Chapitre 23.
Epilogue.
Hermione réajustait le col de son chemisier dans un miroir, tout prés d'un couloir donnant sur la Grande Salle.
Ce dernier n'était en général, parcourut que par les professeurs.
Nerveuse, elle souffla un grand coup.
La dernière fois qu'elle avait vu Poudlard de l'intérieur, c'était lors de sa remise de diplôme il y a huit ans.
Elle revoyait encore le reniflement de dédain de Snape qui l'avait à peine regardé lorsqu'il lui avait tendu les résultats de son examen de potions.
Un Optimal, bien entendu.
Elle s'était enfuie juste après, sans prendre le temps de s'attarder comme l'avaient fait ses camarades. Hermione avait pris le tout premier train de la soirée, vide et ce, jusqu'à l'arrêt le plus proche de l'aéroport de Londres pour se rendre directement en France, histoire de mettre le plus de distance possible entre elle et Poudlard. Ou plutôt, Snape.
Elle n'avait pas songé à quel point son ignorance latente aurait pu être douloureuse durant les quelques jours restants avant la fin de l'année scolaire.
Juste après être sorti du bureau de la directrice ce jour-là, il était passé à côté d'elle sans un mot, ni un regard, ou plutôt si.
Il l'avait rabroué pour traîner dans les couloirs et elle avait écopé d'un retrait conséquent de points.
Elle n'avait eu de cesse de repenser à cet instant où sa cape avait fendu l'air et son menton levé vers elle avec cette attitude supérieure usuelle. Elle l'avait presque supplié des yeux, dans l'espoir vain de retrouver cette étincelle qu'elle lui connaissait. Mais elle n'y avait retrouvé que le néant, ce noir habituel et vide qu'il donnait au monde.
Harry et Ron avaient posé des questions, bien sur, mais elle avait refusé obstinément de répondre, se terrant dans le mutisme avant de plonger tête la première dans les études.
Puis elle était partie sans se retourner.
Beauxbatons avait un niveau d'exigence très élevé, ce qui lui avait permis de vivre sans trop penser à tout ça. Elle avait bien eu quelques aventures, deux ou trois qui n'avaient mené nul part. Les seuls garçons qui avaient aiguisés un peu son interêt lui avait reproché son manque d'implication. Et elle ne pouvaient franchement pas leur donner tord là-dessus.
Après Snape, tout lui était paru si… insipide.
Son apprentissage avait ainsi duré cinq longues années. Cinq ans de solitude, de déni et d'obstination.
Ce n'est que quelques semaines après avoir obtenu son diplôme qu'elle avait réussi à avoir un poste au Ministère. Pour dire vrai, c'était même eux qui avaient sautés sur l'occasion de la compter entre leurs rangs, elle n'avait même pas eu besoin de leur envoyer un CV.
Kingsley avait enchainé son troisième mandat en tant que ministre et s'était personnellement battu pour qu'elle revienne parmi la communauté sorcière britannique.
Hermione avait accepté devant tant de pression, nourrissant l'espoir secret de parvenir à maintenir cette distance qu'elle s'était toujours imposé entre elle et Poudlard.
A son plus grand malheur, elle avait été demandé pour être l'invitée d'honneur de cette année, histoire de « donner de l'espoir aux futures générations » d'après ses supérieurs. Après avoir refusé les deux éditions précédentes, elle ne se sentait pas de le faire de nouveau.
Autant dire qu'elle était arrivée au château la boule au ventre et que cette sensation ne l'avait pas quitté depuis.
Maintenant elle était là, devant ce miroir, à réajuster sa tenue en ayant nourri l'angoisse de croiser Snape toute l'après midi. Elle se sentait comme une idiote.
Et lui ne se souvenait de rien.
C'était pathétique, songea-t-elle encore une fois.
Parfois, elle se disait qu'elle aurait du, elle aussi, accepter de subir le sort de l'oubliette, car leur « aventure » n'avait jamais quitté entièrement son esprit. En fait, elle avait pensé à lui presque chaque jour, et elle se sentait chaque fois plus lamentable encore de le faire.
