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19/ Spooky Jump

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Je cauchemarde en Anglais, je parle avec mon chéri en Anglais, et je regarde les films et séries en Anglais, donc : pour mes histoires ici, j'essaye de traduire comme je peux, mais parfois la version originale est mieux. Désolée.

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J'ai souvent entendu mes amis dirent : "L'âge n'est qu'un chiffre.". Malgré la nature malsaine de cette affirmation, je dois dire que cette phrase s'est avérée juste cette nuit. Puisque, peu importe l'année dans laquelle nous nous trouvions, nous avions toujours 34 ans...

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Annesbrook House, Duleek, Ireland.

09 Septembre 2024 :

C'était très étrange pour moi de retourner dans cette immense maison. Un manoir si gigantesque, qu'il m'a fallu un mois pour découvrir tous les couloirs, chambres, coins secrets et passages menant d'un coin à un autre. Mes deux premiers mois de travail en tant que "WWOOFEUSE" en Mars et Avril 2018. Mais, étant désormais habitué aux sauts temporels, je ne fus nullement surprise de me retrouver ici, âgé de 34 ans, avec mon chéri l'Agent Fox Mulder.

J'étais fidèle à moi-même, avec ma longue tresse chocolat qui tombait dans mon dos, ma robe bleue et mes Converses aux pieds. Je n'avais pas ma canne dans ce songe, mais j'avais mon violon dans sa valise. Il s'agissait de Kilgharrah, mon dernier et nouvel instrument, un magnifique 4/4 fabriqué par un Luthier Irlandais.

Mulder et moi voulions nous mettre au vert, littéralement puisque nous étions en Irlande. Bien que nous étions en réalité en train de nous cacher de l'horrible Spender, surnommé "Cancer Man" par mon chéri, puisque ce monstre fumait cigarette sur cigarette. Alors, Kate, la propriétaire de l'immense Annesbrook House, nous offrit un petit coin dans une chambre. Le plafond de trois mètres rendait la pièce encore plus grande, même si nos lits se trouvaient sur le sol, avec un matelas une place et un autre matelas deux places. Étrange oui, mais vous êtes dans mon cauchemar...

Les murs jaunâtres, semblables au niveau 0 des Backrooms, avaient quelque chose de Spooky, ce qui fit sourire Mulder, puisque ce mot était son surnom. Pourtant, mon chéri n'était pas là. Il marchait dans les petites rues de Duleek, alors que la courte journée d'automne touchait lentement à sa fin. Comme toujours, je m'inquiète vite et trop. J'ai attrapé mon IPhone 8+ pour appeler Mulder, qui me rassura et me disant qu'il était sur le chemin du retour.

Ouf !

Il ne me restait plus qu'à dormir sur le matelas deux places que nous partagions, à même le sol.

Sauf que...

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"I haven't got much time to waste, it's time to make my way,

I'm not afraid of what I'll face, but I'm afraid to stay,

I'm going down my own road and I can make it alone,

I'll work and I'll fight till I find a place of my own."

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En plein milieu de la nuit, des dizaines de jeunes arrivèrent, grimpèrent les vieux escaliers en bois pour débarquer à mon étage. Le mur qui séparait le couloir de ma chambre était transparent et tellement cassé que seuls des morceaux de scotch retenaient les vitres. Les jeunes portaient tantôt des sacs, tantôt des valises et ils étaient très excités et heureux. Malheureusement, je compris qu'ils parlaient Français et cela m'énerva, comme à chaque fois que j'entends ma langue natale dans mon Irlande. Ils s'installèrent sur les autres matelas posés au sol, vidant leurs affaires pour créer leurs petits nids, tout en parlant du futur travail à la ferme.

OK, ils étaient donc les nouveaux WWOOFEURS que Kate avait fait venir pour l'aider dans son manoir.

Comme IRL, je fis semblant de ne pas parler Français ni de comprendre ce qu'ils disaient entre eux. J'ai derechef sorti mon IPhone pour appeler mon chéri.

