Chapitre 3
Une semaine s'était écoulée depuis l'arrivée d'Artemia à Poudlard et Severus ne connaissait pas davantage sa fille. Elle n'était pas ennuyante. Elle n'était pas bruyante. Elle s'occupait de son lapin, lisait et se baladait dans le château. Il n'en savait pas plus. Il lui avait posé quelques questions mais il avait l'impression qu'elle s'efforçait de répondre avec le moins de mots possibles. Il s'agaçait de la situation.
Artemia attendait le Professeur McGonagall avec un gros manuscrit sur les genoux. Severus remarqua la boule de poil à ses côtés sur le canapé. Severus n'était pas au courant qu'un lapin pouvait grogner. Il l'avait découvert en lançant un sort à l'animal quand il avait grignoté l'un de ses manuscrits dans la bibliothèque. Il s'approcha de sa fille et fronça les sourcils.
- Je ne suis pas certain que La Quintessence : une quête soit une lecture adaptée à votre âge.
Il claqua des doigts et le livre se referma. Artemia se retourna vers lui avec une moue renfrognée.
- Le 5ème élément était le sujet de recherche qui animait ma maman. Artémia répondit sèchement. Je pense qu'il est tout à fait adapté pour moi de savoir ce qui a causé sa mort.
Elle ouvrit le livre rageusement. Severus fut surpris de la répartie. C'était la première fois qu'Artemia évoquait la perte de sa mère. Elle en avait parlé avec tant de froideur que Severus trouvait ce comportement étrange.
- Je ne m'excuserai pas de ne pas lire les contes de Beedle le Barde, déclara-t-elle.
Severus ne pouvait qu'accepter cette réponse. Sa fille n'était pas une écervelée. Il en était soulagé. D'un coup de baguette, il organisa les livres de la bibliothèque et certains s'envolèrent vers son bureau laissant quelques espaces vides en son cœur.
- Vous avez accès à tous les livres dans cette pièce. Ce qui n'est pas le cas pour ceux qui se trouvent dans mon bureau. Je vous interdis d'y toucher sans mon autorisation. Est-ce clair ?
Artémia hocha la tête silencieusement sans lever la tête de son livre.
- Je ne prends pas la peine de formuler une question si ce n'est pour ne pas avoir de réponse.
La jeune fille prétendit de ne pas avoir entendu la remarque de son père et continua de lire la phrase qu'elle avait commencé.
- Artemia, il l'appela avec la voix sifflante qu'il utilisait pendant ses cours.
Elle leva la tête et le dévisagea.
Severus n'eut pas le temps d'affirmer davantage son autorité que deux coups se firent entendre sur la porte. Il se déplaça à travers le salon et ouvrit la porte.
- Minerva, salua-t-il. Entre.
La Sous-Directrice lui répondit et avança dans la pièce. Elle se tourna aussitôt vers la fillette. Artémia se leva et lissa sa robe bleue à carreau.
- Vous devez être Artemia ?
La jeune fille hocha la tête et Severus se râcla la gorge.
- Bonjour Professeur McGonagall.
La vieille dame sourit légèrement. Ses yeux tombèrent sur le lapin et un rictus se dessina sur ses lèvres.
- Tiens donc Severus, je ne savais pas que tu avais un faible pour les lapinous, elle s'exclama. Je n'aurai aucune difficulté à te trouver un cadeau de Noël cette année.
Severus leva les yeux au ciel. Minerva lui offrait chaque année un objet sans utilité qui l'amusait. Cette année ne ferait pas exception. Il dirigea sa collègue vers la cheminée et se tourna vers sa fille.
- Vous avez déjà voyagé par cheminée ?
La jeune fille hocha la tête.
- Une réponse verbale, insista-t-il, le regard sévère.
Elle n'allait pas y échapper cette fois-ci. Artemia soupira avant de répondre, agacée.
- Oui, j'ai déjà voyagé par cheminée. Et par transplanage avant que vous me le demandiez. J'ai aussi pris le train une fois et la voiture quelque fois.
