Chapitre 10

La neige recouvrait désormais le sol gelé de Poudlard comme le ferait un manteau de velours. On n'entendait plus le chant léger des oiseaux le matin, on ne sentait plus l'odeur de l'herbe fraîchement coupée. Pour autant, le mois de décembre n'était pas morose. C'était le mois des premières vacances de l'année scolaire et celui de Noël. Autant dire que la plupart des élèves comptaient les jours qui les séparaient de leurs retours dans leurs maisons respectives. Du moins pour ceux qui rentraient chez eux. Artemia comme Harry et Ron passeraient les fêtes à Poudlard.

Cette année, Artemia ne souriait pas devant les flocons de neige et le chocolat chaud ne réchauffait pas son cœur. Elle n'était qu'une ombre. Elle ne parlait plus en classe, même pas pour faire la moindre remarque désobligeante. Elle ne levait plus les yeux pour défier son père. Elle l'évitait à tout prix. Elle agitait sa baguette quand il le fallait, complétant l'exercice qui lui était demandé sans réellement y mettre autant d'optimisme que les professeurs auraient attendu. Mais elle réussissait et elle obtenait d'excellentes notes à l'écrit alors ils ne pouvaient rien dire. On la voyait de moins en moins avec Harry, Ron et Hermione. Enfaite, on la voyait de moins en moins simplement.

Elle ne trouvait plus la force de se présenter aux repas, de se forcer à faire la conversation et de prendre le risque de croiser son père. Elle ne voulait plus le voir, plus le croiser.

Elle était souvent seule, dans un coin du château, à lire et à griffonner des choses sur un parchemin. Parfois, les jumeaux Weasley venaient la trouver. Ils étaient tellement différents de Ron. Ils étaient ouverts, drôles et brillants. Elle avait vu la façon avec laquelle ils combinaient leurs connaissances en métamorphose, en sortilèges, en potions et en runes pour créer ce que les personnes pouvaient appeler des blagues simplistes. C'étaient les seuls moments où Artémia se sentait à sa place pendant ce long mois. Elle voyait tous les jours des élèves apprendre bêtement la théorie de leurs cours dans le simple but de réussir leur examen. C'était déprimant. Il était beaucoup plus enivrant de regarder les jumeaux avoir une idée puis de voir leurs yeux s'illuminer quand il se souvenait d'un procédé ou d'un sortilège pouvant les aider. Ils étaient des inventeurs et elle les enviait pour cela.

Un matin, après avoir assuré à Hermione qu'elle n'avait pas faim et qu'elle ne voulait pas descendre avaler un petit déjeuner, elle avait retrouvé Fred et Georges sur une des tables de la Salle Commune.

- Mini-Rogue, tu vas pouvoir dire à mon imbécile de frère que ce n'est pas une bonne idée d'essayer d'aimanter de la neige ! Déclara George qui lui souriait gentiment.

- Et tu pourras lui dire qu'il est bien innocent de penser qu'un aimant pourrait attirer un canon à neige !

Artémia fronça les sourcils et rigola légèrement.

- Ce serait déjà bien de me dire ce que vous voulez faire pour que je joue l'arbitre.

- Pas bête.

- Tu ne le répéteras pas ? Pas même sous la torture de notre cher frère ?

- Pas même si j'étais menacée par la baguette de Percy, s'amusa-t-elle.

C'était facile de parler aux garçons. Ils réfléchissaient toujours avant de parler, ils n'étaient pas susceptibles.

- On voudrait que de la neige attaque le turban du professeur Quirrell...

- Pour le faire tomber.

- Bonne idée ! Il penserait peut-être à le laver dans ces cas-là.

- Et donc, qui a gagné ?

Une nouvelle fois, la jeune fille plissa les yeux et réfléchit sérieusement à la question. Elle ne trouvait pas leurs idées réalisables. Après quelques moments de réflexion, elle parla à nouveau.

- Et que pensez-vous d'un sortilège de traçage ? Comme celui qu'on nous impose avant qu'on ait 17 ans ? Ça demanderait pas mal de travail mais si vous ajoutez une trace au turban du professeur Quirrell, ça serait plus simple pour vous.

Les garçons semblaient étudier la proposition puis leurs yeux s'agrandirent d'excitation.

- En travaillant un peu sur les runes, vous pourriez être capable de faire réagir la trace dès qu'il utilise la magie et donc augmenter la puissance d'attraction.

Le sourire de Fred s'agrandit et George s'inclina devant elle.

- Artemia, ton savoir est un précieux diamant ! Où vas-tu piocher ça ?

Elle sourit légèrement.

- J'adore les sortilèges et le fondement de leurs utilisations, je ne le vous avais pas dit ?

- Si mais tu n'adores pas les choses comme je peux les adorer, rigola Fred tout en lui désignant un siège à ces côtés.

