Chapitre 11

Artemia aurait pensé que la vie à Poudlard aurait été différente après ce fameux soir. Le poids qui écrasait son estomac s'était envolé et pendant une nuit, elle avait pu dormir sereinement avec l'agréable sensation qu'elle pouvait respirer. Ses poumons pouvaient se remplir totalement. Ce soulagement n'avait été seulement temporaire. Elle s'était même demandée si elle n'avait pas rêvé le jour de Noël.

Son père ne l'avait pas invité pour le thé dans ses appartements -leur appartement- et elle se sentait incapable de s'y rendre par elle-même. Quand elle y pensait, son cœur s'accélérait, ses mains devenaient humides et son cœur se faisait écraser dans le poing de Hagrid.

Son père, son professeur avait essayé de tuer Harry et s'était fait mordre par Touffu en voulant voler la chose cachée sous la trappe. L'ambivalence qui l'habitait la rongeait de l'intérieur. Il ne fallait pas le considérer, ni l'aimer comme un père pour ne pas être déçue, trahie, abandonnée quand son vrai visage allait être révélé. Elle en mourrait d'envie pourtant. Mais elle ne pouvait pas se permettre de perdre encore quelqu'un. Il était plus simple de rester dans la tour Gryffondor.

Elle avait passé les derniers jours de vacances avec Fred et Georges sur l'élaboration de leur dernière blague, à regarder Harry se faire battre aux échecs par Ron et avec un livre d'arithmancie. Son apprentissage des Runes l'avait mené au détour d'un chapitre vers l'arithmancie. Elle aimait y retrouver les mathématiques qu'elle avait été contrainte d'abandonner en arrivant à Poudlard. Les mathématiques prédisaient, de manière presque réconfortante, l'issue d'un sortilège, d'une métamorphose ou d'une potion. Elle trouvait ça rassurant de savoir que la magie était régie par quelque chose qui n'était pas magique justement.

ooo

Artemia se retrouvait face à son père pour la première fois depuis le soir de Noël. Elle s'obligeait à écouter son père réciter les propriétés de la valériane mais sa voix était aussi puissante qu'une Goutte du Mort Vivant. Hermione notait chaque mot sur son parchemin furieusement mais Artemia, elle, ne cessait de penser aux découvertes de la veille. Le chien à Trois Têtes protégeait la Pierre Philosophale et son père souhaitait la dérober. Elle se demandait s'il souhaitait devenir riche ou immortel. Peut-être qu'il avait un but plus noble et qu'il souhaitait utiliser la Pierre comme ingrédient de Potions. Elle aurait aimé le croire. Mais sa participation en tant qu'arbitre au prochain match de Quidditch laissait peu de place à l'espoir. Il souhaitait s'en prendre à Harry une nouvelle fois. Elle fronça les sourcils. Elle n'arrivait pas à faire le lien entre sa haine démesurée envers Harry et la Pierre Philosophale. Un sorcier de onze ans ne pouvait être à ce point une menace pour un sorcier tel que son père. Elle soupira en pensant qu'après tout, Harry avait bien tué Voldemort quand il était bébé.

- Miss Rogue.

Artemia se redressa et leva les yeux. Son père n'était pas au-devant de la classe. Elle suivit du regard ses camarades et elle se retourna. Il était là, derrière elle, son souffle irritant sa nuque. Il croisait les bras sur sa poitrine. Il attrapa son parchemin, à moitié vierge, le retourna et arqua un sourcil.

- Mon cours est-il trop compliqué que vous n'arrivez pas à prendre des notes, Miss Rogue ?

Artemia soupira discrètement. Elle préférait quand son père l'oubliait. Elle n'avait pas envie de se battre.

- Non Monsieur.

- Il vous ennuie peut-être alors ?

Elle marqua une pause. Elle voyait bien Hermione la regardait avec son air moralisateur. Elle se força à ne pas dire la vérité.

- Non Monsieur.

- Vous pouvez peut-être rappeler à vos camarades quelle potion nécessite des brins de valériane dans sa composition ? Monsieur Londubat s'en souviendra peut-être s'il l'entend une seconde fois.