Hermione soupira dans le vide.
« Hermione ! s'écria avec joie une voix grave derrière elle. »
La jeune femme se para de son sourire de façade le plus poli avant de se tourner. Hagrid était planté là, devant elle, et semblait si heureux de la voir qu'elle ne pouvait que plus culpabiliser encore de chercher à être partout sauf ici.
Le semi-géant s'empressa d'enserrer l'ancienne Gryffondor jusqu'à manquer de l'étouffer.
« Tu n'as pas changé ! soupira-t-il de joie.
_ Hormis mes cinq kilos de trop et des rides juste là, marmonna-t-elle en pointant du doigt le coin de ses yeux plissés.
_ Ne dit pas de bêtises, je suis sure que tu dois être criblée de lettres d'amour.
_ Hagrid, prononça Hermione d'un ton réprobateur.
_ C'est vrai que de nos jours, c'est un procédé un peu ringard. »
Hermione rit un peu avant de laisser planer un léger silence. Quelques professeurs passèrent à côté d'eux, dont plusieurs que la jeune femme ne connaissait pas. De ce qu'elle avait appris, quelques personnes du corps enseignant étaient parties : le professeur Sinistra, Chourave et même Irma Pince envisageait sérieusement de léguer son poste. Elle ne trouvait juste personne à qui octroyer ce droit car elle était bien trop exigeante. Enfin, c'était ce qu'on racontait.
Puis, elle le vit. Son coeur menaça sérieusement de sortir de sa poitrine, tant qu'elle aurait pu s'évanouir.
Snape.
Il était là, longeant au loin ce même couloir où elle se trouvait d'une démarche aussi hâtive qu'elle lui avait toujours connu et il se dirigeait droit sur elle.
Lui, n'avait pas changé, c'était une certitude. Elle aurait aimé que ce soit le cas. Mais c'était comme si elle l'avait quitté hier. Et la douleur elle, demeurait toujours aussi vive.
Dans toute sa crédulité, elle avait nourri l'espoir que le revoir après tant de temps l'aurait convaincu que de l'eau avait coulé sous les ponts.
C'était tout l'inverse.
Avec précipitation, Hermione se tourna vers le gardien des clés, faisant aller ses méninges à toute puissance pour se trouver un prétexte histoire de s'enfuir d'ici dès que possible.
Mais cette fois, elle ne le pouvait plus.
Elle était même dans l'impasse la plus étroite de ce fichu château, et derrière elle se trouvait la seule porte de sortie.
« Hermione, tout va bien ? »
La jeune femme retint son souffle. Son regard se dressa machinalement au passage de Severus Snape, et elle aurait préféré ne pas avoir ce réflexe que de le diriger vers lui. Mais, alors qu'il aurait pu l'ignorer comme il l'avait toujours fait depuis le sort, leurs yeux se croisèrent.
C'est alors qu'Hermione sentit une sensation étrange et prenante étreindre son estomac, comme si le monde venait de s'écrouler sur elle en un instant. Elle avait le sentiment de vivre ce moment comme s'il s'était figé avant qu'il ne détourne ses prunelles aussi sec.
Il l'avait regardé.
Elle se sentait ridicule de se le répéter de cette façon, mais c'était sans doute la première fois qu'elle détectait si peu d'indifférence dans ses pupilles. Ou peut-être avait-elle rêvé.
Elle resta un moment coite, le visage blême et l'expression ahurie, comme hébétée devant un Hagrid presque inquiet.
Une Hermione Granger rendue muette, il y avait de quoi se faire du mauvais sang.
Mentalement, la jeune femme tenta de se gifler.
Il l'avait regardé. Il l'avait regardé ?
« Oui c'est ça ma pauvre fille. Mais enfin vois la réalité en face ! Tu fantasmes sur un homme inaccessible depuis prés de huit foutues années, il faut croire que ça a finit par atteindre ta santé mentale. »
Alors que le semi géant continuait de la fixer d'un air soucieux, Hermione balaya cela d'un revers de main se voulant fatiguée. Mais son état d'esprit, lui, était tout autre et elle peinait même à réprimer cette série de frissons qui ne voulait pas s'arrêter.
