Bien le bonjour tout le monde ! :)
Je suis de retour, pour vous jouer un mauvais tour, afin de préserver le monde de la dévastation de ne pas avoir eu un chapitre depuis un an et demi et afin de rallier toutes les peuples à notre nation des fanfictions ! Haha ! Eh oui, me revoilà enfin avec un beau chapitre en perspective qui je l'espère, saura vous charmer autant qu'il m'a séduit. L'inspiration m'est apparue tout à coup il y a un mois et demi et j'ai mis tout mon cœur pour écrire au plus vite les quelques nombreuses pages qui suivent.
Vraiment, une nouvelle fois, merci pour tous vos commentaires et avis qui ne peuvent que me ravir et me motiver à ne pas laisser tomber. Il est difficile d'allier écriture et vie personnelle, mais je suis très heureuse de pouvoir compter sur votre indéfectible soutien depuis toutes ces années. Mille merci.
Ce chapitre est principalement axé sur Sakura, puis Sasuke, et évidemment du SasuSaku qui commence à prendre forme. Huhu. J'espère qu'il y aura suffisamment d'interactions à votre goût - ma poule tu m'as comprise :P
Je remercie une nouvelle fois ma très chère Nefer-chan pour ses encouragements, sa critique et sa réception à mes blagues et chansons foireuses qui nous ont bien fait rire durant tout le long de cette correction ;) foncez la lire si ce n'est pas déjà fait !
Réponses aux anonymes
SunnyHeirs : je te remercie infiniment pour ta review qui était vraiment très gentille et fortement appréciée ! Je suis très heureuse de réussir à te faire voyager à travers mon récit et j'espère encore que cela continuera dans les chapitres à venir :D merci de ton soutien et bonne lecture !
Aria : haha je me demande si tu continues encore de regarder de temps en temps et si tu seras surprise et heureuse de voir ENFIN la suite ! ;) merci beaucoup de ton soutien ! Eh eh oui je suis très contente moi aussi de mon amitié Sakura et Ino :) et fufufu l'entraînement avec Sasuke promet encore d'autres rapprochements ;) je n'en dirais pas plus ! Tu dis que tu seras encore là en 2020 alors j'espère avoir le plaisir de te revoir et réussir encore à te faire vibrer à travers mon récit :D merci merci merci pour ton indéfectible soutien ! Profites bien du chapitre :) Mireba
LILI : eh bien la voilà la suite haha !
Guest : alors en relisant tes deux commentaires j'ai vraiment rigolé car Orgueil et Préjugés est tellement l'un de mes livres et films préférés que j'étais très amusée par ta review haha ! :D merciii en tout cas pour être toujours là depuis toutes ces années ! J'essaie de continuer encore à bosser du point de vue de tous les protagonistes :) donc j'espère que tu aimeras ceux que j'ai mis en valeur dans le chapitre à venir. Tenten réapparaîtra, je te le promets ! Priorité au SasuSaku qui je trouve commence vraiment à poser ses bases avec subtilité... en tout cas bonne lecture et merci encore ! :)
Hananas : merci infiniment pour ton commentaire qui a su me faire de nouveau rosir de plaisir en le relisant :) ça me touche de savoir que tu aies été autant emballée par l'histoire et j'espère continuer à satisfaire ta lecture. Surtout que promis, le SasuSaku pointe le bout de son nez ;) tout ça pour dire encore merciii et savoure bien le chapitre !
Je précise, au cas où, que certains éléments des premiers chapitres vont être modifiés. J'ai repéré des erreurs temporelles et autres que je changerai sûrement dans les prochains jours. Voilà voilà. Sur ce, très bonne lecture ! :D
L'atmosphère était pesante, électrique, aussi lourde que ne l'était le plafond ombragé du ciel, semblant encore vibrer du tintement assourdissant des lames entrechoquées quelques secondes auparavant. Aucun des deux adversaires ne bougeait, les épées crissant l'une contre l'autre sous la pression de leurs maîtres. Seule la pluie venait couvrir le silence d'effroi en déversant ses larmes devant ces funestes retrouvailles. Si l'un conservait un calme presque inquiétant sur son visage, son assaillant, en revanche, peinait à contenir la rage fébrile qui s'intensifiait à mesure que le temps s'écoulait. Cinq années. Cinq longues années qu'il attendait patiemment ce moment. Son regard flamboya et la pression de son katana redoubla d'intensité dans une esquive habilement menée avant d'attaquer frontalement son adversaire, forcé de s'écarter en reculant de quelques mètres pour éviter l'impact. La lame demeurait toujours droite, immobile, prête à frapper de nouveau. Son sang bouillonnait avec une fureur incommensurable. Comme s'il pouvait le blesser avec un coup aussi pathétique... Si son rival feignait d'être surpris de cette manœuvre, il paraissait moins sur la défensive, la garde légèrement baissée. Mais surtout, il n'arrivait pas à ôter ce petit sourire satisfait à l'idée de se retrouver face à son cher cadet après toutes ces années. L'inconnu abaissa lentement son katana pour regarder son frère droit dans les yeux.
« Qui aurait cru que tu réussirais un jour à repousser mes parades ? Tu as drôlement progressé, Sasuke. »
L'intéressé ne broncha pas une seconde, les pupilles rouges de ses yeux plongées dans ses jumelles qui se dissipèrent pour recouvrer leur couleur noire originelle. La main broyait presque le manche de son sabre, tâchant de maîtriser les légers tremblements qui la secouait non pas de peur, mais de colère. L'aîné poursuivit.
« Et tu n'aurais pas pris quelques centimètres par hasard ? Je me demande si tu n'es pas plus grand que moi maintenant...
— Si tu fais un pas de plus, je te tue sur le champ. »
Même s'il n'avait fait que mine de s'avancer, l'homme stoppa ses pas en sondant longuement le visage fermé de son interlocuteur. Son ton avait été suffisamment menaçant pour qu'il le prenne un tant soit peu au sérieux, bien qu'il doutât qu'un fratricide puisse avoir lieu ce jour, en ces lieux et qui plus est en présence d'une personne totalement étrangère à leur passif.
En spectatrice involontaire, Sakura assistait à la scène qui se jouait devant ses yeux, sans comprendre réellement l'importance qu'elle pouvait avoir pour ses deux protagonistes qui se regardaient en chiens de faïence. Du moins, l'hostilité était aisément plus palpable chez l'un que chez l'autre. La jeune femme pouvait presque sentir sur son épiderme les sentiments violents émanant du samouraï posté devant elle, prêt à se jeter à tout instant sur son adversaire. Encore une fois, elle n'avait pas eu le temps de sentir sa présence que déjà il la mettait à l'abri en la repoussant derrière lui. Une telle vitesse ne serait jamais à sa portée, elle le savait, tout comme elle savait qu'elle aurait été incapable de réagir si son assaillant lui avait menti et l'avait finalement attaquée. Mais elle ne se sentait plus en danger désormais. Il ne l'aurait pas attaquée, puisque ce n'était pas elle qui l'intéressait.
Salut, petit frère. L'évidence était parfaitement tangible à présent. L'écart pour se dérober à l'assaut frontal d'Uchiwa-san avait fait glisser sa capuche pour dévoiler des cheveux corbeaux légèrement moins prononcés que ceux de son cadet. L'indéniable ressemblance des deux hommes face l'un à l'autre se confirmait par les traits délicats de leurs visages, comme taillés dans du marbre, jouissant tous deux d'une physionomie des plus séduisantes. La seule différence notable se trouvait dans leurs regards, étrangement doux pour le premier et tranchant comme l'acier pour le second. Mais ce qui les reliait le plus, au-delà de la simple ressemblance physique, était cette pupille couleur rubis que Sakura avait vu étinceler dans le fond de leurs yeux respectifs. La même pupille que celle du commandant Hatake, cachée sous la cicatrice qui fendait sa paupière. Se pouvait-il que tous trois soient liés par le sang ? Cette théorie, la jeune femme aux cheveux incarnadins n'avait pas le temps de s'en préoccuper pour le moment, immobile, figée depuis plusieurs minutes. Le bokken se trouvait trop loin d'elle à présent pour s'en saisir, et quand bien même, que pourrait-elle bien faire ? Elle avait déjà le sentiment d'être de trop, d'être un élément inopportun dans ces retrouvailles qui ne paraissaient pas des plus réjouissantes. La pluie avait fini par tremper entièrement ses vêtements et elle grelottait, pour autant incapable de faire le moindre mouvement. Tremblait-elle seulement de froid ? La voix implacable d'Uchiwa-san lui avait glacé le sang, grondant presque son ordre à celui qui se trouvait être son frère et qu'il ne semblait pas heureux de revoir. Si elle ne pouvait voir l'expression de son visage, Sakura se l'imaginait sans peine, et cela l'effrayait. La terrible noirceur qu'elle avait cru déceler plusieurs fois dans son cœur... était-ce donc envers cet homme, celui qui l'avait sauvée dans les faubourgs de Konoha ? Envers son propre frère ?
Sa curiosité à l'insu de cet étranger semblait partagée, l'aîné des Uchiwa attentif lui aussi à cette intrigante demoiselle aux yeux clairs protégée par son frère. Un nouveau visage au Koueichiimura, féminin qui plus est, voilà qui était une réelle surprise. Il avait fui avant que ce fanfaron de Naruto, toujours égal à lui-même, n'accoure dans leur direction et il avait été vaguement intrigué de connaître la nature de leur relation. Puisqu'il avait été témoin de ses aptitudes pour le moins surprenantes face à une bande de truands, l'occasion de la surprendre de nouveau était trop belle en l'apercevant dans la cour à s'entraîner pour se concentrer à anticiper les attaques. Et surtout, il ne se souvenait que trop bien avoir appris ces exercices à Sasuke quand ils n'étaient encore que deux gamins. Son regard glissa sur l'épée en bois échue au sol avant de relever la tête vers la jeune femme qui sursauta derechef en croisant son regard amusé. La terreur se lut instantanément dans ses prunelles émeraude et l'homme devina sans peine ce qu'elle espérait qu'il ne trahisse pas, s'en amusant encore plus. Les sourcils de son cadet se froncèrent légèrement avant que son interlocuteur ne reprenne la parole.
« Navré d'avoir interrompu votre entraînement Sasuke. J'ignorais que tu t'occupais de ce genre de corvée maintenant.
— Mêle-toi de tes affaires.
— C'est plutôt auprès de la demoiselle que tu caches derrière ton dos que je présente mes excuses, continua l'homme sur sa lancée, sans se défaire de son léger sourire en voyant le visage de ladite concernée se décomposer, alternant son regard tantôt sur lui, tantôt sur son frère. Bravo, tu as paré mon coup à la perfec...
— Ça suffit, siffla le brun aux cheveux courts d'une voix si sèche que Sakura en déglutit, effrayée, avant de relever la tête en entendant la suite. Ne lui parle pas.
— Je voulais simplement la féliciter de sa parade.
— Peu m'importe. Ne t'approche pas d'elle. »
La jeune femme écarquilla les yeux devant cette mise en garde qui paraissait étrangement réelle. Mais à qui était-elle adressée, à son frère ou bien à elle-même ? Avalant sa salive, Sakura esquissa un pas en avant.
« U-Uchiwa-san...
— Ne bouge pas et tais-toi, souffla ce dernier sans daigner se retourner, incapable de détourner ses yeux scrutant avec voracité le visage de son frère. Et toi, recule ou je te jure que je te tue maintenant.
— Tu sais très bien que je ne lui ferais pas de mal, répondit l'homme face à lui, son katana complètement baissé. Et puis, inutile de mêler une innocente à nos histoires de famille, tu ne crois pas ?
— S'il vous plaît, Uchiwa-san...
— La ferme ! »
La main agrippée au manche du sabre n'en finissait plus de trembler, la lame secouée de violents soubresauts en demeurant pointée dans la direction d'Itachi. Son cœur s'emballait sous la colère, il pouvait presque en entendre chacun des battements frénétiques à mesure que tout se mélangeait dans son esprit. Il était là, enfin devant lui, alors qu'attendait-il de plus ? Il n'avait pas à hésiter. Mais son frère avait raison sur un point. Mêler cette fille à leurs histoires n'avait aucun intérêt.
« Va-t'en. »
Tremblant de plus belle, Sakura recula de plusieurs pas face à cette voix remplie de lourds ressentiments. Lui, le capitaine du Koueichiimura, d'ordinaire si calme, imperturbable et d'un sang-froid à toute épreuve... Elle n'avait certes que passé très peu de temps en sa présence, mais la jeune femme savait qu'à cet instant, rien ni personne ne pouvait l'arrêter. Et la peur s'empara de nouveau de son être lorsqu'il se retourna pour la fustiger sur place de son implacable regard.
« Tu es sourde ou quoi ?! Je t'ai dit de dégager, alors dégage ! »
La jeune femme ne se le fit pas dire deux fois. Prenant ses jambes à son cou, Sakura s'enfuit de la cour en courant pour rejoindre les bâtisses principales de la machiya en espérant tomber rapidement sur quelqu'un qui pourrait arrêter les deux frères Uchiwa.
Sasuke, lui, attendit d'être sûr qu'ils étaient à présent seuls dans la cour pour faire de nouveau face à son frère, concentré sur le son des gouttes d'eau s'écrasant sur le sol humide. Il baissa légèrement son katana et inspira profondément avant de relever la tête, le regard transperçant. Itachi savait déjà ce qu'il allait lui dire.
« Tu as toujours manqué de tact pour parler aux filles, mais tu y es allé un peu fort en lui parlant comme ça. »
La mâchoire du brun se contracta. Ce n'était pas ça qu'il voulait entendre.
« Vous vous êtes déjà rencontrés. J'en suis certain.
— Eh bien, rien ne t'échappe.
— Elle avait l'air terrorisée. Non pas de te voir, mais de te revoir.
— C'est aussi l'impression que j'ai eue. Je t'assure que je n'ai pas voulu l'effrayer, ni lui faire le moindre mal.
— Où vous êtes-vous rencontrés ? »
L'aîné des Uchiwa haussa les sourcils, surpris par cette question. Il avait au moins l'assurance que cette fille n'avait parlé de lui à personne.
« Ici, à Konoha, il y a quelques jours de cela. Elle était poursuivie dans le quartier Est de la ville, je lui suis pour ainsi dire... venue en aide. »
Même si elle n'avait pas besoin de mon assistance, se retint-il d'ajouter en son for intérieur sans laisser transparaître cette pensée sur son visage. Le regard sombre de son frère cilla à cette dernière phrase. Il se rappelait encore parfaitement leur échange dans les appartements privés de Kakashi, lorsqu'elle s'était écriée avec véhémence qu'elle n'avait pas besoin de lui pour apprendre à se battre. Il se souvenait aussi de son visage décomposé lorsque leur commandant lui avait expliqué qu'elle s'était justement débarrassée toute seule de trois bandits des bas étages. Avait-elle menti et était-ce finalement Itachi qui leur avait réglé leur compte ? Son regard vrilla encore. Non, pas avec la détermination qui l'avait animée. Aucune des deux versions n'était donc la bonne. Peut-être même son aîné mentait-il sur le lieu exact de leur rencontre ; Sasuke n'oubliait pas non plus sa conviction que cette stupide petite écervelée ne leur avait pas tout dévoilé sur sa véritable identité et sur ses réelles intentions. Un soupir s'échappa de ses lèvres et le jeune homme ferma les yeux pour remettre à plus tard ces hypothèses. Vraiment, aucun intérêt de penser à elle plus longtemps. Il avait autre chose en tête.
« En tout cas, reprit Itachi, je n'avais vraiment pas prévu de tomber sur elle ici. Ce n'était qu'une coïncidence.
— Oh, je te crois sur ce point. Tu ne t'attendais sûrement pas à tomber sur moi non plus.
— Je savais que j'allais te revoir, mais je ne m'attendais pas à ce genre d'accueil, petit frère.
— Pas à ce genre d'accueil ? répéta le jeune Uchiwa en esquissant un rictus sous-entendu. »
Son bras droit reprit sa position initiale en braquant le katana droit devant lui avec fermeté. L'imperceptible sourire mourut bien vite sur ses lèvres en serrant la mâchoire, son attention entièrement focalisée sur sa cible.
« Itachi, tu as choisi de devenir un rōnin* dès l'instant où tu as rompu ton serment envers notre commandant et envers notre souverain. Tu connaissais la loi. Voilà cinq ans que tu as quitté Konoha sans laisser un mot, aucun indice. Tu t'es évanoui dans la nature sans rien révéler de tes intentions à qui que ce soit, pas même à Kakashi... pas même à moi, ton propre frère. Et tu oses t'interroger aujourd'hui sur le genre d'accueil que j'allais te réserver ? Tu l'oses vraiment ? »
Sa main libre empoigna le manche de son sabre pour rejoindre sa jumelle, reculant son coude à hauteur de son épaule. Cette fois-ci, la lame ne tremblait plus. Et le jeune Uchiwa repensa, le temps d'une infime seconde, au tantō caché dans la ceinture de son hakama. Le dernier souvenir qu'il lui avait laissé. Un frisson parcourut son dos. Enfin.
« La désertion est passible de peine de mort, je ne te cache rien. Alors pardonne-moi, grand frère, mais c'est moi qui vais te châtier, ici et maintenant. »
Ses derniers mots furent comme suspendus dans les airs, balayés par les embruns. Itachi n'avait pas sourcillé une seconde, ses onyx plongées dans les iris rubis de Sasuke. Plongées dans ses sharingan. Un sourire narquois éclaira de nouveau son visage. Là, il allait littéralement se faire tuer.
