Résumé du chapitre précédent :

C'est avec stupeur et effroi que la population sorcière apprend l'exécution prochaine de Walburga Black. Le procès médiatisé des Black aura permis des avancés notables pour lutter contre les violences familiales. La fin des deux procès laisse l'opinion publique songeuse, peu de réponses ont pu être obtenues lors du procès pour meurtre contre Walburga Black. Malheureusement la sorcière a choisi de se taire et il est peu probable que la vérité éclate. Walburga entrainera donc ce secret dans sa tombe, soulageant Sirius qui craignait de voir son secret éclaté au grand jour.

Si le cas de Walburga est clair, celui de Jedusor est plus sombre. En coulisse, ses alliées commencent à agir. Après tout le mal fait, pourra-t-il s'en sortir ?

Regulus qui a œuvré depuis le début avec Padfoot pour l'empêcher d'atteindre son but, ne peut et ne veut pas y croire. Cependant, le reste n'est plus de son ressort et il est obligé d'attendre, impuissant.

La pleine lune approche et les procès enfin finis, les amis peuvent se concentrer sur James et la difficile nuit qui s'annonce. Remus et Sirius qui se sont enfin réconciliés, passent plus de temps ensemble. James est également heureux de pouvoir compter sur l'expérimenter et sage Remus. Regulus lui est bien motivé à tester ce que lui a dit la spécialiste en lycanthropie. S'il est l'ancre de James, il pourrait l'aider à passer des pleines lunes plus confortables. Déterminé, il s'exécute et après quelques frayeurs, il est récompensé. Le loup se calme en sa présence, contrairement à ce qu'on leur a toujours fait croire, les loups-garous ne sont pas des bêtes sanguinaires agissant sans toute logique.

Cela les soulage tous, le quatuor est plus soudé que jamais. C'est dans cette ambiance plus joyeuse et encouragée par sa psy que Sirius décide d'adopter un animal de soutient émotionnel. Mais il est déçu par la structure pet shop et se tourne finalement vers l'adoption dans un refuge. Il y rencontre King, un chien auquel il s'attache instantanément.

Marlene qui fait tout pour se racheter depuis son retour en Grande-Bretagne, passe enfin devant le bureau pour accueillir son jugement. Maugrey qui ne peut plus cacher l'attachement qu'il a pour elle, à tout fait pour lui éviter la prison. Marlene à son grand soulagement échappe à toute peine lourde et bénéficie d'aménagement pour payer sa dette à la société. Le papier fourni par Dawlish avec la signature du bureau est valide et la protège, elle et sa famille. A présent la sorcière va devoir se concentrer sur la manière dont elle va devoir assumer ses actes passés et comment se faire pardonner, si cela est possible.

Lily loin d'imaginer les tourments que traverse son amie, voit enfin la lumière au bout du tunnel. Un propriétaire de phénix à accepter que du sérum soit prélevé sur l'oiseau, permettant ainsi la rousse d'enfin être opéré. Elle est bouleversée et attend avec impatience d'avoir une date. Après s'être longtemps battue, elle a l'impression d'enfin pouvoir refermer le chapitre effroyable de l'attaque de Poudlard.


Chapitre 66 : La vie d'adulte

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Aujourd'hui, les élèves de Poudlard récupéraient leurs diplômes. C'était un évènement important dans la vie d'un étudiant. C'était celui qui marquait la fin d'une étape et le début d'autre chose. L'entrée dans un monde nouveau. Marlene avait quelques regrets à l'idée qu'elle ne connaîtrait pas cet événement. Tous ses amis avaient réussi leur examen et après avoir récupéré leur diplôme, ils iraient prendre un verre dans un bar. On lui avait proposé de se joindre à eux, mais la sorcière avait refusé. Elle se serait sentie de trop et elle ne se voyait pas les regarder exprimer la joie d'être de jeunes diplômés alors que ce n'était pas son cas.

Mais plus que tout, elle redoutait de faire face à Frank. Le jeune homme était la dernière personne dans son entourage proche à ne pas connaître la vérité à son sujet. L'ancienne Serdaigle ne trouvait pas le courage de lui faire face. De plus, Lily et Dorcas avaient encore du mal à lui parler normalement et Marlene savait qu'elles ne lui avaient pas encore totalement pardonné. Ce qu'elle pouvait comprendre. Elle-même ne le pouvait pas. Elle vivait chaque jour avec la culpabilité d'avoir causé la mort de tant de personnes.

De Alice.

La mort de la jeune femme avait détruit Frank et Marlene ne voyait pas comment il pourrait passer au-dessus. Elle pourrait lui dire qu'elle s'était dénoncée, que même si elle ne faisait pas de prison, elle travaillerait en tant qu'analyste au bureau des Aurors peut-être toute sa vie. Que ces tâches comptaient comme des travaux d'intérêts généraux. Que depuis peu, elle devait porter un bracelet de localisation. Elle n'avait pas le droit de quitter le pays et devait reverser une partie de son salaire en compensation. Ce n'était pas grand-chose, elle en avait conscience. En comparaison de la peine qu'elle avait infligée par ses actions irréfléchies, c'était même peu. Mais c'était un début et elle était déterminée à faire de son mieux pour aider à ce que ce type de drame ne se reproduise pas.

La sorcière était consciente que le bureau s'était montré clément envers elle. On ne lui disait pas tout, mais un arrangement avait probablement été passé pour lui éviter Azkaban. Elle avait montré ses talents d'analyste et ses compétences lors de la traque de Jedusor. Le bureau manquait d'agents et elle faisait une bonne recrue. Elle ne pourrait pas aller sur le terrain, mais son travail aiderait sans conteste les Aurors. Marlene commençait dans quelques jours et était assez nerveuse. Maugrey ne se prononçait pas sur sa situation, mais la jeune femme avait l'impression qu'il était content. Il lui avait confié il y a plusieurs jours qu'elle avait les compétences pour travailler au bureau. En fait, elle se demandait si d'une manière ou d'une autre, il n'avait pas intercédé en sa faveur.

La jeune femme avait l'impression que son histoire connaissait finalement un dénouement acceptable. Maugrey ne lui avait pas menti quant au sort de sa famille: le bureau n'avait pas pu revenir sur le blanchiment de son frère aîné. Cela avait dû les frustrer, mais devant elle, ils n'en avaient rien montré. La situation s'arrangeait petit à petit pour l'ancienne Serdaigle. Tout n'était pas rose, mais elle reprenait sa vie en main et elle aimait la manière dont cela se passait.

Elle voulait en profiter car elle ne savait pas jusqu'à quand ça durerait. Peut-être que quand elle aurait la fameuse discussion avec Frank, tout s'écroulerait. Elle était lucide. Elle manquait de courage aujourd'hui, mais elle ne pourrait pas reculer indéfiniment.

Marlene se massa la nuque, des pensées plein la tête. Elle devait informer sa famille restée en France qu'elle ne pourrait pas les retrouver avant un long moment. Peut-être même qu'elle ne les reverrait jamais. À cette pensée, elle se sentit triste. Elle regrettait de ne pas leur avoir fait de vrais adieux ni plus profiter d'eux tant qu'elle le pouvait encore.

-Il fait beau, tu devrais sortir, fit soudain Maugrey.

Marlene, qui était assise sur le canapé, se tourna pour le voir débarrasser le reste de la vaisselle dans la cuisine. La jeune femme l'observa, notant que son haut mettait en valeur ses muscles et qu'il était agréable à regarder quand il ne lui criait pas dessus pour un rien. Tout ça avant de se reprendre et d'arrêter de reluquer l'agent.

Marlene savait que l'attirance qu'elle ressentait pour l'Auror était réciproque. Le moment de la découverte avait été aussi gênant qu'excitant. Mais passées les premières heures et la gestion de ses nouveaux sentiments, la timidité et le malaise habituel, rien de plus ne s'était produit. La sorcière ignorait quoi faire. Comment se conduire avec l'Auror ? Il agissait comme d'habitude, si bien qu'elle se demandait si elle n'avait pas rêvé ce baiser manqué.

-Je n'ai rien de spécial à faire dehors, répondit-elle.

-C'est vrai que tu es débordée ici, la railla-t-il. Tu devrais profiter de ta liberté. Quand tu commenceras à travailler, tu regretteras de ne pas l'avoir fait.

-Tu peux m'accompagner au restaurant si tu tiens tant à ce que je sorte.

Maugrey la fixa longuement, visiblement pris au dépourvu et étudiant les conséquences. Cela amusa la jeune femme.

-Je ne te propose pas un rendez-vous, pas la peine d'interroger tes ancêtres pour savoir quoi répondre.

Marlene se tourna complètement vers lui, posant ses bras sur le haut du canapé. L'embarras de son aîné la fit sourire.

-Après, si tu veux que c'en soit un, ça m'irait aussi.

Si l'Auror était coincé pour évoquer tout ce qui concernait les relations amoureuses, ce n'était pas le cas de l'ancienne Serdaigle. Elle avait fini par comprendre que si elle voulait qu'il se passe quelque chose, cela devait d'abord venir d'elle. Maugrey n'était pas timide mais la jeune femme avait plus l'impression qu'il craignait de mal faire, qu'il analysait trop et n'agissait pas assez. Et surtout, il continuait de nepenser n'avoir aucune chance.