« Oui, je vais bien Hagrid. En fait, figure-toi que j'aimerai parler au professeur McGonagall, avant de prendre la parole.
_ Nerveuse ?
_ Un peu, mentit-elle. »
En réalité, elle songeait qu'elle n'y arriverait tout simplement jamais. Il fallait qu'elle aussi, mette un terme à cette mascarade.
Croiser Snape de nouveau dans cette circonstance avait été la fois de trop. Elle ne pouvait plus vivre avec cela sur la conscience.
Alors, d'un geste vif, Hermione partit dans la direction opposée à ce maudit corridor, histoire de sortir de là par une autre porte que celle donnant sur la table des professeurs de la Grande Salle. Fort heureusement, elle n'eut pas à se rendre dans le bureau de la directrice pour la croiser. Elle ignorait si elle ne finirait pas mortifiée de retourner à cet endroit précis, surtout pour ce qu'elle avait en tête.
« Professeur McGonagall ! se précipita-t-elle à l'appeler alors que la sorcière finissait se réprimander un jeune élève affublé d'oreilles d'âne, encore un qui devait avoir fait un sort de travers.
_ Miss Granger, sursauta la directrice. »
Comme c'était étrange de la revoir maintenant… Il fallait dire que tant d'années auparavant, la vieille sorcière aurait aimé quitter son élève en d'autres circonstances.
La dernière fois qu'elle avait vu Hermione Granger était lorsqu'elle l'avait aperçu en train de s'enfuir presque à toute jambe par la Grande Porte alors qu'elle avait cherché à la rattraper, en vain.
Son coeur s'était pincé.
Elle avait espéré naïvement peut-être, qu'elle avait du être passée à autre chose depuis le temps. Cette pensée lui avait d'autant plus traversé l'esprit lorsque l'ancienne Gryffondor avait fini par accepter son invitation pour tenir un discours devant les nouveaux élèves de l'école.
Mais, alors qu'elle savait désormais Hermione Granger tout à fait à l'aise devant un public, cette dernière lui paraissait ce soir très nerveuse.
« Je dois vous parler, finit-elle par affirmer d'un ton catégorique.
_ Oui, bien sûr, mais enfin, ce n'est pas tout à fait le moment vous savez. Les premières années viennent à peine de rentrer dans la Grande Salle et votre discours…
_ Vous vous souvenez du sort d'Oubliette ? »
Soudain, la directrice devint blême. Hermione ne s'en aperçut même pas, en réalité, car elle venait tout juste de s'aventurer dans une diatribe effrénée, ses mains s'agitant dans les airs et trahissant plus qu'une nervosité : une panique claire, pure et simple.
« Bien sûr que vous vous en souvenez, quelle question, prononça-t-elle, plus pour elle-même qu'autre chose. Vous devez me le lancer, maintenant.
_ Excusez-moi ?
_ Vous devez me lancer le même sort que vous avez lancé au professeur Snape il y a huit ans. »
La directrice ouvrit, puis ferma la bouche comme une carpe.
« Miss Granger, entama la sorcière, faisant ainsi écho à ces années de professorat qui lui collaient toujours autant à la peau.
_ Je sais que c'est précipité et très long à la fois. Au bout de huit ans, quelle idée n'est-ce pas ? rit-elle de manière ironique avant de retrouver un visage grave. Mais j'ai besoin que vous fassiez ça pour moi, maintenant, avant mon discours.
_ Mais, enfin, comprenez bien que… Si je le pouvais bien sûr, balbutia-t-elle.
_ Que voulez-vous dire ?
_ Que c'est impossible, souffla la directrice, les sourcils froncés. Cela fait trop de temps. »
Puis, il vint à elle. Le second coup de massue.
Hermione déglutit avant de froncer les sourcils, cherchant à se repositionner dans une posture plus droite, plus maitresse d'elle-même alors qu'elle aurait été tout à fait capable de s'effondrer devant son ancienne directrice de maison, là, tout de suite.
