Moments - The Loneliest
Disclaimer: Les personnages et l'histoire originale de Fullmetal Alchemist sont à Hiromu Arakawa. En revanche, mon histoire se base sur le scénario du fangame chinois Bluebird's Illusion (Pride!Ed Ending).
Musiques: Rakuyô ( FMA OST), The Loneliest ( Måneskin), Omoide ( FMA OST)
Genre: Mystery – Poetry
Résumé: Pour Pride, qui n'est pas né de la dernière pluie, mais presque, le monde est un vrai mystère. Pourtant, une certitude l'habite : quelque chose lui manque. Mais quoi ?
Note: Curieusement, j'ai écrit ce texte alors que j'étais déjà en train de rédiger la fin de l'histoire dont il s'inspire (Moments). Une envie, comme ça ! Personnellement, je le vois non pas comme un « prologue », mais plutôt comme un «prélude» à ce récit ; une sorte de photographie d'ambiance. Étant donné que j'ai surtout voulu dépeindre une atmosphère, sans trop m'encombrer de l'intrigue, il est possible que ce texte ne s'inscrive pas tout à fait dans l'histoire originale (que vous pourrez découvrir bientôt), ou qu'il y ait des incohérences. C'est pourquoi je vous invite à voir cette saynète comme une fenêtre entrouverte sur un autre monde :)
L'air était frais, le soleil bas, la nuit naissante. L'horizon était chargé d'indigo, d'or et d'étoiles, avec un friselis de rose qui bataillait entre les deux premiers, comme pour les garder de s'entredévorer. La lutte, toutefois, ne durerait pas. Le crépuscule était aussi éphémère que les millions d'humains qui grouillaient, là, en bas, dans la ville de Central baignée des lueurs du couchant et vrombissant de la rumeur des rues.
Perché sur son immeuble, les pieds dans le vide et la tête dans les nuages, Pride contemplait la capitale d'un air pensif. Il avait choisi son poste d'observation avec soin. C'était d'ailleurs son préféré, car il était si haut qu'il lui offrait une vue imprenable sur la ville et ses abords; son fleuve puissant, sa banlieue paisible, sa forêt dense et ses champs nourriciers. Tout s'offrait à son regard souverain, des pauvres hères qui mendiaient dans la ruelle au pied de son perchoir, aux imposants monts qui se découpaient dans le lointain.
Ainsi, il voyait tout.
Ainsi, il dominait le monde.
Ou presque. Car du monde, il ne connaissait pratiquement rien. À commencer par ces étendues sombres au-delà des remparts de la cité. Fleuve, forêt, champs… Pour lui, ce n'étaient que des mots vides de sens, ou du moins, qui n'avaient que celui qu'on avait bien voulu lui expliquer. Ils n'étaient que concepts, paysages fantasmagoriques qu'il ne pouvait se figurer qu'à partir du peu de ressources que lui offrait son imagination.
Sans parler de ce qu'il y avait au-delà.
L'Inconnu, avec un grand « i ». Apparemment, mettre de grandes lettres au début des mots leur donnait plus d'importance. Or, pour Pride, ça en avait. Beaucoup. Tout cet espace plongé dans la nuit noire, telle une mer obscure qui ourlait le phare inébranlable qu'était Central, l'attirait irrésistiblement. Il était pourtant loin d'avoir fini d'explorer la ville – et n'avait pas le droit de la quitter de toute manière –, mais c'était plus fort que lui: le « dehors » l'intriguait.
C'était… effrayant et excitant à la fois. De se dire que « le monde » pouvait être aussi vaste et qu'il y avait encore tant à découvrir… Ça lui donnait le vertige rien que d'y penser ; un comble, sachant qu'il n'avait cure de la quinzaine d'étages qui le séparait de la terre ferme. Mais comment ne pas se laisser transporter par la perspective de cet « inconnu » aux milliards de possibilités, quand le « connu » réservait déjà plus que son lot de surprises ?
