CHAPITRE 2 : SAKURA.
La jeune femme ferma le dossier d'un coup sec et s'étira.
Tsunade avait raison, son ancien sensei était mentalement dans l'incapacité de faire le premier pas.
La Princesse lui avait raconté sa discussion avec le shinobi. Et il était clair que l'on partait de très très loin avec lui!
Il fallait donc se tourner vers Shizune. Les deux femmes se connaissaient bien. Etant toutes deux medic-nin, elles avaient souvent travaillé ensemble.
Shizune était, aux yeux de Sakura, une jeune femme intelligente, loyale et douce. Mais elle pouvait parfois faire preuve d'une grande force de caractère lorsque la situation le nécessitait. Elle était plutôt joviale, bien que particulièrement réservée. Sa discrétion était tout aussi légendaire que l'exubérance de sa maîtresse. Vivre dans l'ombre de Tsunade n'avait pas dû l'aider à s'affirmer en tant que femme.
Sakura ferma les yeux quelques secondes, et fronça les sourcils, signe d'une intense réflexion. Elle était persuadée que si Shizune trouvait le courage de déclarer ses sentiments à Kakashi, il pourrait alors y avoir un début de quelque chose. Si tant est que le shinobi accepte de laisser quelqu'un pénétrer dans sa bulle.
Kakashi semblait perturbé par les sensations physiques qu'il ressentait à proximité de Shizune. C'était un bon début. Peut-être qu'instinctivement, si un contact rapproché se produisait, cela produirait un déclic. Shizune saurait-elle alors saisir sa chance?
Et ce foutu masque qui n'arrangeait pas les choses!
Les enfermer tous les deux dans une pièce et attendre qu'ils se décident? Non, peu probable que cela fonctionne. Et Sakura restait persuadée qu'un contact physique était nécessaire.
Et puis d'un coup, une idée lumineuse jaillit de l'esprit de la medic-nin.
Elle attrapa le dossier médical du shinobi et le feuilleta, avant de pointer une information en apparence anodine.
"Ca y est! J'ai trouvé!" chantonna la kunoichi, extatique.
Restait maintenant à organiser les choses, afin que cela se déroule comme prévu.
...
Kakashi était, malgré l'heure tardive, toujours assis derrière son bureau.
Il s'étira en soupirant. La montagne de travail restant l'aurait presque fait déprimer.
Il hésita à sortir faire une pause. Pourquoi pas aller manger un bol de ramen chez Ichiraku?
Mais ses yeux se posèrent sur l'impressionnante pile de papiers à signer, et il se résolut à rester.
Trois coups secs à la porte attirèrent son attention.
"Entrez!" lança-t-il d'une voix fatiguée.
Il ne put réprimer un petit sursaut à la vue de Shizune. Rien à faire, il n'arrivait pas à contrôler ça.
La jeune femme lui tendit une tasse brûlante.
"Maître Kakashi, je vous apporte votre thé."
Le Hokage fronça les sourcils, l'air ennuyé.
"Je t'en prie, Shizune, appelle-moi Kakashi. Et tutoies-moi."
La jeune femme posa un regard bienveillant sur l'homme qui faisait battre son coeur.
"Si tu préfères. Qu'est ce qui te tracasse? Tu as l'air songeur?"
"Je n'en peux plus qu'on me donne du Maître. Je ne suis pas un vieillard! A peine une semaine que je suis Hokage, et j'ai l'impression d'avoir pris vingt ans."
Shizune ne put réprimer un petit rire. Elle reprit d'une voix douce:
"C'est une grande marque de respect, Kakashi. Pas une question d'âge. Moi même j'ai du mal à faire comme avant. T'appeler Kakashi, te tutoyer. Ce n'est pas si facile."
"Je ne vois pas ce qui a changé" marmonna Kakashi, visiblement toujours aussi inconscient de l'impression qu'il pouvait donner aux autres.
Shizune aimait ces petites discussions qu'ils avaient tous les deux. Cette difficulté du shinobi à comprendre les relations humaines était touchante à ses yeux.
Il était tellement charmant lorsqu'il fronçait les sourcils, marquant ainsi une intense réflexion pour comprendre le monde qui l'entourait.
