I don't want a lot for Christmas ! There's just one thing I need ! Make my wish come truuuue ! All I want for Christmaaaas is... Un chapitre de Mireba-chan ! ;)

Bonjour, bonsoir, bonne nuit et autres salutations ! Hem... Comment dire que je m'excuse sincèrement pour la longue et éternelle attente entre le dernier chapitre et celui que je poste aujourd'hui. Là dernière fois, c'était avant de partir au Japon donc en juin 2017... Ouais ça craint. Vraiment vraiment désolée. Je ne suis pas excusable, j'ai principalement eu une grosse flemme et un énorme manque de motivation et d'inspiration. J'ai passé beaucoup de temps à faire de la correction de mémoires et autres textes pour des amis ce qui m'a permis de garder un œil sur les rouages de l'écriture. Une chose est sûre, je m'étais fixé l'objectif de sortir ce chapitre pour les fêtes. Un petit cadeau de noël pour vous, un cadeau d'anniversaire pour moi qui suit du 26... Et par Toutatis, j'ai RE-U-SSI !

Je suis vraiment très satisfaite du travail que j'ai fourni pour le chapitre qui suit et j'ose espérer qu'il saura vous plaire en retour. C'est avec beaucoup d'amusement, de sadisme et de gougoulerie que je l'ai écrit. Et vraiment, je ne vous remercierai jamais assez pour votre indéfectible soutien qui fait chaud au cœur. Cela fait très longtemps que je n'ai pas posté alors je sais que j'arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Que ce soit des anciennes comme les nouvelles lectrices, vous êtes vraiment extraordinaires et sans vos commentaires et vos encouragements, j'aurais sûrement arrêté l'écriture depuis belles lurettes. Alors du fond du cœur, merci merci MERCI :)

Place aux réponses anonymes !

Guest : merci pour ton commentaire ! J'ai un peu peur de publier mon histoire sur wattpad parce que j'y ai vu beaucoup de fanfics plagiées, mais c'est très gentil de dire que ça inspirerait la nouvelle génération, ça me fait très plaisir ! J'espère que tu aimeras la suite.

Amal : I'M HERE AND BAAAACK

Guest (bis) : merciii pour cette review qui m'a vraiment fait plaisir ! J'essaie de rendre Sakura de plus en plus forte alors j'espère qu'elle ne te décevra pas. Je vais tout faire pour ne pas vous abandonner et continuer cette histoire jusqu'au bout. A bientôt et encore merci !

Kushina-san : merci ! Et oui je continue bien cette histoire, preuve en image - en texte plutôt !

Yume-Yume : en voilà une adoratrice ! xD merciii ! comme promis et suite à ta supplication, voilà la suite, j'espère qu'elle te plaira ;)

Gomart : une lectrice fantôme c'est trop hyyyype ! xD Me dire que je suis une pionnière des fanfics Naruto françaises c'est vraiment le plus beau compliment que tu pouvais me faire, sincèrement. C'est trop d'honneur. Vraiment merci. J'espère du coup que la suite te satisfera et que ça restera à la hauteur de tes attentes :) à bientôt !

Hanahi-chan : ooooh ma gougoule si tu savais comme je suis HEUREUSE de pouvoir publier ce chapitre ! Je me suis vraiment déchirée en pensant à toi :D j'ai essayé de mettre autant de gougoulerie, de poésie et de lovudovu que possible héhé ! Tu vas voir que Mulan m'a un peu inspirée ce chapitre xD j'avais trop envie que Sasuke se mette à chanter "COMME UN HOOOOOMME" mais bon il ressemble pas encore à Patrick Fiori. Tiens j'espère avoir un jour mon dessin Kiba/Ino ;p je t'apporterai le matériel de dessin nécessaire huhuhu. Tu vas être ravie, pas de Karin dans ce chapitre xD maiiiiis il devrait y avoir Saï prochainement. Je sais combien tu détestes cette face de fion comme tu l'appelais :'D en tout cas, merci merci ma frangipane d'être là depuis tant d'années. Tu dois être ma lectrice la plus fidèle, dix ans qu'on se connaîtra l'an prochain. Une belle amitié comme la nôtre, il faudra VRAIMENT fêter ça ! ^^ je te fais plein de gros bisouuuus love you gougoule-powa !

Anonymous : et un nouveau chapitre, hip hip hip yeaaaah ! Eh oui Sasuke est un vrai coquin. J'ai hâte qu'il passe à l'action avec Sakura fufufu. Merci pour ton soutien !


Bien, il est à présent temps pour moi de céder la place pour vous laisser découvrir ce chapitre. Je me suis éclatée à l'écrire, vraiment, surtout les dernières scènes. Un merci à Nefer pour m'avoir supportée durant ces derniers mois, tu es la meilleure CC qui puisse exister ;)

A votre tour d'en profiter ! Et Noyeux Joël !


Les mains plongées dans le baquet d'eau, le quinquagénaire aux cheveux grisonnants achevait de nettoyer les bols en porcelaine et autres ustensiles de cuisine, le regard amer. Un soupir lui échappa. Ça ne s'était pas bousculé devant son échoppe aujourd'hui, les pluies éparses et les nuages sombres ayant dissuadé la plupart de ses habitués à mettre le nez dehors. Rien de meilleur qu'un gras et gros bouillon pour se réchauffer pourtant, pensa le vieux Teuchi lorsqu'il eut terminé sa corvée avant de s'essuyer les mains. Se retournant pour faire face aux quelques clients du jour, il prit part de bon cœur à la conversation des deux commerçants de passage qui guettaient la fin d'une légère averse pour prendre la route en direction de Kiri où ils espéraient y faire bon profit. Les affaires y étaient prospères grâce à son port où transactions et trocs se côtoyaient tout au long de l'année, en quelque saison que ce soit, le Pays de l'Eau faisant importer la plupart des denrées de première nécessité et exportant à son tour ses richesses. Le commerce de la mer était particulièrement florissant dans cette contrée. Les deux voyageurs finirent par se décider à sortir de leur abri et réglèrent la somme due au propriétaire de l'échoppe qui leur souhaita bonne chance si le temps ne devenait pas plus clément, puis il soupira une dernière fois en les regardant s'éloigner avant de ranger les pièces d'argent dans une petite besace. Son regard glissa alors sur la droite et cette fois-ci, il ne se contenta pas seulement de soupirer, fronçant les sourcils d'un air réprobateur. Derrière le comptoir se tenait son plus fidèle client, assis sur un tabouret, le regard vide fixé sur son bol de nouilles tièdes et ramollies. Accoudé, le menton posé dans sa main gauche tandis que l'autre tenait des baguettes en bois, il rêvassait. Le jeune homme n'avait pas bougé d'un pouce depuis qu'il avait été servi et les baguettes étaient encore liées, à croire qu'il ne s'était même pas aperçu que le tenancier avait déposé sa commande juste sous son nez. Lui qui d'ordinaire se jetait dessus pour engloutir son repas à une vitesse déconcertante… C'était bien la première fois qu'il n'y touchait pas sitôt le bol posé ! Non, il avait tout simplement l'esprit ailleurs, sourd et aveugle à toute autre chose que ses propres pensées. Que diable pouvait-il donc avoir en tête pour être aussi amorphe, ça, le chef de l'échoppe se le demandait franchement ! Et il était bien loin de penser que ce qui tracassait le petit cerveau de ce pauvre Naruto était une femme. Cela ne lui effleurerait même pas l'esprit.

Et pourtant, c'était bien à un membre du sexe opposé que l'Uzumaki songeait depuis plusieurs jours, ou plutôt rêvassait-il encore et encore la réalité qui s'était immiscée et imposée avec force dans son quotidien, son corps et son esprit. Aujourd'hui aurait dû être un jour de repos comme un autre, un jour où il se serait saoulé la veille en sachant pouvoir dormir jusqu'à midi, un jour où il se serait rendu en ville pour dépenser une partie de son argent en jeux et paris avant d'aller saluer quelques connaissances, leur ancien camarade Chôji pour commencer. Peut-être aurait-il songé à visiter des endroits moins fréquentables pour se laisser tenter par la concupiscence le temps d'une heure ou deux… Avant, oui, il n'aurait pas hésité à jouir de son temps libre de cette façon. Aujourd'hui, pourtant, le blond n'avait pas la moindre envie de faire une seule de ces choses. Il s'était levé aux aurores, s'était exercé dans la cour en exécutant des mouvements rapides avec un bokken* pour se dégourdir les muscles avant de passer à la pratique réelle en échangeant quelques coups d'épée avec leur commandant, Kakashi, apprêté à l'heure pour une fois et disposé à s'exercer lui aussi face à celui qui jadis, fut le plus cancre de ses élèves. Son statut auprès du Seigneur Hiruzen n'ayant cessé de croître au fur et à mesure des années, il était rare de le voir désormais à l'œuvre au combat plutôt que devant des piles de comptes-rendus à lire ou rédiger, aussi Naruto s'était-il plus ou moins réjoui de cette passe d'armes qui lui avait changé les idées le temps d'une petite heure. Puis, harassé et soucieux de nouveau, il avait prétexté à son ami Kiba avoir besoin de se prélasser de la tête aux pieds et s'était empressé de quitter le pavillon de bois en entendant résonner depuis l'étage des voix cristallines, se hâtant de rejoindre les bains publics d'un pas précipité. Idée complètement stupide, puisqu'ici aussi, il y avait quelque chose pour lui rappeler la source de ses tourments. La peau rougie après avoir cogité trop longtemps dans l'eau bouillante, il avait accueilli l'averse tombant du ciel comme une bénédiction pour l'aider à sortir définitivement de sa torpeur, et son estomac, contrarié lui aussi, l'avait conduit naturellement vers le lieu de Konoha le plus prisé par ses papilles, chez Ichiraku. Mais là encore, il avait réalisé que la dernière fois qu'il était venu se remplir le ventre de nouilles, c'était en compagnie de cette personne. Et depuis, il n'arrêtait pas de rêvasser.

Son intuition ne l'avait pas trompé finalement. Lui qui avait passé des heures à se torturer les méninges en se disant que non, ce n'était pas possible, que son esprit lui jouait des tours en s'imaginant que leur nouveau compagnon ne pouvait pas être une femme, ne pouvait pas être cette femme qui l'avait hanté durant des nuits entières. Son regard de jade, sa peau laiteuse et son sourire… tout était reconnaissable. Kizashi, tu n'aurais pas une sœur jumelle par hasard ? Oh oui, comme Naruto se souvenait de cette phrase à présent, prête à franchir la barrière de ses lèvres et perdue à jamais dans les limbes de son esprit. Ce jour-là, il aurait dû comprendre. Ce jour-là, il aurait dû lui poser cette question plutôt que de l'enfouir par peur de s'être mépris, de fouiller là où il ne devait pas… peur d'avoir raison. Pourquoi craindre cela ? L'Uzumaki n'en avait aucune idée, même lui ne pouvait connaître tout ce qui nichait à l'intérieur de sa boîte crânienne, sûrement pas grand-chose. Mais voilà, les faits étaient ce qu'ils étaient. Il avait beau l'avoir rêvé, prémédité, espéré presque puis sauvagement refusé, le blond devait une bonne fois pour toute se faire à l'idée que oui, Kizashi et cette inconnue – qui n'en était plus une – n'étaient qu'une seule et même personne. Qu'il ne restait que Sakura. Et par les Dieux, il peinait vraiment à y arriver…

Se sentait-il gêné de savoir qu'une autre femme allait vivre à leurs côtés à la résidence ? Non, puisqu'il avait appris à vivre avec la cousine de Neji et qu'il s'en accommodait depuis déjà trois années. Cela faisait longtemps qu'il avait arrêté de se balader dans la machiya à moitié débraillé. Non, ce n'était pas ça le nœud du problème. En existait-il réellement un d'ailleurs ? L'Inuzuka le lui avait déjà répété plusieurs fois, personne n'aurait pu imaginer qu'ils avaient recueilli sous leur toit une jolie demoiselle sous ses guenilles et son visage constamment crasseux, à l'exception des plus perspicaces comme Shikamaru par exemple. A cette pensée, le blond fronça légèrement les sourcils et sentit sa mâchoire se contracter. S'il suffisait d'un peu de clairvoyance, alors Shikamaru ne devait certainement pas être le seul au courant… Quelqu'un d'autre aurait pu aisément le deviner aussi et ce quelqu'un n'avait visiblement pas choisi de lui en parler. Pourquoi garder cela pour lui ? Naruto avait du mal à comprendre, bien que cela expliquait aussi plusieurs questions demeurées sans réponse. Il soupira, las. Ruminer ce sujet ne ferait qu'accroître sa mauvaise humeur et il se sentait suffisamment minable comme cela sans devoir rajouter de la colère à sa morosité. Ce n'était pas pour cette raison qu'il se sentait coupable et horriblement désabusé, mais contre lui-même et sa crétinerie. S'il ne se pardonnait pas de ne pas avoir ouvert les yeux sur l'identité de Sakura, c'était parce qu'il ne se pardonnait pas d'avoir agi avec elle comme le plus parfait des imbéciles.

A ses yeux, Kizashi était devenu un camarade comme un autre, quoi de plus naturel alors que de se comporter devant lui de la même façon qu'avec ses pairs. Combien de fois avait-il failli lui déboiter l'épaule en le cognant dans un rire gras, se moquant ouvertement de son apparence trop maigrichonne pour un homme ? Probablement trop nombreuses pour les compter. Le blond soupira encore. Aussi… lui était-il seulement arrivé de se présenter devant elle avec quelque chose sur le dos ? En présence de la jeune Hyuuga, il faisait des efforts mais « entre mecs »… Un juron lui échappa brusquement et il reposa la paire de baguettes sur le bol, plaquant ses mains sur son visage devenu cramoisi, le tout sous le regard curieux du vieux Teuchi, perplexe. Non, il s'était constamment baladé à moitié nu devant une jeune demoiselle, pire, il avait même fait son fier en arborant juste sous son nez son corps musclé pour se vanter et l'inspirer comme modèle. L'inspirer comme modèle… ce qu'il pouvait être con. Puis sa mémoire le renvoya en arrière, quelques semaines auparavant, sur les lieux qu'il venait à peine de quitter. Le visage toujours couvert, Naruto déglutit. Cette scène, toujours la même, qui s'était répétée et répétée en boucle dans sa tête… Il devait l'oublier. Oublier l'intensité de son désir face à cette rencontre aussi fugace qu'impromptue, aussi grisante que déconvenue. Car si elle l'avait vu à plusieurs reprises torse nu, lui, avait également pu l'observer à loisir dans les bains, vêtue dans une tenue presque plus sensuelle que si elle n'avait rien porté tout court. Alors oui, il lui fallait impérativement oublier ce souvenir, autrement serait-il forcé de trouver un remède médicinal pour devenir complètement asexué.

Le chef de l'échoppe sursauta lorsque le jeune homme se claqua brusquement les joues, maugréant des « arrête d'y penser bon sang, arrête d'y penser » en secouant la tête pour chasser les pensées impures qui lui venaient à l'esprit. Peut-être que rester sous la pluie quelques heures lui rafraîchirait un peu la tête, oui, et peut-être aussi que le commandant lui passerait une soufflante méritée s'il venait à tomber malade après. Mauvaise idée. Si lui se triturait les méninges à ce point, qu'en était-il d'elle ? En un sens, il ne pouvait être qu'admiratif. D'où lui venait cette volonté inébranlable qui avait su la guider à travers ce long chemin pourtant semé d'embûches ? Se faire passer pour un homme, voyager seule et sans aucun moyen de défense, puis rejoindre leurs rangs ou encore, aller jusqu'à risquer sa vie pour une parfaite étrangère… continuer à sourire, à donner le meilleur de soi, même après que la vérité ait éclaté au grand jour. Lui-même n'était pas certain d'être aussi téméraire. Et cette fameuse rencontre dans les bains. A l'inverse de lui, complètement pantois, la jeune femme, elle, avait réagi avec désinvolture, le regard impérieux. Comme intouchable. Curieusement, il se souvenait aussi de ce sentiment de rabaissement, forcé de détourner le regard le premier, intimidé par sa prestance. Le rôle qu'elle s'était attribué ce jour-là ne pouvait que rendre justice à sa véritable personne, cela était indéniable. Il avait trouvé Kizashi bizarre, puis attachant. Sakura, elle, l'impressionnait. Tant et si bien que le jeune samouraï ne savait plus comment se comporter face à elle.