- Mulder, it's me. Where are you ?

- J'arrive, je traverse les champs pour revenir au manoir. Étrangement, ce n'est pas pratique d'enjamber les épis de maïs en portant un costard.

Je souris.

Nous raccrochions et, ne pouvant pas dormir à cause des jeunes, je me suis levée pour attraper la valise de mon violon et vérifier que tout allait bien pour lui.

Et...

... Non.

Si l'instrument en lui-même était en bon état, tout comme mon archet, les mèches constituées de crins de cheval étaient complétement détruites. Totalement relâchées de la baguette et emmêlées dans tous les sens. Il me fallut beaucoup de patience et de temps pour défaire les nœuds. Mes doigts se retrouvèrent recouverts de colophane et je rongeais mon frein pour ne pas hurler sur le groupe de jeune qui continuait de parler sans discontinuer. Je luttais pour contenir ma colère, lorsqu'une des filles me sourit en me demandant, en Français, si je travaillais aussi à la ferme. J'ai répondu le plus gentiment possible.

- Plus maintenant, non. Mais, j'ai passé deux mois ici, en 2018.

Elle fut très soulagée et heureuse d'entendre ça.

- Trop classe !

- Je vis en Irlande, désormais. Depuis sept ans.

Elle fut encore plus choquée et époustouflée.

J'abandonnais mon archet dans la valise de mon violon et je me suis levée d'un bond pour quitter la chambre. J'ai marché vers le couloir labyrinthique et angoissant aux allures gothiques, pour me rendre vers les escaliers.

Ce fut à ce moment précis, que le Jump se passa...

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"Are you ready to jump ? Get ready to jump !

Don't ever look back, oh baby,

Yes, I'm ready to jump, just take my hands,

Get ready to jump."

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Pour le plus grand déplaisir de Perceval, je n'eus pas le droit à un portail temporel rempli d'étoiles et de galaxies rutilantes. Tout s'est passé en une seconde.

À un moment, nous étions en 2024.

La seconde d'après, nous étions...

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Annesbrook House, Duleek, Ireland.

09 Septembre 1973 :

Il n'a fallu qu'une seconde, le temps que je pose un pied sur la première marche de l'escalier pour le descendre et tout changea. Je ressentis seulement un étourdissement étrange et un changement dans l'air, comme si l'oxygène sentait le renfermé. Ce qui n'avait pas de sens. Au début, je crus que j'avais encore des vertiges, ça m'arrive souvent.

Cependant, je découvris bien vite que la tapisserie à côté de moi était différente, le papier peint avait changé, tout comme la couleur du bois de la rambarde que je tenais. Les lustres au plafond éclairaient mes pieds, qui marchaient sur un tapis écarlate, le long des escaliers.

What the Hell ?

Je portais la même tenue, mais une fois en bas, je découvris derechef que tout avait changé. Les meubles étaient tous différents, plus anciens et pittoresques. Les décorations, le sol, les portes et les immenses miroirs, tout semblait comme sortir d'un vieux manoir hanté.

What the Hell ?!

Sur un buffet sombre se trouvait un téléphone à cadran, tandis que la télévision du salon était minuscule, carrée, noire avec un écran grésillant par moment. Tellement perdue, je pensais directement à téléphoner à Mulder. J'ai glissé ma main dans la poche secrète de ma robe. Je m'attendais à en sortir mon IPhone, mais au lieu de cela, je me suis retrouvée avec un énorme Motorola DynaTAC, rectangulaire, épais et haut, avec une immense antenne.

What the fucking fuck ?!

Le minuscule écran en noir et blanc était compliqué à déchiffrer, mais je réussis à accéder à mon répertoire pour chercher le numéro de "Mulder". Je ne trouvais rien à la lettre "M". En revanche, je lus beaucoup trop de nom qui commençaient par "Père". Comme si j'avais tous les numéros des Prêtres de la ville.

Sachant que je ne suis pas croyante !

OK, je me suis dirigée dans le salon pour chercher un ordinateur, mais...

