Merci Melior Silverdjane pour tes encouragements à chaque chapitre! Merci aussi à ceux qui ont ajouté cette histoire à leurs listes.
J'ai pensé à poster car je me suis replongée dans Rings of Power, je devrais poster un peu plus le temps de la série, histoire de rester dans l'univers Tolkien :)
Chapitre 9: L'au revoir:
Neniel refusa tout contact les deux jours qui suivirent le conseil. Personne ne put l'approcher à part sa fidèle Nimuë. Elle resta loin des hobbits, même s'il lui en coûta, et surtout elle évita ceux qui pourraient la faire changer d'avis sur l'injustice qu'elle vivait: Aragorn, Arwen et Gandalf. Les jumeaux la laissèrent tranquille, et Elrond la connaissait juste assez pour savoir qu'elle n'était pas prête à l'entendre. Elle resta également loin de Legolas, elle n'avait aucune envie de passer plus de temps avec lui. A quoi bon s'il fallait dire adieu? Elle avait voulu s'enfuir mais Elrond l'avait devancée et avait fait renforcer la garde, signalant à tous qu'elle essaierait de s'enfuir. Elle ne pouvait donc aller nulle part sans qu'un guerrier elfe ne la surveille du coin de l'œil. Même les toits étaient gardés, de jour comme de nuit.
Dans la nuit avant le troisième jour, elle put le vérifier en grimpant sur le toit habituel. Elle vit au loin un soldat lui faire un signe de tête et elle soupira en s'asseyant. Elle leva les yeux vers les étoiles et prit une profonde inspiration. Elle pensa à son père, au-delà des mers, hors du temps. Voyait-il le même ciel? Pouvait-il encore observer les étoiles qu'il avait tant aimé? Elle aurait voulu le rejoindre pour connaître la réponse. Cela faisait trop longtemps qu'elle s'attardait en terre du milieu.
Elle n'aurait pas dû rentrer après avoir trouvé Nimuë. Elle aurait dû s'enfuir... Mais son attirance pour Legolas l'avait aveuglée et elle ne pouvait pas dire regretter sans mentir. Il avait été d'excellente compagnie et lui manquerait cruellement lorsqu'il partirait. A vrai dire, les hobbits et Aragorn aussi lui manqueraient.
Elle fut sortie de ses sombres pensées par l'apparition d'Arwen qui vint s'asseoir à côté d'elle.
-Je n'ai pas envie d'en parler, prévint Neniel en évitant son regard.
-Moi non plus, confessa Arwen en soupirant.
Neniel réalisa qu'Aragorn aussi allait partir, risquant de ne plus revenir et elle se fustigea mentalement. Son amie devait sûrement souffrir autant qu'elle, si ce n'était plus. Neniel se reprit et attrapa la main d'Arwen pour y poser un baiser de compassion.
-Je suis désolée, murmura-t-elle.
-Et moi donc, confirma son amie, les larmes aux yeux. Ils ont pris leur décision et rien ne pourra les faire changer d'avis. Tout ce que nous pouvons faire c'est regarder de loin et les soutenir si l'occasion se présente.
-Je hais cette idée.
Arwen acquiesça silencieusement et serra la main de Neniel en retour.
-Tout cela nous dépasse, soupira finalement Arwen. Mais l'ombre grandit et nos forces s'amenuisent. Nous sommes liés à l'anneau malgré nous, et plus Sauron assoit son pouvoir, plus nous disparaissons. Des centaines d'elfes ont déjà quitté les rivages... Et les hommes n'ont aucune idée de ce qui les attend vraiment.
-Alors pourquoi ne pas nous laisser aider?
-Ce n'est pas notre rôle. Père a vu dans nos futurs, et ce n'est pas là notre place.
-Je refuse de croire qu'il nous faut attendre ici sans rien faire, bougonna Neniel.
-Je suis sûre que notre temps viendra, répondit Arwen avec conviction.
-Comment?
-Si je ne garde pas espoir, qui le fera?
