Chapitre 4
Artémia épousseta sa jupe beige avant de sortir de la cheminée. Elle attrapa sa malle et la tira hors de l'âtre. Elle regarda autour d'elle et admira le quai de la gare où une centaine d'élèves se trouvaient aussi. Le poids dans son estomac s'alourdit en s'approchant du train. Il ne l'avait pas quitté depuis qu'elle était arrivée à Poudlard. La jeune fille n'avait pas envie prendre le Poudlard Express. Elle habitait déjà à Poudlard. Son père avait insisté et voyant le manque d'entrain de sa fille, il l'avait presque poussé dans la cheminée.
La fin des vacances d'été avait pris son temps à arriver comme un hibou égaré en pleine tempête. Elle ne savait pas si c'était l'excitation de commencer son cursus sorcier ou au contraire l'ambiance pesante dans laquelle elle avait vécu ses dernières semaines qui lui donnait ce ressenti. Son père était toujours un étranger à ses yeux. Elle était toujours une étrangère pour lui aussi. Ils ne savaient simplement pas comment se parler. C'est ce qu'elle en avait déduit. Sa maman était une personne bavarde. Il fallait lui demander de se taire pour profiter de quelques secondes de silence. Artemia n'avait pas hérité de ce trait de caractère. Elle partageait son côté taciturne avec son père. Il n'y avait aucun doute. Ils avaient passé des journées à s'éviter et des soirées à s'ignorer. Elle aurait voulu lui parler de sa maman, de sa déception de ne pas aller à Beauxbâtons, de son angoisse de commencer à Poudlard, du manque qu'elle ressentait. Mais les mots ne venaient pas. Ils ne voulaient pas sortir de sa bouche. Il lui jetait souvent des regards appuyés le soir. Elle pensait qu'il allait enfin parler. Mais lui non plus n'arrivait pas à trouver les mots. Elle aurait aimé savoir ce qu'il voulait lui dire, lui demander. Elle soupira. Ce n'était seulement ce matin que son père aborda son rôle de professeur et les conséquences qu'impliquer le fait d'être la fille d'un professeur. Il lui avait répété plusieurs fois qu'il attendait à ce qu'elle soit exemplaire et qu'elle ne serait pas favorisée. Elle traînait d'ailleurs sa valise pour le prouver.
La jeune fille passa de nombreuses familles avant d'ouvrir la porte du train. Elle était seule. Son père devait préparer sa rentrée et elle n'avait plus aucun autre adulte sur lequel compter. Elle était seule. Elle soupira puis monta à bord du train. Elle souleva sa malle d'un mouvement de poignée pour la hisser dans le wagon. Elle avança dans le couloir avant de trouver un compartiment à l'avant du train qui lui plaisait. Peu d'élèves étaient déjà à bord. Tous étaient sur le quai, à faire leurs adieux à leurs parents ou à discuter avec leurs amis. Artémia sortit un livre, souleva sa malle pour la poser au-dessus de son siège. Elle avait été soulagée lorsque son père avait eu la bonté d'appliquer un sortilège d'allègement sur sa valise avant son départ. Elle se laissa tomber sur la banquette près de la fenêtre et ouvrit son livre. Elle avait du mal à se concentrer sur les mots, l'angoisse l'envahissant à mesure que des ombres passaient devant son compartiment. Elle n'avait pas peur de se perdre dans Poudlard parce qu'elle savait qu'elle connaissait le château mieux que les autres Premières Années. Elle n'avait pas non plus peur des professeurs parce qu'elle les avait rencontrés lors du Dîner de Rentrée. Elle n'avait pas particulièrement peur de ses classes non plus. Non, elle savait à quoi s'attendre. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir la boule dans son estomac grossir à chaque minute.
Elle sursauta en entendant la porte de son compartiment s'ouvrir sur un garçon aux cheveux noirs et au visage rond.
- Sa...Salut. Est-ce que je peux m'asseoir ici ? Demanda-t-il timidement.
