Bonjour à tous !

C'est avec un jour de retard que je poste ce chapitre ! Après moult réécritures, le voici finalement entre vous mains. J'espère qu'il vous plaira.

Le chapitre 44 arrivera le mois prochain !

À très bientôt dans les commentaires, j'espère.


Chapitre 43 – Le complice


Roy regardait par-dessus son journal, les yeux rivés sur Gabin, au loin, déguisé en jeune femme sur le quai de la gare. Assis les jambes croisées, attablé devant un café, son quotidien à la main, le militaire avait tout d'un voyageur lambda, détendu, attendant un train qui tardait à venir. Mais, détendu, il ne l'était absolument pas.

Ses entrailles se tordaient depuis trois jours dans un ventre qui ne laissait rien entrer. Il était parvenu à faire bonne figure au travail, surtout devant le Général Haruko, mais il n'était pas certain de pouvoir continuer à rester neutre maintenant qu'Edward lui avait une énième fois raccroché au nez malgré la teneur de ses propos. Gabin l'avait rejoint lorsqu'il l'avait entendu hurler dans le combiné, puis explosé le téléphone sur le sol dans un accès de rage. Comment est-ce que cet homme pouvait être assez inconscient pour accepter simplement sa propre mort ? Comment... ?

Il le haïssait profondément.

Il le haïssait, mais il voulait le sauver absolument.

Gabin lui avait fait expliquer la situation. Il lui avait raconté la stupidité de son maître et il avait souligné quelque chose de probablement juste : Ed avait peur. Il avait déguisé cette peur en indifférence. Ça lui avait fait du bien de parler au gamin. Il était plus mûr que ce qu'il laissait présager. Plus sage. Il n'avait que treize ou quatorze ans, et il parlait déjà comme un adulte. A bien y réfléchir, ce n'était pas étonnant lorsqu'on savait ce qu'il avait vécu.

Il soupira et but une goutte de café qui lui resta en travers de la gorge.

Il regrettait presque le départ de Gabin. Il s'était accoutumé à sa présence, quelque part. L'absence d'Edward lui pesait moins, aussi. Peut-être parce qu'il n'était pas seul à attendre de ses nouvelles et qu'il devait prendre soin de lui sans trop penser à ses propres craintes. Peut- être aussi parce qu'Edward lui en voudrait sans doute beaucoup, voire définitivement. Lorsqu'il y pensait, son estomac se retournait à la manière des lendemains de soirée trop arrosées, alors qu'il n'avait ni bu, ni eu les bienfaits des spiritueux. Qu'il s'était empêché de le faire, avec le gamin sous son toit.

Alors, il se raisonnait à force de logique : si Edward ne pouvait pas comprendre, il fallait bien que quelqu'un le fasse à sa place. Que quelqu'un réfléchisse correctement, que quelqu'un sauve ce qu'il y avait encore à sauver ; que quelqu'un remette les choses dans l'ordre avant que la fin ne survienne, même si tout était absurde, nimbé d'obscurité et - grand dieu, s'il avait bel et bien écrit ces mots dans le futur, Ed était bel et bien mort à un moment donné. Il fallait absolument qu'il l'en empêche. Qu'importe que cet abruti de génie se débatte face à un départ qu'il ne cessait de détourner ; qu'importe son attachement pour lui ou pour Gabin ; qu'importe sa rage lorsqu'il découvrirait qu'il avait renvoyé son apprenti sans attendre. Ils se disputeraient encore, se battraient probablement, et puis peut-être que ce serait fini. Après tout, cela ne pouvait pas durer, entre eux. Tout était trop fort, tout le temps. Le moindre calme poussait Edward à se mettre de nouveau en danger. Et, s'il devait s'en aller bientôt, alors mieux valait pour Roy qu'ils se soient éloignés. Ce serait moins douloureux. Moins long, aussi.

Le train entra en gare avec son panache de vapeurs et Roy jeta un œil sombre à un Gabin travesti. Il s'agitait devant la locomotive d'un air perdu, son attention alternant entre le marchepied du wagon à destination de New Optain, le café d'où Roy le surveillait, et une issue de secours, n'importe laquelle, qui lui permettrait d'éviter de retourner d'où il venait. Roy espérait qu'il ferait le bon choix. L'accompagner jusqu'ici pour le fliquer, même de loin, pouvait lui porter préjudice si quelqu'un démasquait le garçon. S'il se mettait à s'enfuir pour lui désobéir et suivre les actions chaotiques de son maître, Roy n'aurait d'autre choix que de le suivre pour le ramener et le mettre de force dans ce foutu fourgon. Et les conséquences d'une telle action, lui qui était un personnage public, lui serait préjudiciable.

Il espérait seulement que Gabin se souviendrait de toutes ses explications et des possibles conséquences qui découleraient de ses actes.

Le blond se mordit la lèvre, visiblement toujours en proie à cette hésitation. Conscient, aussi, d'avoir le regard de Roy braqué sur lui. On le bouscula et un homme lui proposa galamment de porter sa valise. Roy l'imagina bégayer des excuses. Gabin lui jeta une dernière œillade, les coins de sa bouche tordus vers le sol, la poitrine gonflée d'une expiration avortée. Puis il disparut dans le wagon.

Soulagé, Roy se promit de l'inviter chez lui lorsque le jour Promis serait passé, qu'il pourrait l'innocenter et, peut-être, excuser sa propre rudesse. Il attendit néanmoins que la locomotive se soit activée et ait quitté East City avant de se lever pour se rendre au QG, laissant derrière lui une tasse de café à moitié pleine qu'il n'avait pas eu le cœur de vider. Malgré son relâchement, il sentait dans sa gorge un arrière-goût amer fortement corrélé à un ventre retourné trop longtemps laissé vide et pourtant incapable de recevoir quoi que ce fût.

Il détestait cette sensation d'impuissance, cette impression d'incompréhension, ce pressentiment d'avoir fait le mauvais choix, de la mauvaise manière. D'avoir agi sans savoir, sans comprendre ce qu'il se passait, ce qui allait se produire, ce que ce putain de mot dans cette putain de montre signifiait vraiment ; ce que ses actions, ses décisions allaient bien pouvoir perpétrer à la toute fin. De n'avoir aucune clé, aucun pion à jouer.

Il était juste complètement perdu. Persuadé d'avoir raison, d'avoir bien agi. Assuré d'avoir tort, d'avoir commis la pire erreur de sa vie.

Il ne lui restait plus que l'espoir. Un sentiment auquel il ne croyait pas. Auquel il ne voulait pas croire.

L'espoir de croire que rien de tout ceci n'était pas déjà écrit quelque part.

- Colonel ?

Il releva sa tête de ses montagnes de documents, conscient de n'avoir travaillé que machinalement, sans savoir réellement ce qu'il avait signé ou non.

- Vous avez votre réunion avec le Général Haruko.

- Quoi ? se plaignit-il avec une légèreté feinte. Déjà ?

- Colonel, faites un effort.

- Il doit en avoir marre de ma tête, franchement.

- Si vous voulez être celui qui l'escorte jusqu'à Central City, il vaudrait mieux pour vous d'être à l'heure.

- À l'heure ou pas, il ne trouvera pas meilleure défenseur, se venta Roy en s'étirant avant de se lever. Vous venez avec moi, lieutenant ?

- Je vous attends.

Ils traversèrent tous les deux le Quartier Général pour rejoindre le lieu de réunion. Roy y était le moins gradé mais le plus meurtrier. C'était sans doute son statut d'alchimiste d'État qui lui permettait d'assister à des réunions si importantes. Ça, et le fait que Grumman le tenait malgré lui en estime. Roy était fiable, loyal et droit. Un parfait chien de l'armée. Un parfait bras droit pour un futur plus élevé. Après tout, Edward lui avait prédit son accession à la direction de la région Est, tandis que Grumman, lui, prendrait la tête du pays. C'était un bon destin, pour un homme qui aurait trente ans.