C'était aussi mignon qu'exaspérant. Marlene en avait connu des prétendants qui n'avaient osé faire aucun geste avant d'être sûr de ne pas se faire rejeter, à croire qu'ils ne comprenaient pas les signes pourtant évidents qu'elle envoyait. Maugrey faisait tout simplement partie de cette catégorie. Elle savait également que la différence d'âge le freinait. Ils avaient environ 6 ans d'écart. La concernant, il n'y avait là rien d'insurmontable, surtout qu'elle était majeure.

-Alors, qu'est-ce que tu en dis ? le relança-t-elle.

-Tu n'as pas d'amis ? répondit l'agent.

Marlene sourit et haussa les épaules.

-Je te laisse faire la réservation, ne me déçois pas.

-Je n'ai pas dit oui, lui fit-il remarquer.

-Tu n'as pas dit non, contra-t-elle.

Elle se détourna et attrapa un magazine sur la table basse pour le feuilleter. Maugrey n'ajouta rien et elle sentit son cœur battre la chamade. Elle avait un rendez-vous galant ce soir. Cela faisait longtemps et elle se sentait nerveuse.

xXx

Severus observa rapidement sa chambre avant de faire entrer Lily. Ils avaient quitté leurs amis une demi-heure plus tôt après avoir bien fêté l'obtention de leurs diplômes. Severus se sentait toujours un peu gêné d'emmener sa petite amie dans sa banale chambre d'hôtel. Il ne pouvait pas s'offrir mieux et se disait toujours que Lily n'avait rien à faire dans ce type d'établissement. Mais à chaque fois, elle le rassurait et lui affirmait que tout était très bien. De quoi faire croire à Severus que c'était finalement lui qui était trop tatillon.

Il n'avait rien à proposer à boire à Lily, mais ce n'était pas grave car ils avaient déjà pas mal consommé au bar avec leurs amis. Le couple s'installa sur le lit de Severus. Le futur potionniste observa la rousse, silencieux. Il admira sa beauté, son sourire et la sérénité qu'elle dégageait. Depuis qu'elle avait reçu la lettre de St-Mangouste pour lui apprendre qu'une date pour son opération avait été décidée, elle rayonnait.

C'était tellement vivifiant de la voir ainsi. Elle en avait fait du chemin depuis l'attaque de Poudlard. Severus n'aurait jamais pensé que leur couple pourrait survivre à une telle épreuve. Il aimait tellement Lily mais il le savait, il y avait eu un avant l'attaque et un après. Le couple avait entamé une deuxième phase de leur relation et le brun le sentait, ils étaient plus forts désormais.

-Je n'ai pas arrêté de penser à Alice quand on était tous ensemble, murmura soudain Lily. Je voulais que Marlene nous rejoigne mais en fin de compte, je suis contente qu'elle ait refusé. Mes sentiments sont partagés à son égard. Elle m'a tellement manqué et je suis heureuse qu'elle soit de nouveau avec nous. Et puis, parfois, je la vois, je pense à elle et je ne comprends pas comment elle a pu nous trahir. C'est compliqué.

-Frank est le seul qui ignore encore la vérité, c'est ça ?

Lily acquiesça.

-Dorcas veut tout lui dire assez vite, moi je ne sais pas quoi faire. Je peux comprendre que Marlene a besoin de temps. Il ne fait aucun doute pour chacun de nous qu'il ne lui pardonnera jamais. Si moi j'ai du mal à la comprendre alors que c'est une de mes meilleures amies, je doute que lui se donne la peine d'essayer.

-Je lui en veux aussi. En même temps, je sais que même si elle avait décidé de ne pas participer à l'évasion d'Azkaban, l'attaque de Poudlard aurait tout de même eu lieu, soupira Severus.

-C'est ce que je pense aussi.

Lily soupira à son tour et posa sa tête sur l'épaule de son petit-ami. Comme à chaque fois que la rousse était proche de lui, son cœur s'affolait et il se sentait à la fois nerveux et comblé. Lily lui sourit et déposa un baiser sur ses lèvres. Un touché léger, chaste, qui provoqua des tourbillons dans son ventre. Alors que Lily reprenait sa place dans ses bras, une pensée envahit le futur potionniste.

Il était seul avec sa petite-amie dans sa chambre.

Cela faisait des mois qu'ils étaient en couple et tout allait bien entre eux.

Ne devrait-il pas tenter un rapprochement physique ? Ne devrait-il pas en avoir envie ? Il n'y avait jamais fait attention avant, mais il n'avait jamais ressenti le besoin ou l'envie de pousser ses gestes lors de leurs moments de tendresse. N'était-ce pas un peu étrange ? Lily était peut-être en attente. De quoi avait-il l'air en ne prenant pas l'initiative ?

Severus se sentit angoissé en pensant que Lily devait s'ennuyer avec lui. Ou pire, qu'elle était soulagée de ne pas partager d'intimité avec lui.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Je te sens tout tendu, s'inquiéta Lily.

Severus esquissa un sourire. Tout allait bien jusque-là, il ne savait pas pourquoi il se prenait la tête avec de tels détails. Pourtant, il ne pouvait s'enlever ces inquiétudes de la tête.

xXx

Recevoir son diplôme avait fait comprendre à Sirius qu'à présent, il entrait dans une autre phase de sa vie. Il se sentait assez perdu sur ce qu'il voulait faire. Le mois de juillet arrivait à son terme et il ne s'était renseigné sur aucune université ni formation. Il avait affirmé à James que son séjour chez lui serait bref mais cela faisait déjà 1 an et il n'avait toujours aucune solution.

Il ne voulait pas dépendre de son ami, et encore moins de son petit-frère. Il recevrait bientôt l'argent du procès, mais il ne savait pas quand exactement. De plus, il ressentait un certain malaise à utiliser l'argent de ses parents. Après tout ce qu'ils lui avaient fait, il ne voulait rien de leur part. Mais cela restait de belles paroles. Au fond, il n'avait pas le choix s'il voulait avancer et avoir un minimum d'autonomie. L'ancien Gryffondor était bon dans beaucoup de domaines, mais n'avait pas de passion. Il était plutôt fainéant et abandonnait toute activité dès que des difficultés se présentaient.

Il pensait de plus en plus à faire comme Lily. Prendre une année sabbatique, profiter de la vie et mûrir un projet professionnel. Cela semblait réussir à son amie. Elle allait mieux sans la pression constante pour réussir qu'elle subissait que ce soit d'elle ou de ses proches de manière involontaire. Sirius pourrait faire pareil. Il pourrait voyager, découvrir des nouveautés. Cette pensée s'introduisait parfois dans son esprit avant de s'en aller.

-King ! appela Sirius depuis l'entrée.

Son chien, qui semblait adorer son nom, accourut vers lui. L'ancien Gryffondor le gratifia d'une caresse avant de lui passer sa laisse. Aujourd'hui, il désirait se balader plus loin que d'habitude, voir comment son chien réagissait à la foule. King était adorable, bien que paresseux. Il était difficile de lui faire perdre du poids car il adorait manger et traînait de la patte à la moindre difficulté. Regulus s'était même moqué en déclarant que King était comme son maître.

James lui avait filé un coup de main mais il finissait toujours par craquer et lui donner des friandises. Il adorait le câliner, mais était réticent à l'emmener faire sa balade. Tout ça parce qu'il ne voulait pas ramasser ses crottes. Regulus était volontaire et s'en sortait bien, mais King avait l'air d'un peu trop l'aimer. Sirius s'était senti ridiculement jaloux lorsqu'il lui avait montré son ventre alors qu'il ne l'avait jamais fait avec lui.

Sa psy avait été fière de lui lorsqu'il lui avait appris l'adoption de son chien. Depuis qu'il l'avait, il se sentait plus apaisé et avait rarement pensé à l'agression qu'il avait subi. Il avait toujours du mal à dormir, mais il savait que ses nuits s'apaiseraient avec le temps.

-On va voir Remus au café. Tu te rappelles de Mumus ?

-Tu parles à ton chien, constata avec amusement son meilleur ami.

-Tout le monde fait ça, se défendit Sirius.

-OK... Et Remus sait que tu l'appelles Mumus ? rigola-t-il.

James vint caresser la tête du golden retriever qui agita la queue.

-C'était juste comme ça, ça ne veut rien dire. Bien sûr que je l'appelle Remus devant lui, rougit Sirius.

James lui jeta un coup d'œil suspicieux.

-Tu es sûr que tu ne veux pas nous accompagner ? reprit Sirius. Et Regulus, qu'est-ce qu'il fait ? Encore à vérifier sa liste d'affaires à emmener dans le village de Véla ?

-Non, je vais rester, j'ai une réunion avec mes collègues pour discuter du dernier numéro de Harry.

-Oh, tu redoutes d'être attaqué par les Rosier ? devina Sirius.

-Je suis étonné qu'ils ne l'aient pas déjà fait, avoua James.

-Ils doivent chercher la meilleure manière de t'anéantir, plaisanta-t-il. Je suis content de ne pas être à ta place. Tu as fait le bon choix, le rassura-t-il ensuite. Et Regulus donc ?

King, qui voyait la conversation s'éterniser, s'était couché à ses pieds. Sirius l'incita alors à se relever car il ne voulait pas que celui-ci croit échapper à sa petite séance de sport.

-Il se repose, il se sent un peu mal.