- Tu as d'autres talents cachés comme ça ? S'amusa à son tour George.

- Si je vous le disais, ils ne seraient plus cachés.

Elle s'assit à côté d'eux pour discuter de leurs nouvelles blagues. Elle leur désigna le livre où elle avait lu les informations concernant les sortilèges de traçage et ils disparurent à la bibliothèque tout en lui assurant qu'ils viendraient probablement la consulter à l'avenir.

Quelques jours plus tard, elle sourit quand elle entendit que les jumeaux Weasley reçurent une punition pour avoir ensorcelés des boules de neige pour qu'elles attaquent le turban du professeur.

ooo

Quand les vacances arrivèrent et que la plupart des élèves quittèrent le château, la magie de Noël ne n'avait toujours pas touché la jeune fille. Elle passait ses soirées avec Harry et Ron qui jouaient aux échecs. Elle prenait le temps de lire les ouvrages sur les Runes qu'elle avait trouvé dans la librairie lors de ses recherches sur Nicolas Flamel. Elle savait que cette matière ne faisait pas partie de leur programme et qu'elle devrait attendre encore deux ans avant de pouvoir s'y initier. Elle n'avait pas envie d'attendre. Elle commençait tout juste à comprendre la différence entre un simple sortilège et un sortilège runique. Si les enchantements traditionnels étaient très efficaces, il avait l'inconvénient de dépendre du sorcier et par conséquent de s'éteindre lorsque ce dernier mourrait ou qu'il était trop fatigué pour le maintenir. Elle avait aussi compris qu'avant d'être un alphabet, les Runes avaient été des sons et qu'elles formaient donc le corps d'un sortilège. Elle avait appris qu'ils existaient vingt-quatre runes et qu'elles étaient répartis en quatre champs : les quatre directions, les cinq éléments, les sept chakras et les huit sabbats. Elle avait encore besoin d'approfondir ses recherches pour comprendre avec exactitude tout ce qu'elle lisait mais le sujet l'intéressait grandement. Mieux, c'était la première chose depuis la rentrée qui la stimulait réellement à Poudlard. Alors quand elle ne restait pas assise dans la neige, à attendre que le froid la consume, elle passait le reste de son temps dans sa chambre. Elle ne faisait pas ses devoirs comme les garçons le pensaient, elle n'était d'ailleurs pas plus avancée qu'ils ne l'étaient mais elle lisait des livres de Runes ou de Chimie. Elle voyait beaucoup de similitudes entre les Potions et la Chimie. Tout d'abord, il y avait le choix de la base et les questions d'acidité de la potion et comment la neutraliser au besoin. Il y avait l'interaction des différents composants et les liaisons qu'ils formaient entre eux entraînant ainsi une potion gazeuse, solide ou liquide. Il y avait tant de similitudes qu'elle trouvait étrange que les cours de Potions soient si simples. A l'école, elle avait appris que l'eau se solidifiait à 0°C et se gazéifiait à 100°C, qu'il y avait 6,022.1023 atomes dans 12 grammes de Carbone 12. Elle pouvait nommer des molécules d'alcanes, d'alcènes et alcynes. Elle savait comment produire de l'énergie grâce au couple redox de la pile Daniell. Elle était capable de réciter le tableau de classification et parler de la loi de Klechkowski. Pourtant, en cours de Potions, son père leur demandait simplement de couper des ingrédients d'une façon et de les ajouter dans tel ordre afin d'obtenir tel résultat. On ne leur apprenait pas à comprendre pourquoi il fallait faire comme cela et pas autrement. Artémia détestait ne pas comprendre pourquoi elle agissait ainsi. Qu'arrivait-il si elle coupait ses ingrédients autrement ? Si elle inversait deux ingrédients ? Elle aimerait le savoir et comprendre. Elle ne voulait pas être comme Hermione, capable de réciter la recette d'une potion sur le bout des doigts. Elle voulait qu'on lui demande une potion et qu'elle réfléchisse à la manière de l'obtenir. Elle soupira en s'étirant sur sa chaise. Elle ne savait pas quelle heure il était, ni réellement combien de jours s'étaient écoulés depuis le début des vacances. Depuis quelques jours, elle était seulement absorbée dans sa tâche qu'elle s'était déconnectée du monde. Elle n'avait jamais pu vivre ainsi, libre comme un jeune oiseau qui venait de découvrir l'usage de ses ailes. Elle pouvait rester enfermée dans sa chambre sans que sa mère ne lui demande de sortir pour les repas. Elle faisait ce qu'elle désirait. Elle se levait à l'aube admirant le soleil s'extirper avec difficulté de la terre. Elle s'habillait chaudement et elle allait affronter le froid qui régnait à l'extérieur du château. Elle marchait autour du lac faisant craquer la neige gelée par la nuit sous ses pieds puis quand elle ne sentait plus le bout de ses doigts, elle retournait au château. Elle attendait dans la Grande Salle où le petit déjeuner était servi. Il n'y avait jamais grand monde à l'heure où elle s'y trouvait, quelques professeurs tout au mieux. Elle s'assurait que son père n'était pas dans la pièce quand elle y entrait, elle se remplissait les poches avec ce qu'elle pouvait trouver et repartait au plus vite. Elle se mettait à lire, à se perdre dans un monde qui la dépassait. Elle changeait souvent de position, passant de son bureau à son lit, de son lit au sol, du sol contre le mur et du mur au bureau. Mais elle ne se lassait jamais de lire, son cerveau était une éponge. Quand elle devait allumer une bougie pour apporter de la lumière afin de discerner chaque mot sans difficulté, elle fermait son livre et descendait dans la Salle Commune. Elle savait toujours qu'au coin du feu, elle trouverait les garçons qui lui raconteraient les incroyables aventures qu'ils avaient vécu dans la neige.