En clair, elle se contentait de faire bonne figure devant le bazar qui prenait place dans sa tête.
« Comment ça ? reprit l'ancienne Gryffondor en bégayant. Je ne vous crois pas, j'ai lancé le sort sur mes, sur mes parents, et je suis tout à fait parvenue à faire disparaître toute mon existence !
_ Nous ne parlons pas de vous faire oublier l'identité de Severus, Miss Granger, mais plutôt d'une série… d'événements, articula la directrice, mal à l'aise.
_ Faites-moi oublier, gronda-t-elle, la mâchoire serrée.
_ Je ne peux pas effacer huit ans de souvenirs profondément encrés en vous auxquels vous avez potentiellement repensé et qui sait pour combien de fois ? »
Elle était réellement mortifiée.
Minerva soupira, puis observa ses doigts en train de se triturer.
Il y avait bien quelque chose.
Mais c'était impossible, n'est-ce pas ?
« Hermione, prononça-t-elle avec dépit. Vous m'autorisez à vous nommer ainsi ?
_ Professeur McGonagall, je crois… je crois que je ne pourrais pas. Je suis désolée de vous décevoir, soupira la jeune femme en se massant le front.
_ Je dois vous faire part d'une théorie.
_ Malgré tout le respect que je vous dois professeur, je crois que j'en ai assez des théories. »
La jeune femme fit volte face, s'apprêtant à s'enfuir exactement de la même façon qu'elle l'avait fait huit ans auparavant, hormis que cette fois elle en était certaine, elle ne reviendrait jamais.
« Miss Granger ! appela Minerva, avec une drôle de sensation de déjà-vu. Vous êtes vous déjà penchée sur le cas de Gilderoy Lockhart ? »
Cette fois, l'ancienne Gryffondor se retourna en fronçant les sourcils. Est-ce que la directrice était en train d'imploser devant elle ? Ou alors lui cachait-elle une sénilité ?
« Lockhart ? répéta Hermione, un peu sidérée.
_ Ne vous êtes-vous jamais demandé comment Albus l'avait démasqué ? demanda Minerva en faisant un pas vers elle. »
Enfin, la directrice avait le sentiment de rectifier ce qu'elle avait raté il y a huit ans. Le cœur battant, elle s'avança vers son ancienne élève. Elle ignorait si ce qu'elle faisait était bien, s'il était même de bon ton de faire naître ou renaître quoique ce soit, si même tout ce qu'elle avait prédit ne se déroulerait pas finalement quand même. Mais elle ne pouvait pas rester de nouveau sans rien faire.
Hermione ressemblait désormais à une statue, figée dans une expression remplie d'incrédulité.
« Il s'agissait d'une amie à lui qui avait subi un oubliette de sa part. Albus m'en a parlé juste après le renvoi de Gilderoy. Après plusieurs années, son amie lui avait confié faire l'objet de sortes de réminiscences. »
Hermione n'eut pas le temps de faire quoique ce soit avant que la directrice ne s'empare de sa main. Alors, elle fixa sa peau ridée posée sur la sienne en un geste qu'elle ne s'était jamais permise jusqu'alors.
« Severus. Peut-être… qu'il se souvient, maintenant. »
Mais…
L'esprit d'Hermione resta en suspens un instant.
Il serait venu la consulter, non ? Une lettre, un hibou, un patronus, quelque chose. Ou pas ? Qui pouvait savoir ce qui aurait pu lui passer par la tête.
Hermione resta silencieuse, le regard perdu vers un point invisible porté sur le sol.
« A moins qu'il n'y ai toujours rien, répondit Hermione comme un automate en réponse à ses questions intérieures.
_ Vous pourriez essayer de lui parler, suggéra Minerva tout bas. »
Hermione leva si vite la tête que cette dernière tournoya un peu et manqua de la faire chavirer.
« Lui parler ? répéta-t-elle soudain d'un timbre de voix angoissé. Je ne pourrais jamais ! »
Elle était restée tant d'années dans le repli, se répétant inlassablement que cela passerait, qu'elle finirait par oublier, avec la distance et un peu de patience.