Artemia hocha de la tête et le garçon déposa un crapaud sur la banquette avant de tirer sa malle à l'intérieur du compartiment. Il attrapa la valise et la posa sur le fauteuil à quelques centimètres de son amphibien. Il essaya de la soulever mais la laissa retomber à bout de force.
- Attention ton crapaud !
La bête sembla réagir et sauta du siège pour atterrir sur le sol. Il se gonfla d'air mais ne bougea pas. Le garçon réussit après plusieurs tentatives à hisser sa valise en hauteur et il se laissa tomber sur la banquette à bout de souffle.
- Je m'appelle Neville. Neville Longdubat. Je suis en Première Année.
Artémia acquiesça silencieusement n'offrant aucun sourire encourageant au garçon. Elle le considéra pendant un moment et devant son expression insistante, elle concéda à répondre.
- Artémia Rogue. Première Année aussi.
Neville sourit en dévoilant ses grosses dents.
- Chouette ! Tu savais que tu étais sorcière ? Ma grand-mère était soulagée quand j'ai reçu ma lettre parce qu'elle pensait que je n'étais pas assez puissant pour...
Artemia tourna la tête vers la figure qui apparaissait devant elle.
- Artemia ! Je t'ai cherché partout ! Salua Hermione.
La jeune fille l'accueillit avec un sourire, soulagée que la brune ait interrompu le récit de Neville. Elle se leva pour aider Hermione à monter sa malle puis elle la vit sortir son livre de Potion.
- Les grands esprits se rencontrent, déclara Hermione, toujours avec le sourire.
- Je suis Neville Londubat. En Première Année.
Hermione sourit sincèrement au garçon avant de se présenter à son tour. Il eut un léger silence tandis que le train démarrait.
- J'ai tellement hâte d'être à Poudlard. J'ai dévoré le livre que tu m'as conseillé Artémia et l'école a l'air fantastique. C'est vrai que les escaliers bougent ? Et que les tableaux parlent ? Et le plafond de la Grande Salle ?
Les yeux d'Hermione brillaient d'impatience.
- C'est vrai. Il y en a un d'ailleurs qui est incroyablement ennuyeux. Il veut absolument tout savoir et il te suit si tu ne lui réponds pas.
Hermione sourit tandis que Neville fronça les sourcils.
- Tu es déjà allée à Poudlard ? S'enquit-il.
- Son père est professeur là-bas. Elle y a passé tout l'été. Tu dois savoir plein de choses. Tu veux bien nous les raconter ?
La brune était envieuse de son amie, il n'y avait aucun doute.
- Tu sais, je suis beaucoup restée dans les appartements de mon père. J'attends de le voir en classe mais il est…particulier. Si je peux vous donner un conseil, c'est d'éviter les dégâts en Potions.
Hermione hocha la tête frénétiquement absorbant le moindre conseil comme une éponge.
- J'ai lu tous mes livres, ça a l'air fascinant ! J'ai appris plusieurs sorts mais je n'ai pas pu les essayer... J'imagine que tu as pu tous les réaliser ?
Artémia entendit l'once de reproche dans la voix de la brune. Évidemment qu'elle avait travaillé ses sortilèges même si son père lui avait interdit d'exercer la magie sans sa présence. Il était dans son bureau quand elle l'avait fait, elle considérait qu'il était présent dans l'appartement. Seulement, devant la mine déconfite de son amie, la jeune fille ne put s'empêcher de mentir.
- Non. Mon père ne veut pas que je sois avantagée. Il m'a pris ma baguette dès que je suis rentrée du Chemin de Traverse. Sois rassurée Hermione, je suis certaine que Neville n'a lancé aucun sortilège.
Le garçon ouvrit grand les yeux avant de prendre la parole.
- Non, ma grand-mère avait peur que je fasse sauter la maison... Il fallait lire les livres avant la rentrée ?
Hermione leva un sourcil et arbora une expression légèrement hautaine.
