Chapitre 6

La semaine qui suivit la retenue d'Artemia se déroula d'une toute autre façon que la première. Elle n'arrivait toujours pas à transformer son allumette ni à porter attention à ses cours d'Histoire de la Magie. Son père ne lui accordait plus un seul regard et sur les conseils de sa Directrice de Maison, elle se faisait oublier pendant les cours de Potions. Sa potion était toujours parfaite même s'il ne l'étudiait pas. C'était sa réputation qui avait évolué. Elle se doutait que les jumeaux Weasley étaient responsables de ce changement. Elle ne savait pas ce qu'ils avaient raconté, cependant. Elle n'était plus considérée comme un parasite méprisable. Certains élèves lui adressaient des sourires, d'autres la saluaient désormais. Tenir tête au professeur Rogue était un acte si courageux que sa place à Gryffondor n'était plus remise en question. Elle était devenue un mystère. Tous se demandaient comment Rogue pouvait avoir une fille, pourquoi personne ne la connaissait et pourquoi elle montrait une animosité considérable envers lui. Artemia laissait les rumeurs déterminer qui elle était. Elle n'avait pas envie de les nourrir des histoires de sa vie. Il y avait déjà des zones d'ombre dans son histoire qu'elle-même n'avait pas réussi à éclaircir. Pour les autres, elle était discrète quand il le fallait mais déterminée à obtenir ce qu'elle voulait. Les points qu'elle avait apporté à sa Maison en Sortilèges et en Botanique avaient montré qu'à l'image de son père, Artemia n'était pas idiote.

Le premier cours de Vol se déroulait dans l'après-midi. A la table des Gryffondors, chacun racontait son histoire de balai. Artémia, comme souvent, ne participait pas à la conversation. Elle écoutait les récits et observait ses camarades. Elle remarquait que certains étaient vraiment naïfs. Harry Potter était silencieux lui aussi. Comme souvent à vrai dire. C'était un garçon discret qui ne mettait jamais sa célébrité en avant à l'instar de ce que pouvait raconter son père. Il lui avait souri quelques fois mais il n'était jamais venu lui parler. Elle le comprenait. Elle était toujours la fille de Rogue, l'homme qui s'amusait à l'humilier à chaque leçon.

Hermione lisait un livre sur le Quidditch, espérant apprendre, comme elle en avait l'habitude, la technique.

- Hermione, j'ai oublié mon livre de Botanique dans la salle commune. Tu m'accompagnes ?

La jeune fille leva la tête de son livre et accepta en souriant. Elles escaladèrent rapidement les marches et entra dans la salle des Gryffondors. Artemia monta dans leur dortoir et descendit une minute plus tard un livre dans la main. Elle le tendit à son amie, légèrement mal à l'aise.

- Petites métamorphoses pour petites sorcières ? Ce n'est pas un livre de botanique ça, remarqua la fille aux cheveux frisés.

- Manifestement, répondit Artemia.

Elle regarda son amie qui fronçait les sourcils sans comprendre.

- C'est bien aujourd'hui ton anniversaire ? Demanda Artemia avec la peur soudaine de s'être trompée.

Hermione ouvrit de grands yeux marrons avant de sourire de toute ses dents et d'enlacer son amie.

- Joyeux anniversaire, murmura-t-elle simplement.

- Oh ! Merci Artemia ! Ça me fait vraiment plaisir !

Artemia sourit et s'éloigna de son amie. Elle savait que personne ne lui avait souhaité. Il n'y avait d'ailleurs probablement qu'Artémia qui était consciente, qu'aujourd'hui, Hermione avait douze ans. La sorcière aux cheveux frisés avait des difficultés à se faire à ce monde, à cette vie. Elle n'avait jamais quitté ses parents avant de venir à Poudlard. C'était un changement douloureux. Lorsqu'elle n'était pas avec Artemia, elle était seule, dans son dortoir, sur son lit, à lire un livre ou à écrire à ses parents. Artemia pouvait l'entendre pleurer parfois la nuit et ça lui déchirait le cœur de savoir son amie dans la détresse. Elle avait essayé de la rassurer. Elle passait beaucoup de temps à rassurer son amie.

