prendrais un bain plus tard.

— Entendu Ino-sama, je vous apporte cela tout de suite.

— Je te remercie Towa. Prépare un kimono sobre s'il te plaît, une couleur claire de préférence. Rien qui ne soit trop luxueux.

— Bien.

— Et fais informer mon père de ma visite imminente. Je tiens réellement à le voir avant qu'il ne parte pour Kumo. »

La jeune servante répondit à sa demande par une courbette sommaire, un petit sourire aux lèvres. Elle n'avait pas vu la jeune demoiselle aussi enjouée depuis des jours ! Quelque chose de bon augure avait dû se produire pour que sa maîtresse n'ait l'air aussi déterminée. La petite Towa allait prendre congé pour accomplir ses devoirs lorsque la voix cristalline de l'héritière s'écria.

« Oh, une dernière chose Towa !

— Oui, Ino-sama ?

— Je voudrais que tu sortes également nos plus belles parures. Kimonos, yukata et haori assortis. Tous ceux qui m'ont été offerts par ces arrogants prétendants que je ne reverrais jamais de ma vie.

— Tous ? répéta la jeune femme, incrédule, faisant naître un sourire amusé sur les lèvres roses de la blonde.

— Oui, tous. Je vais demander à ce que l'on t'aide.

— N-Non, je peux le faire toute seule. Je vais le faire toute seule même, oui, avec plaisir ! »

Les joues colorées d'un ravissant rouge, la jeune servante laissa échapper un petit rire de bonheur véritable. S'il y avait bien une chose qu'elle adorait par-dessus tout, c'était de pouvoir habiller la belle Yamanaka Ino, considérée à de nombreuses reprises comme la plus jeune beauté parmi toutes les demoiselles de Konoha. Que cette dernière lui demande de sortir les plus belles pièces de sa collection la rendait folle de joie. Et l'intéressée en retour était heureuse de voir cette jeune femme qu'elle considérait presque comme une petite sœur s'extasier autant à l'idée de l'apprêter de tenues si élégantes, se retenant de lui souffler qu'elle pourrait aussi la coiffer comme bon lui semblerait. Mieux valait réserver cet instant pour plus tard.

« Puis-je vous demander, murmura presque timidement Towa, pour quelle raison souhaitez-vous voir les kimonos ? Ce n'est pas pour rencontrer votre père il me semble.

— Tu as raison, ce n'est pas pour lui, mais pour une personne qui doit nous rendre visite aujourd'hui.

— Une… personne ? »

Intriguée, la petite brune au chignon passablement défait sonda le beau visage devenu soudainement plus doux, le regard empreint de gratitude. Si cela avait été son ami d'enfance aujourd'hui membre du Koueichiimura, elle n'aurait pas eu à tergiverser sur son identité. Et jamais encore elle n'avait reçu la visite d'un homme autre que le rejeton du clan Nara, en dehors de l'Akimichi qui résidait lui-aussi ici. La belle héritière lui offrit alors l'un des plus sincères sourires qu'il lui eût été donné d'apercevoir depuis qu'elle était entrée au service de la famille Yamanaka.

« Une amie. »

Devant les grandes portes en bois de la résidence, le cortège diplomatique formé du puissant Yamanaka Inoichi et de quatre membres aguerris de sa garde personnelle était prêt à partir en direction de Kumo. Une nouvelle alliance militaire avec la capitale du Pays de la Foudre et Konoha allait être conclu à l'issu de cette rencontre décisive. Plusieurs jours de chevauchée les attendait et le temps semblait leur jouer des tours, le ciel gris assez bas et le fond de l'air frais. Le haut dignitaire espérait ne pas perdre trop de temps et rentrer aussi tôt que possible pour demeurer plus longtemps au sein de sa famille l'enlèvement de sa fille était la principale cause de cet empressement inaccoutumé. Son angoisse avait été si forte dans l'expectative de son retour, impuissant qu'il était, envoyant mille prières aux Dieux pour qu'ils lui ramènent saine et sauve l'enfant qu'il chérissait trop… et sa colère plus grande encore lorsqu'il avait su ce qu'il s'était réellement passé. On ne l'avait pas enlevée dans son lit comme il l'avait pensé, mais plutôt débusquée. Son épouse bien-aimée l'avait supplié de ne pas être trop intransigeant envers leur petite fille qui n'était plus si petite aujourd'hui, que ce n'était qu'un caprice de jeune femme tombée sous l'influence de quelques mesquineries… Fadaises que tout cela. Ino ne se devait plus d'être une enfant, elle se devait d'être grande, affirmée, mais avant tout respectueuse envers son clan. Jamais elle ne devait couvrir leur nom par le déshonneur ou la honte, et elle avait failli à ses devoirs en choisissant de fuguer pour des raisons qui demeuraient obscures. Si encore le Koueichiimura n'avait pas été impliqué… Comme il s'en voulait, aujourd'hui, d'avoir été si faible pour ne pas régler le problème par ses propres moyens. Non, ce raisonnement était faux. Seul Hatake Kakashi et ses hommes auraient été capables de mener à bien cette mission, quoiqu'il puisse en juger ou médire sur la dette qui l'incombait, et ils avaient réussi. Seulement, les explications du rejeton de son indéfectible ami, Nara Shikaku, ne lui avaient pas paru aussi limpides qu'il l'espérait. Il n'y avait eu aucun survivant entre les trois hommes découverts dans la forêt, aucune véritable piste alors pour découvrir l'identité de ceux qui avaient tiré les ficelles dans l'ombre et échafaudé ce plan. Le jeune stratège Shikamaru ne lui avait remis en tout et pour tout qu'un parchemin usé faisant office d'indice, restant là aussi, très évasif sur la façon dont il se l'était procuré.

Dès lors, Inoichi avait consigné sa fille dans ses appartements privés, contrarié et obligé d'avoir recours à cette sentence pour lui faire prendre conscience de son tort. Chôji n'était en rien à blâmer dans cette histoire, sans doute lui aussi berné par la candeur de son amie d'enfance. Il avait accepté, à contrecœur, les excuses solennelles que le massif Akimichi lui avait présentées à genoux en signe d'une profonde pénitence, avant de le rassurer sur la confiance aveugle qu'il lui accordait. Les clans Yamanaka, Nara et Akimichi se côtoyaient depuis toujours et un lien sincère les unissait chacun aux autres. Tous trois étaient égaux. Voilà pourquoi, la veille, Inoichi avait entendu et écouté avec attention la requête de l'ancien samouraï devenu aujourd'hui le garde personnel de son héritière, et sa surprise avait été de taille. Jamais encore Ino n'avait évoqué le désir d'inviter quelqu'un à venir lui rendre visite, homme ou femme, se contentant des services de sa jeune servante et des autres au service de leur famille. Il savait sa fille hautaine et jalousée parmi ses pairs, à l'instar de son propre exemple, qu'elle n'ait que peu ou pas d'amis ne l'étonnait donc pas. Ce n'était cependant pas cela qui l'avait tant étonné. Un nouveau membre féminin au sein du Koueichiimura… Cela était davantage intriguant. Exception faite de cette jeune femme attachée au clan Hyuuga, jamais il n'aurait pensé apprendre qu'une autre jeune personne rejoindrait les rangs de cette organisation. Chôji lui avait affirmé ignorer les raisons et les circonstances de son arrivée à Konoha, racontant simplement comment lui et sa fille l'avaient rencontrée un matin sur le marché de la ville. Cette histoire l'avait rendu perplexe, n'ayant certainement pas eu vent de cette nouvelle et étant même certain que personne d'autre dans son entourage n'était non plus au courant. S'il était vrai que le commandant du Koueichiimura formait lui-même ses hommes, il n'en demeurait pas moins qu'il se devait de tenir informées les hautes sphères de la capitale, dont Inoichi faisait partie. Les divagations du jeune homme lui avaient mis plus ou moins le doute sur les véritables circonstances de cette fortuite rencontre, aussi avait-il feint de ne pas s'en inquiéter en se contentant simplement d'opiner de la tête sans pour autant consentir verbalement à cette demande. Il n'était pas dupe si l'Akimichi était venu en éclaireur, sa fille, elle, viendrait en personne. Son sentiment se confirma lorsque, fin prêt à monter en selle pour prendre la route, une douce voix le héla dans son dos.

« Père ! »

Son front se plissa d'un air contrit, avant de se tourner pour laisser ses yeux clairs aller à la rencontre de leurs pairs. La jeune héritière avait revêtu un kimono d'un gris perle brodé de fils d'argent le long de l'encolure, sa longue chevelure tombant librement dans son dos. Elle ne portait ni fard, ni rouge, ni atour, elle lui faisait face dans toute sa splendeur naturelle. Inoichi sentit son cœur se comprimer dans sa poitrine à la vue de son unique enfant, pleine de grâce et de charme, si jeune, si fragile et si forte. Décidément non, cette jeune femme qui marchait d'un pas déterminé vers lui n'était plus la petite fille qu'il avait cru laisser il y a encore peu de temps. Ino, quant à elle, continuait d'avancer en direction de son paternel avec une animosité sans pareille. Elle appréhendait, anxieuse et fébrile, désespérée et exaltée, prête à en découdre et pressée d'en finir. Ce qu'elle refusait, c'était de le quitter sans être réconciliés. Towa la secondait, avançant par de petits pas moins téméraires, gardant la tête baissée par crainte de la scène qui allait se jouer sous ses yeux dans quelques instants. Inoichi, le regard réprobateur, entama les hostilités.

« Que fais-tu dehors à cette heure-ci ? Il est trop tôt pour t'apprêter pour la journée.

— Je le sais Père, répondit calmement la jeune femme en inclinant brièvement la tête, avant de poursuivre. Mais ne puis-je simplement pas m'être levée pour vous présenter mes respects avant votre départ pour Kumo ?

— Hum. Soit.

— Et quand prévoyez-vous de revenir ?

— Je ne peux pas encore le prévoir, cela dépendra de la durée de l'affaire qui m'emmène à Kumo. Pourquoi cette question ?

— Vos absences trop longues causent bien d'inquiétude à Mère qui prie à chaque fois pour que vos voyages se déroulent sans encombre. Sa santé m'inquiète. Elle aimerait sincèrement vous savoir à nos côtés plus souvent. »

Si sa colère s'était rapidement dissipée pour laisser place à un profond soulagement, il se devait de rester autoritaire et ferme. Inoichi voulait qu'elle comprenne, elle aussi, combien il s'était inquiété pour elle et combien il l'était sans cesse. Elle qui était son trésor… Le regard clair se rembrunit.

« J'en suis conscient, murmura t-il d'un ton placide, s'avançant de quelques pas avant de poser une main douce et délicate sur son épaule si menue, la sentant imperceptiblement tressaillir. Tout comme tu te dois d'être consciente de combien tu as causé à ton tour des tourments à ta mère et à toute notre famille. Le pire aurait pu t'arriver Ino. Ce qu'il s'est passé ce jour-là ne doit plus jamais se reproduire. Sommes-nous en accord sur ce point ?

— Oui Père, et sachez combien je regrette mon erreur, répondit la jeune femme en baissant la tête, penaude et repentie, les joues rouges. Je… Je ne saurais jamais me faire pardonner cet écart de conduite. »

Les larmes menaçaient d'inonder son beau visage à tout instant, elle le savait, il le sentait. La culpabilité de ne pas être aussi présent qu'il le souhaitait pour sa famille le rongeait de l'intérieur, elle le savait. Ino ne devait pas faiblir, pas en face de cet homme qu'elle admirait tellement. C'est alors que des doigts se posèrent sur sa joue pour l'inciter à rencontrer les prunelles adoucies de son paternel, le regard devenu plus sérieux.

« Bien des responsabilités nous incombent au sein du clan Yamanaka, parfois aussi lourdes que les pires fardeaux du monde, et j'en suis désolé. Mais si je me montre sévère, c'est parce qu'il faut que tu comprennes l'importance de ton rang et de ton avenir. Ta vie m'est plus précieuse que celle de n'importe qui. Mon sang coule dans tes veines, comme il coulera dans le sang de ta descendance. Tu n'es plus une enfant, mais une adulte et il est temps que tu apprennes à te comporter en tant que telle. Comprends-tu cela ma fille ? »

Un mince sourire attendri étira aussitôt les lèvres de la jolie blonde, acquiesçant doucement à ses paroles. Cette main posée sur sa joue lui paraissait comme une douce caresse affectueuse, rassurée par la présence paternelle qui la couvait d'un regard mélancolique. Même devenue femme, elle resterait à jamais sa petite fille.

Dans un dernier regard aimant, Inoichi se détourna de la jeune femme qui, soulagée d'avoir pu présenter une énième fois ses excuses à son père, faillit presque en oublier ce pourquoi elle avait voulu le voir avant son départ. Chacun des cavaliers s'était hissé sur le dos de sa monture lorsqu'elle héla de nouveau son nom.

« Père ! Attendez ! »

Ce dernier se retourna en direction de sa fille qui les rejoignit par de petits pas pressés, le sondant de son beau regard vert d'eau une fois à sa hauteur. Le haut conseiller s'était déjà préparé à lui faire sa réponse, bien avant leur préalable discussion. La punition avait été juste, méritée et respectée. La lever en retour n'était que bon sens.

« Qu'y a-t-il encore ?

— Père, Chôji a du vous parler de ma requête. Y consentez-vous ?

— Ah, la visite de cette « amie » qui résiderait au Koueichiimura. Oui, Chôji m'en a touché deux mots. Qui est cette jeune personne ?

— Elle se prénomme Sakura, Père. J'ai fait sa connaissance au marché en croisant par hasard certains membres de l'organisation, Chôji vous le confirmera. Je… Je l'ai simplement invitée à venir me rendre visite quand l'occasion se présenterait. Vous pourriez même la rencontrer, Père, je suis certaine que le commandant Hatake n'y verrait aucun inconvénient.

— Hum, nous verrons cela à mon retour. Soit, finit-il par murmurer dans un soupir, lassé et contraint de dire oui. Ton « amie » peut te rendre visite.

— V-Vraiment ?

— Oui. Avec la promesse de ne pas quitter la résidence sans la surveillance de Chôji, et si ce n'est lui, je veux au moins deux gardes pour assurer votre protection.

— Oh Père, je vous le promets ! Merci, mille fois merci ! »

A voir le sourire rayonnant qui éclairait à présent le visage de sa douce Ino, le seigneur Yamanaka se sentit lui aussi plus serein. Cela l'aurait véritablement contrarié de partir fâché avec l'une des deux personnes les plus chères à son existence. Un échange sous-entendu avec le rejeton de son ami l'Akimichi suffit pour consentir une nouvelle fois à ses propos, confiant sa fille aux bons soins de son garde personnel. L'ancien jeune samouraï lui présenta ses respects par une courbette solennelle en joignant les mains pour le saluer, tandis que la belle héritière à ses côtés s'inclina avec grâce en lui souriant de plus belle, le regard pétillant de gratitude. En franchissant au trot les portes massives de la résidence familiale, son paternel se demandait encore qui pouvait bien être cette « Sakura » par qui la simple visite pouvait mettre dans un tel état d'euphorie sa fille pourtant si docile. La dernière fois qu'il avait cru l'apercevoir aussi heureuse, c'était lors du grand tournoi annuel opposant les meilleurs combattants du Pays du Feu, il y avait deux années de cela, lorsque le jeune prodige du clan Uchiwa avait fait son apparition face au public. La seule pensée de cette journée le força à ressasser les paroles d'Ino. L'arrivée d'une nouvelle pensionnaire au Koueichiimura et le silence de son commandant… Il y avait anguille sous roche. Alors oui, le haut conseiller était curieux de rencontrer cette jeune personne. En revanche, tôt ou tard, Inoichi se promettait une chose. Découvrir la vérité. Mais connaissant ce cachottier d'Hatake Kakashi, rien n'était moins sûr…


« Hinata, veux-tu que nous échangions nos rôles ? Ce doit être épuisant à force, laisse-moi te remplacer.

— Non, ne t'inquiète pas. C'est déjà bien plus facile depuis que tu es là pour m'aider à tout laver.