Les Serpentards rigolèrent et Neville rougit.

- Il y a la potion de Sommeil, la potion d'Amnésie ou encore la potion Crache Flamme.

Il l'observa quelques secondes avant de lui jeter son parchemin sur sa table comme s'il était soudainement brûlant.

- 5 points pour Gryffondor pour votre manque de concentration. Si vous aviez daigné tendre l'oreille, vous auriez remarqué que nous nous intéressions à la potion d'Amnésie.

Il traversa sa classe à grandes enjambées et d'un coup de baguette, tous les livres de Potions étaient ouverts à la même page.

- Vous avez 50 minutes pour me rendre votre potion d'Amnésie. Au travail !

Quelques élèves s'étaient déjà levés pour récupérer les ingrédients nécessaires. Hermione fronça les sourcils et leva la main. Quand Artemia se leva, elle prit la parole.

- Ce n'est pas possible Monsieur, il faut déjà laisser la potion bouillir 51 minutes.

Rogue, assis à son bureau, ne se laissa pas perturber.

- Vraiment Miss Granger ? Eh bien, vous n'avez qu'à vous en prendre à votre camarade. Vous auriez eu 5 minutes de plus sans son interruption. Vous resterez jusqu'à ce que votre potion soit achevée.

Tous les élèves se tournèrent vers elle en lui jetant des regards noirs. Elle avait eu raison de ne pas accorder une seconde supplémentaire à son père pendant les vacances. Elle trouvait ses cours injustes. Sa méthode injuste. Elle se doutait que Harry et Ron allaient réduire le temps de stase au profit du déjeuner. Hermione s'empressait déjà d'additionner ses ingrédients dans son chaudron et son regard déterminé lui indiquait qu'elle n'accepterait pas une potion seulement acceptable. Artemia envisagea l'idée de ne pas réaliser sa potion. Elle savait déjà qu'elle était vouée à l'échec. Elle n'avait aucune envie de rester plus longtemps que nécessaire dans la même salle que lui. Elle soupira, son cœur tapant rageusement dans sa poitrine et se décida malgré tout à aller chercher ses ingrédients pour commencer sa potion. Devant l'armoire à ingrédients, elle hésita plusieurs minutes avant de retourner à son bureau les mains pleines. Elle attrapa sa plume et recopia la potion. Peut-être, pensa-t-elle, qu'il était possible de terminer la potion avant la fin du cours. Peut-être que son père n'était pas aussi cruel. Elle s'activa sur son parchemin, sous le regard confus d'Hermione, à la recherche d'une combinaison qui lui semblait possible. Artemia leva la tête de son parchemin avec l'énergie étrange qui l'habitait quand elle devait à tout prix essayer quelque chose qui allait probablement révolutionner sa vie. Son père commençait à déambuler entre les rangées alors que de la vapeur commençait à s'échapper de tous les chaudrons. Hermione lui lançait des coups d'œil réguliers. Artemia s'emprassa d'attraper un couteau et de réduire les brins de valériane en petits morceaux.

- Tu ne dois pas les couper, Artemia ! Regarde, il faut simplement les mettre dans la potion.

Hermione pointa une ligne sur la page de son livre.

- Je sais, elle chuchota en jetant un œil à son père qui s'approchait de leurs chaudrons. J'essaie quelque chose.

Artemia jeta les morceaux de brins de valériane dans son chaudron et mélangea trois fois. Son père passa devant leurs chaudrons à ce moment. Il s'arrêta devant elle, la fixa de ses yeux noirs. Son mécontentement était si perceptible qu'elle avait l'impression qu'il essayait de l'enfoncer sous terre. Elle baissa le regard sur son parchemin. Elle n'était plus certaine de ce qu'elle essayait de faire. Elle releva la tête, prête à le questionner. Mais il n'était plus devant elle. Il insultait Neville et son étrange impossibilité à réaliser la moindre potion. Elle libéra l'air emprisonné dans ses poumons.

- Qu'est ce que tu as fait à ta potion ?

Hermione se pencha vers elle, la suite de sa potion reposant dans le mortier devant elle. Artemia lui tendit son parchemin.