Elle adorait cette naïveté presque enfantine qui se lisait sur son visage lorsque quelqu'un, la plupart du temps elle même, essayait de lui expliquer les sous entendus et les signes non verbaux lancés par ses interlocuteurs.
Kakashi était un diamant brut. Un mot avait une signification, point barre. Au moins, il avait cette qualité certaine de ne jamais faire dans l'ambiguité. S'il disait rouge, c'était rouge.
Shizune avait compris, au cours de ces quelques jours à cotoyer quotidiennement le shinobi, qu'il vivait dans son monde. Il acceptait, par la force des choses, de participer au monde réel, mais n'avait probablement encore jamais ouvert son propre univers à qui que ce soit. C'était son abri dans la tempête, son refuge.
"Kakashi, reprit la jeune femme, tu es très impressionnant, même pour moi qui te vois tous les jours. Il va falloir t'y faire."
Kakashi hocha la tête, d'un air peu convaincu.
Il aimait vraiment discuter avec Shizune. Ces discussions là étaient paisibles, simples. Il se rendit compte subitement que Shizune était peut-être la seule personne de son entourage avec qui il arrivait à être presque totalement naturel. Il ne semblait pas gêné de lui parler de ses difficultés sociales. Ses conseils étaient toujours avisés. Elle l'aidait vraiment beaucoup.
Le shinobi parla spontanément, sans trop réfléchir:
"Shizune, je ne sais pas ce que je ferais sans toi. Je crois bien que tu es essentielle à ma survie en tant que Hokage."
Il aurait bien ajouté "et en tant qu'homme" mais il sentit que cela aurait certainement été un peu trop.
La jeune femme lui sourit en rougissant. Kami-sama qu'il aimait cela! Elle était vraiment belle, et les chatouillements ne tardèrent pas à reprendre.
Le Hokage se gratta la gorge.
"Bon, il faut que je termine ça avant demain" déclara-t-il en désignant une pile de dossiers.
"Ne te couche par trop tard" répondit Shizune en se retirant.
Il aurait aimé la retenir, ne serait-ce que quelques secondes, mais aucune raison valable ne lui vint.
Alors il laissa filer la belle kunoichi, et avec elle les chatouillements fort agréables de son ventre.
...
"Bonjour Shizune!" lança joyeusement Sakura.
La brunette leva un regard intrigué vers sa jeune amie.
"Sakura? Qu'est ce qui t'amène de si bon matin?"
"Mmmh, je passais dans le coin. Comment vas-tu? Ca se passe bien avec Kakashi-sensei?"
Bon, l'approche était un peu directe et pas très subtile. Mais Sakura avait besoin d'informations précises pour mettre son plan à exécution.
Shizune ne se méfia pas. Elle travaillait dur pour le Hokage. Contrairement à son prédécesseur, le 6e du nom était en effet particulièrement exigent sur la productivité. Hors de question de laisser du travail en retard.
Et la jeune femme mettait un point d'honneur à remplir sa mission d'assistante à la perfection, aux dépens de nombreuses heures de sommeil.
"Tu as l'air drôlement fatiguée. Tu devrais peut-être lever le pied" ajouta Sakura d'un ton concerné.
Mais Shizune ne semblait pas de cet avis.
"Ca va, ça va. Maître Hokage est pointilleux et strict, mais il est d'une efficacité redoutable. Je me dois d'être à la hauteur."
"Ne le laisse pas te tyranniser quand même, hein!" répondit la jeune femme aux cheveux roses. "Il a quelque chose de prévu aujourd'hui, une inauguration, une réunion particulière?"
Shizune leva un sourcil interrogateur à la kunoichi. En quoi le planning du jour du Hokage pouvait- il intéresser Sakura?
"Euh non, a priori il a prévu de travailler dans son bureau toute la journée."
"Ok, mais il fait bien des pauses de temps en temps, non?"
Shizune croisa les bras et posa un regard inquisiteur sur la medic-nin.
"Sakura, peux-tu me dire pourquoi tu es si curieuse de connaitre l'emploi du temps du Hokage?"
"C'est que... je m'inquiète un peu pour lui c'est tout! Il passe toutes ses journées à bosser. Je me disais que je pourrais peut-être l'inviter à prendre un thé pour faire une pause dans la journée."