— Entendu, mais n'hésite pas si jamais tu sens la fatigue commencer à te gagner. »

Un petit sourire de gratitude et un acquiescement en guise de réponse que déjà, Hinata reprenait son exercice consistant à battre le linge pour l'essorer tandis que je replongeais mes mains dans l'eau glacée, frottant et frottant encore le tissu en coton pour lui rendre sa clarté d'antan. Plus d'une heure que nous étions toutes deux affairées au lessivage des kimonos et nagajuban, les lavant et les rinçant de mon côté avant de les confier à Hinata qui les frappait avec ardeur sur le battoir pour finir par les étendre. Les nuages du matin s'étaient dissipés petit à petit, laissant place à un ciel légèrement voilé et à une brise presque fraîche qui coloraient nos joues déjà échauffées par l'effort. S'accroupir, se lever, s'accroupir de nouveau. Nous ne tenions peut-être pas de lourdes épées dans nos mains, cela n'altérait pas pour autant la douleur présente dans nos muscles tétanisés par des mouvements trop répétitifs. Penser qu'avant que je n'arrive, Hinata effectuait ces mêmes tâches seule et à longueur de temps… Elle n'avait pas l'air de s'en plaindre, gardant constamment aux lèvres ce même sourire de satisfaction à chaque fois qu'elle nettoyait les tatamis ou qu'elle rangeait les bols et autres récipients dans la remise près de la cuisine. Son caractère calme faisait d'elle la personne idéale pour passer des heures de plénitude ici, à la machiya appartenant au Koueiichimura. Une mèche de cheveux glissa dans mon champ de vision et je la remettais en place d'un geste agacé, qui fit doucement pouffer ma voisine au beau regard de nacre.

« Tes cheveux sont vraiment magnifiques Sakura-san, j'en viendrais presque à être jalouse de leur longueur et de leur clarté.

— Hum, moi je commence presque à regretter leur saleté récurrente, répondis-je dans un soupir, replaçant de nouveau derrière l'oreille cette satanée mèche rebelle. Cela les faisait rester en place au moins.

— Il est vrai que le noir t'allait bien au teint, mais tu restes bien plus jolie avec ta couleur naturelle et tes longs cheveux détachés. C'est un bel atout de beauté que tu possèdes.

— Et moi je trouve que de nous deux, c'est toi qui mérite le plus tous ces compliments dont tu m'honores et qui n'ont pas lieu d'être. Vraiment Hinata, aie davantage confiance en toi. Tu es très belle.

— T-Tu vas me faire rougir de honte ! »

A son petit bafouillage et à ses joues plus rouges qu'une pivoine, je ne pus réprimer le léger rire qui m'envahit à la vue de sa candeur si innocente. Cette jeune femme était vraiment une perle rare, un petit bijou de gentillesse et de bonté. Une amie de confiance dont le souvenir de notre rencontre restera à jamais gravé dans mon cœur, quelque soit l'avenir qui m'attendait. Comme je n'oublierai pas non plus l'empressement de Naruto, ce jour où Hinata et moi nous étions retrouvées dans l'arrière cour, accourant à notre rencontre quelques secondes après que nos yeux ne se soient croisés, le temps comme suspendu. Je n'avais réussi à comprendre qu'un flot de paroles bégayées et soufflées à la hâte, des « tu vas bien ?! » et des « bon sang » à n'en plus finir. Mon sourire n'avait pas réussi à atténuer l'anxiété persistante dans son regard céruléen, comme je n'avais pas réussi à empêcher mes joues de s'empourprer, honteuse d'être mise à nu devant mon sauveur. Je lui faisais face en tant que « Sakura » pour la première fois, non pas en « Kizashi » qui n'existerait plus et ce sentiment m'avait véritablement mise mal à l'aise. Le flegme de Nara-san ne m'avait pas perturbée le moins du monde, sa présence et son sermon m'apparaissant davantage comme rassurant et naturel. Inuzuka-san était intervenu à ce moment-là avec un rire goguenard face à l'hébétude du grand blond qui avait juré plus d'une fois. La main amicale qu'il avait alors posée sur mon épaule en murmurant « content de te retrouver » m'avait instantanément réconfortée, lui renvoyant le respect et l'admiration que j'éprouvais à son égard, n'ayant pas oublié qu'il s'était presque sacrifié pour partir en éclaireur dans la forêt lors du sauvetage de l'héritière des Yamanaka.

Le commandant du Koueiichimura, Hatake Kakashi, avait lui aussi choisi cet instant pour faire son apparition devant nous, m'adressant une œillade signifiant qu'une discussion s'imposerait tôt ou tard, ce à quoi j'avais acquiescé en inclinant longuement la nuque, espérant ainsi lui faire comprendre toute ma reconnaissance. Puis il avait sommé les deux gaillards de vaquer à leurs occupations de samouraïs en les enjoignant de sortir en ville s'assurer qu'il n'y avait pas de débordement, se faisant obéir au doigt et à l'œil par ces derniers qui quittèrent les lieux sans demander leur reste, Inuzuka-san nous saluant par un grand sourire tandis que Naruto demeurait amorphe, étrangement silencieux, son intense regard toujours braqué sur ma personne avant de s'éclipser à son tour, balbutiant un « à plus tard » presque inaudible. Hinata avait alors demandé au commandant si elle pouvait m'aider à me changer avant de paraître devant lui, ce qu'il avait consenti avec bienveillance en nous affublant d'un petit sourire couvant, presque paternel, glissant au passage s'en aller à son tour pour nous laisser seules. Chose dont elle s'était réellement assurée en inspectant la machiya de fond en comble avant de m'inciter à la suivre dans l'espace intime qui lui était réservé. Ainsi avait commencé la longue et pénible tâche de faire disparaître la souillon que j'étais devenue, me débarrassant une fois pour toute des guenilles encore poisseuses de boue, sang et encre délavés. Hinata me laissa le soin de ma toilette puis me rejoignit ensuite pour m'aider à laver et rincer soigneusement la longue chevelure désespérément sale et souillée. Des larmes avaient alors dévalé mes joues tandis que je sentais ses doigts glisser dans mes cheveux, songeant à la chance que j'avais d'être en vie et, d'avoir malgré tout, croisé la route du Koueichiimura. Sans eux, je ne serais déjà plus depuis longtemps.

Ma comparution devant Hatake Kakashi n'avait eu lieu que deux jours après, lui et ses hommes étant finalement partis en mission à l'extérieur de Konoha après avoir pris congé de nous. Nara-san avait été mandaté pour m'y accompagner, me soufflant au passage que je devrais être bientôt en mesure de revoir son amie d'enfance pour l'instant consignée à la résidence familiale, punition infligée par son père en représailles de sa fugue. Apprendre cela avait su atténuer le temps d'un instant mon anxiété grandissante à mesure que mes pas se rapprochaient des appartements privés du commandant, ne sachant nullement ni à quoi m'attendre ni ce qui ressortirait de cette entrevue. Le cœur battant, j'avais doucement annoncé mon arrivée d'une petite voix tremblante lorsque la sienne avait répondu que je pouvais entrer. Aujourd'hui encore, il m'arrivait de ressasser la scène dans mon esprit.

« Assieds-toi. »

La gorge sèche, je m'exécutais aussitôt en m'agenouillant pour demeurer bien droite et me donner plus d'assurance. J'avais peur, terriblement peur des mots qui allaient suivre et de la possible sentence qui pouvait tomber sans crier gare. Quoiqu'en pense Nara-san, je leur avais bel et bien menti sur mon identité. Affirmer leur avoir dit la stricte vérité avait été une belle erreur de ma part, car l'honneur et la loyauté passaient avant tout le reste. De l'honneur… m'en restait-il encore, ici, devant cet homme si puissant qui tenait entre ses mains les cartes de mon destin ?

« Oh, excuse-moi, finit-il par lâcher après plusieurs secondes dans l'expectative d'un énième sermon ou d'une gifle sous l'impulsion de la colère. Ces satanés rapports à rendre au Seigneur Hiruzen me prennent un temps fou, une vraie plaie. Je laisserais volontiers ma place à quiconque me débarrasserait de cette corvée, ajouta t-il dans un soupir en posant sur son encrier la plume qu'il tenait dans sa main droite. »

Mes yeux suivaient le moindre de ses gestes, incapable cependant de les lever vers son visage, bien trop tendue. Mes mains jointes étaient crispées tout comme l'ensemble de mon corps, prêt à tressaillir à chacune de ses paroles. Cette attente paraissait insoutenable.

« La voudrais-tu ? »

Je me redressai derechef, plantant mes prunelles arrondies par l'incompréhension dans les siennes, l'une sombre tandis que l'autre étincelait comme du grenat. Un goût de bile envahit ma bouche.

« P-Pardon ?

Ma place. Serais-tu prête à la prendre si je te la cédais ?

J-Je… Non… J-Je veux dire…

Ne t'inquiète pas, je plaisante. Je ne te laisserai pas cette responsabilité si assommante, repartit-il dans un petit rire amusé, les coins de sa bouche fendus dans un pli reconnaissable malgré le masque qui la couvrait. »

Interloquée, je clignais plusieurs fois des yeux en le regardant s'esclaffer, dans le flou le plus total. M'avait-il fait venir ici pour se moquer de moi ? Non, je doutais fortement qu'il soit le genre d'homme à s'amuser à tourner en ridicule quelqu'un pour le simple plaisir de passer le temps. Mon regard allait glisser sur le côté lorsque sa voix me rappela à l'ordre.

« Sakura, ne détourne pas le regard. Tu n'as rien à craindre. »

Mes épaules se raidirent en même temps que sentir le souffle me manquer, ayant brusquement oublié comment respirer. A l'exception d'Hinata, personne ici ne m'avait encore appelée par mon véritable prénom et la dernière personne à l'avoir prononcé avant que je n'arrive à Konoha, c'était Tsunade. Légèrement tremblante, je relevais alors mes prunelles affolées dans les siennes, sincères. Les traits de son visage laissait deviner que derrière son masque se dissimulait un véritable sourire, attentionné. Rien qui ne put m'effrayer, me pénaliser ou me décourager. Comme si son pardon m'avait déjà été accordé.

« Shikamaru m'a tout raconté. Comment il t'avait sermonnée et pourquoi il t'avait laissé le bénéfice du doute. Je suis heureux de voir que tu as pris la bonne décision en restant parmi nous.

Mais… cela n'enlève rien à mon mensonge…

Tu n'as pas fui, trancha t-il en plongeant un peu plus son regard grave dans le mien, honteux et dépité. Tu aurais pu le faire au moins une dizaine de fois, tu aurais pu déserter Konoha en échappant à la vigilance de Naruto et des autres, tu pouvais même profiter de l'occasion et leur fausser compagnie dans la forêt en partant à la recherche de l'héritière du clan Yamanaka… Mais tu n'as rien de tout cela. Tu n'as pas fui. Et je trouve cela très noble et courageux de ta part. »

Les battements de mon cœur commençaient doucement à se calmer au fur et à mesure que ses paroles s'imprégnaient en moi, rassurantes et bienfaitrices. Moi-même, j'ignorais encore par quelle volonté divine j'avais choisi de demeurer ici, à leurs côtés, alors que le chemin vers la désertion s'était tracé plus d'une fois devant moi. Un mince rictus vint déformer mes lèvres à cette pensée. Songer à déserter, alors que je n'étais pas un véritable membre du Koueiichimura et sans aucune proposition de rejoindre leurs rangs… Ce qualificatif était fort en comparaison de la réalité, et pourtant, je n'avais eu de cesse d'être tourmentée en pensant les abandonner. Mais le commandant avait beau dire que je n'avais pas fui, les faits étaient là, mon imposture temporaire réelle. Une brève contraction des poings avant de placer mes mains l'une face à l'autre, à plat sur les tatamis, tandis que mon échine se courbait naturellement pour me repentir, une toute dernière fois.

« Rien ne peut effacer l'erreur que j'ai commise en vous cachant qui j'étais réellement. Alors je vous en prie, recevez toutes mes excuses, aussi misérables soient-elles. Recevez-les et acceptez-les. »

M'incliner pour lui présenter mes respects et quémander son pardon était la moindre des choses. En m'agenouillant face à lui, c'était face à l'ensemble des membres de l'organisation que je demandais pénitence. Ces excuses, je les leur devais. Yeux clos, le front touchant presque le sol, j'attendais patiemment la sentence lorsqu'une main se posa sur mon épaule gauche.

« Je les accepte. Redresse-toi à présent. »

S'enjoignit à la parole une faible pression pour m'inciter à me relever et je m'exécutais aussitôt, les joues encore échauffées, incapable de me sentir complètement exemptée. Mon visage devait laisser transparaître à la perfection ce sentiment, puisque le commandant poursuivit sur sa lancée dans un petit rire faussement gêné qui, sans réellement m'en rendre compte, me fit arquer les sourcils.

« Haha, excuse-moi, lança t-il en passant une main dans ses cheveux gris en bataille, l'air visiblement troublé. Je ne me moque pas de toi, bien au contraire. Mais je n'ai pas l'habitude de voir une jeune femme aussi brave et aussi ravissante ployer devant moi. Cela en deviendrait presque indécent.

Indécent ? me contentai-je de répéter, incrédule, les sourcils davantage froncés.

Oui. Je ne suis pas quelqu'un d'aussi important pour mériter autant de politesse et tes excuses bien trop respectueuses pour un péché si insignifiant.

Mais je vous ai tous trompés…

Peut-être, mais tu l'as fait avec brio, ce qui prouve bien ta valeur. Ce n'est pas à la portée de tout le monde d'être prêt à aller jusqu'au bout de ses convictions, ni d'en assumer les conséquences. Encore moins jusqu'à donner sa vie pour sauver celle d'une parfaite inconnue, fille d'un éminent conseiller du Pays du Feu ou non, ajouta t-il, le regard plus grave. La ténacité dont tu as su faire preuve est impressionnante pour une jeune fille de ton âge. Tu rivaliserais même avec plus d'un homme sur ce point-là. »

Le rouge de mes joues s'intensifia un peu plus devant le sérieux de ses paroles, lui-même paraissant plus convaincu par mes capacités que je ne l'étais. Non, je n'ignorais pas de quoi j'étais capable. Je le savais mieux que quiconque. Mais entendre des termes aussi élogieux de la part du commandant de l'organisation de samouraïs la plus réputée du pays… c'était assez inattendu. Appréciable aussi.

« En revanche il y a un point que je voudrais éclaircir avant de te libérer, reprit-il d'une voix plus basse, me forçant à reprendre de la contenance pour mieux lui faire face. Le premier jour, tu nous as dit être originaire de Tanzaku. Est-ce exact ?

Je n'ai pas menti sur ce point, ni sur mon âge, acquiesçai-je faiblement, pressant par reflexe mes mains l'une contre l'autre. Seulement sur mon prénom.

« Haruno Sakura » donc. Une raison particulière pour avoir choisi « Kizashi » ? »

Je tiquais aussitôt au timbre de sa voix, qui pour une raison obscure, me semblait différente de celle que j'avais entendue quelques secondes auparavant. L'intonation, le sens de la phrase… Quelque chose d'intriguant. Feignant de ne pas paraître décontenancée par sa question, je me raclais la gorge avant de répondre, aussi calmement que possible.

« Il… C'était le prénom de mon père. Pourquoi cette question ? »

Cette fois-ci, je veillais à le regarder droit dans les yeux, sans ciller, forçant mes mains à rester immobiles. Son silence était inquiétant, tout comme cette prunelle d'un rouge sanglant qui cherchait à me transpercer de part en part pour mieux déchiffrer mes pensées. Le souvenir de cette nuit où mon regard s'était heurté à cet éclat si similaire me revint brutalement en mémoire, moins intense cependant que les obsidiennes muées en rubis si haineuses d'Uchiwa Sasuke. Cela n'était nullement comparable. Ce soir là, une partie de la vérité avait été révélée. La suite ne le serait jamais. Un éclat de rire brisa finalement le silence étouffant de la pièce en me faisant sursauter, attendant que sa brusque euphorie ne s'estompe pour ajuster ma réaction. Cet homme était décidément très étrange.

« Ne sois pas sur la défensive, je me demandais simplement pour quelle raison tu avais choisi de te faire appeler ainsi alors que « Sakura » fonctionnait tout autant*. Je comprends mieux maintenant.

J-Je voulais éveiller le moins de soupçons possible, alors…

Dissimuler ta véritable identité était une très bonne chose. Mais avouons-le, les haillons que tu portais ne te mettaient vraiment pas en valeur. Un peu plus et tous les mendiants de la capitale se seraient rués pour intégrer le Koueichiimura, ajouta t-il en ricanant de nouveau, visiblement fier de sa plaisanterie tandis que je me ratatinais un peu sur moi-même, véritablement gênée pour le coup. Enfin, cela n'arrivera plus désormais. Je suis très heureux de pouvoir faire la connaissance de la jeune beauté qui se tient devant moi.

