Chapitre 8

Les journées défilaient avec une monotonie rassurante et octobre venait à sa fin. Après deux mois de théories et de manipulation de baguette, le professeur Flitwick avait enfin décidé d'enseigner le sortilège de Lévitation à ses élèves, au plus grand bonheur de tous. Les élèves partageaient une plume avec un de leurs camardes. Tandis qu'Hermione était associée à Ron, Artémia récolta Neville comme binôme.

- N'oubliez surtout pas ce mouvement du poignet que nous avons appris. Le poignet bien souple, levez, tournez...

La petite voix fluette de Flitwick résonna dans toute la salle comme un crissement désagréable. Artemia soupira et n'écouta plus les conseils du professeur. Elle n'en avait pas besoin. Elle avait déjà réussi ce sortilège. Elle ne comprenait pas pourquoi les autres élèves n'avaient pas essayé, eux aussi, le sortilège après deux mois à ne rien apprendre. Neville, enjoué, attrapa sa baguette et s'essaya à l'exercice.

- Wingdardioum Leviossa !

Il recommença, sa baguette dirigée vers la plume.

- Wingdardioum Leviossa !

Il continua ainsi pendant cinq minutes. Artémia espérait qu'il comprenne son erreur mais il était trop concentré pour penser à tout.

- Pense à faire le mouvement de baguette, Neville, conseilla gentiment la jeune fille.

Neville leva la tête, son front, légèrement humide, était preuve de son bon vouloir. Il était tout rouge par l'effort mais ses yeux brillaient toujours de détermination et de gratitude.

- Ah oui, merci Artémia ! Tu veux essayer ?

Artemia hocha la tête négativement et esquissa un sourire. Elle essayait d'être plus tolérante depuis ses difficultés en Métamorphose.

- Wingdardioum Leviossa ! Wingdardioum Levi-ossa ! Wingd-ardio-um Levio-ssa !

Il bougeait frénétiquement sa baguette, sans grâce et sans adresse et son souffle devenait court.

- Et si tu prenais une pause pour reprendre ton souffle et regarder les autres ? Proposa la jeune fille, pensant que c'était la meilleure chose à faire.

Neville lui tendit la plume pour qu'elle essaie à son tour. Elle s'en empara et la posa en face d'elle.

- Bravo, très bien ! Regardez tous, Miss Granger a réussi ! Cria, émoustillé, le minuscule professeur.

Hermione arborait un grand sourire tout en suivant sa plume des yeux. Artémia soupira une nouvelle fois et se saisit de sa baguette.

- Wingardium Leviosa ! Articula-t-elle nettement d'une voix confiante.

Elle exécuta le mouvement avec habilité alors qu'elle pensait au W qui jouait aux montagnes russes et à toutes ses lettres qui n'avaient de la signification que pour elle. Elle sentit la magie parcourir son corps. Quand elle ouvrit les yeux, la plume blanche s'élevait dans les airs. Le professeur Flitwick lui fit un signe de tête et elle laissa retomber la plume face à Neville. Elle rangea sa baguette dans son sac et se tourna vers Neville.

- Prononce Wingardium Leviosa, Neville.

Le gros garçon hocha de la tête et continua ses essais pendant de longues minutes sans jamais avoir de résultat. A mesure que la leçon avançait, les essais de Neville devenaient de plus en plus irréguliers. Il y eut une explosion à côté d'elle. Seamus Finnigan et Harry avaient fait brûler leur plume. Elle n'eut pas le temps de se concentrer vers son binôme qu'elle ressentit une douleur mordre son bras et déchirer la chair. Elle porta sa main à son bras. Ses yeux tombèrent sur le trou dans son pull et sa chemise et la fumée rougeâtre qui provenait de sa brûlure. Il n'y avait plus de peau, mais un grand trou sombre et purulent. Elle entendit des gémissements à ses côtés et remarqua que Neville avait lui aussi le bras brûlé mais aussi la poitrine et le visage. Il y avait une odeur âcre dans la salle, une odeur désagréable, une odeur qui donnait la nausée. Artémia ne savait si c'était l'odeur ou la douleur qui lui donnait envie de vomir.

- Par Merlin ! Miss Rogue et M. Londubat, filez à l'infirmerie ! Déclara Flitwick tel un carillon fou.

La jeune fille se leva et vacilla légèrement avant de se stabiliser sur ses deux pieds. Le professeur, après réflexion, décida d'accompagner les deux blessés à l'infirmerie. Artémia n'avait jamais cru que le chemin était si long, qu'il fallait descendre autant d'escaliers puis en remonter tout autant pour pouvoir enfin entrer dans le sanctuaire de l'infirmière.

- Poppy ! Poppy ! Deux élèves auraient besoin de ton assistance ! Cria de sa petite voix le minuscule professeur.

L'infirmière, une vieille dame, aussi aimable que Mme Pince sortit de son bureau et découvrit les deux élèves.

- Que s'est-il passé ?

Elle sortit sa baguette et s'occupa de Neville qui était le plus touché. Aussitôt, elle lança un sortilège de diagnostic et fronça les sourcils.

- Je n'en ai aucune idée. Un accident de sortilège, probablement. M. Londubat, pouvez-vous nous éclairer ?

Le garçon était seulement capable de marmonner quelques mots inaudibles. Artemia n'avait pas à sa plaindre quand elle constatait les blessures du garçon.

- Voyons Filius, tu vois bien que le garçon souffre. Ce sont de très vilaines brûlures ! Arrêtez de gesticuler mon garçon que j'examine vos plaies, ordonna Pomfresh, en tenant de ses grosses mains le visage de Neville.