Le Général Haruko était un homme ennuyeux, très à cheval sur le protocole, cachant mal ses ambitions. Sa visite de courtoisie s'apparentait davantage à de la flagornerie qu'à du professionnalisme zélé. En tant que Général à New Optain, Haruko était le deuxième homme le plus important de la région Est et il espérait bien devenir premier, un jour. Quoi de mieux pour cela que de mettre Grumman dans sa poche et de l'inciter à devenir son successeur par sa présence régulière et prolongée au QG ? Mais Grumman n'était pas dupe et la plupart de leurs rencontres se faisaient en présence d'autres militaires de plus ou moins grande importance. Le fait qu'il ait proposé l'équipe Mustang pour protéger le Général Haruko lors du rassemblement général à Central City était une réponse ambivalente à cette visite : d'une part, il lui témoignait une certaine sympathie en mettant à sa disposition l'un de ses meilleurs hommes et le plus talentueux des alchimistes d'État ; d'autre part, il lui signifiait qu'il n'avait lui-même pas besoin de protection malgré son âge avancé. « Je ne suis pas près de laisser ma place » : voilà ce que cela traduisait.

Plus encore, c'était aussi un geste de confiance envers le tout nouveau Colonel Mustang. En échange de cette loyauté, Mustang devenait ses oreilles sur place. Grumman le lui avait explicité la veille : il n'avait aucune foi en Haruko et présumait que Mustang saurait lui rapporter les coups stratégiques qu'il comptait mettre en place lors du week-end de rassemblement des Généraux.

Le Général Haruko l'avait sans doute très bien compris. Il jetait à Mustang des regards méfiants dès qu'il se manifestait et camouflait son exaspération par la franchise d'une poignée de main. Roy était fatigué de cette politique, surtout lorsqu'il avait été incapable de dormir plus d'une heure en presque soixante-douze heures. Son cerveau ne suivait plus les débats et sa répartie tardait à briller en conversation. Parfois, le lieutenant Hawkeye se permettait un frôlement dans son dos, lui signifiant qu'on s'adressait à lui sans qu'il ne l'ait même remarqué.

- Il faut que vous vous reposiez, lui suggéra-t-elle lorsqu'ils eurent terminé.

Le couloir était désert et elle s'était arrêtée pour l'inciter au dialogue. Roy n'en avait pas envie mais il était trop las pour luter.

- Je dormirai ce soir.

- Il y a des chambres libres dans la caserne : vous pouvez vous prendre deux heures. Votre prochaine réunion n'aura pas lieu avant. Je m'occupe des papiers administratifs à votre place en attendant.

Roy allait refuser, mais la perspective de deux heures de sommeil parut à son corps si opportune que ses paupières s'abaissèrent aussitôt, prêtes à offrir un semblant de paix à un organisme trop oublié. Hawkeye le guida alors jusqu'au dortoir privé qu'elle avait préalablement repéré et le laissa s'enfoncer dans le matelas.

Il lui sembla qu'une seconde s'était écoulée lorsque la jeune femme le secoua à nouveau. Il émergea difficilement, comme happé par la brume, incapable de rester totalement éveillé pendant les quelques minutes où le lieutenant s'acharna à le secouer.

- Depuis quand n'aviez-vous pas dormi ?

Sa question rhétorique ne trouva pas de réponse, sinon celle d'un grognement difficile. Roy se releva finalement, se recoiffa rapidement, massa ses cernes reflétés dans le miroir du petit évier et soupira longuement. Il ne se souvenait même pas qu'Hawkeye avait quitté la pièce.

- J'imagine que l'escapade d'Edward ne se passe pas si bien que prévue.

Elle était évidemment au courant. Roy ne lui cachait plus les allers et venues d'Edward, ni les problématiques qu'il engendrait en tant qu'homme venu de l'avenir. Elle s'arrangeait d'ailleurs toujours pour se tenir informée, même si elle refusait d'entendre tous les détails : la dangerosité de ce savoir l'inquiétait et l'incitait à rester en retrait. Roy la tenait informée autant qu'elle le souhaitait : il était hors de question de risquer de la perdre pour une omission ou un mensonge de plus.

- Il n'en fait qu'à sa tête, comme d'habitude, approuva-t-il. Mais ce n'est pas le problème.

- Alors quoi ?

- Je ne sais pas depuis combien de temps, mais il m'a menti.

Elle ne répondit pas mais attendit un suite.

- Il sait comment rentrer chez lui.

- Vous voulez dire : revenir dans son... temps ?

- Oui.

Roy sortit son portefeuille et en tira le mot jaunit qu'il avait trouvé dans la montre cassée d'Edward. Avec sa signature. Il le tendit à Hawkeye.

- J'ai apparemment écrit ceci, à un moment donné, pour que ce message me parvienne.

Hawkeye le prit mais ne le lu pas. Elle était encore frileuse à l'idée de trop en savoir. Roy se rassit sur le lit défait en lâchant entre ses mains un autre soupir.

- Je l'ai eu au téléphone mais il ne veut rien entendre. Il veut aider à son échelle, changer les choses. Je crois qu'il a décidé qu'il ne retournerait pas chez lui. Moi, je fais en sorte qu'il finisse par le faire. J'ai forcé Gabin à reprendre le train ce matin. Sans passer par Central, bien sûr. Il va contourner par New Optain et continuer par les petites routes de l'est pour rejoindre le nord.

Elle hocha la tête, visiblement satisfaite de cette nouvelle.

- Ed, lui... J'ai vraiment peur qu'il finisse par...

Hawkeye tenait toujours le message du bout des doigts, le regard obstinément fixé sur lui. Alors Roy le récupéra et le remit dans son portefeuille, laissant sa phrase en suspens.

- Je vais être à l'heure pour la réunion ?

Le lieutenant sembla hésiter une seconde avant de prendre le parti pris de sa profession :

- Il vous reste dix minutes.

- Bien.

Le reste de la journée se déroula dans un brouillard moins épais et Roy parvint à redevenir lui-même durant les deux réunions qu'il dut endurer. Lorsqu'il fut libéré de ses obligations professionnelles, il courut récupérer un nouveau téléphone dans le premier magasin venu et rentra chez lui où personne ne l'attendait plus. Il installa l'appareil à la place de celui qu'il avait éclaté au sol avant de s'écraser sur un canapé qui lui ouvrit aussitôt les portes du sommeil.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, la nuit s'était installée. Les lampadaires avaient jeté dans la pièce principale l'ombre jaunie des croisillons. Elle courrait sur le parquet et sur le plafond blanc dans un effet miroir étrange. Parfois, l'ombre se mouvait, grandissait, noircissait, embellie sous une lumière plus vive ; c'était le temps d'un passage hypnotique qui incita Roy à enfoncer son visage entre ses bras pour un nouveau somme.

Mais quelque chose, dans l'atmosphère, avait changé. Il lui fallut un grand moment pour comprendre qu'il ne s'était pas réveillé naturellement. A vrai dire, il prit conscience de la sonnerie de son nouveau téléphone lorsqu'elle se tut. Il resta immobile un instant, le temps de se souvenir qu'il s'était fâché avec Edward, que Gabin était parti et que son seul moyen de communiquer avec l'un ou l'autre était d'attendre qu'ils se décident à l'appeler à une heure où il était susceptible de répondre – c'est-à-dire la nuit.

Il se redressa en sursaut dans le silence et fixa le combiné noir qui s'évertua à demeurer silencieux.