- Comment as-tu su ? S'enquit Hermione après avoir lu la quatrième de couverture du livre qu'elle venait de recevoir.

- J'ai jeté un coup d'œil quand tu remplissais ton formulaire de présentation en Sortilèges.

Hermione leva les yeux et sourit.

- Et toi, quand est-ce ?

- 6 Octobre.

- Tu as aussi un an de plus, alors ?

Artemia hocha la tête tandis que le visage d'Hermione s'éclairait. Il y avait un nouveau lien qui venait de se former, celui de deux personnes qui se reconnaissaient mutuellement. Artemia savait qu'elle pouvait compter sur Hermione.

ooo

A trois heures et demie, les Gryffondors et les Serpentards se dirigeaient dans le parc de Poudlard pour assister à leur première leçon de vol. Artemia soupira. Elle ne voulait pas assister à ce cours qu'elle considérait comme inutile, mais elle s'était résolue à voir ce qu'il pouvait lui apporter avant de faire tout ce qu'elle pouvait pour ne plus y participer. Elle s'installa face à un vieux balai comme le faisait ses camarades alors que le professeur Bibine leur expliquait les règles fondamentales de ce cours. Elle n'y prêta pas particulièrement attention et préféra détailler les élèves de la maison de son père. Ils arboraient tous la même expression emplie de fierté et de dignité. Ils ne semblaient pas véritables, préférant polir leurs façades plutôt que faire fleurir leurs âmes. Elle n'aurait pas pu être à Serpentard. Elle n'était pas comme eux, se rassurait la jeune fille. Elle était fière, elle le savait, c'était dans ses gênes, elle était à moitié française après tout.

- Tendez la main droite au-dessus du balai et dîtes : « Debout ! »

Artemia leva les yeux au ciel, forcément une nouvelle fois les gaucher étaient mis de côté. Elle tendit la main gauche et essaya de paraître convaincue alors qu'elle ordonnait à son balai de se lever.

- Debout !

Le balai vacilla mais n'atterrit pas dans sa main, comme venait de le faire celui de Harry. La frustration d'Artémia augmenta considérablement, goûtant à nouveau au sentiment d'échec qu'elle connaissait depuis trois cours de Métamorphose.

- Oh ça va sale balai, debout ! S'énerva-t-elle.

Étonnamment, le balai sembla convaincu et il apparût dans sa main. Quand tout le monde tenait enfin son balai, le professeur leur expliqua comment enfourcher le bout de bois et comment se positionner dessus. Elle s'exécuta ressentant la frustration de ce cours inutile prendre le dessus sur elle. Bibine passait devant chaque élève pour leur donner des conseils.

- Très bien, Miss Rogue. Mais vous êtes montée à l'envers. Recommencez par la gauche.

Artemia regarda son professeur en levant un sourcil interrogateur.

- Je suis gauchère. Je dois donc monter par la droite, éclaira la Gryffondor, une once d'irritation dans la voix.

- Plus tard vous pourrez enfourcher votre balai par la droite. Mais dans cette classe, vous ferez comme tout le monde. Descendez et recommencez, ordonna-t-elle sèchement, ses yeux jaunes se plissant sévèrement.

- Si je dois apprendre à voler, c'est pour apprendre de la bonne manière. Quand vous apprenez à écrire, vous n'apprenez pas avec la main droite puis après avec la main gauche. Ça n'a pas de sens.

Les yeux de la femme s'ouvrirent davantage marquant sa stupéfaction. Il n'était pas courant que les Premières Années soit aussi confiants pour répondre ainsi à leur professeur.

- Êtes-vous professeur, Miss Rogue ?

- Non, Madame Bibine.

Artemia vit Hermione se tendre à côté d'elle et la regarder avec le même air que pouvait afficher le professeur McGonagall.

- Vous n'avez donc aucune raison de contester mes décisions. Je retire un point à Gryffondor.

Ses camarades de maison regardèrent Artémia tout en protestant, tandis que les Serpentards, et surtout Malfoy, affichaient un rictus satisfait.

- Maintenant recommencez, dicta le professeur.

- Non.

Il y eut un murmure parmi les Gryffondors. Elle pouvait entendre ses camarades lui dire de se taire ou de faire ce que voulait le professeur. Mais Artemia en était incapable. Quelque chose en elle, sa fierté surement, ne pouvait se plier comme ça.