- Vous avez trouvé des informations concernant Nicolas Flamel ?

Artemia demanda en se frottant les yeux. Harry bougea son cavalier en C6 si bien qu'il mangeait un pion de Ron.

- Nope, pas le temps, répondit Harry, concentré sur son jeu. Et toi ?

- Non plus.

- Tu fais quoi de tes journées si tu ne trouves rien sur Flamel ? Rétorqua Ron en arquant un sourcil.

Artémia ne prit pas la peine de répondre et croisa les bras sur la poitrine.

- Dans tous les cas, si on a aucune information quand Hermione reviendra, vous savez comment elle sera.

Les garçons haussèrent leurs épaules et regardaient une tour se faire démolir par un fou. Artemia se laissa glisser sur le sol, face au feu.

ooo

Le matin de Noël, elle se réveilla sans l'envie de se lever. Elle n'imaginait pas cette journée sans sa maman et ses biscuits enchantés à la cannelle. Elle avait le don de les animer et les petits bonhommes en biscuits courraient partout sur la table, se disputaient ou se battaient mutuellement. Ses biscuits la faisaient tellement rire. Ça lui manquait de rire avec sa maman. Elle avait l'impression d'avoir perdu une partie d'elle-même quand sa maman était partie. La partie heureuse, la partie enjouée. Elle soupira et se tourna sur le côté. Aux funérailles, Anne lui avait dit que seul le temps guérirait la blessure dans son cœur alors elle s'entêtait à oublier que sa mère n'était plus de ce monde en attendant qu'elle guérisse. Elle ressentait un tel manque au quotidien, ces derniers temps, qu'elle ne pensait pas pouvoir l'oublier un jour. Jamais des coupures avaient mis autant de temps à disparaître.

Artemia ouvrit les rideaux de son lit et remarqua la petite pile de cadeaux au pied de son lit. Elle ne se sentait pas mieux. Elle ne s'était jamais sentie aussi seule à Noel. Elle s'assit sur le sol prenant en main le premier paquet. Il avait la forme d'un livre, elle se doutait que c'était un livre. Elle attrapa la lettre attachée au cadeau.

« Joyeux Noël Artémia !

J'espère que tu t'amuses bien à Poudlard et que tu avances bien dans tes devoirs. J'ai déjà tout terminé mais j'aurais besoin de ton avis en potions. Je n'ai rien trouvé sur NF pour l'instant et mes parents ne connaissent pas. Avez-vous trouvé qui il est ?

Je t'embrasse, tu me manques. -Ingrate de ne pas m'avoir donné de nouvelles jusqu'ici!-

Hermione. »

Artemia sourit tristement. Elle ouvrit le cadeau et découvrit un livre d'Histoire de la Magie, Les Fondements Magiques de Mhika Ljord. Son sourire s'agrandit alors qu'elle feuilleta l'ouvrage. Elle ne se lassait jamais de cette matière. Elle était pourtant incapable de rester éveillée pendant le cours du professeur Binns. Elle n'avait, tout simplement, aucun intérêt à écouter les révolutions des Gobelins.

