Chapitre 0


La pleine lune est présente ce soir. Le ciel est dégagé et seule une brise légère vient troubler le silence du château majestueux de Poudlard. Les éclairages sont éteints et les dortoirs sont calmes après des soirées animées du vendredi soir. Les quatre préfets des maisons finissent leur rapport au préfet-en-chef Percy Weasley.

- Merci pour votre vigilance. Ne traînez pas pour rentrer à vos dortoirs, répond lascivement Percy.

Ces subalternes le saluent solennellement et partent chacun en direction de leur dortoir. Percy ne s'attarde pas davantage et se dirige vers le bureau du Professeur McGonagall. Gardant sa baguette dans sa manche, Percy guette chaque bruit autour de lui tandis qu'il marche dans les couloirs du Château qu'il connaît par cœur. Depuis sa première année où il a poursuivi ses frères pour les dénoncer au Préfet-en-chef pour gagner des points et monter à cette responsabilité qu'il chérit plus que tout. Même plus que ses parents et frères et sœurs. Une pensée distraite se dirige vers eux, si bien qu'il ne perçoit pas de suite, le léger claquement de talons qui semble le suivre. Il revient à lui en quelques secondes lorsqu'il ralentit le pas et qu'il se retourne brusquement, la baguette levée.

- Qui va là ?! Votre présence en dehors des dortoirs à cette heure n'est pas tolérée par le règlement ! tonne Percy d'une force forte.

Le silence lui répond avant que la silhouette noire sort de l'ombre du couloir, observant d'un regard glacial le Préfet-en-chef qui baisse immédiatement sa baguette. Son regard si confiant il y a quelques secondes, vient de baisser de vigilance face à la prestance du professeur Severus Rogue, actuellement, Maître des Potions.

- Votre vigilance est louable, Mr. Weasley, mais ne présumez pas connaître les véritables intentions de ceux qui vous entourent. Même un professeur pourrait ne pas être celui que vous croyez. Restez sur vos gardes, cela pourrait s'avérer utile… surtout dans les temps incertains qui nous attendent à Poudlard.

Percy ne bronche pas face à l'approche toujours aussi intimidante envers lui. Depuis le temps, il a pris l'habitude à son ton mordant et ses sarcasmes pointus. Mais ce soir, sa réprimande habituelle semble être empreinte d'un réel conseil. Le Préfet-en-chef se contente d'hocher la tête, remerciant silencieusement le professeur qui continue de le fixer.

- Mr. Weasley, je vous prie de me faire part de votre rapport de Préfet-en-chef sur les agissements de cette soirée. Les détails de vos rondes sont d'une importance capitale pour la sécurité de l'école. Ne me faites pas répéter.

Percy fronce les sourcils, mais ne se dégonfle pas face à son professeur et il reprend constance d'une voix forte.

- Monsieur, sauf votre respect, le règlement indique que je dois rendre mon rapport à ma Directrice de Maison, le professeur Minerva McGonagall. Je m'en vais de suite faire son rapport et j'irai ensuite dans mes quartiers.

La patience de Rogue vient d'éclater en morceaux et face au refus catégorique du rouquin, il prend d'une voix rauque et menaçante.

- Mr. Weasley, bien que je ne sois pas le directeur de votre maison, en tant que membre du corps professoral de Poudlard, j'ai le droit de demander votre rapport. Les temps exigent une coopération sans faille entre les maisons. Alors, ne tergiversez pas et faites-moi part de vos observations.

- Nos rondes n'ont rien révélé d'anormal dans les couloirs ce soir. Chaque élève est bien rentré à ses dortoirs et les fantômes ont également participé à notre ronde. Le seul incident de cette soirée, Peeves qui a encore frappé. Il a ensorcelé les armures du cinquième étage pour qu'elles se mettent en mouvement et organisent une parade militaire fantôme. Elles ont défilé en rang, les boucliers levés, les épées claquantes, dans un vacarme de métal. Heureusement, aucun élève n'était présent, mais le bruit a réveillé une partie des tableaux de l'étage qu'il a fallu calmer. Et pour couronner le tout, c'est le Baron Sanglant qui a dû intervenir pour mettre fin aux agissements de Peeves. Il a pris la situation en main et a sommé les armures de retourner à leur place initiale avec une autorité que seul un fantôme de sa stature pouvait imposer. Le calme est revenu, mais les échos de cette parade nocturne hantent encore les couloirs vides.

Écoutant attentivement le rapport du Préfet, Rogue reste de marbre, une lueur d'approbation traversant la pupille de ses yeux marrons. Un rictus satisfait naît légèrement sur son visage si impassible. L'efficacité du Baron Sanglant n'est plus à prouver contre le fantôme farceur de Poudlard. Il hoche la tête, le visage sévère mais reconnaissant du rapport fait par le garçon. Il reprend un masque d'indifférence avant de congédier froidement le Préfet.