Artemia passa sa jambe par-dessus le balai et posa les deux pieds au sol, elle laissa tomber les balai sur l'herbe et croisa les bras, une lueur de défi dans les yeux.

- Vous préférez peut-être voir votre Directrice de Maison ?

La jeune fille avait compris que chacune de ses débâcles lui coûterait des points ou des retenues. Une visite chez le professeur de métamorphose pourrait peut-être arranger les choses si elle lui expliquait son point de vue.

- S'il vous plaît.

- Vous l'aurez voulu.

Artemia n'avait pas baissé les yeux et ne faisait pas non plus attention aux élèves qui l'entourait. Elle fit un pas en arrière et suivit le professeur qui attrapa un parchemin et une plume dans son sac. Elle grattait le papier frénétiquement avant de le rouler et de le tendre vers la jeune fille. Elle l'attrapa et se dirigea vers l'entrée du château, un léger sourire satisfait sur son visage. Elle avait échappé au cours de Vol. Artemia retourna dans le hall et monta les marches pour accéder au bureau de sa Directrice, à côté de la salle de métamorphose.

Elle frappa sur la porte du bureau, espérant que le professeur dispense l'un de ses cours et qu'elle ne puisse pas la recevoir. Malheureusement, la voix pincée de la vieille dame résonna à travers le mur.

- Miss Rogue, qu'est-ce qui vous amène ? Vous ne devriez pas être en cours de Vol ?

Artemia avala sa salive se sentant soudainement moins courageuse. Elle pouvait faire face à son père ou à d'autres professeurs. Il y avait quelque chose de différent avec le professeur McGonagall. Artemia la respectait profondément. Elle pensait que c'était un bon professeur mais surtout elle voyait en cette gentille dame une aide précieuse auprès de son père. Elle n'avait pas envie de la décevoir, étonnamment.

- Je devrais mais j'ai eu un différend avec le professeur Bibine.

Le professeur fronça les sourcils tandis qu'Artémia allongea le bras pour lui donner le parchemin. McGonagall le déroula et lut la courte missive. Artemia examinait le visage de sa directrice alors que ses yeux parcouraient les lettres et les mots sur le parchemin.

- Bien. Asseyez-vous Miss Rogue.

Sa voix n'était plus celle réconfortante de l'autre soir, Artémia découvrait la face sévère de sa directrice.

- Pouvez-vous m'expliquer votre comportement ?

- Je suis gauchère et le professeur Bibine insistait pour que je monte sur mon balai comme un droitier.

- Et donc ?

- Je sais voler. Je trouvais ça inutile d'essayer de faire autrement parce que le professeur n'est pas gaucher. C'est comme si je vous demandais de lancer un sort de la main gauche, vous ne seriez pas à l'aise. Mais on ne vous force pas à le faire donc je ne vois pas pourquoi je devrais le faire non plus.

La Directrice relâcha les traits de son visage et Artemia comprit qu'elle pouvait peut-être réussir à se sortir de cette situation. Après tout, elle n'avait pas tort.

- Vous lui avez expliqué ?

- Oui. Elle répondu que je n'étais pas un professeur donc je n'avais pas mon mot à dire. C'est un faible argument d'autorité.

- Miss Rogue, j'ai compris.

Artémia ouvrit la bouche mais la referma aussitôt. La vieille dame regardait son élève, pensivement, réfléchissant à la sanction qu'elle pouvait donner à la jeune fille.

- Je sais voler. Je n'ai pas besoin de ce cours, déclara Artémia d'une voix calme.

- Les cours de vol sont obligatoires pour tous les Premières Années, récita la Sous-Directrice.

- Mais je sais voler ! Je veux bien aller à des cours qui peuvent m'apprendre des choses mais c'est une perte de temps là !

- Taisez-vous ! Répondit McGongall, la voix forte.

Elle se retourna et regarda par la fenêtre. Artémia Rogue était définitivement la fille de Severus Rogue. Ils étaient entêtés, confiants, méthodiques. Mais Artémia manquait de règles, de rigueur.

- Vous eff... Par Merlin !