- Je ne sais pas mais je l'ai fait. Tu ne sais jamais ce que pourrait te demander le Choixpeau. Et puis ça ne coûte rien de savoir de quoi nous allons parler. Vous voulez être dans quelle maison ? J'aimerai particulièrement Serdaigle mais j'imagine que Gryffondor ne serait pas si mal.
Neville blêmit légèrement, son visage tordu par un tic anxieux.
- Mes parents étaient à Gryffondor alors ma grand-mère espère me voir à Gryffondor.
Artemia soupira devant le garçon. Elle commençait à être fatiguée de l'entendre toujours parler de sa grand-mère. Hermione était intéressante puisque même si elle avait tendance à tout référencer à ses lectures, elle portait un avis. Neville ne pouvait faire autrement que de répéter ce que les adultes leur disaient.
- Mon père était un Serpentard. J'imagine que je verrai bien ce que le Choixpeau me propose.
- Ton père était à Serpentard ? Demanda, ahuri, Neville.
- Il est leur Directeur de Maison, annonça calmement la jeune fille.
Le garçon hocha la tête doucement, légèrement mal à l'aise, tandis qu'Hermione lui sourit avant d'ouvrir son livre et de commencer à lire. Artémia l'imita.
Le train avançait à bonne vitesse faisant défiler les paysages de campagne. Sous les conseils de la brune, Neville avait pris son livre de Botanique et il semblait avaler les pages des yeux.
- Neville, où est ton crapaud ? Demanda finalement Artemia.
- Oh Trevor ! J'ai perdu Trevor ! Il lâcha son livre et cacha son visage dans ses mains. C'est la troisième fois aujourd'hui.
Il se laissa tomber sur le sol et chercha à quatre pattes, sous les sièges, une trace de son crapaud.
- Il a dû s'échapper, attesta Hermione, la mine désolée. Tu veux que je t'aide à le chercher ?
Neville, au bord des larmes, acquiesça. La brune lui sourit avant de sauter de la banquette et de sortir du compartiment.
- Tu veux venir avec nous Artemia ? Appela Hermione.
Elle hocha la tête et se plongea dans la lecture de son livre. Une dizaine de minutes s'écoulèrent avant qu'elle soit interrompu par une dame ronde avec un chariot de confiserie.
- Tu désires quelque chose ma petite ?
Artemia leva les yeux et ne répondit pas. La vieille dame leva les épaules et continua sa route. La jeune fille se leva, monta sur la banquette pour attraper son uniforme dans sa malle. Rapidement, elle se changea dans ses nouveaux habits d'école. Hermione et Neville étant ainsi habillés depuis le début du trajet. Elle rangea ensuite ses affaires et se remit à lire. Quelques minutes plus tard, Hermione rentra dans le compartiment, un grand sourire sur les lèvres.
- J'ai rencontré Harry Potter ! Il est en Première Année comme nous ! Tu imagines ? J'ai lu pleins de choses sur lui.
Artemia sourit poliment, ne sachant quoi répondre.
- J'imagine qu'il doit être différent.
- Il a vraiment une cicatrice !
- Il était gentil ?
- Plutôt. C'est son copain, Ronald, il est un peu grincheux. Il a voulu lancer un sortilège mais il n'a pas réussi. Et...
Hermione se tût un moment réfléchissant à ses paroles tandis que ses joues prenaient de la couleur.
- Je leur ai dit qu'à chaque fois que j'avais essayé de lancer un sortilège, ça avait fonctionné du premier coup, annonça-t-elle. Je suis stupide. Je ne sais pas pourquoi j'ai menti comme ça. Je ne sais même pas si je serai capable de lancer des sortilèges…
Hermione croisa les bras sur sa poitrine avant de se laisser tomber, boudeuse, dans la banquette.
- Ce n'est pas grave. Tu as seulement prédit le futur. Je suis certaine que tu seras une grande sorcière. On travaillera ensemble si tu veux, offrit Artémia, un sourire timide sur les lèvres.