- Eh merde…

C'était rare qu'il s'évanouisse dans l'oubli aussi profondément. Il devait être sacrément fatigué. Au moment où il se rassit, la tête entre les mains et les doigts frottant ses yeux dans l'espoir de remettre ses idées en place, la sonnerie retentit une seconde fois. Plus réveillé, il traversa la pièce pour répondre :

- Allô ?

- Je suis bien au domicile du Colonel Mustang ?

C'était une voix féminine qu'il ne connaissait pas suffisamment pour parvenir à remettre un visage dessus.

- Lui-même.

- Vous êtes attendu au Quartier Général immédiatement.

- Pardon ?

- C'est une convocation officielle d'urgence : je ne peux pas vous en dire davantage au téléphone. Préparez le strict nécessaire pour un voyage : vous risquez d'en avoir besoin. Nous nous occupons de vos tenues.

Roy cligna plusieurs fois des paupières, pris au dépourvu. Un rapide coup d'œil à l'horloge murale lui apprit qu'il n'était pas encore minuit, mais l'heure n'était pas habituelle pour une correspondance pareille. Il devait s'être produit quelque chose de grave pour qu'on fasse appel à lui.

- Je dois avertir mon équipe ? interrogea-t-il finalement.

- Le lieutenant Hawkeye et le sous-lieutenant Havoc sont prévenus et vous rejoindront sur place.

- Bien. J'arrive.

Il raccrocha, monta à l'étage pour récupérer un sac et quelques affaires rudimentaires, puis se précipita à l'extérieur pour prendre le volant de sa voiture. Il se souvint trop tard qu'Edward le lui avait emprunté et se contenta donc de marcher à pas vif jusqu'à ce qu'un taxi finisse par passer. Dans le transport, il s'assura de se montrer présentable et termina d'émerger à coup de scénarii catastrophes angoissants. Il paya le chauffeur, puis gravit précipitamment les marches du QG pour rejoindre le hall d'entrée. Là, la secrétaire générale de Grumman l'attendait :

- Bonsoir Colonel Mustang, le salua-t-elle, et il sut que c'était elle qu'il avait eu au téléphone. Le Général Grumman et le Général Haruko vous attendent : je vous guide.

Roy ne se fit pas prier et la suivit jusqu'à une salle de réunion inhabituelle, non loin de l'armurerie. La situation n'avait rien de commun et l'inquiétait au plus haut point : il devait s'être passé quelque chose de particulièrement grave pour que les deux Généraux de la région Est le convoquent ensemble à une heure pareille, sans compter qu'ils avaient également mobilisé une partie de son équipe.

Il entra à l'intérieur de la pièce où les deux Généraux étaient visiblement penchés sur une carte des lignes ferroviaires nationales. Avec eux se trouvait le secrétaire général d'Haruko, visiblement très attentif à la conversation et occupé à prendre des notes.

- Ah, Colonel Mustang, vous voilà ! se réjouit Grumman.

- Général Grumman, salua Roy dans le respect du protocole. Général Haruko.

- Venez voir, l'intima Grumman sans se formaliser de son salut militaire. Nous n'avons pas de temps à perdre.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Je ne sais pas si vous êtes familier de l'affaire Andréa Rossetti ?

Roy marqua un temps d'arrêt imperceptible pendant lequel il se façonna un masque qui ne devait fissurer en aucun cas. Pour qu'on le convoque à une heure pareille pour lui parler de l'ennemi public numéro un, c'est que ses Généraux avaient une piste sérieuse qu'il fallait exploiter immédiatement. Le problème, c'était qu'Edward se trouvait actuellement dans la Région Sud et que ses opérations visaient la région Sud. Quoi qu'ils aient trouvé à l'Est, ce devait être une fausse piste.

- Vous voulez parler du terroriste connu sous le nom d'Eric Ford ?

- Oui, tout à fait.

- Il a été aperçu ?

- Non, mais un de ses complices a été arrêté ce matin à New Optain.

- Un complice… ?

- Nous avons besoin de vous pour rejoindre la ville, expliqua le Général Haruko. Pour le moment tout interrogatoire a été vain et mes hommes y sont depuis le début d'après-midi. Votre présence pourrait peut-être aider et, surtout, déjouer les éventuelles tentatives d'extraction.

- Ce sera d'autant plus utile lorsqu'il sera transféré, ajouta Grumman avec une insistance qui déplut à Haruko.

Roy déglutit et son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine. Si ses pensées s'avéraient exactes, alors les engrenages d'un destin dont il ne voulait pas voir la couleur s'était mis en marche.

- Vous me demandez pour… une mission d'escorte ? osa-t-il demander avec un scepticisme non dissimulé.

- Je sais qu'il est inhabituel d'envoyer un Colonel pour une mission pareille, mais cela m'étonnerait fort que Rossetti nous laisse transférer notre prisonnier sans intervenir : nous avons besoin d'alchimistes d'Etat qui puisse le neutraliser. Vous êtes tout désigné pour cette mission et vous serez assisté par le Commandant Armstrong.

- Le prisonnier peut très bien rester à New Optain, contredit le Général Haruko.

- Il s'agit d'une affaire d'ampleur nationale, Général, rappela Grumman.

Il semblait que le sujet avait déjà été abordé sans que les deux Généraux ait réussi à s'entendre. Si Haruko répugnait tant à laisser son prisonnier sortir de sa zone de contrôle, cela signifiait que Grumman comptait le livrer à une autre région qui, si elle obtenait de nouvelles informations grâce à des interrogatoires, recevrait les honneurs. Mais le Général Haruko souhaitait recevoir lui-même ces honneurs.

- Et qui est la cible à escorter ? s'enquit Roy avec appréhension.

- Gabin Alstatt, le petit frère de la terroriste Isabelle Alstatt, indiqua Haruko, et la vision de Roy se troubla une seconde sous le coup de l'émotion. Il avait sur lui de faux papiers et portait un déguisement. Il nous a fallu un peu de temps pour l'identifier clairement mais il a fini par se compromettre au détour de quelques questions. Nous n'avons pas pu tirer beaucoup d'informations sur lui, sinon le fait que sa sœur serait morte durant les évènements de Fosset, l'année dernière. Il dit ne pas savoir où se trouve Rossetti, mais nous avons de sérieux doutes à ce sujet puisqu'il semble assez hostile à l'armée et à l'idée de parler de ce qu'il lui est arrivé pendant l'année écoulée : il était porté disparu.

Le cerveau de Roy tournait à cent à l'heure. Si Gabin était transféré quelque part, ce serait à Central City. Il aurait affaire aux homonculus et il ne donnerait pas cher de sa peau et des informations plus que capitales qu'il avait en sa possession. Sa vie serait foutue, celle d'Edward aussi, et le pays entier serait condamné lors du jour Promis.

- Il a joué un rôle durant la Seconde Guerre du Sud ? interrogea Roy d'une voix blanche.

- Non : pas à notre connaissance. Il n'a que treize ans.

- Treize ans ? répéta Roy. Et vous avez prévenu son tuteur légal du fait qu'on l'a retrouvé ?

- Sa tutrice est sa sœur qu'il affirme décédée. Et puis, de toute manière, sa capture est pour le moment un secret d'Etat.

- Il n'a pas de parents ?

- Non, ils sont décédés également il y a quelques années. Quant aux membres de la famille qui l'a recueilli, ils sont portés disparus. La seule personne qui pourrait prétendre à être son tuteur est actuellement emprisonné à South City pour avoir aidé Rossetti à s'échapper. Il y a aussi sa femme, surveillée mais pas au point d'empêcher Rossetti d'approcher le gamin.

Des milliers de questions se bousculaient dans la tête de Roy mais sa gorge s'était trop nouée pour qu'il puisse parler librement sans paraître suspect. Des idées irréalistes l'assaillaient pour sortir le gamin du pétrin dans lequel il l'avait lui-même jeté ; des solutions plus ou moins irréfléchies, plus ou moins envisageables… mais parler, surtout à chaud, le compromettrait trop pour qu'il puisse se le permettre.