Il ne lui avait plus adressé la parole depuis qu'il avait accouru dans sa direction en la voyant agenouillée dans la cour avec la cousine de Neji, souriant toutes les deux, alors qu'il s'était fait un sang d'encre pendant des jours, soucieux comme jamais. Le choc de l'avoir secourue de la noyade et d'avoir découvert de ses propres yeux la vérité l'avait profondément troublé. Il avait osé poser ses mains sur son corps, sa poitrine, et même si les circonstances l'y avaient obligé, Naruto avait l'impression d'avoir commis l'impardonnable. Ce détail insignifiant s'était pourtant évaporé de son esprit dès l'instant où il avait réalisé qu'elle était blessée, le visage recouvert d'hématomes, la lèvre ouverte, le hakama ensanglanté. L'Inuzuka avait pris les choses en main, alerté lui aussi par les cris de détresse de l'héritière du clan Yamanaka, le secouant fermement pour le sortir de sa torpeur et l'aider à s'occuper de la jeune femme. Et il y avait ce tantō, peint et orné de l'éventail rouge et blanc, si familier. Le blond n'avait pas prononcé le moindre mot en le rendant à son propriétaire, bien incapable de lui parler à ce moment précis. Tout était clair à présent. Sasuke savait, il savait depuis le début que celui qu'ils avaient recueilli était en réalité une femme. Comment l'avait-il su, ça, Naruto ne voulait le savoir, trop stupide de ne pas s'en être aperçu à son tour et surtout en premier. Mais il ne pouvait être que déçu et énervé contre son meilleur ami pour lui avoir caché la vérité, à moins que ce ne soit qu'une excuse pour ne pas avoir à avouer qu'il était tout simplement jaloux de l'Uchiwa. Un juron lui échappa, un énième. Jaloux de quoi d'ailleurs ? Il ne s'était probablement rien passé entre elle et le brun, Sasuke devait sûrement la considérer comme un fardeau inutile et ne se préoccuperait jamais de son bien-être. Il n'en serait pas autrement. C'était une évidence. Ça le serait forcément…

Sous le regard toujours plus incrédule du tenancier de l'échoppe de nouilles, le blond se redressa légèrement pour détacher enfin ses baguettes et remuer le contenu de son bol, sans même penser à prononcer sa formule habituelle, le regard perdu. Le quinquagénaire n'en revenait décidément pas. Sans cesser son geste, Naruto reprit le cours de ses pensées en ruminant un peu plus les doutes qui l'assaillaient. Il fallait qu'il lui parle, qu'ils en discutent. Si Sasuke le considérait également comme un frère, il comprendrait pourquoi il voulait tirer les choses au clair. C'était décidé, il irait lui parler dès qu'il rentrerait à la machiya, puis il irait ensuite parler à la jeune femme pour s'excuser de son comportement. Durant tout ce temps, l'Uzumaki lui, n'avait eu de cesse de faire les cent pas dans la cour, jetant constamment des regards en direction de la pièce dans laquelle elle s'était isolée, rongeant son frein à l'idée qu'elle puisse – le risque était cependant faible – succomber à ses blessures. La douce Hinata l'avait plus ou moins rassuré sur son état et il n'avait pas insisté en la voyant elle-même soucieuse. Alors oui, son soulagement avait été immédiat en l'apercevant dehors, le cœur battant à tout rompre. Et lorsqu'il avait entendu sa voix cristalline, croisé son regard chaleureux et son sourire sincère, il s'était tu, figé. A plus tard, avait-il dit. Et depuis rien. Parce qu'elle était une femme, il l'évitait. Parce qu'à l'instant où elle lui avait fait face en tant que Sakura, Naruto s'était senti troublé comme jamais il ne l'avait été. Etait-ce à cause de son apparence, était-ce parce qu'il avait voulu la protéger, il n'en savait rien. Mais il n'arrêtait pas, encore et encore, de penser à la manière dont il s'était conduit en sa présence. Il l'avait brusquée, tantôt moquée, cognée, puis soûlée… A ce mot, le jeune homme écarquilla soudainement les yeux et lâcha sa paire de baguettes, avant de se taper le front du plat de la main. Le vieux Teuchi ne s'en étonna même plus.

« Je l'ai fait boire. Je l'ai forcée à boire. Mais quel abruti. Pourquoi est-ce que tu l'as fait boire bon sang ?

— De quoi parles-tu ? répondit le tenancier en fronçant les sourcils, se demandant si le blond réalisait enfin qu'il avait cogité pendant près d'une demi-heure avant d'ouvrir véritablement la bouche.

— A son retour, je l'ai fait boire. J'y crois pas. J'ai osé faire ça… soupira de plus belle Naruto, cachant à nouveau son visage entre ses mains.

— Et de qui parles-tu ?

— De notre… nouveau… compagnon, murmura à voix basse le samouraï, les oreilles écarlates. Celui que j'ai ramené l'autre fois.

— Tu veux parler de la jeune demoiselle qui t'accompagnait j'imagine ? »

Cette dernière phrase remonta lentement jusqu'au cerveau du blond, qui cligna bêtement des yeux en essayant de comprendre le pourquoi du comment, jusqu'à se redresser d'un bond pour poser ses mains sur le comptoir dans un mouvement brusque.

« Parce que vous étiez au courant de ça chef ?! C'est pas possible !

— Pourquoi ça ne le serait pas ?

— Qui vous a vendu la mèche ? Shikamaru ? Non, Kiba, je suis sûr que c'est ce vantard qui vous l'a dit pour se foutre de ma gueule, s'emporta l'autre en se redressant encore plus, à deux doigts de tomber de son tabouret, faisant osciller le grand bol de ramen sous le regard soudainement sévère du cuisinier. »

Le contenu ne tarderait pas à se déverser sur le sol si ce grand dadais de Naruto n'arrêtait pas bientôt de s'appuyer sur la planche en bois. Le tenancier de l'échoppe réagit aussitôt. Sa main s'abattit à la verticale sur le sommet du crâne du jeune homme avant même qu'il n'eut le temps de broncher, manquant de jurer sur le coup et se rasseyant sur son tabouret sans demander son reste.

« Vous êtes pas bien ou quoi ? marmonna t-il dans sa barbe, se frottant à l'endroit où une douleur vive naissait pour le narguer de sa bêtise. Vous m'avez fait super mal chef !

— Un peu plus et tu commettais le pire des sacrilèges en osant faire tomber le plat que je t'ai préparé, sale garnement, rétorqua ce dernier en plissant un peu plus ses yeux pour montrer son irritation, les bras croisés. Et tout ça pour une histoire de bonne femme…

— Comment le saviez-vous alors, que euh… que Kizashi… n'était pas… pas un homme ?

— Qu'est-ce que tu crois ? Je ne suis pas né de la dernière pluie mon garçon, j'ai du flair pour ces choses là. Il faut vraiment être aveugle pour ne pas s'être aperçu que c'était une fille.

— Ah, bah… faut croire que je suis aveugle alors, bougonna le blond en baissant son regard devenu penaud sur son bol, froid à présent. Je n'avais rien vu venir moi. Je suis vraiment con ma parole.

— Pourquoi te blâmer ainsi ? Ce n'est pas non plus la découverte du siècle.

— Non, bien sûr mais… Vous ne vous rendez pas compte chef ! Je me suis comporté avec elle comme si je l'avais fait avec un gars plus jeune que moi, comme un mec donc comme un abruti ! Je… Je l'ai fait boire ! J'ai fait boire une femme ! répéta t-il pour la deuxième fois de la soirée, consterné par sa propre connerie.

— Oh, arrête d'en faire toute une histoire ! Des femmes qui boivent, j'en connais à la pelle et elles s'en remettent toujours pour mieux se soûler la fois suivante. Tu ne referas simplement plus cette erreur maintenant que tu as compris que tu étais un imbécile qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez.

— Vous êtes vraiment dur chef…

— Et toi vraiment pas malin. Ah la la, moi qui me demandais vraiment ce qu'il t'arrivait aujourd'hui. Tu n'as même pas goûté une seule gorgée en plus, tu me fais honte.

— Vraiment désolé ! s'écria Naruto en baissant profondément la tête, claquant des mains en signe de rédemption. Mais j'ai super faim s'il vous plaît ! Je paierai double s'il le faut !

— C'est un véritable affront que tu m'as fait. Compte plutôt triple. »

La tête de l'Uzumaki s'affaissa encore plus de dépit, additionnant mentalement les prix pour trouver la somme et réaliser qu'il n'aurait pas assez d'argent sur lui pour payer le chef de l'échoppe, qui de son côté, réajusta son calot en souriant d'un air narquois, avant de retourner aux fourneaux. Bien sûr qu'il n'allait pas lui faire payer pareille somme, mais il voulait faire durer son petit plaisir en voyant le jeune homme compter ses pièces d'argent une par une et grimacer. Vraiment, il n'aurait pas cru que la source de ses tourments puisse se trouver en la personne de cette jeune femme. Au début, il l'avait prise pour un gamin chétif au visage innocent, beau comme aurait pu l'être un poète contant fleurette aux courtisanes. Ce qui lui avait mis la puce à l'oreille était d'entendre un garçon dans la force de l'âge avouer n'avoir jamais connu le plaisir de la chair… Impensable de nos jours. Il avait d'ailleurs été soulagé de le revoir en vie après l'avoir envoyé du côté du dangereux Yoshiwara. Lorsque le samouraï l'avait présenté comme un nouveau compagnon et que ce dernier avait détourné le regard, gêné et craintif, le quinquagénaire avait définitivement compris. Et oui, y repensait-il à présent, il fallait vraiment être aveugle pour ne pas avoir repéré pareil bourgeon de beauté.

Naruto avait fini par accepter sa bêtise monumentale en quittant l'échoppe Ichiraku, après avoir acquiescé plusieurs fois aux remarques du tenancier qui lui avait servi deux belles portions de ramens – mais sans viande pour le punir d'avoir dénigré sa première préparation. Le bouillon gras et chaud l'avait cependant requinqué et il était à présent fermement préparé et motivé à aller parler à Sasuke. On aurait pu croire que ce dernier avait déserté Konoha d'ailleurs, absent depuis plusieurs jours aux repas quotidiens et aux entraînements matinaux. Le regard azur cilla, soucieux. La dernière fois qu'il l'avait croisé, c'était à peine si l'Uchiwa lui avait accordé une once d'attention, les onyx plus sombres qu'à l'ordinaire, se contentant de lui répondre vaguement qu'il avait plus important à faire que s'exercer avec lui ce jour-là. Le blond avait grommelé qu'il ne lui ferait pas de fleur la prochaine fois mais il n'était même pas sûr d'avoir été entendu par son acolyte. De nouveau, Naruto ne put s'empêcher de se demander si ce comportement était lié à la présence de la jeune femme déambulant parmi eux en tant que telle. Un soupir franchit la barrière de ses lèvres. Il serait bientôt fixé.

Le regard perdu, légèrement anxieux sans trop savoir pourquoi, le jeune samouraï se dirigeait d'un pas leste vers sa destination, les yeux baissés sur ses sandales de bois. Par quoi pourrait-il bien commencer pour entamer la conversation avec son meilleur ami, et surtout, comment amorcer le fameux sujet ? La tâche s'annonçait terriblement ardue, et Sasuke l'enverrait chier à coup sûr. Les doigts repliés sous son menton pour faire mine de réfléchir, Naruto poursuivit son chemin en imaginant plusieurs scénarios dans sa tête, sourd et aveugle aux nombreuses salutations de certains marchands du quartier plus habitués à le voir enthousiaste que morose comme il avait l'air de l'être. Arrivé à la machiya, le blond allait finalement décider de laisser tomber l'idée de parler à l'Uchiwa quand il dut renoncer à cette solution, apercevant la silhouette familière affairée à seller l'impressionnante monture qui reconnut aussitôt le nouvel arrivant dans la cour. Le brun ne prit même pas la peine de jeter un coup d'œil dans sa direction, la mâchoire contractée en disant suffisamment long sur son état d'esprit. Il n'avait pas de temps à perdre en fadaises. Naruto s'avança lentement, les sourcils froncés braqués sur son ami qui chargeait une sacoche visiblement remplie sur le dos de l'animal. Partait-il en mission à l'extérieur ? Non, Kakashi leur en aurait forcément parlé et si c'était le cas ils se déplaçaient toujours en duo, or personne ne semblait prévu pour l'accompagner. En silence, l'Uzumaki s'approcha encore pour caresser la tête de Susanô, le fidèle destrier de Sasuke depuis des années après avoir longtemps été monté par son ancien maître. Le regard azur se voila à cette pensée puis, sans cesser de flatter la croupe du cheval à la robe corbeau, le jeune samouraï posa enfin sa question – pas celle qu'il avait mûrement réfléchie en tout cas.

« Tu pars en voyage peut-être ? »

Les onyx cillèrent mais aucune réponse n'arriva. Naruto ne comprenait décidément pas le mutisme soudain de l'Uchiwa, lui qui d'ordinaire rétorquait aussitôt. Cela faisait plusieurs jours qu'ils ne s'étaient pas croisés, aussi le blond constatait seulement aujourd'hui les traits tirés par la fatigue, les profondes cernes accentuées par le visage blafard et surtout, cette noirceur évidente dans le fond de ses yeux. Une noirceur qu'il n'avait pas rencontrée depuis un certain temps et qui ne lui disait rien de bon. Une noirceur qu'il n'avait pas connue depuis… Son regard s'abaissa machinalement vers la ceinture du hakama sombre, cherchant le fameux poignard qui avait bien causé des soucis par le passé et récemment encore mais il ne se trouvait pas là où il l'aurait pensé, ce qui prouvait bien qu'il se passait quelque chose. Qu'il puisse le « prêter » était une chose, qu'il ne le porte pas sur lui en était une autre… Pour ne pas le brusquer, et surtout parce qu'il n'avait pas envie de s'en prendre une, Naruto toussota d'un air faussement amusé pour attirer l'attention du brun qui lui jeta un bref regard agacé.

« Sasuke, tu devrais y aller mollo sur tes visites au Yoshiwara quand même, lança le blond dans un large sourire goguenard, tout en prenant soin d'éviter de croiser le regard inflexible. Vu la tête que tu fais, on peut pas dire que ça te réussit.

— Et toi vu ta tête, tu devrais peut-être y aller plus souvent, répondit du tac au tac le brun en se hissant sur le dos de sa monture, faisant fi de l'air outragé de l'ahuri resté à terre qui se renfrogna à toute vitesse, piqué dans sa fierté masculine.

— Hé ho, je te permets pas de dire ça ! J'y vais normalement comme tout le monde !

— « Normalement » n'existe pas dans ton vocabulaire puisque tu ne fais rien de normal comme tout le monde, crétin.

— Oh la ferme, bougonna Naruto, rassuré de voir que son meilleur ami avait quand même conservé son répondant, un rictus moqueur en coin. T'as même pas répondu à ma question en plus, abruti.

— Peu importe où je vais, ça ne te regarde pas. »

Naruto tiqua à l'entente de cette phrase et releva ses prunelles claires vers le visage de nouveau fermé de l'Uchiwa, réajustant son épée pour ne pas être gêné par elle durant sa chevauchée. Des jours qu'il parcourait les villages aux alentours de la capitale et rien, toujours pas la moindre piste. Son sang n'avait fait qu'un tour en apprenant la nouvelle de la bouche de la vieille Neko-baa. Depuis cette nuit, il n'avait eu de cesse de le rechercher. Il ne dormait plus, mangeait juste assez pour conserver ses forces afin d'être prêt, le moment venu. Pourtant, il le ressentait dans sa chair. Il était proche, tout proche. Cette fois, il ne le laisserait pas s'échapper. Et rien ne pourrait entraver sa route, ni son meilleur ami, ni cette Sakura. Surtout pas cette Sakura. Son existence entière s'était effacée de ses pensées sitôt après avoir entrepris ses recherches, et lui qui jadis avait été torturé par ses contradictions se voyait désormais libéré de ce fardeau bien trop inutile pour être ne serait-ce que pris en compte dans le plus infime recoin de son esprit. Cette fille n'avait aucune espèce d'importance. Sauf qu'il avait compris que pour son sombre idiot de compagnon, elle en revêtait, de l'importance. Pas besoin d'être un devin pour déceler son penchant envers leur nouvelle pensionnaire, on pouvait de toute façon lire en Naruto comme dans un livre ouvert en toute circonstance. Comme à cet instant précis, où Sasuke n'avait pas besoin de poser la question pour savoir ce que lui voulait le blond. Probablement savoir pourquoi il ne lui avait pas dit la vérité dès le début, pourquoi il lui avait fait toutes ces cachotteries – pourquoi d'ailleurs ? Il n'en savait trop rien.

« Faut qu'on cause Sasuke. Y'a deux-trois trucs dont j'aimerais bien qu'on discute. Tu vois de quoi je parle je pense. »

Et voilà. L'Uchiwa ne put réprimer un soupir, déjà las. N'avait-il pas prédit que cette fille serait une source d'emmerdes ?

« Je n'ai pas de temps à perdre en futilités Naruto.

— Qui a dit que c'en était une ?

— Tu as dit que je verrais de quoi tu parles. Alors oui, pour moi c'est une futilité, rétorqua sèchement le brun de son air impassible, tandis que Naruto fronça de plus belle les sourcils.