- J'aimerai bien oui. J'aimerai bien qu'on soit dans la même maison, je serai certaine d'avoir une amie au moins, ajouta la brune en se mordillant la lèvre inférieure.
Artemia sentit la boule dans son estomac s'alléger et un poids se soulever de sa poitrine.
- Ce serait bien. Mais si jamais ce n'est pas le cas, ce n'est pas une raison pour qu'on ne soit pas amie, non ?
Hermione leva la tête, les yeux pleins d'espoir.
- Même si tu es à Serpentard ?
- Même si je suis à Serpentard.
Hermione lui sourit avant de prendre son livre et le ranger dans sa malle.
- On devrait bientôt arriver.
Elle avait à peine terminé sa phrase qu'une voix annonça leur arrivée à la gare de Pré-au-Lard. Artémia rangea à son tour son livre, elle inspecta sa tenue et resserra sa cravate. Neville entra dans la pièce les yeux rougis.
- Tu n'as pas retrouvé Trevor ?
Le garçon secoua la tête avant de ranger ses affaires et de sortir en trainant les pieds. Les filles le suivirent et se retrouvèrent entourés par des sorciers de tout âge, qui attendaient tous la même chose entrer à Poudlard.
ooo
Artemia s'installa dans une barque avec un blond et deux garçons très costauds tandis qu'Hermione et Neville avait dû compléter la barque précédente.
Le blond avait des traits fins et une posture élégante alors que les deux autres semblaient porter le poids du monde sur leurs épaules tant ils étaient avachis.
Artemia détailla le blond discrètement, elle était certaine qu'il venait d'une famille de Sang-Pur. Il semblait connaître l'étiquette, du moins.
- Je suis Draco Malfoy et eux c'est Crabbe et Goyle. Et toi ?
Le blond, comme la jeune fille, n'avait pas pu s'empêcher de la regarder. Pendant un instant, elle en voulait à sa maman de l'avoir emmener en France quand elle avait six ans. Elle ne connaissait aucun de ces enfants. Elle connaissait Marie Prouvensier, Fleur Delacour, Eleonore Jouvet et d'autres sorciers français qui étaient à Beauxbâtons. Ses connaissances ne lui servait à rien ici.
- Artemia Rogue, répondit-elle, sa voix parfaitement calme.
Draco fronça les sourcils alors qu'il scrutait chaque parcelle de la fille devant lui.
- Rogue ? Comme le professeur Rogue ?
Artemia hocha la tête et croisa les bras sur sa poitrine, se donnant davantage de contenance.
- Sa fille, oui.
Cette fois, le blond regarda ses amis et rigola ouvertement à son visage.
- Sa fille ? Le professeur Rogue est mon parrain. Je le saurais s'il avait une fille. Je t'aurais déjà vu.
Il afficha un sourire en coin qui ne rassurait pas Artémia.
- Peut-être que tu ne le connais pas suffisamment alors. Je suis ravie qu'il m'ait épargné ta rencontre, tu vois.
Draco ne sembla pas apprécier sa réponse et il se rapprocha d'Artémia qui frissonna légèrement de cette proximité.
- Écoute. Tu n'as pas envie d'avoir des ennemis maintenant. Mais quand le professeur Rogue aura appris que tu dégrades son nom en te l'appropriant, je ne suis pas certain que tu ne resteras pas assez longtemps à l'école pour apprendre à voler.
Artémia haussa les épaules.
- Je sais déjà voler.
Il continua de la dévisager, son visage rouge.
- Qui que tu sois, je le découvrirais à la Répartition. Et je n'oublierais pas ton nom, je peux te l'assurer.
Artemia ignora le garçon et ses deux acolytes et elle se concentra sur le paysage qui lui était offert. Poudlard se reflétait admirablement dans le lac et la nuit étoilée essayait de l'embaumer. Les barques entrèrent ensuite dans une crique où toutes les voix résonnaient puis les petits bateaux s'immobilisèrent. Artemia retrouva rapidement Hermione et Neville qui tenait avec force son crapaud que Hagrid venait de retrouver.