Minerva afficha un espèce de sourire un peu éteint. Puis, elle lâcha doucement sa paume.
« Vous m'avez entendu discuté avec Poppy ce jour-là, je le sais, finit par avouer la directrice tout en restant droite, fière comme elle l'avait toujours été. »
Minerva réajusta son chapeau.
Etrangement, il lui rappelait celui qu'elle portait sur le paquebot. Elle connaissait exactement la sensation de cette chose qu'une femme pouvait porter sur la tête, et tritura machinalement un recoin de sa nuque, comme si elle aurait pu tout à coup y retrouver une épingle perdue.
« Ça fait huit ans. Tout le monde a oublié. Maintenant, octroyez-vous plus qu'une valse ma chère, lui glissa-t-elle avant de s'éclipser d'un sourire compatissant, non sans avoir poser furtivement sa main sur son épaule. »
La gorge d'Hermione s'étreint presque, et elle ne parvint à répondre par quoique ce soit qu'un son étranglé. Ainsi, elle resta plantée au milieu de ce couloir, cette fois seule, face à elle-même alors que le brouhaha de la Grande Salle pourtant fermée raisonnait dans son dos.
xXx
Elle n'avait jamais été aussi nerveuse et calme à la fois.
Intérieurement, Hermione s'insultait de folle à lier.
Jamais elle n'avait agi de façon aussi irréfléchie ! Ou peut-être… une fois. Ou deux.
Non, en réalité, non !
Paniquée, Hermione observait le parchemin où elle avait noté ce discours détruit en lambeaux. Sur un coup de tête, elle l'avait déchiré, elle qui avait passé des heures là-dessus ! Cette fois, elle en était certaine. Ce jour était à marquer d'une pierre blanche pour être celui où elle finirait en burn out total.
Et pourtant, malgré l'urgence de la situation et son apparence catastrophique, Hermione fourra sans réfléchir les morceaux de papier dans sa poche. Quelques uns s'en échappèrent et tombèrent sur le sol alors qu'elle venait de franchir la lourde porte en bois devant elle, non sans frotter ses mains sur son pantalon histoire de les rendre moins moites.
A son arrivée discrète, elle accorda un très léger hochement de tête vers Minerva, postée devant son pupitre. Cette dernière avait invité les directeurs de maisons à se joindre à elle. Alors, elle accorda un faible sourire de convenance à Flitwick qui lui rendit en se tenant fièrement à sa droite. Toutefois, Hermione ne se sentit pas assez suicidaire pour saluer Snape, qui se tenait justement à la droite du directeur des Serdaigles.
Son coeur battait dans ses tempes.
Et si elle se trompait ?
Hermione se secoua la tête un instant pour reprendre ses pensées et s'avança devant le pupitre doré. Elle s'agrippa ainsi à son bord, sa silhouette fixée par plus d'une centaine d'étudiants pendus à ses lèvres.
Après avoir fermé les paupières une seconde, l'ancienne Gryffondor prit une profonde inspiration. Elle avait affronté pire, si pire, vu des choses qu'elle n'aurait jamais du voir et d'autres…
« Chers élèves, enseignants et… amis, prononça-t-elle après un raclement de gorge se réverbérant dans la salle toute entière. »
Hermione pianota le pupitre. Merlin, pourquoi avait-elle fait explosé son parchemin déjà ?
« Aujourd'hui est un jour de célébration et de nouveaux commencements. Vous voici, jeunes sorciers et sorcières, sur le seuil d'une aventure qui changera votre vie. »
Et voilà. Là étaient les seules lignes dont elle se souvenait.
Après… le néant.
Hermione décida de redresser son regard et fut frappée par la jeunesse des premières années. Alors, elle ressemblait bel et bien à cela lorsqu'elle avait aidé Harry à affronter Voldemort ?
Un sourire un peu nostalgique se tissa sur ses traits. Alors, elle prit une inspiration brève et son ton changea pour devenir plus bas.
