Note de l'autrice : Bonne rentrée à tout le monde ! Je n'avais pas prévu de rester aussi longtemps sans poster de chapitre, mais l'été ne m'a pas permis de beaucoup écrire, je suis désolée. Je vais vous faire un résumé plus complet que d'habitude pour vous resituer dans l'histoire !

Merci beaucoup pour tous vos messages! Je n'ai pas pu y répondre parce que l'application FFNET ne me le permettait pas, mais ils m'ont fait tellement plaisir! Merci merci merci!

Bonne lecture ! :3


For the Children jusqu'ici : Après les procès, Draco refait une Septième Année pour passer le plus d'ASPIC possibles et espère ainsi assurer son avenir plus que compromis par les actes de son père pendant la guerre. Le retour à Poudlard est extrêmement pénible pour lui, et ses visites à Teddy deviennent très vite sa seule bulle d'air frais malgré la présence quasi constante de Potter aux côtés de son cousin.

Après une dispute avec ses parents, Draco quitte le Manoir et se réfugie chez sa tante, où une hésitante acceptation s'installe entre Potter et lui. Draco passe ses ASPIC, et est pris à Ste Mangouste grâce à la recommandation d'Andromeda, qui y a longtemps travaillé au service de Pathologie des Sortilèges. Sa tante découvre des runes sur son crâne en lui coupant les cheveux, un cercle runique qui le désintéressait de toute notion de sexualité, et semblait se concentrer sur l'effacement d'une prétendue homosexualité. Cette découverte achève de rompre le lien avec ses parents, à qui il n'a de toute façon pas parlé ni vu depuis des mois. Il fait retirer les runes, passe un été à la fois pénible hormonalement et libérateur après l'angoisse ressentie à Poudlard, puis commence ses études à Ste Mangouste avec Hannah Abbot, Michael Corner, et un étudiant français nommé Lazare des Courrières.

Potter devient aussi constant dans sa vie qu'Andromeda et Teddy, puisqu'il loge sous le même toit. Sa première année d'entraînement chez les Aurors a été ponctuée de blessures et de fiascos, mais il semble sortir de son isolement colérique au fil des mois. Une certaine détente s'installe entre eux. Ils ne sont pas exactement amis, mais discuter n'est plus étrange, ni vivre l'un à côté de l'autre malgré la curiosité et le désir de Draco à son sujet. L'ambiance dans la société sorcière se dégrade néanmoins, entre explosions inexpliquées et morts suspectes, et Draco sait que son père est lié, d'une façon ou d'une autre, à toutes ces affaires. Potter insiste cependant en lui disant qu'il n'y a rien que Draco puisse faire.

Lucius finit par apprendre que son fils étudie à Ste Mangouste, et apparaît tous les jours dans le hall des admissions. Draco l'esquive avec succès et profite largement de sa possibilité de transplaner n'importe où dans l'hôpital, mais la situation le pèse et l'angoisse. Que lui veut son père ? Qu'est-il en train de mijoter, après avoir évité Azkaban de justesse ? Il est de plus en plus anxieux à l'idée qu'il ne l'embarque pour l'incorporer de force dans ses plans, qu'il le sépare de Teddy, et il en vient au point de songer à arrêter ses études pour lui échapper. Au cours d'une dispute à ce sujet avec Harry, Draco l'embrasse, et tombe des nues lorsqu'il réalise que Potter semble partager son désir. Démarrent alors des mois d'une relation hésitante, qui finit par être découverte par Andromeda.

A quelques semaines de la fin de la première année d'études de Draco, Lucius, qui a fini par arrêter de faire le pied de grue à Ste Mangouste, déshérite Draco, qui perd son nom. Avec l'aide de l'avocat de Harry, Lysander Maxwell, Andromeda l'adopte et lui permet ainsi d'utiliser son nom. Draco devient Draco Tonks, et personne n'est capable de prononcer son ancien patronyme accolé à son prénom. Il apprend à la même période que sa mère a donné naissance à un nouvel héritier pour le remplacer, Scorpius. Harry arrive à le persuader de ne pas agir, et d'attendre que son père soit derrière les barreaux pour lui arracher son petit-frère des mains.

Narcissa décède quelques semaines après la naissance de son second fils, ce qui laisse penser que de la magie noire a pu être utilisée pour lui permettre de le mettre au monde.

Trois années s'écoulent sans que les Aurors n'arrivent à coincer Lucius. Draco, mais aussi Teddy, Harry et Andy attendent désespérément de pouvoir récupérer Scorpius. Au cours de brèves vacances à Cork, Harry et Draco sont pris en photo, ce qui étale leur relation au grand-jour, mais l'épisode n'a guère de conséquences sur leur quotidien. Draco entame sa cinquième et dernière année d'études à Ste Mangouste, Harry est officiellement Auror depuis deux ans, et Andromeda a repris le travail dans son service après avoir accepté de confier son petit-fils à Molly Weasley pendant la journée.

Sans même savoir qu'il attend un enfant, Draco fait une fausse couche alors que Harry et lui sont en route pour trouver la maison de Fleamont et Euphémia Potter, dont ils ont découvert l'existence dans les coffres de Harry. Le coup est rude pour le couple, qui remonte péniblement la pente et décide de nommer cet enfant Rowan et de l'inscrire dans le registre magique de la famille Potter.

Les tensions au sein de la communauté sorcière augmentent, et les morts suspectes autour du Magenmagot augmentent. Harry est muet comme une tombe, mais Draco sent que la situation dans laquelle se trouve le bureau des Aurors est complexe. Ceci est confirmé au lecteur lorsque Harry l'appelle à l'aide pour rendre sa forme humaine à Cepheus Quinn, qui a marché dans un piège magique du bureau du sous-directeur du Département des Mystères, Callum Anders, alors qu'il tentait de l'espionner sous sa forme Animagus de chat. Draco connaît Cepheus, qui a été l'un de ses préfets à Serpentard jusqu'à sa quatrième année, mais l'épisode est effacé de sa mémoire par Harry qui est forcé de lui lancer un Oubliette. Avant que le sortilège ne soit lancé sur lui, Draco comprend que les Aurors enquêtent illégalement sur de nombreuses personnes, et notamment sur son père, à coup de surveillance illicite.

Les mois s'écoulent, l'ambiance se dégrade. Harry et Draco retournent à la maison des Potter, située à Eridge Green, et découvrent qu'elle est habitée par des moldus. Harry arrive à les persuader de la lui vendre, sans pour autant chercher à y emménager, car il sait qu'Andromeda ne voudra jamais quitter la maison dans laquelle elle a tous ses souvenirs de son mari et de sa fille décédés. Au cours de la visite, Harry obtient un portrait malheureusement non magique de son père et de Sirius.

A quelques mois de la fin de ses études, Draco réalise qu'il attend à nouveau un bébé, mais réussit tout de même à passer ses examens. A présent Guérisseur titulaire, il met en suspens ses désirs de se spécialiser et commence à travailler aux consultations et au SUM (le service des urgences médicomagiques) de l'hôpital. Il y reçoit Blaise comme patient, et leur relation amicale, rompue à Poudlard, semble définitivement enterrée.

Que se passe-t-il chez les Médicomages ?

Andromeda laisse entendre aux garçons qu'elle noue une relation avec son ancien collègue et à présent supérieur, Andrew Denver, qui était l'un des tuteurs préférés de Draco pendant ses études.

Lazare s'avère être la fois fiancé à une Sang-pure française, et en couple avec Ginny, mais ne semble pas capable de faire savoir à ses parents qu'il ne veut pas rentrer en France, ni se marier.

Hannah est en couple avec Neville depuis des années.

Michael est en couple avec une moldue, Aliyah Porter, que Harry et Draco ont rencontrée à l'occasion d'une sortie dans le bar fréquenté par de nombreux Médicomages, le Bad Gekko.

De son côté, Harry peine à concilier sa vie familiale avec son écrasant emploi du temps. Il a ses missions d'Auror, et ses missions secrètes, où lui et ses collègues surveillent ceux qu'ils soupçonnent d'être des Mangemorts afin de remonter le fil du réseau jusqu'à Lucius. Ils sont accompagnés de Cepheus Quinn. Le Langue-de-Plomb espionne pour leur compte au Département des Mystères et les a aidés à devenir des Animagus. Robards a loué un appartement dans le quartier Broomhall de la ville de Sheffield pour isoler les activités illégales de ses subordonnés du reste du Département de la Justice Magique. C'est là que les Aurors et Quinn se retrouvent entre leurs missions pour compléter le tableau du réseau de Malfoy.

Que se passe-t-il chez les Aurors ?

Ron et Hermione attendent eux aussi un enfant.

Terry est en couple avec Padma Patil depuis quelques mois.

La vie sentimentale de Susan et Katie n'est pas connue, mais cette dernière est en froid avec Cepheus, qui est apparemment sorti avec l'un de ses frères. Harry n'en sait pas beaucoup plus, mais il comprend que la rupture a été rude.

A la fin du chapitre 17, Harry transplane dans l'appartement de Broomhall, où plusieurs de ses collègues tiennent Cepheus en joue. Neville a découvert que le Langue-de-Plomb porte un cercle runique sur le crâne, et a alerté le reste du département. Quinn est-il un traître ? Est-il la raison pour laquelle ils n'arrivent pas à confondre Lucius ?


Pfiou, il s'en est passé des choses. Sur ce, LA SUITE !


Un cercle runique. Sur le crâne.

Derrière Harry, plusieurs transplanages successifs se firent entendre, ses collègues qui réagissaient à leur tour à l'activation de l'appel d'urgence de leur badge. Un brouhaha confus s'éleva dans l'appartement.

Lorsque Harry réalisa qu'il cherchait des réponses sur le visage de Cepheus, il reposa son attention sur Neville, dont les traits étaient tirés par un mélange de colère et d'angoisse.

« Hannah m'a parlé d'un de ses patients, chez qui ils ont trouvé une rune. Je me suis dit que ça ne nous ferait pas de mal de vérifier sur nous. »

« Je croyais… »

Harry s'interrompit de lui-même, la mâchoire serrée.

Il connaissait l'ancienne tradition des Sang-pur de graver des runes sur le crâne de leurs enfants, mais seulement parce qu'il s'agissait d'un crime, et qu'en tant qu'Auror, c'était son travail de savoir ce genre de choses. Il n'avait jamais été confronté à un tel cas, et il lui semblait que le dernier jugement d'une telle affaire remontait à l'époque de ses grands-parents. Une rare tradition à être tombée dans la désuétude.

Mais bon sang, bien sûr qu'ils continuaient… Pourquoi abandonner un tel outil pour contrôler leurs enfants ? L'estomac de Harry se retourna.

Merlin, Draco…

« Si vous me le dessinez, je pourrais vous dire ce qu'il fait, » plaida Cepheus avant de se tendre un peu plus lorsque les baguettes qui s'étaient légèrement abaissées le pointèrent à nouveau. Et bien qu'il ne le visait pas, Harry réalisa qu'il avait lui-aussi la sienne en main.