Ils marchèrent pendant quelques instants avant de se trouver devant les grandes portes de Poudlard. Le professeur McGonagall les attendait et elle offrit un sourire aux visages qu'elle reconnaissait.
- Bienvenue à Poudlard. Le banquet de début d'année va bientôt commencer mais avant que vous preniez place dans la Grande Salle, vous allez être répartis dans les différentes maisons. Cette répartition constitue une cérémonie très importante. Vous devez savoir, en effet, que tout au long de votre séjour à l'école, votre maison sera pour vous comme une seconde famille.
Artemia sentit un frisson la parcourir. Elle enviait ce sentiment d'appartenance.
- Vous y suivrez les mêmes cours, vous y dormirez dans le même dortoir et vous passerez votre temps libre dans la même salle commune. Les maisons sont au nombre de quatre. Elles ont pour nom Gryffondor, Poufsouffle, Serdaigle et Serpentard. Chaque maison a sa propre histoire, sa propre noblesse, et chacune d'elles a formé au cours des ans des sorciers et des sorcières de premier plan. Pendant votre année à Poudlard, chaque fois que vous obtiendrez de bons résultats, vous rapporterez des points à votre maison, mais chaque fois que vous enfreindrez les règles communes, votre maison perdra des points. A la fin de l'année scolaire, la maison qui aura obtenu le plus de points gagnera la coupe des Quatre Maisons, ce qui constitue un très grand honneur. J'espère que chacun et chacune d'entre vous aura à coeur de bien servir sa maison, quelle qu'elle soit. La Cérémonie de la Répartition aura lieu dans quelques minutes en présence de tous les élèves de l'école. Je vous conseille de profiter du temps qui vous reste avant le début de cette cérémonie pour soigner votre tenue.
Artemia déglutit doucement alors que l'angoisse commençait à se répandre en elle. Ses mains étaient moites et son cœur battait plus vite qu'il en avait l'habitude. La Maison qui allait lui être attribuée dans quelques minutes allait déterminer tant de choses. Son amitié avec Hermione, la relation avec son père pour n'en citer que deux. Même s'il l'avait nié, elle se doutait que son père espérait qu'elle aille à Serpentard. Il était trop fier pour souhaiter autre chose. Mais Hermione ne pourrait pas aller à Serpentard. Serdaigle était une possibilité. Pour elle, pour Hermione et son père.
Artemia sentit Hermione sursauter à ses côtés, elle tourna la tête et ne put s'empêcher de sourire.
- Tu n'as pas lu qu'il y avait des fantômes ? S'amusa la jeune fille.
Hermione inspira une grande bouffée d'oxygène avant de répondre.
- Si mais les voir c'est autre chose.
La voix autoritaire de McGonagall les ramena à l'ordre du moment.
- La cérémonie va commencer. Mettez-vous en rangs et suivez-moi.
Artemia se plaça aux côtés de Hermione. Artemia se concentra sur la table des professeurs et elle regarda son père mais il ne daigna pas lui accorder un signe d'encouragement. Elle en aurait eu besoin pourtant. Le groupe d'élève s'arrêta devant un tabouret en bois sur lequel prônait un vieux chapeau. Le chapeau se mit à chanter, décrivant les quatre maisons avec clarté. Il se tût et des applaudissements retentirent dans la salle.
- Quand j'appellerai votre nom, vous mettrez le chapeau sur votre tête et vous assiérez sur le tabouret. Je commence : Abbot, Hannah !
La jeune fille fut accueillie à Pousouffle, tout comme Bones Susan. La répartition continua jusqu'au tour de Hermione. Elle monta sur l'estrade frénétiquement en se murmurant des mots inaudibles. La boule dans son estomac se fit ressentir avant que le verdict ne tombe.
- Gryffondor !