- Miss Rogue, vous vous souvenez peut-être de quelque chose ?

L'infirmière quitta la pièce, agitant sa baguette rapidement afin d'ouvrir les grandes fenêtres et d'oublier l'odeur de chair rôtie.

- Je regardais Seamus et Harry, je n'ai rien vu désolée.

Le petit professeur hocha la tête masquant piètrement sa déception. L'infirmière retourna dans la pièce les bras chargés de potions de diverses couleurs. Elle les fit léviter sur la table de chevet d'Artémia alors qu'elle les enfonçait dans la bouche du garçon.

- Je peux vous faire confiance pour avaler ses potions sans rechigner ? Demanda-t-elle d'un ton qui laissait sous-entendre que c'était sa seule option.

Artémia hocha la tête alors qu'elle s'emparait d'une potion rouge. L'étiquette disait : Anti-douleur. Elle reconnaissait la fine écriture de son père et cela la réconforta en un sens. Elle avala le contenu de la première bouteille et grimaça mais reposa la deuxième répertoriée comme Gouttes du Mort Vivant. Elle voulait savoir ce qui s'était passé, ce que Neville avait causé. Elle tourna la tête et découvrit que les rideaux étaient fermés autour du lit de Neville où l'on pouvait entendre Mme Pomfresh se plaindre du garçon.

- Bien, je vous laisse aux bons soins de notre infirmière. Miss Rogue, je vous souhaite un bon rétablissement, sourit gentiment le petit professeur. Encore bravo pour votre sortilège.

Artémia acquiesça et se concentra sur le plafond blanc de l'infirmerie. Elle ne sut combien de temps elle passa ainsi, à regarder la voûte, pour oublier la brûlure, à peine gênante maintenant, sur son bras. Pomfresh tira les rideaux et Neville dormait dans son lit, le visage, la poitrine et le bras enveloppé dans de grandes bandes verdâtres.

- Je vois que mademoiselle choisit ses potions. Avalez ça, maintenant, ordonna-t-elle en tendant la fiole verte à la jeune fille.

Artemia hocha la tête négativement.

- Ne faîtes pas la difficile ! Prenez votre potion ou je la force dans votre bouche !

L'infirmière n'était pas très grande, ni très grosse, mais comme son père, elle avait cette attitude qui inspirait le respect.

- Je n'ai pas envie de dormir ! Je n'ai qu'une petite brûlure, je n'en ai pas besoin ! Argumenta la jeune fille en se redressant sur son lit.

Poppy soupira et se pinça les lèvres comme le faisait le professeur McGonagall.

- Vous êtes bien la fille de votre père, tiens, remarqua-t-elle.

Elle serra sa prise autour de la potion et posa sa main derrière la tête d'Artémia. Elle fut d'abord surprise par le contact et ne put s'empêcher d'aller à l'encontre de la pression. L'infirmière plaça le bord de la bouteille entre ses lèvres mais des dents empêchait toujours le passage du culot. Elle marmonna quelques mots dans son souffle, et Artémia se sentit aussitôt paralysée. La main de la vieille dame se déplaça sur son nez et le pinça l'empêchant ainsi de respirer.

- Mais vous apprendrez que j'arrive toujours à mes fins. Avec vous, votre père ou n'importe lequel de mes patients.

Artemia essaya de se débattre en vain, et après de longues secondes sans oxygène, elle dut se résigner à ouvrir la bouche et laisser le liquide visqueux glisser dans sa gorge. L'infirmière plaça sa main sur ses lèvres pour la forcer à avaler. Satisfaite, elle s'éloigna de la jeune fille qui la regardait d'un air mauvais.

- Vous serez bien contente de dormir lorsque votre peau se renouvellera.

Artémia n'eut pas le temps de répondre que ses paupières tombèrent sur ses yeux et que ses muscles se détendirent.

ooo

Ce n'est que lorsque le soleil entamait sa descente qu'Artémia ouvrit doucement les yeux. Pendant un instant, elle se demanda où elle se trouvait. Elle ne reconnaissait pas le matelas ni l'odeur ni les murs blancs.

- Ah Miss Rogue ! Pour quelqu'un qui ne souhaitait pas dormir, vous avez pris vos dispositions.

Artémia tourna la tête vers l'infirmière qui contrôlait les brûlures de Neville.

- Quelle heure est-il ? Articula-t-elle, en reprenant peu à peu conscience.

- 18h27. Vous pourrez assister au festin dès que j'aurais vérifié vos blessures.

Elle avait dormi une bonne partie de la matinée et toute l'après-midi, elle ne se sentait toujours pas reposée. Elle croisa les bras et toucha le bandage. Elle s'attendait à frémir, à grimacer de douleur mais il n'en fut rien. Intriguée, elle enleva discrètement le bandage, prenant garde à ce que Pomfresh ne la remarque pas. Son bras était guéri, il n'y avait plus de trou, même pas une trace de l'incident, seulement une peau si blanche qu'elle paraissait translucide.

- Je suis guérie ! S'exclama-t-elle, un sourire aux lèvres.

- Evidemment, je n'ai pas l'habitude de rendre plus malade mes patients. Laissez votre pansement en place !

L'infirmière continua à s'occuper de Neville pendant de longues minutes puis elle arriva à ses côtés. Elle souleva la bande et ses yeux se plissèrent pour ausculter avec minutie la blessure. Elle passa sa main froide dessus, l'étira légèrement puis elle sortit de sa blouse un petit pot qu'elle ouvrit. Elle prit une noisette de crème verte et la posa sur son bras en l'étalant délicatement puis elle reposa le pansement.