Elle déposa le livre à côté d'elle en espérant qu'Hermione aimerait le livre de Potions qu'elle lui avait offert. La jeune fille s'empara d'un autre paquet. Le papier violet brillait grâce à la lumière du soleil et elle l'ouvrit rapidement. C'était un grand livre à la couverture en cuir comme celui qu'elle avait reçu à son anniversaire. Elle tourna la première page et découvrit une première photo. On voyait en grand plan la grosse tête rouge d'un bébé avec une petite touffe de cheveux noire plaquée sur son crâne. Elle tourna la page et ses yeux s'agrandirent lorsqu'elle tomba sur la seconde photo. Il y avait toujours ce bébé aux cheveux noir posé contre un coussin, habillé d'un body bleu marine. Il bougeait les bras et pleurait alors qu'il avait capturait quelque chose dans ses petits poings. A côté du bébé, il y avait un homme aux traits ingrats et aux cheveux noirs qu'elle pouvait reconnaître partout désormais. Il ne souriait pas mais son visage n'était pas tiré par la méchanceté et l'antipathie comme il l'était maintenant. Ses yeux sombres brillaient comme si des étoiles s'y étaient incrustées et elle pouvait se perdre dans la contemplation de ces derniers. Un de ses doigts était coincé dans le petit poing du bébé. A ces côtés, il y avait une jeune femme aux yeux bleus. Artemia glissa son doigt sur la figure féminine. Elle était le parfait opposé de l'homme à ses côtés. Elle souriait au photographe, pas seulement en montrant ses dents blanches mais aussi avec ses yeux. Il y avait le même éclat de fierté dans ses yeux que dans celui de son compagnon. Artémia sentit son cœur se fendre en deux alors qu'elle pleurait à chaude larme sur la photo. Elle voyait sa mère, taquine, donnait un coup d'épaule à son père pour qu'il daigne sourire et ce dernier libéra son bras pour protéger le petit bébé dans ses mains. Elle tourna les pages tout en essuyant les larmes qui glissaient sur ses joues. Elle redécouvrait une famille qu'elle n'avait jamais connu. Elle rigola quand elle découvrit une photo de son père et d'elle pendant qu'il lui faisait prendre son bain. Elle jouait dans l'eau, le visage radieux, ses petits yeux bleu océan montrant la malice dont elle faisait déjà preuve tandis que son père essayait tant bien que mal de la laver alors qu'il se laissait éclabousser sans rien dire. Il y avait une autre photo où on la voyait dormir à côté de son père qui la protégeait, comme Touffu protégeait la trappe. Puis son père disparut. Comme il avait disparu de sa vie. Il n'apparaissait plus sur aucune photo alors qu'elle grandissait, qu'elle marchait, jouait avec une fausse baguette, soufflait ses bougies, lisait, était déguisé. La gorge serrée, elle tourna les pages pour retrouver la deuxième photo et elle se perdit un moment à imaginer sa vie, leurs vies, s'ils avaient vécu ensemble. Elle ferma l'album et le mit de côté avec une pointe au cœur.

Elle s'empara ensuite d'un paquet vert qu'elle devina venant de son père. Il y avait deux paquets avec le même emballage. L'un était un livre, sans aucun doute mais l'autre était plus fin et de forme carrée. Elle commença par découvrir le livre. Sans surprise, son père lui avait encore offert un livre de Potions. Elle le reposa et s'intéressa au petit paquet. C'était un écrin en bois contenant une parure de bijoux. C'étaient un collier, un bracelet et des boucles d'oreilles dans un or blanc simplement somptueux. La chaîne du collier était fine, enroulée sur elle-même comme le ferait un escargot dans sa coquille. Dans un coin de l'écrin se trouvait un pendentif ovale. La jeune fille le glissa entre ses doigts pour inspecter la face. Deux chevaux se cabraient de chaque côté d'une tour sur laquelle se trouvait un aigle qui lisait un grand livre. Elle retourna le pendentif pour y lire : Malgré la tour, les roses fleuriront. - Prince. Doucement, comme si les mots pouvaient s'effacer, elle toucha l'écriture avec une certaine fierté. Elle passa le collier au-dessus de sa tête et le pendentif glissa au creux de son cou. Elle s'empara de son dernier cadeau qui se trouvait être une boite de chocogrenouille qui venait d'Harry. Elle rigola en pensant qu'elle lui avait offert la même chose. Elle se leva, déposa les livres qu'on lui avait offert sur son bureau, caressa la photo dans son album et se pencha sur ses notes de la veille.

Elle décida après une trentaine de minute de traduire des sortilèges qu'elle connaissait. Mais c'était compliqué. Elle avait commencé avec le sortilège de Lévitation pour son geste simple et sa longue formule puis elle passa au sortilège Lumos. Elle ne put s'empêcher de remarquer que la plupart des sortilèges qu'elle connaissait contenaient un L, S et un U. Le L, Laguz, pour la pureté ou l'innocence et après réflexion, elle avait vu que ce n'était pas une lettre utilisée dans les trois sortilèges interdits. Le S, Sowilo, était utilisé pour implorer l'énergie du soleil, tandis que le U, Uruz, faisait appel à la force.