« N'as-tu pas joué les déserteurs toi aussi, à une époque ? »
L'effet fut immédiat. Sasuke inspira, le regard vide, et son visage se crispa. Un cri de rage se répercuta en écho dans la cour. Itachi réagit juste à temps avant que la lame du katana ne fende l'air pour s'abattre sur lui, levant sa propre épée pour contrer le coup d'estoc. Quelle rapidité ! A peine eut-il paré cette frappe qu'un deuxième assaut menaçait encore de l'atteindre, puis un autre, toujours plus puissant, son puîné bien décidé à ne lui laisser aucun répit. Les coups s'enchaînaient les uns après les autres, à la seule différence qu'Itachi ne cherchait pas à attaquer son frère qui lui, n'arrivait plus à contenir la puissance de sa haine. Un court instant, l'aîné des Uchiwa réussit à esquiver une énième tempête de coups et Sasuke leva les bras pour bloquer le coup de pied avant de reculer de plusieurs mètres dans une pirouette arrière. Ses jambes venaient tout juste de reprendre leur appui sur le sol qu'il s'élança de nouveau, mué par une rage indomptable qui ne lui ferait manquer sa cible sous aucun prétexte. Mais cette fois encore, Itachi le repoussa de la même façon et évita de justesse de perdre un œil lorsque la lame rencontra d'un peu trop près son visage à son goût. Il recula à son tour pour reprendre son souffle, ses sharingan à présent activés. Le même sourire demeurait planté sur ses lèvres, son expression amusée donnant davantage à son frère l'envie de le lui ôter avec délectation. Mais Sasuke était devenu tellement fort qu'il ne pouvait que s'en réjouir.
L'intéressé quant à lui, tâchait de reprendre la maîtrise de ses émotions. Il commettait des fautes, n'était pas encore assez vif, ne frappait pas assez fort. Libre à son adversaire de ne pas vouloir riposter, cela ne lui rendrait la tâche que plus aisée. Personne ne pourrait l'empêcher de lui porter le coup fatal. Son regard rubis cilla un long moment en scrutant le visage blafard de son aîné, la garde de nouveau baissée, comme s'il était presque prêt à se laisser tuer sans chercher à se dérober à son sort. Son katana vibrait encore dans sa main, propageant le moindre tressautement dans chacune de ses veines. Un souvenir fugace refit soudain surface dans sa mémoire. Un souvenir de l'enfance, doux, fraternel... et cruel aujourd'hui. Les traits de son visage se crispèrent une nouvelle fois puis ses jambes s'élancèrent dans un éclair, les bras tendus levant son sabre, prêt à lui donner le coup de grâce. Prêt... l'était-il vraiment ? Sa conscience lui cria fermement de s'arrêter au moment même où une ombre se glissa devant lui pour s'interposer entre eux.
« Sasuke, non ! »
Le choc sourd des deux épées sembla faire gronder le ciel. L'Uchiwa s'écarta vivement de l'impact et glissa sur la terre humide, puis se redressa lentement pour faire face à son nouvel opposant. Kakashi se tenait à présent face à lui, son propre katana dégainé, le regard à la fois réprobateur et affolé. Sasuke s'était figé un court instant, bien avant qu'il n'intervienne pour contrer sa force de frappe. Avait-il anticipé sa présence... ou bien allait-il se stopper au dernier moment ? Son visage semblait mortifié, pâle comme un mort, les mains tremblantes accrochées au manche de son sabre. Ses tempes étaient en sueur et son esprit complètement désemparé. Si Kakashi n'était pas arrivé à temps... Kiba, Shikamaru et Neji se trouvaient non loin de la scène, la main à la ceinture pour être prêt à dégainer s'il le fallait. Chacun demeurait incrédule, stupéfait par ce qu'il venait de se passer ; ce qu'il aurait pu se produire. La jeune Hyuuga assistait elle aussi au spectacle, les deux mains devant la bouche, horrifiée par la tournure que les évènements auraient pu prendre. Et derrière elle, plus loin encore, les doigts crispés sur sa poitrine, Sakura se tenait en retrait, immobile. Le sang battait à ses tympans, elle était tout simplement bouleversée. Ebranlée de tout son être par la fureur accablante qui avait pris possession de l'Uchiwa. Et son regard croisa furtivement celui de Hatake-san, reconnaissant du plus profond de son être envers la jeune femme pour avoir eu l'intelligence et le sang-froid de venir l'avertir de ce qu'il se passait à l'extérieur. Sa voix déchirée et suppliante avait eu vite fait de le tirer de sa contemplation pour le moins pernicieuse d'une estampe érotique richement acquise et dans sa panique, il n'avait même pas pensé à la cacher ; pourvu que personne ne tombe dessus, ne put-il s'empêcher de penser tout en rangeant le katana dans son fourreau, se tournant tour à tour vers le puîné puis vers l'aîné des Uchiwa qui rengaina lentement sa propre lame, le regard lourd, avant de se retourner pour s'avancer vers son disciple. Sasuke ne bougeait toujours pas, les yeux redevenus sombres comme du charbon, et il ne broncha pas plus lorsque Kakashi posa une main sur le manche de son sabre.
« Tu m'as fait une promesse. Respecte là jusqu'au bout. »
Les mots de Kakashi lui parvinrent à peine, inaudibles à ses oreilles. Pourtant, ses mains se détachèrent lentement du manche qui glissa dans celle du commandant du Koueichiimura qui soupira, légèrement soulagé. Par tous les Dieux, jamais il n'aurait pu se pardonner d'avoir laissé son disciple commettre cette erreur irréparable. Et il venait d'empêcher le pire fratricide qui pouvait avoir lieu.
Les genoux remontés contre sa poitrine, la jeune femme remua légèrement dans l'eau chaude pour s'adosser contre la paroi en bois avant de croiser ses bras autour de ses jambes. L'eau ondula silencieusement sur sa poitrine naissante et sur ses épaules nues et elle ferma les yeux quelques secondes, bercée par le léger clapotis, avant de rouvrir les paupières. La pièce était éclairée par les flammes ondoyantes des lampes à bougie et Sakura se mit à contempler d'un air pensif ces petites sources d'énergie, si infimes soient-elles et pourtant capables de s'embraser en une fraction de secondes en consumant tout sur leur passage. Son regard émeraude cilla. Un brasier de fureur, là était ce qu'elle avait entraperçu à travers le capitaine du Koueichiimura. Cette violence, cette noirceur... Un frisson parcourut vivement sa peau jusqu'à sa nuque et elle ramena ses bras sur ses épaules pour se ragaillardir, incapable de penser à autre chose. Auparavant, la jeune femme s'était longuement interrogée sur les raisons d'un tel ressentiment présent dans le cœur de l'Uchiwa. Il avait beau être détestable, méprisant et condescendant au plus haut point, sa personnalité ne semblait pas faite que de sentiments négatifs. Si même Hinata lui témoignait un respect et une reconnaissance justifiés, cela signifiait bien qu'il n'avait pas en lui un mauvais fond. Et puis, l'Uzumaki n'aurait jamais choisi une personne à l'esprit aussi étriqué comme meilleur ami s'il n'avait pas su déceler en lui un camarade digne de ce rôle. Mais alors, quel pouvait être le passif entre les deux frères pour justifier pareille rage chez le cadet ?
Uchiwa Itachi. Sakura se souvenait encore de cette étrange intuition qui lui avait traversé l'esprit lors de leur rencontre dans les faubourgs de Konoha. Son impression s'était finalement révélée juste en interrogeant Naruto sur la possibilité de tomber sur un membre de la famille de son camarade. Et si le samouraï ne lui avait pas répondu sur sa question, c'est que lui-même connaissait déjà la réponse et ne souhaitait pas la dévoiler. Nous nous reverrons sûrement, lui avait-il murmuré avant de s'éclipser à la hâte. Sans doute n'avait-il pas voulu tomber nez à nez avec l'Uzumaki qui l'aurait aisément reconnu, même si son visage était caché sous son sugegasa. Soupirant entre ses lèvres, la jeune femme allongea les jambes pour détendre ses muscles légèrement tendus et rejeta sa tête en arrière pour fixer les ombres mouvantes sur le plafond de la bâtisse. Les choses auraient-elles été différentes si les deux frères ne s'étaient pas retrouvés face à face dans de telles circonstances ? Ce qu'il y avait entre eux ne la regardait nullement, bien sûr, mais sa curiosité l'emportait sur ses craintes. Elle était certaine, en revanche, d'avoir fait le bon choix en se ruant dans les appartements privés du commandant Hatake. Ce dernier avait réagi dès l'instant où elle s'était écriée que l'Uchiwa allait commettre un meurtre si on ne l'arrêtait pas, sans pour autant mentionner la présence de son frère. Ce détail n'avait peut-être pas d'importance, mais la jeune femme se demanda vaguement si Hatake-san n'était pas au courant du retour du frère aîné de son capitaine. Sakura n'eut pas le temps de tergiverser davantage sur ces hypothèses qu'un petit coup frappé contre le battant la tira de sa rêverie, se redressant aussitôt dans la cuve en voyant la jeune Hyuuga entrer à son tour dans la pièce, le corps enroulé d'une serviette. Un petit sourire gêné dessinait joliment la forme de ses lèvres et Sakura lui renvoya son sourire avant de se décaler légèrement pour faire de la place à son amie.
« Je peux rajouter de l'eau si tu veux, proposa-t-elle à la brune qui s'avançait vers la cuve en bois pour y glisser une main et sentir la température.
— Cela devrait aller, je te remercie Sakura-san. Elle est encore très chaude, tu vas finir par vraiment tomber malade si tu restes trop longtemps dedans.
— Encore quelques minutes et je sors. J'avais vraiment besoin d'un bain pour me remettre de mes émotions, renchérit la jeune femme aux cheveux incarnadins en soupirant de bien-être, arrachant un petit rire à sa voisine. Merci de m'avoir laissé en profiter seule, ça m'a vraiment apaisée.
— Je t'en prie. »
La jolie Hinata ôta la serviette et rejoignit Sakura en laissant échapper à son tour un petit soupir de contentement, la chaleur du bain étant parfaite pour sa peau. Ce rotenburo personnel était l'endroit idéal pour des confidences féminines isolées et il n'était pas rare d'entendre ces derniers jours derrière la palissade des petits rires étouffés lorsque chacune racontait à l'autre des petites anecdotes amusantes. Comme à son habitude, Sakura ne put s'empêcher de renfoncer sa poitrine sous l'eau pour la cacher, gênée et presque jalouse de ne pas posséder des attributs aussi généreux que ceux de la brune qui, à chaque fois, s'enfonçait également dans le bain, honteuse pour sa part de ses formes qu'elle peinait à accepter. La jeune Hyuuga avait déjà bien du mal à lutter contre sa timidité, cela lui était d'autant plus pénible de devoir assumer un corps aussi voluptueux que le sien au sein d'une organisation composée exclusivement de messieurs dans la force de l'âge – et déjà forts de leurs expériences personnelles. Heureusement, Neji était là pour veiller à son irréprochable vertu et il ne prenait pas des pincettes avec ses propres coéquipiers lorsqu'il était bon de leur rappeler qu'un samouraï se devait d'être respectueux en toutes circonstances, surtout envers Kiba, trop proche de sa belle cousine à son goût.
Les demoiselles avaient toutes deux relevé leurs longs cheveux dans un chignon et chacune vaquait à ses propres pensées, l'une ressassant encore la même scène et l'autre se demandant si l'Uzumaki allait être de retour de sa mission ce soir. Un regard triste glissa dans ses beaux yeux nacrés en imaginant sa réaction lorsqu'il apprendrait ce qu'il s'était passé plus tôt dans la journée. Hinata n'était arrivée dans l'organisation que deux années après le départ précipité de l'aîné des Uchiwa, elle aussi venait donc rencontrer pour la première fois le frère du capitaine du Koueichiimura. Bien qu'elle ne l'ait jamais directement interrogé à son sujet, déjà tabou à cette époque, la jeune femme savait pertinemment que ces retrouvailles n'étaient pas réjouissantes pour Sasuke-san. Ce dernier lui avait toujours inspiré un profond respect et elle avait appris à ne jamais se mêler de ses affaires, se contentant de lui faire porter les messages du commandant Hatake, de le prévenir si un paquet était arrivé pour lui, ou bien parfois de lui rappeler de se ménager en rentrant d'une mission. Jamais il ne lui avait manqué de respect à son tour, la remerciant à chaque fois pour ses attentions détachées, la déchargeant parfois des lourds fardeaux qu'elle portait s'il se trouvait dans les parages. Elle savait surtout combien son amitié avec Naruto était sincère et combien il serait difficile au blond de garder son sang-froid face à la situation.
Ses sombres pensées furent interrompues par un petit éternuement en provenance de Sakura, couvrant son visage de ses mains. Un pli soucieux se dessina entre ses fins sourcils.
« Je savais que tu attraperais froid. Tu es restée trop longtemps sous la pluie. »
Un second éternuement ébranla le corps frêle de la concernée et elle cligna plusieurs fois des yeux avant de se plonger davantage dans la large cuve. Elle commençait à avoir la chair de poule, mais elle rassura la brune d'un petit sourire malicieux.
« Ne t'inquiète pas, je me préparerai une décoction avant de m'endormir.
— Il ne faudrait pas que tu tombes malade.
— Ça ira mieux demain. Une bonne nuit de sommeil et je serais en forme. Je ne voudrais pas qu'Uchiwa-san me prenne pour une mauviette incapable de tenir une journée d'entraînement sous la pluie.
— Je suis sûre qu'il ne voudrait pas non plus te savoir morte d'une pneumonie dans les prochains jours.
— Oh ça ! Il serait capable de me traîner par les pieds même si j'étais alitée juste pour avoir le plaisir de me ridiculiser ! »
Toutes deux s'esclaffèrent de bon cœur en imaginant la scène puis un silence gêné s'installa, les yeux émeraude de Sakura rivés sur la surface de l'eau. Ses bras enserrèrent de nouveau ses genoux.
« Je plaisante. Uchiwa-san n'est pas un rustre non plus. Je lui dois la vie après tout.
— Comment ça ?
— C'est lui qui m'a prêté son poignard quand il a fallu partir à la poursuite des kidnappeurs d'Ino – je veux dire l'héritière de la famille Yamanaka. Il m'a permis de nous sauver toutes les deux et d'échapper à la mort. Et puis, même si je pense que je ne craignais rien en présence de son frère, il m'a repoussée en arrière pour me... protéger... j'imagine. »
Même si après il m'a littéralement aboyé dessus, se murmura-t-elle mentalement en fronçant légèrement les sourcils. Mais là encore, n'en avait-il pas fait exprès ? Ses jambes n'auraient jamais pu bouger d'elles-mêmes s'il ne lui avait pas ordonné, certes pas sur le meilleur ton qui soit, de déguerpir au plus vite. Cependant, la main posée sur sa taille, elle, avait été protectrice. Même si Sakura avait bien du mal à cerner cet homme, les faits étaient là. La douce Hyuuga sonda longuement le visage pâle de la jeune femme assise en face qui releva la tête pour croiser son regard inquisiteur.
« Je sais pertinemment que c'est malpoli de ma part de te demander cela Hinata, mais connaîtrais-tu, par hasard, la raison pour laquelle le capitaine Uchiwa aurait voulu tuer son frère ? »
La jeune femme crut un instant qu'elle allait, peut-être, entendre la vérité mais la brune baissa ses beaux yeux couleur perle puis secoua la tête par la négative, resserrant à son tour l'emprise de ses bras autour de ses genoux. Non, elle l'ignorait, et elle n'était pas non plus au courant de tous les secrets de chacun des membres de la machiya. Elle-même n'était pas tout à fait honnête envers Sakura quant aux raisons de sa présence au Koueichiimura. Les pensées vagabondaient dans son esprit quand elle ouvrit sa bouche, légèrement sèche, prête à lui ouvrir son cœur, baissant davantage la tête pour ne pas laisser sa voisine voir son expression abattue.
« Q-Quand je suis arrivée au Koueichiimura, le frère de Sasuke-san avait déjà quitté l'organisation, balbutia-t-elle péniblement en croisant encore plus les genoux. Son nom n'a jamais vraiment été mentionné devant moi, même si je savais déjà que l'organisation comptait également dans ses rangs un autre membre du clan Uchiwa.
— Quand tu dis qu'il avait quitté l'organisation, tu veux dire... qu'il l'avait déserté ? souffla Sakura en écarquillant les yeux, la désertion considérée depuis toujours comme la plus ignoble des trahisons.
— J-Je ne sais pas du tout ! se hâta d'ajouter la brune en secouant une nouvelle fois la tête. Personne ne m'a raconté ce qu'il s'était passé et je n'ai pas cherché à en savoir plus puisque cela ne me regardait pas. J'avais déjà bien du mal à me faire ma propre place à la machiya alors...
— Je vois... Excuse-moi de t'embêter avec cette histoire, je ne devrais même pas m'en mêler. Mais tu sais Hinata, reprit Sakura en relevant la tête pour scruter le beau visage de celle-ci, je trouve que tu as parfaitement réussi à trouver ta place dans l'organisation aujourd'hui.
— T-Tu crois ?
— Bien sûr. Je n'ai entendu aucun membre qui ne tarisse pas d'éloges à ton sujet, murmura-t-elle doucement dans un sourire compatissant. Même au marché, quand j'ai fait le tour des étalages de marchandises, tous les commerçants m'ont demandé si je te remplaçais parce que tu étais souffrante. Tu es grandement appréciée. »
Les joues de l'Hyuuga s'empourprèrent derechef d'une jolie teinte pivoine, acceptant le compliment à sa juste valeur. Oui, tenter de se frayer un chemin dans un monde aussi vaste que l'organisation du Koueichiimura n'avait pas été une mince affaire, surtout avec des membres à la renommée considérable, tous plus aguerris, prodigieux les uns que les autres. L'on avait porté un tel jugement sur sa soudaine venue dans une maisonnée occupée exclusivement par des hommes qu'elle pouvait encore sentir son cœur devenir lourd dans sa poitrine, empli de déception et de désillusion. Tu n'es qu'une incapable. Son regard se voila subitement à ce souvenir et elle ne put retenir la larme qui s'échoua dans l'eau reflétant son expression dépitée. Cela n'échappa pas à la vigilance de Sakura qui s'enquit aussitôt de son état, réellement soucieuse.
« Hinata ? Est-ce que tout...
— E-Excuse-moi, répondit la jeune femme en essuyant du revers de la paume ses cils humides, incapable de relever la tête. C-Ce n'est rien.
— Ça n'en a pas l'air. Tu sais... Cela ne fait pas longtemps que nous nous connaissons, mais j'ai remarqué que tu avais toujours tendance à prendre sur toi et à ne jamais dévoiler le fond de tes pensées. Tu n'as pas à avoir honte de parler à cœur ouvert devant moi, au contraire.
— M-Mais mes problèmes sont tellement insignifiants...