Je… C-C'est bien trop de compliments, me contentai-je de bafouiller en baissant un peu la tête, sentant mes joues s'empourprer de nouveau.

Oh mais je ne fais que dire la vérité. Ne me dis pas que tu préfères recouvrer ton apparence crasseuse d'antan ?

N-Non pas du tout, m'exclamai-je en secouant les mains, la honte traversant mon corps à l'idée d'avoir été si miséreuse au point d'être confondue avec de la vermine. J'aime mieux être une femme qu'un homme, sans vouloir vous offenser.

Tout comme je connais bon nombre de messieurs qui vont préférer te voir ainsi, haha ! »

Cette remarque me fit de nouveau piquer un fard, ne souhaitant nullement distraire la gente masculine et ce d'aucune façon. Rester discrète et à l'abri le plus longuement possible, voilà ce à quoi j'espérais en demeurant ici. Mais j'étais soulagée, véritablement rassurée. Hatake-san ne l'avait certes pas exprimé ouvertement, je savais. Je savais qu'une place était libre pour moi, ici, au milieu de ces personnes toutes plus dignes les unes que les autres. Si ma présence en dérangerait certains, soit, je n'aurais qu'à les éviter en retour. Je m'étais déjà évertuée à y veiller dès le premier jour, poursuivre dans cette direction n'aurait donc rien de différent. Le sujet à présent clos, le commandant me fit signe pour me congédier dans un énième sourire amusé que je m'autorisais à lui rendre, timidement, inclinant une dernière fois la nuque pour lui témoigner de nouveau toute ma gratitude. Mais alors que j'allais m'éclipser pour le laisser reprendre ses rapports, la question qui taraudait mon esprit depuis cette fameuse nuit de pleine lune m'incita à stopper mes pas, menaçant de franchir la barrière de mes lèvres sans crier gare. Il fallait que je sache.

« Je… il y a une question que je voudrais vous poser, murmurai-je avec lenteur, le poing serré contre ma poitrine, le cœur battant inexorablement plus que vite que la normale.

Je t'écoute.

Mon secret. L'avez-vous découvert comme tous les autres, ou bien… ou bien l'aviez-vous entendu auparavant de la bouche de quelqu'un ? »

Les pulsations dans ma cage thoracique s'étaient intensifiées, douloureuses, sans que je n'en comprenne réellement la raison. Il fallait que je sache. Ce n'était pas un besoin vital, ni même une obligation, mais il fallait que je sache. Il fallait que je m'assure qu'à partir de cet instant, dans les bains, cet homme n'avait pas trahi sa parole. L'accueil qui m'avait été offert en regagnant la machiya ce soir-là avait démontré le contraire, jusqu'à sa mise en garde. Rien ne pouvait cependant indiquer qu'il n'en avait pas parlé au commandant, cela semblait même clair comme de l'eau de roche. Cacher une telle découverte à son mentor… Oui, il avait du le lui dire. Evidemment. J'en aurais certainement fait de même à sa place.

« J'ai eu la surprise de le découvrir en même temps que Neji et Hinata, lorsque vous êtes revenus de votre mission. Personne ne m'en avait parlé auparavant, je gage même que personne ici ne pouvait s'en douter. Tu nous as tous dupés en beauté ! »

Yeux écarquillés et la bouche légèrement entrouverte, je clignais bêtement des paupières devant le petit rictus moqueur du commandant qui, sans doute, avait cru bon de me rassurer en jouant la carte de la plaisanterie pour me répondre. Esquissant un maigre sourire à mon tour, je le saluais de nouveau avant de m'éclipser, le cœur encore battant en refermant le shōji derrière moi. Je ne savais quoi penser. Sa voix avait été claire, rien ne laissait supposer qu'il mentait en affirmant cela. Ce qui signifiait que j'avais quelque peu accusé de parjure à tort l'impassible taciturne, le maudissant intérieurement pour son injuste comportement à mon égard. La douloureuse pression qu'il avait exercée sur mon bras avant de partir chacun de notre côté et le tranchant de sa voix demeuraient ancrés dans mon for intérieur. Cet homme avait choisi de me détester, tout comme il avait choisi de me prêter son poignard lors de notre mission. Ce geste était son initiative, pas la mienne. Mais malheureusement pour Uchiwa Sasuke, je lui devais la vie.

« Voilà ! s'exclama Hinata en accrochant le dernier kimono sur le fil suspendu, tandis que je vidais la bassine d'eau trouble dans un recoin isolé. Il n'y a pas à dire, tout va beaucoup plus vite à deux. Tu me facilites la tâche Sakura-san !

— Je ne sais pas où tu puisais la force pour faire tout ce que nous faisons toute seule. J'ai l'impression que nous y sommes depuis des heures

— Kiba m'aide de temps en temps quand il est en repos et qu'il ne sait pas où flâner. Quand je m'occupe de rafraîchir sa literie, il me rapporte toujours des sucreries du marché pour me remercier de mon travail.

— Inuzuka-san a l'air d'être quelqu'un de très prévenant. C'est lui qui a pris soin de Yamanaka-san avant que Nara-san ne prenne le relai.

— Oui, Kiba est plus soucieux des autres qu'il n'y paraît. Il m'a toujours traitée avec respect depuis mon arrivée au sein de l'organisation. »

Un petit sourire sur les lèvres étirait les coins de ses joues en prononçant cette dernière phrase, m'incitant à sourire à mon tour devant son visage si serein. J'ignorais encore les raisons de son arrivée au Koueichiimura Hyuuga Neji, son cousin, me semblait aussi froid et apathique que ne l'était l'Uchiwa, l'air constamment sérieux et distant comme s'il refusait de se mêler aux autres. Ses capacités physiques semblaient impressionnantes, s'exerçant chaque jour avec un acharnement vivace quand certains en profitaient pour se reposer. Nul doute qu'en mission ou sur un champ de bataille, sa présence et ses aptitudes devaient être remarquées. Pour ma part, j'avais pâli plus d'une fois en l'apercevant s'entraîner dans la cour extérieure, priant n'avoir jamais à croiser le fer avec lui, aussi bien en tant qu'homme qu'en tant que femme d'ailleurs. Je n'osais questionner Hinata quant à savoir ce qui avait pu l'encourager à venir rejoindre son cousin et le quotidien typiquement masculin qui en découlait. Ses mains n'étaient pas faites pour apprendre à se battre, sa gestuelle et ses manières convenaient à tout sauf à cet environnement hostile et inconstant au contraire, la bienséance et la grâce dont elle faisait preuve en toutes circonstances me laissaient supposer que son éducation n'était pas celle à laquelle on pouvait penser en la voyant constamment affairée dans diverses tâches ménagères. Mais je n'allais pas m'immiscer dans cette coquille déjà fragile sans son consentement. Son histoire, c'était à elle de décider quand elle éprouverait le désir de me la conter… et à l'inverse, choisir ou non de narrer la mienne à mon tour.

« Ah ! Tu étais là ! »

Nous nous retournâmes de concert à l'entente de cette voix puissante, me hâtant de me redresser en apercevant le garde du corps de l'héritière des Yamanaka s'avancer dans notre direction, aussi imposant qu'à l'ordinaire avec sa mâchoire carrée et son air sérieux. Avec cette carrure, il était aisé de comprendre pourquoi il avait été choisi pour protéger la fille du noble la plus courtisée de la ville.

« Bonjour Chôji, murmura Hinata à mes côtés tandis que j'inclinais poliment la tête pour le saluer également, moins familière et plus retenue.

— Bonjour Hinata. Tu sais si Shikamaru est dans le coin ? J'aurais voulu lui toucher deux mots.

— Il patrouillait avec Kiba ce matin. Veux-tu que je le prévienne à son retour ?

— Je te remercie mais je repasserai plus tard. Tu es prête ? ajouta t-il cette fois à mon attention, me lorgnant d'un regard hâtif auquel je répondis par l'affirmative en acquiesçant timidement.

— Oui. Pardon de te laisser continuer seule Hinata, je me rattraperai comme il le faut.

— Ne t'inquiète pas, allons plutôt changer ta tenue avant que tu ne rejoignes Yamanaka-san. Le commandant est là si tu veux aller le saluer, Chôji.

— Merci. Je vous attendrai devant l'entrée de la machiya. »

La jolie brune m'attrapa alors la main pour m'inciter à la suivre à l'intérieur de la bâtisse, presque plus enjouée que je ne l'étais dans mon for intérieur. La veille, Nara-san était venu me prévenir que je pourrais enfin rencontrer l'héritière des Yamanaka le lendemain. Son éminent paternel devait se rendre au Pays de la Foudre durant plusieurs jours et, malgré sa punition toujours en vigueur, elle obtiendrait son consentement pour m'inviter à lui rendre visite. Cette nouvelle m'avait instantanément fait sourire, mon cœur plus léger et surtout impatient à l'idée de pouvoir enfin faire réellement sa connaissance. Un lien invisible nous unissait déjà, presque palpable, aussi intense que les quelques minutes passées dans cette forêt à tenter chacune de sauver la vie de l'autre. Etre son amie, voilà ce que je souhaitais, cela et rien d'autre. Avoir simplement la chance de faire partie de son existence, savoir que je pouvais compter sur quelqu'un d'autre à l'extérieur de ces murs. Là était mon seul désir. Sans pouvoir m'empêcher de sourire encore pleinement, je laissais Hinata me guider jusqu'aux quartiers privés qui lui étaient réservés. Le commandant avait décidé qu'il était préférable pour le moment que je m'installe avec elle dans l'unique chambrée féminine à l'étage, décision d'une implacable logique selon Nara-san qui avait salué l'idée avec son sarcasme habituel. Ici, je pouvais au moins jouir d'une intimité quasi inexistante du temps où je me faisais encore passer pour « Kizashi ». Mes joues s'échauffaient encore en repensant au nombre de fois où j'avais du instantanément plaquer mes mains sur mes yeux en prétextant les frotter pour enlever une poussière gênante, quand Naruto ou même Inuzuka-san se baladaient torse nu sans pudeur aucune. Jamais, non plus, je n'oublierai le jour où le blond au regard céruléen avait exposé ses abdominaux juste sous mon nez pour me demander si je voulais les toucher et si je n'étais pas vert de jalousie à l'idée de n'être jamais aussi musclé que lui. Non, vraiment, rien ne valait ce bonheur de pouvoir se sentir femme à l'abri des regards. Une brève toilette sommaire pour me rincer les mains et rafraîchir ma nuque avant de rejoindre la douce Hyuuga dans la pièce inondée d'une lumière tiède, elle, agenouillée devant plusieurs étoffes toutes plus ravissantes les unes que les autres.

« Hinata, je n'ai pas besoin de porter une tenue sophistiquée. Un simple kimono en coton est parfait.

— C'est la première fois que tu paraîtras dehors en tant que « Sakura » non ? Il ne faut pas prendre cela à la légère… Ah, celui-là me semble parfait ! Qu'en penses-tu ? »

Face à son sourire radieux, je ne pus que lui rendre la pareille en laissant échapper un petit rire cristallin avant de m'avancer pour me dépêcher de me changer, songeant à ce pauvre Akimichi-san qui patientait dehors. Le vert émeraude du tissu de soie enveloppant mon corps s'accordait à merveille avec l'iris de mes yeux, les rendant davantage étincelants sous le soleil qui baignait la chambre. Je voulus attacher mes cheveux pour ne pas être gênée mais Hinata m'en dissuada en attrapant un peigne de bois pour les peigner avec soin, jalousant encore leur longueur tandis que je lui répétais derechef que les siens étaient bien plus somptueux. Une fois n'est pas coutume, il me fallut encore lutter pour échapper au fard et rouge qu'elle tenta d'appliquer sur mon visage, consentant uniquement à colorer mes lèvres dans le seul but de voir son regard s'illuminer de plaisir. Un véritable moment de complicité féminine qui faisait un bien fou, bien que j'avais l'impression de m'être apprêtée de façon bien trop solennelle pour une simple visite de courtoisie. Je commençais à me baisser pour l'aider à ramasser les kimonos mais elle refusa aussitôt mon aide, me faisant rappeler qu'Akimichi-san était en train de m'attendre et que sa patience avait certainement ses limites. Ne perdant plus de temps, je la serrais le temps d'une seconde dans mes bras pour la remercier de tout cœur avant de prendre congé. Mes petites foulées glissaient sur le bois ciré alors que je me dirigeais pour descendre les marches dans une précipitation mal assurée, mes mouvements moins libres que lorsque je portais un hakama, et ce qui devait fatalement arriver… arriva. Exception faite que je n'avais pas prévu de rater les trois dernières marches, les pieds empêtrés, incapable de penser à me retenir à quoique ce soit, ou plutôt à qui. Un court instant, presque inexistant, avant de réaliser que mes mains agrippaient convulsivement ce qui semblait à s'y méprendre être des bras, puissants qui plus est. Mon front, mon nez, non, mon visage entier était collé contre le torse bâti, une odeur musquée chatouillant mes narines. Un rythme cardiaque intensément frénétique, presque douloureux. Certainement pas le sien. Et cette sensation, cette impression d'avoir vécu quelque chose de similaire… Aucune main ne m'avait encerclée, rattrapée, non, il n'y avait que moi et moi seule qui m'accrochait en désespoir de cause à ces bras capables de me soutenir, tétanisée à l'idée de devoir relever la tête pour confirmer dans la crainte mes pensées. Mais il ne suffit que d'une seconde pour que mon subconscient force mon corps à se mouvoir, sentant à peine l'air filtrer à travers mes poumons lorsque la réalité s'imposa à moi, mon regard se heurtant au sien, détestable, impassible et méprisable à souhait. Ce que je crus penser être un éclat de surprise n'en était sûrement pas un, cela devait même être radicalement l'inverse. Comme si ce simple contact représentait un dégoût pour sa personne. Comme si son aversion n'avait pas de limite.

« P-Pardon… »

La voix inaudible, mes doigts se dénouèrent aussitôt et mon corps suivit le même mouvement, semblable à l'effet d'une brûlure insoutenable. Mon cœur n'en finissait plus de s'affoler, le sang affluait à mes tympans. Le remercier, il fallait le remercier. Je le devais, le lui devais, mais rien ne sortait. Il le fallait.

« Je… »

A peine le son franchit-il la barrière de mes lèvres qu'un profond soupir ennuyé acheva le tableau, le dos de sa main m'écartant par l'épaule sans douceur pour ne pas entraver davantage son chemin, continuant sa route le long du couloir. Ses pas résonnaient dans le silence, et plus ils s'éloignaient, plus je me sentais frémir, trembler de la tête aux pieds, serrant nerveusement mes mains en prenant soin de garder la tête baissée. Une larme coula le long de ma joue, mais ce n'était pas de la tristesse. Ce n'était pas non plus de la peur, non, c'était de la colère. Je lui devais la vie. Une vie dont il ne souciait pas, inexistante à ses yeux. Vraiment, je ne comprenais pas cet homme. Et je ne me comprenais pas moi-même.

Lorsque je reparus devant Akimichi-san, plusieurs minutes après avoir repris la maîtrise de mes émotions, je m'excusais pour mon retard en courbant de nouveau la nuque et le suivais sans piper mot, secouant la tête pour ôter toute pensée négative de mon esprit. Inutile de ressasser cet énième épisode désastreux avec cet individu. J'allais enfin retrouver celle pour qui j'avais été prête à donner la vie, rien d'autre ne devait perturber ce moment. J'avançais un peu plus vite pour marcher à sa hauteur, savourant la douceur du soleil partiellement voilé sur mon visage, avant de laisser mon regard couler vers lui. L'ancien samouraï du Koueichiimura me dévisageait de haut en bas, la stupéfaction se dépeignant dans ses yeux sombres, comme s'il paraissait profondément choqué par le spectacle que je lui infligeais. Surprise face à son hébétude, je clignais bêtement des yeux en contemplant ma tenue qui n'était visiblement pas à son goût. Le sort avait-il décidé de me gâcher cette journée ?

« Incroyable… »

Je relevais derechef la tête à l'entente de ce murmure, croisant au passage ses prunelles écarquillées me détaillant sans gêne. Etais-je à ce point si peu accoutrée comme il le fallait ?

« J'en reviens pas…

— Q-Qu'il y a-t-il ?

— Tu… Tu es vraiment une… une femme…

— Euh… oui. Est-ce un problème ?