— Y'a pas que ça ! T'as pas mis les pieds à l'organisation depuis des jours, même Kakashi n'a aucune idée de l'endroit où tu vas ! Sasuke, qu'est-ce qu'il se passe exactement ?

— Mêle-toi de tes affaires. »

Le cheval s'ébroua pour s'élancer au galop avant même que Naruto n'eut lâché son injure, furieux comme jamais, le regard rivé sur l'éventail rouge et blanc cousu sur le dos du kimono jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champ de vision. Bon sang, ce qu'il pouvait détester Sasuke quand il se comportait de cette façon ! Ne comprenait-il pas qu'il cherchait simplement à l'aider en tant que camarade – en tant que frère ? Il pouvait au moins se targuer d'en être un pour lui, contrairement à quelqu'un d'autre… Irrité et frustré, le blond passa une main dans ses cheveux en pestant entre ses dents contre l'Uchiwa et se traîna lentement vers la bâtisse principale, puis se stoppa un instant avant de rebrousser finalement chemin pour rejoindre le jardin. Il donnait des coups rageurs dans plusieurs cailloux sur son passage comme un gamin capricieux, les yeux baissés vers le sol en marmonnant dans sa barbe quand le son d'une voix murmurée par le bruissement des feuilles des grands arbres l'incita à relever la tête. La main précédemment posée sur sa nuque se déroba et son bras retomba mollement le long de son corps. Le jeune homme se tenait à présent droit, immobile, le regard aspiré par cette contemplation presque divine.

Elle était là, celle qui tourmentait ses songes, agenouillée au pied du majestueux saule dont la danse des branches-lianes aux reflets argentés se reflétait dans l'eau scintillante du bassin. Ses paupières étaient closes, les mains jointes à proximité de son visage et les lèvres semblant remuer des prières que seuls les Dieux pouvaient entendre. Les longues et fines mèches incarnadines oscillaient librement dans son dos, virevoltant au gré de la brise qui englobait l'espace dans son intimité. La pluie avait fini par cesser et les parterres étincelaient à présent sous les rayons de l'astre flamboyant jouant à cache-cache parmi les nuages, enveloppant la jeune femme d'un léger halo translucide, si bien que l'on aurait pu croire qu'une divinité venait de descendre des cieux pour les honorer de sa présence. Magnifique. Le regard azur s'était voilé, happé par la beauté de la scène, son cœur comprimé par une étrange mélancolie qu'il ne s'expliquait pas. Naruto avait l'impression d'assister à un moment unique, personnel, tout en étant incapable de faire demi-tour ou d'ignorer sa présence. Il n'y arrivait pas. Sakura était si belle en cet instant… Le battant d'une fenêtre claqua soudainement dans l'air et Naruto sursauta, puis sursauta derechef lorsque ses prunelles croisèrent les deux émeraudes, brillantes, surprises elles aussi par le bruit. La jeune femme se releva sur le champ d'un air précipité, affreusement gênée d'avoir été découverte ici, tandis que le blond insultait de tous les noms d'oiseaux l'imbécile qui venait de briser le majestueux tableau auquel il avait assisté. Puis ce fut à son tour d'être gêné quand Sakura lui offrit un timide sourire en courbant la nuque pour le saluer et ses joues s'échauffèrent aussitôt, déglutissant, se demandant si elle avait réalisé bien avant qu'il la dévorait du regard. D'autant qu'il avait cru déceler quelques larmes rouler sur son beau visage. Comme elle s'avançait dans sa direction, contournant le bassin, il détourna automatiquement les yeux et se frotta le bout du nez, avant de se racler la gorge pour se donner un peu plus d'assurance. Son pouls avait accéléré sa cadence à une telle vitesse qu'il espérait ne pas se trahir, honteux comme s'il venait de l'épier en douce à travers la palissade des bains publics. Cette pensée lui arracha un « espèce d'abruti » mental et il se força à prendre un air de parfait idiot comme il avait l'habitude de le faire, tâchant d'enfouir au plus profond de sa petite cervelle l'image de la jeune femme vêtue d'une simple serviette. Son expression ahurie s'intensifia.

« Sakura ! Désolé de t'avoir fait peur hein, j'étais pas du tout en train de t'espionner ou quoi haha ! Je reviens tout juste de chez Ichiraku alors crois bien que c'est vraiment un hasard que je me sois trouvé là justement à ce moment !

— Ce n'est rien du tout. Bonjour Uzumaki-san.

— Hé, je t'avais dit de m'appeler par mon prénom non ? Te sens pas gênée par la familiarité ! C'est Naruto pour toi.

— E-Excusez-moi, j'avais oublié, Naruto-san.

— J'aime mieux ça ! C'est vrai qu'on se connaît pas beaucoup mais quand même, on a partagé quelques trucs ensemble alors tu vois, haha, lança t-il à la volée en passant une main derrière sa nuque.

— C'est vrai oui… »

Naruto s'esclaffa quelques secondes encore avant qu'un lourd silence ne s'installe entre eux. Il se sentait dépité, stupide, insensible, incapable de balancer une phrase « normalement » comme lui avait fait souligner l'Uchiwa. Il avait déjà l'impression de l'avoir dérangée alors il ne voulait pas se ridiculiser davantage en débitant du charabia inintéressant. Même s'il n'était pas non plus mécontent de lui adresser la parole, lui qui s'en était tant voulu de l'avoir délibérément évitée avait la chance de pouvoir se rattraper aujourd'hui alors autant éviter de le faire en passant pour un sombre crétin ! Si Naruto se sentait gêné, il en était de même pour la jeune femme aux longs cheveux pâles qui gardait la tête baissée, mordillant sa lèvre intérieure, le visage joliment coloré par l'embarras de se retrouver seule avec l'Uzumaki après tout ce temps. Son cœur aussi s'était emballé, comme pris en flagrant délit et chamboulé face à celui qu'elle considérerait à jamais comme son sauveur. Les incantations silencieuses qu'elle chuchotait quelques instants plus tôt tournoyaient encore dans son esprit, toutes adressées pour Tsunade, priant et invoquant les divinités protectrices de lui venir en aide et de la guider jusqu'à elle. Quelques larmes venaient tout juste de perler au bord de ses cils lorsqu'elle avait été brusquement tirée de ses prières pour croiser le doux regard azur. L'affolement avait aussitôt parcouru son corps. Depuis combien de temps était-il là, debout ? Avait-il trouvé bizarre de la trouver ainsi à même le sol à murmurer toute seule dans son coin ? Elle avait été si occupée entre ses visites à l'héritière du clan Yamanaka et son temps passé à aider Hinata pour les corvées que Sakura avait l'impression que des années s'étaient écoulées depuis leur dernier échange. Alors elle avait guetté avec impatience le moment où enfin, ils pourraient se croiser, pour qu'elle puisse enfin à son tour le remercier de lui avoir sauvé la vie. Mais, curieusement, elle avait eu le sentiment qu'il cherchait à éviter à tout prix de se trouver dans la même pièce qu'elle, prétextant parfois des commissions ou exercices farfelus pour se soustraire à son regard. Uchiwa Sasuke, au moins, lui avait fait comprendre dès le début qu'il ne se soucierait pas de son existence jusqu'à ce qu'elle ne quitte le Koueichiimura. Parole qu'il respectait à merveille d'ailleurs, plus distant que jamais, Sakura se demandant même parfois s'il lui arrivait de remarquer sa présence. A lui aussi, elle lui devait des remerciements qui s'annonçaient déjà pénibles à formuler. Un pli contrarié se creusa quelques secondes sur son front et elle secoua légèrement la tête pour chasser de son esprit l'hostilité suscitée par ce souvenir, détail que ne manqua pas de constater le blond en fronçant à son tour les sourcils. Se grattant la nuque, il se demandait quel nouveau sujet de conversation il pourrait aborder pour poursuivre leur entrevue lorsque ses yeux se posèrent sur l'arbre en arrière-plan.

« Tu viens souvent ici pour t'isoler non ? murmura Naruto d'un air songeur tandis que Sakura releva derechef ses yeux pour les poser sur le visage tourné vers le bassin, avant de rejoindre son regard. »

Un sourire glissa sur la commissure de ses lèvres. Elle qui croyait que personne ne se souciait de ses allées et venues s'était visiblement trompée.

« Hum, c'est vrai. J'aime bien venir pour m'y recueillir quand j'ai un moment pour le faire. C'est paisible ici.

— Cet endroit me rappelle plutôt de mauvais souvenirs à moi, bougonna le blond en regardant la mare verdâtre avec dégoût.

— Ah oui, le fameux défi de voir lequel sauterait le plus loin. J'aurais voulu voir ça, pouffa doucement la jeune femme en jetant un coup d'œil à l'Uzumaki dont le visage s'empourpra aussitôt.

— Hé ! C'est pas drôle ! »

Il allait lui asséner une tape dans le dos familière quand sa main se stoppa brusquement dans son élan pour la cacher tout aussi vite derrière son dos, ayant un instant oublié que ce n'était plus son petit protégé qu'il pouvait bousculer gentiment. Le léger rire cristallin s'estompa peu à peu face au visage cramoisi du samouraï et Sakura sourit de plus belle, ravie de pouvoir partager un court moment avec lui. Ce garçon était décidément particulier. Les oreilles brûlantes, Naruto décida qu'il était enfin temps de lui présenter ses excuses pour tout ce temps passé à l'éviter. La main toujours dans la nuque, nerveux et hésitant, il se râcla la gorge et laissa son regard azur fixer un point invisible avant de s'adresser à elle.

« Euh… bredouilla-t-il d'une voix basse, tout timide de sentir l'attention de la jeune femme sur lui, je voulais m'excuser pour mon comportement. J'ai vraiment agi comme un crétin.

— Pardon ?

— Ben… C'est pas un hasard si on ne s'est pas parlé depuis longtemps. J'étais gêné.

— A cause… de mon mensonge ? murmura-t-elle d'une voix penaude, sachant que c'était légitime. A cause du fait que je ne sois pas un homme ?

— Non ! s'exclama Naruto en plongeant aussitôt son regard dans le sien, lui arrachant un sursaut de surprise face au timbre puissant de sa voix. C'est pas ça du tout ! J'aime mieux que tu sois une femme en plus… »

Cet aveu se perdit dans le calme plat de la cour, Naruto la bouche grande ouverte, consterné par sa stupidité et Sakura les yeux écarquillés, perdue entre la décontenance et la curiosité. Oui, ce garçon était vraiment unique. Ce dernier se râcla la gorge un peu plus fort.

« J-Je veux pas dire que je ne t'appréciais pas avant hein. Je veux juste dire que je m'en fous que tu ne sois pas un mec, ça change rien tu vois. »

Ça change beaucoup de choses au contraire, chuchota une petite voix à son oreille que le blond tenta d'ignorer pour se concentrer sur la jeune femme qui le regardait, attentive, ses yeux clairs rivés dans les siens avec innocence. Lui était loin d'être si blanc. Ses pensées se tournèrent vers sa conversation avec le vieux Teuchi et sur ce fameux point. Il déglutit et poursuivit, tournant une nouvelle fois la tête, la moue dépitée.

« Enfin, tout ça pour dire que je suis désolé pour tout. Ça ne se reproduira pas.

— Vous… Tu n'as pas à me faire d'excuses Naruto.

— Ben je t'ai quand même… »

Les derniers mots furent ravalés dans son étonnement, croyant presque avoir mal entendu. Elle venait bien de le tutoyer ? Le jeune homme en eut la confirmation en voyant le teint pâle de Sakura devenir cramoisi tandis que ses propres oreilles tendaient vers la même couleur. Clignant plusieurs fois des yeux, il se gifla mentalement. Pourquoi se mettait-il dans un tel état ? Elle l'avait simplement appelé par son prénom, pas de quoi s'extasier. Elle aurait cru que cela serait plus difficile que prévu, n'étant pas non plus devenus des amis intimes dans ce contexte assez particulier et compte-tenu les jours précédents. Pourtant, passer au tutoiement lui avait paru si naturel, comme si elle pouvait placer sa pleine confiance entre les mains de cet homme. Comme si elle pouvait lui confier la moindre de ses craintes, comme si elle savait pouvoir toujours compter sur lui. Oui, Naruto avait l'air d'être ce genre de personne. Un mince sourire étira ses lèvres.

« C'est plutôt à moi de m'excuser, commença-t-elle tout bas. Je vous ai menti à tous sur ma véritable identité, certes, mais j'avais surtout peur que les choses ne puissent plus redevenir comme avant entre nous. Cela m'angoissait tellement que je n'osais plus vous… te faire face. J'avais peur que tu ne veuilles plus m'adresser la parole.

— Euh c'est moi qui devrais dire ça. Vu la façon dont je t'ai traitée quand je te prenais encore pour un homme, tu aurais raison de me détester.

— Pas du tout voyons, reprit-elle en secouant la tête. J'ai passé tant de bons moments avec vous tous, si bien que je n'ai pas pu me résoudre à m'enfuir alors que j'aurais cent fois eu l'occasion de le faire. C'est aussi grâce à toi que j'ai pu tenir le coup.

— M-Moi ? bafouilla bêtement Naruto en se pointant du doigt, les sourcils arqués de surprise.

— Oui. Alors que je n'étais qu'un étranger, tu as été le premier à m'accueillir comme un membre du Koueichiimura. Tu m'as même fait découvrir les ramens du vieux Teuchi.

— Normal, ce sont les meilleures nouilles du pays !

— C'était vraiment délicieux. Et ça m'a fait tellement plaisir. Puis tu m'as sauvée dans la rivière. Je te dois la vie. Alors c'est à moi de te remercier et de te demander pardon Naruto. »

Sa nuque se courba légèrement pour joindre le geste à ses paroles, les yeux légèrement embués, soulagée d'un poids qui lui pesait depuis des jours. Enfin, enfin elle pouvait exprimer à voix haute ce qu'elle contenait au plus profond de son cœur. Ces remerciements étaient insuffisants pour lui rendre à jamais la pareille, mais Sakura était simplement heureuse d'avoir pu lui transmettre ses sentiments. Elle lui était si redevable. Puis elle se redressa et son sourire s'intensifia en croisant le regard encore hébété du blond, le visage toujours plus rouge, figé comme une statue de pierre. L'Uzumaki avait l'habitude d'être remercié pour ses coups de main donnés aux habitants de Konoha ou par Hinata qui le gratifiait toujours d'une portion supplémentaire lors des repas du soir s'il l'avait aidée à porter des paquets et autres charges dans la remise. Jamais encore il ne s'était senti aussi gêné pour des simples remerciements. Et il se sentait tout bizarre d'un coup, même s'il n'arrivait pas vraiment à expliquer ce qu'il ressentait. Le tenancier d'Ichiraku avait peut-être versé quelque chose dans son bol pour se venger de son affront... La voix de Sakura le ramena brusquement à la réalité.

« Nous… Nous pouvons rester camarades alors ? »

Cette question, presque soufflée comme une supplication, rassura aussitôt Naruto qui soupira en lâchant dans un large sourire « On est même amis ! » qui fit sourire davantage la jeune femme aux cheveux incarnadins. Amis. Le mot résonnait de façon étrange dans l'esprit du samouraï qui chassa vite ce sentiment, bien trop enjoué à l'idée d'avoir pu reparler normalement avec Sakura. Même s'il lui restait à régler le problème de Sasuke, avoir enfin pu s'expliquer avec leur nouvelle pensionnaire lui ôtait une sacrée épine du pied. Cela ne donnait rien de bon lorsque quelque chose trottait trop longtemps dans sa tête de toute façon.

« Le ciel devrait rester couvert encore quelques heures, murmura la jeune femme en scrutant le plafond au-dessus de leurs têtes. Hinata m'a demandé si je pouvais faire des courses à sa place en ville alors je vais me dépêcher avant que la pluie ne tombe de nouveau.

— Tu sais où tu dois aller au moins ? Tu y es déjà allée seule ?

— C'est vrai que ça risque de me prendre du temps pour me repérer. Je pourrais toujours demander aux marchands du coin.

— Laisse je t'accompagne ! C'est mon jour de repos !

— Ça ne v-t'ennuie pas ? se reprit Sakura en croisant les prunelles faussement irritées, pleines de malice. Tu dois vouloir te reposer.