— Pas à mes yeux. »
Sa main suspendit son geste et Hinata renifla, avant de se redresser pour plonger son regard triste dans les prunelles étincelantes de son amie, peinée de la voir ainsi. Sakura semblait si sincère que la jeune Hyuuga sut que oui, elle pouvait lui parler en toute confiance, sans prendre le risque d'être jugée ou méprisée à la fin de son récit. Cette fois, elle ne baissa pas les yeux.
« C-Comme tu le sais sans doute, Konoha, en tant que capitale, compte plusieurs clans notables qui ont perduré au fur et à mesure des années et qui ont fait prospérer notre nation. Chacune de ces familles est plus ou moins influente dans la cité, que ce soit par le commerce, la politique ou simplement par sa renommée. Les pères de Shikamaru et de Chôji siègent par exemple au Conseil de Konoha auprès du Seigneur Sarutobi, tout comme le père de Yamanaka-san.
— Hum, Ino m'en a effectivement parlé. Son père est chargé des missions diplomatiques avec les autres nations.
— Oui.
— Et... toi et ton cousin faites également partie d'une de ces illustres familles, n'est-ce pas ?
— Neji oui. Moi non. Ou plutôt, j'en faisais partie. »
Sakura fronça les sourcils, perplexe. Hinata s'était figée et son regard était redevenu terne.
« Que s'est-il passé ? »
Cette question resta comme en suspend dans le vide, semblant se répercuter en écho contre les murs en bois de la pièce. Une profonde inspiration secoua le corps fragile de l'Hyuuga.
« Notre famille – le Clan Hyuuga, rectifia-t-elle, est presque aussi puissant que le clan Sarutobi qui dirige actuellement le Pays du Feu. En plus d'en être l'un des piliers principaux, il a toujours été considéré comme un clan à part, plus ancien que les autres et dictant ses propres règles en faisant fi du pouvoir instauré dans la capitale. Le Clan est divisé en deux branches, la principale, dite Sōke, et la secondaire – Bunke. Nos pères à Neji et moi étaient jumeaux ; le mien étant né en premier, il a été décidé que ce serait son rôle de prendre la tête de la branche principale tandis que mon oncle dirigerait la secondaire. Cependant, le Clan tout entier est sous les ordres de la Sōke. Hélas, le malheur a frappé notre famille lorsque mon oncle Hizashi est décédé il y a de cela une dizaine d'années. Mon père, Hyuuga Hiashi, s'est alors occupé d'élever Neji comme son propre fils et de se consacrer à son apprentissage des arts de la guerre, tandis que moi et ma petite sœur grandissions dans la douce quiétude qui sied aux jeunes filles de bonne famille.
— Tu as une petite sœur ? s'exclama Sakura, vivement surprise et ravie de voir un tendre sourire se dessiner sur les lèvres d'Hinata. J'étais persuadée que tu étais fille unique.
— Elle se prénomme Hanabi. Elle aura treize ans cette année.
— Vient-elle parfois te rendre visite ? Je serais si heureuse de faire sa connaissance.
— Mh... malheureusement, non. Mon père ne lui en accorde pas le droit.
— Pour quelle raison ?
— Parce qu'elle est l'héritière légitime du Clan Hyuuga. »
Les prunelles émeraude s'agrandirent, rivées sur le visage de la brune. Cette révélation était surprenante et contradictoire à la fois. Si sa sœur n'était que la cadette, n'était-ce pas à Hinata que revenait ce titre ?
« Mais tu es bien l'aînée de votre famille et donc la première héritière directe de la Sōke, non ?
— Par ordre de naissance, oui. C'était encore le cas, il y a plusieurs années de cela. J'étais prédestinée à succéder à notre père en tant que matriarche et devenir un jour le pilier de notre Clan.
— Pour quelle raison ne serait-ce plus le cas, aujourd'hui ?
— Parce que... murmura Hinata d'une voix presque inaudible, la tête tant baissée que Sakura ne pouvait plus distinguer les deux orbes translucides, cachées sous les mèches violines de sa frange. Je... Ma famille m'a jugée inapte pour endosser ce rôle. C'est Hanabi qui a été désignée à ma place.
— Cela est totalement injuste ! s'emporta Sakura en sentant un sentiment de colère irradier ses sens, ses sourcils roses froncés sous ses prunelles verdâtres. Qui a pu oser prendre une telle décision ?!
— Le chef du Clan. Mon père. »
Les deux derniers mots moururent sur ses lèvres qu'elle mordit furieusement pour ne pas laisser place à un torrent de larmes, les épaules tremblantes. La bouche encore entrouverte, profondément choquée, Sakura inspira lentement et referma péniblement la mâchoire en voyant la brune retenir des sanglots silencieux. L'Hyuuga lui paraissait soudainement encore plus fragile, vulnérable, prête à se briser à tout instant. Mais elle comprenait mieux à présent les signaux qu'elle avait eus sous ses yeux. La retenue et le respect qu'elle s'imposait en toutes circonstances, la grâce de ses postures et de sa démarche ; l'habileté et la délicatesse de ses doigts en reprisant les kimonos ; l'innocente pudibonderie dont elle faisait preuve, souvent. Tous ces indices avaient déjà laissé sous-entendre à Sakura que la jeune femme descendait d'une bonne famille et avait reçu une éducation digne d'une grande dame de ce monde, digne d'une princesse. Dans leur petite chambre, elle avait déjà eu le curieux loisir de trouver dissimulés dans un coffret en bois tous les accessoires nécessaires à la pratique de l'oshibana*. Un art qu'elle-même avait tenté de maîtriser, maladroitement, à une certaine époque déjà lointaine dans son esprit. L'Haruno leva légèrement ses propres mains pour les contempler en silence, encore crevassées par son entraînement. Etaient-elles aussi blanches, avant, aussi pures que ne l'étaient celles d'Hinata ? Dans un soupir contrit, la jeune femme secoua la tête pour chasser ses souvenirs et s'avança doucement pour rapprocher son visage de la brune. Son cœur lui faisait mal à présent.
« Hinata... Tu es une jeune femme formidable. Ne dénigre pas celle que tu es.
— Non, c'est notre père qui a eu raison. Nous avons été éduquées de la même manière, avec les mêmes préceptes à apprendre, les mêmes entraînements à l'épée.
— A l'épée ? On vous a inculqué les rudiments du combat ? s'interrogea Sakura, légèrement surprise et ravalant à la hâte son « vous aussi » qui avait failli lui échapper.
— L'art de la guerre, la calligraphie, les mathématiques, la musique*... les enseignements nécessaires pour devenir un jour un souverain digne de ce nom. Un souverain pour représenter fièrement notre Clan au sein du Pays du Feu. »
Sakura sentit un frisson sur sa nuque. Un poids invisible lui opprimait douloureusement la poitrine. Ne ressasse pas le passé, lui criait une voix intérieure. L'Hyuuga poursuivit sans s'apercevoir, heureusement, de son malaise naissant.
« Neji, notre cousin, excellait bien évidemment dans tous les domaines. Puisqu'il ne pouvait prétendre à un quelconque titre honorifique au sein de notre Clan, notre père avait déjà décidé qu'il serait plus utile de confier la suite de son apprentissage militaire entre les mains de quelqu'un de confiance et qui saurait faire briller la renommée des Hyuuga à travers un rôle tout aussi important qu'un héritier. C'est ainsi qu'il a rejoint le Koueichiimura pour devenir le samouraï qu'il est aujourd'hui. Sasuke-san et Naruto-kun en étaient déjà membres à l'époque. »
Un mince sourire étira les lèvres rosées de l'Haruno en imaginant les jeunes adolescents sous les ordres de Hatake-san.
« Cela a été un réel déchirement lorsqu'il a quitté la résidence familiale mais puisque je devais me préparer à mon futur rôle d'héritière, il ne m'était plus permis de le voir. Lorsque j'eus atteint l'âge de treize ans, les cours particuliers se faisaient plus intensifs et les exigences liées à mon statut plus strictes. Chacun de mes faux pas en public, aussi dérisoire soit-il, semblait jeter l'opprobre sur notre nom aux yeux des membres du Clan. Notre père, en particulier, ne tolérait plus mes manquements qu'il jugeait inacceptables pour mon âge. Mes travaux ne semblaient pas assez soignés et ma pratique de l'épée était médiocre en comparaison des prodiges de ma petite sœur, qui malgré ses courtes huit années, rivalisait déjà par son aisance au combat et sa candeur innocente. Peu à peu, j'ai senti que son attention se détournait jour après jour de la personne que j'étais devenue, pour se consacrer entièrement à Hanabi. Mais je n'avais pas baissé les bras. Sous la bienveillance d'une de mes préceptrices, j'ai étudié nuit et jour et travaillé sans relâche, en secret, encore et encore, pour leur prouver à tous que je deviendrais la représentante du Clan qu'ils désiraient ardemment. »
Cette fois, les larmes roulaient le long des joues pâles de la brune, les paupières closes. Cela lui était si pénible, si lourd à raconter. Parviendrait-elle un jour, à combler ce trou béant ?
« D-Deux années se sont écoulées et à l'aube de mes quinze ans, mon père, Hiashi, m'a fait demander dans ses appartements privés. J'étais à la fois nerveuse et impatiente, je pensais qu'il avait eu vent de mes progrès, qu'il allait me féliciter pour avoir su redorer le blason de notre nom... M-Mais il n'en fut rien, hoqueta-t-elle en secouant la tête, tremblant de tout son corps, son cœur meurtri au plus profond d'elle-même. I-Il m'a dit que j'étais une honte pour le Clan Hyuuga, que jamais je ne saurais m'acquitter de mon rôle d'héritière... Que je n'étais qu'une incapable...
— Hinata...
— Ses mots m'ont fait si mal ! Le Clan avait décidé, non, il avait décidé que ce serait ma sœur cadette qui prendraient les rênes du pouvoir à sa place tandis que moi, je servirais d'appât politique en me mariant de force à un conseiller du Pays de la Foudre. Cela a été un véritable choc ! J-Je n'arrivais plus à réfléchir, à respirer, je n'arrivais plus à lui faire face sans avoir l'impression de voir le monde s'écrouler autour de moi ! Alors cette nuit-là, je me suis enfuie et j'ai été chercher refuge auprès de la seule personne à qui je pourrais confier mes pensées et mes craintes.
— Ton cousin.
— Oui, Neji. I-Il est entré dans une colère noire lorsqu'il m'a vue arriver et il a aussitôt tenté de me raisonner que fuir mon père et le Clan ne m'apporterait que malheur et déchéance, que je pourrais finir à la potence pour cet acte. Mais le commandant Hatake a pris mon parti et a écouté mon récit jusqu'au bout, sous le regard horrifié de mon cousin qui avait toujours ressenti une profonde aversion envers cette inégalité sociale entre les deux branches de notre famille, même s'il restait profondément dévoué à mon père pour l'avoir accepté malgré sa condition inférieure à la nôtre. Nous étions déjà au beau milieu de la nuit et il était trop tard pour que je sois raccompagnée à la résidence familiale, et quand bien même, j'étais terrorisée à l'idée d'y remettre les pieds. Le commandant m'a offert de rester parmi eux au moins jusqu'au petit matin, certain que ma famille enverrait des serviteurs me chercher pour me ramener auprès de mon père qui m'aurait pardonné cet affront. »
L'Haruno écoutait attentivement ce récit déchirant, bouleversée, sa main serrant inconsciemment celle de l'Hyuuga qui lui broyait ses propres doigts, pour se raccrocher à la réalité. Sa voix ne cessait de se briser au fur et à mesure qu'elle narrait ce passé si honteux à ses yeux.
« Je n'avais pas d'autre choix que d'accepter sa proposition, n'ayant nulle part où aller à une heure si tardive. Neji a approuvé en silence sans prononcer le moindre mot et il est demeuré à mon chevet jusqu'à ce que la fatigue ne finisse par m'emporter. Quand je me suis réveillée, mon cousin et Hatake-san ne se trouvaient plus à la machiya. Je savais où ils se trouvaient. C-C'est Kiba qui s'est occupé de moi, se souvint Hinata en réprimant un léger sourire. Il n'arrêtait pas de jacasser, de me raconter combien le commandant était un vrai tyran, qu'il était assurément le plus fort de tous parmi ses camarades samouraïs... Il essayait de me changer les idées, mais j'étais bien trop anxieuse pour l'écouter et sourire à ses plaisanteries. Il m'a tenu compagnie jusqu'au retour de Neji et du commandant. »
Oui, elle s'en souvenait encore. La frénésie de son cœur dans sa poitrine, dans l'expectative d'un infime espoir d'être pardonnée... d'être acceptée.
« Mon père avait décrété à Neji que puisque je ne voulais pas lui obéir ni me montrer reconnaissante, soit, mais mon existence même lui deviendrait alors étrangère. De ses deux héritières, il n'en demeurerait qu'une, Hanabi. Mon cousin l'a supplié de revoir son jugement, qu'il ne pouvait décemment pas me bannir du Clan Hyuuga, mais sa décision était irrévocable. Le commandant Hatake a intercédé en ma faveur en proposant néanmoins de lui confier ma garde, se portant garant de ma vie et de mon intégrité. Sais-tu, ce qu'il a obtenu comme réponse ? « Peu m'importe. Son sort ne me concerne plus. ». Voilà les paroles de mon propre père à mon égard. Voilà la raison pour laquelle je demeurerai toujours misérable, impuissante et incapable. Il n'en sera jamais autrement. »
Des larmes silencieuses coulaient à présent sur les joues d'albâtre de Sakura, si déchirée, si attristée pour la jeune femme aux grands yeux de nacre. Ses propres sanglots s'étaient étranglés dans ses derniers aveux chuchotés à demi-mot, délestée sans vraiment l'être d'un fardeau qui avait pesé depuis trois années déjà sur ses fragiles épaules. Enfin, elle venait de s'ouvrir à quelqu'un. Personne au sein du Koueichiimura n'ignorait qu'elle avait été rejetée par son Clan, mais personne n'en connaissait réellement l'origine, à l'exception de son cousin et de Kiba à qui elle s'était confiée aux prémices de leur amitié naissante. Elle se doutait que Sasuke-san puisse en être informé, mais jamais il ne l'avait questionnée à ce sujet, indifférent à tout ce qui aurait pu entraver son propre parcours. Au grand jamais, elle espérait que l'Uzumaki n'apprenne un jour son passé désastreux. Lui qui l'avait aidée à se reconstruire pas à pas, dans sa belle insouciance, lui qui l'avait tant irradiée de sa bonhomie naturelle. Lui, pour qui les élans de son cœur s'enflammaient devant le bleu céruléen de ses yeux pétillants.
L'eau était désormais tiède, les bougies presque entièrement consumées, pourtant les deux jeunes femmes demeurèrent silencieuses un long moment. Serrant davantage sa main dans la sienne, Sakura s'avança légèrement et posa délicatement sa main libre sur la joue encore humide de la brune qui tressaillit à ce contact.
« Crois-moi Hinata, murmura doucement Sakura, le regard vert étincelant de fierté. Tu n'es ni misérable, ni impuissante et encore moins incapable. Tu es forte.
— C'est faux. Rien n'a changé. Je ne serais jamais celle que mon père aurait souhaité que je sois.
— Alors accepte d'être devenue quelqu'un d'autre. Accepte d'être devenue une femme capable de prouver sa valeur dans une organisation telle que le Koueichiimura. N'as-tu pas continué à t'entraîner avec Neji durant ces trois années ? N'as-tu pas poursuivi ton apprentissage en t'épanouissant dans un environnement hostile à une femme, sans pour autant baisser les bras ?
— J-Je... Ce n'est pas suffisant...
— Bien sûr que si ! répliqua l'Haruno avec plus de fermeté, obligeant la brune à relever la tête, surprise. Tous ont été témoins de tes progrès, tous les membres de l'organisation, tous sans exception. Crois-tu que ton paternel t'aurait laissé à ton sort si le commandant Hatake ne t'avait pas accueillie ? Qu'il t'aurait laissé vagabonder, à errer dans les rues de Konoha, pire, à tomber en disgrâce au Yoshiwara ?
— J-Jamais je n'aurais fait ça !
— Je sais. Et le chef du Clan Hyuuga, aussi sévère soit-il, n'aurait jamais laissé sa propre fille devenir une courtisane des bas quartiers. Je ne peux tolérer la souffrance qu'il t'a fait endurer en t'infligeant une pareille punition, mais je suis au moins certaine d'une chose : jamais tu ne serais devenue la personne que tu es aujourd'hui si tu étais restée enfermée dans le doux carcan de ton rang de noblesse. Crois-moi Hinata, tu vaux bien plus que ce que tu ne penses. »
Les deux orbes translucides s'écarquillèrent d'étonnement, saisies par la détermination qui ébranlait la jeune femme à la chevelure incarnadine. Un vent de révolte semblait scintiller dans le jade de ses iris et l'Hyuuga sentit le rouge lui monter aux joues, admirative de la beauté saisissante de Sakura à cet instant. Si un de leurs compères masculins avait assisté à la scène et à son discours enflammé, nul doute qu'il aurait succombé sur le champ à ses charmes. Naruto-kun en aurait pâli et elle n'aurait plus eu la moindre chance d'attirer son attention. Esquissant un timide sourire sitôt retourné par son amie, Hinata essuya de sa main libre les dernières traces de ses pleurs sur sa peau blanche, encore chamboulée. Quelle curieuse façon de penser tout de même pour une femme ! Depuis qu'elle avait cessé de jouer le personnage d'un Kizashi craintif et invisible, Sakura n'avait de cesse de la surprendre par son courage et sa volonté de fer. L'Hyuuga pensait sûrement se tromper, mais elle se demandait si la demoiselle ne prenait pas même au dépourvu le capitaine de l'organisation avec sa stupéfiante ténacité. Elle avait beau prendre sa défense et assurer qu'il était un homme capable de gentillesse, elle-même aurait pris ses jambes à son cou si Hatake-san lui avait ordonné de s'entraîner avec lui. Son sourire s'intensifia en remerciant en son for intérieur les Dieux pour leur avoir envoyé la jeune Haruno, si heureuse de pouvoir partager ses angoisses à quelqu'un qui savait la comprendre. Et Sakura fut ravie de voir son regard éclairé d'une intensité nouvelle lorsqu'elle releva entièrement son visage pour lui faire face.
« Merci, Sakura-san. Merci du fond du cœur.
— Je t'en prie. Merci à toi de m'avoir confié tes craintes.
— A ce propos, seul Kiba est...