Elle regardait toujours par la fenêtre mais son corps tendu communiquait son inquiétude. Elle pivota sur ses pieds.

- Restez dans mon bureau jusqu'à mon retour, nous n'avons pas terminé.

Elle quitta la pièce précipitamment. Artemia fronça les sourcils et se leva de sa chaise pour regarder par la fenêtre. Elle pouvait voir le petit groupe d'élève rassemblés pour le cours de Vol, ainsi qu'un blond et un brun dans les airs.

- Harry et Malfoy.

Harry atterrit sur le sol, le bras en l'air alors que le professeur McGonagall s'avançait vers lui d'un pas rapide et ils disparurent tous les deux dans le château. La jeune fille détailla le reste du groupe. Personne d'autre n'avait de balai et le professeur Bibine n'était pas présente.

Pensant que McGonagall allait revenir avec Harry, elle retrouva sa place dans son fauteuil et détailla la pièce. C'était une pièce sombre, ouverte par seulement deux fenêtres en ogives. La tapisserie était rouge, comme Gryffondor, même si on en voyait très peu le bout. Il y avait beaucoup de livre, principalement de métamorphose, d'Arithmancie et de Runes. Son bureau était grand et bien ordonné. Deux tas de parchemins prônaient sur le plan de travail. Elle avança la tête pour voir que ce n'était pas les devoirs de Première Année. La pièce était beaucoup plus chaleureuse que celle de son père.

Elle attendit de longues minutes puis après cinq tours d'aiguille, elle se leva et lut le titre des livres. Elle en attrapa un, résolue à lire seulement la première page mais elle se sentit absorbée dans sa lecture qu'elle ne remarqua pas les dix minutes qui s'étaient écoulées.

- Eh bien je vois que vous êtes confortable, Miss Rogue.

Artemia leva la tête pour rencontrer le regard amusé de sa Directrice. Artemia fronça les sourcils tout en fermant doucement le livre. Elle le reposa à sa place, tandis que le professeur McGonagall reprenait sa place initiale.

- Les symboles en métamorphose ? Vous le trouvez intéressant ?

- Je trouve que c'est éclairant concernant les mouvements de baguette. Au moins, ça prouve que la magie ne se réduit pas à un simple mouvement défini par hasard. Je pense qu'il me manque des connaissances pour pouvoir comprendre totalement ce livre, déclara calmement Artémia.

La vieille dame hocha la tête comme si elle était d'accord avec la jeune fille.

- Vous en comprendrez davantage si vous étudiez les runes, répondit-elle simplement.

La Gryffondor acquiesça et regarda son aînée, attendant le verdict.

- Avec tout ça, je ne me souviens plus de ce que j'avais déterminé... Quoiqu'il en soit, ce n'est pas la première fois que votre caractère vous fait défaut. Vous avez déjà obtenu une retenue pour cela mais vous n'avez toujours pas compris.

- Je vous demande pardon ?

Elle avait seulement appris que son père et elle ne se comprenaient toujours pas. Il avait essayé de s'imposer dans sa vie par l'autorité. Artemia avait toujours très mal réagi à cette injonction. Elle se demandait si son père était capable d'aimer. S'il était capable de l'aimer, elle. Elle n'était qu'une gamine comme une autre pour lui, elle n'était pas Drago Malfoy. Et seul Drago Malfoy avait la sympathie de son père.

- Aussi injustement que votre retenue ait pu être, elle était destinée à vous faire comprendre que vous devez respecter vos professeurs et les écouter. Je n'en ai pas tenu compte, la dernière fois, pour des raisons exceptionnelles mais je ne fermerai pas les yeux à partir de maintenant. Votre comportement en Métamorphose est à la limite de l'insolence et vous ne faîtes aucun effort pour réussir votre métamorphose. Vous défiez vos professeurs en Potions et en cours de Vol. Et j'espère pour vous que je n'aurais pas d'autres plaintes.

- Vous n'en aurez pas, déclara simplement Artémia, impassible.

Elle n'aimait pas ce qu'elle entendait, ce qu'on lui demandait d'être, ce qu'on lui imposait de devenir. Il fallait qu'elle se l'oblige. Elle n'aimait pas le ton moralisateur de la Sous-Directrice.