Severus se pinça l'arête du nez et ferma les yeux pendant une demie seconde. Il remarqua que sa collègue se délectait de l'échange. Il avait l'impression qu'elle vivait seulement pour l'agacer. Il s'avança vers la cheminée et sortit sa baguette, les flammes dans l'antre disparurent. Le professeur McGonagall entra dans le foyer et intima à la jeune fille à faire la même chose. Severus leur tendit un pot en terre renfermant une poudre brunâtre. Le professeur de métamorphose attrapa une grande poignée avant de la lâcher tout en criant distinctement :
- Chemin de Traverse.
ooo
- Qui attendons nous, Professeur ?
Artemia et le Professeur McGonagall se trouvaient devant le Chaudron Baveur depuis cinq minutes. La jeune fille dansait sur ses jambes montrant son impatience. Elle avait hâte d'avoir sa baguette. Elle savait faire voler des objets et parfois changer leurs couleurs mais elle avait hâte de pouvoir faire plus, beaucoup plus.
- Hermione Granger. Elle sera en première année comme vous.
Artemia acquiesça. Son impatience se transforma soudainement en malaise. Elle était habituée aux enfants de son âge mais elle ne les aimait pas particulièrement. Ils la faisaient se sentir différente. Même parmi les sorciers.
- Ah là voilà, indiqua la voix soulagée de la Sous-Directrice.
Artemia tourna la tête et découvrit une jeune fille, seule, qui marchait avec une certaine confiance. Elle ne semblait pas particulièrement grande et était plutôt fine. Elle portait un jean bleu avec un tee-shirt gris. Artemia devina qu'elle était Née-Moldue.
- Bonjour Professeur McGonagall, salua-t-elle d'une voix remplie de respect.
- Bonjour Miss Granger. Vous êtes toute seule ? S'étonna la vieille dame.
Artémia n'écouta pas l'échange et considéra la jeune fille devant elle. Elle avait des cheveux frisés, longs qui lui donnait un air sauvage. Une frange légère tombait au-dessus de ses brillants yeux marrons. Ses traits enfantins étaient doux, chaleureux. Même ses grandes dents ne troublaient pas la bonne image que la jeune sorcière renvoyait.
- Miss Granger, je vous présente Artemia Rogue. Elle sera en première année aussi et profitera de notre compagnie pour effectuer ses achats.
Le sourire d'Hermione s'agrandit alors qu'elle s'avança vers Artémia. Elle lui tendit la main, tout en la dévisageant légèrement.
- Bonjour Artemia, je suis Hermione Granger.
Artemia avança sa main, hésitante.
- Bonjour, salua-t-elle, neutre.
Elle leva la tête vers le professeur et croisa ses yeux gris-bleu, calculateurs.
- Bien, nous pouvons y aller, annonça la vieille dame.
Hermione semblait déçue de cet échange mais sa déception sembla vite oubliée à l'idée de découvrir le monde des Sorciers. Le professeur et les deux fillettes entrèrent dans le pub, et le traversèrent rapidement pour entrer dans la pièce adjacente qui donnait face à un grand mur de brique. McGonagall sortit sa longue baguette et apposa quelques coups sur certaines briques rouges. Rapidement, une entrée se forma et les bruits des passants résonnèrent à leurs oreilles.
- Bienvenue au Chemin de Traverse, mesdemoiselles.
Le sourire des jeunes filles s'agrandit et elles se regardèrent mutuellement, reconnaissant chez l'autre la même émotion.
- Avançons. Tâchez de ne pas vous éloigner.
Les deux filles acquiescèrent et se rapprochèrent du Professeur.
- Je vous propose de commencer chez Madame Guipure pour vos uniformes et de remonter l'allée en achetant ce dont vous avez besoin au fur et à mesure. Cela vous convient ?
Les deux jeunes filles sourirent et entrèrent rapidement chez Madame Guipure.
- Bonjour Professeur McGonagall, bonjour Mesdemoiselles. C'est pour Poudlard j'imagine ? Suivez-moi.