— Ne t'inquiète pas, je n'en parlerai à personne. Il faut bien se serrer les coudes entre femmes, n'est-ce pas ?
— Je suis d'accord, pouffa doucement Hinata entre ses lèvres. J-J'espère avoir autant de courage que toi lorsqu'il me faudra refaire face à mon père.
— Cela est prévu ?
— Mh, le commandant Hatake a reçu une missive de sa part il y a trois jours. Il veut me rencontrer, bien que j'ignore la raison de cette visite soudaine.
— Oh, je comprends mieux pourquoi tu avais l'air si abattue. Je serais là si tu as besoin.
— Merci Sakura-san. Tu sais, depuis ton arrivée à la machiya, je prie chaque jour les Dieux pour les remercier de t'avoir guidée jusqu'à nous. Et j'espère sincèrement que tu finiras par découvrir ce qui est arrivé à ta tante, ajouta-t-elle en baissant la voix face à l'expression découragée de la jeune femme.
— Je pensais justement me rendre en ville demain pour reprendre mes recherches. Cependant, j'ai peur que le commandant ne me laisse pas y aller seule, avec ce qu'il s'est passé l'autre jour...
— Nous trouverons un moyen. Je couvrirai tes arrières s'il le faut.
— Je ne peux pas te demander de mentir pour moi...
— Il faut bien se serrer les coudes entre femmes, non ? »
Sakura ouvrit légèrement les lèvres, surprise, avant de les étirer dans un énième sourire et de lier son auriculaire à celui de la brune, scellant ainsi leurs secrets et leur affection commune. Elle se sentait si heureuse d'avoir été présente pour l'Hyuuga qu'elle en oubliait presque ses propres souvenirs remontés à la surface de son esprit. Reprendre la piste de Tsunade et la retrouver au plus vite, là étaient les seules motivations qui devaient animer sa volonté. Plus vite elle la retrouverait, plus vite elle reprendrait sa vie d'avant. Et plus vite elle quitterait Konoha, plus vite elle pourrait enfouir son passé et ses propres secrets.
L'humidité des derniers jours faisait grincer chacune des lames du parquet de la bâtisse, les murs en bois vivant au rythme des saisons. Le printemps commençait à décliner progressivement pour s'orienter vers l'été. Le ciel s'annonçait resplendissant mais le fond de l'air restait frais, la terre encore gorgée de ces pluies diluviennes allant et venant sans prévenir en cette saison. Le temps semblait changer constamment, au gré de l'humeur croissante ou décroissante du samouraï allongé sur son futon, les bras croisés derrière la nuque, ses prunelles d'obsidiennes fixant sans relâche le plafond de sa chambre en ruminant ces dernières heures. La noirceur de ses yeux charbonneux s'accentuait par sa peau blafarde, marquée par le manque de sommeil évident. Sa tête était lourde, chargée de pensées inextricables, une douleur invisible martelant la moindre parcelle de son crâne. S'il n'avait pas été conscient de se trouver dans sa chambre, il aurait pu aisément croire qu'il s'était assoupi dans l'atelier de la talentueuse Tenten et qu'elle le narguait à frapper encore et encore l'enclume à l'aide de son marteau de forge. L'excès d'alcool de la veille avait également son rôle à jouer dans sa migraine et son état d'esprit actuel, le goût poisseux du saké demeuré sur sa langue et sur ses lèvres, toujours aussi infâme. La dernière fois qu'il avait bu quelques coupes, c'était au Yoshiwara, en pensant bêtement éradiquer de son esprit toute once de pensée à l'égard de cette jolie petite idiote. La nuit d'avant, il l'avait quasiment passée dans un taudis miteux des faubourgs malfamés à avaler le contenu immonde de deux tokkuri, isolé dans un recoin de la pièce, indifférent en façade aux trois misérables énergumènes qui le lorgnaient du coin de l'œil, convoitant tout du moins son sabre et la bourse cachée dans sa ceinture. Peut-être avaient-ils espéré qu'il soit assez ivre pour le dépouiller et lui trancher la gorge au détour d'une ruelle peu fréquentée. Sûrement n'avaient-ils pas su interpréter le regard alerte du tenancier qui avait tenté de les dissuader, n'ignorant pas, lui, à qui ils auraient affaire. Autrement, jamais il ne leur serait venu à l'esprit d'attaquer par derrière le capitaine de l'organisation de samouraïs la plus renommée du Pays du Feu. Les tuer ne lui aurait apporté aucune forme de satisfaction cela l'avait presque ennuyé de les passer tous les trois à tabac, incapable d'en tirer la moindre jouissance, incapable de se défouler correctement, incapable de sortir de sa tête le souvenir de la scène qui s'était jouée quelques heures plus tôt. Et le tenancier, en homme de bon sens qu'il était, n'avait pas jugé pertinent d'alerter les gardes en patrouille pour arrêter le jeune homme au regard démentiel. La sale besogne terminée, il s'était redressé en respirant bruyamment, ses yeux sombres rivés vers le manteau de la nuit, avant d'essuyer ses poings ensanglantés pour tirer quelques pièces dorées de sa bourse et les lancer au seul témoin de son écart, ses pas s'éloignant dans le silence entrecoupé de gémissements de douleur.
Le cadet des Uchiwa s'était demandé furtivement si ces trois pillards étaient ceux-là mêmes qui s'en étaient pris à cette emmerdante importune. Non pas qu'il les aurait massacrés davantage s'il avait découvert que c'était eux, mais il aurait pu leur soutirer des explications plus convaincantes. User de ses pupilles aurait pu être une solution aussi... Un profond soupir de lassitude ébranla son corps et il ferma les paupières pour faire le vide, le muscle nerveux de sa mâchoire tressautant sur sa joue. Il n'avait que peu dormi, ou presque, à moitié nauséeux. Cogiter l'empêchait toujours de trouver le sommeil réparateur dont son corps aurait pourtant eu besoin. Cinq années. Cinq années qu'il n'avait pas revu Itachi. Cinq longues années durant lesquelles il n'avait eu de cesse de partir à la recherche de celui qui jadis, enfant et jeune adolescent, représentait son monde. Ce grand frère dont il avait toujours été si fier, admiratif, envieux sur les bords ; ce grand frère qui l'avait lâchement abandonné sans rien dévoilé de ses plans. Et que Kakashi, étonnamment, n'avait pas feint d'ignorer les connaître.
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Le regard perdu dans le vide, bercé par le bruissement des branches-lianes ondulant sous la brise fraîche du soir, le puîné des Uchiwa contemplait le plafond noir du ciel semi-dégagé parsemé des premières étoiles. Depuis combien de temps se trouvait-il là, adossé au tronc du majestueux saule pleureur à plusieurs mètres du sol, tenant dans sa main le poignard de son frère ? Il avait perdu la notion du temps dès lors qu'il avait fui le dramatique tableau qui s'était dépeint sous ses yeux. Il aurait dû pressentir que leurs retrouvailles étaient imminentes, pressentir qu'il allait bientôt lui faire face après tout ce temps passé dans le silence de son départ. Kakashi lui avait fourni des éléments plus ou moins révélateurs, l'enjoignant à se rendre en ville pour rechercher des témoins qui auraient pu apercevoir et reconnaître l'aîné des Uchiwa, si célèbre à l'époque où il officiait encore à son propre poste en tant que capitaine du Koueichiimura. La vieille Neko-baa les avait vus grandir tous les deux ainsi que tous les commerçants de Konoha. La réputation du Clan Uchiwa était telle qu'il était impossible voire offensant de ne pas en connaître ses membres, et surtout ces deux jeunes frères au passé tristement notoire. Lorsqu'un de ces mêmes marchands l'avait intercepté devant son commerce pour lui souffler avoir aperçu peu de temps avant son passage un individu lui ressemblant étrangement, son visage familier, certain de l'avoir déjà vu dans la capitale, son sang n'avait fait qu'un tour. Il ne pouvait s'agir d'une simple coïncidence. Itachi était bel et bien de retour. Et il savait où il se trouvait. Plus il se rapprochait de son objectif, plus sa colère s'intensifiait dans le creux de son ventre, comme les braises d'un incendie qu'une simple rafale de vent pouvait raviver en l'espace d'un instant. Où était-il passé durant tout ce temps ? Pourquoi l'avait-il abandonné ? Pourquoi revenir aujourd'hui et pour quelles raisons ? Ce flot de questions l'avait assailli en peu de temps qu'il ne lui fallut pour arriver sur les lieux et se tenir droit devant lui, prêt à l'affronter, la pointe de son katana rivée sur ce frère qu'il avait tant espéré revoir un jour.
Machinalement, Sasuke tira le tantō de son étui et son regard glissa sur la lame immaculée, un reflet blanc luisant sous la faible clarté de l'astre lunaire. Le symbole de leur Clan, l'éventail rouge et blanc, marqué sur le manche, faisait ressurgir en lui des souvenirs si terribles qu'il aurait tant souhaité effacer de sa mémoire. Ce même symbole était gravé sur l'acier de sa tranchante épée ainsi que sur son fourreau, pour lui rappeler qui il était, lui, l'un des deux descendants de cette illustre famille. L'Uchiwa n'oubliait pas non plus le jour où son aîné lui avait remis le poignard qui jadis, appartenait à leur père, quelques jours avant de déserter l'organisation. C'était à la fin de leur entraînement quotidien, tous deux exténués, assis sur le rebord de la terrasse en bois de la machiya. Ce jour-là, Sasuke venait tout juste de réussir à repousser son frère pour la première fois d'une feinte magistrale qui avait pris Itachi au dépourvu, sans lui laisser le temps de riposter. Il savourait pleinement cette victoire personnelle quand contre toute attente, son frère lui remit le tantō qui ne l'avait jamais quitté, estimant qu'il était temps qu'il lui revienne à son tour. Perplexe, mais gonflé de fierté, Sasuke avait accepté cet inestimable cadeau dont la valeur ne pouvait se compter en or ou pierreries. A cet instant, rien n'aurait pu supposer qu'Itachi avait prévu de mettre les voiles. Comme à son habitude et ce depuis leur enfance, son aîné l'avait gratifié d'une pichenette sur le front en le mettant en garde de ne pas considérer cette première victoire comme acquise sur toutes les autres, et Sasuke l'avait repoussé avec agacement en rétorquant à son tour qu'il avait déjà quinze ans et qu'il n'était plus un gamin mais un homme à présent à son niveau. Là avait été leur dernière conversation entre frères. Trois jours après, Itachi avait disparu.
Une sensation qu'il n'avait pas ressentie depuis des années le fit tressaillir. Ses sourcils se froncèrent imperceptiblement et sa mâchoire se contracta. D'un coup sec, il rangea le poignard dans son étui et s'appuya davantage contre l'arbre, fermant les paupières dans un soupir agacé qui ébranla l'ensemble de son corps. Il fallait l'ignorer. Le jeune homme ressassa une fois de plus ces dernières heures et plus précisément l'étrange échange visuel entre son aîné et la suicidaire dont le commandant lui avait confié l'enseignement du combat. Le regard amusé d'Itachi face au sien, épouvanté, présageait forcément qu'il s'était passé quelque chose entre eux deux. Il ne s'était sûrement pas contenté de lui venir en aide, autrement, sa réaction aurait été radicalement différente. La demoiselle aurait simplement été surprise, étonnée de se retrouver face à son sauveur, et non horrifiée comme elle avait pu l'être. L'Uchiwa soupira de plus belle. Une belle imbécile doublée d'une menteuse chevronnée. Jusqu'à quand pensait-elle les berner, tous, et à lui, lui faire perdre son temps ? Cette femme était décidément une véritable plaie.
Des bruits de pas crissèrent sur le parterre de mousse et de feuilles tombées mais il ne rouvrit pas ses paupières pour autant. Il savait très bien qui venait à l'instant de le rejoindre sous le saule pleureur.
« Comptes-tu rester là-haut toute la nuit Sasuke ? »
Le ton se voulait ironique, sans paraître non plus condescendant. L'intéressé ne jugea pas opportun de répondre à cette question sans intérêt, son esprit encore embrumé par la colère. Le commandant du Koueichiimura soupira à son tour en secouant la tête, s'étant inexorablement attendu à ce genre de réaction. Kakashi se doutait qu'il lui fallait affronter son jugement tôt ou tard et puisque Naruto n'était pas encore rentré de mission, il préférait subir le courroux d'un seul de ses deux disciples préférés plutôt que d'un Uchiwa et d'un Uzumaki qui, lui aussi, lui ferait payer cher cette délibérée cachotterie. Sasuke ne broncha pas une seule seconde lorsque le samouraï aux cheveux argentés le rejoignit sans difficulté sur une branche légèrement plus haute, la main appuyée sur le tronc. Il n'était pas parti à sa recherche car il savait très bien où le trouver, le jeune homme solitaire ayant pris l'habitude de s'éclipser pour échapper à la présence de ses autres camarades depuis le départ d'Itachi. Le regard de Kakashi demeurait soucieux en sondant le visage blême de Sasuke, paupières closes, le front creusé par sa nervosité encore palpable. Le commandant Hatake avait beau se triturer les méninges, il ne voyait pas comment aborder le sujet sans se prendre une soufflante justifiée. Son disciple le devança.
« Tu savais. »
Kakashi ne fit pas mine de ne pas comprendre mais ne chercha pas non plus à nier les faits, se heurtant sans aucune pénibilité au lourd regard du jeune Uchiwa, accusateur.
« Tu savais qu'il allait revenir. Et tu savais où il était passé durant toutes ces années. Je me trompe ? »
Ses perçantes obsidiennes lui renvoyaient toute sa déception et tout son être semblait respirer sa noirceur, surtout les traits de son visage encadrés par ses cheveux couleur ébène. Son maître laissa un nouveau soupir lui échapper en fermant les yeux quelques secondes avant de les rouvrir, plongés dans le regard noirâtre.
« Je le savais, oui. Itachi m'en avait parlé.
— Et tu n'as jamais jugé bon de m'en avertir, compléta Sasuke d'une voix sèche, la veine de sa tempe gauche tressautant furieusement. Moi qui te pensais homme d'honneur.
— Mais je suis un homme d'honneur. Ton frère m'avait demandé de n'en parler à personne et de te tenir éloigné de lui, ce que j'ai fait. Je n'avais simplement pas prédit que tu allais être au courant de son retour par quelqu'un d'autre. Moi-même, je n'en étais pas informé.
— Foutaises.
— Libre à toi de me croire ou non, mais c'est le seul point sur lequel je ne te mens pas. »
L'Uchiwa fronça davantage ses sourcils et détourna son regard pour se renfrogner sur lui-même, les doigts crispés avec une telle hargne que les jointures en devinrent écarlates. Peut-être était-ce là la seule vérité acceptable, mais cela était loin d'être suffisant pour atténuer son profond ressentiment à son égard. Comment avait-il pu lui cacher la vérité toutes ces années, lui qui plaçait en son commandant une totale confiance ? De nouveau, les fourmillements réapparurent et il serra les dents. L'ignorer, encore. Les prunelles de l'Hatake cillèrent légèrement. Le jeune homme poursuivit.
« Tu m'as fait faire une promesse mais tu es incapable de respecter ta propre parole. Il n'y a aucun honneur à agir de la sorte, Kakashi.
— Je l'ai respectée. Du moins envers Itachi. Sasuke, ne pense pas que je ne comprenne pas tes senti...
— Tu ne connais rien de mes sentiments ! rétorqua Sasuke en se redressant vivement, la voix lourde de rage, sentant le poignard trembler dans sa main. Pendant combien de temps encore comptais-tu me mentir sur Itachi ? Des mois, des années ?
— Il ne m'appartient pas de te révéler la raison pour laquelle ton frère nous a quittés il y a cinq ans. C'est à lui de le faire.
— Et qu'aurais-tu fait, si je l'avais finalement passé au fil de mon épée ? Là aussi, tu ne m'aurais rien révélé ?
— Tu sais très bien ce que j'aurais fait si cela était arrivé. »
Le regard dur, le souffle court, l'Uchiwa se figea en croisant le regard sérieux de son commandant. Il n'avait pas besoin de le dire pour qu'il le sache. Le seppuku*, la mort ultime. Le jeune homme baissa la tête et Kakashi leva ses propres yeux au ciel, gratifiant les Dieux pour leur intervention divine qui lui avait permis de ne pas commettre cet acte. Il ne distinguait plus de Sasuke que ses mèches noires hérissées et ses poings serrés dont l'un broyait convulsivement le tantō. Comment pouvait-il blâmer le jeune samouraï âgé d'à peine vingt années ? A ses yeux, il n'était encore qu'un gamin sensible, incapable de maîtriser ses émotions. Mais comment lui en vouloir avec un passé si lourd à porter sur des épaules d'enfant, et aujourd'hui d'adulte ?
« Si cela peut apaiser légèrement ta colère, sache que je lui ai demandé de quitter la machiya, murmura doucement Kakashi en guettant sa réaction. Il logera chez Gaï jusqu'à ce que... les tensions ne disparaissent. »
Cela avait été la décision la plus sensée à prendre. Inviter Itachi à loger au sein de leur résidence n'aurait fait qu'attiser davantage l'incendie au lieu de tenter de l'éteindre progressivement, en douceur. Gaï n'avait pu refuser la demande de son plus grand ami et l'Hatake s'était réjoui de cette facilité, espérant ainsi réussir de son côté à calmer son disciple pour « préparer le terrain » lorsque viendrait le temps de la véritable confrontation fraternelle. Naruto saurait sûrement l'y aider. Le commandant du Koueichiimura n'avait plus qu'à prier également pour que l'aîné des Uchiwa survive à son ami et à son propre disciple, aussi excentriques l'un que l'autre. Sasuke n'avait que faire de savoir où son frère logerait à Konoha. Là, tout de suite, il n'aspirait qu'à une chose : se soûler pour oublier. Une fois de plus. Mais là encore, la douleur fit de nouveau son apparition. Comme une brûlure incurable. Sa main se posait à peine sur la partie de son corps qui le tiraillait que la voix de Kakashi retentit, lourde de sens.
« Ta nuque te fait souffrir ? »
Sa mâchoire se contracta. Mais pour seule réponse, le commandant Hatake n'obtint que le bruissement des feuilles du saule pleureur se balançant au gré du vent. Sasuke avait déjà quitté les lieux.
