CHAPITRE 4 :
Bandit commençait à émerger de son sommeil et se rendit compte que ses deux petits étaient blottis contre le ventre de leur mère, qui les avait couverts avec sa queue touffue arborant des motifs de taches blanches et rondes. Il regarda autour de lui, avec l'impression que cela faisait une éternité qu'il s'était assoupi. Il jeta un œil à l'heure sur son téléphone portable, qu'il avait dans l'une de ses poches, et réalisa qu'il n'avait dormi qu'une trentaine de minutes, alors qu'il avait l'impression que des heures s'étaient écoulées.
Voyant les enfants endormis contre la jeune Pie Rouge qui luttait pour ne pas sombrer elle-même dans le sommeil, prête à donner l'alerte si l'une de ces créatures s'approchait, Bandit lui sourit et lui fit signe qu'elle pouvait se reposer. Il allait prendre le relais. Elle ferma les yeux et s'endormit presque instantanément, épuisée par les événements.
Bandit attrapa l'un des sacs pour vérifier si Chili avait bien pris une des batteries portables pour recharger les téléphones au cas où ils en auraient besoin pour communiquer ou se guider vers un endroit sûr. Par chance, il y en avait une, pas la plus grosse qu'il possédait, mais au moins suffisante pour une urgence. Il rangea tout soigneusement dans leur paquetage.
Sachant qu'il allait monter la garde pour le reste de la nuit, il décida de vérifier ce qui se passait actuellement à Brisbane, pour voir si la situation était localisée ou s'était étendue à un niveau mondial. Il devait comprendre à quoi ils avaient vraiment affaire, pourquoi les gens devenaient fous et se nourrissaient de chair. Tout cela semblait tellement irréel, mais pourtant bien réel. La moindre information sur ces créatures ou sur comment les gens se transformaient devenait vitale pour leur survie.
Il ouvrit Internet et se rendit sur des sites d'information australiens. Il y trouva des messages de panique : "Ne sortez pas de chez vous" ou "Barricader vos portes", mais rien à propos de ce que ces créatures étaient réellement. Il continua à s'aventurer de plus en plus loin sur des sites qu'il ne connaissait pas ou peu fiables, mais il devait absolument comprendre comment cette chose se propageait.
Son regard se perdit sur son téléphone, cherchant désespérément la moindre information. Après un quart d'heure de lecture, il tomba sur un message paniqué d'un chien sur Facewolf, décrivant la situation. Bandit se mit à lire. Plus il avançait dans la lecture, plus une envie de vomir montait en lui, le dégoût se dessinant sur son visage.
Article sur Facewolf :
"Bonjour, je ne sais pas si quelqu'un pourra lire ce message un jour, mais j'espère que cela pourra vous être utile. Déjà, ne venez en aucun cas à Gold Coast. Je ne sais pas ce qui se passe, des hurlements résonnent dans les rues, des choses ressemblant à des cadavres errent dans les ruelles. Non, pardon, je devrais plutôt dire des zombies, vu ce que je vais vous raconter…"
Jusque-là, Bandit se dit que c'était la même chose qui se passait ici. Rien de capital pour comprendre comment cela se propageait, et cela l'agaçait. Pourtant, il reprit sa lecture.
Il y a ces créatures qui attaquent les gens de manière dégoûtante : elles les mordent, arrachent leur chair, et les laissent là où elles ont terminé de les dévorer, ne laissant qu'un cadavre gisant sur le sol des rues. Mais ce n'est pas tout. À force d'observer cette scène macabre, j'ai remarqué que certains corps, dont le crâne n'avait pas été gravement touché, se relevaient. Cela prenait entre trente minutes et deux heures, sans que je comprenne pourquoi il y avait une telle différence dans le temps avant qu'ils se réveillent. Une fois debout, ils se comportaient comme leurs semblables : traquant et attaquant toute forme de vie qui passait à leur portée.
Ce que je sais avec certitude, c'est qu'il ne faut surtout pas vous faire mordre. Je ne sais pas si c'est le seul moyen de contamination ou si nous ne sommes pas déjà tous infectés, mais en tout cas, restez prudents. Évitez absolument les morsures et fuyez les grandes villes.
J'espère que je ne suis pas le seul survivant.
Il finit par lire le message et vit qu'il y en avait un deuxième. Mais avant même de pouvoir le lire, son téléphone afficha : "Erreur de connexion au serveur." Il rafraîchit la page encore et encore. Plus il essayait, plus sa frustration grandissait, car il n'avait eu le temps de lire que "nous sommes tous con..." sans avoir pu voir la fin. Cela l'énervait, car il voulait savoir ce que cela signifiait, cela semblait important. Il reprit son calme malgré sa grande frustration, sachant qu'il y avait une chose à faire : éviter toute blessure, quelle qu'elle soit, face à ces créatures. Si une morsure pouvait les contaminer, qui disait que leur salive ou tout autre fluide ne pouvait pas faire de même ? Ou même une simple griffure...
Il se tourna, regardant sa famille avec un air désespéré, presque à la limite de la folie. Tout était fichu. Il ne voulait en aucun cas que sa famille, ou lui-même, se transforme en l'une de ces créatures. Une idée sombre traversa alors son esprit : et s'ils se suicidaient tous maintenant ?
Après tout, ils s'endormiraient et ne souffriraient pas, lui seul aurait à agoniser dans d'atroces souffrances. Ils n'auraient pas à vivre l'enfer qui les attendait. Puis, il tourna la tête et vit son reflet dans une flaque d'eau : son visage affichait un large rictus forcé, ses yeux injectés de sang, et des larmes coulaient sur ses joues. Il réalisa soudain la terrible pensée qui venait de lui traverser l'esprit, et faillit vomir. Comment avait-il pu imaginer une telle solution pour lui et sa famille ?