Neniel l'observa un instant puis hocha la tête. Elles restèrent silencieuses jusqu'au lever du soleil mais gardèrent leurs mains liées.
oOo
Elrond entra d'un pas déterminé dans l'office de Neniel en fin de matinée et vint s'asseoir face à l'elfe brune sans ciller. Elle lui lança un regard irascible mais ne dit rien. Ils se toisèrent un instant, puis Neniel explosa:
-Pourquoi m'empêcher de partir si c'est pour ne pas me laisser aider? Le moment est critique, je peux aider, et vous persistez à m'enfermer ici. Si je ne dois pas me battre, alors laissez-moi partir!
-Ce n'est pas à moi de décider de ton départ, répondit-il calmement. Tu as abandonné ta place sur les bateaux il y a des années, et tu connaissais le prix.
-Je n'avais pas le choix! tonna-t-elle. Vous savez tout comme moi pourquoi j'ai fait ce que j'ai fait! Cette loi est stupide...
-Je ne fais pas les lois, dit-il, toujours calme.
Elle bouillonnait d'envie de casser tout ce qui se trouvait à portée d'elle, emportée par la rage.
-Mes seuls amis vont aller se battre et je dois rester ici, ne rien faire! Reprit-elle. Je dois les laisser aller mourir sans bouger... C'est cruel!
Elrond soupira et se pinça le nez brièvement, visiblement peiné. Elle y vit un aveu de faiblesse et contourna le bureau pour s'agenouiller face à lui.
-Laissez-moi les aider seigneur Elrond, je vous en supplie...
Il leva son regard grave vers elle et posa une main douce sur sa joue où une larme de colère et de désespoir avait coulé. Elle ferma les yeux un instant, comprenant qu'il avait besoin qu'elle se calme, qu'il n'était pas venu juste pour l'entendre déverser sa rancœur.
-Mes fils vont partir au devant de la communauté, rendre visite à nos amis de Lothlorien, déclara-t-il finalement. Je les ai chargés de cette mission urgente car ils sont rapides et peuvent passer inaperçus quand ils le souhaitent. Le peuple de Galadriel et Celeborn doit être prévenu que la communauté va passer par leur territoire, ils auront sûrement besoin de ressources et de repos lorsqu'ils atteindront ce passage.
Elle acquiesça mais ne dit plus rien, espérant très fort qu'elle comprenait ce qui se passait.
-Ils auront peut-être aussi besoin de soins, ajouta-t-il finalement.
Neniel écarquilla les yeux, n'osant y croire, n'osant pas même parler.
-Elladan a plaidé en ta faveur, et Elrohir semble déterminé à approuver les décisions de son frère... Ils ne partiront pas sans toi.
Elle se jeta dans les bras d'Elrond, manquant de renverser la chaise où il était assis. Il rit, surpris, puis referma ses bras sur elle pour accepter l'étreinte.
-Merci merci merci, répéta-t-elle à mi-voix. Vous ne le regretterez pas, je vous le promets.
-Je n'en doute pas, murmura-t-il, affable.
Elle se détacha de lui, toujours souriante.
-Quand devons-nous partir? S'enquit-elle en commençant à scanner son office, listant mentalement ce qu'elle devait emmener.
-Dès demain matin.
Elle parut surprise mais se reprit vite et hocha la tête, compréhensive. La communauté devait partir bientôt et ils devaient les précéder. Il fallait donc partir vite.
-Le repas de ce soir sera un peu plus... festif, annonça-t-il, pour vous souhaiter bon voyage.
-Je ne le manquerai pas, s'inclina-t-elle, soudain plus soucieuse d'être respectueuse.
-Est-ce à dire que tu porteras enfin une robe? Se moqua-t-il en se levant de la chaise.
-Vous connaissez mon aversion pour...
Il la fixa du regard et elle s'interrompit, comprenant que ce n'était pas vraiment une question, plutôt une injonction. Elle soupira et céda, elle devait bien avoir une robe quelque part. Elrond quitta son office plus souriant qu'il n'était entré.
oOo
La soirée était fraîche, rappelant que l'automne progressait. Mais les invités semblaient s'en soucier peu; ils mangeaient, buvaient et riaient bruyamment. Des musiciens s'étaient installés pour la soirée et Merry et Pippin étaient affairés à les corrompre pour pouvoir chanter leurs propres chansons. Ils tentèrent de convaincre Bilbo de se joindre à eux, mais le vieux hobbit préféra la compagnie de Frodo qui devait partir bientôt. Sam jetait de temps à autres des regards désapprobateurs vers les deux jeunes hobbits qui l'ignoraient sans vergogne. Le seigneur des hommes, Boromir, qui semblait s'être pris d'affection pour Merry et Pippin, se joignit à eux et tenta de négocier avec l'elfe qui commandait l'orchestre. Le reste des hommes présents étaient hilares et les nains, plus discrets, observaient le spectacle en se moquant gentiment.