Les humains détenaient peut-être le record en la matière, d'ailleurs. Sans doute parce que compte tenu de leurs similarités avec eux, la moindre différence sautait aux yeux. Pride ne s'était toujours pas remis du fait qu'ils pussent exister en différentes couleurs, par exemple. Envy lui avait même raconté qu'il y avait des coloris encore plus étonnants par-delà les « frontières ». Le nouveau-né ne savait pas ce que c'était qu'une « frontière », mais ce dont il était sûr, c'est qu'il lui faudrait s'y rendre. Il se demandait s'il pourrait y trouver des humains rouges. C'était sa couleur préférée, et il pensait que sa réflexion se tenait, puisque le sang des humains était rouge, lui aussi. Un beau rouge vif, qu'il suffisait d'un rien pour faire jaillir.
En effet, ce qu'avait appris Pride, c'était que les humains étaient particulièrement fragiles, comparés à lui ; à eux. Ce qui soulevait une autre question: comment ces êtres avaient-ils fait pour survivre dans ce monde impitoyable assez longtemps pour se multiplier autant, tandis qu' eux, qui étaient infiniment plus puissants, n'étaient que huit ? Le blond connaissait la règle, bien sûr. C'était la même dans tout le règne animal, d'après Envy : plus de proies ; moins de prédateurs… mais à ce point-là ? Parfois, Pride se demandait où se trouvait l'équilibre, dans tout ça. Ils ne tuaient quand même pas autant d'humains que ça !
Peut-être qu'il y avait quelque chose à creuser de ce côté-là, songea-t-il en appuyant son menton dans sa main et en laissant son regard se perdre dans le dédale des rues de la ville. Quelque chose qui aurait pu expliquer ce drôle de manque qui l'habitait depuis la naissance et qui le taraudait. Il avait beau être né depuis peu, la chose l'obsédait déjà. C'était comme si… oui… comme s'il lui manquait quelque chose ou quelqu'un.
Quelqu'un qui aurait dû être là.
C'était sans doute pour cette même raison que, fréquemment, Pride venait se poser là, sur son mirador de fortune, pour scruter la cité à la recherche, au fond, de cette pièce manquante. Certes, il aurait pu le faire en journée aussi, mais allez savoir pourquoi, c'est quand le monde était entre chien et loup que cette envie, ce besoin de trouver cette fameuse « pièce manquante » se faisait le plus pressant.
« Coucou, petite tête ! T'as l'air bien pensif, dis-moi ! »
Et quand on parle du loup…
Pride, pas le moins surpris du monde, tourna la tête pour se retrouver nez à nez avec Envy, qui avait posé la sienne sur son épaule et arborait un large sourire.
« Tu réfléchis à quoi ? Au merdier que t'as laissé et qu'il va falloir qu'on nettoie ? » demanda l'androgyne en désignant les deux corps décapités qui gisaient à quelques mètres d'eux.
Pride regarda par-dessus son épaule et avisa à son tour les cadavres encore chauds qu'il avait entassés dans un coin par commodité. C'est vrai… Il avait dû se débarrasser de ces humains, un peu plus tôt. Tout à sa contemplation, il les avait complètement oubliés.
Il n'avait pas l'habitude de gérer ce genre de chose, en même temps. Ça n'arrivait pas souvent qu'Envy le laissât seul. D'ailleurs, il était avec lui, en général, y compris pour traîner sur ce toit-terrasse désert. Rien de plus normal, après tout : Envy était son chaperon, et lui non plus ne disait jamais non à une petite pause dans les hauteurs. Comme tout un chacun, il avait besoin de décompresser de temps à autre. Surtout en ce moment.
Ainsi, ils étaient toujours fourrés ensemble.
Sauf que ce soir, ç'avait été différent. Envy avait été occupé ailleurs, et Pride avait dû se charger d'assurer sa propre sécurité seul. Car, accompagné ou non, le mot d'ordre restait le même:
« Personne ne doit nous voir.