- J'ai rajouté un brin de valériane et je les ai coupés en petits morceaux pour augmenter la dissolution de la valériane. J'ai voulu augmenter la concentration de la valériane pour qu'elle soit active en moins de temps. Ça te semble correct ?

Hermione avait les sourcils froncés.

- Je ne sais pas… Si c'est décrit comme ça et pas autrement, il y a probablement une raison. Je le dirais au professeur Rogue à ta place.

Artemia arracha le parchemin des mains d'Hermione et leva les yeux au ciel. Hermione grimaça.

- Tu ne sais pas comment ta potion peut réagir.

Hermione regardait anxieusement le professeur Rogue.

- C'est juste de la valériane. Ne dis rien Hermione ! Dans la pire des situations, on va tous oublier à quel point la journée est ennuyeuse.

Hermione baissa les yeux et retourna au-dessus de son chaudron. Artemia avala la grosse boule qui lui entravait la gorge avant de retourner à son travail. Une vingtaine de minutes plus tard, elle éteignait la flamme sous son chaudron. D'autres élèves l'imitèrent. Elle ajouta le reste des ingrédients comme c'était décrit dans son livre de Potion. Elle remua cinq fois la potion dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et la potion prit une couleur verdâtre. Artemia se mordit la lèvre inférieure et observa les potions aux teintes bleues des autres. L'anticipation qui l'avait animé disparu et lui laissa l'impression d'avoir pris une douche froide toute habillée. Elle remplit une fiole de sa potion et la déposa discrètement sur le bureau professoral. Malfoy posa son échantillon à côté de sa fiole.

- Gryffondor ET pire que Londubat en Potions… Décidément, Rogue ne doit vraiment pas t'aimer.

Il lui fit un signe de tête, un sourire mesquin sur le visage. Neville déposait sa fiole remplie d'un liquide bleu clair à côté des autres. Le rouge aux joues, Artemia s'apprêtait à répondre mais une ombre se dessina devant elle.

- Miss Rogue, retournez à votre place. Vous attendrez le départ de tous vos camarades pour que nous discutions de votre potion.

Elle acquiesça et traina des pieds jusqu'à son bureau où elle se laissa tomber sans retenue. Malfoy la dépassa en lui jetant un regard méprisant. Il ne restait plus qu'Hermione dans la salle. Sa potion prenait une jolie couleur bleu-vert. Elle semblait satisfaite d'elle-même. Elle a raison, sa potion est parfaite pensa Artemia. Malgré ce qu'elle avait pu lui dire, Hermione lui offrit un petit sourire avant de quitter la salle de classe. Quand elle ferma la porte, la salle de classe sembla tout de suite plus sombre et l'air était si froid qu'il aurait pu figer toutes les potions sur le bureau. Elle n'osait pas croiser le regard de son professeur. Elle s'attendait à ce qu'il s'énerve rapidement. Mais il laissa passer plusieurs longues, agonisantes minutes. Ses pas se faisaient entendre, lentement et discrètement comme un serpent s'approchant de sa proie.

- J'ai des difficultés à l'admettre mais ta potion est probablement la pire que j'ai eu l'honneur de noter durant toutes mes années d'exercice.

Il déclara d'une voix monotone. Il posa ses mains blanches et squelettiques sur son bureau. Elle se sentit encerclée, obligée de relever la tête.

- Je ne pense pas me tromper en affirmant que tu sais lire.

Elle s'efforça de soutenir son regard dépité et hocha la tête.

- Aurais-tu l'obligeance de m'expliquer la couleur de ta potion ?

- Je n'ai pas suivi les consignes du livre.

- Manifestement.

Il recula et croisa les bras sur son torse. Il arqua un sourcil. Elle sentait qu'il faisait des efforts pour ne pas lui crier dessus. Elle voyait ses mains trembler d'agacement et les muscles de sa mâchoire se contracter.

- J'ai pensé qu'il y avait une autre manière de faire la potion avec un temps de stase plus court. Autrement, ce n'était pas très…éducatif comme consigne.

Il la fixa. Il était incapable de déterminer si Artemia était l'exemple parfait du Gryffondor idiot imbu de lui-même pour penser qu'elle aurait pu réussir si simplement.