Sa main droite se mit à trembler de manière incontrôlable. Même en la tenant avec son autre main, il n'arrivait pas à calmer ces tremblements. Il baissa alors les yeux et remarqua une blessure sur son flanc droit, une sorte de griffure qu'il n'avait pas remarquée auparavant. Cela aurait très bien pu être causé par les coups de couteau qui l'avaient effleuré plus tôt, mais il ne pouvait pas s'empêcher de la fixer, se demandant s'il ne s'était pas fait griffer en fuyant le bar avec Chilli. Il décida de ne rien dire pour l'instant. Son objectif premier était la sécurité de sa famille. À ce moment-là, il leur dirait ses doutes concernant sa blessure. Mais Bandit savait qu'une chose était certaine : quoi qu'il arrive, ils devaient rejoindre le père de Chilli, qui semblait être leur dernier espoir Et qui était bien plus qualifier pour les protéger que lui surtout âpres
Ce qu'il venait d'apprendre l'ébranla. Le grand chien regarda le vide, les étoiles dans le ciel, et fit une prière, bien qu'il ne soit pas croyant. Il espérait que quelqu'un ou quelque chose l'entende : "Je vous en prie, laissez-moi le temps de mettre ma famille à l'abri. Si je suis infecté par cette chose... Si quelqu'un de tout-puissant existe là-haut, accordez-moi cette faveur, je vous en supplie."
Des larmes coulèrent sur ses joues de manière incontrôlable. Il attrapa alors son téléphone, réalisant que si Facewolf était hors ligne, les sites pour télécharger les cartes d'Australie ne tarderaient pas à suivre. Il s'empressa de vite télécharger les cartes, y compris celles pour la randonnée, afin de créer un itinéraire qui éviterait les grandes villes. Il eut juste assez de temps avant que son téléphone n'affiche "plus de réseau", manquant de quelques secondes seulement.
Il ouvrit les cartes sur son téléphone et commença à les étudier, cherchant par où passer pour éviter les chemins les plus fréquentés et pour savoir combien de jours ils leur faudrait pour atteindre la maison de son beau-père. Il passa la nuit à se torturer l'esprit, cherchant un itinéraire rapide mais sans danger. Finalement, il en trouva un. Ils auraient environ une journée de marche, peut-être deux, car les petits se fatigueraient vite. Il leur faudrait parcourir environ 130 km en deux jours. Il ignorait combien de temps il lui restait si, comme il le pensait, il était vraiment infecté, mais il voulait désespérément que Chilli, Bluey et Bingo soient en sécurité si quelque chose de terrible devait lui arriver.
Il rangea son téléphone en voyant le soleil se lever. Il sortit de son sac de quoi déjeuner pour ses filles, car elles allaient devoir marcher longtemps et auraient besoin de forces. C'est alors qu'il se rendit compte que leur sac de nourriture avait probablement été laissé dans la voiture lors de leur fuite paniquée après l'accident. Il ne trouva que très peu à manger. Avant d'entreprendre toute cette route à travers forêts et champs, il leur faudrait trouver une station-service pour faire le plein de provisions, afin de ne pas manquer de vivres.
Il sortit donc trois compotes de son sac, n'en prenant pas pour lui. Il réveilla doucement les filles et leur tendit leur petit déjeuner. Puis il dit, d'un ton inhabituellement froid pour lui, lui qui, en général, ne laissait rien transparaître. Chilli, en le regardant, se demanda ce qui le préoccupait. Après tout, qui ne serait pas bouleversé par ce qu'ils avaient vécu la nuit dernière ? Son épaule lui faisait encore mal, mais bien moins que la veille. Elle et les filles écoutèrent attentivement Bandit : "J'ai passé la nuit à chercher un itinéraire pour aller chez Grand-Père Mort. On en aura pour environ deux jours de marche, sauf si on trouve une voiture, mais je pense que les chances sont faibles. Il faudra aussi qu'on trouve un endroit pour refaire le plein de nourriture, car hier, dans la panique, on a oublié… Probablement, un sac dans la voiture contenant de quoi se nourrir. Bandit prit un air plus sérieux et grave, puis déclara : "Sous aucun prétexte, il ne faut s'approcher de ces choses. Vous avez bien compris, les filles ?"
Il fixa Bluey, sachant que Bingo, après ce qu'elle avait vécu la veille, aurait déjà compris combien il était dangereux de s'en approcher. Bluey baissa les oreilles et répondit en hochant la tête : "D'accord."
Elle n'avait jamais vu son papa aussi inquiet et stressé, alors elle ne chercha pas à discuter. Ensuite, Bandit fit signe à Chilli de le suivre, laissant les enfants là où ils étaient, car il devait parler à leur mère.
Chilli et Bandit s'éloignèrent assez pour que les filles ne puissent pas les entendre, se cachant derrière une des parois du pont. Il serra Chilli contre lui, la fixa, et soupira ces quelques mots : "Je t'aime, et je suis terrifié. La nuit dernière, j'ai lu des horreurs sur ce que ces choses font, postées par des gens sur internet. J'ai tellement peur de vous perdre… Où que nous allions, nous serons en danger. Ça s'est propagé partout."
Sa voix tremblait, ses yeux étaient remplis de larmes, et il se sentait si lourd, comme si tout s'écroulait autour de lui, comme si son monde partait en vrille. Chilli le serra dans ses bras, et tous deux s'effondrèrent à genoux, pleurant silencieusement dans les bras l'un de l'autre, pour que personne ne les entende. Mais ils savaient qu'ils pleuraient de la même douleur, leurs larmes coulant sur le dos et les joues de l'autre. Chilli l'embrassa doucement sur la joue, se forçant à sourire malgré les larmes. Elle essuya son visage et réprima sa tristesse, la rangeant au fond d'elle sans pour autant la faire disparaître. Puis, elle chuchota à Bandit à l'oreille : "Tant qu'on est tous ensemble, ça ira, mon amour. Tout s'arrangera."