— Ah, un problème ? Je pensais que tu n'étais qu'un gamin stupide et empoté comme ses pieds, salace avec ça étant donné que je t'ai débusqué dans le Yoshiwara. Puis tu sauves la vie de ma maîtresse, et pour couronner le tout, tu es une femme. Une femme… et je t'ai trimballée sur mon dos comme un vulgaire sac de riz. C'est n'importe quoi. »

Cette fois-ci, je ne pus réprimer le fou rire nerveux qui s'empara de moi en le voyant se triturer les méninges pour une chose aussi insignifiante, m'attirant son regard furieux en bougonnant « il n'y a pas de quoi en rire ! » tandis que je tentais de me calmer peu à peu, encore trop amusée par la façon dont il avait résumé la situation. A sa façon de parler, j'avais presque l'impression d'avoir Nara-san à sa place, désinvolte et ennuyé comme jamais. Je reprenais mon sérieux lorsqu'il se racla la gorge, marchant cette fois à mon rythme.

« Navré de t'avoir traitée comme une moins que rien en tout cas. Ino m'avait sermonné après notre première rencontre, je trouvais ça louche qu'elle s'intéresse à un inconnu, mais maintenant je comprends mieux pourquoi.

— Je vous en prie, ne me faites pas d'excuses. Vous m'avez sauvé la vie dans le Yoshiwara et vous n'avez parlé de cela à personne parmi les membres du Koueichiimura. J'ai une dette envers vous.

— Alors considère-la comme honorée. Je t'ai sauvé la vie, tu as sauvé la vie de mon amie d'enfance. Nous sommes quittes. »

Son ton n'avait rien de solennel mais la sincérité y était présente. Nara-san m'avait prévenue, mais je trouvais ces excuses plus appréciables que des courbettes et des louanges. Un faible sourire éclaira mon visage en continuant d'avancer à ses côtés, observant du coin de l'œil les étalages des marchands ou les gardes de la garnison du seigneur Sarutobi. Certains saluaient de bon cœur le garde du corps de la famille Yamanaka, d'autres nous lançaient des œillades faussement désintéressées. Je faillis m'étouffer lorsque nous entendîmes quelqu'un s'écrier « depuis quand comptes-tu fleurette aux demoiselles Akimichi ! » ce à quoi l'intéressé répliqua de se mêler de ses affaires en s'esclaffant bruyamment ensuite. L'animation régnante dans les ruelles de Konoha rendait son atmosphère si chaleureuse et si vivante qu'il était aisé de se laisser aller à ce sentiment de plénitude. Puis nous avançâmes encore plus loin, s'éloignant des quartiers animés pour en rejoindre des plus calmes et des plus gardés. Les bâtisses en bois étaient si somptueuses, encerclées de massifs murs en briques pour préserver les pensionnaires de ces demeures des tracas de la petite populace. J'étais littéralement subjuguée par ce que je voyais, n'ayant nullement imaginé la capitale du Pays du Feu si immense et imposante. Et je n'avais pas encore aperçu le palais…

« Nous y voilà, murmura t-il soudainement alors que je continuais de jeter des petits coups d'œil furtifs à droite et à gauche. A peine son père parti qu'elle ne tient déjà plus en place ! »

Un large sourire aux lèvres, aussi belle et radieuse que dans mon souvenir de notre première rencontre, l'héritière des Yamanaka se tenait devant nous, à l'entrée de la résidence familiale. A ses côtés, probablement une jeune servante qui semblait aussi enjouée que sa maîtresse, nous accueillant avec le plus grand respect tandis que nous franchissions le grand portail. Le sourire s'étira davantage lorsque je le lui rendis, tellement heureuse de la revoir après les épreuves que nous avions traversées ensemble dans la jukaï hostile. Ses mains s'emparèrent des miennes pour les presser avec douceur. Ce lien invisible, si fort… les prémices d'une belle amitié.

« Bienvenue Sakura. Je t'attendais. »


Les boîtes s'entassaient les unes sur les autres, fermées ou entrouvertes, les étoffes de soie et les parures s'amoncelant sur les tatamis. Des couleurs chatoyantes aux nuances plus claires, du kushi en jade à l'obi brodé de fils d'argent, chacune des pièces qui lui avaient été présentées étincelait de mille feux dans le regard vert émeraude de la jeune femme debout devant la glace, ébahie par son propre reflet. La jeune servante au service de la belle héritière venait tout juste d'ajuster la ceinture dorée aux motifs de temari finement cousus autour de sa taille gracile, lissant avec minutie les chutes du kimono rouge sur lequel étaient brodées des chrysanthèmes blancs pour accentuer leur pureté sur le tissu carmin. Towa se recula alors de quelques centimètres pour contempler le résultat, sa bouche s'arrondissant lentement tandis que ses prunelles pétillaient un peu plus. Un éclat de rire s'échappa de ses lèvres.

« Parfaite ! Elle est parfaite ! N'est-ce pas Ino-sama ?

— Ma foi, tu as bien raison Towa.

— Il n'existe personne que je puisse habiller et sublimer à la perfection.

— C'est certain. Et il faut dire que ton modèle était déjà une véritable beauté.

— Oh que oui ! Sakura-san, permettez-moi de vous dire que vous rivalisez à merveille avec ma maîtresse ! Et vos cheveux, ils sont si beaux !

— Je crois que tu vas finir par l'effrayer Towa. »

La belle blonde et la petite brune s'esclaffèrent en chœur tout en admirant du coin de l'œil l'intéressée palper du bout des doigts la soie aussi fluide que de l'eau, les joues colorées d'une teinte pivoine, le regard brillant. Sa longue chevelure encadrait gracieusement son visage subtilement fardé, faisant ressortir son teint de porcelaine et l'intensité de ses yeux. Rivaliser avec le charme de Yamanaka Ino ? Cela était parfaitement inconcevable. Elle n'usurpait pas non plus son statut d'héritière la plus convoitée de Konoha. Mais, parée d'atours aussi précieux, confrontée au renvoi de sa propre image dans le miroir, Sakura ne pouvait qu'assumer cette défaite. Elle qui, jadis, avait catégoriquement refusé de « souiller des présents aussi inestimables »… Jamais elle ne s'était senti aussi femme qu'en ce jour. Elégante. Belle. Derrière le paravent, les mains expertes de la petite Towa avaient eu vite fait de la dévêtir de ses habits, lui passant sur les épaules un apparat bien plus somptueux qui lui apportait une incontestable prestance. L'obi enserrant son tour de taille lui assurait un maintien parfait, la mince silhouette mise en avant, nullement restreinte dans ses mouvements. Par souci de pudeur, la jeune femme n'avait pu s'empêcher de croiser ses bras devant sa poitrine lorsque la brunette voulut réajuster le nagajuban parant ses formes, ce à quoi la petite servante avait émis un petit rire silencieux pour la rassurer en lui chuchotant ne pas avoir à se sentir gênée ou honteuse. A l'entendre, elle avait davantage fort à faire avec les rondeurs galbées de sa maîtresse. La journée était déjà bien avancée et le temps passé ensemble semblait pour chacune bien trop court. L'héritière des Yamanaka s'était empressée d'accorder un congé à son garde du corps et à sa suivante, rassurant au passage son ami précieux en lui promettant qu'elles demeureraient dans l'enceinte de la résidence. Puis, main dans la main, elles avaient passé la majeure partie de la fin de matinée à en visiter chaque recoin, de l'écurie aux bains privatisés, de la cuisine à la réserve, sans omettre le luxueux jardin et ses extérieurs. La jeune femme à la chevelure incarnadine s'était extasiée plus d'une fois en admirant la diversité et la magnificence des arbustes, fleurs et autres sculptures décoratives. La blonde s'était bien gardée de la faire entrer dans la petite bâtisse à l'état d'abandon, préférant remettre à une autre heure cette confidence fort intime et inappropriée en cet instant. Un repas frugal leur avait été servi dans ses appartements privés à la décoration soignée, la pièce meublée par les plus belles créations des meilleurs artisans menuisiers de la capitale.

Tout le petit personnel de la famille Yamanaka avait pu se réjouir d'entendre leur jeune maîtresse rire de nouveau aux éclats, retrouvant sa joie de vivre et sa candeur d'antan. Elle n'était plus une enfant, certes, mais une demoiselle dans la fleur de l'âge qui pouvait comme tout un chacun jouir de ces petits instants de plénitude en compagnie d'une autre jeune personne. En l'occurrence, le ravissement de sa nouvelle amie était sincère sur tous les points. La complicité naissante entre les deux jeunes femmes était palpable, que ce soit par leurs fous rires, leurs exclamations ou tout simplement par ce sentiment de comprendre l'autre sans avoir besoin de se connaître réellement. Sakura était heureuse de pouvoir s'immerger dans le quotidien de l'héritière si différent du sien, loin de la réalité, loin des ennuis et des mensonges. Par politesse et par respect, elle n'avait pu s'empêcher d'incliner la tête pour remercier chacune des servantes qu'elles avaient pu croiser, tout comme elle n'avait pu laisser la jeune Towa rapporter les innombrables parures que la belle Ino lui avait demandé de préparer. Ainsi une séance d'essayage avait-elle été improvisée, Sakura n'ayant eu d'autre choix que de se confier aux bons soins de la blonde et de la brunette qui s'étaient beaucoup amusées de la situation, la première ayant rêvé de la découvrir en tant que son égale dès lors qu'elles s'étaient rencontrées et la seconde toujours partante à l'idée d'habiller, coiffer et maquiller n'importe qui tant qu'on la laissait s'en occuper du début à la fin. Un véritable arc-en-ciel de kimonos avait défilé sous les grands yeux ébahis de la jeune femme, coton léger, soie vaporeuse ou alourdie, neutre ou à motifs et elle avait revêtit chacune de ces pièces uniques sous le regard bienveillant de l'héritière, cette dernière commentant sans vergogne que telle couleur ne mettait pas ses yeux en valeur ou que tel tissu n'était pas assez noble pour être porté par une élégante jeune femme, pinaillant encore sur d'autres détails. Au bout de quatre ou cinq essayages, Ino avait fini par avouer à son amie que toutes ces parures lui avaient été offertes en gage d'éventuelles fiançailles par des prétendants tous plus crétins les uns des autres, n'ayant pas eu la permission de s'en débarrasser comme elle l'aurait ardemment souhaité et sa mère s'y étant instamment opposé. A l'entendre, cela aurait été folie que de brûler pareils trésors de raffinement féminin, aussi se réjouissait-elle de voir à présent l'un de ces kimonos sublimé par le naturel et le charme insoupçonné de la belle jeune femme aux prunelles de jade. Son regard brillait encore d'émerveillement en achevant de se contempler, battant bêtement des paupières en reconsidérant son reflet.s

« Je… J'ai l'impression d'être une étrangère. Je ne me reconnais pas, souffla-t-elle du bout des lèvres, faisant imperceptiblement sourire l'héritière se tenant à sa droite, mains jointes. Vous avez un véritable don Towa. Je suis méconnaissable.

— N-Ne me vouvoyez pas voyons, Sakura-san. Et ne dites pas cela je vous prie, Ino-sama m'avait déjà vanté les mérites de votre beauté avant votre venue et je n'ai fait que le confirmer davantage. Ce kimono n'est qu'un apparat et il vous sied avec splendeur. Inutile d'en essayer un autre, c'est celui-ci qu'il vous faut.

— Je suis d'accord avec toi, Towa, renchérit la belle blonde en s'approchant de la jeune femme vêtue de rouge, posant une main amicale sur son épaule pour la renvoyer une nouvelle fois à la réalité, leurs regards se croisant avec malice. Ce serait mensonge que de penser que cette parure n'était pas faite pour toi, Sakura. La voilà tienne à présent. »

Au début abasourdie par ce qu'elle venait d'entendre, cette dernière balbutia et bafouilla qu'elle ne pouvait accepter pareil présent avant d'être interrompue par le franc parler de son interlocutrice qui l'affubla d'une œillade réprobatrice, lui répétant une nouvelle fois qu'elle était son invitée et qu'elle n'avait pas à lui devoir en retour une quelconque gratitude. La savoir à ses côtés aujourd'hui suffisait à la combler, elle ne voulait pas que Sakura se sente redevable. Lui offrir un kimono quand elle avait failli lui offrir sa propre vie pour la sauver paraissait bien modeste à côté qu'elle espérait, intimement, pouvoir lui rendre la pareille un jour, peu importe de quelle façon. Cette promesse faite à elle-même, jamais elle ne la trahirait. Pour seule réponse, la jeune femme à la chevelure rose pâle serra ses mains dans les siennes en courbant la tête, murmurant un « merci » étranglé sous le flot d'émotions qui s'emparait d'elle, si heureuse de se trouver là en ce jour qu'elle n'oublierait jamais. Des larmes perlaient à ces cils quand Ino lui souffla qu'une jeune femme digne de ce nom ne devait pas pleurer pour si peu si elle ne voulait pas que son maquillage ne s'estompe, faisant rire son amie qui s'essuya les yeux aussitôt. Puis elles aidèrent la jeune servante à remettre de l'ordre dans tout ce capharnaüm, en dépit des tentatives ratées de Towa à refuser toute main d'œuvre supplémentaire, l'héritière narrant par la même occasion quelques histoires cocasses sur ses fameux prétendants, tous rabroués par son puissant paternel qui se refusait à céder son unique fille au premier venu. Le ciel se parait d'une nuance orangée lorsqu'elles eurent terminé de tout ranger, le somptueux tissu carmin plié dans sa grande boîte en bambou et prêt à être emporté par sa nouvelle propriétaire. Le shōgi extérieur était ouvert, laissant entrer un courant d'air encore doux qui faisait virevolter les mèches de cheveux des deux jeunes femmes agenouillées chacune face à l'autre, savourant le thé et les gâteaux de riz préalablement apportés par la petite brune qui s'était éclipsée pour leur laisser de l'intimité. Un silence apaisant régnait à présent dans la pièce, le vent rapportant les chuchotements des feuilles se balançant en harmonie au dehors le regard vif de Sakura était rivé dans cette direction, une tasse fumante entre les mains, songeant à ce moment de plénitude qui touchait déjà à sa fin. Tout semblait si parfait, comme si rien n'était arrivé comme si cette journée avait déjà eu lieu. Reprendre le cours des choses lui paraîtrait bien difficile lorsqu'il leur faudrait se séparer, Akimichi-san ayant prévu de la raccompagner avant le coucher du soleil. Elle ne s'était pas amusée depuis tellement longtemps que ses joues s'en trouvaient encore meurtries à force d'avoir passé son temps à sourire ou à rire, le cœur léger comme l'air, insouciante au reste du monde. Aujourd'hui, elle n'avait pas eu à mentir ni à se forcer, elle avait simplement pu être elle-même. Et pour cela, elle ne remercierait jamais assez Ino pour lui avoir offert une hospitalité sans égale. Une question, cependant, demeurait à ce jour sans réponse à ses yeux, et la clé de l'énigme se trouvait ici. Son regard se radoucit et un petit sourire fugace glissa sur ses lèvres, portant de nouveau son attention sur la jolie blonde se tenant devant elle, attentive.

« C'est étrange… Nous retrouver ici, toutes les deux, après avoir failli frôler la mort ensemble il y a quelques jours. Qui l'aurait crû.

— Oui, c'est vrai. C'est comme si nous n'étions jamais entrées dans cette forêt. Et pourtant, tout est vrai. Tu m'as retrouvée, tu m'as libérée et tu m'as empêché un sort bien plus terrible que la mort. Bien que je n'aurais jamais pu imaginer que les membres du Koueichiimura ne découvrent ta véritable identité ce jour-là…

— A ce propos, entama Sakura en fronçant légèrement les sourcils, davantage dans l'expectative que sur la défensive. Je… Comment l'as-tu su ? J'avais pris toutes mes dispositions dès mon arrivée à Konoha et je ne me souviens pas que nous ayons pu nous rencontrer avant dans une autre ville. Même avec les cheveux teints en noir, je ne pense pas que mon visage soit si reconnaissable entre mille…

— Il est vrai que cette sublime chevelure rose ne doit pas être difficile à reconnaître parmi la foule, pouffa gentiment l'héritière en mettant une main devant sa bouche, s'imaginant elle-même à sa place si elle avait du teindre la cascade de cheveux blonds lui tombant dans le dos. Tu as raison, je ne t'avais jamais rencontrée avant, aussi bien en tant que toi qu'en tant que « Kizahi ». Mais je t'ai vu.

— Que veux-tu dire par là ? Que tu m'as aperçu franchir les portes de la Capitale ?

