Les premières lueurs du matin baignaient la vallée d'une douce lumière dorée alors que Regina et Graham arrivaient à la ferme d'Emma. Le trajet avait été silencieux, chaque mot étant soigneusement pesé et chaque regard échangé mesuré. Regina, habituellement si directe, semblait étrangement réservée, son visage crispé par l'anticipation. Graham, quant à lui, était concentré sur ses notes, faisant attention à chaque détail.
La ferme, telle qu'elle se déployait devant eux, était un tableau vivant de verdure et de calme. Les champs de légumes brillaient sous la rosée matinale, et les odeurs terreuses se mêlaient aux arômes des herbes fraîches. Emma était déjà en pleine activité, occupée à superviser les récoltes matinales. Quand elle aperçut le véhicule arriver, son cœur se serra.
Emma les accueillit avec un sourire chaleureux, bien qu'une ombre de fatigue se dessinait sur son visage. Elle avait passé la nuit à préparer ses dernières commandes. Son chat, comme à son habitude, la suivait de près tandis qu'elle se dirigeait vers le porche pour accueillir ses visiteurs.
« Bonjour, Emma.» Lança Regina. « Nous avons une grande nouvelle. Le restaurant ouvrira dans trois semaines. Je voulais te le dire en personne. »
Emma, surprise, écarquilla les yeux. « Trois semaines ? C'est formidable ! » Dit-elle, sa voix trahissant une chaleur sincère. Emma sourit, une lueur de fierté dans les yeux, mais il y avait aussi autre chose. Une prise de conscience soudaine que cette ouverture signifierait moins de moments partagés. «C'est merveilleux, Regina. Je suis tellement contente pour toi.»
Regina perçut la nuance dans sa voix, cette pointe de regret que seule une oreille attentive pouvait capter. «Je sais que ça va changer beaucoup de choses.» Dit Regina en se mordant la lèvre. «Mais... je pensais que, peut-être, on pourrait continuer de se voir pour cuisiner ensemble, découvrir encore plus de recettes toscanes avec tes merveilleux légumes.»
Emma laissa échapper un soupir, son regard se radoucissant. «J'aimerais beaucoup.» Murmura-t-elle.
Graham, qui jusque-là était resté en retrait, observa la scène avec une certaine perplexité. Il s'était attendu à ce que Regina le sollicite pour l'apprentissage des recettes, mais ce n'était pas le cas. Essayant de cacher sa déception, il s'immisça dans la conversation, un sourire amical sur les lèvres. «Emma, tu devrais vraiment venir visiter le restaurant. Les travaux sont finis, et je pense que tu seras impressionnée par le résultat.»
Emma tourna son attention vers Graham, le remerciant d'un sourire, bien qu'une partie de son esprit restait accrochée aux mots de Regina. «Pourquoi pas.» Répondit-elle. «Ce serait intéressant de voir ce que vous avez fait.»
Graham reprit. «Nous avons encore besoin de quelques produits frais et, si possible, d'une visite pour vérifier les légumes. »
Emma acquiesça. « Bien sûr, venez, je vais vous montrer ce que nous avons. »
Ils se dirigèrent vers les champs. Regina, bien que visiblement stressée, essayait de cacher son impatience. Emma, quant à elle, était animée par une joie contagieuse. Graham observait discrètement la dynamique entre les deux femmes. Il notait les échanges d'yeux, les sourires timides et les petites touches de complicité qui, malgré les mots, en disaient long sur leurs sentiments respectifs.
Alors qu'ils traversaient les rangées de légumes, Regina se tourna vers Emma. « J'ai vraiment hâte de voir comment tout cela va se traduire dans nos plats. »
« Je suis certaine que ça ira très bien.» Répondit Emma, ses yeux scintillant d'enthousiasme. « J'espère que tout se passe bien pour vous avec les préparatifs du restaurant. »
Ils conotinuèrent à parler de la qualité des légumes, des variétés disponibles et des besoins spécifiques pour le restaurant. Regina essayait d'être aussi précise que possible dans ses demandes, tandis qu'Emma répondait avec la passion et le savoir-faire d'une véritable professionnelle.