- Je préviendrais le Commandement de Central City demain matin, à la première heure, annonça Grumman en se tournant vers lui. D'ici là, je veux que vous soyez en poste à New Optain.

- Je reste persuadé que nous pouvons régler cette situation par nous-même, insista le Général Haruko.

- Dissimuler plus longtemps cette information n'apportera rien de bon, railla Grumman.

- Prévenir Central, c'est compromettre notre témoin, réfuta le Général de New Optain. Nous serons obligés de le transférer là-bas et nous n'aurons plus prise sur lui. De plus, le transporter ne le rendrait que plus vulnérable et pourrait mettre les Généraux en danger lors de la réunion de cette fin de semaine : ce serait de la provocation. Rossetti pourrait faire énormément de dégâts dans un lieu aussi peuplé, sans parler du fait que tous les dirigeants de toutes les régions seront là-bas.

- Vous pensez vraiment que Rossetti va prendre le risque de récupérer ce complice ? intervint Roy.

- Le garçon cache clairement des informations et ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne les divulgue, affirma Haruko avec fermeté. Notre cible voudra certainement le récupérer ou l'empêcher de parler avant qu'il ne révèle quoi que ce soit.

- Le garder à New Optain n'est pas non plus une solution, le contredit Grumman. La prison n'est pas la mieux gardée. Il faudrait au moins le rapatrier ici, à East City.

- Mais il a une taupe, ici ! En quoi est-ce qu'il s'agit d'une bonne idée ?!

- Je vous prie de garder votre sang-froid, Général, rappela Grumman avec un aplomb menaçant qui jeta un froid sur le débat.

Cela eut le don de remettre les idées en place dans la tête de Roy. Gabin était mineur et il ne pouvait être gardé en prison légalement si sa situation était dévoilée au grand public. Cela nuirait à l'image du gouvernement et de l'armée. De plus, personne ne pourrait se permettre de le torturer pour lui soutirer des informations plus rapidement. Enfin, sa région natale était la région sud et son tuteur le plus légal était détenu prisonnier dans l'une des prisons les mieux gardées de la région, à South City.

- S'il ne parle pas à un militaire, il voudra peut-être parler à un proche, non ? suggéra Roy à demi-mot.

Il ne fallait pas qu'il en dise plus, seulement que les deux autres en viennent aux mêmes conclusions que lui sans qu'il n'ait à élaborer de plan lui-même. Sinon, il paraîtrait suspect et manquerait de se faire démasquer.

- Cela reviendrait à le transférer dans le sud, fit remarquer Haruko avec scepticisme.

- Personne ne le saura si cela est organisé rapidement, réfléchit Grumman. South City est une ville plutôt sûre. Elle a su se renforcer depuis la guerre d'Ishbal. Vous connaissez, Colonel ?

- Non, pas vraiment.

- C'est bien dommage, c'est une jolie ville.

- Et notre prisonnier n'est pas là pour faire du tourisme, grogna Haruko.

- Non, mais enfermé seul dans une salle avec son presque tuteur, il pourrait bien dire des choses qu'il ne devrait pas.

- Vous voulez mettre des microphones ?

- Précisément.

- Ca ne règle pas son transfert.

- Et c'est pour cela que le héros d'Ishbal est là, n'est-ce pas ? se mit à rire Grumman, léger. Avec un homme de main efficace, l'œil du faucon et le Strong Arm Alchemist, cela m'étonnerait fort que Rossetti puisse intervenir sans d'extrêmes difficultés. Et s'il ose quand même tenter une extraction, il n'aura pas le temps de se préparer correctement. Avec un peu de chance, on pourrait même le mettre derrière les barreaux, n'est-ce pas Colonel Mustang ?

Roy força un petit sourire complice tandis qu'Haruko conservait son expression austère. Les choses n'allaient visiblement pas dans son sens. Roy comprenait bien qu'il s'était imaginé en héros, capable d'attirer Eric Ford dans ses filets pour le capturer par lui-même – ou plutôt, avec l'aide de ses hommes. Avec une prise comme celle-là à son tableau de chasse, il n'aurait pas manqué d'impressionner la capitale et il aurait été le prochain Général à être accueilli au Conseil d'Etat. Mais Grumman en avait décidé tout autrement et cela n'arrangeait aucune des personnes présentes dans la pièce.

- Vous pouvez disposer, Colonel Mustang, ordonna finalement Grumman. Appelez-moi lorsque vous serez à New Optain : je vous donnerais vos instructions.

- Bien, Général.

- Vos hommes devraient être arrivés, désormais. Ma secrétaire vous indiquera où ils vous attendent. Elle vous aura aussi préparé de quoi voyager.

- Bien, Général.

- Quant à vous, Général Haruko : nous avons encore à parler. Nous avons du pain sur la planche si nous voulons parvenir à capturer Rossetti : et je vous assure que vous serez content d'apprendre que cela ne se passera pas dans votre ville étant donné ce dont il est capable.

Roy quitta la pièce juste après avoir pu admirer le « contentement » plus que maussade qu'exprimèrent les traits du Général Haruko. Une fois dans le couloir, la secrétaire ne lui laissa pas le temps de souffler ni de réfléchir : elle le guida aussitôt dans une pièce annexe au hall d'entrée du QG où l'attendaient le lieutenant Hawkeye, le sous-lieutenant Havoc et le Commandant Armstrong. Ils se levèrent au garde-à-vous pour le saluer et il eut tout juste le temps de leur ordonner de rompre que la secrétaire générale les pressait déjà :

- Colonel, voici votre bagage. Nous avons retenu le dernier train en partance pour New Optain : il attend donc depuis presque deux heures votre arrivée. Un militaire va vous conduire directement à la gare : il attend au bas des marches principales. Avez-vous des questions ?

- Quand notre retour est-il prévu ? interrogea Havoc.

- Pas avant un moment, indiqua Roy.

L'expression du grand blond se décomposa pour prendre l'air dépité qu'il avait lorsqu'une de ses conquêtes le quittait pour la énième fois. Roy aurait pu s'en amuser si la situation n'avait pas été si grave.

- Quelle est la mission ? demanda Armstrong.

- Le Colonel Mustang aura le temps de tout vous expliquer pendant votre voyage.

Tous hochèrent la tête et la secrétaire en conclut qu'ils en avaient terminé avec les questions. Elle les raccompagna jusqu'à la porte et les quatre militaires descendirent l'escalier pour monter dans la voiture qui les attendait effectivement. Roy resta silencieux pendant le transfert jusqu'à la gare, l'estomac de plus en plus noué de seconde en seconde.

C'était difficile à réaliser : il se retrouvait désormais à devoir surveiller Gabin pour éviter qu'Edward ne le sorte de sa situation. En prime, il avait pour ordre de neutraliser Edward et de mener son escouade à accomplir cette mission. Or, s'il voulait rester en vie, il avait tout intérêt à ne pas la mener à bien ; et s'il voulait grader et éviter que l'armée ne se mette à le soupçonner de complicité, il avait tout intérêt à le faire. Pourquoi avait-il fallu qu'il soit désigné à la tête de cette escouade ?

C'était une catastrophe.

Arrivé dans le train, ils s'installèrent dans une cabine privée où il put se mettre à expliquer la situation. Armstrong prit la situation un peu trop dramatiquement, Havoc sembla encore plus dépité qu'auparavant et Hawkeye resta, comme à son habitude, de marbre. Roy seul, sans doute, perçut dans l'intensité de son regard une compréhension qui lui serait sans doute profitable. En fait, il aurait été plus aisé de partir en mission avec Hawkeye seule qu'avec une équipe commise d'office et brillant un peu trop pour sa compétence. Aussi génial soit-il, Edward aurait du mal à se défendre contre deux alchimistes d'Etat.