Artémia applaudit son amie qui sautillait vers sa nouvelle maison. Elle regarda le reste de la Répartition avec un goût amer. Elle ne serait pas avec son amie et elle se sentait déjà attristée par la situation. A chaque nouveau nom, ses jambes tremblaient. Elle se demandait si elle allait réussir à tenir debout jusqu'à la fin. Malfoy fut appelé et envoyé à Serpentard. Il souriait, fier de sa répartition. Artémia remarqua l'acquiescement que venait d'offrir son père au jeune garçon et elle ne put s'empêcher de sentir une once de jalousie. Malfoy s'asseya à sa table et fut gratifié par de nombreux autres élèves. Elle se demandait si elle aurait cette chance, elle aussi.
- Harry Potter, appela la Sous-Directrice.
Artemia semblait être la seule à remarquer l'inversion de nom lors de l'appel de la vieille dame puisque tout le monde réalisait qu'Harry Potter se tenait dans la même salle qu'eux. Le garçon à côté d'elle se tendit et avança d'un pas. Elle ne l'avait même pas remarqué. Il avait une petite tête ronde avec des cheveux châtains et de grands yeux verts entourés de lunettes rondes. Il s'assit sur le tabouret et sa tête fut englobée par le chapeau. Quelques minutes plus tard, Harry se releva, le sourire sur les lèvres et se dirigea vers la maison des lions sous de nombreux applaudissements.
- Rogue, Artémia !
La jeune fille pensa pendant un moment qu'elle allait s'évanouir tandis que le silence régnait dans la salle. Elle pouvait sentir les regards convergeaient vers elle. Elle ferma les yeux une demi-seconde et prit une grande inspiration. Elle se détacha du petit groupe de trois élèves et leva les yeux vers son père. Il la regardait mais sans la voir comme il savait si bien le faire. Son visage était impassible, inexpressif. Artémia se mordit la lèvre alors qu'elle faisait face à la Grande Salle et la pièce devint noire. Pendant un instant, elle pensa à toutes les têtes qui étaient passés sous le chapeau mais une voix l'empêcha de donner suite à sa réflexion.
- Un sacré mélange cet esprit... L'intelligence et le discernement de Serdaigle... Hmmm. Mais la subtilité et l'ambition de Serpentard… Oh oui beaucoup d'ambition mais un manque de confiance apparent. Intéressant… Alors, alors. Un tempérament qui rivalise avec celui de ton père. Je vois. Je sais. Un parfait compromis !
Il n'y eut plus aucun son qui parvenait aux oreilles d'Artémia puis le Choixpeau annonça à haute voix :
- Gryffondor !
Son souffle se coupa, son coeur se serra et elle eut l'impression qu'elle allait vomir. Elle resta quelques secondes sur le tabouret avant que le professeur McGonagall ne la chasse vers sa table. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle était à Gryffondor. Elle ne l'avait pas imaginé. Elle n'était pas courageuse ou brave. Des applaudissements lui vinrent aux oreilles et elle aperçut Hermione dont le sourire était éclatant. Artemia s'installa à côté de Harry Potter, toujours déboussolée. Elle tourna la tête vers son père mais il ne la regardait pas.
- Ne dis pas que tu es la fille de Rogue ? Demanda un roux dont le jumeau était assis face à lui.
- Mais si regarde ! Elle lui ressemble ! Sauf les yeux ! Déclara le second roux.
- Incroyable. La fille de Rogue à Gryffondor. Ton père va te haïr.
Ces mots lui donnaient un coup de pied dans le ventre. Elle n'en avait pas envie.
- C'est déjà le cas.
L'un des roux passa sa main sur son visage, abasourdi.
- Incroyable. La fille du Batard Graisseux à Gryffondor.
Artemia haussa les épaules et applaudit timidement l'arrivée de Weasley Ron à Gryffondor. Artémia jeta un coup d'œil à son père. Son visage était toujours aussi inexpressif alors qu'il regardait Zabini Blaise être réparti dans sa Maison.
Le professeur Dumbledore se leva, ses yeux bleus pétillants de joie puis il s'exclama.