- C'est parfait. Vous pouvez sortir. Il est possible que votre blessure vous gratte ou reste sensible pendant quelques jours, c'est pourquoi je vous conseillerai de la recouvrir.

Artémia sourit franchement, soulagée de pouvoir sortir de cet endroit austère.

- Neville va bien ?

La vieille dame leva les yeux au ciel et ajouta rapidement.

- Il guérit aussi vite que vous mais ses brûlures sont plus étendues. Il passera la nuit ici. Allez, filez manger, Merlin sait que vous en avez besoin ! Vous êtes beaucoup trop maigre !

Artémia fronça les sourcils et quitta l'infirmerie sans se retourner. Elle décida de se rendre directement à la Grande Salle en espérant qu'Hermione y serait déjà descendue. Après tout ce soir était le festin d'Halloween. Seulement la petite fille brune n'était pas encore présente. Elle se tourna vers Lavande, qui parlait à Parvati du dernier groupe de musique.

- Lavande, est-ce que tu sais où est Hermione ?

Artémia n'appréciait pas particulièrement ses camarades de chambre, elle les trouvait immatures et superficielles, elles passaient leur temps sur leurs lits à lire des magazines ou à échanger les rumeurs qu'elles entendaient.

- J'ai entendu dire qu'elle a passé la journée dans les toilettes des filles, à pleurer, je crois.

Lavande ne put s'empêcher d'esquisser un sourire alors qu'elle regardait Parvati. Artémia la dévisageait, leva les yeux au ciel et soupira. Elle se retourna et monta les marches des escaliers, faisant attention à ne pas se faire piéger par ces derniers puis elle arriva devant les toilettes des filles. Elle poussa la porte et entra dans le sanitaire. Elle pouvait entendre les reniflements et les larmoiements d'Hermione. Elle sentit son cœur se serrer en pensant au chagrin de son amie.

- Hermione ? Murmura Artémia.

- Allez vo-us-en ! Laissez-moi tran-quille !

- C'est Artémia. Je viens de sortir de l'infirmerie. Lavande m'a dit que tu étais restée toute la journée ici ?

La voix de la jeune fille était douce, particulièrement cajoleuse. Pourtant, les pleurs de son amie redoublèrent d'intensité.

- Tu ne veux pas sortir et me dire ce qui s'est passé ?

- No-ooon.

Hermione pleura encore un moment. Artémia décida de se laisser glisser contre le mur en attendant que son amie revienne à la raison. Elle semblait se calmer.

- Ma ma-man m'a tou-jours dit que j'étais spéciale et... et que c'était pour ça que je n'avais pas beau-coup d'ami... Puis j'ai appris que j'étais une sor-cière et j'ai cru que ce serait plus simple. Et lui, il me rappelle que je n'ai pas d'amis.

Elle pleura à nouveau comme un loup hurlerait à la mort. Artémia ne comprenait pas ce qui s'était passé mais elle pouvait comprendre ce que ressentait son ami. Elle ressentait la même chose.

- Hermione, je ne comprends rien. Sors et raconte-moi ce qui s'est passé. C'est qui lui ?

Elle ne répondit pas aussitôt et ne se montra pas pour autant, mais après quelques secondes, sa voix faible résonna dans la pièce.

- Ronald. En Sortilèges, je lui expliquais qu'il s'y prenait mal et il n'a pas aimé que je lui dise comment faire. En sortant, il a dit à Harry que j'étais un vrai cauchemar et que personne ne pouvait me supporter...

Elle pleura encore pendant quelques minutes. Artémia avait envie de se lever, de rejoindre la Grande Salle et de trouver Ronald Weasley. Il n'était pas comme ses frères. C'était l'un des seuls maintenant, à la fixer, le regard plein de mépris, alors qu'il ne lui avait jamais adressé la parole. Elle le trouvait égoïste, méprisant et sans talent.

- C'est un idiot ! Il est jaloux parce qu'il ne réussit pas comme toi, ni comme Harry, ni comme ses frères. Ne l'écoute pas, c'est juste de la rancœur.

- Tu penses ?

- Oui ! Et puis je te supporte moi ! Je compte pour du beurre, peut-être ? Artemia prétendit d'être offusquée

Il y eut un petit rire dans le cabinet derrière elle mais elle ne répondit pas aussitôt.

- Non mais j'ai peur qu'un jour tu te lasses de moi et que je me retrouve toute seule...

Artemia leva les yeux au ciel.

- Arrête tes bêtises ! Qui est-ce qui lira les livres que m'offre mon père après ?

Hermione rigola une nouvelle fois ce qui rassura Artemia. Il y eut un silence, plutôt long, seulement brisé par le souffle saccadé de la brune. Elle entendit la serrure derrière elle grincer. Artémia se remit debout et accueillit son amie à bras ouvert comme si elle ne l'avait pas vu depuis des années. Elle étudia son visage rougi par les larmes. Elle avait les yeux gonflés, troublés. Ses cheveux sauvages étaient désordonnés. Elle paraissait avoir passé une très mauvaise journée, bien pire que celle d'Artemia. Elle sortit son mouchoir en tissu et l'imbiba légèrement d'eau froide. Elle appliqua ensuite le tissu autour des yeux de son amie.

- Merci, déclara-t-elle simplement.

Artemia acquiesça tout en offrant à son amie le sourire le plus chaleureux qu'elle avait.

- On retourne dans la Grande Salle ? Je meurs de faim !