Plus loin, Bingo les avait entendus. Elle avait eu besoin de faire ses besoins et voulait demander à ses parents si elle pouvait être accompagnée. Mais en arrivant, elle avait entendu toute la conversation et s'était cachée pour ne pas se faire remarquer, retenant ses larmes en pensant à son amie Lila, dont elle ignorait la situation.
Le grand chien bleu se releva, essayant d'effacer ses larmes pour paraître normal, comme s'il n'avait pas pleuré. La pie rouge fit de même, et ils retournèrent voir les enfants, faisant semblant que tout allait bien. Ils croisèrent Bingo en sortant de leur cachette. Paniquée, la petite chienne balbutia qu'elle avait besoin d'aller au petit coin, sachant bien que ses parents lui demanderaient pourquoi elle s'était approchée.
Bandit la regarda, puis se tourna vers Chilli : "Tu pourrais surveiller Bluey ? Je vais emmener Bingo au petit coin, et j'aimerais que quelqu'un reste avec elle, juste au cas où."
Chilli lui répondit en souriant : "Bien sûr, mais fais attention."
Les deux parents partirent dans des directions opposées, Bandit et Bingo se dirigeant vers des fourrés, et Chilli vers Bluey.
Bandit vérifia que rien de dangereux ne se trouvait dans les parages, puis il aida sa fille pour qu'elle puisse faire ses besoins sans s'en mettre partout. Quand elle eut fini, elle regarda son papa et demanda : "Papa, pourquoi tu as l'air si inquiet ? On est malades ?" demanda telle de façon naive
Le sang de Bandit se glaça, comme si Bingo savait pour sa blessure. Mais comment aurait-elle pu savoir ? Elle dormait… Il répondit, embarrassé, tout en se frottant le bras : "Non, Bingo, on n'est pas malades. J'ai juste peur qu'il vous arrive quelque chose. C'est normal pour un parent de s'inquiéter pour ceux qu'il aime."
La jeune chienne sautilla en tendant les bras pour que son père la porte. Puis, elle lui murmura à l'oreille : "Moi aussi, je vous aime fort, grand comme ça," dit-elle en écartant les bras. Cette déclaration ne laissa pas Bandit indifférent. Il sourit, presque prêt à rire, oubliant un instant ses soucis.
Le fait qu'il était peut-être condamné s'était un instant dissipé grâce à sa fille, qui avait réussi à lui changer les idées. Bandit, portant Bingo, rejoignit Chilli un peu plus bas avec Bluey. Arrivés à leur niveau, il posa Bingo au sol et regarda leurs affaires. Il prit ensuite le sac sur son dos, ouvrit la carte sur son téléphone, et attrapa la patte de Bingo. Chilli tenait celle de Bluey. "Bon, tout le monde est prêt ? Vous n'avez rien oublié, parce qu'on ne reviendra pas."
Bingo lâcha la patte de son père pour récupérer Floppy, qu'elle avait laissé au sol à côté de l'endroit où elle dormait, puis tendit la peluche à son papa : "On a failli oublier Floppy, papa."
Bandit attrapa la peluche et la glissa dans la poche filet sur le côté de son sac, pour que Bingo puisse la voir et être rassurée pendant le voyage qui les attendait, un voyage qui serait probablement semé d'embûches. Il reprit la main de sa fille, et, avec sa femme et ses enfants, ils se mirent en marche vers leur premier objectif : le supermarché en périphérie de la ville, là où il y aurait moins de monde et où ils pourraient faire le plein d'eau et de nourriture.
Ils marchaient dans les fourrés, traversant des ruisseaux. Le bruit du vent, le chant des oiseaux et le murmure de l'eau étaient apaisants. Tout semblait si beau, si calme. Comment tout pouvait-il être si paisible alors que la veille, tout était en feu et a sang ? Cette tranquillité ne lui déplaisait pas. Bandit se dit que se rendre chez Mort était sans doute la meilleure décision, vu ce qui les entourait. Cette pensée lui redonna du courage.
Ils continuèrent à marcher pendant encore vingt bonnes minutes, se laissant guider par des chemins tracés par les chiens au fil des années, laissant eux aussi une trace indélébile de leur passage. Ils remontèrent vers la route, tout en restant suffisamment cachés pour ne pas être découverts. Le silence fut brusquement brisé lorsqu'un véhicule retentit au loin, beaucoup plus lourd qu'une simple voiture, à en juger par le bruit sourd qu'il produisait. Le groupe s'arrêta net. Le plus âgé d'entre eux fit signe de se baisser et de ne pas faire de bruit, car le véhicule s'était arrêté juste au-dessus d'eux. Un chien en descendit, et ses compagnons grognèrent :
"T'en as pas marre de nous faire arrêter à chaque fois que t'as l'impression de voir un autre chien ? Tu nous fais perdre du temps."
La jeune recrue répondit : "Désolé, chef, j'ai vraiment cru voir un chien bleu avec des marques sombres en contrebas. J'ai peut-être rêvé."
Son supérieur soupira : "Je sais que tu veux bien faire ton travail, mais là, tu nous fais perdre du temps. Remonte dans la voiture, on doit aller vérifier un autre secteur."
Le jeune soldat répondit : "Oui, chef." Puis il remonta dans le véhicule, qui repartit aussi vite qu'il était apparu.