— Oui et non. Je ne t'ai pas vu à proprement parler, je l'ai pressenti. Et je l'ai rêvé. »

A ce dernier aveu, les prunelles vertes s'écarquillèrent lentement en tentant d'analyser le sens de ces propos. Sakura cligna plusieurs fois des yeux, secoua la tête pour être sûre d'avoir bien entendu avant de replonger son attention sur son interlocutrice, perplexe, dans l'attente d'une réponse face à ses interrogations. En retour, un sourire taquin fendit le beau visage de la jeune Yamanaka, serrant fermement ses mains l'une contre l'autre pour se donner du courage et se lancer. Si elle parlait maintenant, elle trahirait les siens. Mais partager un secret avec une amie, ça, elle le souhaitait du plus profond de son cœur. Elle lui devait et se le devait à elle-même. Se délester, ne serait-ce qu'un peu. Les paupières se fermèrent, le temps d'une seconde, avant de se rouvrir pour laisser place à un regard droit, sincère.

« Le clan Yamanaka a toujours été l'un des plus puissants de Konoha. Depuis sa création, ma famille a joué un rôle essentiel dans la vie politique et militaire du Pays du Feu, que ce soit par des exploits de guerre ou des échanges diplomatiques avec les autres nations. Chaque génération a vu l'un de ses membres prendre et conserver un siège important dans la haute sphère dirigiste de la capitale. Mon père fait partie du corps des plus éminents conseillers aux ordres du Seigneur Sarutobi et ce depuis de nombreuses années. C'est un homme extrêmement important. »

Un instant, Ino se tut en se remémorant les paroles de son paternel prononcées avant de partir le matin même. Bien des responsabilités nous incombent au sein du clan Yamanaka, parfois aussi lourdes que les pires fardeaux du monde. Là, ses mots prenaient tout leur sens. Son sourire s'intensifia un peu plus.

« Mais, il ne s'est pas seulement distingué des autres par son esprit ou ses prouesses militaires. Depuis des générations, certains membres du clan Yamanaka acquièrent dès la naissance un don héréditaire qu'ils développent par un apprentissage intensif tout au long de sa vie. Ce n'est pas un talent inné d'érudit, ni de combattant. C'est… beaucoup plus spécial que cela. Nous l'avons nommé le Shintenshin no Jutsu* - la technique de transposition.

— T-Transposition ? répéta, incrédule, la jeune femme en face.

— Oui. La transposition des esprits. La capacité de pouvoir transférer sa propre conscience dans le corps d'une personne en supplantant la sienne, et pour ainsi dire, prendre le contrôle total sur le reste. Action, parole. Tout. »

La bouche légèrement entrouverte, les yeux arrondis par la surprise, Sakura demeurait inerte, son regard plongé dans celui de l'héritière qui ne cillait pas. Chacun des mots qu'elle venait d'entendre s'entrechoquait dans son esprit, essayant d'y mettre de l'ordre pour raisonner de façon claire. Transfert, conscience, contrôle. Etait-ce seulement possible ?

« Est-ce une forme… de télépathie ? murmura-t-elle doucement, d'une voix presque inaudible, craignant presque de parler trop fort si jamais cette conversation était épiée.

— En quelque sorte, oui. Ce don a toujours été mis au service de Konoha, principalement pour les missions de renseignements et d'espionnage. Mon père, pour sa part, l'a toujours utilisé au profit du Pays plutôt que d'en tirer un usage personnel.

— C'est… C'est incroyable…

— Il en a toujours été ainsi au sein de notre clan. Mon père possède ce don, comme les anciens avant lui, et, bien entendu, les Dieux m'en ont fait présent à mon tour. Bien que cette capacité se soit développée de façon particulière au fur et à mesure des années. Te souviens-tu m'avoir entendu dire avoir rêvé notre rencontre ? ajouta-t-elle plus bas, l'intéressée opinant de la tête pour lui répondre, avant de poursuivre. Mon don se manifeste ainsi, par des intuitions, des rêves prémonitoires, que je ne provoque pas.

— Donc, si je comprends bien, ce jour-là, tu ne m'as pas délibérément abordée dans la cohue du marché ? Tu ne t'es pas laissé bousculer en sachant que ce serait moi ?

— Non, pas du tout, répondit Ino en partant dans un petit rire, se souvenant encore du visage horrifié de son ami Chôji en la voyant discuter avec ce qu'il avait cru être un voleur. Je savais seulement que nous allions nous rencontrer, mais j'ignorais dans quelles circonstances cette entrevue aurait lieu. Je savais juste qu'il fallait que je parte à ta recherche, sans comprendre réellement pourquoi, et nous voilà ici, à discuter comme si nous nous connaissions depuis toujours. A croire que le hasard fait bien les choses.

— Le hasard… Oui, peut-être.

— Bien sûr. Ou le destin. Je préfère penser que c'est lui qui t'a mise sur ma route, tout comme je ne regrette pas d'avoir provoqué ma chance en faisant ta connaissance, ni… »

La jeune femme se tut soudainement, le souvenir de sa dispute avec le samouraï refaisant surface dans son esprit, comme une évidence. Ce pressentiment qu'elle avait cru ressentir, vivre comme si tout était réel… il n'avait pas eu lieu. La vie de « Kizashi » avait été mise en jeu, certes, mais les circonstances lui avaient paru si différentes. La blonde se mordit la langue. Cette vision lui apparaissait si lointaine à présent, floue, n'ayant pas pris le soin de la remémorer davantage pour s'en imprégner entièrement et empêcher l'inévitable. L'inévitable… Sakura était en vie. Rien d'autre n'importait. Sa véritable identité dévoilée et entourée par des combattants hors pairs, que pouvait-il lui arriver ? L'héritière se força à reprendre de la contenance, esquissant un petit sourire amusé pour terminer sa phrase, plus ou moins rassurée.

« Ni – et pardonne-moi pour cela – en envoyant Chôji sur ta piste pour te retrouver lorsque tu t'étais enfuie.

— Moi non plus, je ne regrette pas de t'avoir retrouvée dans cette forêt. Si cela devait se reproduire, je n'hésiterai pas non plus cette fois encore.

— Espérons alors, pour toi comme pour moi, que le sort nous soit favorable à l'avenir. Et que tu n'aies plus à te travestir en jeune mendiant ! »

Considérant en premier temps le sens de sa dernière phrase, Sakura ne put s'empêcher de froncer les sourcils en pensant aux efforts qu'elle avait du fournir pour rendre son mensonge crédible jusqu'au bout, puis, dans un échange de regards complices, elle s'esclaffa de bon cœur en même temps que la jolie blonde, emportées toutes les deux par l'euphorie communicative face à la situation. Au final, si elle ne s'était pas travestie, elle ne serait jamais entrée dans l'organisation du Koueichiimura et n'aurait certainement pas eu l'occasion de rencontrer l'héritière dans pareil contexte. Mais peut-être que, comme le pressentait Ino, auraient-elles fini par se croiser au détour d'une ruelle ou même dans les bains publics. Du fond du cœur, Sakura voulait croire, elle aussi, que c'était le destin qui les avait réunies. Tsunade était sa famille, son univers entier Ino, elle, avait une place à part. Cette dernière, après quelques dernières secondes de folie, laissa un sourire mélancolique traverser son visage, soulagée et effrayée à la fois. Ce qu'elle venait d'avouer, elle n'en avait jamais parlé à personne hormis Shikamaru et Chôji. Ses parents, aussi, étaient bien au courant de son secret. Yamanaka Inoichi n'ignorait pas que sa fille puisse posséder le don héréditaire de leur famille, lui ayant appris lui-même à le maîtriser sous réserve de ne le révéler à quiconque. C'était sa façon à lui de la protéger, et ce, jusqu'à ce qu'elle devienne une épouse et une mère, transmettant à son tour à sa descendance ce noble pouvoir. La jeune femme soupira longuement à cette idée avant de porter la tasse à ses lèvres, buvant d'une traite le liquide amer devenu tiède, avant de resservir sa convive qui la gratifia d'un mince sourire pour la remercier. Elle-même allait boire de nouveau lorsqu'elle sentit le lourd regard clair peser sur sa personne, presque fuyant mais insistant.

« Ino ?

— Tu ne me poses pas de questions sur ce que je t'ai révélé ?

— Euh, je ne sais pas. Cette capacité de transposition, t'en es-tu déjà servie ?

— Peu de fois, si ce n'est en le pratiquant pour apprendre à m'en servir sous l'œil de mon père. Mais… Ne trouves-tu pas cela étrange ? N'es-tu pas effrayée ?

— A moins que ma vie ne soit en danger en ayant appris la vérité, pourquoi le serais-je ? Tu as été sincère envers moi. Tu n'étais pas obligée de me faire part de ton secret, mais tu l'as fait. Savoir que tu me fais suffisamment confiance alors qu'on se connaît à peine me fait plaisir au contraire. Vraiment plaisir.

— Ma confiance en toi est totale. N'en doute pas. »

« La mienne aussi » aurait voulu rajouter Sakura avant de se résigner à ravaler ses paroles, se mordant un coin intérieur de la bouche, dépitée de penser ainsi. Sa confiance, elle ne pouvait l'accorder à personne… pas encore. Pas ici. Pas pleinement. Cependant, il y avait bien une chose qu'elle pouvait lui révéler à son tour. Peut-être même l'héritière s'en doutait-elle déjà, dans l'expectative qu'elle se confie à elle en retour. Elle le lui devait. Ino semblait avoir compris ce qui traversait l'esprit de la belle jeune femme à la chevelure incarnadine, ne l'ayant ni pressenti, ni ressenti en usant de son don. Après tout, elle l'avait vu à l'œuvre. Il ne fallait pas la forcer, ni la brusquer. Seulement l'inciter à se dévoiler un peu plus.

« Mon don, reprit-elle d'une voix douce, repose uniquement sur la gestion du flux de chakra qui traverse l'ensemble de mon corps à travers les méridiens. J'ai lu dans un ouvrage de la bibliothèque personnelle de mon père que chaque individu disposerait d'une quantité de cette énergie spirituelle et que nombreux seraient ceux ignorant en posséder. Ne pas pouvoir exploiter pareille source d'énergie pour améliorer ses aptitudes physiques, cela est vraiment du gâchis. N'es-tu pas d'accord, Sakura ? »

Cette fois-ci, son interlocutrice la regardait droit dans les yeux, une étincelle brillant dans son propre regard émeraude. On pouvait presque y lire un sentiment de défi, comme piquée à vif dans sa fierté, se mordant plus intensément encore la langue jusqu'à sentir un goût de fer envahir son palais. Ino avait choisi ses mots avec justesse, certaine de faire mouche, et elle avait réussi à éveiller son intérêt. Elle avait réussi à franchir cette barrière, une, au moins. Ne pouvant ni fuir ni nier les faits, un profond soupir s'échappa des lèvres rosies de Sakura tandis qu'elle fermait les yeux, résignée, sans apercevoir le large sourire de satisfaction de la blonde qui pouvait se vanter d'obtenir au moins cet aveu là.

« Tu n'as rien à craindre tu sais, entama-t-elle le sujet en parlant d'une voix douce, apaisante. Je t'ai parlé avec sincérité, et c'est avec cette même sincérité que je garderai ton secret pour moi. Il n'empêche que je reste très curieuse, sans doute beaucoup trop, et que je meurs d'envie d'en apprendre plus sur ta capacité. Bien que je ne suis pas certaine d'avoir compris de quoi il s'agissait.

— Il est vrai que tu m'as vu à l'œuvre, concéda la jeune femme en face d'elle, esquissant une grimace en se souvenant de la scène, son corps prostré contre un arbre et sa jambe en sang. C'est un peu comme la tienne… Ce n'est pas quelque chose que l'on pourrait qualifier de « normal » ou « courant ». Je… Je l'ai apprise, moi aussi, murmura Sakura d'une toute petite voix, presque craintive de révéler cela, dévoilant un peu plus une partie de son âme. Ce serait extrêmement long à expliquer mais… je peux te le montrer.

Me le… montrer ? »

Dans un petit hochement de tête, la jeune femme acquiesça faiblement avant de se lever en silence pour contourner la table et s'agenouiller à côté de l'héritière, ses yeux clairs rivés sur le visage calme et le regard vert, devenu plus sérieux. Une grimace déforma ses propres traits lorsqu'elle sentit une légère pression sur son bras, observant Sakura retrousser la manche du kimono gris pour laisser apparaître les traces restantes de son enlèvement. Sa peau d'albâtre semblait encore meurtrie, violacée, portant encore la marque des liens ayant entravé ses mouvements des heures durant. Towa avait réussi à faire disparaître les blessures sur son visage à l'aide d'onguents et cataplasmes, mais les bleus et coupures sur ses avant-bras cicatrisaient plus lentement. Un médecin hautement réputé avait été dépêché pour se rendre à son chevet dès son retour et il avait déclaré qu'il était miraculeux que son état soit aussi stable et rassurant, suggérant davantage le repos et le confinement qu'une anxiété maladive. Tandis qu'elle fermait les yeux, serrant les dents en sentant une vive douleur se propager sur l'ensemble de son bras, Sakura prit le plus grand soin de poser avec délicatesse de soutenir le fin poignet à l'aide de sa main gauche, avant de poser la droite sur la zone endolorie. Un instant, elle laissa son esprit s'égarer pour s'imaginer mentalement le sourire de celle qui lui était si chère, son mentor, dont elle n'oublierait jamais les préceptes. Sous la paume chaleureuse, une étrange et faible lueur verdoyante apparut au moment où l'héritière rouvrit les paupières, le regard clair cillant longuement avant de s'agrandir progressivement, le souffle court. Les deux prunelles émeraude étaient plongées dans une concentration parfaite, imperturbables, brillantes d'une intensité presque palpable à la contempler ainsi, Ino sentit son cœur battre plus fort, une vive émotion résonnant en elle. Un petit cri de surprise s'échappa de ses lèvres lorsque la jeune femme à la chevelure rose pâle recula sa main pour s'occuper du membre droit. Sous le regard vert silencieux, la blonde leva son bras tremblant pour le tourner et le tourner encore, ébahie, laissant apparaître une peau immaculée de toutes ecchymoses ou balafres. Aucune trace, plus rien. Sakura ne prononçait pas le moindre mot, se contentant d'opérer de la même façon, guettant la réaction de son amie lorsqu'elle prendrait conscience de la réalité et de ce qu'elle était en train de faire. Non, cela n'avait rien de « normal » ou « courant ». Sa respiration était plus frénétique en se redressant après avoir achevé de soigner chaque blessure, son cœur cognant dans sa poitrine face à l'appréhension. L'héritière des Yamanaka contempla encore un long moment le résultat avant de poser ses beaux yeux clairs sur le visage fermé de la jeune femme, crispant machinalement ses doigts, son propre regard presque fuyant.

« Sakura, ce que tu viens de faire… C'est…

— Bizarre ?

— Miraculeux ! Impressionnant même ! s'écria Ino en se jetant presque dans les bras de sa comparse, elle-même trop choquée pour réagir, se sentant serrée avec une fervente gratitude.

— Je… Ce n'est pourtant pas grand-chose…

— Tu plaisantes ? C'est un pouvoir incroyable que tu possèdes, il faut absolument que tu m'en apprennes davantage !

— Tes contusions étaient bénignes aussi, j'aurais mis bien plus de temps si ça avait été une plaie plus profonde. Et puis ça prendrait un temps fou pour tout t'expliquer, ajouta Sakura en jetant un coup d'œil au ciel prêt à se parer du manteau de la nuit. J'ai promis au commandant Hatake que…

— Oh, au diable le commandant Hatake ! répliqua la blonde en levant une main pour chasser de l'air, faisant fi du regard interloqué de son amie. J'ai déjà missionné Chôji pour le prévenir via l'intermédiaire de Shikamaru que tu passerais la nuit ici.