Hermione hocha la tête vigoureusement et se dirigea vers la porte. Artemia se souvenait de ces films moldus qu'elle regardait parfois à l'école. Il arrivait toujours de drôles de coïncidences qu'elle trouvait toujours improbables dans la vie réelle. Elle n'aurait jamais cru se trouver nez à nez avec un énorme troll en ouvrant la porte. C'était un monstre énorme à la peau verte et grumeleuse. Il avait deux grands yeux ahuris et des grandes oreilles écartés. On disait des trolls qu'ils étaient stupides et il fallait avouer que leur physique n'allait pas en leur faveur. Il ouvrit la bouche dévoilant des rangées de dents pourris et grogna. Artémia, comme Hermione, étaient figées. Le troll fit un pas en avant. Son cœur battait vite, très vite. Elle n'arrivait pas à réfléchir. Est-ce qu'elles pouvaient contourner le troll et sortir ? Pourquoi est-ce qu'il y avait un troll ici ? Elle dut se résoudre à bouger quand le troll hissa sa grosse massue au-dessus de sa tête chauve et la laissa tomber près des jeunes filles.

Artemia sortit sa baguette de sa robe et la pointa en direction de troll, sans pour autant savoir quoi faire. Sa main tremblait tout comme le faisaient ses genoux. Elle se retourna et remarqua qu'Hermione lui faisait signe de la rejoindre dans le fond de la pièce. Elle se dirigea à petit pas vers son amie ne quittant pas le troll des yeux.

- Petrificus Totalus ! Cria-t-elle.

Le sortilège orange toucha le troll en pleine poitrine mais il ricocha contre sa peau dure comme la pierre. Le troll s'énerva davantage et accéléra le pas.

- Locomotor Mortis ! Essaya-t-elle à nouveau.

Le sort violet rebondit une nouvelle fois sur le troll. Il montra les dents et laissa tomber sa massue sur le sol les faisant sursauter.

Alors qu'elle réfléchissait à un autre sortilège, elle vit Ron et Harry entrer dans la pièce. Harry fut le premier à réagir et ordonna à Ron de faire quelque chose. Il attrapa un morceau de lavabo et le lança sur le mur. Le bruit interpella le troll qui se retourna. Artémia attrapa la main d'Hermione et essayer de l'emmener ailleurs. Mais elle était trop terrifiée pour bouger. Ron envoya un nouveau débris sur le troll en l'insultant et Harry courut en direction de ce dernier. Il sauta sur la massue du troll et tomba sur ses épaules. Sans réfléchir, il enfonça sa baguette dans le nez de la créature qui s'arrêta sur place, surpris. Il se débattait et Ron sortit sa baguette et la pointa maladroitement sur le troll. Artemia eut soudainement peur pour la vie de Harry.

- Wingardium Leviosa ! Articula-t-il clairement.

Artemia leva la tête pour découvrir la massue du troll au-dessus de sa tête puis l'instant d'après, elle lui tomba dessus. Il vacilla dangereusement et tomba lourdement sur le sol faisant ainsi danser la poussière sur le sol. Il y eut un silence et ce fut finalement Hermione qui le brisa. Elle regagnait petit à petit de la couleur sur son visage enfantin.

- Il... il est mort ?

Artemia s'avança et examina rapidement la créature. Elle n'avait pas eu conscience de son odeur jusqu'ici mais à cet instant, elle crut qu'elle allait vomir.

- Je ne crois pas. Il doit être simplement assommé, déclara Harry.

- Dans ce cas, nous devrions probablement sortir d'ici, proposa Artemia, autant pour échapper à l'odeur qu'au réveil de la créature.

Harry et Ron hochèrent de la tête, et Harry se baissa pour récupérer sa baguette dans le nez du troll. Il y eut un bruit spongieux lorsqu'il la retira, suivit d'un filet de morve grisâtre. Hermione esquissa un sourire alors qu'Harry essuyait sa baguette sur les vêtements du troll. Artemia les incita d'un signe de la main à sortir de la pièce, mais ils n'eurent pas le temps de faire un pas que les professeurs McGonagall, Rogue et Quirrell se tenaient dans l'embrasure de la porte, horrifiés.

Artemia sentit son angoisse disparaître. Ils étaient en sécurité maintenant.

- Qu'est-ce qu'il vous est passé par la tête ? Demanda McGonagall, blanche de colère. Vous pouvez vous estimer heureux de ne pas vous être fait tuer. Pourquoi n'êtes-vous pas dans votre dortoir ?

Elle ne regardait pas Hermione, elle fixait plutôt Artemia et les garçons. Artemia ne savait pas quoi répondre. Elles n'avaient rien fait, c'était une suite d'événement funestes qui les avait menés à cette situation. Elles n'avaient pas été à l'encontre du règlement, c'était le troll qui était venu à leur rencontre. Pourtant, elle ne pouvait expliquer aux professeurs pourquoi elles se trouvaient dans les toilettes à cette heure du soir. Elle ne voulait pas trahir son amie. Comme Harry et Ron qui ne savaient quoi répondre non plus, elle se tut et baissa le regard pour ne pas rencontrer celui de son père. Elle se demandait si son père allait la pousser à parler comme il avait déjà essayé de le faire. Elle releva la tête et frissonna lorsqu'elle croisa son regard. Il brûlait de rage et de détermination.

- Professeur McGonagall, ne soyez pas trop sévère, s'il vous plaît. Ils étaient venus nous chercher.

Artemia ouvrit de grands yeux et elle se tourna vers Hermione.

- Miss Granger ! S'indigna leur directrice.

- J'étais partie à la recherche du troll parce que je pensais pouvoir m'en occuper. J'ai lu beaucoup de choses sur les trolls...