On ne laisse aucun témoin. »
Et, suivant religieusement la consigne donnée, Pride s'était chargé des intrus qui s'étaient aventurés sur son territoire. À regret, cela dit. Le « combat » avait été plié en un coup, et s'il y avait bien un « dicton » qu'il avait retenu parmi les milliers qu'avaient inventés les hommes, c'était bien « à combattre sans péril, on triomphe sans gloire ». En plus, il aimait bien les humains – même s'il n'irait pas le dire à Envy, qui les détestait cordialement. Il préférait donc éviter d'avoir à les tuer dans l'absolu et n'aimait pas plus que ça devoir s'occuper de « l'après ».
Du « rangement », comme Envy se plaisait parfois à l'appeler.
Heureusement, son aîné était là, avec toute son expérience, pour réparer ses bêtises et nettoyer derrière lui.
À cette idée, Pride posa sa tête contre celle de son frère, l'air serein.
Certes, ils n'étaient que huit, mais ils étaient soudés. Ils étaient là les uns pour les autres dans ce monde qui leur était hostile.
Comme s'il avait lu dans ses pensées, Envy lui tapota gentiment la tête et confirma :
« Je plaisante. T'as bien fait. »
L'androgyne se décolla enfin de lui, prit appui sur ses cuisses pour se relever et admira le paysage.
« Rien à voir, mais on a une super vue, aujourd'hui ! Tu regardais quoi de beau ? »
Pride, toujours assis, leva la tête vers le brun et indiqua du regard le monde inconnu plongé dans les ténèbres qui s'étalait par-delà Central.
« Ouuuh… Le dehoooors!» traduisit Envy. « Je vois… »
Il se pencha pour caresser les cheveux de son protégé.
« J'vais pas te mentir, on a déjà bien assez à faire avec le "dedans" pour l'instant, alors on verra ça plus tard, mais je te promets qu'un jour, je t'emmènerai voir tout ça. Je m'y connais, j'y suis allé ! » fanfaronna-t-il, la main sur le torse.
Une étoile se décrocha du ciel nocturne et atterrit dans les yeux d'ordinaire éteints du jeune homonculus. Son aîné, tout sourire, contempla cet océan d'ingénuité poudré d'or un instant, replaça une mèche de cheveux rebelle derrière l'oreille de son élève subjugué et conclut:
« Et puis, ce serait la suite logique. On a déjà tout ça… », fit-il en désignant la métropole éclairée par un dernier rayon de soleil mourant. « Reste plus qu'à conquérir le reste ! »
« Conquérir »… Voilà bien un mot qui parlait à Pride! L'Orgueilleux gonfla le torse, fier d'être de ceux qui pouvaient prétendre à dompter l'Inconnu.
Il quitta néanmoins ses rêves de grandeur quand une main ferme atterrit sur son épaule.
« Enfin bref ! » lança Envy. « On refera le monde plus tard, Père nous attend. Alors, hop, hop, hop ! Lève tes fesses et ramasse tes affaires ! On s'arrache. »
Tandis que l'Envieux s'éloignait pour se charger des deux corps – qu'il fit basculer par-dessus la rambarde comme deux sacs de farine, histoire de s'épargner un laborieux trajet jusqu'en bas –, Pride, lui, récupéra sa faux, posée plus loin. Son aîné se frotta les mains d'un air satisfait et prit la direction de la sortie d'un pas léger tout en sifflotant. Son disciple lui emboîta le pas en silence, se glissa à son tour dans la cage d'escalier et redevint une ombre parmi les ombres.
FIN
Et voilà ! C'était une mise en bouche de la grosse fic qui s'annonce. J'ai pensé que ce serait sympa d'avoir une saynète mimi avant un début in medias res. Et puis, j'ai été pas mal inspirée en écoutant la chanson de Måneskin, aussi xp
Bref ! J'espère que ça vous aura plu, et je vous dis à bientôt pour une histoire avec un peu plus d'action ;)
BisouX à tous et à toutes !
White Assassin