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L'Uchiwa inspira longuement pour chasser cette discussion de ses pensées, les traits fins de son visage crispés par l'amertume encore bien vive dans son esprit et dans son cœur. Il était conscient qu'il lui faudrait affronter tôt ou tard Kakashi pour clarifier les choses une fois pour toutes et il savait, surtout, qu'il ne pourrait éviter la confrontation avec Itachi. Mais il n'était pas prêt, pas maintenant, pas si tôt. Pas dans cet état. N'as-tu pas joué les déserteurs toi aussi, à une époque ? Son corps tressaillit soudainement et il contracta un peu plus la mâchoire, le front plissé et luisant de sueur. La douleur l'élançait par saccades en même temps que le sang pulsait à ses tympans, légère et insupportable à la fois. Il avait l'impression que sa nuque se consumait à petit feu, lentement, progressivement, jusqu'à finir un jour par s'embraser et irradier la moindre parcelle de sa peau. Sasuke rouvrit péniblement les yeux. Le réveil inopportun de cette douleur n'avait rien d'anodin. Revoir son frère n'avait fait que raviver sa haine et des souvenirs funestes profondément ancrés dans sa chair. Le capitaine du Koueichiimura le savait. Il lui fallait impérativement se calmer, reprendre le cours de son existence tel qu'il l'avait vécu ces dernières années. Il ne pouvait en être autrement s'il ne voulait pas renoncer à ses convictions et surtout, se perdre lui-même dans les tréfonds de sa noirceur.
Le sifflement chantant des oiseaux et les légers bruits de pas résonnant sur le plancher lui donnait un aperçu de l'avancement de la matinée. Il ne voulait pas se rendre en ville par crainte de croiser Itachi et de perdre à nouveau toute contenance son imbécile de meilleur ami n'était toujours pas rentré de mission, aussi ne pouvait-il pas compter sur lui pour une escapade improvisée hors de la capitale. Peut-être pourrait-il se rendre auprès de la garnison du palais pour sonner et remettre en place les récalcitrants qu'on lui avait instamment prié de former pour en faire de bons et valeureux soldats prêts à se jeter à corps perdu dans les prochaines batailles. Le jeune samouraï soupira en considérant cette idée. Cela s'annonçait déjà ennuyeux à mourir, mais qu'importe, si cela pouvait le divertir l'espace de quelques heures... L'Uchiwa se redressa avec lenteur pour ne pas aggraver sa migraine et s'assit en tailleur en passant une main dans son cou pour dénouer ses muscles. Les articulations craquèrent et il grimaça en ébouriffant les cheveux humides collés sur sa nuque. La nervosité l'avait fait beaucoup transpirer, aussi une toilette rafraîchissante et un changement de tenue ne seraient pas du luxe. Le brun sortit de ses appartements en faisant coulisser les battants du shōji le plus silencieusement possible pour ne pas attirer l'attention de ses compagnons, et se hâta de rejoindre la salle d'eau commune. L'eau fraîche revigora ses membres endoloris par la fatigue et il passa un long moment à s'asperger le visage pour sortir de sa torpeur. Face au miroir, il scruta sa nuque d'un coup d'œil rapide en plissant les yeux ; aucun changement, constata-t-il avec soulagement en passant sur ses épaules bâties un nagajuban noir assorti d'un kimono bleu nuit avant d'enfiler un hakama de couleur grise qu'il noua autour de ses hanches avec des gestes mécaniques, perdu dans ses pensées. Son reflet lui renvoya de plein fouet la pâleur diaphane de sa peau et les poches sombres sous ses yeux. Naruto lui rabâchait régulièrement aux oreilles combien il le jalousait de savoir que les plus belles femmes de Konoha convoitaient sa personne en protestant combien il était injuste que la nature l'ait doté d'un tel physique avantageux. Là, il avait l'air plus qu'effrayant.
La lumière du jour l'aveugla partiellement lorsqu'il sortit enfin dehors pour prendre l'air, savourant la bise légère que le vent soufflait sur son visage pour l'inciter à se réveiller complètement de son état de transe. La clarté du ciel le fit cligner plusieurs fois des paupières qu'il finit par refermer en sentant sa boîte crânienne toujours plus criblée d'aiguilles invisibles. Il avait dessaoulé depuis longtemps, restait encore à s'occuper de cette satanée névralgie. Une odeur de fumée lui indiqua naturellement le chemin à prendre pour y remédier. La douce Hinata était affairée à attiser le brasier sous une marmite en fonte, accroupie devant l'âtre incandescente en agitant un éventail lorsqu'une silhouette se dessina à la porte extérieure de la remise. Elle se redressa vivement en réajustant son kimono couleur parme pour le saluer dans une légère inclinaison de la tête, un mince sourire aux lèvres.
« B-Bonjour Sasuke-san, balbutia-t-elle en redressant sa nuque, recevant comme à l'accoutumée un salut plus modeste mais sincère à son tour. T-Tu as bien dormi ? »
Sasuke se demanda vaguement si elle lui posait indirectement la question de savoir s'il avait réussi à trouver le sommeil suite aux évènements de la veille. La cousine de Neji n'était pas du genre à se mêler des histoires des autres, aussi sa simple sollicitude lui parut réelle.
« Pas vraiment, lui répondit-il en entrant dans la remise en jetant des coups d'œil sur les étagères. Aurais-tu quelque chose pour soigner rapidement un mal de tête ?
— C'est vrai que tu n'as pas très bonne mine, murmura-t-elle d'une petite voix, soucieuse de le voir si livide et fiévreux. M-Mais je ne crois pas que nous ayons de médicaments ici, le mieux serait que j'aille chez un apothicaire...
— Hn, laisse. Tu conserves toujours tes bocaux d'umeboshi au même endroit ? Naruto m'avait dit que c'était plus ou moins... efficace.
— Ah ? O-Oui, bien sûr, ne bouge pas. »
La brune s'empressa d'aller chercher le récipient en verre contenant ladite mixture pour se servir plusieurs cuillérées qu'elle disposa dans un bol en porcelaine avant de les écraser, la puissante odeur macérée lui piquant les narines. Le marchand chez qui elle avait l'habitude de s'approvisionner lui avait vanté les mérites de la prune salée censée aider à récupérer plus vite d'un enivrement excessif à l'alcool. Kiba et Naruto avaient tendance à courir un peu trop après la bouteille la veille de leur journée de repos ou durant quelques festins de retour de mission si la prime avait été prometteuse, aussi ce breuvage les avait aidés plus d'une fois à se nettoyer l'estomac quand le retour à la réalité était trop rude. Tout en mélangeant de l'eau à la purée épaisse, la jeune femme ne put s'empêcher de s'inquiéter davantage pour l'Uchiwa qui semblait réellement mal en point. S'était-il littéralement rendu malade à cause de l'épisode de la veille ? Son corps manquait certainement de repos, tout comme ses nerfs. Hinata ne se souvenait même plus de l'avoir vu récemment plus d'une semaine à la machiya, enchaînant les missions et les déplacements hors de la capitale. Qu'il puisse ressentir le besoin de se changer les idées était légitime, mais son état demeurait préoccupant. Elle acheva de préparer sa mixtion avant de tendre le bol au contenu peu ragoûtant au samouraï qui la remercia dans un souffle.
« C-Ce n'est pas très bon, le prévint-elle d'une voix hésitante alors qu'il portait déjà le récipient à ses lèvres, réprimant une grimace en sentant le goût affreusement salé sur sa langue. »
Sasuke avala d'une traite le mélange brun et déglutit péniblement, se demandant par tous les Dieux comment l'Uzumaki pouvait avaler ce soi-disant remède contre la gueule de bois à chacun de ses excès. Il redonna vivement le bol à la jeune femme qui, prévenante, avait déjà préparé une tasse de thé froid pour l'aider à ne pas régurgiter sur le champ la purée d'umeboshi.
« Tu devrais te reposer, reprit Hinata en le regardant boire le liquide ambré à petites gorgées. Tu sembles réellement faible.
— Ce n'est rien, répondit le jeune homme en détournant le regard, contrarié à l'idée que son épuisement soit aussi visible. J'ai fort à faire aujourd'hui.
— V-Vas-tu entraîner Sakura-san comme hier ? »
Les doigts resserrèrent leur étau autour de la tasse vide à l'entente de cette question. Les grands yeux de nacre le sondaient avec honnêteté, dans l'expectative de sa réponse, ressassant son échange avec la principale intéressée. L'Haruno s'était retrouvée aux premières lignes des retrouvailles entre Sasuke-san et son frère aîné, aussi sa position n'était pas des plus enviables. Elle semblait pourtant réellement déterminée à poursuivre sa formation avec le capitaine du Koueichiimura, ayant pris toutes les dispositions nécessaires pour ne pas s'enrhumer davantage la veille et se réveiller en parfaite santé ce matin, ce que le samouraï ignorait évidemment. Sasuke n'était pas certain de vouloir se retrouver de nouveau face à la demoiselle aux émeraudes bien trop innocentes après les derniers évènements. Il s'était adressé à elle avec tant de mépris et de colère qu'il redoutait quelque peu, sans que cela ne le perturbe non plus, la réaction de la jeune femme. Il n'avait pas souhaité qu'elle puisse assister davantage à la fureur qui s'emparait progressivement de sa personne en revoyant son frère pour la première fois depuis sa désertion. Et surtout, l'Uchiwa n'était pas sûr de conserver son calme si elle venait encore à lui mentir. Une trahison suffisait. Un profond soupir s'échappa de ses lèvres et il massa ses tempes endolories sous le regard inquisiteur de l'Hyuuga. Cette femme – Sakura, se corrigea-t-il mentalement en maudissant les trois syllabes légères comme une caresse – n'avait rien à voir avec sa rancœur personnelle.
« Je te remercie, marmonna Sasuke en lui redonnant la tasse qu'elle reprit en courbant la tête. Sais-tu... où je peux la trouver ? »
Hinata ne sut déceler à cet instant l'expression sur le visage du séduisant samouraï. Était-il agacé ou gêné ? Elle mit bien vite de côté ces réflexions et lui indiqua où était la jeune femme, se gardant bien de penser qu'une fois encore, elle avait rarement vu l'Uchiwa laisser transparaître une pareille émotion.
La demoiselle en question était à des lieux de ce genre de considération, ses prunelles émeraudes profondément absorbées sur le shōgiban*. Ses maigres tentatives de renverser la partie en cours de route s'étaient plus ou moins toutes soldées par un échec, et à chaque fois qu'elle pensait avoir trouvé une nouvelle stratégie pour changer la donne, son adversaire plaçait subtilement des pièges indétectables dans lesquels elle finissait toujours par tomber. L'Haruno avait bêtement cru que la défense de ses pions lui sauverait la mise en optant par une fortification puissante, un château Yagura, habituée à gagner plus facilement en commençant sa partie d'une façon non offensive. Mais le cavalier ennemi avait eu vite fait de briser sa ligne défensive en éliminant à tour de rôle fous et tours, avançant progressivement en direction de son roi. Elle avait tenté quelques parachutages, en vain. Son roi était à présent en ōte, tenu en joug par le même cavalier. La demoiselle se visualisait mentalement depuis une dizaine de minutes des combinaisons possibles, supposant que si elle replaçait telle pièce à tel endroit, elle aurait peut-être l'opportunité de se rapprocher à son tour du bord adverse du tablier en bois clair. Le joueur qui lui faisait face, bras croisés sur son buste, attendait patiemment qu'elle annonce d'elle-même que la partie était terminée. Ce n'était que leur deuxième partie de shōgi disputée ensemble, et déjà pouvait-elle prendre conscience que leur différence de niveau était immense. Les poings serrés, le regard de jade se voila et la jeune femme baissa la tête, dépitée, ses épaules s'affaissant dans un soupir.
« Je capitule... lâcha-t-elle en retournant la pièce marquée des caractères formant le mot « ōshō » tandis que son adversaire s'exclamait « enfin ! » en levant les yeux au ciel. »
Les deux joueurs se redressèrent avant de se saluer et Sakura releva la tête pour respirer calmement, sa poitrine se soulevant au gré de ses inspirations. Son cerveau était en totale ébullition.
« Tu es bougrement tenace tu sais ? murmura le samouraï aux cheveux bruns attachés et coiffés en panache en esquissant un rictus, les orbes verdâtres se heurtant à son regard moqueur. Je commençais à croire que tu n'avais pas compris que tu étais déjà en ōte-zume depuis les trois derniers tours, mais tu cherchais vraiment à trouver un moyen de sauver ta peau.
— Et moi je commence à comprendre pourquoi vous demeurez invaincu, même avec un handicap conséquent. Vous avez tout du niveau d'un grand maître de shōgi Nara-san.
— N'exagérons rien. Si tu avais réussi à placer un général d'argent ici dès ton quatrième coup, poursuivit-il en pointant une partie du shōgiban sous le regard attentif de l'Haruno, j'aurais peut-être pu me retrouver en mauvaise posture.
— Nul doute que vous auriez aisément débouté ma tentative. Je suis impressionnée par votre dextérité à utiliser le cavalier de manière aussi malléable.
— C'est vrai qu'il s'agit de ma pièce favorite, reprit Shikamaru en attrapant le palet rectangulaire entre ses doigts. Ses déplacements permettent facilement de traverser le plateau, que ce soit pour attaquer ou pour défendre. Ce n'est pas un vulgaire pion à sacrifier, mais un pilier pour soutenir le roi. Une pièce idéale pour perturber l'équilibre d'une partie. »
La demoiselle laissa un sourire fendre ses lèvres, emballée par sa passion. Elle n'avait pas disputé de partie aussi intense et intellectuelle depuis des lustres ! Leur première rencontre avait été interrompue par la terrible annonce de l'enlèvement de l'héritière des Yamanaka, et même si elle ne pouvait se souvenir de la position exacte des pièces sur le plateau, il lui semblait qu'elle était déjà à deux doigts de finir en échec. Elle avait ressenti un grand plaisir lorsque le samouraï était venu la trouver ce matin, alors qu'elle aidait Hinata à ses tâches quotidiennes, pour lui proposer une revanche. Certes, elle demeurait toujours dans l'expectative que le capitaine du Koueichiimura accepte de lui consacrer une heure ou deux d'entraînement, mais cette impromptue distraction avait été fort amusante. Le jeune Nara commençait à ranger les pièces dans leur boîte quand Sakura prit la parole.
« Puis-je savoir qui vous a appris à jouer ainsi ?
— Mon ancien maître, Asuma. Il est membre de la garde rapprochée du seigneur Sarutobi. C'est également son fils.
— Cela explique que vous soyez si doué aux échecs, si vous avez eu un enseignant émérite.
— Il s'est pourtant occupé aussi de l'enseignement de Chôji et d'Ino, et je peux t'affirmer les yeux fermés que tu es bien meilleure joueuse que ces deux-là réunis !
— Mon jeu était pourtant bien misérable...
— Tu t'es plutôt bien défendue je trouve. A mon tour de t'interroger sur ton apprentissage du shōgi, répliqua Shikamaru en la dardant d'un regard plein de sous-entendus, les joues pâles de la jeune femme s'empourprant légèrement. Qui t'a enseigné les règles ? »
Le placement gracieux de ses pièces, loin des coups secs et bourrus d'un Naruto qui jouait n'importe comment, et la rigueur de sa posture, n'avaient fait que renforcer ses doutes sur la petite maline aux longs cheveux incarnadins qui se mordillait joliment la lèvre inférieure. Il n'avait cure de savoir qui elle était en réalité, mais il était certain que son éducation n'était pas celle d'une modeste paysanne de province. L'Haruno reprit bien vite contenance et se racla subrepticement la gorge avant de lui répondre, les mains croisées sur ses genoux.
« J'ai surtout appris en autodidacte, en assistant à des parties disputées de-ci de-là par les anciens de mon village. La vie à la campagne est moins distrayante qu'à la capitale, alors il faut bien trouver des occupations.
— Ma foi, tu dois avoir une excellente mémoire visuelle si tu n'as appris qu'en observatrice.
— S-Si vous le dites. Je préfère de loin la disposition d'un goban* à vrai dire.
— Oh, tu sais aussi jouer au go* ?
— Disons que je me débrouille mieux à ce jeu qu'au shōgi.
— Eh bien j'espère avoir l'occasion de te voir à l'œuvre un de ces jours. Chacune des parties que j'ai pu jouer dans cette discipline m'a profondément ennuyé, peut-être que je trouverai la nôtre plus instructive, ajouta le brun en souriant d'un air sournois tandis que la demoiselle esquissait à son tour un sourire moins confiant, tâchant de jouer la carte de l'indifférence face à son ton implicite. »
Il était fort à parier que cela serait intéressant, autant pour le plaisir du jeu que pour la confirmation de ses hypothèses. Shikamaru finissait d'empiler les pièces de bois dans un rangement bien précis lorsque des bruits de pas proches lui firent relever les yeux vers le nouvel arrivant.
« Salut Sasuke, lâcha-t-il en levant mollement sa main tout en le saluant d'un bref hochement de tête, vaguement amusé de voir la jeune femme face à lui se figer aussitôt à l'entente de son prénom. »
Les sourcils bruns se froncèrent légèrement. L'Uchiwa n'avait pas l'air au meilleur de sa forme, probablement à cause du retour soudain de son aîné. Shikamaru avait fait semblant de se tenir prêt à intervenir si les choses avaient dégénéré entre les deux frères, peu désireux de se retrouver mêler dans une galère qui ne le concernait pas. Il s'entendait avec tous ses camarades mais n'était pas assez fou pour se jeter dans un bain de sang inutile, sa flemmardise l'emportant le plus souvent sur sa volonté.
« Shikamaru, murmura le samouraï en hochant la tête à son tour avant de glisser son regard onyx sur le shōgiban installé sur une petite table basse. Je vous dérange peut-être ?
— Du tout, j'étais justement en train de ranger le plateau. Tenté par une partie ?
— Hn, une autre fois peut-être. Tu permets que je te l'emprunte ? reprit Sasuke en désignant la demoiselle lui tournant le dos, encore agenouillée, les mains à plat.
— Ah oui, j'ai appris que vous alliez vous entraîner ensemble. Aucun problème. On s'affrontera au go la prochaine fois, ajouta le Nara en adressant un clin d'œil à sa partenaire de jeu qui acquiesça en inclinant doucement la tête pour accepter son défi avant de se relever.