Bizarre, cette considération soudaine pour son ancien sensei... Et si Sakura... avait des vues sur Kakashi?
Non, impossible. Tout le monde savait au village que Sakura était toujours gravement et exclusivement obsédée par Sasuke. Le jeune homme était parti depuis maintenant plusieurs semaines, et Sakura attendait patiemment son retour. Peut-être la jeune femme avait-elle une bouffée soudaine de nostalgie. Avec Sasuke loin du village, et Naruto qui préparait son mariage avec Hinata, elle devait probablement se sentir seule. Et qui mieux que son ancien sensei pour passer un peu de bon temps et se rappeler leurs vieux souvenirs?
Shizune se détendit et répondit gentiment à sa cadette:
"Je crois que Kakashi a beaucoup de paperasse à lire aujourd'hui. Mais je peux lui en parler si tu veux. Il trouvera bien un moment à te consacrer. Quand il est au bureau, il fait en général une pause pour déjeuner, et une autre à 16 heures. Je lui demanderai s'il peut te voir dans la semaine. Ca te va?"
La jeune femme hocha la tête. Elle venait d'obtenir l'information souhaitée, et jubilait dans son for intérieur. Ne restait plus qu'à missionner Konohamaru pour la suite.
...
Kakashi leva les yeux vers la pendule, qui marquait seize heures. Il s'étira et se leva pour faire quelques pas dans son bureau, histoire de se dégourdir les jambes.
Shizune ne devrait pas tarder avec son thé. Elle était d'une ponctualité sans faille.
Le shinobi attendait chaque jour son arrivée avec impatience. Il avait fait quelques recherches, et avait bien du se rendre à l'évidence. Tsunade avait raison: il éprouvait pour la jeune femme ce qui semblait s'apparenter à un sentiment amoureux.
N'allez pas croire que Kakashi n'ait jamais eu l'occasion de fréquenter le sexe féminin. Il avait bien eu quelques relations d'un soir, mais elles n'étaient mûes que par le désir charnel. Kakashi devait également bien avouer que son attirance pour Shizune n'était pas que platonique. Il avait eu d'autres signes bien plus explicites dernièrement. Et il bénissait le ciel que personne ne s'en soit rendu compte, surtout la principale interessée.
Mais il y avait aussi ce petit je-ne-sais-quoi de différent. Cette attraction presque surnaturelle. Cette joie de la voir sourire, lui parler, la frôler parfois.
Le shinobi savait que ses intérêts étaient restreints. Cela faisait apparemment partie de son trouble selon les médecins. Il aimait la lecture, les chiens et les sashimis de thon. Il aimait aussi l'escalade et la natation.
Et puis il aimait Shizune. Voilà, c'était dit. Son petit monde tournait maintenant autour de la jeune femme. Il avait peur de paraitre obsessionnel et de la faire fuir. Cependant la jeune femme semblait ne plus être aussi impressionnée qu'avant. Elle ne l'appelait quasiment plus jamais Maître Hokage, ou bien Hokage-sama. Elle le tutoyait facilement, et le taquinait même parfois.
Kakashi aurait aimé lui dire des choses romantiques, il aurait aimé pouvoir sentir ses cheveux et effleurer la peau nacrée de son cou. Mais il s'en sentait simplement incapable.
Il la voulait pour lui, en entier, en exclusivité. Mais comprendrait-elle cela?
Le shinobi se remit à son bureau et croqua dans le gâteau que lui avait déposé Konohamaru un peu plus tôt.
Un présent de la part de la nouvelle pâtisserie qui venait d'ouvrir dans la principale rue marchande de Konoha.
Le gâteau était délicieux, et Kakashi n'en fit qu'une bouchée. Il se léchait encore les doigts quand Shizune entra avec la traditionnelle tasse de thé.
Elle déposa le breuvage sur le bureau du Hokage et entreprit de remettre en place les quelques dossiers éparpillés au sol.
Kakashi la regarda faire pensivement, se grattant le cou d'un geste négligé.
Au bout de quelques minutes, la jeune femme se retourna, intriguée par les grognements bizarres qui semblaient émaner du Hokage.
Elle voulut parler mais se contenta d'un petit cri horrifié à la vue du shinobi.