A la table d'Elrond, Arwen et Aragorn étaient engagés dans une conversation plaisante avec Gandalf, et le seigneur Elrond discutait avec l'un de ses conseillers d'un sujet qui paraissait passionnant. Elladan et Elrohir, de chaque côté de Neniel, plaisantaient sur le voyage à venir. Ils n'avaient pas manqué de surjouer leur plaisir quand elle était apparue vêtue d'une robe. L'occasion était rare, et elle s'était doutée qu'ils ne la manqueraient pas. Ils furent au rendez-vous et rirent allègrement de la voir si féminine. Elle la guerrière jamais apprêtée, à l'aise dans ses mouvements et dans son corps, se trouvait soudainement gracieuse et douce, presque timide, dans une simple robe vert émeraude. Elle n'était pas particulièrement mal à l'aise avec l'idée d'être belle à leurs yeux, elle n'appréciait juste pas la sensation d'être entravée. Elle préférait savoir qu'elle pouvait courir à tout moment sans être gênée dans ses mouvements.
Elle avait néanmoins apprécié la réaction visible de Legolas quand il l'avait aperçue. Il l'avait fixée un long moment, sûrement plus qu'il ne l'aurait dû car, à ses côtés, l'un de ses amis s'était moqué de lui et il avait paru fugitivement intimidé. Il avait ensuite relevé les yeux vers elle et lui avait offert un sourire entre la malice et l'embarras avant de s'éloigner pour trouver sa place. Elle avait rougi malgré elle, fichue moitié humaine, mais elle n'était pas sûre qu'il s'en soit rendu compte. Elle avait préféré ne plus y penser et reprendre sa conversation avec les jumeaux qui n'avaient heureusement rien vu.
-Soulagée?
La voix rauque et mélodieuse de Gandalf la sortit de sa rêverie. Il s'était assis face à elle et les jumeaux interrompirent leur discussion pour la regarder avec fierté.
-Très, confirma-t-elle dans un sourire. Même supporter ces deux-là me paraît un doux châtiment comparé à rester enfermée ici, plaisanta-t-elle.
Elrohir protesta vivement et Elladan la pinça légèrement. Elle leur fit la grimace avant d'attraper leurs mains avec douceur. Gandalf rit en les voyant faire.
-Vous allez devoir chevaucher nuit et jour pour nous précéder, reprit Gandalf. Évitez d'être vus et ne vous arrêtez dans aucun village habité.
-Je connais la route qui mène à la Lothlorien, le rassura Neniel. Je l'ai empruntée de nombreuses fois par le passé, j'ai même vécu quelques années à la cour du jeune roi Theoden.
-Les routes ont changé, dame Neniel, déclara-t-il gravement. Les campagnes se sont vidées d'elfes et d'hommes et remplies de créatures méchantes et cruelles. Et le roi Theoden n'est plus tout jeune désormais.
-Je ne serai pas seule, ne vous inquiétez pas. Votre tâche est bien plus périlleuse que la mienne, Mithrandir. Vous avez de nombreuses vies sous votre protection et trouver un chemin accessible pour tous à pieds ne sera pas une mince affaire.
-Nous aurons des guerriers parmi nous, assez pour passer inaperçus si besoin, et assez pour nous défendre dans le pire cas... je ne suis pas si inquiet.
-Merry et Pippin n'ont pas progressé à ce point, vous savez Mithrandir, plaisanta Elrohir.
Elladan et Neniel rirent aux éclats, et Gandalf offrit un sourire amusé.
-Vous les protégerez des dangers, n'est-ce pas? Demanda Neniel du bout des lèvres. Ils sont jeunes, ils ne savent pas ce qui les attend...