- J'espère bien. Autrement, vous viendrez tous les soirs en retenue jusqu'à ce que vous compreniez votre place. Suis-je claire ? La voix froide du professeur ne laissait pas de doute.

Artemia hocha la tête, tout en baissant les yeux.

- Répondez-moi. Et tâchez d'en faire de même lorsque votre père vous pose une question.

Elle serra les dents et inspira afin de canaliser la colère qui montait en elle. Elle avait l'impression d'être un elfe de maison.

- Oui, professeur, cracha-t-elle.

- Pour cette fois, vous viendrez ce soir, à vingt heures, dans ma salle et apportez votre livre de Métamorphose. Vous pouvez y aller.

Artemia se leva mécaniquement et se retourna. Elle acceptait la punition. Mais il était plus compliqué pour elle d'accepter les remarques personnelles. D'autant plus que la vieille dame n'était pas innocente non plus.

- Si vous ne voulez pas créer de conflits familiaux, vous pouvez aussi éviter de parler de mes résultats dans votre matière. Je doute que vous envoyez des hiboux à tous les parents d'élèves en difficulté, je me trompe ?

Le visage de sa Directrice passa par plusieurs émotions : la stupéfaction, la colère puis la peine. Artemia regretta ses mots en ressentant un sentiment gênant. Elle recula rapidement et sortit dans le couloir. La jeune fille monta les marches pour trouver sa Salle Commune, elle donna le mot de passe à la Grosse Dame qui la laissa entrer. Elle parcourut rapidement la salle des yeux à la recherche d'Hermione.

- Mini-Rogue ! Il paraît que tu as encore fait des tiennes ?

Artemia se tourna vers Fred, qu'elle pouvait maintenant discerner de son frère. Il était plus petit, avec des yeux plus foncés mais des pommettes plus hautes.

- J'essaie de battre votre record. Combien de retenue les deux premières semaines ? S'amusa faussement Artemia sans que la culpabilité n'ait disparu.

Il était facile de parler aux jumeaux. Elle ne savait pas si c'était parce qu'ils l'avaient vu dans la pire des situations, si c'était parce qu'ils avaient été les premiers à la croire mais elle pouvait se permettre d'être elle-même, tout aussi facilement qu'avec Hermione, si ce n'est plus.

- Tu as déjà du retard, ma petite. On en était à notre sixième, je crois. Je peux toujours entendre Percy nous rappelait qu'il en parlera à maman. Il a rapidement compris qu'il devrait envoyer des hiboux tous les jours celui-là.

Artemia sourit timidement. Fred l'invita à s'asseoir près du feu d'un léger coup de tête mais elle hésita quelques secondes.

- Tu as peur de t'associer à des traîtres à leur sang, Rogue ? Demanda George en rigolant.

- Je pourrais facilement vous retourner la question. Vous voulez vraiment être vus en compagnie de la fille du bâtard graisseux, c'est comme ça que vous l'appelez non ? Répondit-elle sur le ton de la plaisanterie.

Artemia vit un autre garçon à la peau noire se retourner, en rigolant.

- Tu as raison Fred, elle a quelque chose cette petite.

Cet échange lui suffit pour la décider à s'assoir sur un coussin au sol. C'était la première fois qu'elle restait dans la Salle Commune, elle ne faisait seulement la traverser à chaque fois.

Le petit groupe se présenta et Artémia fit la connaissance de Lee Jordan, d'Olivier Dubois et d'Angelina Johnson. Elle apprit ainsi qu'Harry venait d'être sélectionné dans l'équipe de Quidditch.

- Ron m'a dit que tu avais fait un scandale en Cours de Vol et que Bibine était folle de rage. T'as vraiment fait ça ? S'enquit George.

- Non, je lui ai juste fait remarquer que j'étais gauchère et que je ne comptais pas monter sur un balai par la droite, juste pour la satisfaire.

- Ah j'avais eu le droit à la même remarque moi aussi ! S'émerveilla Olivier. Mais elle ne m'a pas envoyé chez McGonagall.

- Je l'ai peut-être un peu poussé, admit Artemia avec une moue sournoise. Je vais y aller, j'ai une retenue avec McGongall, je vais éviter d'aggraver mon cas. Vous savez où est Hermione ?