Bandit et Chilli, le souffle coupé, avaient eu si peur d'être repérés. S'ils avaient eu du mal à se défaire d'un seul soldat la veille, trois auraient rendu la situation impossible. Ce qu'ils savaient, c'est que l'armée continuait de chercher des survivants, mais pourquoi, cela leur échappait. En tout cas, ils devaient à tout prix les éviter. Tous se relevèrent et reprirent la route jusqu'à la fin de la forêt qui bordait la route située en hauteur. Ils montèrent la pente qui les séparait de la route, en restant discrets et en aidant leurs enfants à grimper, car le sol était très glissant. Les deux plus jeunes avaient du mal à se hisser jusqu'en haut. Avant de sortir des fourrés, Bandit jeta un œil pour s'assurer que la voie était libre. Il enjamba la barrière de sécurité et se retrouva sur le bitume chaud.
Bandit consulta la carte sur son téléphone et vit qu'ils étaient à seulement 2 kilomètres du supermarché. Son ventre gronda de faim, car il n'avait rien mangé depuis la veille.
"Il nous reste deux kilomètres. On va passer par les petites rues pour ne pas se faire repérer."
Lui et sa famille traversèrent rapidement la rue pour ne pas être vus, se faufilant dans les ruelles qui longeaient la route, et, après plusieurs minutes, ils aperçurent le magasin, étonnamment intact et ouvert. Rien ne semblait avoir été cassé, comme si personne n'avait eu l'idée de venir ici et qu'ils étaient les premiers. Ils traversèrent alors la rue pour s'engouffrer à l'intérieur de l'établissement, étrangement calme et silencieux. Chilli regarda son mari et chuchota : "On devrait se séparer. Toi, tu cherches des gourdes et de quoi se nettoyer, et moi, je m'occupe de la nourriture. Je n'ai vraiment pas envie de traîner ici, je me sens mal à l'aise, et je pense que Bluey aussi."
La jeune chienne bleue s'accrochait à sa mère pour ne pas se perdre, scrutant chaque recoin avec inquiétude. Bandit consulta sa montre : "D'accord, mais pas d'imprudence. On se rejoint ici dans, disons, dix minutes, et on repart. Moi non plus, je ne veux pas rester ici. Ça me donne la chair de poule."
Bingo tremblait elle aussi, mais bombait le torse pour montrer qu'elle n'avait pas peur. Cependant, ses petites jambes flageolantes trahissaient son angoisse, ce qui fit rire Bandit à voix basse. Il attrapa Bingo dans ses bras : "Allez, viens, petit héros. On va chercher de quoi se nettoyer, ça te dit ?"
Elle sourit et serra son papa contre elle.
Les deux adultes se séparèrent, chacun allant dans une zone précise du magasin. Bandit trouva rapidement avec Bingo ce dont ils avaient besoin : des gants de toilette, des mouchoirs, et des serviettes. En se retournant, il aperçut sa fille qui regardait un petit bandana, hésitant à le prendre. Son père lui avait dit de ne prendre que le nécessaire, et elle pensait que ce n'était pas le cas. Mais elle fut surprise de sentir son père s'agenouiller derrière elle pour lui attacher le bandana et lui caresser la tête : "Que tu es mignonne avec ça, ma grande."
Bingo remua instantanément la queue. Elle adorait ce bandana, mais réalisa qu'elle n'avait pas demandé si elle pouvait le garder. Elle baissa les oreilles et demanda d'une petite voix : "Je peux le prendre, papa ? Je sais que ce n'est pas essentiel, mais il est si joli."
Son père ne répondit pas et lui caressa la tête, signifiant ainsi qu'elle pouvait le prendre. Bingo, folle de joie, remua la queue comme une folle, dansant sur place et serrant le bandana contre sa joue conne si se quelle vais vécu la veille n'était jamais arriver . Il lui allait à merveille, orné de motifs du drapeau australien avec une petite phrase brodée dessus : "Les petites étoiles sont souvent les plus grandes."
Elle répondit à la caresse de son père avec un sourire. Cela fit plaisir à Bandit de voir que sa fille, malgré tout ce qui s'effondrait autour d'eux, arrivait à sourire et à garder le moral. Elle tendit alors un autre bandana à son père : "Est-ce qu'on peut en prendre un aussi pour Lila ? Comme ça, si je la revois, je pourrai lui offrir."
Bandit ne put refuser, mais il se dit qu'un jour il devrait dire à Bingo qu'elle ne reverrait probablement jamais Lila, et que celle-ci avait sûrement été tuée par ces créatures. Il attrapa le bandana et le glissa dans son sac. Ils continuèrent de marcher dans les rayons pour voir s'il n'y avait pas autre chose à récupérer, mais un bruit se fit entendre. Ce n'était pas très fort, mais suffisamment pour qu'ils l'entendent. Cela venait de l'arrière-boutique. Cela ressemblait à quelqu'un qui s'étouffait, comme s'il se débattait pour se libérer de ce qui l'étranglait. Bandit attrapa la main de Bingo, prêt à partir, mais Bingo lâcha sa main et se précipita vers le bruit, croyant reconnaître la voix de Lila.
Bandit la poursuivit, mais elle le distança. Ce qu'il vit à l'angle de la porte était une vision d'horreur qu'un enfant ne devrait jamais voir de sa vie. Bandit arriva juste à temps pour voir une créature en face de sa fille, pendue dans le vide, choqué et horrifié par la scène qui se déroulait devant ses yeux.
du coter de chilli
Bluey et sa mère déambulaient entre les rayons à la recherche de provisions pour leur voyage et de denrées qui ne se périmeraient pas rapidement. Bluey repassait les événements de la veille en boucle dans sa tête, se demandant si elle n'était pas probablement en train de rêver, vu ce qui s'était passé. Comment tout cela avait-il pu arriver si vite et frapper si fort ? Après tout, la jeune chienne était encore naïve pour son âge, ne voyant que rarement le mal chez les autres, voulant toujours voir le positif, même si la situation ne s'y prêtait pas.