— T'inquiète ! La lame de mon sabre est un peu émoussée alors je vais en profiter pour l'apporter à notre armurier avant que Kakashi me fasse la réflexion. »

Sitôt la liste des achats en main, les deux jeunes gens prirent la direction du centre de Konoha pour se diriger vers le quartier commerçant. Sakura essayait de mémoriser chaque ruelle, chaque carrefour et le nom des pancartes accrochées en hauteur des bâtisses pour se rendre sans assistance dans le cœur de la capitale du Pays du Feu. Les odeurs tantôt de viande grillée tantôt de brioches à peine cuites venaient leur chatouiller les narines et leur mettaient l'eau à la bouche. Le nombre de commerçants ambulants était impressionnant pour la jeune femme qui n'avait toujours connu que le calme de Tanzaku et ses alentours avant de se rendre dans cette ville. Les étalages à profusion de poissons, de riz ou d'épices pour la plupart méconnues, sans oublier les chutes de soie brodée et autres rouleaux de tissu... Sakura ne savait plus où donner de la tête. Le sourire aux lèvres, elle suivait un Naruto plus enjoué et excité que jamais, ragaillardi par le simple fait de faire visiter la capitale à la demoiselle. Il se sentait un peu fier de marcher à ses côtés tel un protecteur, se gardant bien de narguer les curieux et les épieurs envieux de ne pouvoir être à sa place. Cette fois, il ne tenait pas compagnie à la jeune Hyuuga mais à une inconnue au physique des plus ravissants, le regard vif et étincelant d'innocence. L'Uzumaki fit semblant de ne pas remarquer les coups d'œil sous-entendus et les ricanements de certains marchands qui connaissaient comme leur poche le samouraï d'ordinaire plus fanfaron. Ce dernier savait déjà qu'il n'aurait d'autre choix que leur payer un verre en échange de sa tranquillité, comme à chaque fois qu'ils se croisaient au Yoshiwara alors qu'il aurait du être en mission. Kakashi avait beau être tolérant, le blond n'était pas certain d'échapper au courroux de leur commandant si il venait à apprendre ces « rares » écarts. Sakura sut qu'ils arrivaient bientôt à destination quand un bruit de fer martelé glissa à ses tympans, résonnant au gré des coups lourds et réguliers. Ce qui attira sa curiosité fut d'abord le troupeau d'hommes de tout âge amassé sur le côté, tous admiratifs d'une vision qu'elle ne pouvait apercevoir. Une silhouette bougea et elle put observer rapidement de profil les bras fins et musclés dans l'effort du mouvement répétitif battre, taper, cogner puis retourner le métal orangé en fusion pour réitérer les mêmes gestes avec précision. Le forgeron ne semblait prêter attention à aucun de ses spectateurs, aussi concentrés que s'ils exécutaient eux-mêmes la tâche. Naruto lui fit signe qu'ils pouvaient s'approcher davantage et elle le suivit sans demander son reste, hâtive de pouvoir mettre un visage sur l'armurier le plus talentueux – et plus coûteux – du pays du Feu dont elle n'avait eu de cesse d'entendre les mérites. Quelle ne fut pas sa surprise en apercevant de dos une corpulence plus chétive que tout en muscles saillants et des cheveux châtains coiffés en deux macarons noués par des rubans rouges ! Le samouraï se racla bruyamment la gorge pour signaler sa présence, presque soucieux de devoir déranger l'artisan dans son travail. Le contenu de sa bourse ne suffirait jamais...

« C'est pour quoi ? demanda une voix – féminine ? – que Sakura eut l'impression d'avoir déjà entendue, cherchant aussitôt où et quand.

— Euh... bredouilla Naruto en se grattant l'arrière de la nuque, la main posée sur le fourreau de son sabre. Ma lame aurait besoin de se refaire une santé.

— Tiens ! Voilà une voix que je reconnais bien ! »

Se levant de son tabouret, l'armurier se retourna pour faire face à l'un de ses plus fidèles clients quand ses yeux noisette se posèrent sur la petite silhouette légèrement en retrait à sa gauche. La surprise fut doublement partagée pour l'une comme pour l'autre. Sakura se figea en reconnaissant sans peine le visage chaleureux de la jeune femme qui s'était gentiment moquée d'elle au moment de son énième toilette dans les bains publics de Konoha et cette dernière, quant à elle, n'eut aucun mal à se souvenir de cette longue chevelure incarnadine et de la triste fuyarde qui l'avait repoussée en refusant son aide. Ses gestes tremblants, son kimono sale et rapiécé et son regard empli d'une infinie détresse... La forgeronne avait longtemps songé à ce qu'avait bien pu devenir cette fille d'à peu près son âge qui semblait terrifiée à l'idée d'être retrouvée. Eh bien, quelle fortuite rencontre que celle qui se déroulait aujourd'hui ! Devant son propre commerce et en compagnie d'un membre du Koueichiimura qui plus est ! La demoiselle cachait bien son jeu, peut-être était-elle une de ces courtisanes du quartier des plaisirs qui avait cherché à fuir une maîtresse tyrannique ou un client trop épris de sa personne ? Le regard songeur et un sourire suspicieux, la jolie Tenten concentra son attention sur le samouraï aux cheveux blonds pour délaisser le visage devenu rouge comme un pré de pivoines.

« Encore ? s'exclama-t-elle en arrachant le katana de ses mains avant même qu'il n'ait ouvert la bouche pour bafouiller des excuses justifiant l'usure de son épée. Vous ne savez vraiment pas prendre soin de vos affaires.

— D-Désolé...

— C'est à votre sabre qu'il faut implorer son pardon, pas à moi. Malmener sans arrêt une pareille merveille, franchement... »

De son œil expert, la brune tourna et retourna plusieurs fois la lame pour la soupeser et constater les dégâts, fronçant les sourcils de temps en temps, maniant l'arme avec une telle aisance que Sakura, légèrement en retrait, se sentit aussitôt envieuse et admirative de sa dextérité. Ses doigts glissèrent le long du tranchant sans laisser de coupure sur sa peau et au bout de quelques minutes, la forgeronne planta ses prunelles noisette dans le regard céruléen d'un Naruto qui déglutit avant même que le verdict ne tombe.

« Mille pièces d'or pour la remettre en état. C'est mon prix.

— Quoi ?! Mille ?

— Je plaisante, répondit-elle en agitant sa main devant son visage d'un air taquin face au visage décomposé du blond, avant de se concentrer à nouveau sur la lame argentée dont l'éclat se reflétait sur sa peau. C'est du bel acier, difficile à briser mais qui peut s'ébrécher rapidement si on n'y fait pas attention. Une épée plutôt lourde à manier au début à moins de la tenir constamment à deux mains, parfaite pour les coups d'estoc et aussi facile à parer si la personne qui en fait usage en combat rapproché n'est pas assez rapide. Quant au manche, c'est un véritable travail d'orfèvre, il suffit de voir les fines dorures et la précision des symboles gravés pour comprendre que ce katana n'a pas été façonné ni par ni pour n'importe qui. Vraiment une belle épée oui... »

Sifflant entre ses lèvres, la jolie demoiselle aux macarons fit tournoyer le sabre dans sa main et sourit d'un air gêné en voyant l'incompréhension sur le visage de sa comparse féminine, pourtant curieuse et amusée de rencontrer une personne de son âge aussi passionnée par un art pourtant exercé en grande majorité par des hommes. Pas étonnant qu'elle suscite autant d'intérêt et d'admiration au milieu des autres commerçants, toute forgeronne qu'elle soit, sa beauté n'avait pas son pareil pour attirer les amateurs de jolis minois. Même transpirante, vêtue d'une simple tenue semblable à celles portées dans les contrées de l'Ouest, les joues colorées par la fournaise et les mains salies par le dur labeur, Sakura la trouvait bien plus rayonnante que quelques quelconques précieuses demoiselles de haut rang poudrées et noyées sous des couches de soieries. La concernée, se sentant fixée avec insistance, se mit à sonder à son tour la jeune femme qui piqua aussitôt un fard lorsque son regard croisa les amandes emplies d'espièglerie, cherchant à la percer à jour. Non, trop candide pour être une yūjo, et l'Uzumaki n'était certainement pas assez fortuné pour acheter la liberté d'une courtisane à sa tenancière. Même en revendant son katana d'une valeur pourtant inestimable, un samouraï ne gagnait pas suffisamment pour se permettre un tel caprice, fut-il intensément épris de sa belle ou non. Son regard cilla légèrement au souvenir de leur fugace échange aux sources thermales. N'y avait-il pas le blond ainsi que le capitaine du Koueichiimura présents ce soir là ? Ces bons seigneurs étaient-ils la raison de sa soudaine fuite ? La voix du samouraï la ramena sur terre loin de ses suppositions qui n'avaient pas de sens.

« Alors euh... vous me faites quand même un prix ? Je suis quand même un habitué non ? lança t-il en joignant ses mains en guise de supplication dans une moue désespérée, qui fit soupirer Tenten en lui jetant un coup d'œil réprobateur.

— Justement ! Quand ce n'est pas ce prétentieux d'Inuzuka, c'est vous qui venez taper à ma porte pour me supplier. Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre !

— Kiba vient plus que moi ! se renfrogna Naruto en levant les yeux au ciel. Moi au moins je ne viens pas pour vous quémander de l'or en échange d'une reprise de poignard !

— Etant donné que vous alliez me demander de travailler presque gratuitement, on peut dire que vous ne valez pas mieux que lui, n'ai-je pas raison ?

— C'est-à-dire que... »

Le jeune homme se massa la nuque pour faire passer sa gêne, se creusant la tête pour chercher un quelconque prétexte pour renchérir, mais rien ne lui vint à l'esprit. Sakura ne put s'empêcher de pouffer doucement entre ses lèvres en le voyant se triturer les méninges face au ton faussement autoritaire de la forgeronne qui semblait grandement s'amuser à faire tourner en bourrique ce pauvre gaillard. Jugeant son humiliation suffisante, cette dernière soupira une nouvelle fois en faisant passer le sabre dans son autre main, prête à capituler une nouvelle fois aussi.

« Allez, c'est bien parce que j'adore voir votre visage désespéré quand je vous annonce mes prix, s'écria-t-elle avant de s'avancer vers son établi, le regard du samouraï s'illuminant aussitôt d'une lueur d'espoir de ne pas voir sa bourse déjà peu fournie se vider davantage. Mais c'est la dernière fois, ajouta la brune en le dardant d'un regard qui se voulait menaçant, un lourd marteau pointé dans la direction de l'Uzumaki qui secoua vivement la tête en guise de remerciement. Ça ne devrait pas me prendre beaucoup de temps.

— Super ! Encore merci !

— A charge de revanche... »

Ce à quoi Naruto assura qu'il ferait tout ce qu'elle voudrait pour la satisfaire, ronchonnant sitôt qu'elle ne mentionne balayer son atelier et lustrer chaque arme en attente d'être récupérée par son propriétaire ou simplement vendue. Ecoutant d'une oreille distraite les deux jeunes gens débattre sur les tarifs pratiqués par les autres armuriers de Konoha, Sakura, un petit sourire suspendu aux lèvres, promena son regard sur la pièce pour satisfaire sa curiosité. Différentes lames étaient exposées sur les murs, wakizashi, tantō, kaiken... Une étincelle dansa dans ses yeux et elle se rapprocha pour admirer de plus près une naginata surplombant ses comparses, le manche en bois de cerisier verni luisant avec la même intensité que le tranchant du métal. Probablement hors de prix, et puis, que pourrait bien faire une aide aux corvées comme elle avec une telle arme ? Aucun des pensionnaires de la machiya ne comprendrait cette lubie. Son cœur se serra brièvement et la jeune femme retint un soupir, délaissant la vue de la lance pour poursuivre sa découverte. C'est alors que son regard glissa furtivement sur un sabre comme un autre, accroché en hauteur, et une fraction de secondes s'écoula avant que ses grands yeux verts ne s'écarquillent, ébahis, le souffle coupé. Impossible...

« Ce... C'est mon katana, souffla-t-elle en sentant un vertige traverser son corps, figé, le regard rivé sur l'objet de sa convoitise qu'elle avait cru perdu pour toujours. »

Son murmure pourtant presque inaudible suffit à interrompre la conversation animée dans son dos et elle entendit des pas se rapprocher, incapable de se retourner. Une main se posa sur son épaule, aussi légère qu'une caresse.

« Quelque chose ne va pas Sakura ? s'enquit le samouraï en fronçant les sourcils face à l'expression stupéfaite de l'intéressée, la bouche entrouverte, devenue soudainement plus pâle que d'ordinaire.

— Je... Sur le mur. En haut à gauche. C'est mon katana. J'en suis sûre.

— Mh... Ah, celui-là ? s'écria t-il en désignant du doigt l'épée que la jeune femme ne cessait de contempler, totalement happée, hochant la tête en silence pour affirmer ses dires et tremblant comme une feuille. On voit pas très bien d'ici mais c'est vrai qu'il a l'air d'y ressembler.

— Je suis certaine que c'est lui.

— Sauf que ce katana là n'est pas à vendre, retentit une voix basse derrière eux. »

Fronçant les sourcils, ses poings se serrèrent et Sakura se retourna lentement pour plonger son regard sombre dans celui de l'armurière, les bras croisés sur sa poitrine. Pas question de marchander visiblement.

« Je ne vous demande pas de me le vendre, murmura-t-elle sur un ton réfléchi, essayant de contrôler ses tremblements. Je vous demande de me le rendre. Il m'appartient.

— Ah oui ? Et pourquoi devrais-je te croire ?

— Parce que c'est la vérité. Je n'ai rien en ma possession qui puisse le prouver, mais je vous assure que c'est vrai. Je... Où l'avez-vous trouvé ? s'emporta Sakura en sentant sa voix plus puissante, à la surprise de Naruto qui ne l'avait pas entendue s'exclamer ainsi depuis qu'il connaissait son identité.

— On me l'a amené et je l'ai troqué contre un prix plus que raisonnable. La personne l'avait ramassé au bord de la rivière en allant laver son linge un matin.

— Oui ! renchérit la jeune femme aux cheveux incarnadins en se tournant vers le blond, toujours plus surpris, buvant ses explications. Quand j'étais désemparée à l'idée que vous puissiez me retrouver et que je ne savais pas où aller, je me suis cachée à la rivière. Je m'y suis assoupie, je... j'ai même pris le soin de me laver pour nettoyer la teinture de mes cheveux avant de me diriger vers les bains, ajouta-t-elle en sentant ses joues s'échauffer, la tête baissée, n'ayant jamais imaginé raconter cela à quelqu'un et surtout pas à l'Uzumaki qui s'était justement trouvé en face d'elle dans une tenue des plus inconvenantes. »

Tenten, elle, n'en finissait plus d'être étonnée par cette fille. Apeurée d'être capturée par le Koueichiimura au point de choisir les eaux glacées... et avait-elle rêvé l'entendre parler d'avoir teint sa chevelure ? Cette matinée n'en finissait pas de lui apporter son lot de surprises. Mais, peu importe ce que la demoiselle pouvait dire, ce sabre ne serait pas vendu aujourd'hui. La brune se racla la gorge et Sakura eut un élan d'espoir, vain.

« Je suis vraiment navrée, mais comme je l'ai déjà dit, il n'est pas à vendre.

— Mais puisque je vous dis que je le reconnais, je...

— Quand bien même, je ne nie pas que cela puisse être la vérité. Ce que je sais en revanche, c'est que je l'ai bel et bien acheté. Et sans vouloir t'offenser, tu n'as pas la carrure nécessaire pour manier une telle épée, alors je doute fort qu'il te soit d'une quelconque utilité, répliqua-t-elle sérieusement en croisant le regard vif de la jeune femme qui se braqua derechef, la lèvre mordue sous l'affront. Ce n'est pas à la portée de n'importe qui de pouvoir se servir d'un katana de cette envergure. »

Les deux regards s'affrontèrent, aussi fiers et intransigeants l'un que l'autre, tandis que Naruto se gardait bien de dire quoique ce soit de peur d'être transpercé par une seconde joute verbale. Sakura brisa le silence la première, résignée, la mâchoire crispée.

« Donc, vous n'allez pas me le rendre parce que vous pensez que je ne peux pas m'en servir. Mais vous n'allez pas le vendre non plus.

— C'est exact. Ne le prends pas mal, je n'ai fait que te dire le fond de ma pensée.

— Pour ça, j'ai... bien compris, se força-t-elle à répondre dans un murmure en tournant la tête en direction de l'Uzumaki. Je vais aller faire mes courses de mon côté Naruto, si ça ne t'ennuie pas.

— Hein ? Euh non, mais tu es sûre ? Ça ne va pas prendre trop de temps pour arranger ma lame.

— Ne t'inquiète pas pour moi. On arrivera bien à se retrouver. »

Le blond n'eut pas le temps d'ajouter le moindre mot que déjà, Sakura courbait la nuque pour saluer cordialement la brune qui lui rendit son salut, fixant sa silhouette s'éloigner pour quitter sa boutique sous les regards des curieux encore amassés devant la devanture. Un seul coup d'œil dans leur direction suffit à les chasser une bonne fois pour toute quand elle se dirigea vers ses outils pour reprendre son travail là où elle l'avait laissé. Un voile passa devant ses yeux et un pli soucieux marqua son front. L'armurière avait étudié la lame sous toutes ses faces, comme à chaque fois. Ce sabre était du même acabit que celui de ce cher Naruto ici présent, incontestablement forgé dans un métal aussi noble que le sien. Et encore, Tenten jugeait avec certitude que sa valeur était d'autant plus inestimable. Bradé presque contre une bouchée de pain, du point de vue d'un noble, elle aurait sûrement pu en tirer de quoi se payer une montagne. Alors oui, peut-être appartenait-il réellement à cette Sakura dont elle ignorait tout, mais si tel était le cas, elle-même l'avait sûrement volé. Quelle autre raison que celle-ci ?