Sirius fronça les sourcils. Son frère était déjà souffrant la veille. Il était parti se coucher tôt et il ne l'avait pas non plus vu en se levant le matin.

-Qu'est-ce qu'il a ? Est-ce qu'on doit appeler un médicomage ?

-Il dit que ça va, qu'il a juste mal à la tête et besoin de se reposer.

-Il lit trop de livres, ça lui fatigue le cerveau, pouffa Sirius. Bon, j'y vais, prends soin de lui et ne laisse pas Rita fouiner en vue d'un nouveau scoop.

Sirius tira légèrement sur la laisse de King pour l'inciter à se lever. Il passa la porte et adopta un rythme de pas rapide pour faire comprendre à son chien que ce ne serait pas une promenade de santé. Au bout d'à peine 2 km, King commença à rechigner et à tirer la langue. Comme il faisait chaud, le brun lui donna à boire et consentit à ralentir le rythme.

-Mais ce n'est pas possible, ce n'est pas comme ça que tu vas perdre ton gros ventre, souffla-t-il.

King le fixa avec incompréhension.

Sirius soupira et se dit qu'il en avait assez fait pour aujourd'hui. Ils prirent le bus pour le reste du trajet. Il avait pris rendez-vous avec le formateur canin et King aurait sa première séance à la fin de l'été. D'ici là, il avait prévu de lui apprendre quelques nouvelles choses. Comme ne pas bouger, donner la patte, s'arrêter au passage piéton ou encore ne pas tenter de mordre quand il jouait.

Dans le bus, beaucoup fixèrent son chien. Du moins, c'est ce que préféra se dire Sirius. Il ne voulait pas penser qu'on regardait dans leur direction à cause de tout ce qui s'était dit lors du procès des Black. Se sentant oppressé, ils descendirent un arrêt plus tôt et marchèrent. King ne se plaignit pas. Il avait dû retrouver ses forces.

Comme les animaux étaient interdits dans le café, Sirius patienta à l'extérieur le temps que le châtain termine son service. Les minutes passèrent et Sirius sentit la nervosité le gagner. Il avait l'impression d'être venu voir Remus sous un motif fallacieux. Ils avaient recommencé à se fréquenter comme avant et à présent qu'il avait retrouvé une place à ses côtés, Remus lui manquait à chaque instant. Leurs discussions interminables lui manquaient, le rire gêné du châtain lui manquait tout autant que son amour du chocolat, la façon qu'il avait de se montrer bavard dès qu'une situation lui échappait. Remus pouvait aussi se montrer taquin et l'engueulait dès qu'il dépassait les bornes. La manière qu'il avait de le rassurer ou de soupirer quand il ne comprenait pas lui plaisait. Sirius était toujours amoureux du châtain et à présent qu'il allait un peu mieux, il se demandait si un avenir commun était vraiment possible.

Remus avait déclaré que c'était également ce qu'il souhaitait... mais comment faire pour être de nouveau ensemble après s'être fait autant de mal ?

Par réflexe, la main de Sirius chercha la tête de King. Celui-ci se laissa cajoler avec joie et le brun sourit. Cela faisait moins de deux semaines qu'il avait accueilli l'animal mais la connexion entre eux était grande. Il se sentait bien en sa présence.

xXx

-Au revoir, passe une bonne soirée, lança Remus à son collègue.

Severus se contenta d'un simple signe de la main avant de s'éloigner. L'ancien Serpentard avait eu la tête ailleurs toute la journée. Il était préoccupé et Remus n'avait pas réussi à l'interroger pour en savoir plus. Severus n'était pas du genre à s'épancher sur ses problèmes et Remus n'avait su comment lui proposer son aide sans se faire recaler. Quand il était comme ainsi, il était difficile de l'aborder. Remus espérait que ce n'était rien de grave et que demain, il irait déjà mieux.

En sortant du café, il entendit quelqu'un crier son nom. Il se retourna et sourit en voyant Sirius. Il était avec King et souriait comme il n'avait plus souri depuis longtemps. Remus s'empressa de le rejoindre mais King aboya, surprenant Remus.

-Désolé, il le fait toujours entendre quand il est content.

Le châtain caressa King qui agita la queue.

-Vous vous baladiez ?

-Oui. Du coup, je me suis dit qu'on pouvait venir te faire un coucou.

-C'est très gentil.

-Tu rentrais ? demanda Sirius avant de grimacer face à la stupidité de sa question.

-Oui, mais je peux vous accompagner un peu si vous n'avez pas fini votre balade.

-J'adorerais! Enfin, on… Non, je veux dire, c'est comme tu veux…

Sirius grogna et Remus essaya de ne pas rire.

-Désolé, c'est horriblement gênant, j'ai l'impression de ne plus savoir comment faire une phrase correcte. C'est plus facile de jouer les mecs cool quand on n'est pas tous les deux…

Ce que disait Sirius lui faisait plaisir. Il était troublé et c'était également son cas. Néanmoins, il savait qu'il ne devait pas s'emballer.

-Ça me fait plaisir de passer du temps avec toi. Et King, ajouta-t-il lorsque celui-ci aboya. Ne te sens pas nerveux, Sirius. Rappelle-toi, on a dit qu'on allait à notre rythme.

-Ouais.

Remus guida Sirius dans le quartier, lui présentant les petites pépites qu'il avait découvertes depuis qu'il travaillait à proximité. Beaucoup d'établissements étaient encore ouverts et face à tout ce monde, King commença à s'agiter. Le duo emprunta alors des rues moins fréquentées et apprécia les animations et spectacles de rues proposés. King fit ses besoins sur un trottoir et Sirius nettoya d'un coup de baguette magique. Ils discutèrent de l'examen que préparait Remus. Face à l'intérêt que portait le brun à son projet, Remus eut du mal à s'arrêter d'en parler.

-Désolé, je dois t'ennuyer avec tout ça…

-Mais non, au contraire, je trouve ça génial ! Dis-m'en plus! s'exclama l'ancien Gyffondor.

Remus se mordilla les lèvres, touché. L'intérêt de Sirius était sincère et c'était agréable à entendre. S'il ne faisait pas attention, Remus pourrait se laisser complètement submerger par ses sentiments. Alors qu'il s'apprêtait à interroger Sirius sur ses propres projets, quelqu'un lui attrapa brusquement le bras.

-On peut discuter ?

Remus resta coi quelques secondes face à Godran mais la douleur au bras lui permit de s'ancrer de nouveau dans l'instant présent. Il sentit Sirius prêt à intervenir et tenta de sourire au roux, de faire comme si tout allait bien pour ne pas inquiéter le Maraudeur. Heureusement, Godran le lâcha sans qu'il n'ait besoin de le lui demander.

-Je n'en ai pas pour longtemps, s'excusa Remus.

-Est-ce que ça va aller? s'inquiéta Sirius.

-Bien sûr!

C'était un mensonge. Rien que de devoir refaire face à l'infirmier était difficile. Il se rappelait cette soirée désastreuse et la manière dont elle s'était finie. Il avait honte, mais surtout, il était en colère. Il aurait aimé ne plus jamais le revoir.

-Je peux te laisser si tu veux. Je t'ai suffisamment retenu, lança Sirius.

-Non, il souffla. Reste, s'il te plait.

Le brun le regarda étrangement et Remus se détourna. Il avait suffisamment fait attendre l'infirmier.

-C'est qui ? Il est canon, siffla-t-il.

Remus prit une grande inspiration. Il lui fallait garder son calme.

-Tu voulais me parler d'un sujet important, je suppose ?

-Tu as parlé à ton père ? Tu sais les ennuis que j'ai eus à la suite du scandale qu'il a tapé sur mon lieu de travail !?

Remus n'était pas serein. Godran était énervé et il le sentait prêt à exploser à tout moment. Une partie de lui pouvait comprendre sa colère mais il devait la faire taire et ne pas se faire avoir une fois de plus. Godran avait été lourdement insistant avec lui puis avait fini par le frapper lorsqu'il avait dû le repousser. Remus savait qu'il n'aurait jamais dû aller à ce rendez-vous, mais il fallait que l'infirmier comprenne qu'il avait commis un acte horrible et qu'il était bien chanceux que Remus préfère en rester là.

-Je ne pensais pas que mon père agirait ainsi. Je suis désolé, il ne te causera plus d'ennuis. Je lui ai dit que ce n'était pas aussi grave qu'il l'imaginait, tempéra-t-il.

Dire cela lui écorchait la bouche. Il n'en pensait pas un mot. Néanmoins, tout ce qu'il voulait était passé à autre chose et que Godran disparaisse de sa vie. Et plus que tout, il ne voulait pas se donner en spectacle devant Sirius.

-Qu'est ce qui t'a pris en premier lieu d'aller lui raconter ça ? Tu n'es pas un gamin, comporte-toi en adulte et arrête de vivre dans les jupons de ta mère! s'agaça le roux.

Remus encaissa difficilement la critique. Godran avait toujours été ainsi. Il l'avait souvent complimenté pour le tacler derrière, soufflant le chaud et le froid.

-La façon dont je mène ma vie ne te regarde pas, répondit le châtain.

-Tu rigoles, j'espère ? Ça impacte ma vie personnelle et professionnelle! Alors que pendant ce temps-là, tu prends du bon temps à ce que je vois. C'est Sirius Black, non ?

Remus jeta un coup d'œil derrière lui. Il croisa brièvement le regard de son ami avant que celui-ci ne se détourne et ne fasse semblant d'être occupé.