Elle regarda alors sa mère, qui cherchait toujours quoi prendre. Après tout, il fallait que cela puisse leur durer plusieurs jours et que ce soit facile à manger, au cas où ils n'auraient pas le temps de s'arrêter. Absorbée par ses pensées et ses questions, Bluey s'éloigna peu à peu de sa mère, qui ne remarqua même pas son départ.
En errant au milieu des rayons, la jeune chienne tomba sur des sacs à dos pour enfants. Elle se dit que cela pourrait être utile : pourquoi seuls ses parents en auraient-ils ? Plus de sacs, c'était plus de place et donc plus de possibilités pour emporter des choses. Elle en prit deux, un pour elle et un pour sa sœur.
Il était petit, mais il aurait effectivement pu contenir des objets de premiers soins ou divers articles qui pourraient leur être utiles. Puis elle fit demi-tour et reprit le même chemin qu'elle avait emprunté plus tôt, lorsqu'elle était perdue dans ses pensées. Mais en arrivant près de sa mère, elle remarqua quelque chose d'étrange : sa mère était immobile, le regard vide, comme si elle était en transe.
La jeune chienne bleue s'approcha et tira sur la fourrure de sa mère pour attirer son attention. La pie rouge sentit qu'on la tirait, mais c'était comme si tout ce qui l'entourait n'était pas vraiment là. Ou plutôt, ce qu'elle voyait n'avait rien à voir avec la réalité. Ses pattes, qui tenaient une boîte de conserve, tremblaient, et ses lèvres se mirent à frémir également. Inquiète, la jeune chienne secoua la jambe de sa mère, essayant par tous les moyens de la faire réagir d'une quelconque manière.
Soudain, les jambes de Chili cédèrent sous son poids, la faisant s'effondrer au sol, à genoux, les larmes coulant sur ses joues, sa respiration s'accélérant. Elle recula jusqu'au fond de l'allée, acculée contre le mur. Ce qu'elle voyait était terriblement effrayant. Elle revivait la nuit où elles avaient été attaquées par leur voisine, mais cette fois, l'intensité de la scène était bien plus extrême. Son cerveau déformait les souvenirs, rendant la scène encore plus choquante.
Face à elle se trouvait une créature monstrueuse, désarticulée, avec des morceaux de chair manquants, du sang noir dégoulinant de son corps. Ce liquide répugnant rendait sa fourrure poisseuse. Plus la créature avançait, plus un rictus se dessinait sur son visage, comme si elle prenait plaisir à la souffrance de Chili. Le visage de la créature se trouvait à seulement quelques centimètres de celui de Chili, sa mâchoire se déboîtait, et sa chair fondait, coulant sur elle. La respiration de Chili s'accéléra encore, son cœur battant si fort qu'elle avait l'impression qu'il allait exploser.
Bluey, voyant sa mère dans un état de panique extrême sans comprendre pourquoi, car il n'y avait rien devant elle, commença à s'inquiéter. Prise par la panique, elle secoua une bouteille de soda et l'ouvrit pour asperger sa mère, ne sachant pas si c'était la bonne chose à faire. Après tout, tirer sur la fourrure de sa mère n'avait pas fonctionné, alors peut-être que cela marcherait.
La pie rouge reprit alors une grande respiration, comme celle que l'on prend après avoir été en apnée, et peu à peu, elle retrouva son souffle et ses esprits. Elle ne comprenait pas pourquoi elle était par terre, couverte de soda, et regarda sa fille d'un air sévère :
— Ça ne va pas dans ta tête ? Pourquoi tu m'as aspergée de soda ? T'es abrutie ou quoi ?
Elle ressentit une douleur là où Bluey avait tiré sur sa fourrure pour la faire réagir. La petite chienne, les larmes montant aux yeux, répondit à sa mère. Jamais celle-ci ne lui avait parlé aussi agressivement. Bluey, sous le choc, réagit d'une manière qu'un enfant ne devrait jamais avoir envers ses parents. Mais elle avait eu si peur, ne comprenant pas ce qui arrivait à sa mère. Après tout, elle voulait juste l'aider. Elle lui jeta les sacs qu'elle avait récupérés plus tôt pour leur voyage, mais à cet instant, elle ne voulait plus aider. Elle était en colère et dit les mots de trop :JE TE DÉTESTE ! TU N'ES PLUS MA MÈRE !
La jeune chienne tourna le dos à sa mère, regardant le sol, refusant de la voir. Tout ce qu'elle avait voulu, c'était l'aider.
À ces mots, Chili sentit son cœur se briser. Sans un mot, elle se releva, ramassa les sacs que Bluey lui avait jetés au visage, se grattant nerveusement le bras, gênée et stressée. Elle n'aurait pas dû élever la voix sur sa fille. Elle ne dit rien, consciente que parler ne servirait probablement à rien pour l'instant. Elle remplit son propre sac de nourriture et d'eau, et glissa des produits de soin dans ceux des filles, ainsi qu'un paquet de bonbons pour leur faire plaisir et essayer de se faire pardonner auprès de Bluey. La tension entre elles était palpable.
Chili essayait de comprendre ce qui s'était passé pour que Bluey en arrive à l'asperger de soda afin de la ramener à la réalité. Elle ne se souvenait de rien, comme si tout ce qui s'était passé lui échappait. La seule chose dont elle se souvenait était de s'être retrouvée au sol, trempée. Tout en continuant à remplir les sacs, elle décida de ne pas insister pour parler à Bluey, de peur de l'énerver encore plus, même si elle savait que les paroles de sa fille avaient été prononcées sous le coup de l'émotion. Cela l'avait quand même blessée.
Du côté de Bingo et de son père...