La jeune fille remarqua que le groupe ne semblait pas savoir de qui elle parlait, ils levèrent simplement les épaules. Artemia se leva et sourit au petit groupe comme pour les remercier de lui laisser sa chance.

- J'ai l'impression qu'on se croisera souvent en retenue Mini-Rogue, salua Fred.

La Première Année esquissa un sourire alors qu'elle traversait le tableau pour se rendre dans la Grande Salle.

ooo

Le sentiment de culpabilité était pesant tandis qu'Artemia attendait devant la porte du professeur McGonagall.

- Bonsoir Miss Rogue, elle l'accueillait avec une voix froide qui ne faisait qu'augmenter le mal-être qu'elle ressentait.

- Bonsoir professeur McGonagall, elle s'efforça de répondre.

Artemia rentra dans la salle, honteuse de la manière dont elle l'avait quitté quelques heures plus tôt.

- Je voulais m'excuser pour ce que je vous ai dit tout à l'heure, elle concéda à toute vitesse. Ce n'était pas justifié.

La vieille dame ne répondit rien, son visage toujours fermé et avança jusqu'à son bureau. Elle s'empara d'un parchemin et s'approcha d'Artemia.

- Vous n'aviez pas tort. D'autant plus que je vous ai jugé un peu rapidement.

Elle lui tendit le parchemin. Artemia reconnut le devoir qu'elle lui avait rendu. Un gros O brillait à côté de son nom. Artemia se sentit soulagée à l'idée qu'elle n'était pas une complète incapable en Métamorphose.

- Après avoir corrigé votre devoir, je me suis donc demandé pourquoi vous n'étiez pas capable de maîtriser la pratique alors que vous comprenez parfaitement la théorie. Durant votre retenue, vous allez vous exercer.

Le soulagement de la jeune fille fut seulement de courte durée. Elle soupira.

- Allons donc. Changez d'état d'esprit. Montrez-moi vos progrès.

Le professeur posa une allumette sur la table et l'observa. Artemia attrapa sa baguette, fit le geste élégamment tout en prononçant la formule distinctement. Rien ne se passa. Elle essaya à nouveau puis reposa sa baguette sur sa table en regardant le professeur. Elle fronçait les sourcils.

- Tout me semble pourtant bien exécuté, c'est étrange.

Artemia souffla et baissa la tête, elle était déçue de ne pas avoir de solution. Elle ne comprenait pas. Le professeur ne comprenait pas.

- C'est peut-être ma baguette ?

- Pourquoi pensez-vous que le problème vient de votre baguette ? S'amusa la vieille dame.

Artemia ferma une seconde les yeux, elle sentit la magie au centre de sa poitrine. C'était un sentiment de chaleur, de réconfort. Elle la dirigea dans sa main puis elle ouvrit les yeux. L'allumette était rouge.

- Oh, très bien ! S'exclama le professeur avec le sourire. Vous voyez que vous avez la métamorphose en vous. Votre baguette n'est qu'un canaliseur de votre magie, je suis certaine que vous n'avez aucun problème en Sortilèges ?

Artemia hésita quelques secondes puis répondit à la négative.

- Pourquoi je n'y arrive pas, alors ?

- A quoi pensez-vous lorsque vous voulez métamorphoser votre allumette ?

- A une aiguille, évidemment, répondit Artémia, en arquant un sourcil.

- Précisément ?

- J'imagine chacune des étapes. D'abord, agrandir l'aiguille puis la rendre argentée puis lui donner le bout pointu.

- Et comment imaginez-vous votre produit final ?

- Comme une aiguille ! S'énerva la jeune fille.

- Miss Rogue, j'essaie de vous aider, baissez d'un ton.

- Pardon professeur.

La vieille dame hocha la tête et fronça les sourcils.

- Votre aiguille comment l'imaginez-vous particulièrement ?

La Première Année réfléchit un instant. Elle ne comprenait pas la question.

- Grise et pointue ?

La vieille dame pouffa et se posa à côté d'Artémia le regard malicieux.

- Vous avez exactement le même problème que votre père au même âge. Il m'a répondu exactement la même chose lorsque je lui ai demandais.