-C'est bien ce qui me chagrine, soupira le vieux magicien. Mais ils apporteront un peu de frivolité à notre groupe, nous en aurons besoin.
-Il est impossible d'être de mauvaise humeur quand ils sont dans les parages, confirma Elladan.
-Leurs chansons sont souvent obscènes mais leur cœur est au bon endroit, ajouta Elrohir.
Neniel acquiesça, et tourna son attention vers les deux hobbits qui chantaient sur la petite estrade, ayant gagné le droit à une chanson après avoir littéralement épuisé le chef d'orchestre. Elle observa Frodo et Sam qui riaient aux éclats. Les hobbits lui manqueraient grandement, mais au moins, elle allait œuvrer pour leur sécurité.
Elle s'excusa de table et alla s'installer avec ses amis semi-hommes. Merry et Pippin insistèrent pour la faire danser avec eux et elle s'exécuta avec bonne humeur. Elle incita Frodo et Sam à suivre, ils furent mal à l'aise tout du long mais elle ne les laissa pas se rasseoir, bien trop heureuse de les voir rire malgré tout. Le seigneur Boromir se joignit à eux à son tour, suivi par d'autres hommes et l'orchestre d'elfes consentit à regret à suivre le registre joyeux de Merry et Pippin. Les deux hobbits se serrèrent la main, fiers comme des paons d'avoir accompli leur mission.
Après avoir dansé plus que de raison avec tous les hobbits, Boromir, et même les jumeaux, Neniel s'excusa pour aller prendre l'air. Elle se faufila vers la cour aux roses et s'installa sur le bord de la fontaine. Elle délia ses chaussures et plongea ses pieds endoloris dans l'eau claire avec soulagement. Nimuë la rejoignit en trottinant et sauta sur le rebord pour regarder l'eau, mais elle ne s'approcha pas plus. Neniel sourit et lança un peu d'eau dans sa direction et la renarde fit mine de la mordre en représailles. Elle accepta les caresses d'excuses en glapissant doucement. Neniel lui expliqua à mi-mots qu'elles allaient partir le lendemain, comme si la renarde pouvait lui donner son aval. Elle trouva un peu de réconfort à l'idée que l'animal la suivrait.
-Neniel? Appela une voix familière derrière elle.
Elle manqua de tomber dans la fontaine en se retournant vivement, surprise. Legolas sourit et leva les mains en signe de paix. Elle inspira à fond et rit un peu de sa propre réaction alors qu'il approchait. Il caressa Nimuë puis s'assit à côté d'elle sur la fontaine.
-C'était une belle soirée, commenta-t-elle finalement.
-Et une belle robe...
Elle croisa son regard rieur et fit la moue.
-J'ai eu assez de plaisanteries ce soir, merci, rétorqua-t-elle.
-Pas assez pour vous décourager de recommencer, je l'espère.
Elle rit et leva les yeux au ciel, puis lui lança un peu d'eau. Nimuë en reçut puisqu'elle était entre eux et sauta au bas de la fontaine. Elle sembla grogner de mécontentement et partit en trottinant.
-Elle reviendra plus tard, expliqua Neniel. Elle aime bien se faire désirer.
-Je la vois mal vous abandonner maintenant que je vous ai vues ensemble.
-Vous dîtes cela maintenant mais je ne serai pas étonnée qu'elle vous suive, elle semble s'être attachée à vous.
-Je ne songerai pas une seule seconde à l'éloigner de vous, dit-il doucement. J'ai entendu dire que vous partez demain.
Neniel acquiesça, instantanément mal à l'aise. Legolas devint sérieux et la regarda intensément. Elle soutint son regard, se perdant dans le bleu de ses yeux vifs. Elle s'était attachée à cet elfe beaucoup trop vite, il n'aurait pas dû compter autant, elle n'aurait pas dû avoir l'impression que c'était si dur de partir. Et pourtant, elle était tiraillée, entre la vie qu'elle devait mener et celle qu'elle aurait aimé vivre.
-Puis-je m'exprimer honnêtement ? Demanda-t-il soudain.
-Étiez-vous malhonnête jusqu'alors?