Avant de se retourner, la voix autoritaire du professeur de métamorphose les interrompit.
- Miss Rogue aura aussi besoin de quatre tenues citadines.
La petite sorcière acquiesça et entraîna les deux jeunes filles au fond de la pièce, où elles montèrent sur un petit tabouret. Elles enfilèrent une robe noire chacune et deux dames travaillèrent dessus.
- Tu n'es pas une née-moldue, je me trompe ?
Artemia se retourna, surprise, vers Hermione.
- Non. C'est un problème ? Répondit sèchement Artemia.
- Oh non ! Bien sûr que non ! C'est juste que tu as une cape et que tu n'as pas l'air surprise par ce qui t'entoure.
A ces derniers mots, la petite fille brune désigna les ciseaux qui coupaient magiquement les bouts de sa robe. Artemia se relaxa et de répondit gentiment.
- Mes deux parents sont sorciers mais mon père n'avait pas le temps de m'emmener ici.
Hermione hocha la tête et ne put s'empêcher de penser que l'autre fille était dans la même situation qu'elle. A un détail près.
- Ça te dérange que je sois née moldue ? Demanda-t-elle timidement.
Artemia fronça les sourcils en regardant la brune. Elle n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi franc.
- Pardon ?
Hermione rougit et baissa les yeux, tout en se mordillant la lèvre.
- Hermione, pourquoi tu me demandes cela ?
La concernée releva la tête et reprit la parole hésitante.
- Le professeur McGonagall m'a expliqué qu'être une sorcière alors que ses deux parents ne l'étaient pas était plutôt rare. Et qu'il y avait eu une guerre à cause de cela. Un peu comme la Deuxième Guerre Mondiale. Et que les nés-moldus étaient vus comme des juifs par ceux qui avaient toujours été sorciers.
Artemia fronça les sourcils une nouvelle fois, légèrement amusée par la situation.
- Tu ne sais pas ce qu'est la Deuxième Guerre Mondiale ? Je suis stupide parfois ! Se maudissait-elle, honteuse.
Le sourire de la jeune fille s'agrandit d'autant plus.
- Je connais. J'ai été à l'école avec les moldus toute mon enfance. Ca ne me dérange pas que tu sois née-moldue. Et ça ne devrait pas te poser de problème non plus. Comme la Deuxième Guerre Mondiale, ce sont des idéologies stupides, rassura Artemia avec un sourire.
Artemia ne savait pas pourquoi elle avait choisi de rassurer Hermione. Peut-être parce que c'était l'une des premières sorcières à faire des liens entre le monde moldu et le monde sorcier.
- Oh, je vois ! Merci Artémia, énonça Hermione, embarrassée.
Elles ne se parlèrent plus pendant quelques minutes, laissant les ouvrières travailler dans le calme.
- Et voilà pour vos uniformes, mesdemoiselles. Combien vous faut-il de sets ?
- Trois, s'il vous plaît, déclara Hermione, tout comme le demanda Artémia.
- Bien. Miss Rogue, venez voir ce que je peux vous proposer pour vos tenues.
Artémia, pour la première fois, fit le choix de ses vêtements. Sa mère avait insisté pour qu'elle soit toujours parfaitement présentable, ainsi sa liberté d'opinion ne s'était étalée que sur le choix des différentes couleurs. Elle aimait bien pouvoir choisir la coupe de la jupe ou encore le col de son pull. Mais cette liberté lui donnait l'impression de s'éloigner un peu plus de sa maman.
Alors qu'elle venait de terminer ses choix, elle se sentait maussade. Elle inspira une grande bouffée d'air pour chasser le nuage dans sa tête.
- C'était quoi ta matière préférée à l'école ?
Artémia regarda Hermione alors qu'elles attendaient que tous leurs vêtements soient préparés.
- J'aimais un peu tout. J'adore la chimie, les maths et la musique. Et toi ?
- J'aime beaucoup la chimie aussi. L'histoire aussi et l'anglais.