Sa voix était douce et patiente. Comme si elle voulait lui faire comprendre quelque chose.

- Que lui avez-vous répondu ?

- Qu'il était trop mécanique.

Artemia fronça les sourcils, ne comprenant pas.

- La métamorphose n'est pas seulement l'art de transformer un objet en un autre ou de changer sa couleur. C'est l'art de transformer les propriétés et la matière de l'objet.

Artemia repensa avec douceur à la phrase de sa maman « Rien ne se perd, rien en se crée, tout se transforme ». Elle essaya de se concentrer sur le professeur. Il y avait plusieurs jours qu'elle n'avait pas pensé à sa maman.

- Il n'est pas réellement possible de faire comme vous le faîte. C'est une façon pour certains mais ça ne fonctionne pas pour vous. Vous êtes trop objective. Vous devez ressentir votre magie, la laisser se répandre en vous. C'est ce qui fait votre signature magique. C'est la touche personnelle que vous lui donnez. Vous ne devez pas essayer de transformer l'allumette en une simple aiguille. Mais votre aiguille. Chaque allumette se diffère d'une autre d'une certaine manière, votre aiguille aussi. Et c'est à vous, par votre magie, de lui faire adopter cette différence, vous comprenez ?

La Première Année écoutait sa directrice avec attention mais ne parvenait pas à comprendre ce qu'elle voulait dire.

- Ah. Voyons autrement. Lorsque vous lancez un sortilège, à quoi pensez-vous ?

La question, si simple, prit au dépourvu Artémia qui commençait à paniquer, de ne pas être capable de mettre le doigts sur une chose si simple. Elle attrapa sa baguette et lança un « Lumos », sa baguette s'alluma mais elle ne savait pas à quoi elle pensait. Elle éteignit sa baguette d'un « Nox » mais ne fut une nouvelle fois pas capable de répondre à son enseignante.

- C'est... instinctif. Même avant d'avoir une baguette, je lévitais des objets sans y penser réellement.

La vieille dame, à son tour, ne semblait pas comprendre ce que voulait dire la jeune fille.

- Quand vous dîtes la formule, à quoi pensez-vous ? Essaya-t-elle autrement.

- Au mots qui s'emmêlent, la jeune Gryffondor répondit instantanément.

Le professeur McGongall fronça les sourcils, pensant légèrement à une blague, mais lorsqu'Artémia ne rajouta rien, elle prit en considération sa réponse.

- C'est à dire ?

Artemia regardait le professeur sans comprendre.

- Magie c'est un mot gentil mais qui peut mener sous terre. Ecole c'est un mot neutre, autant destructeur que libérateur.

Voyant l'air troublé du professeur, Artémia se mordit la lèvre inférieure.

- Laissez tomber… Elle murmura ces mots.

- Vous reprenez seulement les définitions de ces mots, non ?

Artémia hocha négativement la tête.

- Ca n'a rien à voir avec la définition du mot. Ce sont les lettres qui forment les mots, qui forment les phrases. C'est comme ça que j'ai appris à lire. Je n'ai pas besoin de connaître la définition d'un mot pour l'employer. Donnez-moi un mot dont je ne connais probablement pas la définition, si vous le souhaitez.

Le professeur fronça les sourcils et se leva de son siège et retourna à son bureau, son expression sévère à nouveau sur le visage. Elle regardait la jeune fille devant elle, réfléchissant, avant de donner un mot au hasard.

- Venelle.

Artémia sortit un parchemin et sa plume et écrit le mot de son écriture élégante. Elle se leva et s'approcha du bureau de son professeur pour lui expliquer son raisonnement.

- C'est simple. Le V s'ouvre sur le ciel, les e roulent irrégulièrement, le n marche sur deux jambes et les l pointent le ciel. Avec le V et les l, on comprend que c'est un lieu qui n'est pas couvert et les l sont accolés entre deux e, on pense que c'est petit. Les e désignent l'activité qui y règnent et le n, les hommes qui marchent. Je dirais donc que c'est une ruelle ?

McGonagall ouvrit grand les yeux. Elle regarda le mot sur le parchemin mais ne semblait pas avoir compris le raisonnement de son élève. Après une minute, elle leva la tête.