- C'est certain qu'il serait davantage éducatif de demander à des élèves de Première Année de modifier une potion.

Il continua de la fixer intensément puis tourna rapidement.

- Tu viendras refaire ta potion ce soir.

- Pourquoi ? Neville ne les refait jamais !

- Il est hors de question que ma fille soit incapable de réaliser une potion aussi simple.

Elle marqua une pause et fronça les sourcils. Elle se redressa en signe de défiance.

- C'est le professeur ou le membre de ma famille qui le demande ?

Il se pinça l'arête du nez.

- Vous viendrez en retenue, Miss Rogue, pour votre manque de considération pour la sécurité de vos camarades. Est-ce plus clair ?

ooo

Artemia commençait à se demander si les retenues allaient rythmer son quotidien d'élève à Poudlard. Elle n'avait pas encore terminé sa Première Année qu'elle avait déjà quatre retenues à son actif. Pourtant, elle avait toujours été considérée comme une élève sans problème à l'école. Elle avait adoré sa première année au collège, elle avait d'excellentes notes, elle était curieuse et les matières étaient variées. Les professeurs l'appréciaient et elle avait un petit groupe d'amis avec qui elle s'entendait bien et qui ne jugeait pas son extravagance. C'était sa vie d'avant, elle se résignait à dire. Peut-être qu'elle prenait cette vie là à la légère puisqu'elle savait qu'elle ne comptait pas, qu'elle n'allait pas déterminer sa vie à l'instar de ses camarades de collège. Toutes les choses qu'elle n'aimait pas, elle savait qu'elle les abandonnerait l'année suivante pour commencer sa vraie vie de sorcière. Maintenant, elle pourrait presque regretter les cours de flûte. Elle les préférait aux retenues en tout cas.

- Je pensais que tu savais lire Artemia, me suis-je trompé ?

Elle sursauta de sa chaise et tourna la tête pour trouver son professeur juste derrière elle. Les ingrédients de la Potion d'Amnésie étaient devant elle et malgré sa présence depuis une dizaine de minutes, son chaudron était toujours vide.

- Je ne comprends pas ce qui ne va pas dans mon altération, elle soupira en baissant les yeux sur son parchemin. J'ai rajouté un brin de valériane et j'ai tourné 5 fois dans le sens des aiguilles d'une montre au lieu de 3 fois.

Il se pencha vers son parchemin et l'attrapa sans ciller. Elle le regardait avec un mélange d'appréhension et d'excitation. Et si elle n'avait rien compris ? Et qu'elle avait réellement représenté un danger pour les autres ? Elle n'était certaine de rien dans ce monde.

- Pourquoi 5 fois ?

Elle fronça les sourcils en se rappelant comment elle en était venue à cette modification.

- J'ai lu le théorème de Brigitte Wenlock, commença-t-elle avec hésitation. J'ai décidé de partir sur 28 minutes au lieu de 51 parce que c'est un nombre parfait.

Elle releva les yeux et constata que son père la regardait avec un sourcil levé. Elle hésita à continuer son explication mais elle perçut un signe de tête qui l'incita à terminer.

- Le temps réduit va impacter sur la quantité de principe actif qui va être libéré. J'ai donc pris 3 brins de valériane pour augmenter la concentration de principe actif que j'ai découpé en tout petits morceaux pour faciliter sa dissolution. J'ai tourné 5 fois dans le sens des aiguilles d'une montre pour activer davantage la potion dans le temps imparti. Ensuite j'ai suivi le reste des instructions. J'ai refait le calcul et je ne comprends pas pourquoi la potion est devenue trop toxique...

Il fit un signe de tête et lui rendit son parchemin sans un mot. Il s'éloigna sans bruit et contourna sa table pour se positionner face à elle.

- Ce sont des idées acceptables et qui pourraient se justifier, il commença doucement. Comme tu as pu en faire l'expérience, l'art des Potions n'est pas aussi simple. Tu es trop jeune pour commencer à expérimenter.

Elle leva les yeux au ciel.