« Comment est-ce qu'on pourrait croire quoique ce soit sortant de ta bouche ? » cracha Katie, le visage tordu de fureur.

« Je vous dis la vérité ! Je vous dis toujours la vérité, vous m'avez interrogé sous Veritaserum, vous savez que je suis dans votre camp ! » protesta vivement le Langue-de-plomb.

« Qu'est-ce qu'on fait ? » demanda Harry, peu désireux de rester coincé dans cette impasse toute la nuit, et anxieux d'obtenir des réponses.

« Tu peux aller chercher Draco ? » interrogea Neville, et la réponse déborda de ses lèvres sans qu'il ait le temps de réfléchir.

« Non. »

Il était hors de question qu'il l'amène dans une telle situation. Hors de question qu'il utilise à nouveau l' Oubliette sur lui. Et pour une fois, il n'avait aucun scrupule à reporter le poids de sa décision sur quelqu'un d'autre.

Neville, dont les muscles de la mâchoire saillaient sous la peau, hocha la tête.

« Je vais chercher Hannah, » décida-t-il.

Cepheus maîtrisait assez sa forme d' Animagus pour se transformer et profiter de la désorganisation ambiante, filer entre leurs jambes, reprendre forme humaine hors du bouclier anti-transplanage et s'échapper. Mais il n'avait toujours pas bougé lorsque Robards débarqua pour reprendre la situation en main.

Poings magiquement liés à la table, Quinn fut assis seul d'un côté, dos aux toits de Sheffield. La peur avait quitté son visage androgyne pour laisser place à de la révulsion, et Harry avait un goût métallique dans la bouche. Vers quoi était-elle dirigée ? Eux ? Ses parents ? La situation ? Mais toutes ses réflexions le ramenaient au même point. Draco avait-il des runes sur le crâne ?

A chaque fois que cette interrogation effleurait son esprit, Harry la repoussait avec force, mais elle n'avait de cesse de revenir, plus forte à chaque passage. Ce n'était que parce que son chef était là qu'il ne fuyait pas l'appartement pour aller discrètement écarter les cheveux de Draco et vérifier que rien ne se trouvait dessous. L'idée lui donnait une telle nausée qu'il en avait des sueurs froides.

Son esprit en panique cherchait les assemblages de runes connues pour interférer avec les personnalités, les aspirations et les désirs des sorciers. Mais cela faisait trop longtemps qu'il ne s'était plus penché sur ses cours de droit magique, et si l'exercice de son métier lui avait permis d'appliquer une grande partie de ce qu'il avait appris, ce point spécifique restait désespérément obscur. Il se souvenait du cercle runique qui s'assurait que les enfants des Sang-Pur restaient vierges jusqu'à leur mariage, qui avait été le plus utilisé. Mais le reste de ce qu'il avait étudié était noyé dans la confusion et l'horreur qui régnait sous son crâne.

Robards, dont l'uniforme mal ajusté indiquait qu'il s'était habillé à la va-vite, se planta derrière Quinn. Les épaules de ce dernier frémissaient, mais il inclina la tête à la demande du Directeur de la Justice Magique. Ses cheveux châtains vinrent masquer son expression à leur vue, et furent écartés par les doigts de leur chef. L'expression revêche de ce dernier se transforma en une profonde lassitude.

« Monsieur Quinn… » murmura-t-il avant qu'un soupir ne vienne agiter sa moustache lorsqu'il se redressa. « Est-ce que vos parents sont des Mangemorts ? »

Le silence se fit dans l'appartement, et le Langue-de-plomb releva la tête, les traits tordus par l'angoisse.

« Non… ! Non, ils détestent les Mangemorts ! Ce sont des puristes mais ils n'approuvent pas leurs méthodes, ils-

« Est-ce que vous nous le diriez, s'ils étaient des Mangemorts ? » l'interrompit Robards alors que le crac d'un transplanage retentissait derrière la porte d'entrée.

Cepheus fixa le vide devant lui, les pupilles tremblantes et les ongles presque enfoncés dans le bois de la table. Il déglutit, et son regard croisa celui de Harry en se relevant.

« Non, » expira-t-il d'un ton désespéré.

Harry n'osait réfléchir à ce que cet aveu impliquait. Le cœur dans la gorge, il tourna la tête en sentant la main de Ron sur son épaule, mais celui-ci avait ses yeux étrécis dirigés vers leur espion.

« Mademoiselle Abbott, » salua Robards en s'éloignant de Quinn.

Harry porta son attention sur Neville et Hannah qui se tenaient sur le côté. Les cheveux très longs de la sorcière n'étaient pas noués dans leurs habituelles tresses, et étaient drapés sur son épaule couverte d'une robe sorcière, enfilée rapidement au-dessus d'un pyjama. Malgré l'anxiété dans son regard, elle se tenait très droite, baguette à la main.

« Guérisseuse, Directeur Robards, » corrigea-t-elle doucement, les yeux bleus posés sur Cepheus. Celui-ci serrait les dents, et son étrange regard s'était voilé de larmes.

« Mes excuses, Guérisseuse Abbott. Avant de faire quoique ce soit, pourriez-vous me confirmer l'action recherchée par le cercle runique sur le crâne de Monsieur Quinn ? »

Hannah hocha la tête et déglutit, puis se plaça à son tour derrière le Langue-de-plomb.


Un cercle de loyauté.

Ça n'avait aucun sens.

« Il n'est pas loyal à sa famille. Il prépare le terrain pour faire basculer la ligne politique de son père, il- »

« Mais il attend de récupérer son siège, » l'interrompit l'Auror Fenley. « Et surtout, il ne fait rien contre lui, même indirectement. Toutes ses informations, tous ses actes, sont ciblés sur Anders et sur d'autres conservateurs que son père. »

Harry se mordit les lèvres. La fatigue et la confusion l'empêchaient de réfléchir rationnellement. Il n'osait pas le dire à voix haute, mais le fait que Quinn ait eu une relation avec un autre homme n'était-elle pas une haute forme de trahison pour les Sang-Pur ? Mais que penser de son aveu qu'il ne dénoncerait pas ses parents s'ils s'avéraient être des Mangemorts ?

« L'idée de désobéir à sa famille ne devrait même pas lui traverser l'esprit, » raisonna Robards, ses épais sourcils froncés au-dessus de son regard sombre. Il paraissait exténué, comme tous ceux qui n'avaient pas été renvoyés à leurs postes respectifs et qui avaient pu rester autour de la table. Cepheus, lui, était enfermé dans l'unique chambre de l'appartement sous la garde des Aurors Sparrow et Carolls, qui étaient ceux en qui leur chef avait le plus confiance.

« Les actions des cercles runiques sont très peu étudiées… » intervint Hannah d'une petite voix. « Mais elles peuvent varier en fonction du moment du développement de la personnalité où ils ont été apposés, et de la force de caractère du patient, de son éducation, de ses expériences… » Son ton s'amoindrit alors que la totalité des regards se tournaient vers elle, mais elle prit une inspiration fortifiante et reprit. « Je ne connais pas Monsieur Quinn, mais il a tout de même vingt-huit ans, le fait qu'il soit un Langue-de-plomb me laisse entendre qu'il est très éduqué et intelligent… Et le cercle runique de la loyauté est tout de même assez… vague ? Avec une suffisante indépendance d'esprit, il peut tenter de contourner son influence… Sans jamais vraiment réussir, certes, mais… »

Le silence répondit à son analyse alors que chacun retournait ses mots avec ce qu'ils connaissaient de Cepheus. Harry put voir dans le regard de Neville, assis à côté de Hannah, que ses propos résonnaient aussi en lui. Quinn flirtait sans arrêt avec la limite imposée par les runes, et Hannah ne le savait pas, mais le fait qu'il soit un Animagus l'aidait sans doute aussi.

Ses réactions physiques, subtiles mais néanmoins visibles, lorsqu'il parlait de la possibilité d'être déshérité, de confronter son père sur ses opinions, prenaient encore plus de sens.

« Mais pour vraiment comprendre l'influence que peut avoir le cercle runique, il vous faudrait un Psychomage… Ou un Langue-de-plomb… » ajouta Hannah, sardonique. L'ironie de la situation fit étroitement sourire quelques Aurors. « Il lui faudra un suivi psychomagique de toute façon. Vivre aussi longtemps avec des runes est désastreux pour la psyché. »

« On ne peut pas permettre à un Legilimencien d'entrer dans son esprit, » intervint Robards. « Mais votre conseil est noté. »

« Si je puis me permettre, Directeur Robards, ce conseil s'applique à tous vos Aurors, » reprit la Médicomage d'une voix chevrotante mais avec une expression déterminée.

« Hannah… » murmura Neville.

« Il vous faut un ou plusieurs Psychomages dans le Département de la Justice Magique, si vous ne souhaitez pas qu'ils consultent à Ste Mangouste. La BIMU ne vous servira à rien quand vos Aurors seront incapables de venir travailler après des mois de stress où ils passent leur peu d'heures de sommeil à cauchemarder, » poursuivit la collègue de Draco d'un ton plus dur.

Robards la dévisagea en silence alors que Neville se frottait le visage avec fatigue.

« Noté, Guérisseuse Abbot, » déclara leur chef sans animosité. « Comme vous, j'aimerais que la situation nous le permette. » Hannah, triste et inquiète, pinça les lèvres et serra les dents. « Pouvez-vous retirer les runes sur Monsieur Quinn ? »

« Oui… Mais il a besoin de voir un psychomage av- »

« Ce n'est pas envisageable. Soit il consent à ce que vous retiriez immédiatement les runes, soit à perdre la totalité de ses souvenirs des dix derniers mois, » trancha Robards, soudainement plus rude. « Mais quoique nous fassions, il faut que cela soit fait cette nuit. Je comprends votre inquiétude pour Monsieur Quinn, mais il représente un danger pour nous tous. »

Hannah prit une longue inspiration qu'elle relâcha dans un soupir tremblant, puis capitula.


Bien qu'il dorme seul, Draco avait laissé une lampe de chevet allumée. L'odeur de la décoction de citronnelle qu'ils répartissaient sur les appuis de fenêtre pour repousser les moustiques flottait dans l'air, et une brise tiède transportait le chant d'insectes nocturne depuis le jardin. L'atmosphère était presque trop paisible pour le chaos d'effroi qui habitait Harry.

Il referma la porte en silence et se déplaça jusqu'au lit, les mains tremblantes. Un cercle runique de la loyauté n'aurait aucun sens sur Draco. Il avait plus d'une fois trahi les attentes de ses parents. Il avait obéi à certains de leurs ordres insensés, mais il leur avait aussi menti, les avait fuis… De telles runes ne l'auraient pas laissé agir jusqu'au point d'être déshérité. A moins qu'il ne s'agisse d'un savant plan pour atteindre Harry auquel il obéissait… Mais il refusait d'y croire.

Est-ce que quelque chose d'autre se cachait sur son crâne ? Que pouvait-il y avoir de pire qu'un cercle runique forçant à la loyauté envers sa famille ?