Il rit, secouant la tête comme s'il aurait dû savoir qu'elle choisirait ces mots-là.
-Vous me manquerez.
Elle se figea, ne sachant quoi répondre à cet aveu. Elle avait envie de lui dire qu'elle pensait la même chose, mais les mots étaient bloqués.
-Je sais que nous nous connaissons depuis peu, mais j'ai eu plaisir à vous découvrir, ajouta-t-il. J'aurais aimé avoir plus de temps.
-Est-ce là un adieu? Demanda-t-elle, le coupant presque.
-A-t-on d'autres choix? Une guerre se prépare, qui sait si nos chemins se croiseront à nouveau...
-Je ne vous savais pas pessimiste.
-Allez-vous refuser de dire au revoir?
Elle ne répondit pas et sortit ses pieds de l'eau pour se tourner vers lui complètement. Elle ramena ses jambes contre elle alors qu'il se rapprochait un peu. Elle lui tendit une main qu'il prit avec douceur.
-C'était un honneur, prince Legolas, murmura-t-elle.
-Je ne vous savais pas si pessimiste, plaisanta-t-il.
Mais son cœur n'y était pas, elle le lisait sur son visage triste. Elle pressa délicatement sa main.
-A mon tour d'être honnête, si vous le permettez.
Il hocha la tête, intrigué.
-Vous avez dit il y a quelques temps que vous vouliez connaître l'histoire de mes parents...
Elle marqua une pause, tentant de décrypter son air curieux, puis reprit:
-Lors de notre prochaine rencontre, je vous en ferai le récit.
Son visage s'illumina et il parut émerveillé à ce qu'elle sous-entendait.
-Vous n'aurez pas d'au revoir, juste un bonne nuit, ajouta-t-elle en souriant.
Elle joignit les gestes à la parole et se leva, relâchant sa main. Il se leva également.
-Puis-je vous raccompagner? Osa-t-il demander.
Elle accepta et prit le bras qu'il offrait. Ils marchèrent en silence jusqu'à ses appartements. La nuit était calme, seuls quelques éclats de rire et de musique s'échappaient de la salle de réception où les hobbits faisaient encore la fête sous les rires des elfes, des hommes et des nains. Ils n'entendaient presque plus les échos lorsqu'ils atteignirent la porte entrouverte de sa chambre.
-Nimuë a dû entrer, expliqua Neniel dans un sourire.
En effet, lorsqu'elle poussa la porte, Legolas put voir la renarde installée sur le lit, roulée en boule et profondément endormie. Neniel relâcha le bras de l'elfe blond et lui offrit un piteux sourire. Elle n'arriva pas à dire quoi que ce soit, et lui aussi semblait avoir perdu l'usage de la parole. Il paraissait triste, au moins un peu autant qu'elle. Elle hésita un instant puis fit tomber ses dernières barrières mentales pour refermer la distance qui les séparait. Elle l'enlaça doucement.
-Soyez prudent, chuchota-t-elle.
Il ferma les yeux en même temps qu'il répondait à son étreinte. Elle fut envahie par son odeur et sa douceur et sut qu'elle n'aurait jamais dû baisser sa garde. Beaucoup trop d'émotions l'assaillirent d'un seul coup et elle ferma les yeux à son tour pour échapper au tourbillon. Puis, alors que l'étreinte continuait, le silence se fit dans sa tête et elle se détendit.
-Vous me manquerez, Neniel, répéta-t-il dans un murmure.
-Bonne nuit, Legolas.
Elle se détacha de lui soudainement et se glissa dans sa chambre en refermant la porte immédiatement, se dérobant aux conséquences. Elle inspira profondément en s'appuyant contre la porte fermée et bascula sa tête en arrière, relâchant son souffle. Elle préféra ne pas songer au fait qu'il était encore sûrement derrière la porte et se dirigea vers son lit. Elle ne trouverait sûrement pas le sommeil, elle n'enleva pas même la robe et s'allongea à côté de Nimuë.
Et soudain le sentiment revint: Elle était tiraillée, entre la vie qu'elle devait mener et celle qu'elle aurait aimé vivre. Ce soir, la deuxième avait gagné.