- Donc vous pensez comme cela lorsque vous lancez un sortilège ?

- J'imagine.

- Pourquoi ne pas faire la même chose pour la métamorphose, alors ?

- Il y a un objet et ça me bloque…

Le professeur ne répondit pas immédiatement.

- Je pense qu'il serait intéressant que vous parliez de votre problème avec votre père. Il était très doué dans ma matière après avoir réglé ce problème.

Artemia roula le parchemin et s'écarta du professeur.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée… Je vais essayer de nouveau. Vous m'avez dit qu'il fallait que je sois plus objective donc imaginer ce que je ne vois pas ? Que je sois moins mécanique ? Comment faîtes-vous, vous ? Si ce n'est pas trop indiscret.

McGonagall pouvait voir la détermination dans les yeux de son élève et la maturité. Décidément beaucoup de maturité. C'était quelque chose qui se voyait dans ses yeux, ses manières, son raisonnement, dans sa locution, même. Elle était paradoxale. Mature par moment et capricieuse à d'autres.

- Je visualise mon résultat. La couleur, le poids, l'odeur, la sensation entre mes mains, chacun de ses détails et je laisse ma magie entourer l'image pour qu'elle devienne l'objet.

Artémia détailla son professeur avec de l'admiration dans les yeux. C'était si simple pour elle.

- Vous pouvez y aller, Miss Rogue. J'espère que vous avez conscience que je vous ai fait une faveur en ne vous faisant pas copier bêtement des lignes mais que vous avez compris la leçon tout autant. Sinon la prochaine fois, je serai beaucoup moins clémente. Compris ?

- Oui, Madame. Merci. Bonne soirée.

La jeune fille ramassa ses affaires et s'empressa de sortir. Le couvre-feu était passé, et elle ne voulait pas tomber sur son père ni un autre professeur. La nuit, Poudlard, était rassurant malgré les ombres qui dansaient grâce à la lune. Il y régnait ce calme qui faisait mal aux oreilles et cette tranquillité qui laissaient entendre chaque bruit de pas. Elle aurait voulu vagabonder dans le château mais n'était pas si courageuse.

Artémia retrouva rapidement sa Salle Commune, appelant la Grosse Dame pour lui ouvrir le tableau. La salle commune était sombre, éclairée seulement par le feu de la cheminée. Elle monta les marches de son dortoir et se rendit dans sa chambre. Lavande et Parvati, comme tous les soirs parlaient tandis qu'Hermione n'était pas là. Elle ne l'avait pas revu depuis le cours de Vol et elle espérait qu'il ne lui était rien arrivée. Artemia attrapa un livre de Sortilèges qu'elle dévorait avec plaisir. C'était une matière simple mais intéressante et utile. Elle n'avait pas attendu la classe pour apprendre à faire léviter une plume ou tout autre sortilège, elle trouvait cela dommage que tout le monde ne prenne pas cette initiative.

- Quelle bande d'imbécile !

Hermione ouvrit la porte, clairement énervée, seulement vêtue d'une robe de chambre rose.

- Qui ça ? Tu étais où tout ce temps ?

- Harry et Ron ! Ils ont voulu faire un duel avec Malfoy mais je leur avais dit que c'était un piège ! Ils ne m'ont pas écouté. J'ai voulu les arrêter mais la Grosse Dame était partie. Je les ai suivis et Rusard nous a couru après. On a ouvert une porte pour tomber sur un chien à trois têtes. Tu imagines un chien à trois têtes ?

Artémia ne put s'empêcher de sourire à l'idée qu'Hermione défiait les règles. Elle l'avait presque réprimandée quand elle lui avait, brièvement, expliqué la retenue qu'elle avait passé avec son père. Depuis, la brune ne pouvait s'empêcher de lui faire une remarque à chaque fois qu'elle marchait sur un fil.

- Où ça ?

- Le couloir interdit, au deuxième. Je pense qu'il gardait quelque chose, il était sur une trappe. Ce sont vraiment des idiots ! Je vais me coucher, je suis exténuée. Tu me parleras de ce qui t'es arrivée demain. Bonne nuit 'Mia.

Artémia sourit et continua sa lecture avant de s'endormir à son tour.