Celui-ci, maintenant torse nu et sans masque, était en train de se tortiller dans tous les sens, la peau marquée de plaques roses en relief qui s'étendaient à vue d'oeil.
"Shizune!" larmoya-t-il en continuant de se gratter.
En quelques secondes, la jeune femme fut près de lui.
"Mais qu'est ce qui m'arrive?" chouina le shinobi, visiblement en peine.
Shizune pose une main sur la peau du chirurgien et laissa courir ses doigts sur son torse. Elle sentit le frisson provoqué, qui n'avait rien à avoir avec la belle crise d'urticaire que venait de déclencher le ninja.
"Kakashi, tu fais une crise d'urticaire. Une allergie."
La jeune femme jeta un oeil autour d'elle et montra les restes du gâteau.
"Tu as mangé ça?"
Le shinobi se contenta de hocher la tête, tout en grattant rageusement de ses ongles son omoplate droite.
La jeune brune poussa un soupir, fit asseoir Kakashi de force dans son fauteuil et lui bloqua les deux poignets.
"Essaye de te contrôler, Kakashi. Plus tu grattes et plus tu auras envie de te gratter."
"Facile à dire" marmonna le shinobi ronchon, ce qui fit sourire tendrement Shizune.
Elle posa alors ses deux mains à plat sur le torse du Hokage et commença à insuffler un peu de chakra sur la peau de Kakashi. Celui-ci sentit immédiatement le prurit diminuer, et une vague de bien être l'envahit à mesure que les plaques tendaient à disparaitre.
Alors qu'il poussait un soupir de soulagement, Shizune tendit une main vers sa joue dans un geste tendre, et probablement déplacé vis-à-vis du 6e du nom. Elle eut alors le réflexe de la retirer, mais prit conscience, seulement à cet instant, que Kakashi était démasqué.
"Kakashi, ton... ton..."
"Mon quoi?" demanda le shinobi, qui regardait cette main s'éloigner avec déception.
Il leva alors son regard sombre et brillant vers la jeune femme, qui ferma les yeux aussi vite qu'elle put.
"Ton masque! Mon dieu j'ai vu ton visage! Je suis désolée!"
Kakashi marqua un temps d'arrêt, avant d'éclater de rire. Il attrapa doucement l'avant-bras de la jeune femme et murmura:
"Tu peux ouvrir les yeux Shizune. Il n'y a pas de mal je t'assure."
La jeune femme gardait cependant les yeux hermétiquement clos, consciente d'avoir violé une partie de l'intimité du Hokage. Elle sentit la pression se resserrer sur son bras et Kakashi lui murmurer, beaucoup trop près de son oreille:
"Ouvre les yeux, Shizune. S'il te plait."
La jeune femme hésita, battit des cils, et finit par entrouvrir timidement les yeux. Elle croisa les yeux d'un noir profond du shinobi, et son coeur manqua un battement. Elle tenta de rester fixée sur ce regard tenébreux mais fut immanquablement attirée par ce visage si secret.
Kakashi ne sut pas trop comment interpréter le silence de Shizune. Le trouvait-elle laid? Il sentit son coeur se serrer un peu devant le manque de réaction de la jeune femme.
Il relâcha la pression sur l'avant-bras de la jeune femme et s'écarta un peu. Mais Shizune, mûe par l'instinct, combla la distance et prit le visage de son Hokage dans ses deux mains délicates.
Kakashi vit la distance qui les séparait fondre en un éclair, et ne put retenir un soupir de plaisir lorsqu'il sentit les lèvres de Shizune frôler les siennes.
La jeune femme semblait prête à se raviser, mais Kakashi ne lui en laissa pas le temps. Il approfondit lui même le baiser, sans toutefois oser réclamer la bouche entière de la jeune femme.
Ils finirent par s'écarter à regret, aussi rouges l'un que l'autre.
"Shizune, je..."
Mais la brunette ne lui laissa pas le loisir de poursuivre. Elle s'écarta rapidement, en évitant soigneusement de croiser le regard de son supérieur, et saisit le gâteau coupable. Elle le porta à son nez et comprit.
"Kakashi, il me semble que tu es allergique à la cannelle, non?"