Harry déglutit, les poings serrés le long de ses cuisses. Il se sentait horrible d'être debout là, tel un prédateur au-dessus de la forme sans défense de Draco qui dormait tourné vers le milieu du lit, un bras drapé sur son bas-ventre. Mais il s'accroupit tout de même dans le bruissement de son uniforme et écarta ses cheveux d'un doigt frémissant.

Rien.

Harry rétracta sa main avec une inspiration fébrile. Il n'y avait rien.

Il vacilla entre l'envie de rire et celle de pleurer, et il s'accrocha aux draps alors que Draco soupirait en se tournant un peu plus vers le matelas. Harry se mordit le bout de la langue pour ne pas émettre un son, puis se redressa de toute sa hauteur.

Sa tête tournait. Ivre de fatigue et de soulagement, il s'accorda quelques secondes pour fermer les yeux et pour respirer l'odeur familière de sa chambre, puis il quitta la maison pour participer à l'interrogatoire de Quinn.


Août 2004

Le soleil chauffait ses plumes noires et le vent tiède poussait sous ses ailes et son ventre. Harry se laissa porter par un courant ascendant avant de redescendre vers la cime des arbres, les yeux rivés vers l'ondulation magique qu'il pouvait presque percevoir dans l'air.

A quelques dizaines de mètres de lui, Katie planait, les rémiges écartées et le bec tendu en avant. Elle tourna sa tête brune, et ils échangèrent un regard avant d'incliner leur corps dans des directions opposées. Il répondit à son cri par un croassement et battit des ailes pour atteindre sa cible.

Harry traversa le bouclier par l'est, aussi insensible à son existence que les autres animaux de la campagne du Wiltshire, puis se laissa doucement porter vers l'orée des bois où il se posa sur une branche. Devant lui s'étendait la pelouse immaculée du gigantesque parc du Manoir Malfoy.

Les rosiers étaient en fleur et leur parfum était assez entêtant pour couvrir l'odeur des lapins qu'il pouvait entendre sautiller derrière lui, celle des paons blancs qui crânaient dans l'herbe en se disputant leur pitance, et celle légèrement âcre des elfes qui jardinaient en guenilles. Devant lui, le Manoir s'élevait, et ses pierres blanches illuminées par le soleil créaient une fausse impression de majesté et de pureté, comme si ses murs n'avaient pas hébergé ce qu'il y avait de pire dans la magie. Comme si personne n'y était mort, comme si personne n'y avait été torturé, comme si son propriétaire ne planifiait pas une prise de contrôle du monde magique qui s'avérerait sans doute sanglante pour de nombreux sorciers et pour les moldus.

Harry força son cerveau d'omnivore opportuniste à abandonner sa constante recherche de nourriture, à se détourner de toutes les vies à chasser aux alentours, et à ignorer le fumet des petits cadavres d'animaux qui titillaient ses instincts.

Trois Mangemorts en patrouille. Deux elfes dans les jardins.

Il perçut une voix d'enfant et reprit son envol sans réfléchir.

Il survola le parc et sa pelouse parfaite malgré la chaleur de l'été, ses fleurs roses, rouges et blanches, ses elfes cuisant sous le soleil pour les entretenir. Il survola le Manoir, ses arches, ses pointes et sa toiture luisante pour en atteindre l'autre côté et se poser sur un parapet. Il baissa son bec et là, sur une terrasse ombragée, le petit frère de Draco tentait de passer la tête entre les barreaux de pierre de la balustrade qui le séparait du vide, peut-être pour mieux voir les paons qui picoraient en contrebas.

« Monsieur Malfoy ! » souffla sa préceptrice avec irritation depuis l'intérieur du Manoir. « La leçon n'est pas terminée ! »

Scorpius, qui avait fêté ses quatre ans quelques mois plus tôt, l'ignora et s'accrocha au garde-corps comme s'il savait déjà que la force allait être employée pour l'extirper de là.

Il avait grandi mais peu changé depuis que Harry avait partagé son souvenir du Chemin de Traverse avec Draco. Ses cheveux légèrement ondulés étaient toujours aussi blonds et épais. Bien qu'il ne puisse pas les voir actuellement, son nez était toujours aussi fin et ses yeux toujours d'un gris plus sombre que ceux de son frère. A force de ponctuellement lui rendre visite ces derniers mois, Harry percevait chez lui un assez fort caractère, chose qu'il n'avait pas pu voir à sa sortie de Gringotts avec son père, et qui l'avait un peu rassuré. Il n'était pas exactement indiscipliné, ce qui n'aurait rien eu d'étonnant de la part d'un enfant de son âge, mais il n'était pas non plus écrasé par l'autorité, en tout cas pas par celle de ses précepteurs.

Il suivait certaines de ses leçons avec enthousiasme, mais il exprimait la plupart du temps son mécontentement et son ennui à coup de profonds soupirs, de gestes irrités et de gémissements typiques d'un enfant forcé de rester assis à étudier des choses qui ne l'intéressaient pas. Il préférait lire, chose qu'il faisait déjà étonnamment bien, plutôt que de s'entraîner à écrire. Il finissait par dessiner des escargots, à moitié couché sur la table pour cacher le fait qu'il avait abandonné ses lettres, puis appuyait comme une brute sur la pointe de sa plume pour la casser lorsqu'il se faisait rappeler à l'ordre.

Il prolongeait ses brèves pauses en demandant des choses longues à préparer par les elfes, et avait appris à interchanger ses requêtes en les voyant les anticiper. Il filait dans les bois dès que les elfes chargés de le surveiller avaient le malheur de tourner le dos, lorsqu'il était autorisé à se dégourdir les jambes dans le parc. Il repoussait l'heure de son coucher en leur donnant d'innocents petits ordres, pour leur faire ajuster ses rideaux, ranger son bureau qu'il venait juste de mettre en désordre à cet effet, revoir le choix de vêtements pour le lendemain, lui apporter de l'eau, changer une taie d'oreiller qui grattait, vérifier qu'il n'y avait pas d'araignée dans sa chambre, l'emmener pour la troisième fois aux toilettes, lui remettre une couverture…

Harry, qui serait devenu fou si Teddy avait tenté une telle montagne de petites choses pour repousser le moment d'aller se coucher, ne pouvait néanmoins pas blâmer Scorpius. Il n'était entouré que d'elfes et de précepteurs. Personne ne s'intéressait à son bien-être psychologique, juste à son confort physique et à son développement intellectuel. Tous ceux qui évoluaient autour de lui, êtres magiques ou sorciers, semblaient avoir pour ordre de ne pas le laisser s'attacher à eux. Pas de câlins, pas de baisers, pas de caresses, pas d'encouragements, pas d'histoires ni de discussions avant de dormir, pas d'intérêt pour ce qu'il avait envie de raconter, de faire, d'exprimer.

Scorpius était seul, au sens affectif. Il ne sortait quasiment jamais du Manoir. Il n'avait probablement jamais rencontré d'autre enfant. Il ne semblait recevoir de significative attention que de la part de Lucius, lors de très rares dîners où l'homme alternait entre sèches remontrances sur ses manières à table et son manque de sérieux lors de ses leçons, et récalcitrante reconnaissance de ses performances en fonction des rapports de ses précepteurs.

C'était absolument terrible à voir et à entendre. Et bien qu'il n'en eût pas besoin pour excuser le comportement de Draco à Poudlard, il comprenait encore mieux à présent pourquoi il avait eu une telle personnalité. Comment faire autrement, dans cet environnement ? Draco au moins avait eu sa mère, qui malgré tous ses travers et une loyauté pour Lucius qui s'était avérée fatale, l'avait assez aimé pour trahir Voldemort lors de la bataille de Poudlard. Scorpius n'avait même pas cela. Et Lucius était certainement déterminé à ne pas voir la défection de Draco se répéter.

« Monsieur Malfoy ! » s'exclama à nouveau sa préceptrice. « Revenez ici tout de suite ! Dois-je alerter votre père de votre comportement ?! »

Le cœur serré, Harry put distinctement voir la défaite dans la posture de Scorpius. Sa poigne sur la balustrade s'amoindrit. Ses petites épaules s'affaissèrent. Il quitta les paons des yeux et se redressa avant de se retourner, le visage crispé et le regard trahi. Puis il traîna les pieds pour quitter la terrasse et disparut de son champ de vision.

« Est-ce que je vais devoir vous menacer à chaque leçon ? Est-ce comme cela que vous voulez fonctionner, à présent ? » siffla la sorcière.

Harry retint un croassement irrité et décolla. Ce n'était pas pour Scorpius qu'il était au Manoir, même si ses instincts paternels tentaient d'écraser ceux de l'oiseau et de l'Auror qu'il était aussi. Il s'autorisa un passage devant la terrasse pour voir le frère de Draco se hisser sur sa chaise d'adulte avec une triste mine et son enseignante se lever pour refermer la porte-fenêtre.

Malgré son profond dégoût pour l'attitude menaçante de la sorcière, surtout lorsqu'on connaissait les tendances disciplinaires de son employeur, Harry n'arrivait pas à complètement la blâmer. Travailler pour Lucius, d'autant plus pour élever son unique héritier, devait être terrifiant. Il ne doutait pas que cette femme craignait pour sa propre vie si elle échouait dans sa tâche, même si elle devait être très bien compensée financièrement.

Un scintillement dans l'air le força à un demi-tour, et il ouvrit le bec pour attraper le long cheveu brun qui voletait au-dessus de la terrasse, puis fila accomplir sa mission de surveillance.

Comme à chacune de ses visites, Harry fit le tour du Manoir pour regarder par chaque fenêtre. Ses observations précédentes lui avaient permis de mettre un nom sur quelques associés de Lucius, jusque-là insoupçonnés.

Il n'eut malheureusement rien à rapporter à ses collègues ce jour-là, et Katie non plus.


Le jardin d'Eridge Green commençait déjà à souffrir de l'absence d'habitants. La pelouse était à la fois haute et jaunie par le soleil, des mauvaises herbes poussaient dans le gravier où les Gibson garaient leurs voitures avant de déménager, et les haies qui entouraient la propriété avaient grand besoin d'être taillées.

L'air était différent de celui de la campagne qui entourait la maison d'Andromeda. La nuit était un peu plus chaude, plus sèche. Il y avait moins de fleurs pour embaumer l'atmosphère, qui portait l'odeur légèrement animale des pâtures avoisinantes. Mais les chênes et les érables, bien que moins nombreux que chez Andy, étaient gigantesques et murmuraient bruyamment dans la pénombre.

Quinn quitta son immobilité et avança dans le jardin en tirant sa baguette d'une large manche. Harry le regarda l'agiter et sentit une tension dans les enchantements qu'il avait passé les dernières semaines à minutieusement tisser autour de la propriété.

Il était impatient de connaître l'avis du Langue-de-plomb sur son travail, mais il savait aussi qu'il n'était pas du genre à mâcher ses mots. Une part enfantine de lui, celle qui avait encore besoin de validation, craignait qu'il se fiche de lui.