Après avoir sélectionné les produits nécessaires, Emma invita Regina et Graham à prendre un café dans la petite maison attenante. La chaleur du café contrastait agréablement avec la fraîcheur de l'extérieur, et la conversation devint plus décontractée. Regina et Emma échangèrent des anecdotes sur leurs cuisines respectives, leurs expériences et leurs défis. Graham, tout en écoutant attentivement, gardait un œil sur la manière dont les deux femmes se rapprochaient.
« Regina, je dois avouer que je suis impressionnée.» Dit Emma en versant du café dans les tasses. « Tout semble si bien organisé. Je suis sûre que ton restaurant sera un succès. »
Regina esquissa un sourire fatigué. « Merci, Emma. Je pense que j'aurais bien besoin de tes conseils pendant cette période. Enfin, du moins sur l'adaptation des menus. »
Emma hocha la tête. « Bien sûr, n'hésitez pas à me contacter si vous avez besoin de quoi que ce soit, tous les deux. Je suis là pour vous aider. »
«Regina, je vais aller charger les légumes dans la voiture. Nous avons beaucoup à faire encore.» Et Graham remercia Emma pour les différentes adresses de fournisseurs concernant les produits laitiers, les viandes, et autres provisions essentielles.
Regina sortit les derniers documents à signer pour officialiser le partenariat entre la ferme Swan et son restaurant. Les deux femmes échangèrent quelques mots pratiques, mais les regards qu'elles s'étaient lancés étaient plus révélateurs que les paroles.
Après avoir signé les papiers, Regina se laissa aller à un soupir discret, peut-être de soulagement, peut-être de nervosité. Elle leva les yeux vers Emma, qui la regardait avec une intensité qu'elle ne pouvait ignorer. Puis, dans un geste qui semblait naturel, Emma posa doucement sa main sur celle de Regina. Ce contact, bien que simple, fut comme une décharge pour Regina, rappelant à son esprit tout ce qu'elle essayait de refouler.
Elles restèrent ainsi un moment, en silence, savourant ce geste de proximité. Aucun mot ne fut échangé sur ce que cela signifiait, mais l'instant avait une résonance profonde. Finalement, Regina rompit le contact avec un sourire, se levant pour rejoindre Graham à l'extérieur, le cœur battant un peu plus vite que d'habitude.
Alors qu'elle s'éloignait en direction de sa voiture, Regina jeta un dernier regard en arrière vers la ferme. Les pensées d'Emma, ses efforts constants et sa manière unique de travailler résonnaient en elle.
La route de retour fut silencieuse, ponctuée seulement par le bruit du moteur. Graham, perceptif, nota le regard pensif de Regina.
Graham, toujours intrigué par l'étrange dynamique entre les deux femmes, observa Regina. Il ne dit rien, mais il savait qu'il se passerait quelque chose. Leur relation évoluait, que ce soit dans la cuisine ou dans les champs, et il se promettait de rester attentif, pour mieux comprendre ce qui se jouait réellement entre Regina et Emma.
Regina traversait le marché animé du centre-ville, un sourire naissant sur ses lèvres. Les étals étaient remplis de produits frais, de légumes colorés, de fromages artisanaux et de pains tout juste sortis du four. Les marchands appelaient les passants, vantant la qualité de leurs produits dans un mélange harmonieux d'italien chantant. Regina se sentait désormais plus à l'aise dans cet environnement, et ce marché en particulier était devenu l'un de ses endroits préférés.
Elle repéra facilement le stand de Giuseppe, un petit étal bien tenu qui débordait de fruits et légumes de saison. Giuseppe, un vieil homme à la barbe poivre et sel et aux yeux pétillants de malice, était l'un des premiers à l'avoir accueillie chaleureusement lorsqu'elle était arrivée en Toscane. Pour lui, Regina représentait la « bella Californiana », une curiosité vivante qui avait choisi de s'installer ici pour poursuivre son rêve.
Giuseppe la vit approcher et un large sourire se dessina sur son visage ridé. « Regina, ma bella Californiana ! » S'exclama-t-il en s'animant. Il laissa immédiatement son stand à son petit-fils, un jeune homme au visage jovial qui avait l'habitude de prendre le relais.