- Comme toujours, Peeves continue de tester les limites de notre patience. Cependant, je suis satisfait de voir que le Baron Sanglant a pris les choses en main. Assurez-vous que cet incident soit consigné dans les archives des préfets, Mr. Weasley. Il est essentiel que nous gardions une trace de ces… excentricités nocturnes. Bien, vous pouvez disposer, Mr. Weasley. Je m'occuperai personnellement d'informer le Professeur McGonagall de cet incident. Soyez assuré que de telles… perturbations ne seront pas tolérées à l'avenir.

Percy hoche la tête, reconnaissant le sérieux de la situation et se retire, laissant Rogue seul dans le couloir sombre, son manteau noir flottant derrière lui alors qu'il se dirige vers le bureau de McGonagall pour discuter des mesures à prendre. Severus Rogue s'assure quelques minutes qu'il est désormais seul dans le couloir et il se dirige d'un pas toujours aussi discret vers les bureaux de sa collègue. De sa démarche déterminée, il franchit le seuil du bureau du professeur de Métamorphose sans frapper. Ce genre de familiarités n'est plus de leur âge. Le bureau, baignée dans une lumière tamisée grâce à des bougies flottantes dans l'air. L'intérieur est décoré avec les couleurs de sa maison, rouge et d'or mais avec discrétion. Sur les murs, sont disposés de magnifiques portraits des anciens directeurs de la maison des Gryffondor ainsi que de multiples étagères où trônent de livres magiques et d'objets anciens. Dans un coin du bureau, Severus repère également le coin couverture et coussin chauds, de Mcgonagall, et plus précisément celle de son animagus chat. Malgré son aversion pour la maison des lions, l'endroit impose une certaine forme de respect. L'atmosphère est chaude et détendue.

- Bonsoir Minerva.

- Bonsoir Severus.

D'un coup de baguette, Rogue attire magiquement un siège de velours aux couleurs rouges et or. Il sent légèrement le Lion dans son dos grogner lorsqu'il s'assoit et le fait taire d'un coup de baguette. Minerva lève les yeux de ses papiers et les range d'un coup de baguette libérant son bureau. Son visage est marqué par les années mais ses yeux respirent toujours cette complicité qu'elle a avec Severus.

- Un thé, Severus ,

- Avec plaisir, ma chère.

Une tasse de thé apparaît alors devant le Maître des potions qui la prend sans grande surprise et vient doucement haler les odeurs.

- Un thé noir, épicé au gimgembre, répond Minerva. Je finis par connaître vos préférences en la matière.

Severus fait mine de l'ignorer et observe la tasse de Minerva.

- Et j'imagine que c'est du thé traditionnel écossais, fidèle à vos origines.

- En effet…

Les deux collègues sourient face à la complicité et camaraderie présente entre eux. Loin des yeux et des oreilles des élèves mais surtout du directeur trop curieux et intrusif.

- Hum hum… !

Enfin, c'est ce qu'il croyait.

Severus se lève aussitôt de son siège, fort confortable et lève de suite sa baguette en direction de l'intrus qui ose troubler leur inquiétude forte méritée après cette nouvelle semaine. Face à lui, l'actuel directeur, Albus Dumbledore, qui se caresse sa longue barbe tout en observant les deux professeurs aux visages dépités. Rogue et Minerva soufflent de concert, tandis que Rogue range sa baguette et observe le directeur s'avancer en leur direction.

- Hey bien, les rumeurs n'étaient pas infondées à ce que je vois. Qui aurait cru que les deux directeurs de Gryffondor et Serpentard faisaient de telles petites cachoteries ?

- Albus, ce n'est absolument pas ce que vous croyez, marmonne Rogue.

- Oooh, mais je me doute bien. Vous aimez plus que tout les potins de Poudlard. Ne croyez pas que j'ignore les conversations à la table des professeurs. J'ai une proposition ! Et si vous invitiez Pomona et Filius ?

L'étrange proposition de leur directeur résonne dans le bureau, et après quelques instants de réflexion, Minerva prend la parole, circonspecte.

- Severus, qu'en pensez-vous ? Après tout, les autres maisons ont aussi leurs lots de commérages.

- Et où ferions-nous, nos réunions, Minerva ? fait la voix rauque de Rogue, les yeux toujours fixés sur Albus.

Son regard est pétillant tandis qu'il lève la main.

- Je vous propose la Salle-sur-Demande. Elle est actuellement à l'abandon et je sens qu'elle ne demande qu'à vous aider. Vous y trouverez sûrement des vieilleries et de quoi vous occuper pendant vos charmantes discussions.

- Et sans la moindre contrepartie ? fait Rogue d'une voix terme.

- Mhh, je m'invite à vos réunions !

Les deux directeurs de maisons s'échangent un regard… Après tout, que pouvait-il refuser à leur directeur ? Pas grand chose à moi qu'il s'agisse de dragées surprises. Personne n'aime partager ces sucreries, même le plus effrayant des professeurs de Poudlard.