« Tu n'as pas fait dans la simplicité… » l'entendit-il murmurer avec ce qui ressemblait à du sarcasme. « Même avec un espace aussi large, est-ce qu'un Fidelius n'aurait pas été plus facile ? »

« C'est ce que j'aurais fait si j'avais été dans l'urgence… Mais puisque ce n'est pas le cas, je préfère éviter de mettre ce poids et ce danger sur quelqu'un. »

Outre le fait que le rituel du Fidelius n'était pas pratique pour intégrer des personnes supplémentaires dans l'enchantement, Harry était de plus en plus anxieux pour la sécurité de ses proches. Luna passait le plus clair de son temps à l'étranger, ce qui la rendait relativement hors d'atteinte en plus d'insoupçonnable pour un Gardien du Secret. Mais il était tout à fait possible que les Mangemorts tentent de soutirer l'emplacement de son habitation à d'autres de ses amis, quand bien même ils ne pourraient rien leur révéler.

Le maillage de sortilèges qu'il appliquait à Eridge Green était complexe et consommateur de temps, mais il avait pour but de lire les intentions des visiteurs. Il ne mettait ainsi de cible dans le dos de personne.

« Sur qui est-ce que tu comptes le rattacher ? » interrogea Queen.

« Draco. »

« Hmm…Si je puis me permettre, tu as, contre toute attente, plus d'ennemis que lui. »

« J'ai aussi plus de… fans, » grimaça Harry.

Cepheus le dévisagea dans la pénombre, le regard rendu inquiétant par la façon dont il luisait dans la faible luminosité offerte par la demi-lune. Mais il se mit à rire, d'abord doucement, puis de plus en plus fort. Harry pouffa lui-aussi, entre amusement et embarras. L'éclat du Langue-de-plomb le surprit néanmoins, après les jours passés à le voir complètement renfermé et silencieux le peu de fois où il l'avait croisé à Broomhall.

Hannah avait eu des difficultés à retirer le cercle runique. Ses efforts lui avaient permis de le désactiver, mais elle avait estimé, au vu de son étirement, qu'il avait été apposé très tôt dans sa vie. Il était resté trop longtemps sur son cuir chevelu pour être complètement effacé.

Puis Cepheus avait dû être interrogé malgré la souffrance qu'il avait semblé ressentir. Pendant deux jours, gavé de Veritaserum, il s'était tenu la tête pour répondre aux questions de Robards. Son interrogatoire avait heureusement révélé que, si les allégeances de Quinn étaient toujours allées en priorité à son nom, il ne les avait pas trahis. Ni Thadeus Quinn, ni son épouse, n'étaient des Mangemorts, ou en tout cas pas à la connaissance de leur fils.

« Tu n'as pas tort, » admit celui-ci en soufflant les dernières traces de son hilarité. « Merci… J'avais besoin de ça… » ajouta-t-il plus bas en se détournant de lui.

Un sourire triste aux lèvres, Harry l'observa reprendre l'analyse de son travail sur la protection d'Eridge Green. Il n'osait imaginer l'horreur qu'il avait dû ressentir en apprenant que ses actes avaient été guidés, bridés par un dessin gravé sur sa tête, pour lui qui faisait montre d'une telle indépendance d'esprit. Était-ce pire, pour lui qui était Langue-de-plomb, et pour qui les runes n'avaient pas de secret ? Ou n'était-ce qu'un détail au milieu du sentiment de trahison qu'il devait ressentir ?

« Comment tu te sens ? » osa-t-il demander lorsque Cepheus baissa sa baguette.

Il le vit ranger cette dernière dans sa manche puis se tourner vers lui avec un soupir.

« Comme si je n'avais aucune idée de qui j'étais réellement. Chose qui était pourtant extrêmement claire, pour moi. »

« Est-ce que… désolé si c'est indiscret, mais est-ce que tu sens une différence ? Dans ta façon de penser ? Dans tes idées ? »

Quinn resta silencieux un instant, puis soupira à nouveau, les épaules basses, avant de refaire les quelques pas qui menaient à lui.

« Pas exactement. Mais il y a certains passages de ma vie, certaines… décisions, qui ont maintenant plus de sens, » expira-t-il, le visage tourné vers le chemin qui sinuait entre les pâtures. « Ça me coûte de l'admettre, mais le cercle runique m'a parfois protégé de réactions qui auraient été complètement stupides et dommageables pour la réalisation de mes plans. Mais d'un autre côté… Elles m'ont fait faire des choses que je regrette amèrement. »

« Comme… quitter le frère de Katie ? » supposa Harry, le cœur serré pour lui.

L'expression de Quinn se tendit, mais il inclina subrepticement le menton.

« C'est trop tard pour réparer quoique ce soit, » reprit-il après un court silence. « Mais au moins… Je réalise que ce n'était pas entièrement de ma faute. »

« Pourquoi est-ce que ça serait trop tard ? »

« Il est marié, maintenant, » l'informa Cepheus d'un ton ironique, un sourcil levé dans sa direction.

« Oh… Certes… Désolé. »

« Je suis passé à autre chose, » reprit-il avec un haussement d'épaules. « Mais je me sentais coupable. C'est un peu moins le cas maintenant. C'est déjà ça, j'imagine... »

« Ça a dû être violent pour que Katie réagisse comme ça avec toi… »

La seule réponse de Cepheus fut un sourire étroit.

« Peut-être que tu devrais lui en parler, » proposa Harry avec hésitation. « Même sans… chercher à renouer. Histoire qu'il comprenne un peu mieux. »

« Ça serait plus au bénéfice de ma propre conscience qu'un soulagement pour lui, crois-moi. »

« Tant que ça ne lui fait pas plus de mal. Ça doit être difficile, de savoir que quelqu'un nous déteste pour quelque chose qu'on a fait sous la contrainte, » raisonna-t-il.

Le Langue-de-plomb haussa à nouveau les épaules, et son attitude et son absence de réponse l'encouragèrent à laisser tomber le sujet. Il n'était de toute façon pas bien placé pour parler de faire amende honorable.

« Qu'est-ce que tu penses des enchantements, alors ? »

« Tu as encore du boulot, » lâcha Cepheus, et son bond sur le changement de conversation et la brutalité de son ton le froissèrent avant qu'il ne reprenne plus doucement. « Mais ton maillage est précis et puissant. Possible que tu ne puisses pas rentrer dans la maison un jour où Tonks t'aura énervé. »

Harry eut un rire surpris qui fut très vite interrompu par son inquiétude. Il se disputait rarement avec Draco, mais c'était quelque chose qui pouvait, et allait certainement arriver. Et si Teddy s'irritait un jour d'une réponse négative de son Dada à l'une de ses demandes ?

« Sérieusement ? »

« Non, ça ne marche pas comme ça, » ricana Quinn.


Écrasé par la fatigue et par la chaleur matinale, Harry laissa les feuilles de Rowan caresser sa paume puis retira les premières agrafes de son uniforme étouffant en rejoignant la porte d'entrée. A cette heure-ci, Teddy était déjà chez les Weasley, et Draco et Andromeda à Ste Mangouste. Il aurait difficilement eu la force de tenir une conversation ou de jouer avec son filleul, mais son cœur se serra néanmoins en entrant dans la maison vide. La deuxième moitié de l'été était déjà entamée, et il avait la sensation que cela faisait des semaines qu'il n'avait pas passé du temps avec sa famille. C'était une exagération, il les avait tous vu quelques instants au cours des derniers jours, mais c'était trop peu face au besoin qu'il avait de s'enfoncer dans leur cocon pour oublier la pression dans laquelle il travaillait.

Il retira ses bottes de combat dans le vestibule et gravit les escaliers, puis passa directement dans la salle de bain où il se débarrassa de son uniforme et de ses lunettes. Il entra dans la douche, et bien que tenté de s'asseoir dans la baignoire pour soulager ses jambes fatiguées, il ne fit qu'appuyer son front au carrelage en laissant l'eau battre ses épaules.

« Harry ? »

La voix de Draco le fit sursauter et manquer de se cogner au porte-savon accroché à la colonne de douche.

Il se retourna pour entrouvrir le rideau et fit face à l'expression surprise de son petit-ami qui, l'air à peine réveillé, était à moitié caché par la porte de la salle de bain.

« Hey. Tout va bien ? Tu ne travaillais pas ce matin ? » l'interrogea-t-il avec inquiétude, une main levée pour essuyer les gouttes accrochées à ses cils.

« Non, je suis d'après-midi. »

Malgré ses traits détendus par le sommeil, le regard acéré de Draco se balada sur le peu qu'il pouvait voir de lui.

« Pas de bobo, » lui assura-t-il. Il avait plus répété cette phrase qu'il n'avait de cicatrices, à présent.

« Tu veux manger ? J'allais descendre déjeuner. »

« Non merci, » répondit Harry. Il avait rapidement avalé quelque chose au Ministère après une longue nuit à interroger trois individus, suspectés d'avoir tellement fait tourner une Moldue en bourrique qu'elle s'était suicidée. L'affaire était sordide et le remplissait d'un mélange de peine et de colère qui lui serrait encore la gorge. Il n'aspirait qu'à s'écrouler dans son lit pour mettre son esprit en pause quelques heures, s'il y arrivait.

Draco lui sourit étroitement, et ce ne fut qu'à force d'habitude qu'il put lire dans cette mince expression toute sa fatigue de ne rien savoir et son inquiétude pour lui. Il disparut et referma la porte avant qu'il ne trouve quoi lui dire pour le rassurer.


Une fois dans leur lit, Harry s'endormit à peine la tête sur l'oreiller, bercé par le chant des oiseaux et le dos nu caressé par une brise tiède.

Ce fut une brusque angoisse qui le réveilla, mais les images qui y étaient attachées s'échappèrent à peine ses yeux ouverts. Il ne resta de son rêve qu'un confus sentiment d'urgence, une insupportable sensation de perte, et la certitude qu'il avait fait une terrible erreur.

Sirius.

Il déglutit. Les relents de son cauchemar lui faisaient penser à Sirius.

Toujours allongé sur le ventre, il cligna des yeux dans la lumière forte et sa vision floue enregistra enfin la présence de Draco, assis contre des oreillers à côté de lui. Toujours en T-shirt et sous-vêtements, il avait appuyé un des romans moldus d'Andromeda contre ses jambes repliées et lisait avec une expression de vague perplexité. Harry observa son profil avec affection puis traqua du regard sa main, qui frottait auparavant sa mâchoire, descendre pour caresser son ventre maintenant clairement rond.

Il tenta de laisser cette image brûler les vestiges de son rêve qui lui enserrait toujours les côtes. Et ce qui resta, il l'étouffa et l'enfouit au fond de lui avec tout le reste.

Draco tourna une page, le torse soulevé puis affaissé par une profonde expiration irritée. Les romans de science-fiction de sa tante étaient sans doute un trop gros challenge pour quelqu'un ayant passé six heures de sa vie en tout dans le monde moldu.