Quelques baraques en bois non loin d'ici, celle que la forgeronne considérait comme une voleuse se hâtait de poursuivre ses achats en marchant à l'aveugle entre les quartiers, la fureur dans les veines. Les bras chargés de poires, riz blanc et conserves de légumes saumurés, la jeune femme avançait péniblement en gardant la tête baissée vers le sol, pressée de rejoindre l'Uzumaki pour qu'il la soulage d'une partie de ses fardeaux. Essayant de se montrer polie devant les marchands d'épices et autres antiquaires, Sakura avait eu bien du mal à maîtriser sa colère qui ne descendait pas. Furieuse contre elle-même et sa bêtise monumentale d'avoir osé oublier son sabre au bord de la rivière cette nuit-là et agacée contre cette femme qui avait osé remettre sa parole en question et n'avait rien voulu entendre, prisonnière de sa cupidité que Sakura trouvait injustifiée. Son compagnon du Koueichiimura ne verserait sûrement pas le moindre acompte pour faire réparer sa lame, mais elle en revanche ne pouvait même pas se faire justice en réclamant le katana qui lui appartenait ! Cette épée accrochée au mur était la sienne, quand bien même elle ne s'en servait pas pour trancher des membres sur un champ de bataille, c'était la sienne l'un des rares héritages qui lui avait été confié par Tsunade et dont elle ne s'était jamais séparé, comme liée à elle par un fil invisible.

Ses doigts se crispèrent sur les paquets et le goût du métal envahit sa bouche. Il fallait qu'elle récupère son sabre, coûte que coûte, avant qu'un désireux ne fasse une offre des plus alléchantes à l'armurière qui finirait par céder et s'en séparer. Mais ici, à Konoha, elle ne possédait pas les richesses suffisantes pour la payer. Le commandant Hatake accepterait-il de lui prêter une somme assez conséquente en échange de ses services ? Elle ne manquerait pas de redoubler d'efforts, quitte à décharger entièrement Hinata de ses fonctions au ménage, à la cuisine ou à toute autre tâche ingrate. Oui, peut-être était-ce une solution, du moins Sakura pouvait-elle l'envisager en tant que telle pour espérer récupérer ce qui lui appartenait de droit. Oui, c'était décidé, elle irait de ce pas en parler au commandant une fois les courses terminées. Relevant la tête, la jeune femme accéléra son allure pour tenter de retrouver le samouraï dont la lame avait sûrement retrouvé son éclat depuis le temps qu'elle s'était éclipsée. Sakura tourna à l'angle d'une ruelle, continua tout droit puis poursuivit son chemin en prenant par la gauche. Un moment s'écoula avant qu'elle ne réalise être définitivement perdue, cherchant des repères que sa mémoire aurait pu emmagasiner. Peine perdue. Toute absorbée par la seule pensée de récupérer son katana, elle en avait oublié de mémoriser les différents lieux et passages de cette ville qui s'avérait être une vraie souricière. Un soupir s'échappa de ses lèvres. Pas de quoi s'affoler, Naruto était sûrement déjà en train de la chercher de son côté.

Un grondement s'éleva au dessus de sa tête et elle leva les yeux vers le ciel à présent chargé de nuages menaçants. La seule idée d'être prise sous une averse suffit à la jeune femme pour reprendre sa marche, ressentant sur sa peau le fond de l'air se charger d'électricité. L'orage se rapprochait à grands pas. Elle-même augmenta la cadence de ses foulées en supposant qu'elle finirait bien par regagner le cœur du quartier des commerces, ignorant par mégarde qu'elle se dirigeait vers son opposé. Les passages qu'elle empruntait étaient peu fréquentés, si bien qu'elle crut un instant être la seule à errer dans les rues, jusqu'à sentir une présence dans son dos. Au début, elle fit semblant de ne pas y faire attention, se contentant d'avancer sans jeter un regard en arrière. Mais les pas semblaient se rapprocher à mesure que les siens gagnaient en rapidité, son cœur commençant lui aussi à calquer le rythme frénétique qu'elle imposait à son corps. Le sentiment de peur croissait lentement dans son esprit, un goût amer sur la langue. Puis Sakura se risqua brièvement à regarder par-dessus son épaule et ses doutes se confirmèrent aussitôt. Ce n'était définitivement pas Naruto. Et elle ne se fit pas prier pour réagir. Les paquets glissèrent lourdement de ses bras et ses jambes s'élancèrent sur le champ, le bruit du verre s'écrasant sur le sol sitôt piétiné. Un zèbre fendit le ciel et illumina la ruelle déserte dans laquelle elle courait de toutes ses forces en criant à l'aide, sans qu'aucune âme ne daigne lui rendre l'écho de son appel de détresse. Un gémissement désespéré s'échappa de sa bouche en réalisant qu'elle s'était jetée dans un cul-de-sac. Cette fois-ci, ni sabre ni épée pour la tirer d'affaire. Elle était seule. Sakura s'époumona une nouvelle fois à quémander du secours lorsqu'elle fut brutalement tirée en arrière puis jetée à même le sol, retenant un cri de douleur. Secouée de tremblements incontrôlables, la jeune femme essuya la terre sur son visage avant de relever la tête pour jauger ses assaillants. Trois silhouettes s'avançaient vers elle, trois brutes épaisses à l'aspect repoussant, poignards et dagues accrochés à leur ceinture. Brigands, violeurs, ou simplement les deux. Le dégoût l'envahit soudainement à la vue de leurs sourires carnassiers. Le plus éloigné lançait et rattrapait dans sa main l'une des poires dont elle s'était débarrassée pour fuir et un frisson parcourut longuement son échine quand elle le vit poser sur elle des yeux pervers et malsains, se délectant du spectacle.

« Alors ma jolie, tes parents ne t'ont jamais appris à ne pas t'aventurer seule dans des endroits isolés ? C'est dangereux, qui sait sur qui tu pourrais tomber... »

Les deux autres ricanèrent d'un rire gras tandis que le premier mordait dans le fruit, le regard encore rivé sur la jeune femme qui s'efforçait de garder ses esprits pour ne pas faiblir trop tôt. Oh non, sûrement pas. Pas après ce à quoi elle avait échappé récemment. Pas après avoir décidé de rester auprès des personnes qui l'avaient soutenue et qu'elle avait choisi de soutenir en retour. Son sang bouillait de fureur et le regard mauvais qu'elle lança au gaillard suffit à lui faire comprendre que leur proie ne se laisserait pas faire. Il échangea un coup d'œil avec l'un de ses comparses qui s'approcha aussitôt de Sakura pour l'attraper et la relever, cette dernière gesticulant encore et encore pour lui faire lâcher prise, mordant subitement sa lèvre pour s'empêcher de crier lorsque ses bras furent croisés et bloqués dans son dos, les muscles et les os douloureusement tirés. Des larmes brûlantes lui picotèrent les yeux.

« On n'aime pas spécialement maltraiter les filles alors tu vas gentiment nous donner ta bourse si tu veux avoir une chance t'en sortir, compris ?

— Je... Je n'ai pas d'argent...

— Et les courses que tu avais dans les mains tout à l'heure, hein ?

— J'avais juste ce qu'il fallait, pitié, je vous le jure...

— Les petites menteuses dans ton genre, on leur tranche la langue avant de les ravager pour qu'elles ne puissent plus gémir et supplier, susurra à son oreille celui qui l'empoignait, resserrant un peu plus ses bras en la faisant grimacer, les membres tétanisés. On peut commencer par ça avant de prendre ton argent si tu veux.

— Oh, excellente idée. »

Celui qui restait sans rien faire, dévoilant des dents crasseuses, s'avança lentement lorsqu'un murmure retentit.

« Puisque vous ne me croyez pas, vous n'avez qu'à me fouiller pour vérifier que je ne mens pas. »

Les pas se stoppèrent quand celui qui devait être le chef du groupe leva la main pour l'arrêter, fronçant les sourcils et sentant son humeur décroître. Cette catin le regardait droit dans les yeux, un rictus au coin des lèvres, le regard émeraude étincelant d'une hargne et d'une satisfaction qui lui déplut fortement. Elle se payait leurs têtes et elle allait sacrément le regretter. Alors, droit dans les yeux à son tour pour lui faire comprendre son erreur, il s'adressa à ses hommes d'une voix cruelle.

« Fouillez-la bien et faites moi taire cette petite conne. »

Le rictus s'effaça sur les lèvres de Sakura quand un sourire jouissif se dessina en retour sur le visage de l'immonde brute. Son sang ne fit qu'un tour en voyant du coin de l'œil le second se rapprocher et le déclic opéra aussitôt en elle, la peur mêlée à l'adrénaline dans ses veines pulsant dans la moindre parcelle de son corps. Un battement. L'emprise se resserra autour de ses bras et elle se débattit de plus belle, grondant presque de rage, ses jambes tapant dans le vide là où elles pouvaient atteindre leur cible. Des injures fusèrent dans ses oreilles. Un second. Son regard se vrilla lorsque le poing se rapprocha dans son champ de vision pour la frapper lourdement au ventre, la violence du choc la pliant en deux. Troisième battement. La respiration sifflante, au bord de l'évanouissement, elle se sentit légèrement partir en entendant dans son dos une voix rugir et une main l'attraper par la taille. Encore un autre. Oh non, elle ne faiblirait pas. Car faible, elle ne l'était pas, et ça, son corps le lui rappela en un éclair. Maintenant. L'œil vif, le souffle court, elle s'empara rapidement du bras de son assaillant et l'instant d'après, un craquement sinistre fendit l'air suivi d'un cri de douleur extrême. Avec cette même vigueur et pourtant entravée par son kimono, un coup de pied bien placé l'aida à se dégager entièrement de son étreinte et elle recula pour affronter ses adversaires, le regard enflammé d'une rage indescriptible.

Celui qui l'avait brutalisée se tenait à présent allongé sur le sol, serrant son membre endommagé en hurlant comme un damné « elle m'a bousillé le bras ! » à ses compères qui ne bougeaient pas, incapables d'expliquer ce qu'il venait de se passer. Sakura se tenait droite dans une posture de défense, la respiration encore saccadée, se sentant plus forte que jamais. Ses prunelles étincelaient. Elle pouvait sentir le sol trembler sous ses pieds, prêt à se fissurer, contrôlant à la perfection le flux énergétique qui s'infiltrait dans chaque recoin de son organisme. Cette sensation de puissance si grisante, elle ne l'avait pas ressenti depuis des lustres. L'image de Tsunade s'interposa dans son esprit et elle sourit, confiante. Sakura n'était pas faible, oh que non. Le chef du groupe, le plus lâche d'ailleurs, meugla à son second de la tuer sur le champ. S'exécutant, il se saisit de sa dague et se rua dans sa direction dans un rugissement de fureur. La jeune femme ne mit pas une seconde à réagir. La lame étincela avant de s'abattre sur elle, mais elle esquiva de justesse le coup d'estoc et contourna le géant, trop lent pour sa corpulence. Le poing fermé, les ongles enfoncés dans sa chair, elle s'élança et le frappa de toutes ses forces. Un second craquement retentit et l'homme fut projeté plusieurs mètres plus loin, le corps inerte tombant lourdement sur la terre battue. Du sang s'écoulait à profusion de son nez fracassé, gémissant et suppliant à l'aide. Le regard émeraude se tourna ensuite vers le dernier homme, celui qui ne lui avait épargné aucune insulte. Ses doigts serraient convulsivement les deux poignards qu'il tenait dans chaque main, tremblant de colère, la mâchoire serrée et le regard fou. Il jeta un coup d'œil à ses compagnons, tous deux incapables de se battre, puis dans un hurlement qui déchira les cieux, fonça vers Sakura dans l'intention certaine de mettre fin à ses jours. Elle était prête à se défendre de nouveau quand un spasme de douleur lui scinda le ventre et la força à s'agenouiller, laissant une ouverture. Impossible de parer cette fois. Mais alors qu'elle se croyait déjà morte, une ombre se glissa devant ses yeux et un cri étranglé résonna sur les bâtisses inanimées.

Une main plaquée sur son visage, les doigts tremblotants, elle mit quelques secondes avant de rouvrir les paupières pour entrevoir la scène. Ses yeux s'écarquillèrent. Les pieds de son assaillant ne touchaient plus le sol, son corps soulevé par une poigne incroyable et la gorge menacée par la pointe d'un katana légèrement enfoncée dans la peau, des gouttes de sang perlant à l'extrémité, suppliant le propriétaire du sabre de l'épargner. Ce dernier, le visage et la tête couverts par un sugegasa*, drapé dans une cape, ne bougeait pas d'un pouce, les bras parfaitement tendus comme s'il ne fournissait aucun effort. Puis, le regard de la brute s'assombrit soudain et une terreur profonde se lut dans ses yeux vides que Sakura ne sut comment interpréter. Comme si soudainement, sa conscience ne lui appartenait plus. Elle le vit acquiescer lentement, n'arrivant pas à entendre leur échange, et recula de quelques pas lorsque la silhouette sombre reposa l'homme à terre. Le sang continuait de couler le long de sa gorge en une fine traînée rougeâtre et il ne se fit pas prier pour déguerpir, sommant à ses hommes à présent parfaitement conscients de se relever pour mettre les voiles. Le bruit des pas se dissipa peu à peu. L'orage, lui, continuait de gronder sa colère et la jeune femme sentit une, deux, puis plusieurs gouttes tomber dans ses cheveux et ruisseler sur son visage. La douleur dans son ventre était encore vive et ses doigts lui faisaient mal, sûrement fêlés, mais elle avait tenu bon, animée par une volonté de fer qu'elle n'avait pas exprimé depuis longtemps. Souriant faiblement, elle releva la tête. Le bruit de la pluie résonnait sur le chapeau de celui qui lui avait épargné une mort quasi-certaine. Comme il ne bougeait toujours pas, Sakura se décida à parler la première.

« Qui que vous soyez, je vous remercie. Vous m'avez sauvé la vie. »

Toujours en silence, elle vit l'étranger essuyer son épée pour la ranger ensuite dans son fourreau. L'espace d'un moment, ses yeux crurent apercevoir un symbole sur le manche qu'elle avait déjà vu quelque part, mais la voix de l'individu en question la tira aussitôt de ses pensées.

« Tu es courageuse. J'aurais presque pu ne pas intervenir. »

Son regard cilla. Cette voix, ce ton, tellement familiers. D'où lui venait ce sentiment ? La silhouette fit volte-face. Au loin, elle entendit qu'on hurlait son prénom. Naruto était tout près. Mais la pluie semblait couvrir tout autre son. L'inconnu se rapprocha, lentement, puis un éclair traversa le ciel. Sakura se figea davantage. Ces traits, ce visage. Et ses yeux. Rouges.

« Nous nous reverrons sûrement. »

Incapable de prononcer le moindre mot, presque incapable de respirer, la silhouette disparut dans un nouveau grondement des cieux qui manifestaient eux aussi leur mécontentement. La voix de l'Uzumaki se rapprocha et Sakura mit quelques instants à comprendre de quoi il parlait, alerté par des habitants qu'il y avait une agression puis apeuré en découvrant les affaires éparpillées dans la rue. A l'abri sous son wagasa* qu'il avait emprunté, elle le rassura du mieux qu'elle le put sur son état quand il lui demanda ce qu'il était arrivé. Mais la jeune femme se garda bien de dire que quelqu'un était intervenu pour la sauver. Son esprit était bien trop embrumé par des interrogations qui fusaient de toute part. L'une était plus pressante que les autres. Elle voulait savoir.

« Je me mêle sans doute de ce qui ne me regarde pas mais... est-ce qu'Uchiwa-san a de la famille à Konoha ? »

Naruto, qui ne s'était pas attendu à une telle question, laissa son regard descendre en piqué vers le visage de Sakura, ses propres yeux rivés au loin. Pourquoi posait-elle cette question ? Qui avait-elle cru voir ? Et surtout... que répondre ? Ce n'était pas à lui de le faire. Le sujet était délicat, bien trop tabou pour qu'il s'aventure à en parler sans que l'intéressé soit au courant. De la famille... cette personne en faisait-elle encore partie à ses yeux ? Il ne répondit pas, la pressant de le suivre pour rentrer à la machiya tout en sentant le regard inquisiteur peser dans son dos. Tandis que la foudre se déchaînait encore, Naruto soupira et laissa échapper une phrase que Sakura ne pouvait pas comprendre.