Rapidement, les deux jeunes filles se mirent à se découvrir de nombreux points communs jusqu'à ce que le professeur McGonagall les rejoigne.
- La commande de Miss Granger est prête. Celle de Miss Rogue prendra cinq minutes de plus.
Le professeur de métamorphose aida la jeune fille à payer sa commande, ne connaissant pas la signification des nouvelles pièces qu'elle venait d'acquérir avant de s'adresser à la gérante.
- Vous enverrez directement la commande de Miss Rogue à Poudlard et l'ajouterez sur le compte du Professeur Rogue.
- Très bien, professeur.
Minerva attrapa les paquets d'Hermione et les rétrécit sous les yeux ahuris de la née-moldue, avant de les lui redonner pour qu'elle les glisse dans sa poche.
- Ils reprendront leurs tailles normales lorsque vous serez chez vous, lui indiqua-t-elle avec un léger sourire.
Hermione sourit en retour, avant de se concentrer à nouveau sur Artémia, l'air sérieux.
- Tu vis à Poudlard ?
- Mon père est Professeur de Potions là-bas.
- Tu dois connaître le château par cœur, s'extasia Hermione.
Artemia laissa échapper un léger rire nerveux alors qu'elles entraient chez Fleury et Bott. Elle s'arrêta pendant un instant pour regarder les montagnes de livres qui s'étalaient de tous côtés.
- Je suis arrivée il y a une semaine, répondit distraitement la jeune fille.
McGonagall, voyant le visage des deux jeunes filles s'illuminer, posa une main sur leurs épaules.
- Je m'occupe de prendre vos manuels scolaires, vous avez dix minutes pour flâner.
Il ne fallut pas leur redire deux fois. Artémia se dirigea vers la section Sortilèges. Elle trouva un livre qui l'intéressa et le ramassa. Elle se déplaça ensuite vers le rayon Histoire et y trouva Hermione. Elle avait déjà trois livres dans la main et essaya de lire la quatrième de couverture d'un autre.
- Hermione ? Je pense que ce livre pourrait t'intéresser, déclara Artémia tout en tendant l'Histoire de Poudlard.
La brune lut le titre avant de sourire.
- Merci ! Je cherchais exactement un livre comme ça ! Je te le prêterai si tu veux, offra-t-elle.
Face à l'excitation dont faisait preuve Hermione, Artemia ne put lui avouer que le livre se trouvait dans la bibliothèque de son père et qu'il paraissait parfaitement ennuyeux. Elle se déplaça ensuite dans les différents rayons et retrouva le professeur de Métamorphose, au comptoir, avec trois livres.
- Je pense offrir ce livre à mon père, qu'en pensez-vous Professeur ? Demanda-t-elle un sourire angélique sur le visage.
Minerva baissa les yeux et regarda l'ouvrage.
- Maléfices de bases pour sorciers pressés et contrariés, pouffa la Sous-Directrice, Malheureusement, je crois que votre père connaît déjà tous les sortilèges que ce livre à lui offrir.
La vieille dame essaya de cacher son sourire avant de renvoyer le livre sur son étagère. Artémia posa les deux qu'elle voulait garder.
- Dilemmes de la sorcellerie insolite et leurs solutions et L'œuvre de la Magie. Des choix surprenants.
Artemia hésita à répondre au Professeur. Son expression sévère ne laissait pas le doute s'installer.
- Je me demande comment la magie est arrivée. Nous avons tous entendu parler de Merlin mais comment est-il devenu sorcier ? Parce que la magie, c'est une spécificité en plus donc je me demande si le premier sorcier n'était pas avant tout un moldu ou alors si nous n'étions pas tous des sorciers et que les pouvoirs de certains ont disparu...
La Sous-Directrice ouvrit de grands yeux, surprise par le raisonnement de sa future élève. Elle s'était posée de nombreuses questions dans sa vie. Mais elle ne s'était jamais réellement attardée sur l'origine de la magie.
- C'est vraiment un très beau projet. J'espère que vous trouverez vos réponses.