— C-Comment ? Mais je…

— Il n'y a pas de mais qui tienne, de toute façon, Chôji a l'obligation de céder au moindre de mes caprices. Hors de question que je laisse ma précieuse nouvelle amie s'en tirer par une pirouette en esquivant mes questions – et elles sont nombreuses, murmura-t-elle dans un petit rictus taquin en attrapant les mains de la jeune femme, s'amusant de la voir déglutir par peur d'une quelconque sentence. D'autant plus que je meurs d'envie de connaître la réaction de ces valeureux messieurs du Koueichiimura quant à la surprise de découvrir ce qui se cachait sous les haillons d'un jeune freluquet… »

Les joues de Sakura s'empourprèrent derechef à l'entente de cette phrase, bredouillant des mots incompréhensibles pour se justifier en disant qu'il ne s'était rien passé d'extraordinaire, à la plus grande joie d'Ino qui ne put s'empêcher de rire face à cette soudaine gêne s'imaginer la réaction de certains la divertissait énormément. Un sourire confiant traversa alors son visage. Elle l'avait pressenti, lorsque leurs regards s'étaient croisés pour la première fois, au milieu du marché, que cette rencontre s'avérerait surprenante… inoubliable. Pour elle, pour d'autres. Elle l'avait pressenti. Mais plus que tout, l'héritière en était certaine. Le destin était en marche.


Des rires de-ci de-là, des bruits de pas martelant les planchers de la vieille bâtisse, un courant d'air qui la faisait frissonner sous le kakebuton pourtant chaud et épais des petites choses, insignifiantes certes, mais suffisamment agaçantes aux yeux de la jeune femme qui aurait préféré ne pas être réveillée de si bonne heure. Elle se tourna et se tourna encore sous la couverture, glacée, ramenant son yukata sur ses cuisses nues. Sa tête lui semblait lourde sans même s'être levée, la bouche pâteuse, ankylosée. Ereintée. Cette nuit n'avait pourtant pas été courte et elle se demanda si elle n'avait pas trop dormi l'heure n'était peut-être pas si matinale qu'elle l'eut cru. Un énième gloussement retentissant dans le couloir lui parvint aux oreilles et la fit pester entre ses dents, se relevant d'un geste brusque pour fustiger le shōgi d'un profond regard noir. Sa chambre baignait dans une légère clarté mais elle pouvait sentir que le temps à l'extérieur n'était pas aussi clément que celui des jours précédents. Avec lenteur, elle rajusta son vêtement qui baillait sur une épaule dénudée puis dénoua la natte grossière, laissant retomber dans son dos une cascade de cheveux flamboyants. Elle soupira en passant une main dans sa chevelure, songeant qu'il lui faudrait les laver. Une légère douleur martelait son crâne, vraiment, elle n'avait que trop dormi. La cacophonie à l'extérieur des murs lui annonça que la matinée était déjà bien avancée, peut-être même à son terme. A quoi pouvait bien lui servir cette kamuro* si incapable pour ne pas prendre le soin de la réveiller ? De nouveau, elle pesta entre ses dents en soupirant de lassitude.

« Yasuko* ! aboya-t-elle d'une voix forte, certaine d'être entendue par toute la maisonnée. »

Quelques secondes défilèrent avant que des bruits de pas précipités n'atteignent le couloir, se rapprochant davantage avant de se stopper net derrière la porte, jusqu'à entendre un petit coup porté sur le bois. Le battant coulissa dès l'instant où la jeune femme au regard vermillon ordonna à la petite servante d'entrer, agenouillée, s'inclinant respectueusement devant celle qu'elle devait suivre comme son ombre, se pliant au moindre de ses ordres. L'agacement présent dans le fond des prunelles rougeâtres la fit déglutir instantanément.

« K-Karin-san, la salua-t-elle en bégayant, effrayée, courbant de nouveau la nuque pour ne pas l'offenser. »

— Yasuko, combien de fois t'ai-je dit de ne pas me laisser dormir si tardivement ? Ne dis rien, je ne veux pas entendre la moindre excuse, cela se répète à chaque fois. Quelle heure est-il ?

— P-Presque midi, bafouilla en retour la petite aux deux nattes basses, la tête encore baissée vers le sol, sachant qu'il était inutile d'essayer de se justifier. »

La dénommée Karin soupira une nouvelle fois, consternée par le manque de jugeote de cette gamine d'une dizaine d'années qui avait été affublée par la vieille tenancière sans son consentement. Si elle avait eu le choix, jamais elle n'aurait été s'enchaîner à un boulet pareil. Et ce mal de tête qui empirait… Elle ferma les yeux.

« Bon, inutile de te préciser mon énième déception. Ma journée est presque déjà terminée, je ne serais jamais suffisamment disposée et apprêtée comme il le faut pour ce soir, les clients risquent de me le faire remarquer. Soit, ajouta-t-elle en se relevant dans un troisième soupir, posant à peine un regard sur la servante. Je déciderai de la manière dont je te punirais plus tard. Débarrasse ma literie s'il te plaît. »

La petite Yasuko, les joues écarlates, lui adressa une nouvelle courbette avant se redresser pour se hâter d'ouvrir les battants extérieurs et apporter de l'air à la jeune femme qui s'approcha lentement pour s'accouder à la balustrade et laisser son regard couler sur la ville. La seirō* était située à l'extrême opposée du cœur de Konoha, au bout de l'enceinte, et comptait parmi les plus imposantes du Yoshiwara. Les murs en bois de la bâtisse étaient cependant rouges, car peu de ses pensionnaires étaient considérées comme des oiran* à part entière, la très belle Karin étant l'une des rares exceptions. Il n'était pas rare que certaines filles s'éclipsent à la fin de la soirée en compagnie de clients pour passer la nuit dans des auberges plus ou moins douteuses, toutes situées dans le quartier des plaisirs évidemment. Aucun de ces messieurs n'aimerait être aperçu à l'extérieur de l'enceinte, par crainte des représailles de leurs épouses, employeurs ou lieutenants de la garde, et ce qu'il se passait au Yoshiwara demeurait toujours à l'intérieur des murs du Yoshiwara. La jeune femme, et quelques autres de ces comparses, pouvaient au moins jouir d'une certaine tranquillité de ce côté tous leurs clients, nobles érudits, valeureux généraux, célèbres artistes, voyageurs fortunés, tous étaient scrupuleusement sélectionnés par la dirigeante de l'établissement. Elle ne laissait pas entrer n'importe qui car sa « marchandise ne valait pas n'importe quoi ». Mais cet argument se valait…

Jetant un bref regard par-dessus son épaule, Karin aperçut la petite servante qui achevait de préparer le nécessaire pour sa toilette. Puis elle repensa, une grimace dégoûtée sur les lèvres, au souvenir de la soirée de la veille. Ce vieux ambassadeur de Kiri ne lui avait pas lâché la grappe durant tout le long de leur entrevue, elle, se forçant à sourire et à rire à toutes ses histoires inintéressantes en emplissant des coupes de saké qu'elle fut obligée de partager avec cet homme répugnant, le regard salace, espérant y mettre un terme dès que sa petite concoction aurait fait son effet. Elle n'avait même pas eu besoin de dénuder la moindre parcelle de sa peau lorsqu'il tomba de tout son soûl, ivre et drogué, à la plus grande satisfaction de la jeune femme à la chevelure de feu qui n'aspirait qu'à une chose, rejoindre le monde des songes au plus vite. Avant de le quitter, elle avait pris soin de le dévêtir légèrement pour qu'à son réveil, il puisse croire avoir passé un moment de délice et de concupiscence en sa compagnie. Telle était la règle : une oiran ne passait jamais la nuit dans les bras de son client, quel qu'en soit le prix dûment versé avant toute rencontre. Le subterfuge de Karin n'avait jamais été découvert, puisque certains de ses clients revenaient et revenaient encore, s'imaginant passer quelques instants sensuels alors que la réalité était toute autre. Cependant, elle se laissait aller à quelques cajoleries avec quelques habitués plus ou moins plaisants, que ce soit pour se voir comblée de présents coûteux ou simplement, pour le plaisir charnel que ces entrevues lui procuraient. Une courtisane, oui, mais une femme avant tout. Bien que les élans de son corps et de son cœur, eux, n'appartenaient qu'à un seul homme. Sa mauvaise humeur s'intensifia un peu plus. Des rumeurs lui étaient parvenues à travers les discussions de certaines filles mais elle n'y avait pas prêté attention, plus intéressée par la joie de revoir cette personne que par les allégations qui pouvaient indirectement la concerner. Plusieurs jours déjà qu'elle n'avait pas eu droit à sa visite plusieurs jours déjà que son amabilité devenait inexistante, donc, s'attirant les foudres de plusieurs filles qui la toisaient violemment du regard lorsqu'elle passait à côté d'elles, hautaine comme jamais. Car c'était elle, et elle seule, qui avait les faveurs de cette homme. Au grand désarroi des autres… Mais peut-être viendrait-il ce soir. Elle l'avait espéré le soir d'avant, et le précédent encore, l'espérerait le lendemain.

La petite voix de Yasuko la tira de sa rêverie en lui demandant ce qu'elle souhaitait porter comme tenue et elle se retourna vivement, bien décidée à ne pas se laisser aller pour si peu. Elle choisit une tenue sobre car elle escomptait pouvoir se prélasser aux bains publics, peu fréquentés à cette heure de la journée. Sa kamuro l'aida à se rafraîchir puis à l'habiller en silence, encore penaude, faisant attention au moindre de ses gestes pour ne pas provoquer de nouveau le courroux de la oiran. Karin tenta de feindre de ne pas remarquer l'air dépité sur le visage de cette enfant qui aurait pu connaître un avenir meilleur si elle n'avait pas été vendue par sa famille pour quelques malheureuses piécettes d'argent. Elle ne la prendrait certainement pas en pitié vu sa maladresse maladive, cependant, elle pouvait rendre sa condition plus acceptable. A l'avenir, Yasuko finirait sûrement soit par devenir une simple yūjo*, soit par devenir une oiran… ou rien. Autant la guider sur le droit chemin dès à présent.

« Yasuko.

— O-Oui, Karin-san ?

— Tu vas m'accompagner aux bains aujourd'hui, murmura-t-elle en se tournant vers la petite servante qui demeurait figée, comme si elle n'avait pas compris ce qu'on venait de lui dire, affairée à ranger le nécessaire de coiffure. Comme cela, au retour, tu porteras mes paquets.

— Sauf votre respect, Nekobaa-sama ne me…

— Je me moque de ce que cette vieille Nekobaa peut dire. C'est à mon service que tu es, pas au sien. Tu viendras donc avec moi.

— J-Je… Entendu.

— Bien. Hâtons-nous à présent, autrement cette journée sera gâchée pour de bon. »

La kamuro acquiesça en s'inclinant poliment avant d'aller ouvrir le shōgi pour sortir à la suite de la jeune femme, arborant cette même attitude orgueilleuse et détestable, regardant de haut toutes les autres jeunes femmes qu'elles croisèrent en descendant les marches, ignorant les chuchotements et autres insultes soufflées par ces cupides vipères. Quelques chats miaulèrent à leur passage, guettant le retour de leur bien-aimée propriétaire, mais elle n'y fit pas plus attention. Un rictus victorieux déforma les traits de son pâle visage en passant l'entrée de la bâtisse, Yasuko sur ses pas. Bien sûr qu'elle se savait jalousée, enviée, méprisée par ses pairs. Plusieurs marchands de passage ou de la ville établis dans le quartier, y compris leurs clients et les autres figurants, se stoppèrent à la vue de l'élégante jeune femme au regard étincelant, à l'allure fière et impérieuse, marchant avec toute la prestance qui seyait à une grande dame. Certains hommes la sifflèrent mais elle les ignora fermement, attisant davantage leur désir envers pareille créature inaccessible. Sa beauté était froide, presque cruelle. La couleur de ses cheveux, telle une traînée de flammes aux myriades de reflet, attirait inexorablement le regard. Ses prunelles reflétaient le feu qui brûlait en elle, comme si sa condition, qu'elle acceptait, n'était qu'une passade. Comme si elle était certaine d'accéder à un titre bien plus imposant. Nombreux étaient ceux qui la considéraient, certes, non pas comme la plus belle, mais, sans conteste, comme la oiran la plus prestigieuse de Konoha. Et, sans conteste, Karin n'en avait que trop conscience.

Lorsqu'elles franchirent les portes du Yoshiwara pour rejoindre le centre de la capitale du Pays du Feu, elle demanda à la petite servante de se rapprocher et de ne pas s'éloigner, provoquant une grimace horrifiée sur le visage encore enfantin. Non pas qu'elle devait se sentir effrayée, mais il fallait rester sur ses gardes. Avec l'effervescence régnante des commerces à ce moment de la journée, il n'était pas rare que plusieurs bagarres éclatent à plusieurs endroits de la ville. Les gardes effectuaient régulièrement des patrouilles pour éviter tout débordement ainsi que les samouraïs au service du Seigneur Sarutobi, issus du Koueichiimura. Avec un peu de chance, elles pourraient tomber nez à nez avec certains de ses membres… Un frisson parcourut son épiderme. Ah, si elle pouvait simplement l'apercevoir, que ne pourrait-elle pas contenter le plaisir de ses yeux juste pour quelques secondes. Aux dires de certaines, l'organisation comptait parmi ses rangs un nouveau membre. La nouvelle avait vaguement intrigué Karin en entendant les commérages de ses pairs se demander à quoi ressemblait ce nouvel arrivant, s'il serait prêt à payer le prix le plus fort, s'il se montrerait doux ou taquin. Peu lui importait de connaître l'identité de ce samouraï, et à moins qu'il ne demande expressément de pouvoir la rencontrer, jamais elle n'aurait à lui adresser la parole. Plusieurs personnes les dévisagèrent tandis qu'elles prenaient la direction des bains, désignées du doigt par les femmes et épiées du coin de l'œil par les hommes. La jeune femme ne s'en sentait pas plus décontenancée contrairement à Yasuko qui sentait ses joues s'échauffer un peu plus, véritablement gênée, bien qu'une partie d'elle se donnait à cœur joie de pouvoir fouler le cœur de la ville.

Toutes deux traversèrent bien vite la cohue commerçante pour se diriger à l'endroit de leur destination, les nuages gris au-dessus de leurs têtes légèrement menaçants. Quelques gouttes tomberaient sans doute dans l'après-midi. L'entrée des bains publics apparut enfin dans leur champ de vision, à quelques mètres seulement, lorsque la jeune oiran perçut une voix qui lui était familière. Pas stoppés, sourcils froncés, elle promena longuement son regard écarlate sur la maigre foule de passants avant de le figer sur deux silhouettes féminines avançant dans leur direction. Un visage lui était méconnu. L'autre… Ah, l'autre… L'héritière prétentieuse du clan Yamanaka. Cette dernière, comme se sentant observée, s'interrompit dans sa discussion qui semblait si amusante pour poser ses beaux yeux clairs sur les siens, méprisants. Un petit sourire apparut aussitôt sur la commissure de ses lèvres, malicieux, suscitant un vif agacement dans les prunelles vermillon de Karin qui sourit à son tour, presque sardoniquement. Impossible de s'ignorer à présent. La jeune femme s'avança alors pour aller à la rencontre des deux autres demoiselles, l'une plus confiante que jamais, l'autre quelque peu désabusée. Plus elle s'approchait d'elles, plus Karin sentait son humeur maussade croître et croître encore. L'air de petite noble esseulée de cette Yamanaka Ino l'avait toujours exacerbée, n'ignorant nullement que derrière ce masque de jeune fille de bonne famille se cachait une parfaite manipulatrice. Elle, innocente ? Certainement pas dans les bras d'un certain samouraï… Ino, elle, savourait pleinement cet instant. Elle et Sakura venaient tout juste de quitter la tranquillité des bains publics, presque déserts, ayant ri et ri toutes les deux comme jamais. Son ami Chôji effectuait une course dans le coin pour les garder à bonne distance et s'assurer qu'aucun danger ne les guettait, l'héritière tout du moins, n'ayant eu d'autre choix que de se plier à la volonté de sa précieuse amie d'enfance qui faisait encore un caprice. Et si la fatigue ne les avait pas entraînées, elles auraient continué leur discussion jusqu'aux premières lueurs de l'aurore. Finalement, la blonde n'avait pas eu le temps de se confier sur sa relation avec l'Inuzuka, préférant de loin écouter les ragots du Koueichiimura de l'Uzumaki qui semblait la fuir ou l'éviter, de Shikamaru qui semblait au-dessus de toutes ces vérités, à Uchiwa Sasuke, visiblement exécrable. Cette précision avait fait sourire Ino, tout comme elle n'avait pu s'empêcher de relever la légère teinte pivoine qui avait coloré les joues blanches de son amie après lui avoir raconté la scène de son trébuchement dans les escaliers, le matin même. Il y avait eu un petit quelque chose de différent. Alors croiser ici, par le plus grand des hasards, la très célèbre Karin du Yoshiwara… Voilà qui promettait d'autres choses plus intéressantes encore. Le sourire de l'héritière s'élargit de plus belle.