« Vous venez de franchir une étape importante en rejoignant ce château, et je sais ô combien cette première année peut être exaltante et terrifiante à la fois. Lorsque je suis arrivée ici pour la première fois, je n'avais aucune idée des aventures et des découvertes qui m'attendaient. Poudlard est bien plus qu'une école : c'est un lieu où nous grandissons, où nous apprenons qui nous sommes vraiment, et où nous tissons des liens qui nous marquent pour toute une vie. Je sais qu'en ces murs, vous ferez face à des défis que vous ne pouvez pas encore imaginer. Certains d'entre vous pourraient même, un jour, trouver qu'ils sont attirés par des voies qu'ils n'avaient jamais pensé emprunter… ou par des personnes qu'ils n'auraient jamais pensé rencontrer. »
La jeune femme marqua une légère pause après avoir déglutit, s'offrant un coup d'oeil léger vers Snape qui fronçait les sourcils, le regard bas. Elle se secoua vivement la tête. Ce n'était pas le moment de flancher.
« Mais je veux vous encourager à ne jamais avoir peur de ces sentiers inexplorés, même lorsqu'ils semblent vous mener vers des tempêtes insurmontables, encouragea-t-elle d'une voix plus forte. Certaines tempêtes, après tout, ne font que tester notre détermination… ou nous rappeler ce que nous avons perdu en chemin. »
Un chuchotement collectif naquit entre les plus anciens étudiants, ceux qui avaient peut-être aussi connu Hermione durant sa dernière année. Peut-être était-ce en effet, le bon moment pour elle de revenir après tout.
« Vous apprendrez ici bien plus que des sortilèges et des potions. Vous apprendrez que le courage ne se résume pas à affronter des créatures magiques ou à brandir votre baguette. Le vrai courage réside dans les choix que l'on fait, dit-elle avec émotion alors que le visage de Dumbledore la hantait encore. Acceptez les mystères de la vie, même ceux qui semblent impossibles à résoudre. »
Hermione sentit ses yeux briller d'une émotion certaine. Alors elle resta droite, fière tout en s'efforçant de darder son regard vers l'assemblée.
« Vous avez devant vous des années de découvertes, d'amitié, et même de magie qui dépasse les manuels scolaires. Ne soyez pas effrayés par ce qui pourrait vous arriver ici à Poudlard. Soyez ouverts aux amitiés inattendues, aux professeurs exigeants, et même aux expériences qui pourraient sembler dangereuses ou incompréhensibles. Parce qu'à la fin, ce n'est pas seulement la magie qui fait de nous ce que nous sommes. Ce sont les erreurs que nous faisons et répétons à tord, les chemins que nous suivons… et parfois, ceux que nous devons abandonner pour permettre à quelque chose de plus grand de se réaliser. »
Enfin, Hermione se tourna vers les professeurs autour d'elle. Tous regardaient les élèves avec un sourire satisfait. Et pourtant, les yeux d'Hermione croisèrent ceux de Snape.
Hermione fit de son mieux pour ne pas flancher et cligna plusieurs fois des paupières avant de se redresser et afficher un sourire de façade.
« Bienvenue dans votre nouvelle maison. Soyez curieux, soyez courageux… et n'oubliez jamais de vous rappeler de ce qui compte vraiment. »
La fin de sa phrase fut ponctuée d'un applaudissement collectif et sincère. Hermione se tourna vers l'ensemble des professeurs qui la remercièrent collectivement. Elle croisa Minerva venu lui faire une accolade chaleureuse.
« J'étais comment ? chuchota Hermione, la voix tremblante.
_ Parfaite, répondit Minerva de son sourire le plus ravi au creux de son oreille. »
Hermione sourit un instant, sentant la main de la directrice s'appuyer sur elle comme un soutien. Puis, elle se dirigea vers la table derrière elle.
Ce ne fut qu'une fois assise qu'elle relâcha la pression et ce par un très long soupir caché par l'appel de la nouvelle directrice des Gryffondors qui commençait à énumérer les noms des première année, Choixpeau en main.