— Ce sera avec plaisir. Merci pour cette partie Nara-san, souffla-t-elle en le saluant une dernière fois, le cœur cognant à présent étrangement dans sa poitrine, fébrile. »
Le « bon courage » narquois lancé par le brun aux cheveux en panache mortifia quelque peu une Sakura déjà nerveuse, se hâtant de glisser ses pieds dans les sandales de bois pour suivre l'Uchiwa qui s'éloignait déjà de sa démarche souple. Elle baissa ses yeux verts sur sa tenue, satisfaite d'avoir choisi de porter un hakama qui lui assurait un confort certain pour être plus libre de ses mouvements. La jeune femme avait hésité à bander sa poitrine avant de renoncer à cette idée, peu désireuse de retrouver la sensation désagréable de compression qui l'avait accompagnée tout au long de sa mascarade. Les longs cheveux pâles se balançaient au rythme de ses pas, attachés en une queue de cheval haute pour ne pas la gêner. Elle et Hinata s'étaient couchées peu de temps après être revenues de leur toilette. Toutes les deux avaient prolongé leur discussion animée dans leur chambre commune en profitant d'une légère brise printanière faufilée par le battant entrouvert sur la cour, dégustant l'infusion de pétales séchés que l'Haruno avait préparée quelques jours auparavant. La jeune femme s'était alors décidée à effacer de son esprit la scène à laquelle elle avait assisté plus tôt dans la journée pour se concentrer sur son propre objectif. Je veux te rendre forte. Les mots du commandant Hatake avaient résonné si fort en elle qu'elle se devait de les honorer en mettant les meilleures chances de son côté pour y parvenir. Et poursuivre son entraînement avec le capitaine du Koueichiimura était la conduite la plus sage à adopter. L'enseignant et l'élève rejoignirent rapidement la cour arrière, exactement au même endroit, à l'exception que l'Uchiwa ne tenait pas de sabre en bois dans sa main cette fois-ci. Sakura prit une profonde inspiration avant que le samouraï ne daigne se retourner pour lui faire face, le regard aussi vide que ne l'était son visage, de marbre. Elle se demanda s'il considérerait son mutisme comme un manque de respect à son égard, aussi allait-elle s'incliner pour le remercier de lui accorder du temps lorsque la voix grave implacable brisa d'un seul coup sa volonté.
« Depuis combien de temps exactement connais-tu mon frère ? »
Les émeraudes tressaillirent à cette phrase soufflée à demi-mot, les syllabes débordantes de méfiance. L'expression arborée par l'Uchiwa était indéchiffrable, certes, mais ses obsidiennes elles étaient d'une froideur inégalée. Les mots avaient franchi la barrière de ses lèvres avant même qu'il ne les eut réellement pensés. Il attendait, non, exigeait plutôt qu'elle lui avoue la vérité, quand bien même elle n'avait pas de compte à lui rendre. Son regard cilla légèrement lorsqu'elle prit la parole pour répondre à sa question, les poings serrés pour maîtriser les spasmes infimes de son corps. Cet aveu était futile.
« Je ne le connais pas à proprement parler, si c'est ce que vous me demandez. Je... j'ai menti en prétendant m'être débarrassée seule des voleurs qui ont tenté de ravir les commissions que j'avais achetées pour Hinata. Un inconnu est venu me sauver et leur a réglé leur compte sans que je n'aie eu le temps de réagir. Il ne m'a pas caché son visage et j'ignorais totalement de qui il pouvait s'agir jusqu'à... hier. »
Elle avait cessé de respirer, happée par le lourd regard inquisiteur qui la transperçait jusque dans l'âme. L'Haruno n'avait pas cherché à se dérober une seule seconde, récitant la vérité partiellement détournée comme un haïku qu'elle aurait appris par cœur. Son cœur battait à ton rompre et elle se sentit rougir face aux prunelles d'encre inflexibles qui ne la quittaient pas, empressée de pouvoir se soustraire enfin à son jugement. L'Uchiwa aurait pu aisément lui arracher toute confession en usant du pouvoir héréditaire de son sharingan, mais lui infliger un pareil supplice mental pour avoir la confirmation qu'elle lui mentait encore ? Non, ce choix ne le tentait guère. Les faits concordaient assez bien dans l'ensemble, qu'ils soient tous avérés ou non, ils semblaient concevables. Son regard noir se détacha de sa personne dans un soupir, las, lui permettant de reprendre son souffle. Soit. Il ne s'en soucierait pas davantage. Il avait suffisamment de démons à gérer. Sa nuque l'élança de nouveau et il serra les dents pour l'ignorer, encore, tâchant de faire fi de la douleur pour se concentrer sur la raison de leur présence à tous les deux. Si Sakura fit mine de ne rien remarquer en jouant les indifférentes, il en était autre chose de ses pensées. Le soleil était déjà haut dans le ciel et sa clarté aveuglante rendait le visage de l'Uchiwa plus diaphane encore que d'ordinaire. Sa mâchoire semblait se contracter plus vite qu'à l'accoutumée et elle baissa aussitôt les yeux lorsqu'il releva les siens, de peur de le contrarier plus qu'il ne l'était.
« On poursuit avec ce que je t'ai enseigné hier, l'esquive, murmura-t-il d'une voix morne en fermant à moitié ses paupières, tiraillé par la sensation de brûlure. Tu vas essayer de m'attaquer de front.
— Je n'utiliserai pas de bokken aujourd'hui ?
— Non. Tu vas y aller au corps à corps pour gagner en vitesse. Tu commences, je prends le relai et ainsi de suite. Et attaque-moi franchement, pas comme une fillette.
— Entendu, répondit-elle en se gardant bien de lui cracher à la figure qu'elle ne se battait pas comme une fillette, avant de poursuivre. De quelle façon dois-je vous porter des coups ? Avec... mes poings ? compléta l'Haruno en avalant sa salive, légèrement paniquée. »
Elle n'était pas certaine de vouloir vraiment y aller au « corps à corps » avec le samouraï aux yeux sombres comme du charbon, au sens propre comme au sens figuré. Le frapper avec une lame en bois était une chose, l'approcher de manière frontale et le cogner directement en était une autre. Et puis, un pareil rapprochement physique la mettait pour ainsi dire mal à l'aise, surtout vu son état actuel. Sasuke, lui, ne put s'empêcher d'esquisser un rictus. Elle, menue comme une brindille, lui porter des coups avec ses poings ? Probablement distrayant mais peu formateur.
« Tu vas t'exercer avec une arme moins imposante. Tes gestes devraient être plus précis qu'avec un sabre plus lourd à manier.
— Vous n'avez pas peur que je vous blesse ?
— Je doute que tu y parviennes. »
Un vent de détermination gonfla l'orgueil de Sakura, piquée à vif. Cet homme semblait si sûr de lui qu'elle était presque envieuse de sa confiance. Ses poings se serrèrent davantage. L'Uchiwa porta machinalement la main à sa ceinture pour saisir l'étui noir avant de se figer, le regard rivé sur le symbole rouge et blanc. Le tantō venait de lui rappeler en un instant toute l'amertume qu'il avait éprouvé pendant des années, des jours, des heures. Cette douleur n'était pas insignifiante, non. Le regard alerte, la jeune femme s'avança doucement en plissant le front, soucieuse. Il était pâle comme la mort.
« Uchiwa-san, est-ce que tout va bien ? »
La main serrant le poignard tremblait dangereusement. Un nouveau spasme le fit tressaillir et il posa instinctivement son autre main sur sa nuque pour contenir l'endolorissement.
« Ce n'est rien, lâcha Sasuke entre ses dents, détournant la tête pour masquer les traits tirés de son visage.
— Vous semblez souffrant alors peut-être devrions-nous...
— Je te dis que ce n'est rien ! »
La noirceur luisant dans le fond de ses iris stoppa instantanément Sakura dans ses pas et la pitié qu'il lut sur son visage l'irrita davantage. Il n'avait pas besoin qu'on lui rappelle qu'il n'avait pas l'air d'aller bien, puisque rien n'allait déjà depuis bien longtemps. Le tantō tendu dans sa direction, la jeune femme hésita avant de l'attraper en gardant les yeux baissés, toujours inquiète. Il ne lui avait fallu que quelques secondes pour comprendre que l'Uchiwa était probablement affaibli par une fièvre qu'il tentait de combattre seul, le teint blafard, le pouls irrégulier. Il ne tiendrait pas le coup sans un repos plus qu'impérieux. Sakura s'avança pour se mettre en place en position d'attaque et extirpa lentement la lame de son étui, les émeraudes fixées sur le plat étincelant à la lumière de l'astre solaire. C'était la deuxième fois qu'elle tenait cette arme entre ses mains.
« Quand tu veux, maugréa le samouraï en la voyant immobile, pressé d'en finir au plus vite pour s'éloigner d'elle. »
Un bref éclat illumina les iris de jade avant que ses jambes ne s'élancent sur sa cible pour porter des coups vifs et directs, la lame sifflant à chacun de ses mouvements de poignet. L'Uchiwa esquivait avec une grâce naturelle la moindre de ses tentatives, comme exécutant une danse à la chorégraphie simpliste, que ce soit en décalant tantôt son épaule gauche ou levant tantôt le bras droit pour contrer sa parade. La douleur l'élançait toujours mais il focalisait toute son attention sur la demoiselle, ses onyx obnubilées par le sang-froid qui l'animait. Sakura, elle, gardait son regard rivé sur la lame immaculée, essayant d'ajuster sa précision à la posture défensive de son adversaire. Il ne lui laissait aucune ouverture. Le samouraï reconnut qu'elle était rapide, mais pas assez pour briser ses défenses. Elle maniait le poignard avec une certaine dextérité, certes, cela était encore insuffisant. Mais sa hargne ne faiblissait pas. Vraiment, elle était agaçante. Et déstabilisante. Sasuke sentit soudain ses muscles se raidir, la migraine irradier ses tempes, et il ne réalisa que trop tard son geste. La jeune femme laissa échapper un cri lorsque le revers de la main la repoussa brutalement, chancelant légèrement sous la violence du choc, le souffle coupé. Sa pommette protestait en lui envoyant des décharges invisibles, mais elle était incapable de ressentir quoique ce soit. Elle ne s'était pas préparée à ça. Les prunelles sombres fixaient avec horreur la main figée dans les airs, les doigts brûlants, comme chauffés à blanc par la peau de porcelaine qu'ils venaient d'abîmer. Lui aussi avait cessé de respirer. Que venait-il de faire ?
« Je... »
Que venait-il de faire ? Que s'était-il passé dans sa tête pour oser lever la main sur une femme ? Cela était involontaire, évidemment que ça l'était ! Jamais encore il n'avait violenté un membre du sexe opposé, jamais. Que venait-il de faire ? Les excuses étaient noyées dans le fond de sa gorge, rendues amères par la bile qui lui montait au palais. Que venait-il de lui faire ? Son corps réagit d'instinct quand une ombre se glissa devant son regard voilé. Une douleur cuisante parcourut l'ensemble de sa main à l'instant même où le poing rageur s'abattit dans le creux de sa paume. Les doigts se crispèrent sur l'arrondi des phalanges blanchies. Le regard de jais descendit lentement sur le visage fermé de la jeune femme, la pommette gonflée commençant à bleuir. Les orbes émeraudes, fulminantes, rencontrèrent les siennes. Pantoises.
« Nous voilà quittes. »
Si les mots soufflés entre ses lèvres roses avaient presque été inaudibles, Sasuke les entendit pourtant parfaitement. Les doigts desserrèrent leur emprise, non sans difficulté, et le poing glissa hors de sa main pour retrouver sa liberté. Sakura décida que cela suffisait pour aujourd'hui. Il n'était pas du tout en état. Et il allait l'être encore moins. Elle trouverait ce qu'il fallait en ville. La jeune femme prit congé de son instructeur en le saluant sommairement avant de s'éloigner à grands pas, le poing droit encore chargé du flux énergétique qu'elle avait maladroitement dosé en portant son coup. Elle espérait surtout, surtout, que la main du capitaine du Koueichiimura ne soit pas trop endommagée. Pas plus d'un secret à la fois.
L'effervescence massive régnant dans les rues commerçantes de Konoha avait suffi à apaiser légèrement les pensées tourmentées de la jolie demoiselle aux cheveux pâles, réjouie de pouvoir profiter de cette promenade solitaire dont son cœur avait cruellement eu besoin. Comme convenu la veille, la douce Hinata l'avait aidée à se faufiler en douce hors de la résidence, faisant le guet près du muret que Sakura avait escaladé sans trop de difficulté en échangeant toutes deux un sourire complice avant qu'elle ne disparaisse derrière le rempart de pierres grises. L'Hyuuga s'était vivement étonnée de voir son amie revenir si tôt de son entraînement mais elle avait eu la sagesse de ne pas la questionner davantage vu l'expression coupable peinte sur le beau visage de la jeune femme. Sa surprise s'était intensifiée lorsque Sakura lui avait demandé d'une petite voix mortifiée si elle pouvait sortir de l'onguent et découper une petite bande dans du coton pour les laisser à la disposition de l'Uchiwa qui ne tarderait pas à venir les lui réclamer. « Ta joue ! » s'était exclamée la brune en laissant échapper un soupir inquiet alors que son amie lui balbutiait que ce n'était rien, avant de la presser de préparer cet attirail médical, rongeant son frein et croisant les doigts pour que les dégâts soient minimes. Elle avait su retenir sa force, bien sûr, mais elle n'avait pas su canaliser complètement sa colère. Sakura trouvait l'Uchiwa bien injuste envers sa personne, elle qui s'était tant évertuée à mettre de côté ses craintes pour lui faire pleinement confiance. Elle avait même tenté de se mettre à sa place en imaginant sa propre réaction si leurs rôles avaient été inversés, compatissante sur le ressentiment qu'il avait dû ressentir durant toutes ces années. La jeune femme se demandait bien ce qu'elle avait pu lui faire pour le contrarier ainsi, que ce soit dans cette façon condescendante de s'adresser à elle, le mépris de ses yeux tranchants et le dégoût permanent qu'il semblait ressentir en sa présence. Elle ne lui tenait pas rigueur de la gifle magistrale qu'il lui avait assénée sans s'en rendre compte. Les mots n'étaient pas sortis de sa bouche, certes, mais elle avait pu lire instantanément la stupeur et le remord dans le fond de ses insondables obsidiennes. La froideur de sa beauté, aussi, l'avait une fois de plus déconcertée. Aussi détestable puisse être le capitaine du Koueichiimura, elle avait rarement vu un visage à qui la noirceur allait aussi bien. Comme si cette divagation avait une quelconque importance...
La jeune femme n'avait pas pris la peine de se changer, préférant garder une tenue plus confortable pour mener au mieux ses investigations. La petite besace accrochée à son épaule contenait enfin l'objet de sa convoitise et en son for intérieur, elle ruminait un peu plus contre l'Uchiwa. L'apothicaire chez qui elle avait déniché la poudre de racine de ginkgo* l'avait ni plus ni moins escroquée sur son prix et n'avait eu cure des protestations de sa cliente, scandant que c'était du vol de revendre des plantes médicinales à un tarif aussi injustifié. Le vieillard, insensible à sa réclamation, lui avait balancé en s'esclaffant qu'elle n'avait qu'à aller chercher elle-même les arbres millénaires pour en dénicher leur trésor si elle n'était pas satisfaite. Le regard vert avait lancé des éclairs en sortant sa bourse pour y chercher les dernières pièces dorées que le marchand s'était empressé de lui arracher des mains pour lui balancer le petit sachet en ricanant de plus belle devant le doux visage meurtrier. Jamais un commerçant de Tanzaku n'aurait eu l'idée de voler des clients d'une manière aussi sournoise ! Sakura soupira d'un air contrit et serra la besace entre ses mains, soulagée, toutefois, d'avoir pu trouver ce qu'elle cherchait. A défaut de ne pouvoir soigner sa main, à moins de se trahir une nouvelle fois, elle aurait au moins la possibilité d'atténuer sa souffrance l'espace de quelques heures. L'Haruno s'était sentie gênée de voir certains commerçants avec qui elle avait déjà discuté la reconnaître et la héler en criant « bien le bonjour ma mignonne ! » avant de lui montrer leur étalage du jour pour qu'elle choisisse ce qui lui ferait plaisir. Son palais, friand de sucreries, n'avait pu refuser les trois brochettes de dango qu'un couple de marchands lui avait offert de bon cœur en reconnaissant la charmante demoiselle qui avait accompagné le chaleureux samouraï aux cheveux d'or et au regard azur si franc. Le rouge avait monté aux joues pâles de Sakura quand ils s'étaient exclamés qu'il était temps que l'Uzumaki se déniche une compagne en lui lançant un sourire sous-entendu. La saveur du miel sur les lèvres, elle les avait quittés en les remerciant profondément avant de reprendre ses recherches, attendant avec impatience le retour du jeune homme pour retrouver le plaisir insouciant de sa compagnie. Sa bonne humeur lui manquait cruellement, peut-être plus ces derniers jours, avec tous ces récents évènements. Elle se disait aussi qu'avec un peu de chance, Naruto saurait trouver les mots justes pour parler à celui qui était son meilleur ami.