Après avoir travaillé sur quelques sortilèges, elle se décida à écrire ses premières runes. D'abord protection puis force et enfin son prénom. Elle commençait par les traduire en Runes. Elle entoura ensuite les runes majeures pour créer un mouvement à ajouter à ses sortilèges pour les renforcer. Elle travailla longuement sur son prénom, souhaitant obtenir un mouvement simple mais pourtant riche en signification. Elle voulait que son nom porte la puissance, la stabilité et l'ingéniosité. Il lui fallut de nombreux essais pour obtenir le mouvement parfait. Elle grignota une chocogrenouille pour calmer son estomac.

Artemia nota ses découvertes et les trois mouvements de baguette qu'elle avait créé dans un petit carnet et le referma, un léger sourire sur les lèvres. Elle rassembla tous les parchemins qu'elle avait entassé un peu partout sur le sol de sa chambre et les cacha dans sa malle avec les livres de Runes.

Il n'y avait personne dans la Salle Commune. Elle s'installa au coin du feu, à la place qu'occupait Harry tous les soirs, le livre d'Hermione dans les mains et son album sur les genoux ouvert sur la seconde photo. Elle s'était rapidement attachée à ce portrait de famille. Elle s'était attachée à l'image que dévoilait son père. La réalité était différente et douloureuse. En regardant la photo, si elle se concentrait, elle pouvait presque sentir la main bienveillante de son père sur son épaule et entendre la voix de sa mère dans la pièce. C'était réconfortant.

ooo

- Miss Rogue, que faîtes-vous là ?

Artemia se retourna pour découvrir sa Directrice de Maison, les sourcils froncés et les poings sur les hanches.

- Je lisais, Professeur, répondit-elle poliment.

La vieille dame avança de quelques pas. La pièce était calme, comme elle ne l'était jamais en pleine journée. Il y avait seulement le crépitement du feu qui brisait le silence parfait.

- Pourquoi n'êtes-vous pas au festin ? Vous ne vous sentez pas bien ?

- Je n'ai pas faim.

Elle sourit doucement au professeur comme pour la rassurer. Elle ne mentait pas, elle n'était pas malade. Elle avait bien trop de choses en tête pour avoir faim. Elle ne cessait de penser à sa mère alors elle lisait. Un mot lui rappelait son père alors elle lisait. Quand elle s'arrêtait de lire, tout ce qu'elle voulait éviter de penser l'attaquer comme une mandragore dépotée. Alors elle lisait. Elle pensait aussi à Hermione, à Nicolas Flamel, à son père qui avait voulu tuer Harry. Elle ne comprenait pas tout. Alors elle lisait.

- Venez pour M. Potter et Messiers Weasley, ils seront probablement très contents de vous avoir avec eux.

Minerva trouvait la jeune fille déconcertante. Elle l'avait toujours trouvé un peu mystérieuse à l'image de son père. Ses yeux remplis d'eau en disaient beaucoup sur sa personne et Minerva savait qu'elle cachait une réflexion hors du commun. Mais comme son père, elle était réservée. Depuis le match de Quidditch, Minerva avait remarqué qu'elle ne parlait plus en classe, elle était toujours sérieuse et arborait une façade ennuyée. Elle sentait que quelque chose n'allait pas. Elle ne connaissait aucun élève qui refusait de participer au banquet de Noël.

- Je n'en ai pas envie, je crois.

La petite lui offrit un maigre sourire et Minerva savait désormais que quelque chose n'allait pas. Elle fronça les sourcils.

- Pourquoi ?

Minerva s'installa sur le fauteuil à côté de la Première Année. Elle l'observa se battre contre elle-même.

- Je n'ai vraiment pas envie de voir le professeur Rogue, elle déclara en baissant les yeux.

Minerva soupira. Elle n'avait pas voulu intervenir après sa rencontre avec Artemia au terrain de Quidditch. Pourtant, elle aurait préféré la prendre sous sa cape et la laisser profiter du match. Elle s'était promis de ne pas interférer en dehors du cadre scolaire. La situation semblait se dégrader chaque semaine.

- Voilà pourquoi vous évitez la Grande Salle ces derniers temps ?

Artemia hocha la tête, le regard baissé sur un gros livre en cuir.

- Souhaitez-vous m'en parler ? Elle lui demanda gentiment. Je connais suffisamment Severus pour savoir que ce n'est pas une personne facile.

Artemia leva les yeux, l'observa et inspira une grande bouffée d'air. Sa mâchoire semblait se détendre.

- Je n'arrive pas à lui parler, elle commença. Lui non plus. Je ne sais pas pourquoi. Les seules fois où il m'adresse la parole, c'est pour me faire des reproches ou me punir. C'est pour ça que je ne veux plus le voir.

La jeune Gryffondor lui faisait de la peine.

- Je sais que je ne suis pas comme il le souhaite. Il essaie de me changer, d'imposer sa façon d'être. Je ne peux pas être ce qu'il désire. C'est plus simple de l'éviter.

- Mais êtes-vous heureuse comme ça, Artemia ?