"Mmh, je crois bien oui."
"Et tu n'as pas senti la cannelle dans ce gâteau?" répondit-elle d'un ton presque accusateur.
"Pas fais attention" lâcha laconiquement Kakashi, un peu frustré.
Shizune posa un regard attendri sur le shinobi.
"Bon, tu es hors de danger. Mais promets-moi d'être plus vigilant à l'avenir."
"Promis" lança le ninja tout en se rhabillant.
Ils ne reparlèrent ni l'un ni l'autre de ce qui venait de se passer. Et Shizune finit par quitter le bureau du Hokage sans se retourner.
Dans son for interieur cependant, la jeune femme bouillonnait.
A peine eut-elle refermé la porte qu'elle ne put s'empêcher de se lamenter.
Mais qu'est ce que j'ai fait? Je viens d'embrasser le Hokage! Mon Dieu plus jamais je n'oserai le regarder en face! Mais qu'est ce qu'il est beau! Encore plus que ce que je pouvais imaginer!
Arrête ma fille! Ca va pas de penser à ton Hokage de cette manière? Mais ses lèvres étaient si douces, et l'odeur de sa peau, je l'adore!
Ahhh, je n'ai plus qu'à aller me cacher dans un trou pour mourir.
Tandis que Shizune tentait de faire face à la tempête mentale qui l'assaillait, Kakashi était perplexe.
Il devait bien l'admettre, la sensation avait été plus qu'agréable. La tension de son bas ventre commençait juste à disparaitre lorsqu'il posa les yeux sur le reste du gâteau à la cannelle.
L'idée saugrenue de recroquer dedans lui vint à l'esprit. Shizune reviendrait-elle le soigner, et accessoirement l'embrasser?
Il se repassa le fil de l'histoire et en conclut une chose: il avait bel et bien embrassé Shizune, mais c'était elle même qui avait initié ce baiser. Et si leurs sentiments étaient réciproques, alors...
Kakashi eut du mal à se concentrer sur son travail par la suite, et finit par rendre les armes.
Seul dans ses appartements, il s'affala les bras en croix sur le grand lit. Il effleura d'une main l'endroit où Shizune avait posé ses lèvres et se prit à sourire.
Cette fois il en était convaincu. C'était bien d'amour dont il s'agissait.
...
Shizune avait tenu sa parole. Et Sakura se retrouva donc un midi en face de son ancien sensei, et tout nouvel Hokage, pour un déjeuner informel.
La jeune femme ne cachait pas sa joie de retrouver son ancien sensei. La quatrième grande guerre les avait définitivement liés, et elle savait tout ce qu'elle devait à celui qui l'avait guidée tout au long de son apprentissage.
"Maaah Sakura, ton invitation me fait vraiment plaisir" lança Kakashi d'une voix sincère.
"Ya pas de quoi, Kakashi-sensei. Il faut bien que vous sortiez de ce foutu bureau de temps en temps, non? Et puis j'avais envie de parler du bon vieux temps avec vous."
Le shinobi sourit tendrement à son ancienne élève. Elle était devenue une belle jeune femme, puissante et toujours aussi intelligente. Elle n'avait rien à envier à ses deux anciens coéquipiers.
"Tu es l'une des rares à ne pas me donner du Maître ou du sama à tout bout de champ. C'est agréable" lacha Kakashi laconiquement.
Sakura posa un regard doux sur le ninja.
"Pour moi, vous serez toujours Kakashi-sensei. Vous avez toujours été bienveillant avec moi, avec nous trois en fait. On vous doit tout. J'espère que vous en avez conscience?"
"Hola, comme tu y vas. C'est votre talent à tous les trois qui vous a mené si loin. Moi je n'ai fait que vous montrer la voie."
"Toujours aussi modeste" rétorqua la jeune femme, "en tout cas, vous faites l'unanimité au sein du village en tant que Hokage. J'espère que vous arrivez à prendre un peu de temps pour vous?"
Kakashi prit soin de ne pas montrer son visage en avalant son premier takoyaki.
"Mmmh," répondit-il en mâchant soigneusement, "Shizune et Shikamaru m'aident beaucoup."
Presque trop facile. Le shinobi venait d'aborder le sujet qui brûlait les lèvres de la jeune femme sans même qu'elle ait eu besoin de l'y pousser.