... Je ne vis qu'un micro-ordinateur Micral N ressemblant à un Minitel, avec un écran noir et les textes en vert fluo.

J'ai fait mes classes informatiques sur un Windows 95, lorsque j'avais 5 ans, donc avant cette ligne temporelle, je suis perdue.

Malheureusement, je n'étais pas la seule dans la maison. Il y avait des dizaines de personnes dont j'ignorais les noms et les visages. Les petits jeunes avaient disparu.

J'avais besoin d'air.

J'ai couru dehors.

Il faisait jour.

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"We learned our lesson from the start, my sisters and me,

The only thing you can depend on is your family,

Life's gonna drop you down like the limbs of a tree,

It sways and it swings and it bends until it makes you see."

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Je devais me focaliser sur ma respiration pour ne pas me perdre dans une énième crise d'angoisse. J'avais Jumpé, de toute évidence. J'avais changé de ligne temporelle, dans un calme affolant. Il faisait bon dehors, j'étais toujours en Irlande, dans la maison de Kate, mais nous n'étions plus en pleine nuit, même si le ciel gris assombrissait le paysage émeraude en face de moi.

C'est à ce moment-là que la chanson "Jump" de Madonna a popé dans mon Palais Mental, sur Radio Alisone. Une mélodie parfaite pour ma mésaventure actuelle. Bien sûr, la chanson aussi était hors du Temps.

Comme moi.

Alors que j'allais succomber à ma panique, un visage familier accourut devant moi.

- Mulder ?!

Soulagée, je me suis jeté dans ses bras. Il était semblable au Mulder que j'avais laissé en 2024. Il portait toujours son costume sombre, sa chemise blanche et sa cravate rouge à motifs. Ses cheveux châtains impeccablement bien coiffés, avec une frange qui tombait sur ses profonds et magnifiques yeux bleus. Une fine barbe de trois jours rongeait sa mâchoire carrée et il y avait cette innocence que j'aimais tant dans son regard doux. Néanmoins, un voile d'inquiétude traversa ses yeux pâles.

- Alisone ? Tout va bien ?

Non. Bien sûr que non, ça n'allait pas ! Même si Mulder n'avait pas changé, qu'il avait sûrement dû Jumper avec moi, sa mémoire semblait différente.

Et d'ailleurs, pas que ça...

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"Are you ready to jump ? Get ready to jump !

Don't ever look back, oh baby,

Yes, I'm ready to jump, just take my hands,

Get ready to jump."

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Une étincelle attira mon attention. J'ai baissé mon regard sur la main gauche de Mulder, pour découvrir un anneau en or à son annulaire.

Mon cœur se serra.

J'ai ensuite regardé ma main gauche et...

... Rien.

Pas d'anneau.

Le cœur battant la chamade, j'ai murmuré :

- Pourquoi... Pourquoi je n'ai pas d'alliance si toi, tu en as une ?

Il tiqua, comme si ma question le surprit. Il secoua la tête, en expliquant, le plus simplement :

- Parce que... Alisone, nous ne sommes pas mariés.

- Mais... Toi, oui.

Comment était-ce possible ? Nous étions ensemble avec le Jump !

- Nous sommes en quelle année ? demandais-je.

Il tiqua derechef.

- En 1973. En Septembre 1973.

Impossible.

En Septembre 1973, Mulder n'avait que 12 ans, pas 34. Mais, surtout...

J'ai levé mes yeux brillants de larmes vers lui, ce qui l'inquiéta encore plus.

- Mulder... Ta sœur... Samantha, elle...

Il haussa les épaules :

- Elle est à l'école, comme d'habitude.

What ?!

Oh, bien sûr, la ligne temporelle.

J'ai pris une profonde inspiration avant d'essayer d'expliquer :

- Mulder, tu dois la sauver. Samantha va se faire enlever le mois prochain ! Et... Cet enlèvement deviendra ce que tu es. La raison pour laquelle tu as rejoint le F.B.I, ta recherche de la vérité dans les étoiles, ta croyance concernant les ovnis et pourquoi tout le monde te surnomme "Spooky Mulder".