- Bienvenue. Bienvenue à tous pour cette nouvelle année à Poudlard. Avant que le banquet ne commence, je voudrais vous dire quelques mots. Les voici : Nigaud ! Grasdouble ! Bizarre ! Pinçon ! Je vous remercie.
Artemia fronça les sourcils et remarqua qu'elle n'était pas la seule dans ce cas. Harry s'autorisa même à demander si le Directeur était fou. Elle sourit à Hermione, assise deux sièges à côté d'elle et se servit à manger. Elle se concentra sur la discussion qu'entretenaient Hermione, Harry et Percy Weasley. Elle pouvait se faire une idée de chacun de ses camarades à sa table. Hermione serait la première de la classe même si elle n'avait jamais fait de magie auparavant. Il était évident qu'elle connaissait la plupart des livres de classe. Harry semblait un peu perdu au premier abord, incertain et elle pouvait voir à travers ses yeux verts qu'il cherchait un monde qui pouvait l'accepter. Il était loin d'être le stéréotype de la célébrité. Elle connaissait son histoire. Que ce soit en France ou en Angleterre il était un garçon très connu. Pour autant, il paraissait simple. Fragile, presque. Il semblait comprendre que rien n'était jamais acquis. Neville lui avait paru clairement incertain, perdu sans sa grand-mère. Et bien qu'Artémia ne doutait pas de sa gentillesse, elle ne le trouvait pas particulièrement intéressant. Cependant, elle n'arrivait pas à déterminer précisément qui était Ronald ou encore les deux autres garçons avec qui il parlait.
- Qui c'est, le prof qui parle avec Quirrel ? Demanda Harry à Perçy.
Ce dernier tourna la tête vers Artemia, mal à l'aise, et ne semblait pas trouver les mots adéquats.
- Mon père, le professeur Rogue, déclara Artémia la voix calme et neutre.
Perçy se tourna vers elle, surpris d'entendre enfin sa voix. Ses sourcils froncés indiquaient qu'il voulait ajouter quelque chose qu'il n'osait pas dire.
- Tu sais, tu peux dire ce que tu veux sur lui. Je sais qu'il n'est pas le plus agréable, rassure-toi.
Percy rougit tandis que la tête des deux jumeaux se tourna vers la jeune fille, intéressés.
- Le professeur Rogue est chargé des cours de potions, mais ça ne lui plaît pas. Tout le monde sait qu'il essaye de prendre la place de Quirrel. Il en connaît un rayon en magie noire, ton père.
Artemia écoutait avec attention ce que le préfet racontait. Elle n'était pas surprise d'entendre qu'il n'avait pas une bonne réputation. Cependant, elle était étonnée d'apprendre que son père n'aimait pas son poste, elle aurait juré pourtant qu'il ne vivait que pour ses potions. Il avait passé tous les après-midis avec elles. Artemia fixa son père pendant un moment, quand elle remarqua qu'Harry faisait la même chose.
- Donc, Artemia c'est ça ? La concernée hocha la tête. Je suis Fred et lui c'est Georges. Weasley. Comme Ron. Et Percy le préfet, ajouta le rouquin, un sourire aux lèvres.
Les yeux des jumeaux pétillaient de malice et Artémia se demandait si elle ne devait pas se méfier de ces deux-là.
- Alors tu es là en espion pour les Serpentard, Mini-Rogue ? Demanda George.
- Mini-Rogue, sérieusement ? Artemia leva les yeux au ciel. Et pourquoi je vous espionnerais ? Vous pensez réellement que j'ai décidé de venir dans cette Maison pendant sept ans simplement pour vous espionner ? Rigola Artemia, pensant à l'absurdité de la situation.
- Exactement, s'accordèrent les jumeaux.
- Vous allez être déçus alors.