Ses yeux tombèrent sur la photo qu'elle partageait avec ses parents. Elle resta silencieuse et Minerva pouvait voir les larmes couler sur ses joues. Elle fit un signe de la tête. Elle releva la tête, ses yeux d'un bleu presque translucide.

- Je regrette vraiment d'être à Poudlard, elle ajouta la voix éraillée.

Ces mots touchèrent profondément la Directrice de Gryffondor. Elle avait connu de nombreux élèves, malheureux, loin de chez eux mais elle n'avait jamais entendu l'un d'eux lui confesser une telle chose. Poudlard était et restait une fabuleuse expérience pour la majorité des élèves.

- Je peux parler à votre père si vous préférez.

Artemia ouvrit la bouche pour contester, Minerva en était sure. Les membres de cette famille étaient si fiers qu'ils pouvaient se laisser mourir de faim. Elle en avait la preuve devant ses yeux.

- Je me dois d'insister. Ça ne peut pas continuer comme cela.

- Mais...

- Auriez-vous une raison valable, Miss Rogue, pour refuser mon aide ?

La première année baissa le regard et secoua la tête.

- Vous devriez faire confiance aux adultes. Pensez-vous réellement que j'irai voir votre père contre vos intérêts ?

Artémia secoua la tête et releva les yeux pour croiser le regard chaleureux du professeur de métamorphose.

- Et si nous allions au banquet maintenant ?

ooo

Artemia accepta d'un signe de tête et offrit un léger sourire. Elle se sentait légèrement soulagée de ses quelques confessions. Elle se leva et renvoya ses affaires dans sa chambre d'un coup de baguette. Le professeur McGonagall l'interrogea sur ses classes alors qu'elles descendaient les marches qui les menaient vers la Grande Salle. Artémia poussa les portes et la mélancolie qu'elle ressentait depuis des jours se dispersa. On pouvait entendre des cloches volantes carillonner dans toute la pièce, les petits lutins dans l'immense sapin chantaient des chants de Noël. Il n'y avait plus qu'une seule table trônant au centre de la Salle, décorées aux couleurs de Noël. La Magie de Noel avait transformé le réfectoire. Pas seulement grâce aux centaines de bougies volantes ou la présence des professeurs à la table. Il y avait autre chose, une ambiance, un secret. Quelque chose qui rendait les habits de Rogue aussi brillants que ceux de Dumbledore, quelque chose qui autorisait Hagrid à boire autant de vin sans qu'il ne paraisse déplacé, quelque chose qui donnait au professeur Trelawney un air lucide.

McGonagall la poussa à avancer alors qu'elle la dépassa pour s'asseoir entre Dumbledore et Hagrid. La jeune fille avança timidement vers Harry et la panoplie de rouquin qui l'entourait, tout en levant les yeux pour apercevoir son père. Il l'observa sans ciller pendant un long moment. Elle tourna la tête et se concentra sur ses amis.

- Mia ! On ne pensait pas que tu allais venir ! S'exclama Harry qui semblait réellement content de la voir.

- Prends un pétard surprise, Mini-Rogue !

Elle ne put s'empêcher d'attraper l'objet que lui tendait Fred et de découvrir des oreilles de lapin que George lui colla sur la tête. Pour la première fois de la journée, elle oublia sa mère, son père et elle profita simplement de ses amis. Elle les accompagna même lorsqu'ils sortirent pour jouer dans la neige et elle réussit même à supporter Ronald qui essayait à tout prix de lui lancer de la neige dans le visage.

Ce moment d'innocence, de réconfort ne dura pas aussi longtemps qu'elle l'aurait désiré. Elle remarqua la figure noire qui sortait du château et marchait dans sa direction.

- Artemia, salua-t-il simplement, sa voix dénuée d'émotion.

La jeune fille inspira pour se donner de la force.

- Bonjour, répondit-elle poliment.

Ils se regardèrent pendant quelques instants. Artémia était tendue, attendant avec anticipation le moment où il commencerait à parler. Elle se doutait qu'il était venu la chercher après une discussion avec un certain professeur.

- Seriez-vous disponible pour prendre le thé dans nos appartements ?

Elle ouvrit la bouche pour répondre puis la referma, incapable de prononcer un mot. Il ne lui avait jamais demander son autorisation. Elle n'avait jamais eu de choix. Pourtant, il lui offrait la possibilité de refuser si elle le désirait.

- Bien sûr, articula-t-elle tout en se relevant.

Elle resserra sa cape autour de son cou pour se protéger du froid et emboîta le pas de son père qui marchait déjà en direction du château. Ils n'échangèrent aucun mot pendant la descente dans les cachots et il rentra dans ses appartements sans se retourner vers elle. La petite fille enjamba la porte et un parfum presque familier caressa son odorat. Elle détacha sa cape et la posa sur l'une des chaises, mal à l'aise et avança vers le salon où son père l'attendait, aussi droit qu'un bâton de réglisse. Elle s'assit sur le fauteuil, face au professeur et accepta la tasse de thé qu'il lui tendit.