"J'espère que vous n'êtes pas trop dur avec eux. Shikamaru peut supporter la pression, mais Shizune est plus sensible."
Elle vit le shinobi se raidir à la mention de la brunette. Sujet délicat.
"Ils n'ont pas l'air de se plaindre."
"Kakashi sensei, je sais que les relations humaines ne sont pas trop votre fort. Mais vous devriez peut-être passer un peu de temps avec vos collaborateurs en dehors du travail. Vous voyez quoi, aller prendre un verre le soir par exemple. Il parait que c'est ce genre d'attentions qui soudent les liens d'une équipe."
Kakashi leva un regard un peu circonspect vers la jeune femme et finit par répondre:
"Oui, c'est probablement un bon conseil. J'y penserai."
"Et sinon, niveau santé, pas de problème en ce moment?"
Devant le regard suspicieux de son Hokage, Sakura essaya de paraitre la plus innocente possible.
"Je suis medic-nin, je vous rappelle. Je me dois de veiller sur la santé des ninjas de Konoha. Et encore plus du premier d'entre eux."
Kakashi ne sentit pas venir le piège et répondit honnêtement.
"Ca va bien je te remercie. J'ai fait une crise d'urticaire il y a quelques jours. Allergie à la cannelle. Mais Shizune m'a soigné ça rapidement. Sinon, je me sens en pleine forme."
Sakura se demanda s'il était judicieux de creuser le sujet. Cela allait finir par paraitre vraiment louche. Shizune avait bien dû se rapprocher de Kakashi pour le soigner. Mais apparemment cela n'avait pas été plus loin entre eux. Cela dit, Sakura voyait mal son sensei lui déballer quelque élan romantique qui aurait pu avoir eu lieu entre Shizune et lui. Mais son langage corporel ne semblait pas laisser transparaitre le moindre signe dans ce sens.
La jeune femme décida de ne pas insister pour cette fois, et la discussion dériva sur le mariage de Naruto et d'Hinata qui approchait à grands pas.
...
Shizune se sentait mal. Elle se repassait en boucle la scène et finissait par ne plus distinguer ce qui s'était réellement passé de ce qu'elle avait fantasmé.
Mais il l'avait bien embrassée, elle n'était pas folle. Il avait posé ses lèvres sur les siennes. De manière appuyée. Ce n'était pas un grand baiser passionné. Mais il avait suffi à déclencher une vague de sensations irrésistibles en elle.
Elle sentit ses joues rougir alors qu'elle repassait les images à présent bien ancrées dans son cerveau. Son visage aux traits fins, son sourire timide, ses lèvres. Le goût de ses lèvres...
Rien que ce souvenir lui faisait de l'effet.
La jeune femme retomba cependant de son petit nuage rapidement. Elle jeta un coup d'oeil à la liasse de documents qu'elle devait aller faire signer au Hokage.
Aucun des deux n'avait osé aborder le sujet depuis. Ils s'étaient tous les deux cantonnés à leurs échanges professionnels. Shizune brûlait de savoir à quoi s'en tenir avec le shinobi. N'avait-il pas apprécié leur furtif échange? Ne voulait-il pas aller plus loin, compte tenu de sa position de Hokage? Ou était-il tout simplement trop timide?
Shizune fut tirée de ses pensées par son ancienne maîtresse.
"Tsunade, quel bon vent t'amène?" demanda la jeune femme.
Devant le front soucieux de son ancienne assistante, la Princesse s'inquiéta.
"Quelque chose ne va pas, Shizune?"
"Non non, tout va bien. C'est juste que..."
Non, ce n'était probablement pas une bonne idée de se confier à elle. Elle allait se faire des films, peut-être même élaborer des stratégies fumeuses pour arriver à ses fins. Alors la brunette se contenta de répondre:
"Des fois, j'ai du mal à comprendre comme fonctionne Kakashi."
Tsunade sourit intérieurement. Shizune avait enfin arrêté d'appeler le shinobi par son titre, c'était déjà une avancé posa un regard affectueux sur la jeune femme.