Artemia sourit alors qu'Hermione les rejoignait, plusieurs livres sous le bras.
ooo
Après avoir acheté des plumes, de l'encre, des rouleaux de parchemins ainsi que toutes les autres fournitures de la liste, Artemia, Hermione et le Professeur McGonagall se trouvaient devant le magasin d'Ollivanders. Hermione poussa la porte et aussitôt la poussière des lieux se fit sentir. Un vieil homme se présenta à son comptoir.
- Bonjour Professeur McGonagall, mesdemoiselles... Interrogea le vieux monsieur.
- Miss Granger, Hermione Granger.
Le vieil homme salua de la tête la brune tandis que son attention se reporta vers Artemia.
- Je reconnais ce visage...
- Artémia Rogue.
- Oh je n'aurais pas parié ma baguette, cependant, ajouta Ollivander le ton léger. Bonjour Miss Rogue.
Il se recula et toisa les deux jeunes filles.
- Bien, Miss Granger, nous allons vous trouver une baguette.
Hermione s'avança, tandis que le marchand ventait la qualité de ses produits. Elle se fit mesurer de tout côté puis Ollivanders s'éclipsa dans l'arrière de son magasin pour collecter de nombreuses boites.
- Ceci devrait être suffisant. Essayez donc cette baguette. Bois de Sapin, crin de licorne, 23 cm.
Hermione attrapa la baguette, hésitante, puis fit un geste simple. La porte d'entrée s'ouvrit et se referma, tandis qu'Hermione sursautait.
- Pas celle-là. Celle-ci peut être ? Bois d'Acacia, ventricule de dragon, 21,75 cm. Une baguette nécessitant beaucoup de subtilité.
Hermione sourit doucement en attrapant la baguette. Elle fit un petit geste de la main, les lampes vacillèrent et les papiers sur le bureau de M. Ollivanders prirent feu.
- Hmmm, ce n'est pas le bois qu'il faut, expliqua le vieil homme tout en contemplant ses papiers en feu.
Il repartit dans sa réserve, tout en éteignant les flammes et revient avec une autre boite.
- Je pense que celle-là est la bonne. Bois de Vigne et ventricule de dragon, 23 cm. Particulièrement fine.
Hermione détailla la baguette avant de la prendre dans ses mains. Elle fit un geste et des étincelles rouges sortirent de la baguette.
- Félicitations Miss Granger, votre baguette vient de vous choisir.
La brune afficha un grand sourire avant de déposer sept gallions sur le comptoir. Artémia avait regardé la scène avec curiosité. Et des millions de questions lui brûlaient désormais la langue.
- A votre tour, Miss Rogue. Je me souviens que votre père avait été difficile. Voyons si vous tenez de lui.
Artemia s'avança.
- De quelle main tenez-vous votre baguette ?
- La gauche, déclara-t-elle, impassible malgré l'enthousiasme qu'affichait désormais le vieux monsieur.
- Une gauchère, très bien. Vraiment très bien. Vous n'êtes pas nombreux.
Artémia plissa les lèvres. Elle n'aimait pas qu'on lui fasse remarquer, une fois de plus, sa différence.
- C'est compréhensible, nous étions brûlés parce que les autres pensaient que nous étions possédés par le diable.
C'était, tout comme chaque chose qui l'intriguait, quelque chose qu'elle avait lu. Elle savait que les gauchers n'avaient jamais vraiment été acceptés avant. Elle l'avait compris quand on avait essayé de la forcer à écrire de la main droite.
Le vieil homme termina ses mensurations avant d'aller chercher de nombreuses baguettes.
- Tenez, essayez cette baguette. Bois de chêne rouge et plume de Phoenix, 29 cm. Une baguette à votre tempérament, je pense.
- Comment pouvez-vous le savoir Monsieur ? Demanda, suspicieuse, la jeune fille.
Hermione avait essayé deux baguettes avant de trouver la sienne et elle ne pouvait pas s'empêcher de penser que le vieil homme ne savait pas tellement ce qu'il faisait.