- Je devrais plutôt dire que tu n'as pas les bases. Tu es en Première Année, tu ne connais pas les différentes propriétés des ingrédients, les interactions qu'ils peuvent avoir entre eux, l'influence du chaudron et tous les paramètres qui peuvent altérer une potion. Même des Septième Année n'y parviennent pas.

- Peut-être parce que tu es seulement mauvais professeur.

Elle n'avait pas réfléchi avant de parler et elle s'en voulait presque quand les mots quittèrent sa bouche. Même si elle les considérait vrais. Son père la brûla du regard, c'est l'impression qu'elle avait. Il se pinça l'arête du nez et se retourna.

- Commence ta potion, je n'ai pas toute la soirée à te consacrer.

Elle accusa la réponse comme un seau de bave froide qui coulait doucement, très doucement, sur son crâne. Elle s'en voulait d'avoir gâché ce moment. Sans un mot, elle alluma la flamme sous son chaudron et réalisa les premières étapes de la potion docilement. Alors que sa potion bouillonnait dans le chaudron et ce pour les 50 prochaines minutes, elle se risqua à continuer la conversation.

- Tu ne m'as pas dit quel était le problème avec ma potion.

Il ne releva pas la tête de son bureau et continua ses corrections.

- Tu n'as pas les bases, tu ne pourras pas comprendre.

Elle fronça les sourcils.

- J'en sais plus que tu ne le penses, elle répondit avec défiance.

Il releva la tête, posa sa plume et croisa les doigts sous sa tête. C'était la première fois qu'elle le voyait arborer cette expression. Elle ne voulait pas s'avancer à dire qu'il lui portait de l'intérêt, c'était trop présomptueux mais elle pouvait voir dans ses yeux noirs une once d'espérance.

- Sais-tu qui est Georges Canguilhem ?

Elle n'eut besoin que d'une demi-seconde avant de hocher la tête. Il la fixa puis détourna le regard avant de reprendre sa plume dans les mains.

- Il a écrit dans sa thèse de médecine "Devenir diabétique, c'est changé de rein", ce qui signifie que lorsque tu modifies un élément, tout le système est altéré.

- C'est un moldu ? Comment suis-je censé le connaître ?

- C'est un chapitre du livre que je t'ai offert à ton anniversaire.

- Ah. Je ne l'ai pas lu.

- Manifestement.

Plusieurs minutes défilèrent en silence.

- J'ai conscience que les Potions ont une stabilité sensible. Mais justement, j'ai fait une équation et je l'ai équilibré.

Il se leva doucement de sa chaise et s'approcha d'elle en croisant les bras sur sa poitrine. Elle sentit la température des cachots descendre de plusieurs degrés. Il posa un doigt sur son parchemin.

- Pauvre sotte.

Elle avala sa salive difficilement.

- Quand il s'agit de Potions, il est question d'équation à plusieurs inconnues inaccessible à une gamine de 12 ans.

Elle sentit les couleurs disparaître de son visage, son estomac se faire écraser par des hippogriffes. Comme toujours, ses mots étaient des lames aiguisées qui entaillaient sa peau sans difficulté.

- Pour expérimenter en Potions, ce n'est pas suffisant d'avoir des notions d'Arithmancie. Aussi étonnant que ça puisse paraître, il est primordial d'avoir des connaissances en... Potions. Ce que tu manques cruellement.

Elle baissa le regard pour cacher les larmes qui venaient noyer ses yeux. Elle n'avait jamais été dénigrée avec autant de force, autant de violence. La bile lui monta à la bouche. Elle s'était trompée, elle l'avait bien compris. Mais elle était là pour se tromper et apprendre. Elle garda la tête baissée jusqu'à ce que l'ombre devant elle disparaisse. Elle essuya ses yeux du revers de la main et termina dans le silence sa potion. En claquant la porte du cachot, elle se promit qu'elle ne s'intéresserait sous aucun prétexte à l'Art des Potions.

ooo

Artemia avait réussi à ne pas enfreindre le règlement ni celui de son père et c'est pourquoi elle marchait, revêtue de son écharpe rouge, vers le stade de Quidditch. Après des derniers mots d'encouragement pour Harry, elle monta les marches des tribunes avec Hermione et Ron pour trouver une place pour regarder le match. Hermione salua Neville avant de s'installer à ses côtés. Artemia lui sourit.