Hermione baissa les yeux. Artemia fronça les sourcils et ne savait pas quoi faire de l'histoire qu'inventait son amie. Elles n'étaient même pas au festin ce soir-là. Elles ne savaient même pas qu'il y avait un troll dans le château. Son père n'allait jamais croire à cette histoire. Artemia préféra ne rien ajouter. Ron regardait Hermione, manifestement soulagé de ne pas être incriminé dans cette histoire.

- Artemia a essayé de m'en empêcher mais je n'ai pas voulu l'écouter, elle ne voulait pas me laisser toute seule alors elle m'a suivi. Quand on a trouvé le troll, je ne pouvais plus bouger et Artemia a essayé de lancer des sortilèges mais la peau du troll était trop épaisse alors sans Harry et Ron nous serions probablement mortes. Ils n'ont pas eu le temps d'aller chercher quelqu'un d'autre. C'est de ma faute s'ils ont risqué leurs vies ce soir, professeur.

Il n'y eut pas un bruit pendant de longues secondes pendant lesquelles le professeur McGonagall fixait Hermione et Artémia.

- Dans ce cas... Mais laissez-moi vous dire, Miss Granger, que vous êtes bien sottes d'avoir cru que vous pourriez vaincre un troll des montagnes. Miss Rogue, bien que vos intentions soient nobles, je suis persuadée que vous auriez pu convaincre Miss Granger d'agir autrement.

Hermione baissa la tête, honteuse. Elle avait les larmes au bord des yeux. Et Artemia écoutait d'une oreille distraite les remontrances de son professeur. Après tout, le blâme n'était pas réel puisque ce n'était pas ce qui s'était passé.

- Miss Granger, votre conduite vous coûtera cinq points chacune. Vous me décevez beaucoup. Si vous n'êtes pas blessée, vous feriez bien de retourner dans votre tour. Les élèves terminent le repas d'Halloween dans leurs maisons respectives.

Artemia sentit son estomac geindre. Il y avait bientôt une journée qu'elle n'avait pas mangé. Elle suivit Hermione mais une main forte attrapa le col de sa chemise alors qu'elle passait devant son père. Elle fit demi-tour et fit face à son professeur de potion. Ses lèvres ne formaient plus qu'une ligne blanche mais ses yeux lançaient des éclairs. Il avait compris qu'elle mentait.

- Petite idiote, susurra-t-il doucereusement, attendez-moi dehors.

Il la lâcha vulgairement, tout en la poussant en direction de la sortie. Elle inspira autant d'air que ses poumons pouvaient contenir et le relâcha calmant ses nerfs. Hermione la regarda, triste et coupable.

- Je suis vraiment désolée Artemia ! Tout est de ma faute ! S'apitoya-t-elle.

La jeune fille leva les yeux au ciel et lui sourit faiblement. A vrai dire, c'était la faute de Ronald si Hermione était dans les toilettes des filles toute la journée.

- Tu n'aurais pas dû mentir… Mon père a probablement remarqué que nous n'étions pas dans la Grande Salle. Ce n'est pas grave, Hermione.

La brune la regarda, une nouvelle fois, en se mordant la lèvre et lui fit un petit signe de la main alors qu'elle se perdait dans l'obscurité des couloirs.

A peine une minute après, Harry et Ron sortirent à leur tour des toilettes, en apparence soulagés. Ils s'arrêtèrent devant Artemia et Harry lui parla.

- Merci Artemia ! Et... désolé pour...ton père.

La jeune fille ne répondit pas, mais esquissa un léger sourire pour lui dire qu'elle avait compris. Ils se retournèrent aussitôt quand les pas des professeurs se rapprochèrent. Son père se détacha du petit groupe et s'avança vers sa fille. Il ne lui adressa pas un mot ni un regard mais sa main se serra autour de son bras blessé. Elle serra les dents pour supporter la douleur. Il l'emmena à travers les couloirs avec force. Il allait si vite qu'Artemia trébucha à de nombreuses reprises. Il la lâcha, enfin, lorsqu'ils se trouvaient devant son bureau et il la laissa passer dans son antre.

- Assis, ordonna-t-il à sa fille, comme s'il parlait à un chien.

Artemia ne rechigna pas, elle était fatiguée de sa journée et se posa sur la chaise face au bureau. Il contourna le meuble et prit place, à son tour. Il la fixa pendant de longues minutes, jouant de son appréhension et parla finalement.

- Je serai intéressé d'entendre votre version des faits concernant votre mésaventure, dit-il du bout des lèvres, avec l'élégance qu'Artemia avait héritée.

Il croisa ses doigts sur son bureau et arqua un sourcil. Artemia ne savait que faire. Elle était partagée entre la fidélité envers son amie et l'envie, pour une fois, de bien faire. Si la situation ne tenait qu'à elle, elle aurait raconté la vérité. Il n'y avait pas de honte à avoir. Elle était certaine que son père avait aussi connu des moments difficiles à Poudlard. Après tout, elle imaginait difficilement l'adulte qu'il était en adolescent populaire. Mais dire la vérité soulignait qu'Hermione avait menti. Quand elle pensait à dire la vérité, la boule dans son estomac se faisait sentir. Elle ne pouvait pas trahir son amie.

- Comme l'a raconté Hermione. Elle a entendu parlé du troll et pensait pouvoir le neutraliser. Elle pensait qu'elle serait plus acceptée si elle y arrivait.

- Ne. Me. Mentez. Pas.

Elle inspira l'air jusqu'à remplir ses poumons pour se donner contenance.

- C'est la vérité.

Il avança son visage près de ses mains. Il était le parfait portrait du maître du jeu. Il contrôlait tout à ce moment.