Le père attrapa la main de Bingo, la tirant hors de la pièce pour qu'elle ne voie pas davantage la scène. Mais il avait eu le temps de remarquer une lettre et un couteau dans la pièce, des objets qui pourraient leur être utiles plus tard. Il se mit à genoux face à sa fille et lui expliqua qu'il allait devoir retourner dans la pièce où la créature était pendue.
La jeune chienne serra la jambe de son père, qui commençait à se relever.
Ne me laisse pas, s'il te plaît.
Il la regarda et répondit d'un ton calme et chaleureux, malgré sa propre peur qu'il ne voulait pas communiquer à sa fille :
Je vais faire vite, ma grande. S'il y a le moindre problème, tu m'appelles et je reviens tout de suite. Tu veux que je te laisse Floppy pour te rassurer ?
Elle n'était pas complètement rassurée, mais hocha simplement la tête en signe d'approbation.
Le grand bleu donna Floppy à Bingo et, pour la faire rire, se mit à parler à la peluche :
Sergent Floppy, je vous confie Bingo. Prenez bien soin de mon petit héros.
Il fit faire un salut à la peluche avant de la rendre à Bingo, qui se sentait un tout petit peu moins angoissée, mais toujours inquiète.
Bandit se releva du sol et se dirigea vers la pièce sombre, utilisant la lumière de son smartphone pour éclairer les environs. En scrutant la pièce, il aperçut effectivement un homme pendu, mais il n'était pas seul. Au fond de la pièce, il vit une femme et son enfant paisiblement endormies, la gorge tranchée.
Il se mit à respirer plus fort, sentant son cœur battre de plus en plus vite, repensant à ce qu'il avait envisagé de faire la nuit dernière, une situation identique, sauf que cet homme, lui, était passé à l'acte. Il se tapota les joues pour reprendre ses esprits, essayant tant bien que mal de calmer sa respiration. Ensuite, il se mit à plat ventre pour ramper sous l'homme pendu au plafond, désormais transformé en cette chose assoiffée de sang. Une fois assez loin, il se releva et attrapa la lettre qu'il avait vue, ainsi qu'un couteau. Il aperçut également un petit sac. En l'ouvrant, il découvrit, miracle, une carte de l'Australie. Il eut du mal à contenir sa joie, même si son téléphone n'avait plus de batterie. Grâce à cette carte, ils pourraient se repérer.
Alors qu'il s'apprêtait à partir, il réalisa que laisser les corps sans les couvrir n'était pas respectueux. Ils méritaient d'être enterrés. Faute de temps, il attrapa une couverture qui traînait dans la réserve et recouvrit la mère et son enfant, allongées l'une contre l'autre, pour qu'elles puissent reposer en paix pour l'éternité. Il récupéra ce qu'il avait trouvé et partit rejoindre sa fille, qui l'attendait en jouant avec Floppy pour se rassurer.
Il s'installa à côté d'elle, lui montrant ce qu'il avait trouvé. La petite fut contente, mais intriguée par le couteau qu'il avait récupéré.
— Pourquoi tu as pris ça, papa ? demanda-t-elle en désignant la lame du doigt.
— Tu sais, au cas où il faudrait se défendre. Ça pourrait nous servir, même si j'espère ne pas devoir l'utiliser, répondit-il en fixant le vide.
Il regarda ensuite la lettre. Même si elle ne lui était pas adressée, il voulait comprendre ce qui avait poussé cet homme à tuer sa famille. Prenant son courage à deux pattes, il l'ouvrit, oubliant que Bingo était à côté de lui, et commença à la lire.
Lettre du chien inconnu :
Chère famille,
Je suis profondément désolé pour ce que je vais faire. Je vous aime, et vous le savez, mais je n'ai plus la force de continuer. Pendant notre fuite la nuit dernière, en vous protégeant, j'ai été mordu. Même écrire cette lettre me demande un effort considérable pour aligner les mots que j'ai à vous dire. Je suis désolé pour tout, et pour ce que je vais faire, mais je ne peux pas vous laisser vivre un jour ce que j'endure en ce moment.
Bon sang... J'ai été mordu il y a seulement deux heures, et j'ai déjà l'impression d'être en enfer. Je suffoque de l'intérieur, j'ai terriblement froid, et j'ai l'impression que tous mes os se brisent à chaque respiration. Des pensées horribles traversent sans cesse mon esprit. Comment pourrais-je vous dévorer, vous tuer ? Je ne pourrais jamais vous offrir la vie que vous méritez dans ce monde, mais je peux au moins, Lisa, ma chérie, qui es tout pour moi, et toi, Luca, mon adorable petit garçon, éviter que vous subissiez ça.
À mesure que la lettre avançait, on pouvait voir que l'encre avait coulé sous l'effet des larmes du père de famille.
Je vous aime tous les deux énormément, et je préfère finir seul en enfer, subir cette punition, plutôt que de vous voir mener une vie de meurtre pour survivre, ou devoir vivre sans moi. Au moins, vous partirez sans souffrance. Vous ne le sentirez même pas. Dans l'eau que vous avez bue, j'ai mis assez de somnifères pour que vous ne vous réveilliez pas. Mais je veux être sûr que jamais vous ne vous réveillerez sous la forme de ces créatures. Je suis tellement désolé. Ce que je fais est probablement égoïste, mais je ne veux pas que vous souffriez. Je vous aime et j'espère qu'un jour, nous pourrons nous revoir.
La lettre se terminait, et Bandit pleurait. C'était exactement ce qu'il avait ressenti, ce qu'il avait envisagé de faire. Mais il n'avait pas eu la force. Lui, il voulait laisser une chance à sa famille. Si les choses s'étaient passées différemment, peut-être que cela aurait été lui à la place de cet homme.