Ils arrivèrent à New Optain aux alentours de trois heures du matin et furent accueilli par une autre voiture qui les déposa au quartier général de la ville. Il était presque aussi grand que celui d'East City, mais Roy savait pour y être déjà allé qu'il regroupait davantage de gratte-papier que de militaires entrainés. C'était d'ailleurs sa chance : sans cela, les hommes chargés de cette mission auraient été ceux du Général Haruko.

En tant que gradé, il avait le droit à une chambre personnelle dans le dortoir de la caserne. Il en profita pour souffler, faisant tomber le masque de son devoir militaire.

- Putain de bordel de merde, comment je vais faire pour le prévenir ?

Si Gabin était transféré à la prison de South City, la surveillance serait renforcée. Si Central City était mis au courant – ce qui semblait être dans les plans du Général Grumman -, alors ils annuleraient le transfert pour acheminer Gabin jusqu'à la capitale. Si ce n'était pas le cas et qu'ils trouvaient l'idée suffisamment bonne pour ne pas contrecarrer les idées de Grumman, alors des homonculus se précipiteraient dans la capitale du sud pour interroger Gabin et espérer attraper Edward. Et si Edward n'était pas mis au courant de toutes ces informations, il serait pris par surprise lors de sa tentative d'évasion de prison, risquerait très gros et ne saurait même pas que Gabin avait lui aussi besoin d'être sauvé.

C'était tellement ironique. Edward avait précipité son évasion en profitant du déplacement des hauts gradés à la capitale et voilà que, par sa faute, son idée devenait plus complexe et irréalisable que jamais. La meilleure solution était encore de le prévenir pour lui commander d'annuler son action, mais il n'avait personne à envoyer à la place et il ne pouvait se permettre de laisser Gabin aux mains des militaires.

Pauvre gamin…

- Je suis qu'un con.

La nuit fut courte mais il parvint malgré tout à s'assoupir quelques heures. Dans n'importe quelle autre circonstance, il en aurait sans doute été incapable, mais le stress et les insomnies des derniers jours lui en laissèrent la possibilité. À l'aube, ce fut Hawkeye qui le réveilla en frappant à sa porte, bien décidée à connaître la marche à suivre. Il la fit entrer dans sa chambre et lui fit un point rapide tout en s'habillant :

- Vous avez bien fait de me réveiller si tôt : on va pouvoir aller voir Gabin en premier et le rassurer. Comme je vous l'ai dit, Grumman veut qu'on le transfère à South City pour que nous puissions enregistrer la conversation qu'il pourrait avoir avec William Ermberg, son tuteur légal potentiel : j'attends la confirmation de ses ordres car il souhaitait prévenir la capitale avant d'établir définitivement ce plan. Or, vous vous souvenez sans doute que je vous ai dit qu'Edward était actuellement à Rush Valley.

- En effet.

- Il ne veut pas rentrer parce que cet imbécile se sent coupable de l'enfermement de William Ermberg. Il prépare donc une évasion de prison pour le sortir de là pendant que les Généraux seront tous à Central City et que la vigilance des militaires sera concentrée ailleurs.

L'expression habituellement impassible d'Hawkeye se froissa et Roy ne put s'empêcher d'y trouver un mauvais signe de plus.

- Son plan qui, je dois l'admettre, était relativement bien conçu au départ, équivaut désormais à se jeter dans la gueule du loup, conclut-il.

- Vous avez pu le contacter ?

- Pas encore, et je n'ai aucun moyen de le faire.

- Vous ne pouvez envoyer personne ?

- Si, mais il est méconnaissable et, s'il est suffisamment raisonnable, il se planque. Je doute qu'on le trouve. Après, je pensais faire fuiter l'information dans les journaux en espérant qu'il tombe dessus.

- C'est assez hasardeux…

- Si vous avez une meilleure idée, je suis preneur. Lorsqu'on arrive à se parler, c'est parce qu'il appelle mon téléphone fixe depuis une cabine. Jamais la même, en plus : je ne saurais même pas laquelle appeler pour espérer le contacter.

- Et le petit… ?

- Je vais lui montrer que je suis là. Je vais le sortir de là, même si je ne sais pas encore comment.

Il finit de lacer ses chaussures et ajusta sa veste.

- Allons-y, lieutenant.

- Je ne sais pas si on pourra l'approcher, à cette heure.

- Oh que si.

Roy et son lieutenant quittèrent la zone des dortoirs pour se rendre à la permanence. L'employée qui les renseigna sur le lieu de détention de Gabin sembla prise au dépourvu et à demi-éveillée, ce qui leur permit de repartir avec l'information sans être questionnés. Dix minutes plus tard, ils se présentaient devant les deux gardes en charge de la surveillance du garçon et passaient leur sécurité pour entrer dans la chambre où Gabin était détenu.

Roy alluma la lumière aussi froidement que l'aurait fait un militaire lambda. Le petit blond fit un bond monumental, se jetant farouchement contre le mur avec un visage réveillé et coupable. Cela faisait visiblement un moment qu'il ne dormait plus, comme en témoignait son lit défait à l'autre bout de la pièce.

Hawkeye referma la porte derrière eux en remerciant les gardes. Ce fut le temps nécessaire au garçon pour reconnaître son vis-à-vis. Ses traits se détendirent et des larmes lui vinrent eux yeux. Roy se précipita sur lui assez vite pour plaquer sur sa bouche une main ferme et emprisonner son prénom qui sortit contre sa paume dans un souffle étouffé. Juste après, le petit fondit en larmes et le militaire ne trouva rien d'autre à faire que de le prendre dans ses bras pour le frictionner avec une certaine maladresse. En face de lui, sur le mur que Gabin avait voulu cacher avec délit, étaient tracés à l'encre des cercles alchimiques.

Heureusement que je suis le premier à être entré dans cette salle…

Lorsque le gamin fut calmé, Roy se sépara de lui avec une douceur imprévue et le tint par les épaules à bout de bras :

- Alors, le morveux, on ne veut pas nous dire où se trouve Andréa Rossetti ?

Gabin ravala ses sanglots, incertain.

- Je suis le Colonel Roy Mustang, annonça-t-il. Et voici ma collègue, le Lieutenant Riza Hawkeye. Je suis venu d'East City pour t'interroger et t'escorter pour un transfert : il parait que tu as de la famille à South City.

Gabin recula un peu, se délivrant des mains du militaire. Son expression, imprécise, se colorait de doutes.

- Tu n'as pas à t'en faire, on va prendre soin de toi, ajouta Roy sans comprendre la panique soudaine de Gabin. Tu es sous la protection des armées d'Amestris.

Ses yeux verts s'attardèrent longuement sur le bas de son corps et Roy comprit avec délais qu'il cherchait sans doute à savoir s'il s'agissait bien de lui. Dans de telles circonstances, la méfiance était peut-être de mise, mais il était trop tard pour s'en soucier maintenant qu'il s'était mis à pleurer de soulagement dans ses bras. S'il avait été Envy, Roy aurait été complètement foutu. Malgré tout, il déboucla sa ceinture pour lui prouver que sa cuisse était dépourvue de tout tatouage tout en continuant de parler :

- Nous savons qu'un complice de Rossetti t'a logé un certain temps à East City avant que tu ne te décides à te rendre à New Optain, annonça Roy. Tu n'avais pas d'autres billets de train sur toi et aucun bagage. Je doute cependant qu'il s'agissait de ta destination finale, je me trompe ?

- Il s'appelle Eric Ford, répliqua Gabin d'une voix enrouée.