-Si tu n'as rien de plus à me dire, je vais y aller.

-Non, attends !

Godran lui attrapa le bras.

-Écoute, je suis désolé, je sais que je suis allé trop loin ce soir-là. Mais il n'y a pas de quoi en faire un drame.

-Tu m'as frappé parce que je t'avais repoussé, souffla Remus.

Il se sentait nerveux et avait envie de mettre fin à cette conversation.

-Oui et je m'excuse. Tu ne vas pas pleurer quand même. Tu es un mec, passe à autre chose.

L'infirmier se gratta la joue.

-Je me suis excusé et si tu me dis que je ne vais pas avoir d'autres ennuis à cause de ton père, ça me va.

Remus avait envie de lui dire que non, ça n'allait pas. Qu'il le dégoutait et qu'il était terriblement en colère contre lui. Et puis, il se remémorait qu'il ne voulait pas faire de vague. Godran avait raison, il n'allait pas faire des histoires à cause d'un simple coup. De quoi aurait-il l'air s'il se plaignait? Cela donnerait l'impression qu'il ne pouvait pas régler une simple broutille. Ils devaient régler cette histoire comme des adultes, comme des hommes.

Il s'éloigna du roux sans répondre et passa à côté de Sirius sans s'arrêter.

-Remus ? s'étonna le brun.

-Désolé... je suis un peu fatigué, je vais rentrer finalement.

-Euh... Oui, désolé de t'avoir retenu si longtemps. Est-ce que ça va ?

Sirius regarda Godran qui s'éloignait, une expression étrange sur le visage.

-Oui, tout va bien. C'est juste que la journée a été longue et j'ai encore beaucoup à faire avant demain.

Il se passa une main dans les cheveux avant de saluer Sirius et de s'en aller.

xXx

Regulus n'arrivait pas à expliquer son état.

Un medicomage lui avait fourni des potions relaxantes et autres médicaments pour se débarrasser de sa fatigue et de ses maux de tête. Il n'avait pas trouvé d'explication à son état, si ce n'était le contre coup des derniers jours qui avait été plutôt éprouvant. Son corps avait besoin de repos.

Regulus ne comprenait pas. Il revenait de vacances et était excité à l'idée d'enfin partir rendre visite à des Vélas. Il n'était pas stressé ni fatigué. En plus, les potions n'avaient qu'un faible impact sur lui. Elles mettaient longtemps à agir et les migraines finissaient toujours par revenir. James lui avait dit qu'il devait être patient. Après tout, il ne les prenait que depuis un jour...

Il écrivait dans son journal quand il y pensait et s'en sentait la force. Le reste du temps, il se reposait, flânait avec James, comme aujourd'hui. Seul dans sa chambre, il se réveillait doucement d'une longue sieste. Il entendit la porte de sa chambre s'ouvrir doucement et sut immédiatement qui faisait intrusion dans son espace personnel.

Regulus sentit un souffle chaud sur sa nuque. Il frissonna de froid avant de sentir son corps chauffer. Un soupir lui échappa et il tenta de retenir le drap qui glissait lentement de son dos, dévoilant sa peau pâle. Il sourit, à présent réveillé, et ouvrit les yeux lorsque James posa un baiser sur ses épaules.

-Qu'est-ce que tu fais? lui demanda-t-il d'une voix rauque.

-Je veille sur toi, répondit son petit-ami.

Regulus ferma les yeux et profita du moment, de la chaleur du brun, de sa douceur et de son odeur enivrante.

-Et ta réunion?

-Elle vient de se finir. Sirius est sorti avec King. Toujours mal à la tête?

James passa ses bras autour de lui, nichant son visage contre son épaule. Ses mains juste à la lisière de son pantalon lui donnèrent chaud. À moins qu'il ne soit fiévreux sans même le savoir.

-Ça va mieux, mais ce n'est pas encore ça.

James sourit.

-Tu sais, si les potions ne marchent pas, je connais un autre bon moyen de faire passer les maux de tête…

-Qu'est-ce que c'est?

-Tu ne devines pas? le taquina James.

Si, Regulus pensait comprendre à quoi faisait référence James. C'était quelque chose qu'il avait déjà entendu lorsqu'il laissait traîner ses oreilles lors des sessions de travail de groupe de Harry ou lorsqu'il épaulait James lors des rédactions de ses articles. Le sexe était un très bon moyen de faire passer les migraines. C'était à la fois drôle et complètement fou.

James était irrésistible et voulait allier l'utile à l'agréable. Regulus avait-il envie de lui? Dix minutes plus tôt, il dormait, épuisé pour une raison inconnue. Et à présent, James le séduisait et faisait monter en lui les flammes du désir. Comment lui résister? Ils avaient pu se retrouver de manière charnelle lors de leurs vacances loin de Godric's Hollow et ils avaient beaucoup fait l'amour, s'étaient aimés.

Cela avait été comme des lunes de miel à vivre d'amour et d'eau fraîche, loin des soucis.

-Regulus, souffla James.

Le brun frissonna. Cela lui faisait toujours le même effet lorsque James murmurait ainsi à son oreille. Il sentit la main de son petit-ami se balader, caresser son ventre, mais elle n'allait jamais trop bas. Il se tourna vers lui et l'attira pour échanger un long baiser. James passa ses bras dans son dos, se colla à lui. Regulus ne put réfréner son désir lorsque le corps plus lourd de James épousa le sien. Il pouvait sentir, malgré le drap, la force du désir du brun.

-Qu'est-ce que tu me fais faire, rigola-t-il.

-C'est parce que j'ai besoin de ma dose de Mini-Black. Ne te plains pas, tu dis toujours que je ne prends pas assez d'initiative.

Effectivement, Regulus n'allait pas le lui reprocher. Malgré son manque d'expérience, Regulus était souvent celui qui entamait les rapprochements, qui faisait clairement comprendre à James qu'il avait envie de lui. James était plus prudent. Il était parfois gêné, comme s'il craignait de mal faire. Un jour, Regulus lui avait demandé pourquoi. Il craignait qu'à chaque fois qu'ils s'embrassent, ils se touchent, James ne pense à Rosier et à ce qu'il lui avait fait. Regulus ne voulait pas que James prenne des pincettes ni ne le traite éternellement en victime.

Mais il s'était trompé. James avait juste été égal à lui-même dans sa réponse.

«Je suis toujours comme ça quand je suis amoureux. Quand tu aimes la personne, tous tes gestes prennent une autre dimension. Je me sens juste fébrile.»

C'était vraiment un beau parleur, mais Regulus le comprenait. Il ressentait la même chose.

-James, gémit-il. Plus, s'il te plait.

Regulus tenta de retenir sa voix lorsque James lui mordilla le cou. Il était impatient, excité et effectivement, il ne pensait plus du tout à son mal de tête.

-Plus quoi? rigola James.

-Tu sais très bien de quoi je parle.

Regulus fit basculer son petit-ami. Il monta à califourchon sur lui, bougea légèrement et sourit en sentant James se tendre. Il se pencha pour l'embrasser, balançant les hanches et tira sur le haut du brun. Il était temps de passer aux choses sérieuses.

-Je crois que je commence à voir de quoi tu parles. Mais si tu me montrais, peut-être que ce serait encore plus clair…

-Tu es vraiment un allumeur!

-J'assume totalement.

Regulus sourit. Il était à l'aise avec James en toute circonstance. Il ne se sentait pas jugé, pas forcé, c'était un moment de partage où il laissait parler son désir.

Regulus se concentra pour ne pas céder trop vite aux provocations de son chéri. Il voulait que James cède avant lui, qu'il s'engouffre dans le plaisir et le supplie de l'emmener à la jouissance. Il savait très bien comment s'y prendre.

Il caressa le plus vieux par-dessus son pantalon, arrachant des gémissements d'anticipation au brun. Il le regardait. James ne le quittait jamais des yeux. Il était attentif à ses réactions, à sa conduite. Il s'assurait en toute circonstance que tout allait bien pour Regulus.

Regulus se délecta des réactions du Maraudeur et quand il le sentit prêt à craquer, il se saisit de son membre, accélérant ses mouvements.

-Ça te plait? demanda-t-il.

James n'arriva même pas à répondre. Regulus s'arrêta, frustrant James qui était près de la délivrance.

-Tu es machiavélique, grogna le Maraudeur.

-Demande-moi de te faire jouir, sourit Regulus.

Alors que James allait se prêter au jeu, une porte claqua en bas avant que la voix de Sirius ne retentisse. Il hurlait de rage et fit instantanément retomber l'ambiance chargée de désir qu'il y avait entre le couple.

James se cacha le visage de dépit. Regulus roula sur le côté et tenta de ne pas sourire.

xXx

Regulus se massa un moment les tempes pour tenter de faire refluer sa migraine. Dès que Sirius élevait la voix, celle-ci s'aggravait. Et dire qu'elle avait failli s'évaporer quelques minutes plus tôt. Maintenant, en plus d'avoir mal à la tête, il était frustré et un peu énervé. Tout comme James, sans doute même plus que lui. Mais lui faisait l'effort d'écouter Sirius.

-Mais si, je t'assure que c'était lui ! Je l'ai su dès que j'ai vu sa tête de sournois!

-Et qu'est-ce qu'il voulait à Remus ?