A présent, la jeune femme déambulait lentement dans le quartier le plus dangereux de la capitale, le Yoshiwara. Sa main n'avait pas bougé d'un pouce depuis qu'elle en avait franchi les portes, agrippant le manche noir du poignard dissimulé dans la ceinture de son hakama carmin. Elle avait réalisé sa bêtise en regagnant sa chambre quand elle avait pris le temps de respirer quelques minutes pour réfléchir aux conséquences de son acte, un gémissement de panique s'échappant de ses lèvres en contemplant le tantō dans sa main. Puisque son katana était toujours « détenu » par l'armurière aux macarons châtain foncé, l'Haruno s'était autorisée toute seule à l'emprunter sans demander la permission à l'Uchiwa. Car il était plus qu'évident que ses recherches la conduiraient inexorablement ici, entre les taudis malfamés, les maisons closes et les étalages de marché noir. La loi ne régnait pas en ces lieux, régis par la corruption et le brassage perpétuel de l'argent. Les quelques gardes qu'elle avait pu croiser semblaient se trouver ici pour la même chose que les autres : l'ivresse et le plaisir de la chair. Sur ses gardes, Sakura entreprit de questionner en premier lieu les tenanciers d'alcool. Elle fit attention de n'accoster que ceux qui vaquaient devant leurs échoppes, leur dressant un portrait sommaire de Tsunade pour ne pas éveiller de possibles soupçons si jamais elle avait affaire à l'un de ses ravisseurs. Le souvenir de la nuit de sa tentative échouée de fuir Konoha revenait la hanter, ressassant en boucle les paroles que le vent avait porté jusqu'à elle. Quelqu'un, ici, dans cette ville, savait où se trouvait Tsunade. Sakura ne pouvait se permettre de perdre sa trace. Son esprit lui intima ensuite de poursuivre son enquête du côté des salons de jeu mais l'entrée lui fut refusée à chaque fois, recalée pour la simple raison qu'une gamine n'avait rien à faire dans les parages et que le quartier des prostituées se trouvait plus loin. Agacée, impuissante, la jeune femme reprit son chemin en fixant le sol de son regard amer, le cœur lourd. Le temps jouait contre elle, elle le savait. Plus vite elle en apprendrait plus sur la capture de sa tante, plus vite elle pourrait mettre les voiles. Il régnait au Yoshiwara la même ambiance que dans le cœur de Konoha, si ce n'était les rires gutturaux des soûlards et les bruits de verre brisé qui la faisaient sursauter à chaque fois. Elle semblait indifférente à tout ce qui pouvait l'entourer, ignorant dangereusement que bon nombre d'hommes reluquaient du coin de l'œil la délicieuse et insouciante demoiselle au teint de porcelaine, la beauté de son visage rehaussé par la pureté de ses prunelles étincelantes Sakura s'arrêta brusquement avant de lever les yeux au ciel. Le soleil était à son zénith et deux heures au moins avaient dû s'écouler depuis son départ de la machiya. Hinata ne pourrait la couvrir davantage. Elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration pour refouler sa déception, avant de les rouvrir pour se décider à rentrer. A peine faisait-elle volte-face qu'une main se posait avec fermeté sur son épaule, son corps se crispant aussitôt à ce contact.
« Visez un peu ce que nous avons là ! Une petite souris qui s'est perdue ! »
Sakura repoussa sans vergogne la main en s'arrachant à son emprise et se retourna en vitesse en sortant le poignard de son étui avant de se poster en défense, le bras replié.
« Ne me touchez pas ! exhorta-t-elle en dardant d'un regard noir les deux gaillards aux crânes rasés qui la dévisageaient, médusés, les bras levés au ciel pour montrer qu'ils n'étaient pas armés.
— Wow, du calme ma jolie ! On ne cherche pas querelle !
— Pour sûr ! Mais quelle merveille ! Je ne m'attendais pas à une beauté pareille !
— Ça tu l'as dit ! renchérit l'un des deux acolytes en détaillant de la tête aux pieds la silhouette fine et les traits subtils de son visage. Hé dis-moi ma jolie, tu ne chercherais pas du travail par hasard ?
— Du... Du travail ? répéta Sakura en baissant légèrement sa lame avant de la pointer de nouveau dans leur direction, prudente.
— Oui ! Avec une frimousse comme la tienne, aucun doute qu'on va attirer masse de clients pour se payer du bon temps avec toi ! Bon tu es un peu amochée sur la joue mais un peu de fard pour cacher tout ça et...
— Je ne suis pas une prostituée ! cracha la jeune femme en esquissant une moue de dégoût.
— Bah, tu apprendras vite va ! Allons suis-nous ! »
Sakura reculait déjà lorsqu'une main attrapa le bras du plus bavard pour l'empêcher de s'avancer. Ses yeux s'écarquillèrent aussitôt.
« Quand une femme vous dit qu'elle n'est pas une prostituée, c'est qu'elle n'en est pas une. Alors déguerpissez avant que je ne change d'avis. »
Les deux gaillards ne demandèrent pas leur reste et se confondirent en excuses sur le champ, ricanant pour faire passer leur gêne, avant de prendre leurs jambes à leur cou. Les secondes passèrent avant qu'un soupir ennuyé ne brise le silence, les prunelles de la jeune femme toujours rivées sur la personne qui venait de lui sauver la mise une seconde fois.
« Es-tu inconsciente pour traîner seule dans un endroit pareil ou bien est-ce un don de se retrouver toujours en danger ? »
Le ton avait été sérieux avec une infime pointe d'ironie. Toujours coiffé d'un sugegasa, l'aîné des Uchiwa se tenait immobile aux côtés de Sakura, trop étonnée pour rétorquer quoique ce soit. Son regard était happé par la ressemblance évidente entre les deux frères qu'elle mesurait, encore, en observant le visage de l'aîné. Son air si surpris fit sourire Itachi et elle baissa subitement ses yeux, confuse. Le regard onyx glissa alors en silence sur le poignard qu'elle tenait toujours dans sa main droite avant de se voiler.
« Ravi de constater que tu as pensé à t'armer cette fois-ci. »
Les doigts se serrèrent sur le manche.
« Bien que tu n'en aies pas besoin. »
Cette fois, les émeraudes agrandies par la peur remontèrent en flèche sur son visage.
« Je vous en prie, ne parlez à personne de ce que vous avez vu, souffla-t-elle d'une voix si suppliante qu'Itachi se sentit presque coupable de s'en amuser. Je ferais tout ce que vous voudrez, mais pitié, n'en parlez à personne.
— Oh, vraiment ? Tout ce que je veux ?
— D-Dans la mesure du possible bien sûr, se hâta de préciser Sakura d'une petite voix qui fit sourire davantage le rōnin. »
Cette pauvre fille semblait tellement désespérée à l'idée que son secret si particulier soit révélé que l'aîné des Uchiwa ne put continuer à la malmener ainsi. Elle le regardait avec une telle innocence ! Ses paupières se fermèrent dans un léger rictus avant de les rouvrir pour la rassurer.
« Ton secret sera bien gardé, tu n'as pas à t'inquiéter. Je n'en parlerai à personne, pas même au commandant Hatake. Tu as ma parole. »
Sakura déglutit. Pouvait-elle avoir confiance en la parole d'un homme qui avait déserté son organisation de samouraïs, qui avait abandonné son frère ? En avait-elle seulement le choix ? Sans en comprendre la raison, son cœur lui murmura que oui, elle pouvait. Elle s'inclina profondément pour le remercier et se redressa sous son rire étouffé, amusé par ses manières, avant de reprendre un air sérieux.
« Tu n'as pas répondu à ma question. Que fais-tu au Yoshiwara en pleine journée et sans un seul valeureux protecteur à tes côtés ? »
Et pour quelle raison as-tu ce poignard ? faillit-il lui demander, focalisé sur l'éventail peint sur le manche. Son frère, ce même petit frère qu'il avait laissé seul pendant des années, se séparer de cet objet inestimable ? Cette fille devait revêtir une certaine importance à ses yeux pour qu'il ait pu ne serait-ce que lui laisser l'emprunter. Mais d'après ce qu'il avait pu voir, la courtoisie féminine n'était toujours pas son fort, alors pour quelle raison le lui céder ? Sakura se racla la gorge, penaude comme une enfant que l'on grondait.
« Je... Personne ne sait que je suis ici, hormis Hinata. Je suis à la recherche de quelqu'un.
— Et tu t'es dit que le Yoshiwara était l'endroit idéal pour retrouver cette personne ?
— C'est surtout la seule piste que j'ai eue jusqu'à présent. M-Mais j'allais partir alors...
— Hors de question de te laisser de nouveau vagabonder par toi-même en ces lieux. J'ai une commission à faire dans le coin, tu vas m'accompagner et je te ramènerai en ville après. Cela te convient ? »
Encore une fois, avait-elle le choix ? La jeune femme ne tenait pas spécialement à se faire accoster une seconde fois pour savoir si elle voulait officier en tant que nouvelle yūjo. Passait-elle pour une fille paumée qui s'était échappée d'un maître qui la battait et qui n'avait que la prostitution en dernier recours pour sauver sa peau ? L'aîné des Uchiwa attendait qu'elle acquiesce à sa proposition pour entamer sa marche, Sakura se hâtant de ranger le tantō dans sa ceinture avant de s'élancer à sa suite pour se positionner sur sa droite, légèrement en retrait. Mains cachées dans son dos, elle triturait ses doigts en lançant de temps à autre des coups d'œil au déserteur qui faisait semblant de ne pas remarquer les œillades incessantes. Il devait avoir quatre ou cinq ans de plus que son frère, le visage encore juvénile, délicat comme le sien. Deux ridules marquaient le dessous de ses yeux. Ses cheveux, sombres eux aussi, étaient longs et attachés au niveau de sa nuque pour glisser jusqu'au milieu de son dos. Sakura constata que contrairement à Uchiwa-san, lui ne portait pas le symbole de leur Clan brodé sur son kimono. Peut-être avait-il rejeté entièrement son nom en quittant Konoha ? Un détail futile interloqua également la jeune femme. Les hommes de cette famille étaient-ils tous aussi pâles ? Son frère avait une peau d'albâtre, certes, mais pas constamment cadavérique.
« Qu'y a-t-il ? finit par murmurer Itachi en continuant à avancer tandis que la jeune femme sursautait et baissait vivement les yeux en se mordant la langue, idiote qu'elle était.
— J-Je me demandais pourquoi vous portiez encore un sugegasa alors que le ciel est enfin dégagé.
— Je ne tiens pas particulièrement à être reconnu. J'ai grandi à Konoha alors si beaucoup de visages me sont familiers, le mien le sera tout autant.
— J-Je vois.
— Et toi, qui t'a infligé cette blessure ? »
Sakura porta aussitôt sa main à sa pommette violacée pour la cacher et grimaça au contact froid de ses doigts. Il faudrait y remédier. Sa mâchoire se contracta un court instant avant de répondre à sa question.
« Ce... C'est votre frère. Il ne l'a pas fait exprès, précisa-t-elle en levant ses yeux sur le profil sérieux.
— Pendant votre entraînement ?
— Je n'ai pas été assez rapide pour parer son coup. »
Cela n'était pas un mensonge. Si elle avait réagi plus vite, elle aurait pu repousser sa main ou simplement l'éviter. La leçon ne portait-elle pas sur l'esquive ? C'était plutôt elle que l'on devait blâmer. Même en cet instant, marchant aux côtés de l'aîné des Uchiwa, elle avait l'impression de trahir le puîné. Ne l'avait-il pas plus ou moins mise en garde ? Quelque chose, au fond de son cœur, l'incitait à croire que les liens du sang les unissant étaient plus solides qu'une rancœur du passé.
« Je me suis justement rendue en ville pour lui acheter un remède médicinal. Il semblait souffrant.
— Souffrant ? répéta Itachi en fronçant les sourcils.
— Plutôt fiévreux.
— Était-il blessé ?
— N-Non. Hinata m'a dit qu'il était venu lui demander quelque chose pour soulager une migraine je crois. »
Plus une main, pensa-t-elle en mordant l'intérieur de sa joue endolorie alors que l'homme marchant à sa gauche fronçait davantage les sourcils. Inutile de la questionner plus longtemps. Kakashi lui apporterait toutes les réponses dont il aurait besoin en temps utile. Les minutes s'écoulèrent avant que l'Haruno ne reconnaisse les bâtisses colorées et ne jette un coup d'œil affolé à son voisin. Quel genre d'achat pouvait-il bien faire ici ? Les salons de thé douteux et les maisons closes les entouraient de part et d'autre. Sa main se reposa automatiquement à sa ceinture, se tenant prête à lui faire faux bond si jamais il l'avait dupée pour la conduire dans un traquenard. Des petits sons aigus parvinrent à ses tympans, comme des miaulements de chat. Une petite meute de félins s'agglutinait devant une maisonnée plus imposante que les autres en réclamant leur pitance à une vieille dame qui les ignorait ostensiblement, concentrée à tirer des lattes de tabac de sa pipe. Elle tourna la tête dans leur direction en les sentant approcher et Sakura trouva vraiment que son visage fripé ressemblait à celui d'un chat, les yeux plissés comme des fentes. De la fumée s'échappa de sa bouche lorsqu'elle émit un petit « Hm ! » dédaigneux.
« Mon petit Itachi, ne t'a-t-on pas appris qu'il est malpoli de faire attendre une dame d'un âge aussi avancé que le mien ?
— Je vous salue également, Neko-baa, murmura l'Uchiwa en courbant respectueusement la tête, vivement imitée par la jeune demoiselle qui demeurait fascinée par l'apparence excentrique de la vieille dame.
— Eh bien, comment se sont passées les retrouvailles avec ton frère ? »
Sakura haussa les sourcils. Comment pouvait-elle être au courant ? Le capitaine du Koueichiimura était-il... un client régulier ? Une image déplacée lui vint à l'esprit et elle se fustigea mentalement pour avoir osé imaginer une telle chose.
« Je ne préfère pas vous en parler, vous risqueriez de vous énerver.
— Hm ! De vrais têtes de mules. Tu sais très bien ce que j'en pense...
— Neko-baa, s'il vous plaît. »
La grand-mère aux chats tira longuement sur sa pipe en sondant l'expression sérieuse sous le sugegasa. Son attention se concentra alors sur la jeune femme dans son dos et les deux fentes de ses yeux s'étirèrent.
« Mon garçon, je ne te savais pas proxénète, mais voilà une bien mignonne créature que tu m'amènes. Quel âge as-tu ma fille ? De la pratique ou encore vierge ? J'accepte les deux.
— Je ne vous amène pas une nouvelle pensionnaire, la contredit l'Uchiwa en secouant la tête, gêné pour la jeune femme abasourdie qui baissait nerveusement la tête, rouge comme une pivoine, se demandant vraiment ce qu'elle faisait ici.
— Tant mieux, j'ai déjà suffisamment à faire à gérer mes petites pestes. Mais si tu changes d'avis petite, viens me trouver et je te trouverai une place de choix. Je connais bien des messieurs qui payeraient cher les services d'une mignonnette comme toi.
— Sans façon ! »
La tenancière de la seirô aux murs rouges ricana face au refus catégorique de l'Haruno qui vraiment, ne comprenait pas ce qu'ils faisaient ici. Quelques passants assistaient à la scène et elle espérait que personne ne pouvait la reconnaître, imaginant la réaction des membres du Koueichiimura s'ils apprenaient qu'elle avait été vue au Yoshiwara et en présence qui plus est de l'aîné des Uchiwa. Son regard se fronça légèrement lorsqu'elle aperçut la vieille dame sortir un petit paquet de sa poche, d'une taille semblable au propre paquet contenant le remède qu'elle avait acheté chez l'apothicaire. Elle fit semblant de porter son attention ailleurs mais discerna distinctement les recommandations de la tenancière. « N'en abuse pas. Respecte les doses. ». Les yeux verts s'agrandirent. Itachi n'était pas dupe, il savait qu'elle pouvait écouter la conversation, même sans en comprendre le sens. A son tour de garder un secret.
L'Haruno ignorait être observée en hauteur par des spectateurs et ce depuis des heures. Les deux imbéciles qu'ils avaient envoyés pour tenter de l'isoler avaient lamentablement échoué et l'homme aux longs cheveux blonds était contrarié de les avoir laissés filer sans avoir le plaisir de leur ôter la vie. A présent, il s'en remettait à la sagesse d'esprit des trois lourdauds qui se tenaient en arrière, mortifiés de terreur, la gorge pris en tenaille par des épées tranchantes. Son regard se plissa.
« Vous êtes bien certains qu'il s'agit de cette fille ?
— O-Oui mon seigneur ! Aucun doute ! C'est elle que nous avons attaqué il y a quelques jours.
— Et vous dites que c'est le même homme là-bas qui l'a secourue ?
— J-Je crois bien mon seigneur ! »
Un soupir ennuyé lui échappa. Voilà qui était fâcheux. Un hochement de tête à l'intention de ses hommes et les lamentables supplications cessèrent brusquement, remplacées par des bruits d'éclaboussure et de corps inertes s'affaissant sur les tuiles. Les cadavres égorgés furent vite balancés à coups de pied dans la ruelle isolée en contrebas. Une silhouette s'inclina alors dans son champ de vision.
« Quels sont vos ordres, Sei-dono ? Devons-nous poursuivre notre filature ?
— Inutile. Cet homme à ses côtés, je le reconnais. C'est un Uchiwa.
— Le capitaine du Koueichiimura ?
— Non, le plus âgé. Mais nous avons la confirmation qu'elle est logée au sein de l'organisation menée par Hatake Kakashi, n'est-ce pas ?
— Aucun doute n'est possible.
— Alors cela risque de poser problème. Nous ne pourrons agir que si elle se retrouve sans escorte.
— Voulez-vous que j'intervienne avec mes hommes ?
— Il serait plus sûr que vous quittiez la ville au cas où des témoins impromptus auraient assisté à la scène. Je vais m'en charger.
— Entendu. »
Ses hommes s'éclipsèrent en silence tandis que son regard bleu fixait les bâtisses du Yoshiwara. Revenir à Konoha n'était pas prévu dans ses plans initiaux, mais son commanditaire en avait décidé autrement. Cette Koichi Tsunade semblait finalement n'être qu'un appât dans ce qui se tramait réellement. Le rôle secondaire de cette gamine le dépassait quelque peu, mais puisqu'il devait obéir à ses instances, il n'avait pas le choix. Sa mission n'était pas de la tuer, non, seulement vérifier une hypothèse. Plus vite il agirait, plus vite il pourrait l'en informer et se délester de cette charge rasoir. Il ne suffisait plus qu'à guetter le moment propice où elle serait isolée et hors de portée d'un seul des samouraïs émérites aux ordres de l'ancien général du Pays du Feu. L'inconnu regagna la ruelle déserte en jetant un regard dégoûté sur les corps inanimés baignant dans une flaque écarlate. Ce soir, oui, à la tombée de la nuit, il passerait à l'action.