- Non : c'est un pseudonyme.

- Il ne s'appelle pas Andréa Rossetti : il n'a rien à voir avec cet inconnu et encore moins à voir avec East City.

- Ah bon, alors qu'est-ce que tu faisais là-bas ?

- C'était une escale.

- Entre quelle ville et quelle ville ?

- Je vous l'ai déjà dit !

- Pas à moi.

- À vos collègues.

- Oui. Donc pas à moi. Enfin, je me doute qu'il s'agit là de mensonges… Quelles relations entretiens-tu avec Ross-… Eric Ford ? Si tu préfères qu'on le nomme ainsi…

En même temps qu'ils parlaient, Roy désigna le mur pour lui signifier qu'il avait tout intérêt à ne pas commettre encore une telle imprudence.

- J'ai aucune relation avec lui.

- Ah oui ? On ne dirait pas.

Roy se rendit près du mur, récupéra le stylo que Gabin avait fait tomber au sol et dessina un petit cercle de transmutation sur le mur. Ce n'était pas sa spécialité, mais il fallait qu'il maquille cette tentative d'évasion avant que quelqu'un finisse par se rendre compte que Gabin était capable de faire de l'alchimie - ou, en tout cas, qu'il avait les bases.

- Vous allez me transférer à South City ? hasarda Gabin tandis que sa transmutation redonnait au mur son aspect habituellement vierge.

- Tout à fait.

- Quand ?

- Tu y seras ce week-end, tu peux en être certain.

Le gamin était intelligent. Déjà, ses yeux s'arrondissaient dans une surprise empreinte d'appréhension.

- Je… On m'avait dit que je serai emmené à Central City.

- Le gouvernement va être tenu au courant ce matin, mais il devrait accepter que tu sois emmené dans le sud. Dans tous les cas, mon équipe et moi-même feront office de garde du corps. Ton ami Ros-… Eric, risque de ne pas pouvoir te récupérer facilement.

Il parlait avec une légèreté presque victorieuse, de celle de ceux qui savent d'avance qu'ils ont mis leurs adversaires en échec. Ses supérieurs, en-dehors de Grumman peut-être, le prenaient tous pour un arrogant : c'était le moment de leur prouver qu'ils avaient raison.

- Je n'ai pas besoin d'être gardé ! défia Gabin. Vous avez peur qu'Eric ne refasse surface, ou quoi ?

- Nous n'avons pas peur : nous en sommes certains. Je ne me suis pas entièrement présenté : en plus d'être Colonel, je suis le Flame Alchemist. Autant te dire que ton ami alchimiste ne risque pas de s'en sortir bien longtemps face à moi.

- Il sait faire des choses que vous n'oseriez même pas imaginer.

- Ah oui ? J'ai hâte de voir ça.

Toujours muni de son stylo, Roy s'approcha de la table qui se trouvait contre le mur. En plus de deux verres d'eau et d'une cruche s'y trouvaient une pile de papier blanc. Il saisit l'une des feuilles et se mit à écrire.

- Quand tu dis qu'il sait faire des choses que nous n'oserions même pas imaginer, de quoi parles-tu ?

Gabin vint s'asseoir en face de lui, sur la deuxième chaise, pour lire à l'envers les mots qu'il traçait : « On va te sortir de là, ne t'en fais pas. Je vais te protéger. Je vais m'organiser avec Ed. Ne dévoile surtout pas que tu sais faire de l'alchimie et n'essaie pas de t'échapper comme tu as déjà tenté de le faire sans que je te le demande. OK ? ».

- Alors, tu ne parles plus ? insista Roy en lui tendant son stylo.

Gabin écrivit sans répondre : « Envy va venir s'il sait que le suis ici. »

- Ah, moi qui pensais pouvoir discuter avec toi… Mais tu sais, à part fabriquer des tunnels, il n'a pas l'air de savoir faire grand-chose, ton Eric.

« C'est possible, mais il ne peut pas te faire de mal. »

- C'est un alchimiste : il peut faire autant de choses que vous.

« Il pourrait en faire à Ed. »

- Cela m'étonnerait beaucoup qu'il sache transmuter des flammes.

« On va élaborer un bon plan : rien de tragique n'arrivera. »

- A quoi ça sert ? Il parait que vous êtes impuissant sous la pluie.

« Vous avez pu vous joindre, hier ? »

- Jusqu'à preuve du contraire, nous te surveilleront dans un bâtiment. Je ne risque pas grand-chose… Sauf s'il est capable de faire disparaître le toit du quartier général et qu'il se met à pleuvoir. Enfin, assez parlé de moi : depuis quand tu ne l'as pas revu ?

« Non, mais ça ne saurait tarder. »

- Depuis que ma sœur est morte : je l'ai déjà dit.

« Comment ? Tu ne peux pas l'appeler et lui ne sait pas que tu es ici. »

- A Fosset ?

« J'ai un plan. »

C'était faux, mais il ne fallait pas que Gabin se mette à paniquer.

- Oui.

- Pourtant, Alice et William Ermberg ont affirmé t'avoir vu plus tard et être venu chez eux pour trouver un médecin. Vous l'avez trouvé sous le nom de Franz Bauer, aujourd'hui en cavale, lui aussi. Est-ce que tu sais où il se trouve ?

En même temps, Roy conclut : « Surtout ne parle pas trop avec William ou avec moi. Il y a des micros. »

- Non. Je vous l'ai déjà dit.

« J'avais cru comprendre… »

- Tu ne nies pas que tu sois allé chercher de l'aide après Fosset, donc ?

- C'était pour sauver ma sœur !

- Je croyais qu'elle était morte à Fosset.

- Oui, mais Eric pouvait la sauver !

- Comment ça ?

Le teint de Gabin avait viré au rouge et ses yeux s'étaient embués. Ressasser la mort de sa sœur était difficile, pour lui, et Roy le comprenait entièrement. Mais il ne pouvait se soustraire du rôle qu'il était censé jouer.

- Comment ça ? répéta-t-il en posant sa main sur celle de Gabin, lui signifiant qu'il était là pour le soutenir.

- Eric était blessé, mais comme c'est un alchimiste, j'ai pensé qu'il pourrait ramener ma sœur.

La gorge de Roy se serra lorsqu'il vit Gabin lâcher une larme qu'il effaça d'un revers de manche. Il n'avait jamais entendu parler de cette histoire. Les deux hommes qui partageaient sa maison semblaient avoir gardé cela pour eux. Son ton changea, plus doux, plus compréhensif. Cela pourrait passer pour un interrogatoire normal, mais sa délicatesse avait tout de réelle.

- Tu lui as demandé de faire une transmutation humaine… ?

- Oui…

- C'est l'une des règles interdites de l'alchimie…

- Il me l'a dit, après.

- Après… Après quoi ?

- Après que… Quand il allait mieux. Mais… Il se sentait tellement coupable. Il a failli…

Roy eut un vertige. Qu'est-ce que c'était que cette histoire ?

- Quoi ? bredouilla-t-il.

Gabin éclata en sanglots, récupéra sa main pour mieux se replier sur lui-même.

- Je devrais pas en parler, geignit-il.

Roy n'était plus certain de pouvoir mener à bien ce faux entretien. Gabin se confiait trop à lui parce qu'il était soulagé de le voir, et voilà qu'il lui révélait même des choses dont il n'avait aucune idée.

- Eric a tenté une transmutation humaine ? reprit-il malgré lui, hébété.

- Non… ! Non, je lui ai dit de ne pas le faire. C'était ma faute s'il… Il disait qu'avec son élixirologie, il était peut-être capable de remplacer une vie par une autre, mais il était pas sûr. Moi, je voulais pas qu'il meure.

