Petit mot de l'autrice : la séance de conduite de ce matin était fabuleuse
Jour 3 : Selenba x Magister (Tara Duncan)
Missing moment
Selenba s'était rarement trouvée dans une aussi mauvaise posture. D'ordinaire, lorsque quelqu'un essayait de la tuer, elle décapitait son ennemi avant que celui-ci ne réussisse à poser la main sur elle.
Le problème, c'est que ses ennemis actuels n'avaient pas essayés de la tuer.
Juste de la kidnapper.
Et ça, elle ne l'avait pas vu venir. Quand la cible qu'elle visait s'était retournée vers elle, elle avait cru que celle-ci voulait faire une tentative pathétique de résistance. En réalité, il s'était avéré que la cible depuis le début... c'était elle-même. Tout à son orgueil de Chasseuse, elle ne s'en était même pas aperçu. Erreur de débutante, qu'elle allait devoir assumer. Tant pis si elle devait mourir sous le coup de tortures destinées à lui faire cracher le plus d'informations sur Magister. Elle ne dirait rien.
Puis, ses kidnappeurs lui avaient dit quelque chose de drôle. Désopilant, même.
- Si Magister veut vous revoir, il faudra qu'il vienne vous chercher.
Penser pouvoir la faire craquer était une chose. Croire que Magister sortirais de sa cachette pour lui venir en était une autre. Selenba avait failli éclater de rire devant tant de naïveté. Jamais ô grand jamais il ne se mettrait ainsi en danger. C'était un accord qu'ils avaient passés bien longtemps auparavant : celui qui merdait ne devait compter que sur lui-même. C'était aussi simple que cela.
Si Selenba n'avait pas été bâillonnée, c'est ce qu'elle aurait dit à ses trois idiots de ravisseurs. Que ce n'était pas la peine d'attendre dans le froid : Magister ne viendrait pas. Autant aller se réchauffer quelque part où l'on ne gèlerait pas sur place.
Et puis, à l'instant même où les premiers délicats flocons de neige tombaient, un coup de feu retentit.
Selenba sentit les hommes autour d'elle se tendre mais avant qu'ils ne puissent vraiment réaliser ce qui se passait, une aura de magie noire les avaient entourés. Deux secondes après, ils tombaient sur le sol, morts.
Selenba, elle, n'avait pas bougé d'un centimètre. Même si cette magie était terrifiante, elle y était trop habituée pour en avoir peur. Le halo démoniaque s'écarta enfin pour laisser la place à Magister.
Elle enleva alors le bâillon qui enserrait toujours son visage.
- Tu t'étais déjà libéré les poignets, dit alors Magister en laissant échapper un petit rire amer.
- Évidemment, répondit-elle en haussant les épaules. D'après eux, c'était un super dispositif anti-vampyr. Pas très efficace, si tu veux mon avis. J'allais les tuer quand tu es arrivé.
- Pourquoi tu ne l'as pas fait avant ?
- Je pensais qu'ils voulaient me tuer, pas me capturer. J'ai été surprise. Alors...
- Je t'ai demandé pourquoi tu ne les avait pas tué avant que j'arrive, pas pourquoi tu as été capturée.
Selenba ne prit pas mal la sécheresse de son ton. Après tout, sa propre voix lui était apparue comme parfaitement de mauvaise foi. Elle baissa alors les yeux vers le sol. Son regard ne rencontra que du sang, des cadavres et des résidus de magie noire. C'était parfait – tout, tant que ce n'était pas le masque de Magister.
- Je voulais voir si tu viendrais.
- La règle a toujours été claire. Si tu foires une mission, tu te débrouilles toute seule. Tu te fais capturer, tu te débrouilles toute seule. Que tu aie affaire aux démons, à Omois, aux anciens dieux comme aux nouveaux, si tu rates quelque chose, tu te débrouilles toute seule. C'est la règle.
Durant tout son sermon, Selenba avait gardé les yeux rivés au sol, où la marre de sang continuait de s'étendre. La neige, s'intensifiant autour d'eux, en blanchissait le rouge. L'on aurait presque cru à un tableau. Selenba se fit alors la réflexion que tout aussi mutilés les cadavres soient-ils, un peu de beauté était née de ce malencontreux épisode. De ce fait, peut-être que quelque chose d'autre pouvait naître. Elle releva alors les yeux, rivant son regard dans le masque de Magister.
- C'est la règle. Mais tu es là. Pourquoi ?
Un phénomène curieux se produisit : le masque se teinta de toutes les couleurs, comme si Magister ne savait pas s'il devait être furieux, vexé ou en colère.
Finalement, sans préavis, il s'approcha d'elle. Sa main droite tenait toujours le revolver dont il ne se débarrassait jamais. Sa main gauche, elle, vint chercher l'arrière de sa tête, pour l'amener vers lui.
Le baiser qu'il lui donna ne fut pas doux.
Celui qu'elle lui rendit ne le fut pas d'avantage.
Quand ils se séparèrent, ils n'en firent aucun commentaire.
Selenba ne demanda aucune explication quant à son geste, pas plus qu'elle ne chercha à en parler.
Il était venu.
C'est tout ce qu'elle avait besoin de savoir.