- Dans ce cas... Pouvez-vous m'expliquer comment vous avez su qu'il y avait un troll dans l'école puisque ni vous ni Miss Granger était au repas ce soir ?

Artemia trouva quelque chose de réconfortant à savoir qu'il avait tout de même noté son absence au repas. Malgré son indifférence, il n'était pas complètement insouciant.

- Quand nous descendions pour le repas, un portrait nous a dit de rester dans notre dortoir à cause du troll.

Severus analysa les paroles de sa fille. Elle pouvait voir qu'elle avait semé le doute dans son esprit.

- Qu'avez-vous fait ensuite ?

- Hermione est partie à sa recherche. Franchement, il suffisait de suivre l'odeur.

Son père se pinça l'arête du nez signifiant que sa patience arrivait à son terme. Artemia trouvait que son mensonge était bien ficelé. Elle ne voyait pas comment il ne pouvait y croire désormais.

- Imbécile. Vous dîtes que vous avez lu des livres sur les trolls ? Reprit-il.

- Non. Hermione l'a fait.

- Et pas vous ? Pourquoi Miss Granger s'intéresse-t-elle aux trolls ?

Artemia fixa son père quelques instants, elle ne savait pas où il voulait en venir.

- Non, je n'ai aucun intérêt à savoir des choses sur eux. Hermione occupe son temps comme elle le souhaite. Vous souhaitez savoir autre chose peut-être ou est-ce que je peux aller manger ?

Elle se leva de sa chaise sans attendre sa réponse mais sa grande main blanche s'imposa contre la surface lisse du bureau dans un grand bruit.

- Asseyez-vous ! Vous sortirez lorsque je vous autoriserai.

Artemia, doucement, retourna à sa place et lissa sa jupe, pleine de poussière et de morve de troll.

- Je sais que vous mentez. Autant me dire ce que je souhaite, les conséquences seront moins désagréables pour vous.

Artemia avala sa salive et se mordit les lèvres. Il ne pouvait pas savoir qu'elle mentait.

- Peut-être qu'une semaine de retenue pourrait vous délier la langue ? Proposa-t-il, comme il pourrait proposer une tasse de thé.

Artemia le regarda avec mépris. Elle trouvait son père méprisable à cet instant. Il savait seulement critiquer et menacer.

- Allez-y mais vous n'avez pas le droit. Le professeur McGonagall annulera votre retenue.

Il arqua un sourcil et parla délicatement.

- Je n'ai pas le droit ? Et le droit du sang qu'en faîtes-vous ?

Elle ne répondit pas immédiatement, préférant peser ses mots dans sa tête d'abord.

- Il n'a pas sa place ici, dans votre bureau professoral, insista-t-elle, en se forçant à le regarder.

Il mélangeait tout. Il mélangeait son rôle de professeur, son rôle de conseiller, son rôle de père. Elle ne savait pas s'il arrivait à mener un de ses rôles correctement. Cependant, avant qu'elle ne puisse réfléchir davantage, le professeur Rogue se leva rapidement. On aurait pu s'attendre à entendre son fauteuil crisser contre le sol mais il n'en était rien. Il attrapa Artemia par le col de sa chemise et la souleva presque vers une autre porte. Il lâcha sa fille et la poussa à l'intérieur. Elle observa la pièce. Rien n'avait changé depuis qu'elle était partie et étrangement, cela la rassurait. Ici, il était son père. Ici, il ne pouvait pas la mettre en retenue.

- Maintenant, je vous ordonne de me dire la vérité, claqua sa langue.

Il était debout devant elle, la dominant par sa taille, ses mains jointes derrière son dos et son visage seulement éclairé par les rayons de la lune offert par la fenêtre enchantée. Il était imposant, effrayant ainsi, à moitié dans l'ombre, à moitié dans la lumière.

- Je dis la vérité, s'entêta-t-elle.

Il avança et attrapa son visage dans ses grandes mains avant de se baisser à sa hauteur. C'était la première fois qu'elle le voyait d'aussi près. Elle avait presque envie de le toucher, de passer le bout de ses doigts sur son visage cireux et fatigué. Même ses yeux noirs ne la décourageaient pas. Elle se perdit dans leur contemplation, ses iris qui semblaient être noirs, vides et désespérés étaient le siège d'une multitude de reflet. Il avait les yeux marrons, mais si foncé qu'on ne discernait pas la différence. Son regard était intense mais à son image, comme l'homme raffiné et mystérieux qu'il demeurait. Il chuchota un mot qu'elle ne comprit pas et un sentiment étrange l'envahi. Elle avait l'impression d'être aspirée dans son propre corps, que ses yeux se retournaient vers son cerveau. Ce n'était pas douloureux, c'était seulement étrange, inconfortable. Elle voyait toujours les yeux sombres de son père et ressentait les mains fortes de son père sur ses joues. Elle sentait sa présence. Elle avait mal à la tête comme si quelqu'un poussait sur ses os du crâne pour sortir de sa tête. Elle ferma les yeux et inspira pour faire disparaître cette sensation horrible.

ooo

Severus fit un pas en arrière et lâcha la tête d'Artemia.

- Que s'est-il passé ?

Il la vit vaciller et s'assoir dans le canapé. Il s'éloigna et lui tendit une barre de céréales.

- Vous n'avez pas mangé de la journée.