-Je n'en sais rien, je n'ai pas écouté le début mais je crois que ça à avoir avec ce qu'il nous a dit la dernière fois. Je comprends tellement comment son père a pu disjoncter face à lui. Tu verrais comment il parle à notre Remus!

-Et Moony n'a rien dit ?

-C'est à peine si l'autre lui laissait le temps d'en placer une ! À l'écouter, ce n'était rien du tout et Remus en faisait beaucoup trop. Tu m'étonnes qu'il nous ait sorti ce discours la dernière fois!

Sirius hurlait tant sa rage était grande et Regulus se massa les tempes. Il ne comprenait pas la moitié de ce qu'il disait. Que s'était-il donc passé avec Remus?

-Alors ça y est, tu es devenu fou ? marmonna-t-il. Arrête de hurler, je ne comprends rien.

James rigola.

-Tu ne peux pas comprendre, souffla son frère.

-Effectivement. J'ignore quelle langue c'était mais quand elle aura atteint un niveau de civilisation acceptable, tu me le diras.

Sirius était si agacé qu'il ne chercha pas à lui répondre. Regulus en était satisfait.

-Un roux en plus! Encore! Mais pourquoi?!

Sirius se frotta les cheveux, il semblait prêt à se les arracher. Regulus trouvait qu'il exagérait mais c'était souvent le cas lorsqu'il s'agissait de Remus. Son frère jouait le mec indifférent et cool devant le châtain pour venir se plaindre et grogner auprès d'eux. Il parlait en énigmes et donnait des demi-informations, de quoi perdre l'intérêt que Regulus portait à cette histoire.

Il préféra changer de sujet sinon son frère allait être en boucle toute la journée.

-Severus viendra me rendre visite demain.

Il se racla la gorge devant le regard sombre de son frère.

-Je compte sur vous pour bien vous conduire, ajouta-t-il alors.

-Mais pour qui tu nous prends ? s'offusqua James. Nous sommes toujours adorables !

-Vous avez également interdiction d'écouter aux portes.

-Pourquoi on ferait ça ? Je suis sûr que vos discussions sont chiantes comme la mort, ricana Sirius.

-Et encore, ajouta James.

Le duo partit dans un grand éclat de rire. Regulus souffla de lassitude et alla se prendre un verre d'eau dans la cuisine. Il s'installa dans le fauteuil du salon et ferma les yeux le temps que la douleur aiguë passe. Il se massa encore la tête et souffla.

-Tu as toujours mal ? s'inquiéta James.

-Non, ça va, mentit-il.

-Tu devrais reprendre ta potion.

-C'est déjà fait.

James vérifia que Sirius était occupé à caresser King et à marmonner contre un certain roux pour se pencher vers son petit-ami.

-On pourra toujours reprendre où on en était tout à l'heure. Ça se trouve, ça va vraiment t'aider à faire passer ta migraine.

Regulus réagit à peine. L'envie lui était passée et il se sentait vraiment fatigué.

-Je n'aime pas te voir comme ça…

James l'enlaça par-derrière et déposa un baiser sur sa tête.

-Sirius s'est calmé? demanda Regulus.

Il ne l'entendait plus râler. Il ne devait plus être dans le séjour, mais probablement dans le jardin avec King ou dans le garage pour bricoler sa moto volante.

-Pour quelques minutes seulement.

-C'est quoi cette histoire?

James sembla mal à l'aise.

-C'est compliqué et je ne suis pas sûr que Remus ait envie que ça se sache.

Les mots de James l'inquiétèrent. Il était curieux et se demandait à quel point ça pouvait être grave. Lui qui avait d'abord pensé que c'était simplement son frère qui exagérait. Une affaire de jalousie non assumée ou une affaire similaire. Il aurait aimé en savoir plus, ne serait-ce que pour savoir si tout allait bien pour le châtain. Mais il se sentait si mal qu'il n'avait pas la force d'insister.

-Je pense que petit à petit, ça s'arrange pour Sirius et Remus. Du moins, s'il ne fait pas n'importe quoi concernant cette histoire qui l'énerve tant.

-Pardon? fit Regulus.

Il avait à peine écouté ce que James venait de dire.

-Remus a eu une sorte de dispute avec quelqu'un, résuma-t-il. Sirius veut s'en mêler parce qu'il pense que l'autre n'a pas suffisamment payé.

-Ça me rappelle quelqu'un.

Regulus n'avait pas pu contrôler sa pique. Heureusement, James ne s'en offusqua pas.

-Je l'ai mérité, admit-il. En tout cas, Remus n'a pas envie qu'on s'en mêle. J'espère que Sirius ne fera pas la même connerie que moi.

-C'est un adulte, c'est important pour lui qu'on écoute son avis, surtout lorsqu'il est le principal concerné.

-Hum.

James vint s'installer près de lui et caressa ses cheveux pour faire passer sa migraine. Le médicomage passerait à nouveau le lendemain matin. Regulus espérait qu'il lui donnerait des potions et médicaments plus forts. Il n'avait jamais eu de maux de tête pareils. Il ne comprenait pas pourquoi il souffrait ainsi et espérait simplement que cela se termine très vite.

-Tout va bien avec ton magazine ? demanda-t-il pour tenter d'oublier la douleur. Tu ne m'as pas trop parlé de votre réunion.

-On a parlé du dernier numéro de Harry. Et figure-toi qu'il s'est autant vendu que le 1er et le 2e. Nos abonnements ont également augmenté de 18% !

-C'est génial, tu dois être content. Vous avez fait un beau travail.

-Je suis heureux et j'ai eu plein de retours positifs, notamment des victimes qui ont voulu témoigner. Mais je ne sais pas, j'ai l'impression qu'il y a un truc qui ne va pas.

Regulus se tourna pour lui jeter un coup d'œil.

-Quoi donc ?

James se passa la main dans les cheveux.

-Je trouve le silence des Rosier étonnants. Je veux dire, j'avais osé dire deux ou trois trucs pas sympas sur lui lors de la cérémonie d'hommage de Poudlard et on en avait fait toute une histoire et là, rien. J'ai l'impression qu'ils vont me tomber dessus au moment où je m'y attendrais le moins.

-C'est vrai que je ne pense pas qu'ils resteront longtemps sans rien faire alors que tu salis la mémoire de leur fils.

-Je ne salis pas sa mémoire, je dis la vérité.

-Est-ce que Harry a un service juridique ? éluda Regulus.

-Non.

-Tu devrais peut-être y penser. Tu serais paré en cas de pépin ou d'attaque judiciaire. Même pour toi, ce serait plus simple. Tu saurais ce que tu as le droit de faire et les articles qui pourraient te valoir des ennuis. Parce que même si c'est un magazine positif, éducatif et drôle, tu ne peux pas faire tout ce que tu veux.

James fronça les sourcils, réfléchissant à la question.

-Tu as raison.

Il sourit et s'approcha pour embrasser son petit-ami.

-On fait une super équipe toi et moi ! Moi, j'ai les idées et je les applique, toi tu t'occupes de tout le reste !

Regulus leva les yeux au ciel.

xXx

Nott observait avec angoisse son père faire les cent pas devant lui. Sa mère était toute aussi anxieuse, mais le cachait avec beaucoup plus de difficultés. L'ancien Serpentard avait rarement vu son père dans cet état. Il avait toujours tout fait pour que celui-ci soit fier de lui et n'ait rien à lui reprocher. Il avait tant fait pour obtenir sa reconnaissance sans l'obtenir. Tout comme son propre père avant lui, son père avait été incapable de faire preuve de tendresse envers sa progéniture. Sa mère quant à elle était une femme effacée qui n'osait pas contredire son mari.

Nott senior avait toujours tenu un discours très cru et misogyne. L'ancien Serpentard n'avait fait que recevoir ses idées et les appliquer. Il ne pensait pas que toutes les femmes ne valaient rien, mais sa mère n'était pas un exemple de réussite. Et si son père les trouvait potiches et seulement bonnes pour satisfaire les hommes, c'était bien pour une raison. De plus, tous les postes importants étaient occupés par des hommes. Sans oublier que les femmes avaient un salaire plus faible. Ce n'était pas quelque chose d'étonnant, ça avait toujours été ainsi et personne ne s'en plaignait. Les femmes aimaient rester à la maison pour dépenser l'argent de leur mari. Nott se demandait ce qu'elles pouvaient bien faire de si éreintant car avec un elfe de maison, leurs tâches s'en retrouvaient grandement diminuées.

Le jeune homme avait appliqué avec soin les idées de son père, tentant de l'imiter pour attirer son attention. En vain. Les Nott n'avaient eu un fils que par devoir. Le sorcier avait appris à vivre avec l'idée de ne jamais avoir été désiré.

Il avait pensé pouvoir s'épanouir à Poudlard, grâce à son nom, son statut et son talent. Mais cela n'avait pas marché. Chez les Serpentard, Evan Rosier lui avait volé toute la lumière. Même Severus avait fait plus parler de lui, bien que ce ne soit pas en des termes élogieux. Evan avait toujours tout eu. L'attention, la fierté de ses parents, les conquêtes les plus convoitées, les meilleures notes et une place dans l'équipe de Quidditch.

Avant qu'il ne s'en rende compte, Nott avait fini dans son ombre. Il s'était senti misérable. De plus, il savait que malgré l'admiration qu'il avait pu avoir pour le blond, celui-ci l'avait en vérité toujours méprisé, considéré comme un faire-valoir.