- Je vous remercie pour votre cadeau, annonça-t-il d'une voix plate alors qu'il la regardait intensément.

Artémia hocha la tête. Elle s'était demandée à de nombreuses reprises si elle devait lui acheter un cadeau. Premièrement, parce qu'elle n'était pas certaine d'en avoir envie. Deuxièmement, parce qu'elle ne savait quoi lui offrir. Quand elle avait vu sur un catalogue un coffret de rangement pour baguette, elle s'était décidée.

- La parure est magnifique, merci.

- Dois-je en conclure que le livre était de trop ?

Il arqua un sourcil tandis que ses lèvres s'affinèrent dans un léger sourire narquois. Artemia avala sa salive, anxieuse. Elle sentait que ce moment pouvait tout changer. Elle ne voulait pas énerver son père avec des mots maladroits ou des manières insolentes. Elle se mordit l'intérieur des lèvres pour ne pas lui avouer qu'elle n'aimait pas les Potions.

- C'est seulement plus compliqué à porter autour du cou.

Elle esquissa un sourire en montrant le pendentif à son cou. Il la regardait sans rien dire, notant chacune de ses réactions.

- Certes.

Artemia trempa ses lèvres dans son thé et profita de l'occasion pour expirer l'air qu'elle retenait dans ses poumons.

- Comment allez-vous ?

La Gryffondor releva la tête, surprise. Elle inspecta l'homme devant elle pour s'assurer du sérieux de la question. Ses sourcils n'étaient plus froncés, ses yeux n'étaient plus perçants, son sourire avait disparu. Il était parfaitement impassible telle une statue de marbre. Une statue de marbre dont le regard était voilé par la douleur.

Il n'avait jamais pris le temps, ces derniers temps, d'examiner sa fille, comme il le faisait à l'instant. Il n'avait pas remarqué le creux de ses joues comme si un monstre l'inspirait de l'intérieur. Il n'avait pas fait attention à ses yeux bleus, inexpressifs. Il n'avait même pas porté attention à son silence, à son regard baissé, à son absence dans la Grande Salle. Il n'avait tout simplement pas vu sa fille s'envelopper dans une cape d'invisibilité. Il pensait seulement qu'elle se faisait plus discrète, qu'elle grandissait, qu'elle savait désormais canaliser son caractère impulsif. Elle ne faisait plus parler d'elle, elle ne se mettait plus en danger. Il n'avait rien eu à redire de son comportement. La Directrice de Gryffondor lui avait ouvert les yeux. Elle lui avait crié dessus. Artemia souffrait. C'était de sa faute. Il essayait de la protéger pourtant. D'abord d'elle-même, de son caractère qui lui porterait préjudice. Il avait ensuite refusé qu'elle se lie d'amitié avec Potter pour ne pas qu'il la fasse souffrir, qu'il se moque d'elle, qu'il l'utilise. Enfin, quand elle lui avait parlé du chien à trois têtes, il n'avait pas supporté de savoir qu'elle se mettait dans un tel danger. Il voulait la protéger. Mais il s'y prenait mal, apparemment.

- Bien, elle répondit après quelques secondes de pause.

Il posa sa tasse de thé sur la table et reformula sa question. Il savait qu'elle était fière. Il la comprenait. Minerva lui avait fait promettre d'aller au bout de cette conversation, aussi dérangeante elle pouvait être.

- Comment vous sentez-vous ?

Artemia fronça les sourcils et répondit plus sèchement cette fois.

- Bien.

Il s'efforça de rester patient mais il n'avait clairement pas envie d'y passer la journée.

- Le professeur McGonagall m'a rapporté votre conversation. J'ai cru l'entendre dire que vous n'aimiez pas être ici. Aurais-je mal compris, Artémia ?

Elle baissa les yeux sur sa tasse. Elle attendait cette conversation depuis des mois. Maintenant, elle n'avait plus les mots. Tout était confus dans sa tête. Elle ne savait plus ce qu'elle ressentait pour lui. Elle le détestait, elle l'admirait, elle s'en méfiait.

- Artemia ?

Sa voix était douce, presque suppliante.

- C'est vrai.

- Qu'est ce qui est vrai ?

Artemia inspira profondément. Elle sentant la colère, la honte et tous les sentiments qu'elle voulait camoufler, refluer, l'envahir.

- Ce qu'a dit le professeur McGonagall. Je déteste être ici.

Elle leva les yeux pour se plonger dans ceux de son père. Elle pensa à ce qu'elle venait de dire. Ce n'était pas complétement juste. Elle avait trouvé un équilibre. Poudlard n'était pas le problème.