« Quand on parle du loup... Un temps parfait pour Sasuke tiens. »

oOoOoOoOo

Accoudé à la table basse en chêne, le menton reposant dans la main, le visage éclairé à la lueur d'une flamme vacillante, Hatake Kakashi soupira en apposant son sceau à l'encre rouge sur le papier de riz avant de le poser en haut d'une pile de parchemins similaires. Un nouvel ordre de mission, encore, toujours. Les documents s'entassaient sur le meuble en rangées parfaitement alignées, plus ou moins de hauteur équivalente. Il y avait les missions émanant du Conseil du Pays du Feu, les missions provenant des contrées extérieures, les rapports à relire et à signer, sans oublier les commandes de marchandises... L'homme aux cheveux argentés se saisit avec paresse d'une autre missive qu'il parcourut sommairement, épuisé par toute cette paperasse. Parfois, il lui arrivait vraiment de réfléchir et de considérer le poste qui était le sien, se demandant vainement ce qui lui était passé par la tête le jour où il avait juré allégeance au Seigneur Hiruzen en acceptant son rôle de commandant du groupe des samouraïs chargés de défendre Konoha et ses environs. Le Koueichiimura. Ce nom avait résonné à la perfection dans son esprit quand il en était devenu le dirigeant, se réjouissant d'avance des avantages de cette fonction. Un quartier général immense, à l'écart de la ville et de ses faubourgs une rente annuelle qui en ferait pâlir plus d'un et une pension assurant les frais et services la possibilité de choisir et former qui bon lui semblerait... Ah, que ce temps semblait révolu, où il pouvait se targuer d'avoir tous ces privilèges. Aujourd'hui, il en venait presque à regretter les contraintes militaires imposées par la garde du Pays, plus diversifiant que signer ces innombrables rapports dénués d'intérêt qu'il n'avait pas d'autre choix que fournir aux hautes sphères de la nation. Les ombres dansèrent silencieusement sur les murs de la pièce plongée dans le calme lorsqu'une brise humide s'engouffra par la porte de la terrasse entrouverte, l'extérieur et les toits martelés par les cieux qui n'en finissaient de pleurer depuis maintenant deux jours. La nuit était tombée sans que Kakashi ne s'en rende compte, absorbé par cette tâche fastidieuse qu'il ne pouvait pas repousser éternellement.

Sans la bonté de la jeune Hinata, il aurait probablement sauté un repas si elle n'avait pas eu la gentillesse de lui préparer un encas, imaginant sans peine que leur commandant devait être débordé pour ne pas prendre le temps de quitter ses appartements. La tasse fumante de thé qu'elle venait de lui apporter trônait en évidence sur la table mais il n'y avait pas encore touché. L'Hyuuga en avait profité pour l'avertir du retour d'un des membres de l'organisation et Kakashi s'était empressé de l'envoyer le prévenir qu'il souhaitait s'entretenir avec lui, juste après avoir vu une autre personne. Le dialogue risquait d'être difficile avec les deux parties mais le commandant se réjouissait déjà de voir le visage de l'un comme de l'autre se décomposer. Un sourire amusé fendit ses traits cachés sous son masque et une lueur malicieuse se lut au fond des yeux vairons. Cette fois, il allait se faire haïr à coup sûr. L'idée lui paraissait pourtant comme la plus sensée parmi toutes celles qu'il avait eues en tête, certain qu'elle ne serait sûrement pas au goût des principaux intéressés. Le premier – la première – n'allait d'ailleurs pas tarder à frapper contre le shōji, ayant elle-même sans le savoir inspiré cette allégorie au commandant. Naruto lui avait narré ce qu'il était arrivé deux jours plus tôt, se proposant lui-même d'enseigner l'art et les rudiments du combat à la jeune femme qui avait rejoint leurs rangs depuis quelques semaines. Mais Kakashi en avait décidé autrement, ayant prévu d'autres missions plus importantes pour l'Uzumaki qui était reparti en bougonnant, ignorant tout du manège prévu par ce dernier. Bien sûr que Naruto n'aurait eu aucun mal à être un bon précepteur, mais il n'était cependant pas le plus disposé pour être un vrai formateur, ferme et intransigeant. L'exact opposé du réel concerné. Et puis, si l'un était insensible voire dénué de la moindre empathie, l'autre laissait ses sentiments s'exprimer ouvertement et son émoi naissant pour leur jolie camarade ne passait franchement pas inaperçu. Si elle devait apprendre à se battre, autant que ce soit avec une personne capable de lui rendre ses coups sans sourciller... Le commandant commençait à peine à lire une missive qu'une ombre se dessinait derrière le battant de la porte, une voix claire signalant sa présence avant d'entrer sur son invitation, le bois coulissant dans son dos avant de saluer l'homme assis sur les tatamis.

« Prends place Sakura, je suis à toi dans un instant, murmura Kakashi en poursuivant sa lecture tandis que les petits pas feutrés s'avançaient dans la pièce, la jeune femme s'asseyant sur ses genoux en silence, le saluant une nouvelle fois avant de relever la tête, le regard déterminé. »

La scène avait des airs de déjà-vu mais Sakura en était ravie. Enfin, elle avait enfin obtenu son entrevue avec le commandant Hatake plongé depuis des jours dans ses tâches administratives comme lui avait expliqué Hinata et suivant son conseil d'attendre son retour pour le rencontrer et lui exposer sa requête. L'Uzumaki lui avait proposé d'en discuter à leur supérieur au préalable pour le mettre au courant de l'histoire de son katana « détenu » par leur armurière attitrée, ayant compris que la demoiselle n'en démordrait pas jusqu'à obtenir gain de cause. Sakura avait également fini par réussir à convaincre – du moins l'espérait-elle – Naruto qu'il ne lui était rien arrivé lors de son escapade à l'aveuglette dans la ruelle malfamée de la ville, qu'on avait juste tenté de lui voler son argent en la bousculant pour lui faire peur. Son mensonge était certes bien réel mais plausible, ne portant sur elle aucune trace de coups apparents, ayant eu vite fait de penser à se soigner dès son retour à la machiya. Elle et Hinata partageaient la même chambre, inutile d'inquiéter cette dernière en dévoilant des ecchymoses sur certaines parties de son corps. Et même si elle disposait de sa force, il lui fallait impérativement récupérer son épée. Sakura était prête à tout. Le commandant était un homme sage, il saurait se montrer compréhensif comme il avait su l'être en apprenant la vérité sur son identité. Assise en face de lui, guettant le moment propice pour faire état de ses doléances, la jeune femme aux cheveux incarnadins était à des lieues d'imaginer en réalité ce qui l'attendait. Kakashi en était conscient et redoutait quelque peu sa réaction car après tout, elle n'était pas devenue un membre du Koueichiimura et de ce fait, il ne pouvait user de son autorité pour la contraindre à faire ceci ou cela. Cependant, puisqu'elle semblait si déterminée à retrouver son katana, pourquoi ne le serait-elle pas davantage à l'idée d'acquérir une telle maîtrise de ce dernier ? Se retenant d'esquisser une moue moqueuse, le commandant soupira d'un air satisfait en contemplant les petites montagnes de parchemins puis posa finalement son regard sur le visage de leur pensionnaire, encore confiante. Plus pour longtemps, pensa t-il en lui rendant son sourire tout en passant une main dans ses cheveux, soudain gêné.

« Navré de te recevoir à une heure si tardive, commença t-il en soupirant d'un air faussement désolé à l'idée de lui annoncer la nouvelle, plus amusé qu'autre chose. J'ai été assez occupé comme tu peux le voir, même si ça n'excuse en rien de t'avoir fait attendre.

— N'ayez aucune inquiétude, je sais être patiente. Merci de m'accorder un peu de votre temps.

— Je t'en prie, Naruto est déjà venu m'en toucher deux mots. Cependant, négocier avec cette chère Tenten ne sera pas de tout repos. Elle peut être aimable comme extrêmement difficile en affaire. Tu es bien certaine qu'il s'agit de ton katana ?

— Sûre et certaine, répondit Sakura en hochant la tête par l'affirmative, les yeux étincelant d'une indéniable honnêteté qui ne surprit pas Kakashi, fermant les paupières quelques instants pour réfléchir, tandis que la jeune femme poursuivit sur sa lancée. Soyez assuré, commandant Hatake, que je saurai m'acquitter de cette dette au centuple. Mon seul désir est de récupérer la lame qui est mienne.

— Eh bien, effectivement je constate que ta volonté est très forte et que tu souhaites réellement me faire dépenser quelques bourses d'or pour recouvrer ton bien ! lança ce dernier en s'esclaffant, tout étonné, orgueilleux et presque coupable d'être si considéré par une gamine qui s'exprimait envers sa personne avec un tel prestige. Soit, tu n'as pas à t'en faire, j'irais m'entretenir directement avec Tenten.

— Vraiment ? Vous acceptez ?

— Je ne peux de toute façon pas me passer de ses services, alors autant jouer cette carte pour tenter de la convaincre de me céder ton épée. C'est la plus douée dans son domaine sur le marché, je ne connais pas un seul seigneur de Konoha qui irait voir la concurrence chez nos voisins d'Iwa ou Suna. Si un jour tu as besoin de faire façonner une arme sur mesure, quelque soit le type, tu l'auras. J'irai la voir dès demain si le temps me le permet.

— Je... Je vous en remercie, souffla Sakura en courbant soudainement la nuque, soulagée du plus profond d'elle-même, faisant davantage sourire l'homme aux cheveux gris sur le point de briser son euphorie. Vraiment, je vous suis tellement reconnaissante d'accepter ma requête pourtant si misérable.

— Ça n'a rien d'une requête misérable, tu as l'air de tenir particulièrement à ce sabre comme à ta propre vie. On jurerait un samouraï déshonoré d'avoir vu son katana lui être destitué par son maître, murmura Kakashi en scrutant le visage de la jeune femme d'un air songeur, l'intéressée souriant faiblement à la remarque.

— Mmh, il est vrai que j'ai le sentiment d'avoir trahi une promesse en l'ayant égaré. Il m'a sûrement sauvé la mise plus d'une fois depuis que j'ai quitté Tanzaku. Je ne m'en étais jamais séparé jusqu'à présent... »

Perdue dans ses propres pensées, elle sentit aussitôt le regard perçant du commandant du Koueichiimura peser sur sa personne, exactement le même regard que lorsqu'il l'avait questionnée sur le fait d'avoir choisi « Kizashi » pour masquer son identité. La scène semblait se rejouer, similaire en tout point envers sa jumelle qui pourtant ne l'était pas. Les joues de Sakura s'empourprèrent et elle s'humecta les lèvres pour prendre de nouveau la parole afin de prendre congé.

« Il se fait tard, fit-elle observer en jetant un coup d'œil au dehors paré d'un manteau sombre comme pour se protéger de l'averse. Je ne vais pas vous accaparer plus longtemps...

— Un instant ! s'exclama t-il en la priant de se rasseoir, fin prêt à entamer la partie cruciale et pénible – animée plutôt – de la conversation. Je voulais moi aussi m'entretenir avec toi sur deux ou trois broutilles.

— Des broutilles ? reprit la jeune femme en arquant un sourcil.

— En parlant de l'histoire de ton katana perdu, ça m'a rappelé ce qu'il s'est passé cette semaine, quand tu as été au marché faire les courses en compagnie de Naruto, commença t-il doucement en voyant le visage innocent se décomposer. Il m'a raconté qu'on t'aurait agressée pour te voler l'argent qu'Hinata t'avait confié, est-ce vrai ?

— On ne m'a pas vraiment « agressée » vous savez... c'était juste des petits voyous, pas dangereux pour deux sous.

— Tu es sûre ? Ce n'est pas l'impression que tu donnes. »

Tremblait-elle à ce point ? Se remémorer la scène n'avait rien d'agréable, cela allait de soi, mais Sakura s'efforçait de ne laisser pourtant aucune émotion transparaître sur son visage pour se trahir. Personne ne pouvait non plus savoir qu'un inconnu débarqué de nulle part était venu lui porter assistance pour la débarrasser de ces « petits voyous ». La prunelle rubis la fixait avec une telle insistance qu'elle avait l'impression que le commandant Hatake lisait en elle comme dans un livre ouvert, aussi préféra-t-elle opter pour un semblant de vérité, le regard légèrement fuyant en penchant la tête sur le côté.

« Je... Je me suis défendue comme j'ai pu et ils ont fini par me laisser tranquille en entendant Naruto crier mon prénom.

— Tu t'es défendue contre des voyous, seule et sans aucune arme ? Je suis épaté.

— Oh, je les ai juste un peu « poussés » quand ils ont voulu me prendre ma bourse, c'est sûrement Naruto qui leur a fait le plus peur, raconta-t-elle en esquissant une grimace que Kakashi trouva aussitôt suspecte, se gardant bien de lui demander ce qu'elle entendait par « juste un peu poussés ». Vous n'avez pas de crainte à avoir, c'est moi qui ai été tête en l'air et qui n'ai pas fait attention au chemin que j'empruntais. Cela ne se reproduira pas.

— Pour ça, je suis bien d'accord et j'ai même déjà la solution.

— Une solution ? reprit d'une petite voix la jeune femme en arquant les sourcils face au rictus amusé qui fendait à présent les traits masculins du chef du Koueichiimura.

— Konoha est une ville immense où l'on peut facilement se perdre si on en connaît pas par cœur les moindres recoins. Si d'aventure il arrivait de nouveau quelque chose, on ne peut pas garantir que l'un de nous se trouvera à proximité pour venir à ton secours. Et puis, même si tu n'es pas un de ses membres, tu loges au sein de notre organisation pour le moment. Que se passera t-il le jour où la capitale sera prise d'assaut et que nos ennemis frapperont à notre porte ? Il faudra nous défendre et nous battre, épée en main. Lorsque ce jour arrivera, seras-tu capable de te servir de ton katana si nécessaire ? »

Les émeraudes cillèrent un instant, mais la réponse, elle, était évidente.

« Si c'est pour me défendre, bien sûr que je le serais.

— J'étais certain que tu répondrais cela, mais ce n'est pas suffisant, poursuivit l'homme aux cheveux argentés en plantant ses yeux dans ses pairs, perplexes. Moi, je veux que tu apprennes à te battre et à manier un sabre avec la même dextérité que mes hommes. Je veux t'offrir les meilleures chances possibles de lutter pour ta survie, Sakura. Je veux te rendre forte. »

La pluie continuait de marteler le toit de la bâtisse alors que Sakura, les yeux écarquillés de surprise, la bouche légèrement entrouverte, demeurait figée après ce discours éloquent. Je veux te rendre forte. Des mots qui résonnaient si fort dans son esprit. Si son cœur s'était aussitôt emballé, il s'arrêta aussi soudainement quand la porte s'ouvrit avec fracas dans son dos. Sakura sursauta sur le champ et Kakashi offrit un sourire accueillant auquel son hôte ne répondit pas, déjà agacé d'être ici. Il aurait déjà du comprendre suite à la visite de la jeune Hyuuga que cette « invitation » sentait le traquenard à plein nez. Mais le regard glacial qu'il renvoya à son commandant ne suffit pas à décourager ce dernier, bien au contraire.

« Bon retour parmi nous Sasuke ! C'est gentil de venir nous rendre visite. »

Sakura se redressa subitement, le cœur cognant de nouveau dans sa poitrine, les yeux agrandis par l'anxiété naissante dans le creux de son ventre. Pourquoi était-il ici, dans la même pièce qu'elle et à un tel moment de la journée ? Sans doute venait-il de rentrer, les bruits de sabot couverts par l'averse, probablement éreinté s'il avait chevauché durant deux jours. Elle serra les poings. Pourquoi se soucier de cet homme qui n'en avait cure de sa propre personne ? Aucun intérêt, mais cela ne changeait rien au fait qu'Uchiwa Sasuke était là, à quelques pas à peine, son imposante présence l'angoissant au plus profond de son être. Sakura ferma les yeux pour se rassurer. Rien d'alarmant sans doute, il était logique qu'un samouraï parti en mission à l'extérieur plusieurs jours viennent faire son compte-tenu à son commandant dès son retour. Oui, c'était sûrement pour cette raison et certainement aucune autre qu'il venait les interrompre. L'intéressé, lui, se souciait peu de savoir s'il les dérangeait en pleine conversation ou non. Sasuke, les muscles ankylosés, les vêtements trempés de sueur et de poussière et surtout l'humeur encore plus exécrable qu'à son départ, n'aspirait qu'à une chose : écourter cet échange le plus vite possible.

« Je reviendrai demain, murmura t-il d'une voix morne en dardant son maître d'un regard qui sous-entendait qu'il n'avait pas envie de l'entendre le sermonner ce soir. Je vous laisse.

