Tout le monde l'appelait Gibbon. Ça l'énervait. Son vrai nom, c'était Gibson.

Tout ça parce qu'il grimpait facilement dans les arbres, sur les toits, partout, et qu'il esquivait les sorts comme personne avec ses techniques de transplanage. Bon, et aussi parce qu'il aimait bien gueuler. Surtout dès qu'il avait un coup dans le nez.

C'était venu après que la bande se soit baladée dans un zoo moldu, juste pour s'amuser. Les serpents avaient fasciné tout le monde - il les trouvait personnellement paresseux à en crever derrière leurs vitres épaisses et sales à simplement observer les passants les observer. Ils avaient bien ri en voyant les pachydermes et en comparant les Moldus à ces créatures pataudes et pataugeant dans la boue aux abords des enclos et des bassins. Ils imitaient les éléphants avec leurs grandes oreilles déployées et leur barrissement : "Je suis intelligent, vous voyez !". Il avait vu Bellatrix, flanquée de ses deux molosses Lestrange, s'extasier sur les grands fauves lorsqu'elle croyait qu'on ne la regardait pas, et le jeune Croupton admirer le pelage des tigres de Sumatra.

— Il n'y a pas à dire, les animaux des Moldus, c'est quand même beaucoup moins sensationnel que nos espèces à nous... avait commenté Wilkes d'un ton léger.

— C'est vrai. On a l'impression de rétrograder de vision, comme avec leurs lunettes à dimensions, là.

— Oh non, tu ne vas pas t'y mettre, toi aussi ! Leur technologie est une aberration. Si le maître entend parler de ça…

— Ouais, ouais, ça va. En tout cas, leur monde est tellement plus fade. Ça manque de couleur, de vivacité...

Ils s'étaient enfin mis d'accord en parcourant les allées du parc.

S'il avait vraiment écouté, Gibson aurait maudit celui qui avait osé sortir, en passant devant les enclos des singes :

— Eh, regardez, on a trouvé Gibson !

Tout le monde avait tourné la tête vers les cris étranges des primates. Le groupe de gibbons se déplaçait dans des arbres mis à nu et reliés entre eux par divers jeux de cordes. L'un d'entre eux, les voyant arriver, lança un cri d'alerte et s'enfuit, retournant au groupe.

Les Mangemorts l'avaient regardé se balancer de corde en corde, de branche en branche avec des bonds gracieux et un sens de la vivacité qui n'était, en effet, pas sans rappeler l'un des leurs.

— Mais oui, c'est tout à fait lui, commenta Bellatrix avec un sourire carnassier. Tu ne nous avais pas dit que tu avais ta place dans cette... chose qu'ils appellent zoo.

— C'est quoi ces animaux ? s'enquit Mulciber.

— Des gibbons.

— On sait comment on va l'appeler, celui-là, rit Avery. Il faut bien introniser les nouvelles recrues...

Il ne sut qui lança la clameur en premier, mais vit distinctement chacun de ceux qui étaient présents ce jour-là rejoindre le chant moqueur. Il grogna.

— Gibbon, gibbon, gibbon...

Au centre de leur attention, les visages malicieux le regardaient et répétaient ce mot encore et encore jusqu'à ce qu'il devienne un nom.

— Gibbon, gibbon, gibbon...

Jusqu'à ce qu'il craque. Il s'était dit qu'il ne leur ferait pas ce plaisir, mais cette attention particulière commençait à lui taper sur les nerfs. Déjà que Rowle le défiait dès qu'il le pouvait au duel et Selwyn au transplanage...

— Gibbon, gibbon, gibbon...

Avec un regard cruel, Lestrange s'était mise à taper des mains, encourageant tous les autres à la suivre dans son petit jeu. Il était trop bon pour eux. Trop bon envers eux.

— ÇA SUFFIT ! tonna-t-il de sa grosse voix d'Écossais. Fichez-moi la paix avant que je vous lance un sort de traçage aux fesses.

La déception s'installa aussitôt.

— Roh, ce n'est pas drôle, râlèrent Avery et Wilkes.

Toujours prompts à faire les zouaves, ces deux-là. Les autres ne manqueraient pas de lui faire des petites remarques satisfaites lors de leur beuverie du soir.

— Il n'aime pas son nom, le pauvre.

— Moi, je trouve que c'est exotique pourtant. Pas vrai, Wilkes ?

C'était surtout un nom ridicule, qu'il avait gagné que parce qu'il était meilleur dans des domaines qu'ils ne maîtrisaient pas aussi bien. Et parce que c'était de cette façon que Bellatrix aimait introniser - disons plutôt martyriser - les nouveaux venus, en particulier ceux qui lui étaient inconnus.

Ils avaient commencé à l'appeler ainsi aux réunions. À se référer à lui de cette manière partout où ils allaient. Dans des missions, lorsqu'ils croisaient des Moldus. Ils blaguèrent jusqu'à ce que la source en soit épuisée. Ça avait toujours le don de l'énerver prodigieusement, jusqu'au jour où il se rendit compte, tournant la tête vers celui qui l'appelait, qu'il s'y était habitué.

Son nom, pourtant, c'était Gibson.

Ils continuèrent à l'appeler ainsi. Jusqu'au moment où il ne parvint pas à s'écarter.