Artemia fronça les sourcils et accepta le gâteau. Severus se tourna vers la fenêtre enchantée et passa sa main sur son visage en soupirant. Sa fille lui faisait perdre ses moyens. Il ne savait pas ce qui l'horripilait le plus. Qu'elle lui mente, qu'elle se soit mise délibérément en danger ou que ce soit Potter qui l'ait secouru. Aucune de ces solutions ne lui convenait. Il ne comprenait pas sa fille. Il détestait cela. C'est ce qui l'avait poussé à envahir son esprit. Il se savait doué dans l'art de l'esprit. Il faisait parti des meilleurs Legilimens avec Dumbledore. Il avait juste voulu percevoir quelques bribes de la pensée de sa fille. Il était tellement surpris de ce qu'il avait découvert. Elle n'avait seulement douze ans mais elle l'avait enfermé dans sa petite tête. Elle l'avait piégé dans une pièce sombre aux murs opaques. A travers, il pouvait deviner des souvenirs de la soirée mais rien n'était clair, rien n'était perceptible. Il n'avait rien pu voir. Elle avait douze ans, mais elle était occlumens de nature. C'était rare. Exceptionnellement rare. Lui-même était prédisposé à l'apprentissage de cette discipline mais il ne l'avait maîtrisé qu'avec un sérieux entraînement. Pourtant, il n'y avait aucun doute. Artémia ne pouvait décidément pas avoir appris cet art par elle-même. Elle ne semblait même pas comprendre ce qui s'était passé. Elle avait un don, tout simplement. Un don qui l'empêchait de découvrir les secrets de sa fille.

- Pourquoi la vérité vous intéresse tant ? Il y a tellement d'inconnu entre nous et c'est sur ce sujet que vous choisissez de vous attarder. Pourquoi vous ne voulez pas vous intéresser à moi simplement ?

Il se retourna et l'observa. Leur relation était tellement conflictuelle depuis le début de l'année que Severus avait effectivement oublié d'apprendre à connaître sa fille. Il ne savait pas comment le faire. Il pensait que ce serait naturel, simple. Ça ne l'était pas pour eux en tout cas. Severus était incapable de dire si sa fille était heureuse, si elle trouvait finalement que Poudlard était à son goût. Il ne l'avait jamais questionné sur ses sentiments. Ce n'était pas dans ses habitudes. Ses Serpentards venaient rarement le voir à ce sujet. Il devait s'obliger à le faire. Il ouvrit la bouche. Mais la referma. Après toute cette soirée, il se sentait idiot. Ils restèrent ainsi, immobiles, à se fixer pendant de longues minutes, jusqu'à ce qu'il se décide à parler d'une voix neutre, presque fatiguée.

- Sortez. Vous m'écrirez cinquante bonnes raisons de ne pas mentir à son père pour le début de semaine prochaine.

Il vit Artemia baisser les yeux, déçue de ne pas avoir de réponse à sa question. Il rigola intérieurement. Elle était bien sa fille à ne pas offrir de réponse quand ça l'arrangeait. Il ne pouvait plus la réprimander quand lui-même n'était pas capable de mettre sa fierté de côté. Artemia sortit de la pièce sans un mot. Par Merlin, il n'avait pas pensé que ce serait si compliqué d'avoir une file.

ooo

Artemia était toujours troublée quand elle s'enfonça dans la Salle Commune. Ses interactions avec son père étaient tellement étranges. Elle se demandait si ils arriveraient, un jour, à avoir une relation. Elle remarqua Hermione assis aux côtés de Ron et de Harry. La petite fille brune lui fit un grand signe de la main tandis que le garçon au cheveux noir lui sourit timidement. Elle avança et Harry lui tendit une assiette remplie de nombreux mets. La vue du plateau suffisait à lui mettre l'eau à la bouche.

- Merci, je ne pouvais rêver de mieux !

Elle attrapa l'assiette et commença à manger. Elle sentait les regards de ses camarades sur elle. Elle décida de satisfaire son estomac qui lui criait de tout avaler avant de satisfaire leur curiosité. Lorsqu'elle eut avalé un peu de poulet, de légume, de jus de citrouille et une part de gâteau. Elle posa son assiette à côté d'elle et elle disparut aussitôt. Elle se tourna vers les Gryffondors. Elle se demanda ce qu'Hermione avait pu leur dévoiler.

- Vous ne devinerez jamais la punition que mon père m'a donné pour ne pas lui avoir dit la vérité.

Ron fut le premier à réagir.

- Tu n'as pas tout raconté ?

- Bien sûr que non. Je n'allais pas mettre Hermione dans une mauvaise posture, s'indigna la jeune fille.

- Je vous l'avais bien dit ! S'obstina Hermione, en souriant à son amie. Il t'a encore mis en retenue ?

Artemia secoua la tête négativement.

- Récurer des chaudrons ? Tenta Harry qui semblait légèrement plus détendu maintenant.

- Non plus. C'est plutôt inhabituel de sa part, indiqua-t-elle.

- Pendue par les pieds dans les cachots ? Demanda Ron alors que son visage perdait toute couleur en imaginant la scène.

Artemia tourna la tête vers le rouquin et fronça les sourcils.

- Je ne pense pas que ce soit possible, …

- Alors quoi ? Répéta-t-il, mauvais, n'ayant pas apprécié d'être jugé ainsi par la fille du pire professeur de l'école.

- Je dois lui rendre un parchemin pour lundi avec cinquante bonnes raisons de ne pas mentir à son père, s'indigna-t-elle subitement.

- C'est tout ? S'exclama Ron. C'est bien parce que tu es sa fille !

Artemia regarda le garçon, méprisante, alors que le sang montait à son visage.

- Je te rappelle que je me suis retrouvée dans cette situation en partie de ta faute, Ronald. Ce n'est pas une faveur, c'est parce que je suis sa fille que j'ai une punition supplémentaire !