Amusé, Harry extirpa sa main de sous l'oreiller et caressa son bras. Il passa sa paume sur la marque des ténèbres, tellement banale pour lui à présent, puis remonta jusqu'à son poignet. Il se rapprocha de lui en joignant leurs doigts au-dessus de leur fille et nicha son visage contre son épaule. Son corps crispé par la fatigue le faisait souffrir, et la position bancale dans laquelle il se trouvait à cause des oreillers de Draco n'aidait en rien, mais c'était un tel réconfort d'être contre lui. Il referma les yeux avec un soupir.

« Quelle heure ? » marmonna-t-il en étendant les doigts pour caresser la fermeté de son ventre entre les siens.

« Onze heures et quelques, » répondit la voix de Draco qui résonna sous son oreille. « Tu n'as dormi que deux heures, rendors-toi, » reprit-il un peu sèchement, mais son ordre fut adouci par un baiser sur ses cheveux.

« Tu pars dans combien de temps ? »

« Hmm… Quarante-cinq minutes. »

« Je me rendormirai après, » décida Harry. Il ignora son soupir agacé qui accompagna la fermeture de son livre et concentra ses sens sur sa main. Il n'avait pu sentir leur fille bouger que deux fois, et ça avait été tellement éphémère et discret qu'il n'était même pas vraiment sûr que son imagination ne lui ait pas joué un tour. « Comment tu vas ? »

« Ça va… » répondit Draco d'un ton qui sous-entendait qu'il avait néanmoins quelques griefs à exprimer. « Un peu inquiet pour les gardes de nuit que je dois faire en fin de semaine… Et Andy est en mode mère-poule, je l'aime mais elle me fatigue. »

« J'ai vu qu'elle avait tricoté encore plein de trucs, » s'amusa Harry. Leur fille n'était même pas encore née qu'elle était déjà habillée pour l'hiver.

« C'est plutôt sur les repas qu'elle me traque. Hier, elle est venue me piquer mon dessert et poser un yaourt sur mon plateau à la cantine, sans un mot, mais tu sais… avec ce petit air mauvais qu'elle a quand on fait une connerie ? Corner s'est tellement foutu de moi… » soupira-t-il malgré le rire dans sa voix.

Harry pouffa contre sa gorge.

« Qu'est-ce que tu avais comme dessert ? » interrogea-t-il d'un ton faussement soupçonneux.

« Un opéra… » marmonna Draco avant de reprendre dans un geignement. « Ils n'en font qu'une fois par mois, et c'est mon gâteau préféré. »

« Tu es ridicule, » gloussa Harry.

« Tu comprendrais si on te privait de frites, espèce de morfale. »

« Draco, tu te gaves de chocolat, » lui fit-il remarquer dans un rire. « Je ne dirais pas que tu es privé. Je suis sûr que tu en as dans ta table de nuit. »

Le silence lui répondit, mais Harry pouvait très bien l'imaginer rouler des yeux.

« Désolé mais… Tu peux bouger ? J'ai mal au dos comme ça. »

« Moi aussi, » admit-il en se redressant légèrement pour se décaler et se réinstaller dans une position plus confortable. Un léger sourire aux lèvres, il le regarda s'allonger en face de lui et leva la main pour repousser les mèches blondes qui étaient tombées sur sa pommette. Il lui avait toujours trouvé un regard intense, et c'était d'autant plus vrai ainsi à la lumière du jour, mais il trouvait que son visage s'était adouci ces derniers temps. Il était toujours très Malfoy et ses traits réussissaient l'exploit d'être durs et délicats à la fois, mais les angles lui semblaient moins acérés.

Harry sourit sous ses yeux étrécis. Sa main vint se reposer comme par réflexe sur sa hanche, paume contre son ventre, et il battit des paupières lorsqu'un pouce de Draco vint souligner les cernes qu'il devait avoir sous les yeux.

« Pourquoi tu as mal au dos ? »

« C'est juste musculaire, je pense, » réfléchit Harry en remuant une épaule. Son visage se contorsionna à cause d'un tiraillement sous son omoplate. Les coupables étaient certainement les heures de tension passées entre les salles d'interrogatoires avec Neville, pour confronter les versions de leurs trois suspects. Il ne pensait pas un jour se dire une telle chose, mais il avait presque envie de prendre sa forme d' Animagus. Il lui vouait pourtant une haine qui n'avait rien d'irrationnel, mais son confort physique était tentant à cet instant.

« Mets-toi sur le ventre. »

« Hm ? » émit Harry en relevant ses yeux, qui s'étaient égarés sur la façon dont son T-shirt épousait ses nouvelles formes.

« Sur le ventre, » répéta Draco d'un ton impérieux en se mettant à genoux sur le matelas.

Harry fronça les sourcils avec interrogation mais s'exécuta, et son poids retombant sur le lit le fit légèrement rebondir. Il croisa les bras sous sa tête alors que Draco passait un genou au-dessus de lui, et il eut un étrange bruit de gorge en le sentant s'asseoir sur ses fesses.

« Ce ne sont pas des avances sexuelles, » ricana Draco en posant les mains de part et d'autre de sa colonne vertébrale.

Harry eut un rire étouffé et frissonna de la pression de ses doigts frais sur sa peau, qui quittèrent progressivement ses reins pour masser le milieu de son dos.

« Tu as pris du poids, non ? » murmura-t-il avant de se mordre les lèvres pour ne pas rire en le sentant se figer puis se pencher sur lui.

« Répète ? » souffla dangereusement Draco près de son oreille.

« Tu as pris du- » commença-t-il avant d'être interrompu par son propre éclat de rire en le sentant le chatouiller. « -poids ! »

Avec un soupir amusé, Draco se redressa pour continuer à le masser. Les yeux fermés et le visage relâché, Harry sentit les côtés de sa bouche s'étirer et les muscles de son dos se détendre. C'était presque plus le contact que le massage en lui-même qui le soulageait, s'il était honnête. Draco était beaucoup moins tactile que lui, et c'était un plaisir et un réconfort de sentir ses mains et son poids sur lui après une telle journée et une telle nuit.

Il se laissa porter et apaiser par la sensation, le corps de plus en plus lourd et l'esprit délicieusement vide. Ses sens prirent le pas sur ses pensées et s'abreuvèrent de l'odeur familière des draps, des sons de la nature qui filtraient par la fenêtre, du confort de son enveloppe épuisée et de la douceur des doigts sur son dos et ses épaules.

Il était presque en train de se rendormir lorsque Draco reprit la parole.

« Tu as pensé à des prénoms ? » lui demanda-t-il en faisant descendre ses mains sous ses omoplates pour presser délicatement ses côtes.

« Hmm oui. »

Bien sûr qu'il y songeait. Il y réfléchissait en lisant des prénoms de sorcières dans ses rapports et dans les journaux, il y pensait en touchant les feuilles de l'arbre de Rowan, en regardant Draco, en voyant toutes les photos accrochées aux murs de la chambre de Teddy.

Il y pensait avant même qu'il ne lui demande avec hésitation s'ils pouvaient éviter les noms de disparus, d'astres et de fleurs. Avec difficulté, Harry avait rayé beaucoup de prénoms de sa liste mentale. Il était entièrement d'accord avec l'argument qu'un enfant avait besoin de sa propre identité, de ne pas être alourdi par l'histoire de quelqu'un d'autres, mais… Il n'avait pas pu s'empêcher d'imaginer une Lily, une Rose, une Violette… Mais ce n'était pas juste pour Draco.

La conversation qu'il avait eue avec Michael lui revint en mémoire, et même si le nouveau maître de potions l'avait fait rire, il n'avait pas envie de prononcer le nom de Lucius. Il ne pouvait de toute façon pas lui parler du fait qu'il avait discuté avec son collègue quelques semaines plus tôt.

« Dis-moi. »

« J'ai peur que tu te foutes de moi, » expira Harry avant de se tendre légèrement sous ses trop légères caresses. « Plus fort, ça me chatouille sinon. »

« Désolé, » prononça Draco en accentuant la pression de ses doigts. « Moi, me moquer de toi ? Ça n'arrive jamais. »

Le torse de Harry fut secoué par un rire, et il pinça les lèvres en cherchant de quoi tester son affirmation.

« Mildred, » énonça-t-il alors avec sérieux.

Draco pouffa de surprise et lui postillonna dessus.

« Tu te fous de moi. »

« Oui. Et toi tu me craches dessus, » rit Harry.

Draco lui essuya le dos avec un petit ricanement.

« Tu as vu pire qu'un peu de salive. »

« Je croyais que ce n'était pas des avances sexuelles, » fit remarquer Harry avec amusement.

« Hmm, je ne crois pas que tu sois en état de toute façon… » murmura Draco d'un ton grave alors que ses pouces remontaient de part et d'autre de sa colonne vertébrale.

Harry esquissa un sourire triste et nicha un peu plus son visage entre ses propres bras. Derrière lui, Draco dénoua patiemment la tension dans ses trapèzes. Son poids et ses mains sur lui l'encraient aussi bien physiquement au lit que psychologiquement à l'instant, et il voulait s'agripper à cette sensation, celle qui lui disait qu'il n'existait qu'ici et maintenant, et que rien d'autre n'avait d'importance. Mais la douceur de ses gestes lui donnait l'impression qu'il touchait plus que la peau de son dos, que ses attentions atteignaient plus que ses muscles crispés. Quelque chose le tiraillait de l'intérieur, comme si son être était lentement exploré, mis à nu par des gestes délicats. Caressé, soigné. Aimé.

Harry savait d'où lui venait cette envie, ce besoin d'être touché. Il avait toujours inconsciemment cherché à offrir à Teddy ce qu'il n'avait pas eu, et avait tiré de ses câlins tout ce qui lui avait manqué dans sa propre enfance. Cette affection, ce sentiment d'appartenance, et même juste cette preuve qu'il existait, qu'il n'était pas invisible, qu'il n'était pas un monstre trop repoussant pour être aimé. Sans le savoir, Teddy le guérissait de ce manque.

Mais sous les mains de Draco, plus qu'aimé, il se sentait précieux.

« Tu utilises la magie ? » demanda-t-il d'une voix nouée, ses yeux brûlants heureusement couverts par ses paupières.

« Oui. Tu le sens ? » sembla s'étonner son petit-ami en massant ses épaules. Harry murmura à l'affirmative. « Ça fait du bien ? »

« Oui… »

Ça lui faisait autant de mal que ça lui faisait du bien, comme de l'eau sur une brûlure, un repas sur un estomac affamé, l'éblouissement de la lumière après l'obscurité, ou le sifflement du silence après les cris. Mais il garda les yeux fermés et les bras croisés, et s'endormit entre douleur et soulagement.


Cela faisait trois jours que Harry n'avait pas pu voir Teddy. Et l'entendre rire, avant même de le reconnaître au milieu des enfants qui jouaient dans le jardin du Terrier, lui donna les larmes aux yeux et lui serra la gorge.