— Mais non voyons, reste ! Comment s'est passé ton séjour à Iwa ? »

L'expression de noirceur se creusa davantage sur les traits pourtant doux du visage de l'Uchiwa, vraiment agacé cette fois-ci. Il s'attendait déjà à des remontrances de la part de Kakashi puisqu'il avait délibérément désobéi à son ordre de ne rien tenter seul, ordre datant de plusieurs années et considéré comme non avenu de son côté. Comme si le commandant n'avait pas déjà compris ce qu'il avait fait durant ces deux jours... Et pourtant, à son grand désespoir, il revenait bredouille, ou plutôt les pistes le conduisaient tout droit à Konoha, là où tout avait commencé. Les sources de la vieille Neko-baa étaient donc fondées. Son frère, son frère aîné, se trouvait ici, quelque part dans cette ville qu'il avait déserté cinq années de cela. Itachi est de retour au pays. Une bouffée de colère l'envahit à la seule pensée de son nom et il inspira profondément pour se maîtriser et répondre, n'oubliant pas la présence fortuite de la jeune femme dans la pièce. Cette fille n'avait pas à connaître son passé.

« Nous parlerons de mon séjour à Iwa demain, si tu le veux bien. Je vais me coucher.

— J'insiste pour que tu restes Sasuke, le coupa dans ses mouvements la voix de Kakashi, légèrement enjouée, le brun sentant immédiatement sa mâchoire se contracter d'impatience. J'ai à te parler alors je t'en prie, assieds-toi. »

Faisant volte-face, Sasuke jeta un regard inquisiteur sur le commandant qui lui désigna la place libre à la droite de la jeune femme, raide comme un piquet, le visage devenu pâle tout à coup. Vraiment, il aurait du mieux se méfier. Incapable de retenir un soupir, le samouraï s'avança pour s'agenouiller sans faire fi du regard rivé sur les mains posées à plat de sa voisine qui avait perdu sa langue, la bouche sèche, essayant de feindre l'indifférence de savoir cet homme assis à ses côtés. Son soupir était un signe, une alerte, une indication que cette conversation allait prendre une tournure dont elle redoutait à présent l'issue. Leur présence à tous les deux, dans les appartements privés du commandant Hatake, une simple coïncidence ? Peut-être que oui. Et peut-être que non.

« Ça tombe très bien que tu sois arrivé juste à ce moment, commença l'entremetteur de cette situation en s'adressant à son disciple avec un rictus moqueur qui fit plisser le coin de ses yeux, habitué à son humeur changeante, très attentif à la connerie que Kakashi s'apprêtait à sortir. Nous discutions justement avec Sakura de la petite mésaventure qui lui est arrivé dans les faubourgs de Konoha. Elle a réussi à faire face à des petits voyous et s'en est tirée sans accroc. Epatant n'est-ce pas ? »

L'Uchiwa fronça légèrement les sourcils en imaginant brièvement la scène et décala son regard de quelques centimètres pour toiser le profil figé de la jeune femme, aussi amorphe qu'une limace, le visage complètement décomposé. Epatant... Si elle avait visé les attributs masculins et qu'ils étaient tous demeurés, l'explication était plausible. Sasuke avait cependant l'étrange conviction que ce n'était pas la plus envisageable. Cette fille était décidément un vrai aimant à emmerdes. Se désintéressant de sa personne, il focalisa de nouveau son attention sur Kakashi, certain de se sentir encore plus excédé qu'en entrant dans la pièce.

« Et quel est le rapport avec moi ?

— C'est simple. Tu vas l'entraîner.

— Quoi ?! s'exclamèrent en chœur les deux concernés. »

Sakura, éberluée, releva derechef la tête pour regarder le brun qui offrait à présent à son maître le regard le plus dédaigneux qui soit, noir comme du charbon. Kakashi s'y était préparé.

« C'est une plaisanterie ? demanda l'Uchiwa en fronçant les sourcils pour de bon, cherchant à comprendre comment le commandant avait pu avoir une idée pareille.

— Absolument pas. J'ai pensé à la meilleure solution pour éviter qu'un autre incident du même genre ne survienne et cette idée m'a semblé la plus cohérente.

— Je ne vois pas du tout en quoi c'est cohérent.

— Sakura a besoin d'être initiée aux rudiments du combat et tu es le meilleur formateur qui soit pour ce poste.

Le meilleur formateur ? Tu es sérieux Kakashi ?

— On ne peut plus sérieux. »

La nervosité du brun était palpable, Sakura le ressentait sur sa peau telle de l'électricité statique en alternant son regard tantôt sur l'Uchiwa tantôt sur le commandant Hatake. Si le second semblait réellement confiant en ses propos, le premier en revanche peinait à masquer sa contrariété à l'égard de son supérieur. La jeune femme, légèrement désabusée, allait prendre la parole lorsque la main du samouraï lui imposa le silence en se levant devant ses yeux, bien décidé à se débrouiller seul pour se sortir de ce merdier.

« Pourquoi ne pas demander à Neji ou Shikamaru de s'en occuper ? Ils sont plus pédagogues que je ne le suis.

— Sasuke, tu t'occupes déjà de la formation de certaines nouvelles recrues de la garde personnelle du seigneur Hiruzen. Entraîner une jeune femme ne devrait être qu'une formalité pour toi.

— Il y a une différence entre s'occuper de la formation de soldats et entraîner une inconsciente qui se promène toute seule dans les quartiers malfamés de Konoha, marmonna d'une voix sombre l'Uchiwa en tournant cette fois son regard en direction de Sakura qui, furibonde d'être malmenée de cette façon en la présence du commandant Hatake, lui renvoya la même expression en plantant ses prunelles émeraudes dans les siennes.

— Je ne me promenais pas, je m'étais perdue. Et je n'ai pas besoin de vos services pour apprendre à me battre, j'y arriverai très bien toute seule.

— C'est sûr, je ne doute pas de ta capacité à te rendre infirme sans assistance.

— Ce sera toujours mieux d'être manchot que de devoir supporter votre sale caractère. »

Inspirant longuement, Sasuke se retint de lancer une nouvelle remarque à la jeune femme aux cheveux incarnadins qui lui faisait face avec défi, piquée dans sa fierté d'avoir été traitée d'inconsciente capable de se sectionner un membre en apprenant l'art de l'épée. Ses poings la démangeaient, elle aurait bien aimé pouvoir en coller un sur la figure du samouraï qui se croyait supérieur – même s'il était évident qu'il l'était. Elle qui s'était évertuée à vouloir le remercier puis oublier son existence se voyait maintenant lui tenir tête pour une raison dont elle n'était même pas coupable. Elle non plus ne s'était pas attendue à entendre cette idée saugrenue sortir de la bouche du commandant Hatake. Son petit air amusé s'expliquait mieux à présent, similaire à celui qu'il arborait au même instant, se délectant de la scène qu'il n'aurait jamais osé imaginer. Kakashi s'était préparé à la colère de Sasuke, bien sûr, mais pas à une petite joute verbale improvisée entre les deux jeunes gens. Pour lui, tout était dit. Aussi, lorsqu'il se racla la gorge pour regagner l'attention de ses hôtes, le chef des samouraïs eut soudainement peur qu'une rébellion commune apparaisse en croisant leur regard aussi remonté l'un que l'autre. Un petit rire gêné lui échappa.

« Bon, je vois que nous sommes d'accord en tout cas pour dire que tu as besoin d'un bon entraînement Sakura. J'étais sérieux dans mes propos, sois en sûre. »

La jeune femme, les joues rougies par la colère, reprit sa position initiale et hocha la tête pour lui faire comprendre qu'elle avait pris acte de ses paroles. Forte, elle l'était déjà à sa manière, même si tous l'ignoraient. La perspective de se battre avec le katana qui lui avait été légué la ferait tenir et supporter les épreuves qui l'attendaient. Car elle savait déjà qu'Uchiwa Sasuke, tout bon formateur qu'il soit, n'allait certainement pas être tendre avec elle.

« Quant à toi Sasuke, je te demande de m'accorder ce service. En échange d'un autre bien évidemment. »

Les prunelles onyx cillèrent à l'entente de cette phrase et il inspira une nouvelle fois avant de fermer les yeux, contraint d'abdiquer pour obtenir ce qu'il désirait. Car il ne doutait pas que Kakashi détenait des informations sur l'endroit où son frère avait été aperçu, autrement il lui faudrait se rendre au Yoshiwara dès le lendemain pour en apprendre davantage de la bouche de la tenancière de la seirō aux murs rouges. Ce choix l'enchantait moins avec la possibilité de croiser une certaine oiran qu'il préférait éviter quelque temps, se souvenant encore de leur échange qui l'avait particulièrement irrité. Et dire que la cause de cette tension se trouvait justement assise à côté de lui... A peine commençait-il à oublier son existence que le commandant venait la replacer sur sa route comme pour lui rappeler son bon souvenir. Une nouvelle fois, ses yeux parcoururent le profil de la jeune femme aux longs cheveux roses pâles dont le propre regard avait retrouvé sa détermination. Les poings demeuraient fermement serrés, Sasuke s'était presque attendu à recevoir un coup en apercevant les jointures blanches de ses doigts. Un micro rictus se dessina sur la commissure de ses lèvres. Soit, il la formerait, mais que Kakashi ne vienne pas le sermonner plus tard. C'était sa décision, après tout, il aurait pu demander à n'importe qui d'autre, même à Naruto. Le choisir aurait été plus sensé d'ailleurs puisqu'il était aux petits soins pour elle. Et pourtant, ce n'était pas l'Uzumaki que leur commandant avait désigné pour ce rôle... petite satisfaction personnelle. Alors, oui, il la formerait. Et elle allait en baver.

oOoOoOoOo

Le bruit de la pluie, si calme, si tranquille. Le bois de la machiya qui craquait, couinait, travaillait. Des sons infimes et apaisants, des sons qui avaient toujours su bercer mon sommeil, excepté cette nuit et la précédente aussi. Une ou deux heures déjà que mes yeux demeuraient grands ouverts, fixant un point invisible, l'agitation dans mon esprit contrastant avec la respiration régulière d'Hinata, paisiblement endormie à ma droite. Il aurait mieux fallu que je m'endorme moi aussi, pour être en forme, pour être prête. Seulement, mes pensées m'empêchaient de sombrer dans les bras terriblement tentateurs du repos, s'amusant à me malmener pour que je ne sombre pas malgré la fatigue qui m'assaillait. Mes paupières pourtant lourdes ne tremblaient pas, figées dans la pénombre de la chambre que je partageais avec ma voisine. Dormir, prendre des forces, dormir, essayer de rester calme, dormir, ne pas penser à ce qui m'attendait. Pourtant, malgré toutes mes prières et malgré tous mes efforts, je ne pouvais revenir en arrière. Dans quelques heures, il sera là, devant moi, cet homme que je n'arriverai jamais à cerner, épée en main, prêt à m'enseigner. Mes mains tremblaient encore de colère lorsque j'avais quitté les appartements privés du commandant Hatake avec la promesse de débuter mon entraînement le surlendemain pour laisser à son second le temps de se remettre de son voyage. Oh oui, comme j'aurais aimé pouvoir gifler cet odieux personnage pour lui ôter son petit air supérieur. Une fois de plus, Uchiwa-san m'avait regardée avec mépris, le fond de ses yeux noirs encore plus assombri, comme s'il rejetait cet affront qui lui était fait sur ma personne. Etait-ce de ma faute si le commandant m'avait assignée à son apprentissage ? Non, par tous les Dieux, jamais je n'aurais pu avoir une telle idée à l'esprit. Certes, j'imaginais sans peine qu'il était hautement qualifié pour apprendre le maniement d'un sabre et les rudiments du combat, cela ne changeait rien au fait que ce fantasque scénario n'émanait pas de moi. Une fois de plus, un soupir s'échappa de mes lèvres et je délaissais la vue du plafond pour me tourner sur le côté, m'emmitouflant dans la couverture bien chaude. Pourquoi ? Pourquoi le commandant Hatake avait-il pris cette décision ? Je veux te rendre forte. Ces simples mots avaient suffi à insuffler une telle énergie, m'offrant presque le courage qui me faisait cruellement défaut, jusqu'à m'affaiblir en m'annonçant la funeste nouvelle. Je soupirais de nouveau et m'enfonçais un peu plus dans le futon, rabattant d'un coup sec le drap sur ma tête. Je ne devais pas penser ainsi. Uchiwa-san me détestait sûrement, mais il n'avait pas non plus refusé de m'aider à m'entraîner. Connaissant un peu mieux son caractère, il n'aurait eu aucun mal à agir contre l'ordre de son supérieur. Ou bien avait-il craint d'en payer les conséquences ? Hatake-san avait parlé d'un service en échange de celui-ci... Je secouais la tête et fermais cette fois les yeux pour de bon. Cela ne me regardait pas.

Les heures défilèrent comme des minutes et après avoir avalé un fond de soupe sous le regard inquiet d'Hinata, j'étais parfaitement réveillée et à moitié somnolente, aspergeant mon visage d'eau glacée pour sortir de ma torpeur et atténuer les cernes creusées sous mes yeux. L'anxiété se lisait sur mes traits et je ne pourrais rien faire pour l'estomper. Courage, Sakura, courage. Uchiwa Sasuke n'était pas non plus un démon sorti d'un folklore pour enfants, il n'allait pas me réduire en cendres, me mettre à la diète ou me faire porter des sacs de riz en faisant cent fois le tour de Konoha à cloche-pied ! Tapant avec vigueur mes joues pour me donner de la bravoure, j'entendis les petits pas s'avancer dans la salle d'eau et me retournai lentement pour offrir un timide sourire à la brune, me renvoyant un regard compatissant.

« Tout va bien Sakura-san ? Tu n'as presque rien mangé.

— Oh, excuse moi Hinata, ta soupe était délicieuse, c'est juste que je n'ai pas beaucoup d'appétit en ce moment.

— Tu as l'air épuisée, fit-elle remarquer en laissant un pli soucieux se creuser entre ses fins sourcils. Il faudrait peut-être repousser ton entraînement à plus tard.

— Mmh, c'est gentil de t'inquiéter mais ça va aller. Je suis juste un peu... nerveuse.

— Et moi je suis certaine que tout ira bien. Sasuke n'est pas un mauvais bougre, il saura être patient avec toi.

— Oui... espérons le... »

Lui, être patient ? J'avais bien du mal à y croire. Pourtant, Hinata avait tenté de me rassurer dès lors que je lui avais raconté la supercherie mise en place par le commandant. La surprise s'était aussitôt lue dans son regard clair tandis que je rongeais mon frein, repensant encore à la discussion courte mais animée qui avait suivi entre moi et l'Uchiwa. Là encore, mon estomac demeurait noué, un goût de bile sur la langue. Mon sourire crispé ne suffit pas à dissiper la sollicitude de ma camarade, m'attrapant subitement la main pour m'emmener dans notre chambre à l'étage. Il était encore tôt, la plupart des membres de l'organisation dormaient ou vaquaient à leur propre occupation, mais Hinata était silencieuse comme une ombre. Sans broncher, je la suivis et m'installai sur les tatamis en la regardant ouvrir son armoire pour y chercher quelque chose. Un mince sourire étira les traits nobles de son visage lorsqu'elle se retourna avant de s'agenouiller devant moi, les bras tendus. Mon regard se posa alors sur l'objet qu'elle me tendait, le regard fier, m'incitant à le prendre entre mes mains à mon tour. Intriguée, les yeux brillants, je saisis la fine lame rangée dans son fourreau, légère comme une plume. Mes yeux croisèrent alors les deux orbes nacrés, mélancoliques, comme l'était son sourire.

« Il s'agit du tout premier katana que mon cousin Neji m'a offert lorsque j'ai décidé de le rejoindre pour intégrer le Koueichiimura. Il ne tranche pas, la pointe n'est pas aiguisée, alors c'est l'arme idéale pour apprendre à s'en servir sans prendre le risque de blesser ou se blesser. Elle m'a été très utile pour m'exercer avec Neji. Je te la prête.

— Hinata, je... Attends une minute, que je sois bien sûre de comprendre, murmurai-je dans un souffle avant de froncer les sourcils et d'ajouter, stupéfaite. Tu t'es entraînée avec Neji ? Ce Neji ?

— Ça parait difficile à croire mais oui, répondit la jolie brune en pouffant entre ses lèvres, acquiesçant une nouvelle fois la tête pour confirmer ses dires. Il a toujours été là pour assurer ma protection, certes, mais il m'a toujours fait comprendre que je devrais un jour faire face seule à mes angoisses. Alors il m'a appris une ou deux parades pour me défendre s'il le faut.

— Tu veux dire... si la machiya était attaquée ? »

Le regard soudain fuyant, je la vis se mordre la lèvre inférieure puis hocher la tête avec facilité, triturant ses doigts. Ce petit tic de nervosité ne m'avait pas échappé, aussi préférais-je garder mes interrogations personnelles pour plus tard, l'attrapant dans mes bras pour la serrer et la remercier de tout mon être. Je n'étais pas dupe. Rejoindre une organisation de samouraïs à un âge aussi jeune que le sien, pour la simple raison de suivre un membre de sa famille... Non, il y avait plus que cela. Le passé de la famille Hyuuga réservait probablement son lot de mystère, mais je n'étais pas en position de réclamer en connaître chaque partie. Mon propre passé m'appartenait, le sien également. Pour le moment, rien d'autre n'importait que le katana trônant sur le sol, attendant son heure de gloire.