Il se figea sans répondre.

Puis m'observa un long moment avant de réaliser :

- Tu es en train de me dire que Samantha va se faire enlever par des Aliens ?

Je soufflais :

- C'est ce que tu vas croire pendant plus de 20 ans. Mais non, ce n'est pas ça... Par contre, toi oui.

- "Moi oui" ? Comment ça ?

- Toi, tu vas te faire enlever par des Aliens.

Sans surprise, il se mit à rire.

Je compris ce qu'il devait ressentir dès qu'il parlait d'Extraterrestres aux gens. Il ressentait exactement ce que je ressentais à ce moment-là.

J'avais envie de l'embrasser pour lui rappeler ce que nous avions vécu. Mais, je savais que ce Fox Mulder là, n'était pas le mien.

Et puis... La ligne temporelle se refermait sur moi. Tout devenait flou.

Puis noir.

Sur la chanson "Jump".

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"There's only so much you can learn in one place,

The more that you wait, the more time that you waste,

I'll work and I'll fight till I find a place of my own,

It sways and it swings and it bends until you make it your own."

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Drogheda - Ireland.

9 Septembre 2024 - 01h30 :

La porte d'entrée s'ouvrit et Brendan, mon chéri, entra ivre mort. Mack l'accueillit avec enthousiasme, tandis que je me réveillais à moitié. Ni éveillé, ni endormi.

Entre les deux.

Et, entre les deux, je me souvenais de ce songe avec Mulder. Mais, pas de tout. Pas de la suite. Alors, lorsque je me suis rendormie, j'ai essayé de m'en souvenir. D'écrire les mots-clefs dans le cauchemar suivant.

Sans succès, j'en ai peur.

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09.09.2024

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Bonus :

Quonochontaug – 狐 Kitsunegari – Spooky 42

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Quonochontaug

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Depuis le commencement de ma vie,

J'ai levé les yeux vers l'espace infini,

Révélant doucement un effroi lancinant,

Vers les terribles horizons des événements.

C'est ainsi que ma curiosité relative au ciel,

Alterna mon présent vers une ligne temporelle,

Perdue à Quonochontaug, dans sa brume,

J'attendais que leurs lasers étrangers s'allument,

Nonobstant mon réel, une silhouette apparût,

Terrestre, un homme de mon âge et rien de plus,

Deux iris océans qui noyaient une certaine candeur,

M'affirmèrent que ma vérité se trouvait ailleurs.

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狐 Kitsunegari

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Lorsque le Petit Prince apprivoisa le renard,

Il lui révéla que le cœur était le vrai regard,

Mais j'évitais cette inclination hors du temps,

D'une nouvelle cruauté vieille de trente ans.

Puis, dans le cortège sans fin de mon âme,

Au moment où sa pyrophobie s'enflamme,

Le Kitsune 狐 reprend sa forme primaire,

Ce qui vit retourne aux étoiles interstellaires.

Là, quand les chasses reprennent leurs tapages,

Et que cette idylle de mille fois mon âge,

Étends ses bras vers le métal lumineux,

Nous savons qu'il n'y a jamais eu de Dieux.

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Spooky 42

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Quand une porte n'est-elle pas une porte ?

Sûrement lorsque les lignes m'insupportent,

La grande réponse de l'Univers, pour les curieux,

Se tient sur cette porte du nombre « quarante-deux ».

Le matin, je sens que le Temps lentement s'effondre,

Et chaque monstre repart dans leurs propres ombres,

Si dans mon présent, nos dossiers sont obsolètes,

Dans mon passé, son présent résout les enquêtes,

Sa deutéranomalie mélange rouge et vert incolore,

Grave en teinte astrale mon titre : « Nevermore »,

Tenant une torche pour éclairer une vérité inconnue,

Pour que les étoiles illuminent les mots : « Jamais plus ».

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18.08.2024

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