Son filleul scanda son nom et interrompit sa bataille d'eau avec ses cousins. Il abandonna son simulacre de baguette, une invention de George qui permettait un aguamenti d'une simple pression des doigts sur le bois, et courut dans sa direction. L'azur de ses cheveux, la couleur de la joie, se mua en turquoise avant que ses mèches ne s'assombrissent. Elle adoptèrent le même noir corbeau que le sien alors qu'il se jetait dans ses bras.

Harry le souleva avec émotion pour le serrer contre lui. Teddy enroula ses longues jambes autour de son buste, puis l'étrangla presque avec son câlin.

« Tu m'as manqué… ! » sanglota-t-il contre son épaule.

Harry raffermit sa prise sur lui, le nez sur le col mouillé de son T-shirt, et ravala difficilement ses propres larmes. Son cœur épuisé souffrait de lui faire du mal, mais était en même temps apaisé par son contact, comme dans un cycle infini de peine et de guérison.

« Tu me manques aussi, mon p'tit loup… » murmura-t-il en retour.

Il s'en voulait terriblement d'être aussi absent. Ni Draco ni Andromeda ne le blâmaient lors des rares fois où il les croisait, mais ils ne lui cachaient pas non plus l'anxiété de son filleul de le voir aussi peu. Et quand bien même Teddy n'en aurait pas souffert, Harry aurait aussi mal vécu la situation. Il était devenu sa famille à peine venu au monde, sa mission dès qu'il en avait eu terminé avec Voldemort. C'était à la fois étrange et terriblement logique, mais plus qu'Andromeda et même Draco, Teddy était une part indissociable de lui, un morceau de son propre cœur.

« Tu viens jouer avec nous ? »

Harry serra les dents, le visage crispé dans une grimace qu'il cacha au creux de sa petite épaule.

« Non… Désolé Teddy… Il faut que je reparte. »

« Déjà ? » s'étrangla son filleul, dont le dépit fit relâcher sa poigne avant de la resserrer comme pour le retenir. « Non, reste un petit peu ! Mamie vient bientôt me chercher, tu peux rester jusqu'à ce qu'elle arrive ! »

« Je suis désolé… » murmura Harry, et il peina à faire sortir ses mots suivants de sa gorge nouée. « Je passais juste te voir, mais il faut que je retourne travailler. »

Teddy émit un son entre déception et angoisse, et Harry l'entendit déglutir puis renifler. Il lui caressa le dos et les cheveux, le cœur pris dans un étau.

« Je suis désolé… » répéta-t-il.

Il avait beau lui avoir expliqué la situation, édulcorée pour ses oreilles d'enfant, il comprenait que Teddy ne l'accepte qu'en partie. Ces derniers mois de présence sporadique étaient longs pour Harry, mais ils devaient l'être encore plus pour son filleul.

Il le reposa par terre, et caressa avec tristesse son visage dépité alors que ses cousins les rejoignaient. Il déclina leur invitation à jouer avec eux, adressa un signe de main et un sourire crispé à Molly qui sortait de la maison avec Louis dans les bras, puis leur tourna le dos pour transplaner à l'extérieur des protections.

Le cœur serré, il salua ses collègues qui se préparaient à leur prochaine mission dans l'appartement de Broomhall. Neville, qui venait lui-aussi de quitter son service au Ministère et auprès duquel il s'était longuement épanché sur sa sensation d'abandonner sa famille, lui serra le bras avec une expression compatissante avant de se réintéresser au mur couvert de parchemins.

« Ça ne va pas ? » lui demanda discrètement Susan avec un air inquiet.

« Ça va, » assura-t-il en forçant un sourire sur son visage. « Juste… Un peu fatigué de… tout ça. »

Il désigna la pièce d'un vague geste de la main. Susan inclina le menton. Il n'avait pas besoin d'élaborer. Ils étaient tous épuisés.

« Preston ? » interrogea-t-il bien qu'il connaisse déjà l'ordre de mission de ses collègues.

« Oui. Terry l'a entendu parler d'une réunion ce soir. »

La forme de loup gris de leur collègue était très peu pratique en termes de discrétion et bien plus adaptée au combat, mais il avait l'ouïe extrêmement fine. Il était plus souvent affecté en soutien qu'en surveillance, mais il était, même ainsi, très doué pour capter des bribes de conversations qui échappaient parfois à ses collègues pourtant infiltrés.

Ça faisait bien longtemps qu'ils savaient que le porte-parole du Magenmagot était associé à Lucius. Mais ils n'avaient encore rien pu lui mettre sur le dos, et Harry espérait grandement que la mission de ce soir leur permettrait de trouver le fil sur lequel tirer pour le faire tomber. Et avec un peu de chance, pour faire tomber Malfoy aussi.

« Bon courage. Faites attention, » sourit-il.

Susan lui adressa un regard confiant puis rejoignit Terry et l'Auror FitzPatrick dans leurs préparatifs autour des plans de la maison d'Aldrich Preston.

Harry se tint à côté de Neville et chercha par réflexe le nom de Ron dans les affectations. Le pauvre était resté coincé au Ministère toute la nuit précédente sur une triste affaire de magie accidentelle.

Un petit Né-Moldu, trop jeune pour entrer à Poudlard, avait gravement blessé ses parents, et l'enquête avait révélé une affaire de maltraitance qui lui avait retourné l'estomac lorsqu'il avait lu les rapports préliminaires au début de son propre service. Ron et Victoria, une jeune recrue, avaient réussi à sortir les parents de l'hôpital moldu où ils étaient soignés pour les rapatrier à Ste Mangouste, mais le père avait succombé à ses blessures au cours de la journée. Katie, qui avait pris le relai de l'affaire pendant les quelques heures de repos de Ron, était entrée dans une colère noire en l'apprenant. Le corps de la mère, qui était toujours inconsciente, était dépourvu de magie et ses soins donnaient du fil à retordre au service d'Andromeda. Si elle mourait à son tour, ils n'auraient plus personne à interroger pour justifier de leurs actes, et le pauvre garçon allait vivre sa vie en sachant qu'il avait tué ses parents simplement en tentant de se défendre.

C'était une histoire affreuse, et malheureusement pas la pire sur laquelle ils avaient travaillé ces dernières années.

Harry grinça des dents en voyant que son meilleur ami était affecté à la surveillance du Manoir Malfoy pour la nuit. C'était stupide. Sa forme de chien n'était absolument pas pratique pour s'infiltrer sur un territoire aussi ouvert, et d'autant moins avec des patrouilles de Mangemorts dans le parc. Pourquoi ne pas l'avoir désigné à sa place ? La nuit était le moment idéal pour un grand corbeau. Il ne risquait quasiment rien !

« Ernie et l'Auror Carolls sont avec lui, ça va aller, » fit remarquer Neville, qui le connaissait décidément trop bien.

« Robards aurait dû l'affecter à ma place, » grogna tout de même Harry.

Il allait passer une partie de la nuit assis sur une chaise de l'appartement, à guetter un appel au secours de ses collègues. Ron avait plus besoin de se reposer que lui.

« Harry, tes rotations sont pires que celles de Ron… »

« Celles de Katie sont pires que les miennes. »

« Celles… » Neville s'interrompit de lui-même et soupira. En plus d'avoir une forme Animagus idéale pour l'espionnage, Katie entraînait la BIMU. « Certes. Mais ce n'était pas le propos. »

Harry haussa les épaules et abandonna son ami pour se diriger vers la petite cuisine intégrée à la pièce. Il prépara machinalement du thé, les yeux plissés par le soleil vif du mois d'août qui se reflétait sur le carrelage blanc du mur. Il observa les toits de Sheffield en attendant que l'eau arrive à ébullition, l'oreille vaguement dirigée vers la conversation entre Susan, Terry et l'Auror FitzPatrick, puis la versa dans la théière.

Il s'installa à table avec ses collègues mais n'interrompit pas leurs préparatifs. Cepheus passa en coup de vent pour s'informer des évolutions – minimes – de la journée, et le ciel était aussi orange que ses yeux lorsqu'il repartit au Ministère pour espionner son chef.

Un balai de changements d'affectation s'engagea alors. Ron, le visage sombre, retrouva Ernie et Sarah Carolls après leur propre service, et ils transplanèrent à Trowbridge, Wiltshire, alors que le soleil frôlait l'horizon. Katie et l'Auror Sparrow apparurent après l'entraînement de la BIMU et attrapèrent les nouvelles des dernières heures avant de repartir, l'une pour quelques heures de repos, l'autre pour relever l'Auror Fenley à la surveillance de la maison du potionniste Oscar McLair. Nigel Wolpert et Dana Cohen, de la promotion d'Ernie, furent assignés à la demeure des Navenby. David Spencer, une dernière nouvelle recrue, rassembla les rapports de surveillance de la journée malgré leur peu d'informations nouvelles, pour les transmettre à Robards.

Et Harry et Neville attendirent.


« Je pense demander Hannah en mariage bientôt, » lui révéla Neville lorsqu'ils en eurent assez de spéculer sur la vie amoureuse de Katie. Quand trouvait-elle le temps d'avoir une vie ?

« Oh, génial ! » s'enthousiasma Harry depuis le canapé où il s'était avachi.

Toujours assis à la grande table devant de vieux rapports qu'il classait, Neville sourit timidement dans sa direction.

« Je ne pense pas que tu doives t'inquiéter de la réponse, » s'amusa Harry.

« Non, ça ne sera d'ailleurs pas vraiment une surprise pour elle, » rit son ami. « Je l'ai déjà demandée en mariage environ trente fois. »

« Trente fois ?! »

« Oui, tu sais… En blaguant ? Mais on sait tous les deux que c'est sérieux. »

« Hmm… » émit Harry, vaguement dubitatif mais amusé. Était-ce ce que Draco faisait lorsqu'il l'appelait son mari pour rire ?

« Oh, désolé, » se raidit soudainement Neville avec un regard paniqué dans sa direction. « Pardon, pour… Je sais que… Draco et toi- »

« Oh Merlin… » soupira Harry, qui rejeta la tête en arrière lorsqu'il comprit la source de l'anxiété de son collègue. « Ne fais pas ton Hermione… Comment est-ce que je pourrais être autre chose que content que mes amis se marient ? »

« Mais c'est… »

« Pas très juste, certes, mais est-ce que j'ai envie qu'on s'abstienne d'être heureux à cause de moi ? Certainement pas. »

Neville le fixa avec inquiétude, puis son angoisse sembla s'évaporer de lui. Ses épaules se voutèrent et il expira bruyamment.

« C'est pour ça que Ron et Hermione ne sont pas mariés ? » interrogea-t-il.

« Elle dit que non, mais elle me prend parfois pour un con, » maugréa Harry.

Son collègue eut un petit rire qui acheva de détendre ses traits.