Artemia se concentra sur son père qui volait en cercle au milieu du stade, attendant les joueurs comme un aigle prêt à chasser. Elle se demandait ce qui l'avait amené à être arbitre ce jour-là. Fred lui avait dit que durant ces trois dernières années, son père n'avait jamais arbitré un match. Elle ne savait même pas s'il aimait le Quidditch.

Elle se souvenait du jour où sa maman l'avait emmené voir son tout premier match de Quidditch avec son beau-père et Anne. C'était au mois de février et il faisait terriblement froid dans les Alpes. Sa mère avait enchanté son bonnet, son écharpe et ses moufles pour qu'elle reste bien au chaud. Elle pouvait toujours voir la fumée se dégager des marrons chauds qu'ils avaient acheté et de la texture dans sa bouche. Elle avait 9 ans et elle s'en souvenait comme si elle n'avait dormi seulement deux jours depuis. Ça lui brisait le cœur de savoir qu'elle ne revivrait jamais ça. Artemia se frotta les yeux pour éviter qu'aucune larme ne la trahisse et se concentra sur le match qui venait de commencer. Tout du moins elle essaya.

Derrière elle, Malfoy n'arrivait pas à se taire.

- Je vaux douze fois mieux que toi, Malfoy, marmonna Neville.

Artemia n'osa pas se retourner mais leva les yeux au ciel. Elle avait remarqué qu'elle n'était pas la seule à avoir des difficultés à s'adapter à Poudlard. Mais le cas de Neville était encore différent. Elle avait vu Neville revenir plusieurs fois dans la Salle Commune avec un mauvais sort, en demandant à quelqu'un d'annuler le sortilège parce qu'il n'avait pas sa baguette. Elle le trouvait gentil mais elle n'était pas capable d'en dire plus.

Elle entendit des grognements, tourna la tête et remarqua que Ron, Neville, Malfoy et ses deux copains se battaient. Hermione, juste à côté d'eux, l'attrapa dans ses bras.

- T'as vu ce qu'a fait Harry ? On a gagné !

Artemia se retourna vers le tableau des scores et constata qu'elle n'avait pas observé une seule action du match. Elle se leva et échangea un regard avec Hermione en baissant les yeux vers les garçons. Ils s'étaient écartés, séparés par des élèves qui quittaient les tribunes. Neville avait l'écharpe déchirée et quelques griffures sur le visage, Ron avait le nez en sang et Malfoy allait sûrement avoir un hématome sur la pommette. Elle retroussa les lèvres, indignée d'un tel comportement.

- Allez Weasley, va retrouver ton Potter. Tu pourras gagner un peu d'argent s'il te donne son vif d'or, il rigola en se tournant vers Crabbe et Goyle.

Hermione attrapa le bras de Ron qui voulait continuer ce qu'il avait commencé et l'entraîna vers les escaliers opposés. Artemia fixa Malfoy.

- Et toi, Papa t'a enfin donné la permission de sortir ? Et c'est avec ces nullos que tu décides de traîner... Traître à ton sang !

Artemia serra les dents et décida de suivre Hermione. Elle entendit les ricanements des Serpentards et sa baguette se retrouva en peu de temps dans sa main. Elle n'eut pas à réfléchir longtemps pour trouver sa vengeance.

- Il paraît que tu maîtrises bien ce maléfice, Malfoy alors amuses-toi bien pour rentrer ! Locomotor Mortis !

Artemia ajouta sa petite touche spéciale à son mouvement de baguette et une lumière rouge toucha Malfoy en plein dans la poitrine. Son visage se déforma par la surprise et elle remarqua la satisfaction qu'elle pouvait ressentir face à cette image. Elle se retourna et rattrapa son groupe d'ami qui étaient quelques étages en dessous. Elle savait que si elle avait réussi son sortilège, elle écoperait d'une retenue dans les jours à venir. Seul le professeur Flitwick pourrait annuler le sortilège avec sa signature runique.