Sur le chemin de retour entre le chalet et East City, Edward avait évoqué le fait que Gabin lui avait sauvé la vie plusieurs fois.

« J'ai pas franchement envie d'en parler, mais je sais ce que je lui dois ».

Roy n'avait pas insisté, ni vraiment relevé. Il n'aurait jamais pu croire qu'il puisse s'agir de quelque chose d'aussi grave. Non pas qu'il ait voulu tenter une transmutation humaine, mais qu'il ait voulu le faire en toute connaissance de cause, en sachant qu'il pouvait y rester, en acceptant, même, d'y rester.

- Qu'entends-tu par « élixirologie » ? interrogea alors Hawkeye.

Roy cligna des yeux et fixa sa collègue prendre le relai de cette mascarade. Gabin nia de la tête, incapable de contrôler ses larmes ou sa voix. Il en avait peut-être déjà trop dit. Les homonculus ne devaient en aucun cas prendre l'élixirologie pour une menace :

- C'est le nom donné par les Xinois à l'alchimie, expliqua Roy d'une voix blanche. C'est la même chose.

- Quel est le lien entre Rossetti et Xing, insista Hawkeye tandis que le gamin peinait à se remettre de ses émotions.

- J'en sais rien ! s'emporta Gabin. Je sais pas !

Ils laissèrent planer un silence troublé par les hoquets et les pleurs du garçon. Roy se sentit infiniment triste. Infiniment impuissant. Infiniment ignorant, aussi.

- Je crois qu'on devrait le laisser, pour le moment, Colonel.

Il hocha la tête, dépité et se releva. Hawkeye récupéra la feuille marquée de leurs échanges interdits, la plia et la fourra dans l'une de ses poches. Avant de partir, Roy contourna la table pour passer ses doigts dans les cheveux du gamin. Sans se faire prier, Gabin laissa sa tête tomber contre le ventre du militaire.

Roy aurait voulu l'emmener avec lui, le protéger de tout ce qui pourrait encore lui arriver, parler pour comprendre l'ampleur de la charge qu'Edward avait pu lui mettre sur les épaules. Mais il ne pouvait faire autrement de que de laisser là. À la place, ils se ressourcèrent un instant dans ce contact, puis se quittèrent sans un mot.

La suite de la journée fut éprouvante et Roy n'eut le loisir de se retrouver seul qu'en prétextant avoir besoin de se rendre aux toilettes. Les premières heures de la matinée, il sentit le regard de son bras droit s'attarder un peu trop souvent sur lui, plein d'une compréhension dont il ne voulait pas. Il avait seulement besoin d'arrêter de penser, de suivre des ordres qui tardaient à venir. Il retourna plusieurs fois interroger Gabin ou envoya Hawkeye le faire pour lui, soucieux de savoir qu'il avait en face de lui une personne qui connaissait sa situation et qui pouvait jouer la comédie avec lui. C'était peut-être une mauvaise stratégie car, malgré lui, le garçon égrenait çà et là des informations sur Edward qui n'avaient rien pour améliorer sa situation. Il prouvait de cette manière qu'il avait eu des contacts récents avec le criminel et qu'il gardait au fond de lui des indications que le gouvernement était bien décidé à lui arracher.

Lorsque Grumman appela en début d'après-midi, ce fut pour lui confirmer que Gabin pouvait être transféré à South City mais qu'il serait remis entre les mains de gradés de Central.

- Même si ce n'est plus vous qui dirigerez les opérations, vous resterez sur place pour arrêter Rossetti s'il pointe le bout de son nez, continua Grumman. L'existence de Gabin Alstatt doit cependant demeurer secrète, du moins pour le moment. Personne n'est encore au courant de son arrestation et Central tient à ce que cela demeure le cas.

- Général, si je puis me permettre : mon équipe et moi avons réussi à établir une connexion avec le gamin. Si nous pouvons poursuivre les interrogatoires avec nos méthodes, je suis persuadé que nous pourrons en tirer quelque chose.

- Je dois avouer que vos méthodes sont plus en accord avec mon éthique personnelle. Pour persuader Central de vous laisser la main, il faut que vous me donniez les informations que vous avez déjà à son sujet.

- Eh bien… Pour commencer, il semblerait que Rossetti, puisque nous le nommons ainsi, ne soit pas Andréa Rossetti. Il semble avoir davantage de liens avec Xing qu'avec Aerugo et serait originaire de l'Est. Je ne sais pas comment les enquêteurs d'il y a un an en sont venu à cette conclusion, et je me garderais donc de me hâter à en émettre une moi-même, mais il me semble que la situation concernant ses motivations soit plus complexe que ce qu'elle laisse présager. De plus, il semble entretenir un lien particulier avec Gabin Alstatt : suite à la mort de sa sœur, Rossetti – que le gamin s'acharne à nommer Eric Ford – a prit le cadet sous son aile. Nous ne savons pas exactement la nature de leur relation, mais elle est très forte. À la mort d'Isabelle Alstatt, Ford aurait été tenté par une… une transmutation humaine. Je doute qu'un espion professionnel d'Aerugo se laisse tenter par une terre folie. Enfin… Ils semblent s'être quitté récemment, dans la Région Sud. D'après nos déductions, Eric Ford aurait déposé le garçon à la gare de Dublith. Nous ne savons pas encore où se trouvait sa destination finale mais tout semble converger vers la région Est. Je travaille encore là-dessus.

- Vous semblez avoir réussi à le faire parler, en effet… Je vous laisse me faire parvenir votre rapport : je vais voir ce que je peux faire. Appelez-moi lorsque vous serez à South City. Le Général Haruko va vous mettre davantage d'hommes à disposition pour le transfert. Ma secrétaire générale est en train de vous préparer un train entre New Optain et South City : vous aurez vos instructions très prochainement.

- Bien, Général.

Le transfert eut lieu dans l'après-midi. Ils firent escale à Central où un militaire, le Général de Brigade Fischer, envoyé par King Bradley prit les choses en main. C'était un homme blond, modérément grand, les yeux étroits. Lorsqu'il entra dans leur cabine et qu'il aperçut Gabin, il sourit d'une telle manière que Roy le détesta aussitôt.

- Je vais rester seul avec le suspect, ordonna le militaire pour seul salut. Veuillez disposer.

- Sauf votre respect, Général de Brigade, ce garçon est sous mon autorité jusqu'à notre arrivée à South City.

- Je vous en démets.

- Je ne peux cependant accepter vos ordres qui vont à l'encontre de ceux du Général Grumman en personne.

Protocolaire, il présenta son ordre de mission à son supérieur qui ne parut pas ravi du tout.

- Très bien, admit-il. Je vous le laisse encore quelques heures. Je prendrais le relai au moment venu et m'occuperait personnellement de lui.

- Bien, mon Général.

Ils passèrent le reste du trajet dans le silence. Gabin, déjà nerveux, s'était davantage recroquevillé sur la banquette et jetait des œillades suppliantes à Roy et Riza. Même le Commandant Armstrong, d'habitude d'excellente humeur, semblait inquiet par la situation. Seul Havoc demeurait d'humeur égale, sans doute inconscient des ordres abominables qu'était capable de donner Central.

Arrivés à la gare, Roy n'avait pas l'ombre d'un plan. La seule certitude qu'il avait, c'était que la seule manière de sauver Gabin était encore de laisser entendre à la presse qu'il était en vie et sous surveillance militaire. Mais peu savaient que le garçon était entre leur main et laisser fuiter une information pareille revenait à se dénoncer lui-même. En face de lui, Gabin cherchait désespérément à croiser son regard. Ils se fixèrent longuement. Sur la banquette, à côté de Gabin, se trouvaient Armstrong et Hawkeye.

Roy n'avait pas le choix.