- C'est un don qui se transmet de génération en génération, ma petite. Essayez cette baguette.
Artemia considéra l'homme avant de prendre la baguette. Elle était froide et rugueuse. Immédiatement, elle sentit qu'elle n'était pas pour elle. Elle tourna légèrement le poignet tandis que deux étagères se brisèrent en deux, laissant leur contenu s'écraser au sol.
Artemia posa la baguette et continua d'observer le vendeur. Il lui tendit une autre baguette.
- Bois de Mélèze, ventricule de dragon, 24 cm.
- Mais comment faîtes-vous ?
Ollivanders ne semblait pas avoir l'habitude d'être ainsi questionné, il semblait légèrement agacé.
- Les baguettes me murmurent des choses et je travaille avec cela.
Artémia fronça les sourcils.
- Mais vous semblez savoir quelles baguettes pourraient correspondre, comment faîtes-vous ? Pour cela, il faudrait que vous connaissiez le sorcier pour ensuite savoir quel bois ou quel cœur lui conviendrait, non ?
- En effet, Miss Rogue. La voix calme du vendeur l'incita à continuer.
- Mais vous ne nous connaissez pas. Vous ne posez aucune question sur notre caractère, nos ambitions, comment pouvez-vous savoir ce dont nous avons besoin ?
Le vieil homme sourit légèrement, amusé par la situation.
- Je vous regarde, votre corps parle pour vous même.
Cette réponse la mis mal à l'aise et elle sentit le besoin de sortir du magasin.
- Prenons votre exemple. Vous êtes la fille de Severus Rogue, un sorcier plutôt puissant, intelligent mais néanmoins solitaire. Et...
Artémia leva les yeux au ciel. Ce n'était pas de la science mais de la spéculation. Elle pouvait tout à fait être différente de ses parents.
- Pour Hermione, vous ne saviez rien d'elle. Ses parents sont des moldus, vous ne pouvez rien déduire. Ce n'est pas logique, s'exaspéra la jeune fille.
- C'est un don. Ce n'est pas logique. C'est magique.
Artemia soupira et attrapa la baguette d'un geste rageur. Elle sentit une nouvelle fois ce sentiment désagréable et elle savait déjà que la baguette ne lui conviendrait pas. Elle esquissa un simple geste qui fit exploser tous les bocaux alentours.
- Ce n'est toujours pas ça. Essayez donc celle-ci. Bois de Noyer noir, crin de licorne, 25,75 cm.
La jeune fille posa la seconde baguette et attrapa celle qui lui était présentée. Comme les deux dernières, elle eut l'impression de tenir une roche froide, morte.
- Elle n'ira pas non plus, déclara-t-elle.
- Essayez au moins, recommanda le vieil homme.
- Je le sens, on dirait un poids mort, je vous dis que ce n'est toujours pas la bonne.
- Miss Rogue ! Réprimanda la Sous Directrice, derrière elle.
Artemia serra les dents et agita d'une manière désinvolte sa baguette. La vitrine, derrière elle, explosa en un bruit fracassant. Hermionie sursauta tandis que McGonagall n'avait pas bougé. Artemia ouvrit de grands yeux alors qu'elle remarquait les dégâts qu'elle venait de provoquer, elle se retourna vers Ollivanders qui agitait sa baguette.
- Ne vous inquiétez pas, ça arrive souvent.
- Manifestement, je me suis trompé dans mes premières affirmations, marmonna-t-il pour lui-même. Il paraît évident d'éliminer le crin de licorne... Pouvez-vous me dire qui est votre mère ?
- Elle était française, répondit la jeune fille froidement.
Derrière elle, Artémia put entendre le froissement que faisait la robe du professeur de métamorphose, manifestement mal à l'aise de la tournure de la situation.
- Savez-vous de quoi était faite sa baguette ?
- Je crois qu'elle avait un crin de licorne et du chêne rouge.
Les yeux du vieil homme se voilèrent d'un léger film d'égarement. Il s'éclipsa, une nouvelle fois, et revint avec deux baguettes.