Alors oui, un jour, il avait laissé parler sa rage, sa rancœur et ses pires intentions. Mais Pamela était une petite intrigante qui couchait avec tout le monde. Elle ne comptait pas ! Il ne comprenait pas pourquoi elle n'abandonnait pas et ne se cachait pas. N'avait-elle pas honte ?

À cause d'elle, sa vie devenait infernale !

Après la parution de son témoignage dans le magazine Harry, des rumeurs avaient commencé à monter à son sujet. Nott junior avait été convoqué à plusieurs reprises dans le bureau des directrices de Poudlard pour des mises au point et notamment pour lui notifier qu'il lui était conseillé de ne plus approcher la blonde. C'était si aberrant! Il avait été déclaré non coupable, de quoi se mêlaient-elles !?

Mais ce n'était pas tout. Depuis peu, le cercle proche de la famille commençait à chuchoter à son sujet. Des associés de Nott senior avaient déclaré prendre leur distance, ne voulant pas être entachée par cette sombre histoire.

C'était pour cette raison que son père était hors de lui.

-Ça ne peut pas être vrai, tenta la mère de famille. Il faut juste attendre un peu et les gens passeront à autre chose…

-Le procès des Black n'a pas réussi à étouffer cette histoire ! s'agaça le père. Les récentes révélations sur Rosier n'ont fait que les remettre en avant !

Nott junior croisa les bras sur son torse. Il avait lu comme tout le monde les dizaines de témoignages sur Rosier. Le moins qu'il puisse dire, c'était que c'était un salopard de première. Lui était presque un ange à côté. Il avait toujours pensé que contrairement à lui, son ami n'avait jamais franchi la ligne rouge, qu'il n'avait rien à se reprocher. Il s'était trompé. La seule chose qui le rassurait dans l'histoire était de savoir que sa famille n'était pas la seule dans la tourmente. Mais ça restait tout de même une maigre consolation.

-C'est lui qui t'a perverti ?! Il t'a entrainé dans ses histoires et tu as fini par te dire que tu pouvais violer une fille dans les couloirs de l'école sans que ça n'ait de conséquences un jour?! Mais à quel point es-tu stupide ?!

Nott senior se précipita sur son fils, enragé, pour le frapper. Sa mère eut un hoquet de stupeur et Nott junior un mouvement de recul. Heureusement, le père de famille s'arrêta à temps. Il prit une grande inspiration pour retrouver son calme.

L'ancien Serpentard eut envie de répliquer que Rosier n'y était pour rien. Tout ce qu'il était, il le devait à son père.

-Je ne l'ai pas violée, jeta Nott. Elle n'arrêtait pas de me tourner autour et a changé d'avis au dernier moment. C'est tout.

Sa mère lui jeta un regard glacé et Nott junior ne sut comment l'interpréter.

-Tais-toi, ne dis pas un mot de plus. On va demander un rendez-vous à cette moldue et à son avocat, on va essayer de passer un marché.

-Tu comptes acheter son silence ? s'enquit la mère de famille.

-Bien entendu, que veux-tu faire d'autre ? Quant à toi, fit-il en pointant du doigt son fils. Prie Merlin pour que ça marche car si ce n'est pas le cas, je t'enverrais à l'autre bout du monde pour que tes bêtises ne me portent pas plus préjudice.

Le père de famille quitta la pièce dans une grande envolée de cape et Nott se laissa retomber sur le canapé, épuisé. Sa mère vint près de lui et tenta de le rassurer avant qu'il ne la repousse, agacé.

xXx

Severus ne s'était jamais senti aussi gêné. Pourtant, c'était un sentiment qui lui était plutôt familier. Il l'avait expérimenté pendant ses années à Poudlard et avait développé des techniques pour traverser ses différents tourments avec succès. Mais aujourd'hui, c'était différent. Il s'agissait d'une situation qu'il ne pouvait pas fuir et il se posait trop de questions pour se contenter d'attendre en espérant qu'elle se règle d'elle-même.

Il était sûr que c'était impossible.

Depuis sa prise de conscience quant à son manque de désir sexuel pour Lily, Severus s'était posé beaucoup de questions. Il savait qu'un garçon de son âge était bourré d'hormones et que s'ils ne pensaient pas tout le temps au sexe et aux filles, ça n'en était pas loin. Ça n'avait jamais été trop son cas mais pendant longtemps, l'ancien Serpentard avait attribué ce manque d'intérêt au respect qu'il avait pour Lily. Et puis, il y avait eu ces quelques rares fois où il avait fait l'amour avec Pamela. Il avait aimé ça, enfin il croyait. Rien n'avait bloqué au moment fatidique. Mais n'était-ce pas parce que Pamela l'avait guidé et que cela l'avait rassuré?

Il était perdu et ne savait pas quoi faire. Il n'osait pas en parler avec Lily. Et si elle lui reprochait son manque d'initiative ? Ou alors qu'elle lui déclare ne pas du tout être physiquement attirée par lui ? Ou alors que, tout comme Pamela, elle prenne les devants et initie un rapprochement... Cette idée excitait Severus autant qu'elle l'angoissait. En toute honnêteté, il n'était pas contre le fait d'aller plus loin avec sa belle, mais ce plus loin ne serait jamais ce qu'avait les autres couples. Pour l'instant, sa relation telle qu'elle était allait au brun et il ne savait pas si ça changerait un jour.

Il se sentait étrange. Il avait l'impression de manquer de virilité à cause de son manque d'entrain sexuel. Il avait le sentiment que quelque chose clochait chez lui. Il ne pensait pas que Regulus était forcément de bons conseils, mais il préférait se confier à un homme plutôt qu'à une femme, plus susceptible de le comprendre. Pamela était une bonne amie et son interlocutrice privilégiée pour ce genre de sujet mais si cette fois-ci, Severus avait choisi Regulus. C'était d'abord une question d'égo. Avouer à une femme son problème le gênait. Mais aussi parce que le Serpentard sortait avec un idiot de lion qui s'avérait gérer un magazine sur la sexualité.

Habituellement, Severus ne lisait pas Harry. Comme tout le monde, il avait reçu le 1er numéro du fameux magazine et avait fait semblant de ne pas s'y intéresser avant de le lire une fois seul. Il espérait que dans les autres numéros sortis, il trouverait une réponse à ses questions. Et surtout, que Regulus pourrait lui prêter des exemplaires.

Ce fut James Potter qui lui ouvrit la porte de sa grande demeure. Severus marmonna une salutation à laquelle James répondit avec le sourire.

-Si on m'avait dit un jour que Severus Snape viendrait chez moi! Et qu'en plus, je le laisserais entrer !

-Ce n'est pas toi que je viens voir.

-Je le sais. Et heureusement, on n'aurait rien à se dire.

James se décala pour le laisser entrer.

-N'embête pas trop Regulus avec tes histoires, il est malade.

Severus ne lui répondit pas et monta dans la chambre du Serpentard. En voyant son ami, celui-ci ne put que constater son état inquiétant.

-Ce n'est pas contagieux au moins ?

Regulus soupira, mais Severus se devait de demander. Le plus âgé observa la chambre de son ami. C'était la première fois qu'il y entrait et le moins qu'il puisse dire, c'était qu'elle était jolie. Elle était très grande et pourtant Regulus ne semblait toujours pas avoir assez de place pour toutes ses affaires. C'était étonnant sachant que lorsqu'il avait fui avec son frère, il n'avait pas pris grand-chose.

-J'espère être en forme bientôt. Je ne peux pas laisser un simple mal de tête gâcher parmon excursion chez les Vélas.

Severus esquissa un sourire.

-Va voir un médecin.

-C'est déjà fait.

Severus avisa alors les potions de soin sur la table. Il en prit une et la décortiqua.

-Je reconnais celle-ci, elle est normalement très efficace. Tu devrais très vite te porter comme un charme.

-J'espère, je ne ressemble à rien du tout.

Regulus passa une main dans ses cheveux et ferma brièvement les yeux. Lui et Severus n'avait pas la même vision de ce rien du tout, mais ce n'était pas étonnant.

-Installe-toi et dis-moi ce qui te trouble autant, l'invita le Serpentard.

Severus avala difficilement sa salive, la nervosité l'empêchant d'être à l'aise. Il voyait son ami froncer les sourcils, attendant une réponse de sa part.

-Je... J'aimerais t'emprunter tous les exemplaires d'Harry que tu as. Si possible.

Il n'avait pas bégayé et en était assez fier. Il sentait son visage chauffer et était possiblement en train de rougir. Il comptait sur Regulus pour ne pas relever ce fait.

-Qu'est-ce qui te fait croire que j'en possède ?

Severus resta figé quelques secondes, déstabilisé. Il ne savait pas si Regulus le taquinait ou s'il était sincère. Mais ce n'était pas possible qu'il n'ait pas tous les exemplaires de ce magazine, son petit-ami en était le propriétaire ! Pourtant, s'il réfléchissait quelques secondes, il ne voyait pas Regulus avoir ce genre de lecture, tout comme lui. D'autant plus qu'il avait très mal réagi lorsqu'il avait vu son témoignage contre Rosier sortir. Peut-être que si les deux hommes s'étaient réconciliés, Regulus n'avait pas pour autant envie de savoir ce que l'équipe de chroniqueurs de Harry y écrivait.