En désespoir de cause, indifférent aux trois pairs d'yeux rivés sur lui, Roy articula en silence : « Casse-toi ».

L'expression du garçon se mua dans l'incompréhension. Armstrong fronça les sourcils. Roy hocha imperceptiblement la tête sans lâcher l'alchimiste du regard, puis retourna son attention sur Gabin en confirmant son ordre d'un coup sec discret dans sa paume tendue.

- Il faudrait peut-être que nous descendions sur le quai, suggéra Roy en insistant sur le dernier mot. Vous savez si une voiture nous attend sur place ?

- Oui, à la première sortie, convint le Général Fischer en se levant. Mais je doute qu'il y ait de la place pour tout le monde.

- Mes hommes trouveront un moyen de rejoindre le Quartier Général, répondit Roy en le suivant dans le couloir.

Ils descendirent du train en file indienne, Gabin coincé entre Roy et Armstrong. Dans son dos, le brun présenta ses cinq doigts et commença le décompte.

5.

- Ah, voici mon escorte, se réjouit le plus haut gradé en apercevant des tenues bleues écartés de la foule. Colonel, j'imagine que vous vous joignez à nous.

4.

- Oui : je ne peux vous laisser seul avec le jeune Alstatt tant que nous ne sommes pas en sécurité au Quartier Général.

3.

- Eh bien, vous serez mon escorte, se réjouit le Général en avançant vers les trois militaires qui les attendaient. J'ai beaucoup entendu parler de vous et de vos exploits, notamment à Ishbal. Je suis sûr que le jeune homme aimerait beaucoup entendre le récit de votre bravoure. N'est-ce pas M. Alstatt ?

2.

Gabin, derrière eux, resta silencieux. Roy imaginait aisément son malaise : le sien grimpait avec une fulgurance qu'il peinait à contenir. Tout le monde savait qu'il avait contribué à la victoire d'Ishbal, mais il préférait épargner Gabin de son statut d'assassin.

- Je crois qu'il a mieux à raconter que moi, sourit modestement Roy.

1.

- Parler aux traîtres de ce que nous sommes capables de faire permet souvent de leur délier la langue.

Il y eut du mouvement dans leur dos avant qu'il n'ait eu le temps de décompter le zéro. Armstrong lâcha une exclamation de surprise, Roy se retourna dans un sursaut exagéré pour voir détaler Gabin, Hawkeye tira son révolver à la vitesse de la lumière et Havoc l'imita dans un délai très court.

- Ne tirez pas ! ordonna Roy. Il nous le faut sain et sauf ! Lieutenant, bouclez la gare : il ne doit pas nous échapper. Havoc : qu'attendez-vous ?!

Havoc fit un bond en avant à la poursuite du garçon devant lequel la foule s'écartait à grand renfort d'exclamation.

- Mais c'est pas possible ! gronda Fischer.

Les trois militaires qui les attendaient se mirent à courir en direction du petit blond, bloquant ainsi la sortie principale du bâtiment. Il bifurqua dans une courbe qui le ramena vers le train. Havoc, déjà, le rattrapait presque.

- Armstrong ! aboya Roy. Vous ne le teniez pas, ou quoi ?!

- Il m'a échappé, mon Colonel.

Gabin sauta avec une dextérité certaine sur l'échelle du premier wagon venu et se mit à courir sur le toit de ferraille dans un bruit qui se répercuta comme le tonnerre sous la verrière de la gare. Havoc le suivait de près, mais ne pouvait concurrencer en agilité l'élève du Fullmetal Alchemist. Edward avait beau le trouver mauvais en combat, il lui avait au moins appris à se carapater aussi bien que lui. Roy s'élança à son tour, le poursuivant à la hauteur du quai. Arrivé au wagon de queue, Gabin s'élança sur le rail et continua sa course dans l'espoir de sortir de la gare par là où il était entré.

Même si ce n'était pas son plan initial, Roy crut l'espace d'un instant qu'il réussirait à s'échapper.

C'était sans compter le coup de feu qui explosa dans la gare. Gabin s'écrasa sur la pierre et le fer, roula sur plusieurs mètres, emporté par sa vitesse. Roy vit la scène se dérouler sous ses yeux au ralenti, imagina toutes les égratignures, ressenti toute la douleur. La balle l'avait touché et une cascade de terreur venait de s'abattre sur lui.

- GABIN ! hurla Roy qui se mit à courir plus vite encore.

Il se jeta sur la voie ferrée, se précipita sur le corps gémissant de son jeune protégé. Il le prit par les épaules, l'allongea sur le dos. Paniqué, il ne parvenait pas à comprendre d'où venait tout le sang qui s'écoulait sur les planches et la roche.

- Ca va aller, murmura-t-il, la voix tremblante. Ca va aller, d'accord ?

- Désolé, murmura le garçon. J'ai pas réussi à m'enfuir.

- Ou est-ce que tu es touché ?

- J'ai mal à la jambe.

- J'AI BESOIN D'UN MEDECIN ! s'époumona Roy.

Havoc arriva auprès d'eux à ce moment-là.

- Lâchez-le, Colonel, je vais l'examiner.

Roy eut du mal à s'exécuter mais relâcha le gamin pour se relever avec une certaine fébrilité. Il se retourna vers le quai où la foule, contenue par les quelques militaires présents sur place, observait la scène dans un brouhaha effroyable.

- QUI A FAIT CA ? hurla Roy. QUI A TIRÉ SUR CE PAUVRE GAMIN ?!

- C'est moi, Colonel, se présenta sereinement le Général en rejoignant la voie ferrée avec une certaine grâce. Il a de la chance : ç'aurait pu être la tête.

Un frisson d'horreur parcouru la colonne vertébrale du Colonel. Il se retourna vers Gabin, à terre, à qui Havoc était en train de faire un garrot. Le petit blond fixait leur supérieur avec une énergie nouvelle qui balayait toute peur.

- Colonel, l'appela-t-il d'une voix tremblante. C'est lui qui a tué ma sœur.

- Allons, murmura le haut gradé en s'avançant davantage pour que seules les quatre personnes présentes puissent l'entendre. De telles accusations sont extrêmement graves.

Gabin se dégagea d'Havoc et se remit sur ses pieds avec une difficulté qui ne laissa pourtant paraitre aucune douleur.

- Je vais te tuer, Envy ! gronda le garçon en se jetant sur le militaire.

Roy l'attrapa au vol et le força à se rasseoir, complètement dépassé par la situation.

- C'est de sa faute ! beugla Gabin en se débattant. Tout est de sa faute ! Si elle est morte ! Si Fosset est tombée ! Si Ed a…

- Ferme-là ! paniqua Roy.

- Non, Colonel, le contredit le Général. Laissez-le parler.

Gabin bouillonnait mais semblait avoir saisi la gravité de la situation. Il serra la dents, tremblant de rage, les poings serrés. À ce moment-là, Armstrong arriva avec un médecin.

La suite des évènements parut extrêmement floue à Roy. Gabin reçut les premiers soins dont il avait besoin. Une voiture fut dépêchée à l'intérieur de la gare. Devant les portes de la station se massaient déjà des hommes et des femmes munis d'appareils photo et de calepins auxquels Hawkeye s'était mise à parler. Roy l'abandonna là, partit avec Havoc, le Général et leur prisonnier jusqu'à l'hôpital où Gabin fut pris en charge. Dans la confusion, Fischer trouva un moment pour les prendre tous à partie :

- Nous sommes d'accord que ce gamin nous a forcé à agir de la sorte, n'est-ce pas ?

- Oui, mon Général.

- Malheureusement, nous, les militaires, n'avons parfois pas le choix que de dégainer nos armes.

- Bien sûr, mon Général.

Le lendemain matin, Gabin, sa localisation et sa situation faisaient les gros titres des journaux.