« Ciao, Giuseppe. » Répondit Regina, ses yeux s'illuminant de plaisir à l'idée de passer un moment avec lui.
Giuseppe lui fit signe de s'asseoir à ses côtés à une petite table d'un café de proximité. Une fois installés, il commanda un café pour eux deux. « Alors, raconte-moi, bella. Comment vont les préparatifs pour ton ristorante ? »
Regina lui sourit, touchée par son intérêt sincère. « Ça avance bien. En fait, c'est presque terminé. J'ai fixé une date d'ouverture, exactement dans trois semaines. »
Le vieux monsieur battit des mains avec enthousiasme. « Che meraviglia ! C'est une nouvelle fantastique. Je savais que tu allais réussir, Regina. » Il fit une pause, puis ajouta. « Et ton italien s'améliore aussi. Tu vas bientôt parler aussi bien que nous, Toscans ! »
Regina rit doucement. « Je ne suis pas encore à ce niveau, Giuseppe, mais j'essaie. Merci pour ton soutien. »
Ils continuèrent à discuter de choses et d'autres, échangeant des anecdotes sur le marché, les clients, et les nouvelles du village. Giuseppe lui parla de sa famille, de son petit-fils qui prenait de plus en plus de responsabilités, et de ses souvenirs des jours plus animés de sa jeunesse.
« Tu sais, Regina. » Dit-il en la regardant d'un œil sérieux. « Je t'admire pour ta détermination. Ce n'est pas facile de tout quitter pour recommencer ailleurs. Mais tu as du courage, ragazza mia. »
Regina se sentit touchée par ses paroles. Elle appréciait la sincérité de Giuseppe et la façon dont il avait accepté de l'intégrer dans ce village « Merci, Giuseppe. Ça n'a pas été facile, mais je me sens bien ici. C'est comme si je commençais enfin à trouver ma place. »
Leur conversation dura une bonne demi-heure. À la fin, Regina regarda l'heure et se leva. « Je dois y aller, j'ai mon dernier cours d'italien avec Sofia. »
Giuseppe hocha la tête, compréhensif. « Bien sûr, bien sûr. Va apprendre et continue de grandir, bella Californiana. Et n'oublie pas, tu es toujours la bienvenue ici. »
Regina se pencha et lui donna une accolade chaleureuse. « Merci, Giuseppe. À bientôt. »
Regina quitta le café avec un sourire aux lèvres, appréciant la chaleur de l'accueil que lui avait réservé Giuseppe. Elle appréciait ces moments simples de partage, loin du tumulte des préparatifs pour l'ouverture de son restaurant. En se dirigeant vers l'adresse de Sofia pour son dernier cours d'italien, elle ressentit une étrange mélancolie. Elle avait fait tant de progrès depuis son arrivée ici. Non seulement dans la langue, mais aussi dans sa compréhension de cette culture toscane qui l'avait tant attirée.
Elle entra dans la petite salle de classe où Sofia l'attendait déjà.
« Buongiorno, Regina ! » L'accueillit Sofia avec un sourire rayonnant. « Pronta per l'ultimo lezione ? »
Regina sourit en retour, un peu nostalgique. « Buongiorno, Sofia. Pronta, sì, ma un po' triste che sia l'ultima. »
Elles s'installèrent autour de la table, et Sofia commença à lui parler de l'argot local et des expressions toscanes. Mais aujourd'hui, Regina se sentait moins concentrée. Ses pensées dérivaient vers Emma, vers cette touche fugace de la main dans la cuisine. La chaleur de ce contact résonnait encore en elle, la troublant plus qu'elle ne voulait l'admettre.
Sofia remarqua rapidement son absence d'esprit. « Regina, tutto bene ? Sei un po' distratta oggi. » Dit-elle, le regard plein de sollicitude.