Par chance, il n'eut pas à attendre trop longtemps. A peine venions-nous de rejoindre la réserve que l'imposante silhouette d'Uchiwa-san se dessinait dans l'entrebâillement de l'entrée pour me faire signe de le suivre. Hinata m'avait faiblement souri pour m'encourager et je lui renvoyais une grimace nerveuse avant de sortir, la boule au ventre. J'avais presque espéré qu'il oublierait. A l'inverse de moi, les embruns de la fine averse m'accueillirent avec joie. Mon cœur qui battait à un rythme frénétique en rejoignant la cour arrière de la résidence était à présent engourdi, éteint comme la flamme d'une bougie. Les autres membres du Koueichiimura ne tarderaient à se lever, pourvu qu'ils n'aient pas prévu de venir assister au ridicule spectacle qui se jouerait bientôt ici, à l'abri des regards. En arrivant sur le lieu de notre rendez-vous, ma première remarque fut de constater qu'il se protégeait de la pluie avec un wagasa, nonchalamment appuyé contre une bâtisse annexe. Aurais-je dû en demander un à Hinata ? Mon regard coula ensuite sur le sabre attaché à la taille, différent de l'habituel, relevant lentement les yeux pour ne pas m'attarder sur ce détail. Ma salive passa aussitôt de travers en croisant son regard charbonneux. Il devait tous nous maudire, moi, Hatake-san et cette satanée pluie. Du courage, du courage...

« C'est le katana de Hinata ? demanda t-il du tac au tac en désignant du regard l'épée que je tenais dans ma main.

— Euh... oui. Elle me l'a prêté.

— Tu n'en auras pas besoin aujourd'hui. Passe le moi. »

Mes sourcils se froncèrent légèrement face au ton de sa voix, autoritaire, et je m'exécutais sans piper mot en lui remettant ladite lame avant de le voir attraper la sienne pour l'échanger. J'ouvris de grands yeux ronds que je levais dans sa direction, perplexe.

« Un bokken ? murmurai-je d'une toute petite voix, déjà prête à me ratatiner en apercevant le mépris dans ses yeux.

— Ça sera bien suffisant pour commencer. Tu ne voudrais pas vraiment finir infirme quand même ?

— Ce n'est pas dans mon intention, merci, rétorquai-je en grinçant des dents, serrant le bois lisse de toutes mes forces.

— Bien. »

Puis il me contourna, le pas lent, me forçant à me retourner à mon tour pour lui faire face. J'attendais un signal, un geste, un mot pour obéir aux ordres, mais il ne bougeait pas d'un pouce, le regard impassible. Ma vue était brouillée par mes cils humides, la brume bien décidée à assister elle aussi à ce tableau. Sa voix sèche résonna.

« Qu'est-ce que tu attends ?

— C-Comment ça, qu'est-ce que j'attends ?

— Vas-y. Attaque moi.

— Pardon ? m'écriai-je, écarquillant de nouveau les yeux, croyant avoir mal compris.

— Pour connaître les bases que je vais devoir t'apprendre, je dois d'abord jauger tes compétences. Alors lance toi et frappe.

— Mais je... je ne peux pas faire ça. Ça n'a aucun sens.

— Si tu as réussi à te débarrasser de trois brigands sans aucun poignard pour te défendre, tu devrais réussir à me toucher non ? Ou bien c'était un autre mensonge ?

— Ce n'était pas un mensonge ! Mais je...

— Arrête avec tes « mais je » et bouge toi.

— Je ne...

— Maintenant ! »

Les mains fermement accrochées sur le manche du bokken, la mâchoire crispée, j'obéissais. Mes jambes s'élancèrent en avant pour franchir les quelques mètres qui nous séparaient et je levais l'épée en bois, prête à frapper, bouillonnant de rage envers cet homme qui demeurait immobile, imperturbable en toutes circonstances. Et je sentis, un bref instant, le chakra circuler avec vitesse dans les méridiens de mes bras tendus, à deux doigts de porter mon coup. Ma respiration s'affola. Non, je ne pouvais pas, je ne pouvais pas faire ça. Le plat de la lame s'abattit sur son épaule dans un petit bruit sourd, comme un claquement. Mes doigts tremblaient. Je ne pouvais plus bouger. Et surtout, je n'osais relever la tête de peur de croiser son regard. Mais sa voix, elle, ne pardonna pas.

« Tu te fous de moi ? »

Une seconde après et je me retrouvais allongée sur le dos, les fesses endolories, les cheveux baignant dans la terre humide. Grimaçant, je me redressais pour lui jeter un regard mauvais, furieuse, constatant qu'il n'avait pas bougé d'un centimètre alors que je venais de reculer de deux mètres. Le parapluie le protégeait encore. D'où était parti son coup ? M'avait-il frappé du plat de la lame, m'avait-il donné un coup de pied ? Je n'avais rien vu venir. Epoussetant mon kimono, rejetant mes cheveux mouillés en arrière, je me remis sur mes deux jambes avant de laisser exploser ma colère.

« Vous auriez pu me prévenir ! Vous m'avez fait mal !

— Parce que tu crois qu'un ennemi te préviendra avant de te trancher la gorge sur un champ de bataille ? rétorqua l'Uchiwa en me balayant du regard, rabaissant comme jamais. Ne me dis pas que tu es aussi sotte pour penser ce genre d'ineptie.

— Je ne suis pas sotte, répliquai-je avec la même intensité, le dardant du regard le plus noir qu'il m'eut été donné d'accorder à quelqu'un. Vous êtes censé être mon instructeur, pas un tortionnaire.

— Et alors quoi ? Tu vas aller te plaindre à Kakashi que je te jette dans la boue ? Ne vous en déplaise, chère demoiselle, mais c'est ainsi que je forme les hommes qui sont sous ma responsabilité. Tu es prévenue. Maintenant, libre à toi de t'en aller et demander de l'aide à quelqu'un d'autre. »

Mes épaules, mes bras, tout mon être était parcouru de tremblements incontrôlables. Le souffle court, les yeux plongés dans les siens, j'enrageais. Il me tournait en ridicule, me faisait passer pour une idiote. Et il avait raison, j'en étais belle et bien une. Idiote d'avoir hésité à le frapper avec la réelle force dont j'étais capable. Mais je ne pouvais pas lui montrer, ni user de cette capacité contre lui. J'en étais... incapable. Seulement, hors de question de lui donner raison ou perdre la face devant lui. Ma détermination se lisait sûrement sur les traits de mon visage, un rictus naissant sur la commissure de ses lèvres. Là, en cet instant, que pouvait-il bien penser ?

« Reprenons. Ramasse ton sabre et cette fois, n'hésite pas et frappe pour de bon. »

Inspirant longuement, j'attrapais le bokken échu à mes pieds et le serrais convulsivement, fermant les paupières quelques instants pour me concentrer. Frapper pour de bon... Oui, je pouvais le faire. Libérer juste un peu de force, juste un peu. Histoire de lui faire ravaler ses paroles. Mes yeux s'ouvrirent au moment où je m'élançais pour la deuxième fois, fermement décidée cette fois-ci. Mes bras se tendirent quelques secondes pour le frapper, certaine de ne pas le louper. Sauf que cette fois-ci, Uchiwa-san réagit. Le wagasa vola dans mon champ de vision. La lame en bois ne rencontra que du vide. Une sensation étrange, un croche-pied furtif et mes jambes s'écroulèrent aussitôt, me faisant tomber à plat ventre. Mon nez embrassa le sol humide tandis qu'une voix s'éleva dans mon dos, moqueuse.

« Leçon numéro une : l'esquive. A défaut de pouvoir frapper comme il faut, tu vas apprendre à te défendre. Ça commence par savoir esquiver les coups de ton adversaire. »

Me relevant péniblement en essuyant mon visage, je fis volte-face pour lui jeter un regard meurtrier. Le parapluie était de nouveau dans sa main. Et son sourire en coin n'avait pas disparu.

« Vous étiez vraiment obligé de me faire tomber une deuxième fois ?

— Si tu ne veux pas que ça recommence, apprends vite à anticiper mes coups et esquive-les. Reprends ton épée et entraîne-toi à frapper plus fort, plus vite. Tu arriveras plus facilement à parer des coups si tu gagnes en vitesse.

— Bien, murmurai-je en serrant les dents, la langue presque écorchée de devoir acquiescer à son ordre. Mais excusez-moi, on ne va pas rester sous la pluie toute la journée quand même ? »

Le rictus s'accentua et Uchiwa-san s'avança, lentement. Je déglutis. Puis arrivé à ma hauteur, je sentis brusquement mon cœur manquer un battement, incompréhensible. Uchiwa-san reprit.

« Tu vas rester sous la pluie toute la journée. Moi je m'en vais, j'ai à faire en ville.

— Quoi ? Et mon entraînement ? m'écriai-je, les sourcils de nouveau froncés, interloquée.

— Je t'ai donné des exercices à faire. Prends ton bokken et entraîne-toi à frapper, répliqua t-il en commençant à s'éloigner sous mon regard dépité. Je passerai plus tard vérifier le résultat de tes efforts.

— Et je frappe sur quoi exactement ?

— Tu n'as qu'à taper sur les pierres du muret d'enceinte de la résidence si ça te fait plaisir... »

Et il me laissa là, plantée comme un piquet, les yeux rivés sur le symbole en forme d'éventail rouge et blanc cousu dans son dos. Mes narines me chatouillèrent et j'éternuai juste après, pestant entre mes lèvres contre cet individu sans cœur prêt à me laisser mourir de froid sous l'averse. Les gouttes ruisselaient sur ma joue et d'un geste rageur, je m'essuyais une nouvelle fois la figure avant de me baisser pour ramasser le sabre en bois. Etait-ce vraiment ainsi qu'il formait les nouvelles recrues de la garde personnelle du seigneur Hiruzen ? Si tel était le cas, pauvres malheureux... Un soupir s'échappa de mes lèvres et j'inspirais avant de mettre à l'exercice, n'ayant aucun autre choix. Un, deux puis trois coups. Je frappais dans le vide, tenant fermement le manche en bois entre mes mains, m'efforçant de me concentrer sur un seul point. Puis je tapais contre le muret désigné, le bokken vibrant à chacun des coups que je portais. Ce fut Hinata qui, alertée par le bruit répétitif, s'empressa de me rejoindre pour me forcer à faire une pause et me mettre à l'abri. L'accalmie choisit son moment pour faire son apparition, alors que j'étais enfin au chaud avec une serviette dans les cheveux et savourant l'okayu préparée par la brune qui me détaillait de la tête aux pieds d'un air effaré. Mes mains étaient boursouflées, les callosités et ampoules ayant rapidement fait leur apparition. La douleur était cuisante, mais quoiqu'il arrive, je ne faiblirai pas. Pas après avoir été humiliée par deux fois.

Mon repas achevé, je m'empressais de faire un brin de toilette pour rincer mon visage crasseux. Ensuite, je pris le temps de badigeonner mes doigts de l'onguent à base de sauge que j'avais concocté avant de bander le tout pour protéger les petites plaies. Maintenir le manche du sabre serait ainsi plus facile. Avant de retourner à mon entraînement, je pris le temps de saluer Nara-san et Inuzuka-san, tous deux présents, m'encourageant dans un petit sourire forcé qui ne me rassura guère. Je n'avais pas recroisé Naruto depuis mon altercation avec les brutes, ayant appris par Hinata que le commandant l'avait assigné à une mission à l'extérieur de Konoha. Un petit sourire glissa sur mes lèvres. Lui, au moins, ne m'aurait sûrement pas traitée de la sorte. Il aurait probablement été plus conciliant, trop peut-être, tout en faisant preuve de tact et de gentillesse. Il ne m'aurait certainement pas donné un coup de pied pour me faire tomber délibérément en tout cas ! Uchiwa-san s'était bien joué de moi. S'il n'avait pas esquivé le coup, quelle aurait été sa réaction ? Aurais-je réussi à le frapper comme je le souhaitais, l'aurais-je seulement « poussé » ou bien serait-il tombé à son tour ? Impossible de le savoir maintenant. Les cieux, à leur tour, décidèrent qu'ils étaient temps pour eux de laisser libre court à leur peine. L'averse reprit de plus belle, sous mon regard lourd de reproches, tandis que je poursuivais mes efforts.

Fermer les yeux, imaginer un point invisible. La base de la concentration. Tsunade me l'avait appris tant de fois. Etre aveugle à tout mouvement, sourde à tout son extérieur. Une tranquillité d'esprit parfaite. Totalement concentrée. Je respirais calmement, mon rythme cardiaque suivait le mouvement. Concentrée. Et soudain, une impression. Les deux lames s'entrechoquèrent sur l'instant. Je me reculais aussitôt, le souffle devenu court, sentant encore les vibrations du bois parcourir mes mains engourdies. J'avais paré le coup. Mais avant de pouvoir me réjouir, il me fallait ouvrir les yeux. Ce n'était pas une feinte d'Uchiwa-san, comme je l'avais cru. Et pourtant, la personne qui se tenait devant moi, lui ressemblait terriblement. Un hoquet de surprise m'ébranla. Encapuchonné du même manteau noir, tenant le même sugegasa dans une main et le même katana dans l'autre... l'inconnu qui m'avait sauvée dans les faubourgs de Konoha. Uchiwa Sasuke. Non, ce n'était pas lui. Ce n'était pas lui, mais la ressemblance était frappante. Le même regard, les mêmes cheveux, la même mâchoire. Ce n'était pas lui et pourtant...

« Jolie parade, murmura l'étranger, de la même voix grave et sur la même intonation. Je reconnais bien là l'enseignement du Koueichiimura.

— Q-Qui êtes-vous ? m'écriai-je en tendant le bokken, les mains tremblantes, un sentiment de peur naissant dans le creux de mon ventre. Que faites-vous là ? V-Vous m'avez suivie ici ?

— Je ne t'ai pas suivie, tu n'as rien à craindre. Baisse ton sabre.

— Certainement pas. »

L'inconnu s'avança alors, en silence, et je resserrais un peu plus mon emprise sur le manche en bois.

« N'avancez pas ! hurlai-je cette fois en le menaçant, les doigts parcourus de spasmes, tandis qu'il continuait de marcher dans ma direction. Je vais donner l'alerte !

— Pour demander de l'aide ? De ce que j'ai pu constater, tu n'en as pas besoin. »

Le sabre tomba à mes pieds. Mes yeux s'agrandirent, effrayés. Cette phrase... il m'avait vue. Il m'avait vue me servir de ma force. Pourquoi ? Pourquoi était-il là ? Qui était-il ? Venait-il... pour moi ? Ma vue se brouilla à travers les larmes menaçant de couler lorsqu'en un éclair, une silhouette se faufila entre nous. Et je sentis à peine la main empoigner ma taille pour me faire reculer, les paupières closes, le bruit violent du choc des épées résonnant dans ma poitrine. Mon cœur cognait à toute vitesse, paniqué. Les prunelles à présent grandes ouvertes, figées. La main était toujours là, protectrice, le corps faisant barrage entre moi et l'inconnu. Uchiwa-san était là, le katana dégainé, croisant le fer avec celui de son jumeau qui ne bougeait pas, surpris. Cette ressemblance... si évidente.

« Salut, petit frère. »

Et cette haine. Si palpable.

« Itachi... »


Lexique du chapitre :

Sugegasa : il s'agit du chapeau chinois mais avec son appellation japonaise. Petit clin d'œil à la tenue d'Itachi lorsqu'il revient à Konoha dans le manga

Wagasa : parapluie traditionnel japonais avec le manche et l'armature en bambou

Bokken : sabre japonais en bois imitant la forme du katana


UNE FIN DE CHAPITRE A LA MILEVA MOUAHAHAHAHAHA !

Je vous jure qu'hier j'étais extatique en terminant d'écrire ce chapitre. Une vraie débile. Bon sang que ça fait du bien ! Quand je dis que je me suis éclatée... (:

J'espère très sincèrement que vous aurez apprécié ce petit moment - long plutôt - et que vous ne me tiendrez pas trop rigueur de la terrible attente. Je vais essayer d'être vraiment moins longue pour publier la suite. La Corée du Sud prévue fin avril 2019 m'aidera sûrement à retrouver l'inspiration ;)

Et promis, promis... Le SasuSaku va commencer à se développer de plus en plus. Si vous êtes sympas avec moi, j'essaierai même de convaincre Sasuke de se mettre torse à poil pour chanter "COMME UN HOMME ! SOIT PLUS VIOLENT QUE LE COURS DU TORREEEENT ! SECRET COMME LES NUIIIITS DE LUNE DEEEE L'ORIEEEEENT !" XD

Joyeuses fêtes de fin d'année à tout le monde ! Profitez bien et que 2019 vous sourie ! Que cette nouvelle année soit toujours placée sous le signe de la gougoulerie ! ;)

Tendrement vôtre, votre chère Mireba-chan !