« Elle fait souvent ça, oui… Je veux dire, avec moi aussi. »

« Je l'adore mais elle me rend un peu dingue quand elle est comme ça. »

« Est-ce qu'il n'y aurait pas autre chose, tout de même ? J'ai du mal à voir Ron adhérer à ce plan, pour être honnête… »

Harry s'accorda le temps de la réflexion en fixant le plafond. Est-ce que Ron s'empêchait d'épouser Hermione parce que Draco et lui-même ne pouvaient pas se marier ? Son premier réflexe était de dire non, mais… Il pouvait tout à fait voir son meilleur ami être buté sur une chose aussi stupide tout en croyant faire cela pour lui.

« Contrairement aux apparences, Ron a autant d'influence sur Hermione qu'elle sur lui. Et s'ils n'étaient pas d'accord sur quelque chose, je pense que j'en aurais très vite entendu parler. J'en conclus qu'ils sont de mèche. »

Neville rit à nouveau, et Harry sourit de son amusement en rabaissant le menton pour le voir accoudé à la table.

« Et tu en as parlé avec Ron ? »

« Non… » répondit Harry avant de légèrement soupirer. « On a le genre d'amitié où on fait des choses l'un pour l'autre mais sans vraiment en parler, car nous sommes émotionnellement constipés. »

Neville pinça les lèvres mais son hilarité en déborda tout de même. Harry se mit à rire à son tour, et l'expérience lui sembla presque étrangère après les dernières journées qu'il avait vécues.

« Cette définition me semble réaliste, » se moqua gentiment son ami lorsque son rire s'amoindrit. « Mais peut-être qu'ils n'ont tout simplement pas envie de se marier ? »

« C'est possible oui. Ou peut-être que ce n'est juste pas le moment, » convint Harry en soulevant ses lunettes pour essuyer ses yeux.

« Non… Je ne m'attends pas à pouvoir le faire avant au moins un an. »

« Ça nous fera une belle chose à anticiper, » rêvassa Harry. « Une motivation supplémentaire, si on en a besoin. »

Neville sourit tristement, mais son expression s'apaisa alors qu'il hochait la tête.

« C'est vrai. On aura bien besoin d'une grosse fête. »

« Et de quelques années de vacances, » approuva Harry.

Il était extrêmement clair dans son esprit que la fin de la traque de Lucius marquerait aussi la fin de sa carrière d'Auror. Il se sentait coupable d'avance d'abandonner ses collègues, mais il avait conscience que ses aspirations, ses besoins, avaient changé au cours des années. Sa priorité n'était plus d'écraser les Mangemorts, mais de tirer Scorpius des griffes de Malfoy, puis de tenter de rattraper le temps perdu avec Teddy. Et il voulait s'occuper de sa fille. L'idée de ne pas pouvoir passer du temps avec elle comme il avait pu le faire avec son filleul pendant ses premières années lui retournait l'estomac.

« Vous, erm… Vous aimeriez vous marier, avec Draco ? »

Harry reporta son regard sur Neville, et le dévisagea un instant en silence, l'esprit blanc.

« Je… Je ne me suis jamais posé la question, » avoua-t-il. Le sourcil que son ami haussa, à la fois amusé et dubitatif, le fit rire à nouveau. « Je ne suis pas l'incorrigible romantique que tu es, je suppose. »

Neville s'esclaffa, mais ses oreilles se colorèrent alors qu'il faisait mine de se réintéresser à ses vieux rapports.

« Peut-être que j'y penserais, si on pouvait le faire, » poursuivit Harry avec un haussement d'épaules. « Mais… ce n'est pas comme si ça changeait grand-chose ? On vit déjà ensemble. On a déjà Teddy… »

« Mais… D'un point de vue purement pragmatique… Si tu venais à mourir, absolument rien ne lui reviendrait, sauf si… »

« J'ai fait un testament. »

La moue peinée de son collègue fut accentuée par le bref sourire triste qui étira sa bouche.

« Moi aussi… » admit-il.

Un silence songeur envahit l'appartement. Sa propre mortalité était loin d'être étrangère pour Harry. Il ne l'avait pas réalisé à l'époque, mais il y était confronté depuis ses onze ans. Il avait grandi avec l'idée abstraite que quelqu'un en avait après sa vie, mais elle n'était devenue concrète qu'après la mort de Cédric. Puis elle avait suivi chacun de ses pas, une compagne qui posait sa main glacée sur son épaule et expirait son souffle froid sur son oreille. Il avait été forcé de l'accepter, le jour de la bataille de Poudlard. De lui rendre son étreinte frigide. Et il n'en était pas sorti indemne, malgré l'absence de blessure physique.

Les années lui avaient rendu ce qui lui avait été arraché, mais il avait tellement plus à perdre maintenant qu'à l'époque. L'idée de mourir, d'abandonner les siens, lui était insupportable, mais elle n'était pas une inconnue. Sa vie lui avait appris à s'y préparer.

La nuit était tombée sur Sheffield et l'heure tardive commençait à se faire sentir. Harry se frotta les yeux et se redressa dans le canapé avec une profonde inspiration, puis se leva pour dégourdir ses jambes peu habituées à l'immobilité. Il rangea la petite cuisine, redressa les bannettes vidées de leurs rapports par David, puis se planta devant le mur d'enquête avec les bras croisés.

A cet instant, Draco travaillait au SUM depuis plusieurs heures, et devait lui-aussi lutter contre l'envie de s'allonger et de dormir. Ou peut-être que les urgences étaient calmes, et qu'il se reposait en salle de garde. Harry ne comprenait pas pourquoi il n'avait pas demandé à être retiré des rotations de services de nuit, comme Andromeda le lui avait conseillé. Était-ce sa fierté qui l'empêchait de solliciter un traitement de faveur ? Ou est-ce que, comme Harry, il rechignait à laisser le sale boulot à ses collègues ? Par sens du devoir ou par camaraderie ? Il espérait qu'il saurait s'écouter lorsque les nuits deviendraient trop dures, ou qu'Andromeda saurait lui faire entendre raison.

Son acharnement à atteindre ses objectifs, envers et contre tout, était l'une des premières choses qui lui avait plu chez lui, et il aurait été bien hypocrite de la part de Harry de lui reprocher d'être entêté, mais… Il ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter qu'il tire un peu trop sur la corde. L'état dans lequel il s'était mis lors de sa deuxième septième année à Poudlard lui faisait toujours craindre qu'il ne respecte pas ses limites.

Harry porta machinalement une main à sa poitrine pour frotter son uniforme au niveau de son cœur. Puis il se tendit en réalisant que la drôle de sensation qu'il ressentait était une alerte de son badge.

Derrière lui, Neville se leva précipitamment de sa chaise. Harry tira l'insigne qui lui brûlait les doigts, et la tourna pour en fixer le dos avant d'échanger un regard alarmé avec son ami.

« Terry. »

« La cape est avec l'équipe du Manoir Malfoy, » l'alerta Harry alors qu'une bouffée d'adrénaline réveillait son corps fatigué et accélérait son rythme cardiaque.

« Transforme-toi, je t'emmène, » décida Neville en se dirigeant d'un pas rapide vers le vestibule d'entrée.

Harry le suivit en tirant sa baguette de sa manche. Il la confia à son collègue, puis expira un souffle tremblant en fermant les yeux. La transformation était toujours pénible pour lui en état de stress, mais il réussit à imposer le grand corbeau à son esprit et sentit la gravité l'entraîner vers le bas. Il ouvrit les ailes, se posa sur le bras tendu de Neville, puis ensemble, ils disparurent.


Harry reprit apparence humaine avant même de toucher le sol, le cœur au bord des lèvres et une panique sans nom dans les veines.

« FitzPatrick à terre au rez-de-chaussée, Terry blessé au premier étage, » avertit-il Neville, qui avait attendu ses observations à l'écart de la propriété d'Aldrich Preston. Sa propre forme d' Animagus, un ours brun, était complètement inutile en infiltration. « Pas vu Susan. »

« Tu peux atteindre Terry ? »

« Si je pète la fenêtre, oui. »

Ils échangèrent un regard horrifié. Ils n'avaient pas de renfort à appeler. Tous leurs collègues étaient en mission, et ils ne pouvaient pas attendre que Katie, David et l'Auror Fenley émergent du sommeil pour les rejoindre. Ils n'avaient que leur chef à contacter, et il était hors de question que leur directeur s'expose et prenne le risque d'être associé publiquement à leurs enquêtes illégales.

« Alertons Robards, » proposa-t-il tout de même. « Laissons-le prendre la décision. »

Neville approuva d'un raide hochement de tête et posa la pointe de sa baguette sur son badge avant de le raccrocher à sa robe. Ils transfigurèrent leurs uniformes pour les assombrir, masquèrent leur visage d'un sortilège occultant, puis, de concert, ils se mirent à courir le long de la rue faiblement éclairée et bordée de petits jardins.

« Cherche la signature magique de FitzPatrick ! » ordonna Harry.

Si leur collègue était déjà mort… Il valait mieux se concentrer sur Terry et Susan.

« Vas-y ! » lança Neville en levant sa baguette sans cesser d'avancer.

« Deuxième fenêtre à droite ! »

Son collègue fit éclater la vitre désignée alors que Harry se transformait à nouveau. Il récupéra sa baguette dans son bec, puis fila dans les airs pour survoler les arbustes qui entouraient la maison. Il s'engouffra dans le bureau où Terry s'était barricadé et fit toucher le parquet à ses pieds humains. Il arracha sa baguette de sa bouche et se précipita vers son collègue.

Il avait été conscient lorsqu'il l'avait aperçu plus tôt par la fenêtre, mais il avait à présent la tête posée sur son épaule et les yeux clos. Son uniforme était imbibé de sang, et il tenait lâchement contre lui le corps immobile de la forme Animagus de Susan.

Un juron et un sanglot dépassèrent les lèvres de Harry en même temps. Il darda des regards frénétiques dans la pièce, les doigts posés sur la gorge de Terry. Une cheminée mais pas de poudre de cheminette. Des murs couverts de bibliothèque. Un énorme bureau derrière lequel son collègue s'était réfugié, avachi contre des tiroirs sculptés. Une porte bloquée par un faible sortilège. Terry avait sans doute été trop faible pour faire mieux, trop faible pour s'échapper par la fenêtre. Mais c'était la sortie la plus sûre, et lorsqu'il sentit son cœur battre faiblement sous ses phalanges, il lui lança un sortilège de plume pour faciliter son transport.

Neville s'engouffra par la fenêtre à dos de balai. Au même moment, la porte explosa. Son collègue lança un puissant bouclier sur l'encadrement et le rejoignit d'un bond derrière le bureau, alors que des sorts fusaient pour s'écraser contre la protection dressée. Il en déploya une autre sur la fenêtre ouverte, et Harry écarquilla les yeux en comprenant qu'ils étaient cernés.

« FitzPatrick est mort. »

« Putain, » siffla Harry, horrifié.