"Ecoute Shizune, Kakashi a grandi tout seul. Il n'a pas connu l'amour maternel. Et avec tout le respect que je lui dois, son père n'a pas franchement été à la hauteur. Tu connais son dossier médical, n'est-ce-pas?"
La brunette hocha la tête, attentive.
"Kakashi ne sait pas utiliser les codes de communication naturels de notre société. Il les connaît, il a appris à les copier. Mais il ne les comprend pas toujours. Et pour ce qui est de les utiliser, je ne t'en parle même pas. Il a survécu en se fondant dans la masse, et en copiant son attitude sur les autres. Mais ça ne veut pas dire qu'il est insensible, ou dépourvu de sentiments. Il ne sait juste pas comment les exprimer. Tu comprends?"
Shizune était un peu perdue: les explications étaient claires, mais la façon dont elle pouvait utiliser ces informations l'était moins.
Tsunade sut lire dans les yeux de la jeune femme et crut bon d'ajouter:
"Kakashi a besoin d'être accepté tel qu'il est, mais aussi d'être guidé pour arriver à exprimer ses émotions. Il ne sera jamais celui qui fera le premier pas."
Shizune hocha la tête, mais une petite voix au fond d'elle ne put s'empêcher de lui susurrer que Tsunade n'avait pas tout à fait raison. Kakashi l'avait bel et bien embrassée. Certes, elle avait initié le mouvement, mais elle s'était reprise à temps. Il aurait pu tout arrêter à cet instant, s'écarter d'elle. Mais ce n'était pas ce qu'il avait fait.
La jeune femme se résolut cependant à crever l'abcès au plus tôt. Si cette situation ambiguë devait perdurer, elle impacterait forcément leur travail à tous les deux.
Oui, Shizune irait parler à Kakashi.
...
Sakura semblait songeuse. Comment aider son sensei à s'ouvrir enfin à l'amour?
Assise sur un banc, elle regardait les couples se promener main dans la main, et les enfants courir et jouer en riant autour d'eux.
Elle ne reconnut pas tout de suite Iruka, car il était habillé en civil.
"Oy Sakura. Ca faisait longtemps!" lui lança le sensei, un peu gêné. Il était en effet accompagné d'une belle jeune femme aux cheveux noirs et aux grands yeux gris.
Sakura posa un regard intrigué sur la jeune inconnue, et Iruka se sentit obligé de la présenter.
"Je te présente Sadoru. Elle travaille avec moi à l'Académie. Sadoru, je te présente Sakura Haruno..."
"Oh! Je suis enchantée de faire votre connaissance! Vous êtes l'une des héroïnes de Konoha. C'est un grand honneur!" répondit Sadoru d'une voix enjouée, en s'inclinant devant la jeune medic-nin.
"Olala, une héroïne, il ne faut pas exagérer!" rétorqua Sakura un peu gênée.
Iruka posa un regard bienveillant sur son ancienne élève. Les souvenirs de la jeune fille, brillante et studieuse, lui revinrent en mémoire. Elle avait pris tant d'assurance et de force. La nouvelle génération était vraiment à la hauteur.
Sakura se mit à sourire. Elle venait de comprendre. Iruka et Sadoru n'étaient visiblement pas que de simples collègues de travail. Elle était foncièrement heureuse pour son sensei. Il méritait lui aussi largement de connaître les joies de l'amour.
"Ca fait longtemps que vous sortez ensemble?" demanda crânement Sakura.
Elle ne put s'empêcher de sourire en voyant les joues d'Iruka virer au cramoisi.
"Et bien, euh..." répondit Iruka en bégayant à moitié.
"Ca fait six mois!" le coupa Sadoru d'un ton enjoué.
Ok, six mois, c'était suffisamment long pour qu'Iruka puisse lui être utile. Car Sakura avait bien une idée en tête. Il était temps de passer le relais à un homme pour aller secouer les puces de son autre ancien sensei.
Si son plan n'avait pas marché, peut-être qu'une bonne discussion entre hommes provoquerait quelque chose.
Et Sakura savait qu'Iruka était suffisamment proche de Kakashi pour pouvoir aborder le sujet délicat de l 'amour.
"Vous formez un très joli couple en tout cas" lança Sakura, avant de s'adresser directement à Iruka.
"Sensei, j'ai un grand service à vous demander."