« Mais quelle agréable surprise, s'exclama-t-elle d'une voix enjouée qui fit sursauter la petite assemblée, Sakura la première face au ton qui lui était familier. Vous ici, Karin-san. Cela fait si longtemps, ajouta-t-elle en inclinant brièvement la tête face à la jeune femme à la chevelure rousse, vivement imitée par son amie qui ignorait à qui elle s'adressait. »

Le regard vif de l'intéressée cilla lourdement, dardant l'héritière d'une œillade mauvaise en s'inclinant à son tour, bien que cela lui semblait être un effort douloureux et non-avenu. Elle manqua de faire claquer sa langue par mépris.

« Yamanaka-san. En effet, cela fait fort longtemps. »

Du poison, ses mots résonnaient comme du poison, comme si cela lui écorchait la langue de devoir les prononcer. Sakura tiqua derechef en l'entendant parler d'un ton si impérieux, qu'elle n'aurait elle-même jamais osé employer face à quelqu'un d'un rang supérieur au sien. Mais peut-être, qu'après tout, cette jeune personne était elle-même issue de la noblesse. Les deux jeunes femmes semblaient se connaître, bien qu'elle trouvait l'hostilité de cette « Karin » légèrement déstabilisante. Et il lui semblait, pour une raison inconnue, qu'Ino s'amusait beaucoup de la situation. Son air mutin apportait la réponse. Elle voulut la questionner mais la blonde reprit le fil de la discussion.

« Vous vous rendiez aux bains peut-être ? Il n'y a quasiment personne, c'est très agréable. Nous en revenons et l'eau y est exceptionnellement pure aujourd'hui. N'est-ce pas, Sakura ?

— Euh, je… oui, bredouilla la jeune femme en question, sous le regard passablement intrigué de Karin qui la dévisageait, curieuse. Vous l'apprécierez certainement, euh, Karin-san.

— Ah ah, ne sois pas modeste voyons ! Tu peux t'adresser à elle d'une façon tout à fait naturelle, nul besoin de formalité ici.

— I-Ino…

— Sakura ? releva la jeune oiran en questionnant du regard l'héritière qui persistait à vouloir sourire d'un air qui ne lui plaisait pas du tout. Il me semblait que votre jeune servante était prénommée autrement.

— Oh, mais Sakura n'est pas ma servante, répondit en retour la belle Yamanaka en attrapant le bras de cette dernière pour la rapprocher d'elle avec malice, ignorant son cri de protestation. C'est une amie. »

Les sourcils surlignant les prunelles vives s'arquèrent en silence, Karin ayant beaucoup de mal à imaginer qu'une quelconque femme de son âge puisse souhaiter devenir amie avec une fille aussi mesquine. Son propre caractère était parfaitement incompatible avec une personne pareille, bien qu'il soit aussi orgueilleux que le sien. A dire vrai, l'héritière des Yamanaka avait tous les arguments de son côté pour devenir une oiran si elle se trouvait un jour déchue de son rang ! Elle usait de ses charmes, minaudait sans arrêt auprès de la gente masculine… Vraiment, Karin la trouvait apathique. Et elle pouvait se targuer, elle, d'avoir mis la main sur l'objet de convoitise de la blonde aux airs faussement effarouchés. Se désintéressant de cette peste, la jeune oiran laissa courir son regard encore curieux sur le visage fuyant de sa soi-disant amie qu'elle avait pris pour sa nouvelle servante. Ses prunelles cillèrent. Une servante d'une telle beauté ne serait pas restée à ce rang très longtemps, passant plutôt à celui de concubine à défaut de pouvoir être une épouse légitime. Sa peau était beaucoup trop laiteuse, trop pure. Ses lèvres naturellement trop rosies. Ce kimono, aussi, aux couleurs chatoyantes, moulait bien trop gracieusement ses formes et la rendait bien trop élégante. Ses cheveux aussi longs que ne l'étaient les siens, comme une centaine de pétales de fleurs de cerisier… trop longs. Et ce regard vert. Limpide. Franc. Etincelant. Beaucoup trop étincelant. Et vraiment trop agaçant. Karin s'en détourna derechef avec dédain, au grand étonnement de la jeune femme se trouvant aux côtés de la blonde, sur la défensive. Cet air méprisable dans le fond de ses yeux… Presque le même que le sien, à lui. A croire que la moitié de la population de Konoha la jugeait sans la connaître. Et la petite kamuro, elle, assistait à la scène, totalement en retrait, constatant d'un air déconfit que les jeunes femmes étaient devenues le centre de l'attention de la majorité des hommes présents dans la rue. L'unique descendante du clan Yamanaka, l'une des oiran les plus en vues de la capitale et une magnifique inconnue au regard de jade… Quel tableau ! Karin fut la première à briser le silence.

« Veuillez m'excuser si je vous ai offensée, Sakura. Je vous souhaite un bon séjour à Konoha si vous êtes ici en visite.

— Oh non, je ne suis…

— Sakura n'est pas seulement de passage, intervint Ino en souriant à son amie qui fronça les sourcils, la tapotant à l'épaule pour la rassurer et la laisser faire. Elle vit ici désormais et peut-être même en avez-vous déjà eu vent, Karin-san.

— Je ne crois pas non.

— N'avez-vous pas entendu que le Koueichiimura comptait un nouveau membre dans ses rangs ? Car si c'est le cas, vous l'avez juste devant vous. »

Stupéfaite, les prunelles vermillon s'agrandirent à l'entente de cette phrase avant de se tourner vers l'intéressée, la fustigeant d'un sombre regard. Sakura tiqua sur le coup et cligna plusieurs fois des yeux, déconcertée d'être sondée avec un air aussi détestable. Le comportement de la blonde était aussi incompréhensible que le sien, ou du moins la jeune femme ne souhaitait pas prendre part au petit manège qu'elle avait mis en place. La mauvaise humeur de Karin était à son paroxysme à présent. Un samouraï ? Une véritable plaie oui ! Comment et pour quelle raison l'illustre commandant du Koueichiimura aurait-il accepté qu'une femme rejoigne leurs rangs ? Cela n'avait aucun sens. L'héritière avait pris le soin de tout lui dévoiler sans aucune subtilité, pour faire sortir de ses gonds un peu plus. Oh non, elle ne lui donnerait certainement pas ce plaisir. Se forçant à prendre un air aimable, elle appuya un peu plus son regard dans les prunelles verdâtres qui, vraiment, l'agaçaient. Cette femme…

« Vraiment ? prit-elle le soin de répondre, laissant un mince rictus dérider ses traits. Ma foi, je vous souhaite bon courage alors. Je gage que nous nous reverrons sans doute. Sur ce. »

La jeune femme fit alors signe à Yasuko qu'il était temps de prendre congé, cette dernière ne manquant pas de saluer les deux demoiselles, qui le lui rendirent, alors que Karin ne leur accorda plus la moindre attention, son esprit déjà rivé sur des pensées bien plus importantes. Elle ne leur avait déjà donné que trop de son précieux temps libre, n'obtenant en retour qu'une révélation qui se voulait dangereuse à ses yeux. Elle le sentait, sans le comprendre réellement, mais elle le sentait. Cette femme… Cette femme était une menace.

Sa silhouette venait de disparaître à l'intérieur des bains lorsque Sakura se ressaisit de cette rencontre pour le moins surprenante, l'esprit encore hagard, le regard perdu dans le vide. Elle avait beau soupeser et soupeser encore les paroles de l'héritière, rien, elle n'y trouvait pas ce qui avait pu susciter une pareille hostilité à son égard. Car si au début, cette femme avait focalisé son attention sur Ino en la toisant d'un air particulièrement condescendant, c'était sur elle que ses prunelles meurtrières s'étaient posées ensuite. Comme si elle s'était sentie en danger par sa seule présence… ce qui était parfaitement illogique étant donné que Sakura n'avait pas la moindre idée de son identité. Ino n'avait rien révélé, seulement son prénom, et le fait qu'elle avait été invitée au sein du Koueichiimura. Etait-ce cela qui l'avait mise en colère au point de la cribler de poignards invisibles ? A ses côtés, la blonde continuait de sourire comme si de rien était, véritablement amusée par la tournure des choses. Elle s'était attendue à ce genre de réaction, mais à ce point… Cette oiran se croyait-elle si invulnérable ? Apparemment non, pourquoi aurait-elle baissé sa garde sinon. A moins que la présence d'un nouveau membre féminin ne lui déplut à ce point à moins que ce nouveau membre féminin ne laisse pas de marbre une certaine personne. Si tel était le cas…

« Il va falloir m'expliquer pour quelle raison tu as agi de la sorte, Ino, murmura Sakura en sondant du regard son amie, les fins sourcils toujours froncés. Je ne connais absolument pas cette femme, mais une chose est sûre. Elle me déteste.

— Oh, ça oui. Et elle risque de te mépriser pendant longtemps, tout comme elle méprise toutes les femmes qu'elle considère comme une menace.

— Une… Une menace ? Sans avoir fait quoique ce soit ?

— Tu viens de rejoindre le Koueichiimura, ce qui signifie que tu risques de t'attirer les foudres d'un nombre important de demoiselles éplorées. Mais sois rassurée, tu viens de faire la connaissance de la plus orgueilleuse et la plus insensible d'entre elles.

— Cela ne me rassure pas du tout oui. J'espère ne plus jamais avoir à croiser cette Karin.

— Je pense que tu la recroiseras plus d'une fois. Tu l'avais même peut-être déjà croisée avant.

— Où donc ? Je m'en souviendrais !

— Dans un endroit où tu n'étais pas censée te trouver. »

Sakura allait répliquer que toute cette discussion n'avait aucun sens lorsqu'elle s'interrompit dans son élan, ne pouvant mettre qu'un seul et unique mot sur l'allusion de la blonde. Le Yoshiwara. Le quartier des plaisirs. Ce qui signifiait… Ce qui signifiait qu'elle venait tout juste de s'attirer les foudres d'une de ces influentes courtisanes qui pouvaient briser n'importe quelle personne par leur seule volonté et leurs atouts. Inconcevable. La jeune femme secoua la tête. Non, elle ne chercherait certainement pas à la croiser de sitôt. Ni là-bas, ni ailleurs. Mais l'héritière des Yamanaka avait raison, et ça, elle ne le découvrirait que plus tard.


Dans la pénombre de la pièce éclairée par le faible halo de la lune, le visage se dessinant sous la lueur d'une flamme vacillante, le jeune homme attendait patiemment. Il n'avait quasiment pas touché à la bouteille de saké qui lui avait été offerte, apportée par une enfant qu'il n'avait jamais vu, âgée tout au plus de douze ans. Trois coupes tout au plus. Quelques rires gutturaux résonnaient sur les murs de la bâtisse en bois et les entendre le dégoûtait profondément. Combien de vieillards venaient se soûler ici avant de payer plus encore des heures de luxure ? Combien de femmes étaient battues si elles ne satisfaisaient pas leurs désirs comme eux l'entendaient ? Chaque cité, port de commerces ou villes moyennes comptait son propre quartier des plaisirs, perçu comme scandaleux pour les uns et profitable pour les autres. L'or y était continuellement brassé, que ce soit par les tenancières des maisons closes ou par les commerçants installés et certains d'en tirer le meilleur profit. La débauche menait à la richesse, et le Yoshiwara n'échappait pas à la règle. La capitale du Pays du Feu pouvait se targuer de compter parmi les plus influentes de leur nation et les hommes importants s'y réunissaient assez souvent. Il n'était pas rare que lors d'une rencontre officielle, il soit fait appel aux services des oiran ou des tayū pour offrir une compagnie des plus agréables à leurs hôtes. Des mets savoureux, du saké et de la chair féminine pouvaient à eux seuls conclure des contrats coûteux entre plusieurs états. Et si les invités étaient empreints à poursuivre la nuit dans les bras de ces fascinantes créatures, le prix doublait encore. A cette pensée, le jeune homme laissa un rictus traverser son visage. Jamais il n'aurait recourt à ce genre de procédé qu'il jugeait déplacé et peu conventionnel. Il faudrait être sot, surtout, pour se laisser appâter par des sourires enjôleurs et des battements de cils si la finalité menait à la ruine. De tels péchés ne devraient pas engourdir l'esprit, ni le déstabiliser si aisément. Déstabiliser. Il claqua la langue en songeant à ce mot qu'il maudissait intérieurement depuis quelques jours.

Agacé, il soupira avant de vider le contenu de sa quatrième coupe, l'alcool brûlant se déversant dans sa gorge en esquissant une légère grimace. Boire était véritablement infect. Puis il reposa la coupe dans un petit bruit sec avant d'attraper le poignard qu'il avait laissé sur la petite table basse. Le jeune homme le fit tourner dans sa main, machinalement, ses prunelles onyx rivées sur le symbole rouge et blanc peint sur le manche noir. Il ne le contemplait pas vraiment, se contentant de le faire tourner encore et encore, ses pensées au-delà de la réalité. Toute trace de sang avait disparu depuis qu'il avait vraisemblablement servi à ôter la vie d'un des hommes ayant intenté à la vie de l'héritière du puissant Yamanaka Inoichi. Naruto le lui avait rendu, pâle comme un mort, sans prononcer le moindre mot. Lui n'était arrivé sur les lieux que peu de temps après, alerté par les cris de détresse de celle qui avait été kidnappée. Le souvenir de la scène était flou désormais, mais il n'avait pas oublié, loin de là, avoir ressenti une profonde colère grandir du fond de ses entrailles. Son regard venait à peine de se poser sur le corps inanimé, enveloppé dans les bras de Yamanaka Ino, laissant apparaître dans ses cheveux des nuances aussi pâles que dans ses souvenirs. Son sang s'était glacé sur le champ. Cette femme, ignorante et inconsciente, bornée et insolente… N'avait-elle pas saisi le sens de ses propos ? N'avait-elle pas compris que loin de l'encourager, il l'avait rabaissée pour la tenir à l'écart du danger ? Les ordres étaient les ordres, et s'il n'éprouvait pas autant de respect pour leur commandant, il lui aurait collé son poing dans la figure. Oh oui. Le seul fait de l'avoir recueillie, en connaissance de cause, était déjà une grave erreur. Là… C'était inacceptable. Alors il ne pouvait s'empêcher de penser que oui, pour son propre bien, lui planter une flèche entre les deux yeux aurait été bénéfique à chacun. L'assommer pour deux bons jours au moins.

Déstabilisant. Son regard l'insupportait, candide à souhait, pathétiquement larmoyant et… agaçant. Déstabilisant. Trop clairs, trop brillants, trop innocents. Ces deux prunelles émeraude le rendaient fou. Le jeune homme avait failli se mordre la langue au moment de l'impact de son corps contre le sien, la veille, lorsqu'elle s'était jetée dans les escaliers du haut de ses sandales de bois. Il ne l'avait pas heurtée, c'était elle qui était tombée. Elle qui s'était accrochée à ses bras presque douloureusement, lui, se remettant à peine du choc en ayant cessé de respirer. Ses épaules tremblaient lorsqu'elle avait, après quelques secondes, relevé ses yeux pour se plonger dans les siens. Déstabilisante. Ce n'était plus un gamin frêle nageant dans des vêtements trop amples qui se tenait devant lui, contre lui c'était une femme, vêtue d'un kimono qui la mettait considérablement plus en valeur que des haillons, les lèvres pleines et roses. Déstabilisante. La surprise de la découvrir ainsi, alors qu'il revenait à peine d'une longue et pénible mission et qu'il n'aspirait qu'à une chose, dormir, n'avait fait que renforcer sa mauvaise humeur. Pourquoi et pour qui était-elle accoutrée de la sorte ? Ces deux questions s'étaient entrechoquées dans son esprit tandis qu'il s'était renfrogné, l'écoutant murmurer des excuses qu'il n'avait pas envie d'entendre. Pourquoi s'excusait-elle d'abord ? Son poignard lui était revenu intact, légèrement maculé d'un rouge poisseux. Elle avait du s'en servir. Elle, si menue et si empotée. Impensable.