- Je suis certain que l'une de ces deux-là vous conviendra, avoua-t-il enjoué.
- Vous parierez votre baguette ?
Le vieil homme sourit légèrement, oubliant la question que venait de soumettre la jeune fille.
- Bois de pin, ventricule de dragon, 28 cm.
Artémia attrapa la baguette mais ne ressentit toujours rien. Elle bougea doucement la main gauche mais rien ne se passa.
Ollivanders lui arracha presque la baguette des mains avant de lui tendre l'autre le visage rayonnant et l'œil pétillant. Le bois était doux, chaleureux et Artémia n'eut même pas à penser à bouger son poignet que des étincelles rouges sortirent, enfin, de ladite baguette.
- Et bien vous voyez, nous y arrivons enfin. Un parfait compromis. Bois de Cèdre, ventricule de dragon, 26,5 cm. Vous ferez une sacrée paire toutes les deux.
- Merci. Elle remercia sincèrement. Vous ne me direz donc pas votre secret ?
Le vieil homme sourit gentiment avant de répondre négativement. Artémia se renfrogna, paya sa baguette et sortit en compagnie du Professeur et de Hermione.
- Bien, nous avons tout le nécessaire. Miss Granger, nous vous accompagnons au cabinet de vos parents. Nous vous suivons, déclara la vieille dame alors qu'elles sortaient du Chemin de Traverse.
- Que font tes parents ?
- Ils sont dentistes. Et ta mère ? Demanda gentiment Hermione.
Minerva regardait, intriguée, l'interaction entre les deux jeunes filles. Elle entendit la question innocente d'Hermione. Severus lui avait expliqué la situation, elle pouvait imaginer les difficultés qu'Artemia vivait. Minerva eut un pincement au cœur en entendant sa réponse, à peine audible, presque susurrée.
- Elle était alchimiste.
Hermione fronça les sourcils et tourna la tête vers sa nouvelle amie. Elle voulait lui demander exactement ce que faisait sa mère mais elle se retint, voyant le trouble que la discussion avait engendré. Hermione se retourna vers McGonagall avec une moue désolée.
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Après quinze minutes de marche, Hermione s'arrêta devant une petite porte en bois et sourit au professeur McGonagall. Cette dernière sortit de sa poche un petit papier qu'elle tendit à la jeune fille.
- Ceci est votre billet pour le train. Pour accéder à la voie 9 ¾, il vous suffira de marcher entre la voie 9 et 10. Ne le perdez pas.
Hermione regarda le billet avant de hocher la tête sérieusement. Elle s'approcha d'Artémia avec une sourire timide.
- On se voit dans le train ?
Artémia leva les yeux et considéra la demande de la jeune fille puis elle hocha la tête, incapable de parler. Hermione sourit finalement avant d'ouvrir la porte et de saluer le Professeur et la jeune fille. McGonagall se concentra sur la pupille qu'il lui restait et la considéra quelques instants. Elle pouvait reconnaître Severus au même âge. La même soif de savoir, le même retrait. Un caractère compliqué. Elle ne savait pas si Severus aurait la patience nécessaire pour sa fille. Elle avait des doutes.
- Vous savez Artémia, je pense qu'il serait bon pour vous de vous habituer à parler davantage. Votre père ne semble pas aimer cela.
La voix de la Sous-Directrice était douce. Elle avait l'air sévère avec ses cheveux tirés en arrière, ses nombreuses rides et ses lunettes carrées mais elle semblait gentille, autoritaire peut-être, mais avec un grand cœur.
- Quand on parle, on prend le risque de dire des choses stupides, répondit la jeune fille, neutre.
Minerva sourit légèrement, reconnaissant la fille de Severus.
- Etes-vous confortable avec le transplanage ?
- Je ne pense pas qu'on puisse un jour être confortable avec ce mode de transport, mais je le supporte.
La vieille dame ne répondit pas et posa ses mains sur les épaules de la jeune fille avant de disparaître dans un pop.