« Joli discours. »
Hermione sursauta et porta sa main sur son coeur palpitant. Par Merlin, dire qu'elle ne l'avait même pas entendu prendre place à côté d'elle ! Un comble, quand on y pensait.
« Professeur, bégaya-t-elle d'un air idiot.
_ Inutile de me nommer de cette façon, Granger, surtout après tant d'années.
_ Je crois bien que c'est la première fois que vous me faites un compliment, souffla-t-elle, un peu ahurie.
_ Ne vous réjouissez pas trop vite, votre réquisitoire avait ses failles. »
Elle se tourna tout à coup vers lui d'un air courroucé. Non, décidément, cet homme ne changerait jamais ! Elle en oublia tout son trouble.
« J'étais très bien ! rectifia-t-elle plus confiante. Minerva m'a même dit que j'étais parfaite.
_ Vous m'en direz tant. Et c'est Minerva maintenant ?
_ Tout à fait, lui sortit-elle le menton haut. Mais vous trouvez toujours quelque chose à redire de toute façon.
_ En effet, il semblerait que certaines parties étaient un peu… répétitives. »
Elle allait le tuer.
« Et puis, je ne suis pas d'accord avec quelques unes de vos idées.
_ Allons bon. Et lesquelles je voue prie ?
_ Votre discours sur les erreurs, principalement. J'estime que certaines valent la peine d'être répétées… encore et encore. Et encore. »
C'est alors qu'elle fronça les sourcils, incertaine avant de se tourna pleinement vers lui.
Snape affichait cette fois, un espèce de rictus énigmatique. Et le noir de ses yeux… n'avait plus rien à voir avec le néant qu'elle lui avait connu. Il s'avança vers elle, son parfum emplissant son espace.
« A mon tour de te clouer le bec, lui chuchota-t-il au coin de l'oreille. »
Le regard de la jeune femme s'arrondit avant que son expression ne change. Sans doute pour la première fois depuis toutes ces années, le sourire d'Hermione s'élargit en un éclat sincère, bien loin de la façade politique qu'elle avait toujours affiché.
En guise de réponse tacite, il inclina légèrement la tête en signe d'acquiescement. Puis, il se redressèrent face aux élèves, avec une drôle d'expression, que Minerva qualifiera bien plus tard de totalement bêta.
« Depuis combien de temps ? finit-elle par demander du bout des lèvres et avec un volume si faible qu'il croyait l'avoir imaginé.
_ Un an, environ. Ça a été très progressif.
_ Un an ?! Mais pourquoi ne pas m'avoir prévenu ?
_ Je pensais que tu avais oublié. »
Hermione s'étrangla avec sa salive en commençant à se tourner vers lui, sur le point réel de lui hurler dessus.
« Discrétion Granger, vous ne voudriez pas créer un scandale après un discours si poignant, chuchota-t-il en l'empêchant par ailleurs de faire une bêtise.
_ Comment as-tu osé imaginer un truc pareil ?!
_ Je l'ignore. Huit ans, c'est assez long et tu étais parti dans le même pays que ce Rooks de malheur.
_ Oh je t'en prie, encore lui ?
_ Toujours lui.
_ Je ne l'ai même plus croisé, mais sache qu'il en pinçait pour toi, j'en suis persuadée.
_ Tout comme une certaine Gryffondor qui rêvait de louches en bois.
_ Et de lasagnes. »
Snape lui envoya un rictus se voulant discret, mais s'affichant bien trop empreint de joie. Il ne remarqua même pas que leurs discussions gênait fortement la pauvre directrice des Gryffondors, obligée de porter sa voix plus haut pour se faire entendre.
« Je n'ai jamais cessé d'y penser, durant huit ans, tous les jours, rectifia-t-elle d'un ton plus bas.
_ Tu aurais pu t'éviter ce fardeau.
_ Je te retourne ces mots. Le fardeau, c'est plutôt toi qui l'a porté après tout ça.
_ Hermione, pour l'amour du ciel quand est-ce que tu comprendras enfin ? »
De nouveau, Hermione fronça les sourcils, d'un air interrogateur.
« T'aimer n'a jamais été un fardeau. »
FIN.