Le jeune homme secoua la tête, se fustigeant encore de repenser à tout ce qui s'apparentait à cette personne, ses yeux, son visage, sa voix… tout. Il n'était plus capable de réfléchir correctement, et, ne plus se sentir maître de ses émotions à cause d'une petite sotte pareille, cela l'énervait profondément. Il lui fallait se reprendre, annihiler de son esprit toute pensée la concernant, et la solution était évidente. Cela faisait plusieurs semaines qu'il n'était pas venu lui rendre visiter, occupé par des affaires et dernièrement, tiraillé par ses contradictions. Comme à son habitude, il était passé par la porte de derrière réservée seulement aux filles et à leurs jeunes servantes. Même si le dialecte voulait que « ce qu'il se passait au Yoshiwara demeurait toujours à l'intérieur des murs du Yoshiwara », il ne souhaitait pas être vu, s'y rendant toujours aux heures sombres de la nuit. Naruto ne l'ignorait pas, lui lançant plusieurs fois des plaisanteries salaces en le questionnant sur le nom de ses préférences. Mais il n'en avait aucune. Tout comme il n'avait jamais jeté son dévolu sur une des nombreuses héritières qui lui avaient été présentées par leurs paternels, cherchant à s'approprier la renommée de son nom par un mariage arrangé plutôt que trouver un époux aimant à leurs filles. L'amour n'avait pas de place dans la noblesse et lui non plus, d'ailleurs, ne se laissait pas attendrir par des sentiments volatiles. Celle dont il avait obtenu gracieusement les faveurs en avait parfaitement conscience. Jamais il ne chercherait le plaisir de sa compagnie, ni à la satisfaire par de petites attentions.

Des petits pas feutrés retentirent dans le couloir et il tendit l'oreille lorsque l'on frappa sur le battant en bois, un bruit de porte coulissant pour s'ouvrir et se refermer. Il demeura, le regard rivé sur son tantō, sans tourner la tête une seule fois. La jeune oiran, elle, se tenait droite, le souffle court. Son cœur battait douloureusement. La silhouette de l'homme accroupi devant la petite table basse ne lui dévoilait que son dos, les cheveux de jais retombant dans la nuque légèrement dévoilée. Enfin, elle le revoyait enfin. Un client l'avait réclamée à la dernière minute lorsqu'elle apprit de la bouche de sa petite kamuro que quelqu'un l'attendait dans sa chambre. Son palpitant avait effectué un soubresaut dans sa poitrine, priant mille fois et mille fois encore qu'il s'agisse bien de lui. Une autre de ses comparses avait décidé de poursuivre la nuit en sa compagnie, ne souhaitant nullement partager un gain si précieux avec cette peste qui se croyait supérieure aux autres. Cela était parfait et tombait au moment opportun. Puis elle s'était éclipsée de la pièce en saluant une dernière fois le client avant de s'empresser de quémander l'aide de Yasuko pour la rendre plus présentable. Après tout ce temps, elle se devait d'être le plus désirable possible à ses yeux. Mains jointes au niveau de son ventre, Karin s'inclina avec respect.

« Uchiwa-san. »

Aucune réponse. Sa main libre, cependant, se saisit du guinomi vide. La jeune oiran sourit et s'approcha avec lenteur pour s'agenouiller à ses côtés, courbant de nouveau la tête, et attrapa avec délicatesse le tokkuri en porcelaine pour y servir le liquide transparent et odorent. Elle le regarda porter la coupe à ses lèvres, souriante, se délectant de son profil si parfait. La première nuit, elle n'avait pas réalisé quelles seraient les conséquences de cette relation. Jeune et inexpérimentée, son aspect de l'époque était aux antipodes de ce qu'elle était devenue aujourd'hui. L'illustre Uchiwa Sasuke. Un nom qu'elle avait entendu plus d'une fois, susurré par des aînées qui ronronnaient de plaisir en imaginant l'homme qu'il deviendrait avec les années, et elles avaient été récompensées au-delà de leurs espérances. Et elle ne comprit que plus tard, pourquoi il l'avait choisi elle, et pas une autre. Si la raison l'avait révoltée en premier lieu, désormais, elle ne laisserait sa place à aucune autre. Son cœur ne lui appartenait pas, certes, mais sa concupiscence, elle, était sienne. Karin se sentit rougir en pensant à cet instant de volupté qui les unirait tous les deux, cette nuit, lorsqu'elle repensa à un détail bien moins appréciable. A bien y réfléchir, sa longue absence et cet évènement étaient forcément liés. Un sentiment aigre s'empara de son être tandis qu'elle se demanda comment amorcer la discussion. Elle ne pouvait lui faire de scène, il n'y avait pas lieu d'en faire une. Mais si elle pouvait lui soutirer quelques informations… Son sourire s'intensifia, mielleux.

« Cela faisait longtemps que vous ne m'aviez pas rendu visite, Uchiwa-san. Je craignais de ne plus vous revoir.

— J'avais fort à faire, répliqua le samouraï sans la moindre attention à son égard, continuant, malgré lui, de fixer ce stupide poignard.

— J'ai ouï dire, effectivement, que le Koueichiimura a été vivement sollicité dernièrement. L'enlèvement de l'héritière des Yamanaka, l'arrivée d'un nouveau membre dans vos rangs… »

La main de l'Uchiwa se crispa aussitôt sur le manche en bois, ses sourcils se fronçant derechef. Karin ne laissa rien paraître, parée de son masque d'indifférence dans son for intérieur, elle fulminait.

« Comment es-tu au courant de cela ? murmura t-il d'une voix morne, sans aucune once de gentillesse.

— Oh, des commérages de-ci de-là. Bien que la nouvelle risque d'en attrister plus d'une lorsqu'elles apprendront qu'il ne s'agissait pas d'un homme.

— Et d'où tiens-tu pareille calomnie ? »

Cette fois, il la regardait droit dans les yeux, la glaçant d'un regard empli de noirceur qui lui fit se mordre l'intérieur de sa lèvre. Devait-elle lui révéler qu'elle venait tout juste de faire la rencontre de ce « nouveau membre » et qu'il ne pouvait la duper ? Impossible. Elle ne connaissait pas encore les détails de son arrivée dans l'organisation dirigée par le commandant Hatake Kakashi, pire, elle ignorait totalement la nature de sa relation avec les autres samouraïs. Etaient-ils proches ? Etait-elle arrivée par la connaissance de l'un d'entre eux ? Non, il lui fallait encore découvrir les tenants et les aboutissants de la situation. Et elle ne pouvait avouer non plus l'avoir entendu aujourd'hui, autrement il comprendrait son allusion à la présence de cette Sakura en compagnie de la peste de Yamanaka. Karin se força à reprendre contenance, laissant glisser sur son visage un air fugace.

« Vous avez du faire la connaissance de ma nouvelle kamuro, je présume ? Eh bien, c'est Yasuko qui me l'a rapporté, le tenant elle-même d'une servante au service du clan Yamanaka. Leur héritière se vantait de s'être fait une nouvelle amie récemment arrivée au Koueichiimura. Prénommée Sawa… Ah, non, Sakura. Elle m'en a parlé… il y a de cela quatre ou cinq jours, peut-être ? Je ne m'en souviens plus. »

Les yeux taillés dans du charbon cillèrent avant de se détacher des siens et l'Uchiwa détourna son visage, un pli soucieux sur le front. Karin était stupéfaite. Alors, il ne le niait même pas ? Cette fille s'était donc bien immiscée dans leur quotidien ? Dans sa vie ? Jamais encore elle ne lui avait vu pareille expression. Il ne semblait pas en colère, ni attristé. Mais les contractures de sa mâchoire, son poing serré et son regard perpétuellement perdu dans le vide, rivé sur cette lame… tout laissait croire qu'il était perturbé. Déstabilisé. Cela ne pouvait être. Les mots franchirent la barrière de ses lèvres avant qu'elle ne put les contenir.

« Et cette femme, est-elle jolie ? »

De nouveau, les doigts du brun se contractèrent et quelque chose changea dans son regard. Le sourire de Karin s'effaça aussitôt. Sasuke, lui, se maudissait toujours plus intérieurement. Pourquoi lui posait-elle toutes ses questions ? Il était déjà impensable qu'elle puisse être au courant de la situation quand il n'était même pas sûr que le Seigneur Sarutobi le soit. L'attitude de Karin le rendait perplexe et l'agaçait au plus haut point. Ce n'était pas pour supporter ses simagrées qu'il était venu ce soir, et puis elle poursuivait ses insinuations, moins il avait envie de rester. Un profond soupir de lassitude et il tourna son visage vers la oiran qui ne pipait mot, le regard brûlant.

« Peu importe qu'elle soit jolie ou non. Cette information n'aurait jamais du être révélée et je te serais gré de ne pas l'ébruiter. Suis-je assez clair ?

— Je ne vous trahirais pas, Uchiwa-san. Je ne l'ai jamais fait.

— Rien de tout cela ne te concerne, Karin.

— Mais comprenez que je puisse me poser des questions, continua Karin sur sa lancée, s'emportant plus qu'elle ne le devrait. Votre absence et l'arrivée de cette Sakura, il y a de quoi… »

L'élan de la jeune femme fut coupé par les lèvres fougueuses qui l'empêchèrent de continuer à parler, scellant avec force les mots qui menaçaient de sortir. Le bras de l'Uchiwa avait attrapé le sien pour la maintenir contre lui, le contact se faisant plus intense, presque brutal. Karin répondait ardemment à ce baiser qui n'en était pas vraiment un aux yeux de Sasuke. Il fallait qu'elle se taise, il fallait qu'il l'arrête. Qu'elle cesse de parler d'elle. Qu'elle cesse de prononcer son prénom. Tellement, tellement agaçant. Le souffle court, il mit fin à son emprise en détachant sa bouche de la sienne, la dardant d'un regard sombre pour que la oiran comprenne que sa patience avait ses limites. Il fallait que cela cesse.

« Karin, je ne me répèterai pas. Que ce soit ma vie, mes faits et gestes ou tout ce qui s'y rapporte… Rien, rien ne te concerne. Tu n'as pas à t'en mêler. Si je continue de venir te voir, ce n'est que pour une seule chose. Et tu sais très bien ce que j'attends de toi… »

L'expression sur le visage de la rouquine, qui avait bu les paroles du brun ténébreux en s'accrochant à son regard, profond et implacable, se mua pour laisser place à une femme plus sensuelle que jamais. L'Uchiwa relâcha son bras et sentit son épiderme frémir lorsque les mains habiles de Karin passèrent sur ses épaules pour le dévêtir de son haori. Puis ses mains descendirent plus bas, devenues expertes pour défaire les nœuds des kimono et hakama, sa bouche se posant dans le creux de son cou pour y déposer de subtils baisers, enjoignant sa langue. Tandis qu'elle le déshabillait, Sasuke leva les yeux vers le plafond tamisé par la lumière de la bougie. Cela n'était pas désagréable, son corps réagissait de lui-même. Sans conteste, Karin savait y faire. Mais il repensa à ce baiser, presque dégoûté. Il avait failli la gifler et s'était contrôlé au dernier moment pour redevenir maître de ses émotions. Tout ce qu'il voulait, c'était oublier, le temps de quelques minutes, de quelques heures, celle qu'il n'arrivait pas à déloger de ses pensées. Jamais il n'aurait voulu entendre son prénom, résonnant en lui si intensément qu'il commençait à le haïr. Sakura. Il fallait que cela cesse. Lorsqu'il commença à caresser le corps de la courtisane, son regard, malgré tout, était encore ailleurs. La scène dans les bains lui revenait sans cesse en mémoire. Pourquoi avait-il fallu qu'il la voie ainsi ? Et, surtout, pourquoi se sentait-il aussi excédé de savoir que son meilleur ami l'avait vue ? Là, encore, le brun ne s'imaginait pas embrasser la peau nue de Karin. Il embrassait la sienne, blanche, s'imaginant la douceur de ses petits seins sous ses mains. Ses gestes étaient délicats et la jeune oiran s'extasiait en sentant les doigts rugueux courir sur son corps, frémissant tandis qu'un feu ardent naissait dans le creux de son ventre. Uchiwa Sasuke. Elle ne put s'empêcher de gémir lorsqu'il s'immisça au plus profond de son être et s'agrippa à ses épaules pour mieux le sentir à chacun de ses va-et-vient. Jamais il n'avait été brutal, ni doux, s'unissant à elle avec une passion toujours plus fervente. En tant que femme, elle était toujours comblée, savourant avec délectation le plaisir de ces quelques instants passés dans ces bras. Leurs entrevues lui paraissaient si courtes… Mais, il venait de la rappeler à l'ordre. Alors oui, elle lui offrait ce qu'il attendait d'elle. Son statut de oiran. Son corps. Son cœur. Jamais il ne la verrait de cette manière. Elle le savait. Tout comme se savait être la seule et l'unique femme avec laquelle il partageait cette relation. Cette autre femme, là, elle ne comptait pas. Ne compterait jamais. Karin y veillerait. Sans savoir que l'homme qui la serrait dans ses bras, lui, n'avait eu de cesse de penser à elle.

Le manteau de la nuit emporta l'ombre du jeune homme, contrarié, jusqu'à l'arrière de la bâtisse. Il venait tout juste de quitter la courtisane, sans un bruit, recouvrant son corps dénudé avant de s'éclipser silencieusement. Il n'y avait jamais d'au revoir. Il n'y en avait pas besoin. Il revenait toujours. Sasuke marchait avec lenteur lorsqu'il sentit quelque chose se frotter à ses jambes, puis un miaulement s'éleva et il se baissa à moitié pour gratter la tête du chat qui ronronnait sous sa caresse.

« Tu étais donc bien là. »

L'Uchiwa se redressa, fronça les sourcils puis s'avança vers la tenancière qui fumait à la pipe. Un rictus traversa son visage.

« Nekobaa-san. Toujours là, vous aussi.

— Evidemment. Crois-tu réellement que l'on puisse me remplacer aussi facilement ? Cette affaire ne tournerait jamais sans moi. »

Le rictus du jeune homme s'élargit un peu plus. La vieille Nekobaa faisait office au Yoshiwara depuis des années, bien avant sa naissance. Il ne l'avait toujours connu qu'ici en tout cas. Une femme qu'il ne fallait surtout pas énerver, ni agacer sous aucun prétexte. Les affaires étaient les affaires et quiconque prétendait le contraire se voyait aussitôt éjecté des murs de sa propriété. Ne souhaitant pas entamer une conversation à une heure si tardive ou si matinale, le brun salua d'un bref mouvement de tête la grand-mère avant de reprendre sa marche. La vieille dame tira un peu plus sur sa pipe. Et, plus que son prénom, l'Uchiwa n'aurait jamais imaginé être capable de détester des mots.

« Itachi est de retour au pays, mon petit Sasuke. »


Lexique de chapitre :

Towa : qui signifie « éternité » et on peut dire merci à Nefer )

Kakebuton : ce qui ferait office de couette pour nous

Tsubaki : nom japonais pour la fleur du camélia

Hanten : veste hiver d'intérieur portée pour se réchauffer, en général par-dessus un kimono

Sakura : j'ai précisé par une petite étoile car ce prénom peut tout aussi bien être utilisé par un garçon. Dans l'histoire, elle n'était donc pas obligée de prendre le prénom de son père – d'autant plus que ça a éveillé l'intérêt de Kakashi kukukuku…

Shintenshin no Jutsu : la très célèbre technique de transposition du clan Yamanaka. Se référer à Naruto Wikia !

Kamuro : « Les courtisanes de haut rang avaient souvent une ou deux apprenties, appelées kamuro, qui les accompagnaient et les servaient. En échange de la formation qui leur était donnée, la courtisane les habillait selon ses goûts. Ces kamuro sont donc souvent facilement reconnaissables sur les estampes car, en dehors de leur obi noué sur l'avant comme la courtisane, elles portent chacune exactement le même kimono. » définition Wiki !

Yasuko : qui signifie « enfant tranquille » et là encore merci Nefer ^^

Et pour oiran, yujo et tayu, se référer au chapitre 4 lorsque Sakura découvre le Yoshiwara.


KUKUKUKUKUKUKUKUKUKUKUKUUUUUUUUU !

Et voilà de quoi est capable une Mireba quand sa gougoulerie est à son paroxysme ! 8D

J'ose espérer que vous aurez apprécié ces 46 pages de pur sadisme, pour ne pas changer, pourquoi changer de toute façon ? C'est comme ça qu'on fait des choses exceptionnelles ;) et n'oubliez pas que je vous remercie du fond du cœur de continuer à me soutenir après toutes ces années ! You're da best !

Sur ce, mon avion part demain alors je vous dis à très vite pour de nouvelles aventures ! L'inspiration m'appelle !

BTSment (KYAAAAH !) tendrement et gougoulement vôtre, Mireba qui vous dit SAYONARAAAAAAAAAAAA MOUAHAHAHAHAHAHAAAAA 8D