Les yeux levés vers l'astre lunaire et le manteau sombre de la nuit, Sakura laissait ses pensées aller et venir en se prélassant dans le large bassin, légèrement engourdie par les vapeurs. Hinata lui avait proposé de se rendre aux bains publics de Konoha pour détendre leurs corps et leurs esprits après cette journée mouvementée. La jeune femme avait dû se résoudre à mentir à son amie lorsque celle-ci lui avait demandé comment s'était déroulée son escapade secrète en ville. A part lui avouer tristement qu'elle revenait bredouille de ses recherches, aucune autre révélation n'était sortie de sa bouche. L'aîné des Uchiwa l'avait raccompagnée en silence jusqu'aux portes du Yoshiwara avant de la presser doucement à regagner la résidence. Son absence n'avait été remarquée par aucun de ses camarades et elle avait remercié dans un chuchotement l'Hyuuga pour avoir couvert ses arrières. Ses joues s'étaient empourprées lorsque la brune lui avait confirmé que le capitaine était venu lui demander le nécessaire pour soigner sa main légèrement gonflée après avoir frappé trop fort le muret en pierres. Sakura s'était alors empressé de préparer la décoction bienfaitrice qui, elle en était sûre, apaiserait les maux de l'Uchiwa. Elle ignorait quand elle pourrait le lui remettre, le samouraï ayant quitté la machiya peu après son propre départ, aussi avait-elle confié la précieuse préparation à la douce Hinata pour qu'elle le lui apporte à son retour. Fort heureusement, elle avait trouvé une occupation en la présence de l'Inuzuka qui lui avait proposé de l'accompagner en patrouille après le déjeuner. Il était sage de préciser que par patrouille, le brun au sourire ravageur entendait plutôt « excursion décontractée » car jamais Sakura n'avait vu une ronde aussi peu prolixe. Son corps se souvenait encore de l'impact du poids de l'imposant canidé qui s'était rué joyeusement sur sa personne quand l'Inuzuka l'avait conduite jusqu'à sa résidence familiale, séparé depuis trop longtemps de son plus fidèle compagnon de jeu. Hinata les avait rejoints avec joie pour se dégourdir à son tour les jambes et s'échapper l'espace de quelques heures de ses obligations. La jeune femme avait mesuré à cet instant l'ampleur d'une capitale aussi immense que Konoha, ravie de pouvoir explorer un peu plus les quartiers de cette ville qui lui était encore méconnue. La promenade d'Akamaru, la géante boule de poils blanche, lui avait permis d'en apprendre un peu plus sur l'architecture de la cité. Le palais du seigneur Sarutobi surplombait les autres quartiers et sa puissante muraille englobait l'enceinte entière du château, les jardins et autres pavillons royaux. L'Hyuuga lui avait montré à son tour où se trouvait son ancien chez elle, la propriété de son Clan, avec une pointe de tristesse dans la voix, soutenue par Kiba qui lui avait souri d'un air compatissant.
Après leur longue sortie, le jeune homme avait laissé les demoiselles vaquer à leurs occupations typiquement féminines. Hinata avait tenu à emmener personnellement l'Haruno dans la boutique de son tailleur favori pour qu'elle puisse choisir elle-même les chutes de tissu de ses prochaines tenues. Des myriades de motifs colorés, des soieries somptueuses, des ceintures ornées de broderies d'or et d'argent... Elles n'avaient su où donner de la tête, admiratives devant le travail minutieux de celles et ceux qui confectionnaient des kimonos aussi raffinés. Ce moment complice partagé entre les deux jeunes femmes avait renforcé l'affection qui les unissait, à l'instar de ceux que Sakura avait passés en la compagnie de l'héritière du clan Yamanaka. Elle avait pu ainsi oublier le temps de quelques heures ses tromperies et ses inquiétudes, sans se soucier du lendemain. Son esprit restait néanmoins focalisé sur le petit paquet échangé entre l'étrange Neko-baa et l'aîné des Uchiwa, confirmant ses soupçons qu'elle ne pouvait ni dénigrer ni affirmer. Que contenait-il exactement ? Un opiacé ? Elle soupira. Cela ne la regardait nullement mais il lui serait difficile d'oublier ce qu'elle avait entendu. L'Hyuuga, elle, avait été pleinement heureuse de passer du bon temps en compagnie de Sakura et de Kiba. Ce dernier lui avait déjà proposé de lui changer les idées en apprenant que le chef du Clan Hyuuga avait envoyé une missive à leur commandant pour demander une entrevue avec sa fille aînée qu'il avait rejetée depuis trois années maintenant. Il lui avait confié à quel point il était soulagé de savoir que la brune avait trouvé une alliée en la personne de Sakura. L'Inuzuka était si prévenant avec elle. Hinata demeurait également soucieuse de savoir si Sasuke-san avait pu se reposer dans la journée. A peine venait-elle de finir sa surveillance que le samouraï était arrivé, le regard inerte, pour lui demander de nouveau de le soigner, puis s'était inquiétée encore plus lorsqu'elle l'avait croisé avant de rejoindre Sakura et Kiba. Son état de fatigue ne faisait qu'empirer. Elle lui avait alors apporté le breuvage ambré que l'Haruno avait préparé plus tôt en le sommant cette fois-ci, sur les ordres du commandant Hatake, de rester à la machiya se reposer. L'Uchiwa n'avait même pas eu la force de protester. Son visage s'était crispé aussitôt qu'il eut goûté une seule gorgée de la décoction de ginkgo et il avait manqué de s'étouffer en terminant son bol sous le regard affolé de la brune. Hinata espérait sincèrement qu'il allait mieux.
Une brise fraîche fit frissonner la jolie brune qui interrogea sa voisine du regard, s'accordant toutes deux à penser qu'il était temps de rentrer à la résidence. Les rues étaient encore éclairées et elles n'auraient qu'à se hâter pour rejoindre la machiya avant que cela ne devienne dangereux. Les gardes patrouillaient encore à cette heure tardive, aussi se pensaient-elles plus en sécurité. Les deux demoiselles se rhabillèrent bien vite en passant un léger haori en coton sur leurs épaules puis elles sortirent toutes les deux des sources thermales en plaisantant sur des sujets frivoles. Bras dessus, bras dessous, elles prirent le chemin le plus court en passant par des dédales peu fréquentés pour éviter des possibles gêneurs ivres. Le muret d'enceinte de la machiya apparut et elles pressèrent légèrement le pas en songeant aux futons douillets qui les attendaient. Une silhouette sortit soudain de l'ombre et Sakura attrapa la main de son amie pour les arrêter, méfiante.
« Qui va là ? s'écria-t-elle d'une voix forte en sentant les doigts de l'Hyuuga trembler entre les siens. »
L'éclat de la lune révéla l'apparence de l'inconnu qui s'avançait lentement vers elles. L'homme semblait jeune, coiffé d'un chignon sur le haut de son crâne et le reste de ses longs cheveux blonds baillant dans son dos. Son kimono noir laissait entrevoir le haut de son torse assorti d'un hakama de même couleur. Un sabre y était glissé à la ceinture. Son regard bleu glacial parcourut longuement les deux silhouettes figées et un sourire malsain naquit sur ses lèvres.
« Eh bien, eh bien. Que voilà deux demoiselles fort courageuses pour se promener sans escorte à une heure si tardive.
— Que voulez-vous ?
— Oh, rien qui ne doive vous alarmer. Je voulais juste faire plus ample connaissance avec l'une de vous deux. »
La jeune femme aux cheveux incarnadins sentit son cœur s'accélérer. Cette voix... Où l'avait-elle entendue ? La main de la brune tremblait de plus belle, l'autre serrée sur sa poitrine, le regard apeuré. Cet individu était-il là pour elle ou pour Sakura ? Se pouvait-il que son rang d'héritière du clan Hyuuga la menace de nouveau ? Elle n'avait jamais vu cet homme de toute sa vie. La panique commençait à s'emparer lentement de son esprit, les jambes flageolantes. Elle était terrorisée. Sakura, elle, essayait d'analyser calmement la situation. La résidence était proche, elles n'auraient qu'à courir à toute vitesse pour échapper à leur adversaire et alerter les samouraïs. Elles n'avaient qu'à s'élancer... mais y arriveraient-elles ? L'anxiété croissante d'Hinata la gagnait à son tour mais elle s'évertuait à croire qu'elles avaient une chance de s'en sortir. Le visage fermé, Sakura baissa la tête.
« Hinata, écoute-moi attentivement, souffla-t-elle dans un chuchotis en sentant son amie tressaillir. Je veux que tu coures le plus vite possible et que tu ailles prévenir n'importe quel membre du Koueichiimura.
— M-Mais et toi ?
— Je vais faire diversion.
— Non ! Et si jamais c'était après toi qu'il en avait ? Et si jamais il te tuait avant que je n'aie eu le temps de ramener de l'aide ? »
La main de Sakura serra doucement la sienne et elle tourna à moitié son visage vers elle. Un léger sourire fendait ses lèvres.
« Je ne mourrai pas. Je te le promets. »
Une fois encore, Hinata fut frappée par l'assurance qui animait la jeune femme aux émeraudes éclatantes. Comment pouvait-elle être aussi forte ? Les deux amies échangèrent un dernier regard avant de se confronter de nouveau au regard mauvais de l'inconnu qui souriait toujours.
« Alors ? Laquelle de vous deux m'offrira ses faveurs ?
— Aucune. Il y a des gardes qui patrouillent à deux rues d'ici. Un seul cri d'alerte et ils vous tomberont dessus.
— Hm... Comme c'est regrettable. Je ne voulais pas en arriver là, mais vous ne me laissez vraiment pas le choix. »
Maintenant. Sakura lâcha brusquement sa main et cria à l'Hyuuga de s'enfuir. L'homme n'avait pas esquissé le moindre mouvement. Mais la brune, dans sa panique, s'emmêla les pieds et s'étala sur le sol dans un petit cri. Elle grimaça pour se relever quand une ombre se dressa devant elle, le katana dégainé.
« Quelle erreur de penser que je vous voulais vivante, murmura calmement la voix grave. »
La lame fondit sur sa proie. Le regard de nacre se voila en sentant son heure arriver. Mais la pointe de l'épée rencontra non pas sa chair, mais une autre. La bouche ouverte de terreur, les pupilles dilatées, Hinata sentit son cœur se briser. L'Haruno se tenait devant elle, tremblante, le katana lui traversant le ventre. L'étoffe du tissu de son kimono commençait déjà à prendre une teinte foncée à l'endroit où la pointe ressortait dans son dos. La brune ne pouvait plus réagir, inerte, sa conscience envolée. Qu'est-ce que...
« H-Hinata... »
Le murmure de son prénom la sortit de sa torpeur. Elle haletait, les larmes roulant sur ses joues blanches, croisant le beau regard vert. Un filet de sang s'échappait de ses lèvres et coulait dans son cou. Sa voix n'était que supplice.
« Hinata, fuis ! »
Son sang ne fit qu'un tour. Les deux jambes s'élancèrent et Hinata laissa éclater un sanglot, la vue brouillée par le flot incessant de ses larmes de douleur. La vision d'horreur du corps frêle s'effondrant aux pieds de son meurtrier la fit sangloter davantage et elle commanda à son corps de mouvoir plus vite. Elle ne pouvait pas, elle ne pouvait pas mourir ! Elle lui avait promis ! L'inconnu aux cheveux blonds agita son sabre pour en essuyer le sang de sa victime, inanimée.
« Une mort bien inutile, lâcha-t-il dans un soupir en rangeant son épée dans son fourreau, avant de s'écarter sans remord du petit corps sans vie. »
Le blond esquissa quelques pas, aux aguets, puis se retourna en un éclair pour contrer le petit canif qui avait bien failli lui trancher la jugulaire. Le choc des lames retentit dans la ruelle et il recula de quelques mètres, lâchant un petit « Ah ! » victorieux.
Le regard rempli de fureur, Sakura se tenait droite devant son adversaire, le poignard de l'Uchiwa dans la main, la respiration sifflante. Le chakra achevait de soigner la profonde entaille qui lui avait transpercé le corps. Sa promesse n'était pas des paroles en l'air. Elle essuya sa lèvre du revers de la main. Elle ne mourrait pas, pas aujourd'hui en tout cas. Pas avant d'avoir découvert l'identité de celui qui lui faisait face avec un rictus sardonique au coin des lèvres, exultant. La vérité se tenait sous ses yeux.
« Comme je suis heureux de constater que tu es, toi aussi, capable de te régénérer. Cette Koichi Tsunade a vraisemblablement su te transmettre son savoir médical. Je ne sais pas comment j'aurais pu justifier ta perte.
— Mais qui êtes-vous à la fin ?! exhorta Sakura en écarquillant les yeux, perdant toute contenance en ayant entendu le nom de sa tante. Qu'avez-vous fait de Tsunade ?
— Elle est vivante, rassure-toi. Indemne, ça je n'en sais rien. Et tu pourras certainement la revoir si tu coopères sans discuter. »
Mais elle n'avait pas envie de coopérer. La jeune femme fondit de nouveau sur l'individu en faisant appel à ses souvenirs des mouvements d'esquive de son instructeur pour ajuster les siens et toucher sa cible. La pointe du poignard glissa brusquement sur sa joue et il s'écarta dans une grimace, d'infimes gouttes de sang perlant sur sa peau. Quelle petite peste ! Son regard froid se posa sur l'Haruno qui gardait une position de défense. Quand bien même il la poignarderait encore, elle se soignerait, dix fois, cent fois, autant de fois qu'il le faudrait jusqu'à lui arracher l'aveu de l'endroit où était retenu Tsunade. Elle se souvenait, maintenant, où elle avait entendu cette voix. Dans la ruelle isolée du Yoshiwara, la fameuse nuit où elle avait failli s'enfuir, se remémorant l'angoisse qu'elle avait ressentie en entendant son prénom. Un rire malsain résonna dans la rue.
« Ta beauté, ta ténacité et tes dons si particuliers... Tu es loin de valoir la magnificence de mes œuvres d'art, mais je commence à comprendre pourquoi tu sembles tant l'intéresser. Il sera pleinement satisfait de celle que tu es devenue. »
Il ?
« Qui... Qui sera satisfait ?
— Crois-moi, tu le découvriras bien assez tôt. »
Ebaubie, Sakura baissa le poignard. De quoi, ou plutôt de qui parlait-il ? Elle relâchait sa vigilance et l'inconnu y vit une ouverture. Soudain, un mouvement brusque alerta son sixième sens et il n'eut pas le temps de réagir assez vite pour empêcher la lame de s'enfoncer légèrement dans son épaule, lâchant un juron de douleur en s'écartant avant de sauter sur le muret, la main appuyée sur sa plaie ensanglantée qui lui faisait un mal de chien. Ses yeux transpercèrent le sale avorton qui venait de lui infliger cette douleur. Comment avait-il pu l'approcher d'aussi près sans qu'il ne ressente sa présence ? Une telle vitesse était surhumaine. Il plissa les yeux. Les pupilles rouges le fixaient avec une noirceur incommensurable et il se surprit à sentir son corps esquisser un infime mouvement de recul, avant de lui renvoyer son regard noir. L'inconnu pesta entre ses dents et s'éclipsa dans le silence de la nuit. Ils se reverraient.
Les prunelles rubis s'effacèrent pour laisser place aux obsidiennes, graves. Les secondes semblaient interminables. Puis, avec lenteur, l'Uchiwa tourna son visage vers la jeune femme au regard de jade, figé dans le sien. Sa main serrait toujours le tantō. Elle sentait le contact froid et humide de son sang à travers le coton du tissu imbibé. L'hématome de sa joue s'estompait doucement. Et Sasuke ne pouvait que la dévisager, ébahi.
Jamais elle ne lui était apparue plus magnifique qu'en cet instant.
Lexique du chapitre
Rōnin : ce terme signifie littéralement « homme errant » ou « homme-vague » et désigne les guerriers ou serfs, qui désertaient leurs maîtres. Ce terme s'applique surtout aux samouraïs durant le Japon féodal qui, leur désertion s'expliquant soit par la mort de leur maître ou par leurs propres actions (fautes impardonnables ou défaites au combat).
Oshibana : ma très chère Nefer-chan avait mentionné cet art dans sa fanfiction « Le Serment ». C'est une activité consistant à créer des tableaux ou des dessins à partir de fleurs séchées et il était indiqué dans un databook qu'il s'agit du loisir favori d'Hinata.
Les six arts chinois : j'ai repris le liù yì (six arts) établi durant la dynastie Zhou en Chine et qui a perduré après Confucius. Ce sont surtout les hommes issus de l'aristocratie chinoise qui y étaient initiés. Les six arts se composent des enseignements suivants - les mathématiques, la calligraphie, la littérature, l'équitation, le tir à l'arc, la musique et les rites. Il y est fait allusion dans le manga « La Fleur Millénaire » de Kaneyoshi Izumi – que je vous recommande X1000 !
Seppuku : façon rituelle de se donner la mort par éventration, réservé à la classe guerrière en cas de déshonneur (perte d'un combat et surtout trahison). Le hara-kiri quant à lui, diffère puisqu'il était davantage utilisé par une personne déshonorée (trahison, adultère) ce qui lui permettait en se donnant la mort de « retrouver son honneur ».
Shōgiban : mention évidente au jeu du shōgi, qui s'apparente aux échecs japonais. J'ai passé quelques heures à lire la page Wiki pour apprendre les règles du jeu mais cela est forcément complexe, aussi j'ai utilisé certaines expressions, nom de pièce et coups pour que vous puissiez visualiser la partie. Je ferais mention du jeu de go – quand je parle du goban – dans un prochain chapitre, et là j'espère également employer les bonnes bases en m'inspirant du manga Hikaru no go que j'adule vivement.
Ginkgo : le ginkgo biloba est un arbre connu en Chine et au Japon depuis des millénaires. Il est indiqué sur le site Passeport santé que son usage traiterait les symptômes de démence, pertes de mémoire, troubles de la concentration, dépression, acouphènes et maux de tête... tout ça correspond donc bien à notre cher Sasuke !
Ehehehe. Je ne sais pas vous, mais en me relisant, je suis encore toute chose de ce final.
Comme vous l'aurez constaté, les prémices d'un petit quelque chose commencent à apparaître. Cela met du temps à s'installer, certes, mais pour rester poétique il faut que cela soit subtil, tout en finesse. En tout cas, personnellement, j'aime ma façon de les rapprocher en douceur. Allez Sasuke, l'étape vers le roulage de patin sous le saule pleureur n'est plus proche que tu ne le crois !
Je vais essayer de m'atteler à écrire la suite assez rapidement, car oui, mes idées sont déjà là et c'est presque un miracle. Je ne promets pas un chapitre dans un mois, mais dans l'été ? Peut-être.
Merci d'avoir pris le temps de me lire et comme toujours, ça sera un plaisir et un honneur de lire vos commentaires ;)
A très vite ! Gougoulement vôtre, Mireba :)