« On bouge. »

Avec un raide hochement de tête, Harry visa l'une des bibliothèques et la fit exploser avec le mur qui était derrière. Des morceaux de livres, de bois, de briques et de plâtre s'élevèrent dans les airs, et ils filèrent avec leurs charges dans l'ouverture créée. Des fenêtres éclatèrent dans leurs dos alors qu'ils s'engouffraient dans une chambre inhabitée. Sans se consulter et en voyant des sorciers à dos de balais à l'extérieur, ils quittèrent la pièce par le couloir où ils désarmèrent deux assaillants avant de les projeter contre ceux qui tentaient toujours d'affaiblir le bouclier levé devant le bureau.

A couvert le long d'un mur tapissé de motifs floraux, et Terry protégé entre eux, Harry se donna une seconde pour se remémorer le plan de la maison. Mais compte tenu de la situation, n'importe quelle ouverture ferait l'affaire pour s'échapper. Mais de préférence à pied. Ils ne pourraient pas se défendre et protéger Terry en même temps, en volant.

« Escaliers, » convinrent-ils en même temps.

Neville était le meilleur défenseur de leur équipe et se plaça un pas devant lui. Bouclier levé, ils s'engouffrèrent à nouveau dans le couloir principal de l'étage, et surprirent des sorciers masqués qui couraient dans leur direction.

Des Mangemorts.

Harry se glissa par réflexe dans une transe de combat. Déflexion des sortilèges qui arrivaient à traverser les protections de Neville. Désarmement et immobilisation des assaillants. Création de murs dans leur dos. Baguettes brisées. Ejection de corps en travers du vestibule. Des tableaux s'écrasaient sur le sol. Les impacts de sortilèges crépitaient autour d'eux. Des impardonnables étaient hurlés dans leur direction. Enfin, les marches. Navenby percuta Preston qui roula dans les escaliers. Harry enjamba son cadavre à la nuque brisée en dressant un mur magique, qui se déroula jusqu'au plafond pour les isoler du palier du premier étage.

Tout ce qui importait était de sortir ses collègues de la maison.

Il suivit Neville qui partait à gauche au rez-de-chaussée. Il désarma un sorcier dont la baguette s'enfonça dans le plafond. Il para un Stupefix, esquiva un sortilège de la mort qui s'écrasa à côté de sa tête, lança un Glacio sur une main pour la coller à une console, puis un enchantement d'expulsion sur un autre assaillant. Ce ne fut que quand son nom fut crié avec rage qu'il réalisa que le sortilège qui le masquait était tombé. Il s'engouffra dans une cuisine et bloqua la porte pour gagner quelques secondes.

Neville perça le mur de la pièce comme Harry l'avait fait dans le bureau, et la puissance de son sort fit trembler la maison. Sans attendre que la poussière retombe, ils s'échappèrent dans le jardin obscur sous couvert de leurs boucliers. Harry percuta des balais de sa magie pour les faire tournoyer dans les airs et désarçonner ceux qui les chevauchaient. Il décrocha une fontaine de son socle et l'envoya s'écraser contre un balcon, qui s'effondra avec les sorciers qui se tenaient dessus.

Et dès qu'ils furent assez éloignés et que Neville put disparaître avec Terry et Susan, il transplana à son tour.


La lumière blafarde de Ste Mangouste le choqua autant que le silence.

Neville déposa Terry sur l'un des brancards qui longeaient les murs de la salle des admissions du SUM, et trois Médicomages convergèrent vers eux. Les mains frémissantes et les oreilles sifflantes, Harry les regarda retirer le petit écureuil de sa faible poigne et le déposer sur une civière voisine.

Un visage inconnu entra dans son champ de vision, et Harry brandit sa baguette par réflexe avant de voir sa robe verte. Il la rabaissa d'un bras tremblant.

Il fut guidé jusqu'à une salle d'examen, où il laissa les Guérisseurs retirer le haut de son uniforme sans réussir à répondre à leurs questions. L'esprit rempli d'un vide hurlant, il garda les yeux rivés sur la porte de sortie, sa branche de houx crispée dans ses doigts moites.

Combien y avait-il eu de Mangemorts ? Il avait l'impression d'en avoir repoussé une vingtaine. Mais il savait que le combat, l'étroitesse des lieux, l'adrénaline, pouvait altérer la réalité. Avait-il combattu plusieurs fois les mêmes personnes ? Il avait brisé au moins quatre baguettes. Saurait-il reconnaître les visages qui étaient apparus découverts ? Est-ce que son souvenir, déposé dans une pensine, montrerait autre chose que les formes floues qu'il avait à l'esprit ?

Est-ce que FitzPatrick était vraiment mort ? L'avait-il abandonné, agonisant ? Est-ce que… Est-ce que le corps de Susan était aussi rigide qu'il lui avait semblé lorsque les Médicomages l'avait déposé sur le brancard ?

« Monsieur Potter… ? »

Harry cligna des yeux et déglutit, la gorge sèche, en quittant sa seule porte de sortie des yeux pour regarder la Guérisseuse qui s'était adressée à lui. Où était Draco ?

« Est-ce que vous voulez une potion calmante ? »

« Non. »

Il devait rester alerte. Ils pouvaient être suivis jusqu'ici. Ils ne pouvaient pas fermer les accès à Ste Mangouste. Il devait être prêt à défendre Terry. Draco. Et Susan ?

Une brusque douleur, un éclair dans l'engourdissement de son corps, lui fit baisser la tête. Il serra les dents contre la brûlure de l'Essence de Dictame qu'un Guérisseur appliquait patiemment sur une blessure sur son flanc. Un Difindo ? Avait-il vraiment laissé passer un sortilège aussi basique ? Heureusement, la plaie semblait peu profonde… Peut-être qu'un débris l'avait touché ? Au point de transpercer son uniforme, et sans qu'il le sente ?

Neville apparut dans l'encadrement de la porte de la salle d'examen, et Harry se tendit un peu plus en voyant sa posture alerte et son expression grave.

« Susan ? » interrogea-t-il immédiatement.

Les muscles de la mâchoire de son collègue se contractèrent, et il secoua la tête. Le torse de Harry fut secoué par un sanglot silencieux, et il s'accrocha au bord du lit d'examen sur lequel il était assis alors que ses yeux se voilaient de larmes.

« Ils ne sont pas très confiants pour Terry, » fit Neville d'une voix étranglée. « Je vais voir le chef, tu peux… ? »

Harry hocha la tête et descendit du brancard malgré les protestations des Guérisseurs. Sa blessure n'était pas entièrement refermée, mais ça ne signifiait qu'une nouvelle cicatrice pour lui. La sécurité de Terry avait priorité.

Il renfila son uniforme alors que Neville s'éloignait d'un pas rapide pour rapporter les événements de la nuit à Robards, puis quitta la salle pour trouver celle où son collègue était soigné.


Dans n'importe quelle autre circonstance, Harry aurait accueilli l'occasion de voir Draco travailler avec joie et curiosité. Ses gestes économes, précis mais élégants. Sa voix qui murmurait des enchantements incompréhensibles. Sa coordination avec ses collègues autour du lit. L'intense concentration, le quasi-détachement sur ce visage qu'il aimait tant. La lueur alerte et déterminée dans ses yeux clairs.

Mais il y avait Terry qui saignait sans discontinuer sur la table d'opération. Il y avait son bras, qui changeait de couleur et prenait une teinte violette de plus en plus sombre malgré les efforts des Médicomages. Il y avait Hannah, qui sanglotait sans cesser de forcer les poumons de Terry à se gonfler. Il y avait le sort d'acuité placé sur ses propres oreilles, et le brouhaha de l'hôpital qui lui parvenait malgré la porte close. La vibration magique de l'arc de stase qui faisait trembler ses tympans, le tintement de fioles, le tambour de pas dans les couloirs.

Il y avait le cadavre de Susan, posé au milieu des draps blancs sur la civière voisine.

« Ok, on l'a, » déclara McLaggan alors que la baguette d'un de ses subordonnés s'abaissait.

L'espoir que Harry ressentit à cette nouvelle fut néanmoins étouffé par l'air sombre des Guérisseurs.

« Prêt, » prononça Draco, la baguette posée sur l'épaule dénudée de Terry.

Le chef du SUM lança une série d'ordres incompréhensibles pour Harry, qui s'efforça de garder son attention dirigée vers ce qui se passait à l'extérieur de la salle. Personne n'avait été admis aux urgences depuis qu'il était entré dans la pièce, mais une patiente haletait et gémissait avec panique de l'autre côté du service.

L'arc de stase fut éteint, et même Harry, peu sensible à la magie si elle n'était pas dirigée vers lui, put sentir l'intensité des sortilèges qui convergèrent sur Terry.

Le son caractéristique d'un transplanage dans la salle des admissions le fit se raidir, mais il reconnut le pas de Neville. Il ouvrit la porte pour le laisser entrer dans la salle, et son teint livide le saisit d'effroi.

« Robards est forcé d'émettre un mandat d'arrêt contre nous. On doit embarquer Terry et Susan et se planquer. »

Harry le dévisagea, le souffle bloqué dans sa poitrine. Mais la décision de Robards était tellement logique qu'il ne put lui en vouloir.

Le porte-parole du Magenmagot était mort des suites d'une infiltration illégale d'Aurors sur sa propriété. Harry avait été reconnu. Terry et Neville aussi, certainement. Et le corps de l'Auror FitzPatrick était toujours sur place. Les déclarer hors-la-loi était la solution la plus cohérente pour les protéger et protéger l'enquête.

Est-ce que les Mangemorts avaient compris que Susan était un Animagus ? Que s'était-il passé pour en arriver à un tel désastre ? Que pouvaient-ils faire pour sauver Terry dans une telle situation ?

Il tourna la tête vers leur collègue inanimé, entouré de baguettes et de filaments presque invisibles de magie ; vers le visage concentré de Draco et l'expression dévastée de Hannah qui tournait le dos au cadavre d'une amie qu'elle avait depuis ses onze ans.

« On n'a pas beaucoup de temps, Harry, » murmura Neville.

« Je sais où aller. Draco, » interpella-t-il alors son petit-ami. Son cœur pesait comme du plomb dans sa poitrine, et le bref coup d'œil irrité qu'il lui lança avant de se reconcentrer sur le bras de Terry ne fit rien pour le soulager. « Emmène Terry et Hannah là où on a trouvé le tableau. »

Il confronta le regard estomaqué de Draco et tenta de lui communiquer en silence l'urgence de la situation. Il ignora les sèches remarques de McLaggan sur le déplacement d'un patient en cours de traitement, et derrière lui, Neville avança pour soulever le corps de Susan et le serrer contre son uniforme.

« Maintenant, » insista-t-il.

Draco serra les dents, les sourcils haussés et les yeux écarquillés d'alarme. Il jeta un coup d'œil à son chef, à Hannah, et enfin à Terry, puis déglutit. Il tendit sa paume à son amie, qui l'attrapa sans hésitation.

« Guérisseur Tonks ! » aboya McLaggan, mais Draco posait déjà la main tenant sa baguette à cheval entre le brancard et la peau de Terry.

« Je vais avoir besoin de Michael, » prévint-il d'une voix ferme dans sa direction.

Harry hocha la tête et Draco disparut sous les exclamations indignées de son chef.