- Je déteste être ici avec vous, elle ajouta sans le lâcher des yeux.

Elle se sentait soulagée de s'être libérée de ce fardeau. Elle le vit blêmir mais elle continua.

- Vous avez fait le choix que je vienne à Poudlard. Mais…ce n'est pas possible. Vous ne me faîtes pas confiance, vous me traitez injustement. Vous me rabaissez à la moindre occasion. Vous ne vouliez pas que je sois favorisée parce que je suis votre fille. Vous pouvez être rassuré, ce n'est pas le cas.

Ce n'était pas des choses évidentes à dire mais elle en avait besoin. Elle espérait qu'il comprenne qu'elle ne demandait pas grand-chose de sa part. Juste qu'il la laisse vivre sa vie de jeune sorcière.

- Si j'avais été à Beauxbâtons, tout aurait été plus simple pour vous comme pour moi.

Il y eut un silence. Un de ces longs silences pesants qui pouvait déterminer la suite de la conversation. Il prit la parole d'une voix douce et appuyée.

- Il n'y a aucune raison qui justifie mon comportement envers vous ces derniers mois. J'ai été injuste.

Artemia était soulagée d'entendre ces mots. Ça faisait du bien d'entendre qu'elle n'avait rien à se reprocher.

- Mon souhait, derrière ses actions maladroites, était de vous protéger. Il marqua une pause. Croyez-le.

Artemia ne l'avait jamais entendu parler avec autant de sincérité et de douceur. Elle voulait le croire. Elle en mourrait d'envie. Mais elle ne pouvait écarter les accusations des garçons. Elle se souvenait aussi de Dumbledore et la confiance aveugle qu'il lui accordait. Artemia ne savait quoi penser ni qui croire.

- Une amie de maman m'a envoyé un album photo avec des photos où j'étais bébé.

Il arqua un sourcil, surpris. Il se leva de son fauteuil, avec une grâce désinvolte et disparut dans son bureau. Il revint rapidement et lui tendit une image. Il faisait sombre si bien que seuls deux visages blancs sortaient de l'obscurité. Elle pouvait reconnaître son père, tête baissée vers la petite chose dans ses bras. Ses lèvres bougeaient doucement et ses bras berçaient la petite fille enveloppée dans une couverture bleue.

- Quand vous étiez petite, il me suffisait de parler potions pour que vous vous endormiez.

- Vous me récitiez des potions pour m'endormir ?

Il hocha la tête avec une esquisse de sourire sur son visage.

- La potion d'Amnésie vous faisait particulièrement rigoler.

Artemia sourit à son tour, le regard toujours fixé sur la photo.

- Je ne savais pas comment m'occuper de vous lorsque vous êtes née. Vous étiez si petite, si fragile. Maintenant…

- Je ne suis plus petite ni fragile, détermina Artemia en bombant la poitrine.

- Vous serez toujours petite et fragile mais vous n'êtes plus un nouveau-né. Malheureusement, je ne sais toujours pas comment prendre soin de vous.

La jeune fille posa la photo sur la table basse, au-dessus d'un journal de potion. Elle savait que c'était le moment de lui parler à cœur ouvert, de lui dire ce qu'elle pouvait ressentir.

- Il n'est jamais trop tard pour apprendre. Artemia commença. Il faut me faire confiance. Maman et Edern étaient rarement à la maison, j'ai grandi en étant indépendante. Vous ne pouvez pas me demander de changer.

Elle marqua une pause.

- J'ai fait et je ferai d'autres bêtises mais j'apprendrais. C'est ce que font les autres. Ils n'ont pas leurs parents à Poudlard. Ils rentrent chez eux aux vacances et ils leur racontent ce qu'il souhaite. Je me doute que ce n'est pas possible pour nous.

Il la regardait intensément, elle se demandait à quoi il pouvait penser. Elle hésita à lui laisser le temps de répondre. Mais pour une fois qu'il la laissait parler, elle en profita.

- Ici, vous serez toujours professeur et moi élève. C'est difficile de dissocier les deux. Vous ne pouvez pas continuer de m'ignorer à certains moments et à d'autres me reprocher chaque écart. Il faut un équilibre.

Elle s'arrêta et soutint son regard. Son visage n'exprimait rien. Ses yeux étaient sombres et brillants. Il n'exprimait ni surprise, ni mépris, ni joie. Après une longue minute de silence, elle se demanda s'il allait formuler une réponse.

- Dans ces appartements, tu es chez toi Artemia. Tu y viens quand tu le souhaites. Ici, il n'y aura pas de professeur.

Le cœur d'Artemia rata un battement. Elle offrit un simple sourire à son père réalisant le tournant qu'avait pris leur relation. Il y avait bien plus que de la magie le jour de Noël.