Elle le vit rougir et baisser les yeux en maugréant. Harry l'appuya d'un mouvement de tête.

- Pour une fois, il n'a pas été trop sévère, ajouta Hermione qui observait son amie avec tendresse.

La jeune fille haussa les épaules et ne répondit pas. Harry commença à lui faire la discussion. Ils ne discutaient de rien en particulier, ils faisaient simplement connaissances. C'est comme ça qu'elle apprit qu'il vivait avec sa tante et qu'elle n'aimait pas qu'il soit un sorcier. Il confessa être ravi mais effrayé à l'idée du prochain match de Quidditch. Il appréciait la liberté de voler sur son balai. Ron lui donna un coup de coude dans les côtes quand Harry commença à raconter ses entraînements, le Survivant grimaça et se tourna vers le rouquin.

- Quoi ?

- C'est la fille de Rogue ! Il murmura en pointant la jeune fille du doigts, comme s'il lui faisait part d'une grande découverte.

- Manifestement, répondit calmement Artemia.

Elle voyait bien dans les yeux du garçon qu'il ne l'aimait pas et qu'il ne lui faisait pas confiance. C'était encore un des seuls à la regarder ainsi dans sa maison maintenant.

- Elle parle même comme lui !

Harry fronça les sourcils, ne comprenant pas l'animosité qu'il montrait.

- Et alors ?

- Tu lui révèles les secrets de notre équipe ! Son père est le Directeur de Serpentard.

Quelques élèves se retournèrent vers le petit groupe et certains laissèrent leurs oreilles traînaient pour collecter la moindre information.

- Artemia ressemble à Rogue mais ça ne veut pas dire qu'elle est comme lui ! Sinon, elle ne nous parlerait pas ! Tu n'es pas comme tes frères, non plus, déclara simplement Harry.

La jeune fille sentit une chaleur envelopper son corps alors qu'Harry la défendait. Elle lui sourit timidement pour le remercier. Ron croisa les bras sur sa poitrine, contrarié.

- Alors cinquante raisons de ne pas mentir à son père ? Parce que ce n'est pas bien ? Essaya Harry avec une moue désolée.

Ron regarda son ami.

- Mais qu'est-ce que tu fais ?

- Je l'aide avec sa punition. C'est en partie de notre faute si elle doit le faire.

- Et elles ne seraient plus en vie si nous n'étions pas intervenus, claqua Ron, amer.

Chaque seconde passée en compagnie de Ron ne lui permettait pas d'apprécier le garçon.

- Mais si tu n'avais pas insulté Hermione, elle n'aurait pas été dans les toilettes...

Ron ouvrit la bouche, puis la referma, ne trouvant rien d'autre à dire. Artémia en profita pour récupérer une plume et un parchemin vierge dans le sac d'Hermione.

- Donc raison n°1 : Parce que ce n'est pas bien, écrit la jeune fille, ignorant les regards mauvais de Ron.

Elle savait qu'elle devrait s'y habituer si elle passait du temps avec Harry.

- Tu ne trouves pas ça un peu léger ? Reprit Hermione avec sa voix la plus dictatoriale.

- Il me faut cinquante raisons, pas une dissertation, Hermione. Donc raison n°2... Pour ne pas avoir un long nez comme Pinocchio ? S'amusa Artémia, un léger sourire sur les lèvres.

Harry explosa de rire tandis qu'Hermione fronça les sourcils, clairement scandalisée tandis que Ron ne semblait pas comprendre la référence.

- Artémia ! Tu ne peux pas sérieusement penser à écrire ça et le rendre au professeur Rogue !

- Pi..qui ?

- Pinocchio, Ron. Le personnage d'un conte moldu qui avait le nez qui s'allongeait dès qu'il mentait, expliqua Harry.

- Hermione, lâche-toi un peu. Mon père aurait bien besoin de sourire un peu !

L'idée de tourner sa punition en une série de blague rendait la tâche beaucoup plus intéressante aux yeux des garçons.

- Raison n°3 : Ça l'empêche de contrôler toute ma vie. Raison n°4 : Parce qu'il ne sait pas mentir aussi bien. Raison n°5 : Parce que ça montre que c'est un mauvais père. Raison n°6... cita Artémia, sans même réfléchir, laissant sa colère et sa douleur prendre contrôle de sa plume. Les garçons la regardaient d'abord stupéfiés, puis amusés et enfin ils cherchèrent à leur tour des raisons. Hermione, au contraire, ne trouvait pas ce jeu amusant et elle était certaine que le professeur Rogue n'apprécierait pas la blague dites inoffensive.

- Parce que c'est un manque de respect, continua Hermione, déterminée à laisser place à quelques raisons valables.

Artémia leva la tête de son parchemin et regarda son amie, tout en arquant un sourcil.

- Si tu veux, Miss Rabat-joie.

- N°7 : Parce que crier au loup, c'est fatiguant.

- Bien joué Harry ! Rigola la jeune fille, alors que Ron fronçait une nouvelle fois les sourcils.

- Raison n°8 : Ça nous permet de prendre nos responsabilités, déclara Hermione, toujours sérieuse.

- Parce qu'une faute avouée est à moitié pardonnée ?

Artémia hocha la tête, marquant de son écriture élégante les arguments que lui disaient ses amis. Parfois, ils argumentaient un peu, parfois ils se racontaient une ou deux histoires de leurs jeunesses. Lorsque cinquante raisons recouvraient le parchemin, ils continuèrent à faire connaissance et à parler de tout et de rien. Même Ron semblait plus confortable avec elle et c'était une belle victoire pour conclure cette drôle de soirée.