Regina soupira doucement. « Sì, scusa, ho solo molto a cui pensare. » Puis, ne sachant pas trop pourquoi, elle se surprit à ajouter, « Sai, ho incontrato une personne qui m'intrigue... et je ne sais pas trop où cela pourrait nous mener. »
Sofia lui sourit doucement. « Ah, capisco. Les Toscans peuvent avoir cet effet, tu sais. Ils se glissent sous ta peau sans que tu t'en rendes compte. » Elle lui fit un clin d'œil. « Peut-être que cette personne mérite qu'on lui donne une chance de se dévoiler. »
Regina acquiesça, prenant ces mots à cœur. Peut-être avait-elle raison. Peut-être que tout cela n'était qu'une étape pour découvrir où son cœur voulait vraiment l'emmener.
À la fin de la leçon, Sofia ferma son livre et regarda Regina avec affection. « Tu sais, Regina, même si c'est notre dernière leçon officielle, je serai toujours là pour toi. Tu n'as qu'à passer me voir si tu veux pratiquer, ou même juste pour un café. »
Regina fut touchée par cette offre. « Grazie, Sofia. Je compte bien continuer à pratiquer, et j'espère que tu seras la première à venir manger au restaurant. »
Elles rirent ensemble, et après quelques derniers conseils, Regina se leva pour partir. Elle remercia Sofia chaleureusement et quitta le lieu avec une sensation douce-amère. Elle avait accompli tellement, mais chaque fin est aussi un nouveau départ.
En sortant de la petite école de langue, elle se demanda ce que Graham avait pu découvrir chez les fournisseurs, espérant que cette journée continue d'apporter des réponses et des surprises.
Alors qu'elle traversait la place centrale, son esprit était à la fois serein et chargé d'anticipation pour les jours à venir. Les rues étaient animées, les échos des conversations et des rires remplissant l'air d'une énergie vivifiante. Elle prit un moment pour s'imprégner de l'ambiance, se sentant plus connectée à cette ville que jamais auparavant.
Elle s'arrêta devant un kiosque pour acheter un petit bouquet de fleurs fraîches, pensant les mettre sur le comptoir de son restaurant. C'était un geste symbolique, une façon de ramener un peu de la beauté de la place dans son établissement.
Elle erra un moment, profitant de l'énergie du lieu, avant de se diriger vers le point de rencontre où Graham devait la récupérer. Elle le trouva déjà là, appuyé contre sa voiture, les yeux rivés sur son téléphone.
« Prête à rentrer ? » Demanda Graham en la voyant approcher.
« Oui, allons-y. » Répondit Regina, montant dans la voiture. Le trajet retour se fit dans une conversation légère, Graham parlant des fournisseurs qu'Emma avait recommandés et des arrangements qu'il avait commencés à mettre en place pour le restaurant.
Une fois arrivée chez elle, Regina remercia Graham et entra dans la villa, se sentant soudain épuisée mais sereine. Elle déposa les fleurs fraîches sur une table et monta directement dans son bureau. Là, elle s'assit devant son bureau, entourée de ses notes et de ses plans, mais au lieu de se plonger dans le travail, elle se retrouva à griffonner sur un bloc-notes, ses pensées tournoyant autour de sa relation avec Emma.
Regina sentait quelque chose changer en elle, une émotion qu'elle n'avait pas prévu et qu'elle peinait à définir. Était-ce de l'amour qui commençait à naître, ou simplement une amitié profonde renforcée par leur collaboration ? Elle tenta de mettre ses idées en ordre, écrivant des mots puis les barrant, incapable de mettre un nom sur ses sentiments.
Finalement, frustrée et confuse, elle laissa tomber son stylo et se leva pour se préparer une tasse de thé. Tout en attendant que l'eau chauffe, elle regarda par la fenêtre, perdue dans ses pensées. La tranquillité de la nuit semblait se moquer de son agitation intérieure.
Elle retourna à son bureau avec son thé, décidée à se concentrer sur quelque chose de concret. Elle ouvrit son ordinateur et commença à parcourir les e-mails, les commandes pour le restaurant, et les confirmations de réservations pour l'ouverture. Chaque tâche terminée lui donnait un petit sentiment de victoire, mais au fond, elle savait qu'elle devait affronter ces questions personnelles qui devenaient de plus en plus pressantes.
À la fin de la soirée, épuisée mais peu satisfaite de ce qu'elle avait accompli, Regina décida qu'il était temps de se coucher. Elle éteignit les lumières de son bureau et monta lentement les escaliers.