Bingo avait aussi lu la lettre, sans en comprendre tous les détails, et posa une question à son père :
— Tu penses que le monsieur et sa famille vont se revoir ? Il avait l'air triste.
Bandit chercha ses mots, la gorge serrée, et répondit avec mélancolie, les larmes aux yeux :
— J'en suis sûr... enfin, je l'espère. Là où ils sont, j'espère qu'ils sont tous heureux.
Il regarda sa montre et s'aperçut qu'il devait retrouver Chili et Bluey dans quelques minutes. Il se releva et aida sa fille à se remettre debout. Ils partirent ensemble vers le point de rendez-vous qu'il avait fixé avec Chili, Bandit regardant sa fille avec l'espoir de ne jamais lui faire de mal.
Quelques minutes plus tard, Chili et Bluey les rejoignirent avec deux sacs supplémentaires, plus un autre pour Chili afin de transporter les provisions. Bandit remarqua tout de suite que quelque chose n'allait pas...
Car Bluey ne prit même pas la peine de regarder sa mère quand celle-ci lui donna son paquetage. Elle tendit ensuite celui de Bingo, qui lui sourit, et Bingo le lui rendit avec un sourire. La jeune chienne rouge regarda sa sœur, manifestement en colère. Elle voulut s'approcher pour lui demander ce qui n'allait pas, mais fut arrêtée par Chili, qui lui fit signe de la tête que ce n'était pas le moment.
Les deux adultes échangèrent un regard, conscients que lorsqu'ils sortiraient du magasin, ils ne sauraient pas ce qui les attendrait. Malgré leur peur, ils se réconfortaient avec l'idée que se rendre chez Mort serait la meilleure chose à faire.
La jeune pie rouge prit alors la parole, essayant de briser le silence pesant qui s'était installé :
— Il faudrait qu'on se mette en route pour trouver un endroit où dormir sur la route.
Bluey répliqua d'un ton très désagréable envers sa mère :
— Ouais...
Elle attendit que les adultes avancent avant de les suivre.
Bandit, ne comprenant pas ce qui se passait, se dit qu'il poserait la question à Chili le soir venu. Il devait forcément y avoir une raison pour laquelle Bluey avait été si froide, voire agressive, envers sa mère. Il hocha simplement la tête pour répondre à la suggestion de Chili, et la petite famille se faufila hors du magasin. Ils longèrent les bâtiments, évitant les grands axes infestés de ces créatures. Certaines étaient comme endormies, inertes, tandis que d'autres bougeaient. La plupart semblaient hiberner, attendant un bruit pour sortir de leur coma. Chaque pas devait être millimétré pour ne pas attirer leur attention.
Après plus d'une heure de marche à travers les rues, ils approchèrent de la sortie de la ville. Le champ qu'ils devaient traverser pour rejoindre les sous-bois, où ils pourraient enfin reprendre la route en sécurité, n'était plus très loin. Environ 20 à 50 mètres les séparaient de leur objectif. Il ne leur restait qu'un dernier effort avant d'être à l'abri des regards.
Tout à coup, ils entendirent une détonation, suivie des pleurs d'un enfant, qui hurlait des mots incompréhensibles, comme s'il baragouinait. Bandit, interloqué par ces bruits, fit signe à sa famille de l'attendre. Il leur assura qu'il reviendrait, mais il devait voir ce qui se passait. Il ne pouvait pas supporter l'idée d'abandonner quelqu'un qui pourrait encore être sauvé, surtout si c'était un enfant. Quel père ferait ça ?
Il se précipita, prenant soin de ne pas faire de bruit, en direction de la source des cris. Arrivé à un embranchement de la rue, il vit un petit cavapo brun, secouant le corps d'une personne inanimée au sol. Bandit comprit alors que la détonation n'était pas une explosion, mais un coup de feu. Par chance, la balle n'avait pas touché le cavapo, qui continuait d'agiter la personne, semblant être son père, tout en pleurant bruyamment.
Bandit était déchiré. S'il venait en aide à l'enfant, il se mettrait en danger et mourrait sûrement. Puis une pensée traversa son esprit : il avait été probablement griffé , il était peux être condamné. Mourir seul après avoir ramené sa famille, ou mourir en sauvant cet enfant, qu'est-ce qui changerait vraiment ? Sa vie prendrait du sens, même s'il devait périr ici et maintenant. Il inspira profondément, faisant abstraction du reste, et se concentra sur l'idée de secourir l'enfant en panique.
Il courut à toute vitesse vers le petit cavapo, qui commençait à être acculé de tous les côtés, que ce soit par les monstres qui s'approchaient lentement ou par les coups de feu de l'homme sans cœur qui n'hésitait pas à tirer sur un enfant.
Bandit se surprit à courir anormalement vite, bien plus que d'habitude. Il pensa que c'était dû à l'adrénaline. Arrivé à la hauteur du petit cavapo, il l'attrapa aussi rapidement que possible, de manière à l'empêcher de se débattre, même s'il l'avait voulu.
En baissant la tête, Bandit vit le chien, probablement le père du petit, avec un énorme trou dans le crâne et du sang couvrant une large zone autour de lui. La première balle qu'ils avaient entendue avec sa famille avait dû l'achever sur le coup. Mais pourquoi rater délibérément le petit cavapo et toucher le père d'un seul coup ? Bandit cessa de se poser trop de questions, supposant que le tireur avait simplement eu de la chance sur son premier tir.
Il se retourna pour faire demi-tour et vit que le chemin par lequel il était arrivé était désormais bloqué par ces créatures. Le seul passage encore accessible était au milieu de celles qui dormaient. Il devrait courir entre elles pour rejoindre une autre voie vers sa famille. Frustré, il s'écria à voix haute :
— BORDEL DE MERDE !