Lui qui avait pensé que ce ne serait qu'un mauvais moment à passer… Il s'avérait que ce serait plus long et embarrassant que prévu. Il était même possible qu'il ne ressorte pas avec ce qu'il était venu chercher.

-Ton copain possède Harry et tu vas me dire que tu n'as aucun numéro ?

Regulus eut une expression surprise avant de se reprendre et de croiser les bras.

-Qu'est-ce que tu racontes? Ne me prête pas une histoire avec James Potter s-

-Pas la peine de faire semblant. J'ai des yeux, Regulus. Et Potter s'en cache à peine. De toute façon, seuls ceux qui sont complètement gagas de lui peuvent le supporter.

Il fit semblant de vomir.

-C'est complètement stupide, rougit Regulus.

-Je m'en fiche, Regulus. Même si je ne l'apprécie pas plus que ça, je ne peux que lui accorder le fait que c'est plutôt une bonne personne.

Regulus se laissa tomber sur son bureau, encaissant ses mots. Severus n'aurait pas pensé le voir si troublé. Il ne voyait pas le problème au fait de savoir que le Serpentard était en couple avec le lion. Mais pour Regulus, cela paraissait plus problématique.

-Je suis désolé, je ne savais pas que c'était un sujet sensible.

-Non, ce n'est pas ça, le détrompa son ami.

Le plus jeune tritura ses doigts.

-C'est juste que c'est la première fois qu'on m'en parle si naturellement, ça me fait bizarre. J'ai nié par réflexe et ta réaction m'aide à comprendre que je n'ai pas besoin d'angoisser. Je crains toujours de mettre James dans l'embarras. Ma réputation est déjà entachée, mais je voulais préserver la sienne.

Severus pouvait comprendre son cheminement de pensée.

-Tu sais, je pense que Potter s'en fiche. S'il en avait quelque chose à faire de son image, il ne parlerait pas d'érection et de poils dans son magazine.

Severus esquissa un sourire.

-Si tu as vraiment besoin d'information, je peux demander à James de m'en prêter, il en a forcément.

-Est-on obligé de passer par lui ? grogna Severus.

-Je ne peux pas les lui voler, je ne sais même pas où il les range. Ou alors je peux demander à Sirius, tenta-t-il.

Severus eut une expression entre le choc et le dégoût.

-Pas la peine de faire cette tête. Sirius posera moins de questions que James.

-Laisse tomber, c'était une mauvaise idée.

Severus soupira et fit quelques pas dans la pièce, se maudissant d'être venu.

-Si tu me disais ce que tu veux savoir, je peux peut-être t'aider. Si tu veux emprunter un magazine, je présume que ça concerne ta vie intime ? Tu sais que tu peux également trouver quelques ouvrages intéressants dans des librairies. Ou encore demander à un ami. J'essaierai de t'aider du mieux que je peux.

L'ancien Serpentard ne voyait pas ce que son ami pouvait faire pour lui. Lui-même ignorait exactement ce qu'il cherchait. Sans doute savoir s'il était normal. Son absence de désir était peut-être passagère. Il voulait juste être sûr d'être normal...

-C'est plutôt personnel, commença-t-il.

Regulus ne changea pas d'expression.

-Tant que tu m'épargnes les détails, je devrais survivre.

On toqua à la porte et Severus, qui s'apprêtait à parler, poussa un ouf de soulagement.

-J'ai apporté du thé. Vous m'en direz des nouvelles! J'ai changé ma recette, il y a un petit truc en plus et c'est divin!

-Je ne t'ai pas autorisé à entrer, le réprimanda Regulus.

James eut une mine penaude et en les voyant, Severus se demanda comment Regulus pouvait penser qu'ils étaient discrets.

-Ça fait tellement longtemps que tu es là, Snape, je me suis dit que vous deviez avoir soif. Bois donc avant de partir.

James tendit un verre à l'ancien Serpentard et Severus le prit, mal à l'aise. L'héritier des Potter le mettait-il dehors? Il voulait que Regulus se repose, mais cela ne faisait pas 30 minutes qu'il était là.

-A quoi tu joues ? Severus est mon invité, s'agaça Regulus.

-Sirius ne devrait pas tarder à rentrer. Si tu ne veux pas tomber sur lui et son énorme chien, il est encore temps de partir, Snape, l'ignora James.

Regulus lui lança un regard noir et Severus ne dit rien. Il avala quelques gorgées de son thé, appréciateur. Il était très bon. Il reconnaissait le goût du miel. Il sourit en pensant que James Potter occupait son temps libre à écrire des livres cochons et à améliorer ses recettes de thé. Il semblait avoir pris en maturité et s'être assagi depuis qu'il avait arrêté Poudlard.

-De quoi vous parlez pour que ce soit aussi long ? Je suis curieux.

-J'aimerais t'emprunter les derniers numéros d'Harry. J'aimerais me faire une idée du contenu et de sa pertinence avant de savoir si je dois m'abonner.

Severus ne voulait pas avoir l'air d'un lâche ou alors d'une personne qui n'assumait pas. C'était pour cette raison qu'il était hors de question de passer par Regulus. De plus, James n'était pas idiot au point de ne pas comprendre que si jamais Regulus lui faisait une telle demande, c'était forcément pour un ami.

Mais surtout, il doutait que Regulus soit capable de trouver une excuse suffisamment crédible. Severus voulait partir au plus vite avec son précieux sésame.

-Oh, tu voudrais un traitement de faveur! Eh bien, avant j'aurais dit non, mais pour Lily, je vais dire oui !

-Pour Li-Lily?! s'étrangla Severus qui craignait d'avoir été découvert.

-Tu sors avec elle, je trouve ça bien que tu veuilles t'informer pour ne pas faire n'importe quoi. Ça se trouve, elle sera aussi intéressée par ce qu'on raconte là-dedans. Je vais chercher ça.

James s'éclipsa et Severus soupira.

-Ce n'était pas si difficile que ça, n'est-ce pas ? le taquina Regulus.

Severus n'en était pas sûr, il avait l'impression d'avoir perdu quelques années de vie.

-Je vais te laisser dès qu'il m'aura transmis les exemplaires qu'il a. Repose-toi, on se verra plus longuement et autre part quand tu iras mieux.

-Tu n'es pas obligé de partir à cause de lui ni de Sirius. Je ne comprends pas pourquoi tu l'as autant en horreur.

-C'est une plaie et il m'horripile.

-Tu ne comprends pas son humour, répliqua le Serpentard.

-Il ne comprend pas le mien non plus.

Regulus haussa les épaules.

-J'en informerai Barty. Et Erd, je suis sûr qu'il aura plein d'anecdotes à nous raconter.

Severus sourit.

-Pourquoi pas.

xXx

-Il parait que j'ai loupé Snape. Quel dommage, rigola Sirius, pas du tout sincère.

Il vit son frère se prendre la tête dans les bras et tenta de ne pas s'en faire. Le medicomage était passé plus tôt dans la journée, il avait refilé de nouveaux médicaments à Regulus. Naïvement, l'aîné avait envie de penser que ce n'était plus qu'une question d'heures avant que son frère ne soit de nouveau sur pied. Ce n'était qu'une migraine et de la fatigue, Regulus n'était pas en sucre. Ça irait.

-James m'a dit qu'il a emprunté des magazines.

Il fit une grimace.

-À présent, je vais devoir vivre avec l'idée que Severus Snape a une vie sexuelle…

-Personne ne te demande d'imaginer ça.

-Encore heureux! Je l'ai fait de manière complètement involontaire pendant une seconde. Une seule seconde, je le jure, et j'ai compris à quoi devait ressembler le premier cercle de l'enfer! Crois-moi, je suis à présent déterminé à me conduire de manière irréprochable pour éviter de subir une seconde fois ce châtiment.

-C'est à cause de ça que Severus ne te supporte pas, râla Regulus.

Sirius rigola.

-Mais non, il m'adore. C'est comme ça qu'on communique lui et moi.

Son frère ne semblait pas convaincu mais il ne pouvait pas comprendre. Sirius s'installa sur le lit, juste à côté de la tête brune qui tentait de se cacher sous ses draps.

-Ça a été ta journée? Tu as pu sortir un peu de ton lit?

-Hum.

-Tu as mangé? continua-t-il.

-James s'est déjà chargé de me questionner. Je suis juste un peu malade, pas à l'article de la mort. Enfin, pas encore.

-Ne plaisante pas avec ça. On se fait du souci, tu n'as pas bonne mine.

-Ce n'est pas que ma petite santé qui me fait ça.

Regulus sortit sa tête du drap et regarda Sirius.

-Je pense à l'article de presse sur Walburga.

Sirius fronça les sourcils. Il mit quelques secondes avant de comprendre de quoi parlait son frère.

-Oh, la nouvelle de son exécution. Tu ne devrais pas t'en occuper. Maintenant que le procès est fini, on doit juste s'occuper de vivre nos vies.

-Ce n'est pas si simple, soupira le plus jeune.

Sirius observa son frère et sentit d'instinct que la conversation n'allait pas être simple. Regulus et lui avaient toujours eu des sentiments différents concernant leurs parents. Une fois de plus, c'était le cas. Si lui se fichait bien du sort de Walburga et Orion, Regulus était plus partagé. Il était vrai qu'apprendre que sa mère allait être exécutée devait sans doute faire un choc. Sirius aussi avait été surpris, mais passé la stupéfaction, il avait pu reprendre sa vie comme si de rien n'était. Il se fichait du sort de Walburga. Elle payait simplement pour tous ses crimes. Elle seule était responsable de ce qui lui arrivait.