Les jumeaux échangèrent un regard mais n'eut pas le temps de répliquer. Dumbledore se leva et entama son discours de début d'année sur les dangers et les rappels de l'école. Il leva sa baguette et les paroles de la soit-disante hymne de Poudlard s'élevèrent dans le ciel. Toute la Grande Salle se mit à chanter formant un brouhaha désagréable. Artémia se contenta de regarder ses camarades ainsi que les professeurs. McGonagall chantait mais visiblement mal à l'aise, comme la plupart des professeurs, son père excepté. Il était assis, droit sur sa chaise, les lèvres scellées, son regard emplis d'ennui parcourait la salle. Il entra en contact avec sa fille et resta ainsi jusqu'à la fin de la chanson mais ne fit pas un geste pour la féliciter ou encore la reconnaître. Il continuait de l'ignorer.
- Et maintenant au lit. Allez, tout le monde dehors, déclara le Directeur, enjoué par sa chanson.
Artemia se leva, soulagée de pouvoir enfin se retirer loin du regard des autres, du regard de son père. Elle suivit Percy, aux côtés d'Hermione à travers les couloirs et les escaliers. Elle ne disait mot, ne sachant quoi dire, elle préférait simplement faire attention aux escaliers piégés. Artemia se sentait étrangement triste alors qu'elle s'éloignait de sa résidence habituelle, quelques étages plus bas. Elle attendait depuis des jours de commencer l'école, d'être séparée de son père pour commencer à vivre. Mais elle commençait Poudlard comme une orpheline. Sans mère, sans beau-père et sans père. Elle avait juste le droit à un professeur qu'elle connaissait légèrement. C'était tout ce qu'il lui restait jusqu'à la fin de l'année. Sur cette pensée, elle traversa le tableau de la Grosse Dame. Artémia et les autres Premières Années découvrirent la Salle Commune. Elle découvrait ainsi une pièce circulaire, chaleureuse où traînaient dans tous les coins, des canapés et des fauteuils confortables.
Artemia suivit Hermione qui montaient les escaliers pour se rendre dans leur chambre. Elles arrivèrent dans un dortoir de quatre lits à baldaquins. Malgré la nuit, la pièce était claire et accueillante grâce au poêle au centre de la pièce. A côté de chaque lit se trouvaient une armoire et une coiffeuse. Artémia s'avança dans la pièce et découvrit sa malle au pied d'un des lits. Elle fit un pas vers celui-ci et laissa glisser ses doigts sur le velours rouge des rideaux avant de croiser le regard d'Hermione qui occupait le lit d'à côté.
- Je suis vraiment contente qu'on soit ensemble, déclara la brune.
Artémia sourit à son amie en hochant la tête avant d'ouvrir sa valise.
Les deux filles furent rejointes par deux autres élèves.
- Bonjour, je suis Lavande Brown et elle s'est Parvati Patil.
Lavande était en somme une jolie fillette aux cheveux bouclés et aux yeux verts remplis de joie tandis que Parvati semblait plus calme, ses yeux bruns en accord avec ses cheveux sombres et sa peau matte.
- Hermione Granger. Tu as une sœur à Serdaigle, Parvarti non ?
L'indienne acquiesça et les filles se tournèrent vers la jeune fille.
- Artemia Rogue.
Lavande fronça les sourcils avant de répondre.
- Comme le professeur ?
Artémia soupira avant de répliquer agacée.
- Oui, comme le professeur. Vous pouvez faire tourner le mot, ça m'évitera de le répéter.
Hermione considéra son amie et lui adressa un léger sourire avant de continuer de faire connaissance avec leurs voisines de chambre. Artemia attrapa son pyjama, se rendit dans la salle de bain, son nécessaire de toilettes en main. Lorsqu'elle réapparut dans la chambre, les trois filles étaient assises sur un même lit et rigolaient. Artémia hésita quelques secondes avant de les rejoindre. Elle était désorientée, fatiguée, un peu en colère et elle avait surtout envie de se blottir dans son lit avec son lapin et ne voir personne. Presque à contre coeur, elle attrapa Holly, qui n'avait pas fait le voyage en train, et le présenta à ses camarades. Les charmes du lapin opérèrent et tout conflit fut oublié. Pour un lapin de moldu, il était quand même magique, pensa Artemia.