Rassemblant ses dernières forces, il se mit à courir en zigzaguant parmi les abominations, espérant que le tireur aurait plus de mal à l'atteindre. Plusieurs fois, il manqua de se faire griffer ou toucher par des balles, qu'il jugeait être des balles de carabine de chasse. Ce sadique jouait avec lui et l'enfant qu'il portait sur son épaule, pleurant et frappant son dos en criant des mots incompréhensibles.
Soudain, il aperçut la rue qu'il devait traverser et hurla à plein poumon :
— COUREZ MAINTENANT !
De la ruelle, Chili sortit en courant, tenant les enfants par la main pour ne pas les perdre. Bandit regarda le champ devant eux. S'ils parvenaient à s'y réfugier, ils seraient moins vulnérables et pourraient se cacher. Arrivés au milieu de la chaussée, Bingo fit tomber Floppy, sa peluche, et lâcha la main de Chili pour tenter de la récupérer. Bandit vit immédiatement la scène et se précipita vers sa fille, criant à Chili de continuer.
Le cavapo qu'il portait sur son épaule se débattait, gênant sa course, mais Bandit réussit in extremis à soulever Bingo du sol, la calant sous son bras, avant de courir vers le bord de la route. Sans même prendre la peine de sauter par-dessus la barrière, il rattrapa Chili, qui était presque arrivée au champ. Il se jeta par-dessus, serrant les deux enfants dans ses bras, et ils roulèrent jusqu'en bas de la pente, rejoignant enfin Chili dans le champ épais qui les abritait et les cachait.
Ils continuèrent à courir jusqu'à atteindre la lisière de la forêt, pour s'assurer qu'ils n'étaient plus suivis. Arrivé dans la forêt, Bandit se laissa tomber assis, essoufflé par ce qu'il venait de faire. Chili, Bluey et Bingo le regardaient, les yeux écarquillés. Ils n'auraient jamais cru qu'il était capable de faire tout cela sous l'effet de l'adrénaline. Même lui en était surpris.
Son regard se tourna alors vers le petit chien brun, qui pleurait en faisant des signes de la main, comme s'il tentait de communiquer en langue des signes. Bandit, ne comprenant pas, réfléchit un instant et eut une idée : peut-être que l'enfant ne pouvait pas parler. Il lui tendit son téléphone, espérant que cela pourrait l'aider à s'exprimer. Le petit chien brun se mit à écrire frénétiquement sur l'écran, frappant chaque lettre avec force, visiblement en colère.
Il montra alors le message à Bandit, qui se sentit mal à l'aise en lisant :
— Pourquoi tu m'as sauvé ? Il faut retourner ! Papa est tombé, il a dû se faire mal. On doit aller le chercher, s'il te plaît.
Le petit cavapo laissa tomber le téléphone au sol et tenta de se lever pour courir rejoindre l'endroit où son père se trouvait, mais Bandit l'arrêta. Soupirant profondément, il réalisa à quel point il serait difficile d'expliquer à un enfant qu'il ne reverrait plus jamais son père, qu'il était mort. Bandit prit l'enfant par les épaules, le forçant à s'asseoir face à lui. Il tenta de lui parler le plus clairement possible, articulant distinctement :
— Tu ne reverras plus ton papa... Il n'est plus de ce monde… et meme Si son père était mort, cela signifiait qu'il avait perdu la personne qu'il aimait le plus. Le jeune chien brun se jeta alors sur Bandit, le frappant au ventre tout en pleurant. Bandit comprit que le petit refusait de le croire et le traitait de menteur. La seule chose qu'il pouvait faire pour apaiser sa peine fut de le serrer contre lui, même si cela lui faisait mal. Il ne voulait en aucun cas que le jeune chien se mette en danger pour essayer de sauver un cadavre. Il savait à quel point cette perte devait être dévastatrice, car son père était sûrement la seule personne qui lui restait et qui le comprenait.
Après plusieurs minutes de pleurs et de rage déversée contre la poitrine de Bandit, Bingo et Bluey s'approchèrent du nouvel arrivant et lui caressèrent le dos, montrant ainsi au petit chien brun qu'il n'était plus seul. Chilli regarda la scène avec fierté. Malgré le chaos qui les entourait, ses filles restaient fidèles à elles-mêmes et à leurs convictions.
Au fil du temps, le jeune chien finit par se calmer et s'effondra d'épuisement dans les bras de Bandit. Ce dernier fit signe aux autres qu'ils allaient devoir encore avancer pour s'éloigner un peu plus et trouver un endroit où ils seraient en sécurité. Bingo n'attendit même pas que son père la gronde ; elle baissa les oreilles, la truffe humide, et s'excusa d'elle-même pour s'être mise en danger. Elle expliqua qu'elle avait fait cela parce que Floppy était la seule chose qui lui restait de leur ancienne maison. Bandit, bien qu'il ait voulu la réprimander, ne put se résoudre à le faire trop sévèrement. Il lui fit la morale en lui expliquant que si lui n'avait pas eu le temps d'intervenir, elle ne serait probablement plus là.
La jeune heeler s'excusa encore et encore, et Bandit comprit qu'elle n'avait pas voulu mal faire, mais qu'il fallait qu'elle soit plus prudente. Après tout, ses filles étaient encore jeunes et innocentes, ne pensant pas toujours aux conséquences.
Chilli se pencha alors vers Bluey et lui chuchota quelques mots à l'oreille, s'excusant pour la façon dont elle lui avait parlé dans le supermarché. Bluey ne le montra pas, mais sa queue trahissait ses émotions en se balançant doucement de droite à gauche. Chilli comprit que le pardon n'était pas encore gagné, mais qu'elle était sur la bonne voie.
La famille reprit ensuite sa route, traversant feuillage et fourrés, jusqu'à trouver ce qui serait leur bivouac pour la nuit.