-Pourquoi? Tu ne penses pas que c'est mérité? demanda-t-il.

-Ce n'est pas… je ne sais pas. Je ne m'attendais pas à ça. Me dire que je ne la reverrai plus jamais, pas parce que je l'ai décidé mais parce qu'elle n'est plus là, c'est différent.

Sirius se gratta la tête. Il devait trouver les bons mots.

-Je peux comprendre, enfin je crois. Tu sais ce que je pense et comment je me sens. Mais ce que tu ressens est aussi tout à fait légitime. Malgré ce qu'elle a fait, ça reste notre mère et ça veut quand même dire quelque chose.

-Je ne pensais pas que ça se terminerait comme ça. Une partie de moi se sent responsable.

-Tu ne devrais pas, ce n'est pas mon cas. Elle est la seule responsable.

Regulus se releva. Il fronça les sourcils en regardant son frère.

-Ça ne te fait rien?

-Non, répondit-il sans hésiter. Je te l'ai déjà dit après l'annonce du verdict. Que ce soit elle ou Orion, ils ne font plus partie de ma vie. Je suis indifférent à leur sort. Et si tu as besoin de plus de temps pour en arriver à ce stade-là, prends-le.

Sirius savait qu'il pouvait paraître dur. Regulus était plus sensible que lui, il était surtout perdu. Le voir avec un avis si tranché pouvait peut-être le freiner dans ses confidences. Il en eut la confirmation quand Regulus se recoucha, déclarant qu'il se sentait fatigué et avait besoin de plus de repos.

Sirius soupira, se demandant s'il n'avait pas mal fait.

xXx

L'avocat Delafray travaillait pour l'association Nous Toutes. Il s'agissait d'une association qui venait en aide aux femmes et aux mineurs victimes d'agressions sexuelles. Il y tenait une permanence deux fois par semaine et le reste du temps, il était à son cabinet. Cela faisait déjà quatre ans qu'il collaborait avec Nous Toutes et il n'avait pas eu beaucoup de succès. Il était difficile de gagner des affaires de violence conjugale ou de violence sexuelle. Il n'y avait pas beaucoup de preuves, les délais de jugement étaient longs et les accusés faisaient tout pour leur mettre des bâtons dans les roues.

Maître Delafray avait été content lorsque Pamela Alton l'avait recontacté pour lui faire savoir qu'elle désirait faire appel du jugement. La plupart des victimes n'avaient pas la force d'affronter un nouveau procès après un jugement défavorable. Il s'était empressé d'accéder à sa demande et attendait encore une date de procès. Il était décidé à faire accepter l'utilisation du véritasérum. Cette fois, il changerait d'angle et ne demanderait pas à ce que ce soit Nott junior qui l'ingurgite mais sa cliente, Pamela Alton. Ainsi l'accusé ne pourrait rien dire et la juge serait complètement convaincue par ce qu'elle dirait.

Il faudrait faire intervenir les mêmes participants que la dernière fois ainsi qu'un Auror. C'était un poste respecté et ils étaient réputés pour leur droiture. Il parlerait de l'enquête et témoignerait du sérieux de la sorcière qui avait toujours collaboré avec eux.

Bien entendu, cela ne serait peut-être pas suffisant pour faire condamner Nott, mais Denver ne voulait pas partir défaitiste. S'il partait perdant, comment pourrait-il garder l'étincelle d'espoir dans le regard des victimes qu'il accompagnait?

Aider les autres était une véritable vocation. L'association ne lui versait qu'un maigre salaire pour le travail qu'il effectuait. Heureusement, il s'en sortait bien avec le reste de ses affaires. De toute façon, ce n'était pas l'argent qui le motivait. Beaucoup de victimes n'osaient pas porter plainte, que ce soit par peur des représailles ou tout simplement parce qu'elles ne voyaient pas l'utilité. Peu d'agresseurs étaient condamnés.

Pamela Alton avait témoigné dans un tout nouveau magazine à succès et son histoire avait été mise en avant. La justice était scrutée pour savoir si pour une fois, elle serait à la hauteur. Un jugement favorable permettrait de convaincre d'autres victimes de parler.

Maître Delafray faisait beaucoup d'heures et avait la chance d'avoir une compagne compréhensive. Aujourd'hui, il était plus de vingt et une heures et il avait terminé tous ses rendez-vous. Il venait d'ajouter quelques éléments à un dossier et s'apprêter à rentrer chez lui. Soudain, on frappa à la porte de son bureau. Sa secrétaire était partie et il était seul. Il se leva, surpris d'avoir de la visite à cette heure si tardive.

D'un coup de baguette magique, il regarda à travers la porte devenue transparente qui pouvait être ce mystérieux visiteur. Ils étaient deux et il s'agissait de Nott Senior et de l'avocat qui accompagnait le fils de la famille lors du procès. Maître Delafray eut un mauvais pressentiment. Il ouvrit le tiroir droit de son bureau et prit une pierre décorative. Il l'avait faite tomber et en essayant de réparer les fissures, l'avait déformée. Sa femme lui en avait fait cadeau et plutôt que de lui avouer qu'il l'avait abimée, Maitre Delafray avait préféré faire comme s'il l'avait perdue. Sur le bureau, l'objet passerait complètement inaperçu. Il l'ensorcela alors pour qu'il enregistre la conversation qui allait se tenir.

On frappa une deuxième fois avec insistance et Maître Delafray se dépêcha d'ouvrir.

-Bonsoir, nous sommes désolés de vous déranger alors que vous semblez si occupé.

-Ce n'est rien. Que puis-je pour vous ?

L'avocat et son client se regardèrent.

-Nous aimerions avoir une petite discussion avec vous au sujet de l'affaire qui nous lie.

-Vous voulez parler de l'affaire qui concerne Mlle Alton ?

Maître Bull hocha la tête.

Maître Delafray les fit entrer et jeta un coup d'œil furtif à sa pierre décorative. Il n'était pas sûr de ce qu'il faisait mais quoi qu'il se passe, il était sûr que c'était mieux d'avoir une trace de cette rencontre.

-Je suis surpris de vous voir. Habituellement, nous échangeons par courrier. Y a-t-il un souci avec la demande de procès que Mlle Alton et moi avons faite?

-C'est exact, jeta Nott senior.

-Avant toute chose, nous espérons pouvoir compter sur votre discrétion, Maître Denver. Nous pensons qu'il est inutile d'encombrer une fois de plus les tribunaux. Nos clients ont suffisamment perdu de temps comme ça et il est cruel de faire espérer cette jeune femme pour rien.

-Nous aimerions passer un arrangement, révéla Nott Senior.

-Un arrangement ? répéta Maître Delafray. Je suis assez étonné. Quel arrangement souhaitez-vous passer ? Au dernier procès, votre client, Nott Junior clamait son innocence. En passant un marché, il se donnerait plus l'image d'un coupable.

Maître Bull esquissa un sourire. Maître Denver voyait clair dans leur jeu mais il préférait jouer les ignorants.

-C'est surtout pour vous que nous proposons ça. Vous aurez plus à gagner en collaborant qu'en vous acharnant dans un nouveau procès, expliqua son confrère.

-Je ne vois pas de victoire plus grandiose que l'enfermement d'un violeur de plus.

Nott senior grinça des dents.

-Inutile de jouer les moralisateurs. Si vous connaissiez le comportement frivole de cette jeune fille, vous comprendriez pourquoi mon fils a agi ainsi. Il affirme qu'au début, c'était consenti et qu'après, elle a changé d'avis. Elle a été découverte et au lieu d'assumer son libertinage, elle a préféré remettre la faute sur lui. Ce n'est qu'une catin, une sang-de bourbe. Elle n'est rien et je ne la laisserai pas couler mon fils.

Maître Delafray serra les poings. Il devait garder son calme et ne pas répondre. Il devait continuer de les faire parler.

-Excusez l'emportement de monsieur Nott. Cette histoire chamboule sa famille et a des répercussions terribles pour eux.

L'avocat se racla la gorge.

-Ce que nous vous proposons est une somme d'argent conséquente en échange de l'abandon des poursuites.

-Je vous demande pardon ?

-Voyons, pas de ça avec nous. Il s'agit d'une offre que vous ne pouvez pas refuser.

Nott senior sortit un bout de papier de sa poche et le glissa vers son interlocuteur. La somme était astronomique et laissa l'avocat sans voix.

-Faites le bon choix, ajouta le sang-pur.

Les hommes se levèrent avant de prendre congé. Maître Delafray soupira et resta les yeux rivés sur le papier et ce montant à plusieurs zéros. Il arrêta ensuite l'enregistrement.

Que devait-il faire ?


On approche de la fin de cette histoire. Si ça ne tenait qu'à mes personnages je pense que cette histoire n'aurait jamais de fin, tellement ils sont doués pour se mettre dans des problèmes... Il reste une dernière petite intrigue, quelques points à régler et la bande pourra connaitre une fin joyeuse.

Merci à ma bêta pomme d'api pour son aide sur ce chapitre comme pour tous les autres. Je m'égare parfois dans ce que j'écris et elle m'aide à garder cette histoire cohérente. x)