Titre : Une simple histoire d'amour

Disclaimer : je suis pas l'inventeur de l'univers de Saint Seiya, je fais pas ça pour la thune (mais pour la gloire et les filles faciles).

Cette histoire s'intercale entre plusieurs autres de mes récits, qui ne sont pas indispensables à sa compréhension mais la faciliteront sans doute (ou alors c'est que c'est mal fait :-) ).


Après Amour maternel

- Comment ça s'est passé ?

Elle avait prudemment attendu un jour ou deux avant de lui poser la question, sachant que son... disons ami, faute de mieux (du moins pour le moment)... était parti extrêmement stressé, qu'il n'avait pas l'habitude de s'épancher et était très peu à l'aise lorsqu'il se retrouvait seul en sa présence. Il semblait chercher en permanence de quoi parler, ne sachant comment se comporter, hésitant souvent entre d'une part une dévotion formelle malmenée par son manque d'éducation et sa personnalité pour le moins affirmée et d'autre part une attitude parfois trop détendue de qui a été coupé du monde pendant de nombreuses années. Sans lui en vouloir aucunement, elle avait été néanmoins déstabilisée après l'avoir entendu s'adresser à elle comme si elle était un de ses frères et plus encore quand il s'était rendu compte de sa propre maladresse et avait rétropédalé maladroitement pour revenir à un registre plus distant et poli. En résumé, il passait souvent d'une attitude de copain joyeux bière à la main (telle qu'elle se le représentait... elle sentait confusément que l'éducation de membre de l'élite isolée qu'elle avait reçu l'avait mal préparée à échanger avec le commun des mortels) à celle de chevalier aux portes de la vénération ou... ou quoi que ce puisse être. Non pas qu'elle soit plus avancée dans ce domaine non plus. Quel qu'il soit. Mais elle était troublée. Et ne savait pas bien par quoi. Elle s'était surprise à rester le regarder nager dans la piscine du manoir, fascinée par son corps svelte et musclé jusqu'à ce que Tatsumi se racle bruyamment la gorge plusieurs fois d'affilée pour lui rappeler l'urgence d'un rendez-vous.

Elle avait été surprise de le voir extrêmement nerveux, presque vulnérable. Ne voulant pas se mêler de ce qui ne la regardait pas mais inquiète malgré tout, elle avait fini par lui demander poliment si quelque-chose n'allait pas. Hésitant, il avait simplement répondu qu'il s'agissait d'une histoire de famille. Elle avait pleinement conscience que la reprise de contact avec la sœur qu'il avait perdu pendant si longtemps mais qui l'avait totalement oublié avait été... très compliquée. Pas houleuse, mais certainement maladroite. Et, lui semblait-il, aussi étouffante pour l'une que nerveusement épuisante pour l'autre malgré quelques années à essayer d'améliorer les choses. Étant mal placée pour juger les relations familiales, elle n'avait pipé mot, se contentant de platitudes et de formules encourageantes. Et puis, il y a quelques jours, il avait fini par lui dire qu'il allait devoir s'absenter pour retrouver des informations sur sa mère biologique. Elle en était restée coite, se demandant comment il avait fait malgré la destruction de toute documentation sur ordre de son grand-père. Puis il était revenu. Apparemment moins tendu, presque pensif, même. Alors qu'ils s'étaient arrêtés près des balancelles du jardin, elle était venue s'asseoir à côté de lui pour lui poser la question fatidique.

- Ah. Mmm... bien.
- ... Vous avez pu avoir des informations sur votre mère ?
- En fait... on l'a rencontrée.
- Oh ! Et... est-ce que... heu... ça va ?
- Elle était prostituée.
- Oh, je... je... ah bon...
- Mais c'était par nécessité. Elle avait dû fuir son foyer et puis... et puis il y a eu nous. Elle était navrée. Elle a confirmé que t... votre grand-père avait organisé une clinique privée pour... Enfin bref. Ah ! J'ai un demi-frère et une demi-sœur, ha ha ! Ils ont l'air d'aller bien mais ils ne nous ressemblent pas vraiment. Elle a l'air d'avoir eu une vie totalement normale et elle dit qu'elle ne nous a jamais oublié et ça m'a un peu soulagé. Et avec Seika ça s'est pas passée trop mal même si je l'ai sentie très agacée, mais elle a l'air heureuse dans son mariage et d'ailleurs elle est enceinte, c'est drôle je ne m'y attendais absolument pas, ha ha. Elle va pouvoir pouponner et je vais devoir m'habituer à ce qu'on m'appelle tonton, enfin si je peux les voir de temps en temps, ha ha ! Elle s'est un peu fâchée sur moi mais c'est passé et en fait je... je...

Saori avait écouté Seiya parler à toute vitesse, observant sa jambe qui s'agitait nerveusement et sa main qui triturait son t-shirt jusqu'à ce sa voix s'étrangle et qu'il ne se mette à respirer de plus en plus fort et rapidement. Paniquée, elle le vit changer de couleur et se pencher vers l'avant mais lutta pour le retenir du mieux qu'elle put, prenant sa tête entre ses mains pour la coller sur son épaule puis passer ses bras autour de lui.

- Seiya ! Écoute-moi ! Il faut respirer lentement ! Très lentement ! Seiya !

Instruite d'un précédent malheureux d'une secrétaire qui avait mal vécu des réprimandes de Tatsumi, Saori sut reconnaître une crise de spasmophilie. Le personnel était loin et Tatsumi absent, elle ne sut qu'augmenter son cosmos pour tenter de réguler les battements de cœur de Seiya, qui perdit néanmoins conscience. Elle n'était pas dans un état d'esprit suffisamment serein pour garder sa lucidité et avait du mal à garder son calme pour soigner Seiya, mais la respiration de ce dernier finit toutefois par reprendre un rythme normal. Anxieuse et les mains tremblantes, elle prit une profonde inspiration et décida d'attendre qu'il se réveille de lui-même.

- Mmm...
- Seiya ? Tu m'entends ?
- ... Saori ? Oui. J'ai un peu mal à la tête.
- C'est normal, tu t'es évanoui. Tu as fait une crise, tu as hyperventilé. Ne te redresse pas trop vite.
- Je suis tombé par terre ?
- Non... Je t'ai retenu. Tu... tu peux prendre ton temps.

Seiya ouvrit les yeux et les referma vite car il trouva la lumière trop violente pour sa vision troublée par les larmes. Il se rendit compte qu'elle avait dû aller chercher un coussin et la remercia en pensée. Il se frotta les tempes puis laissa retomber sa main sur ledit coussin qui bougea légèrement. Un parfum lui chatouilla le nez. Rouvrant les yeux avec prudence, il mit du temps à s'habituer à la lumière. Puis constata que le tissus sur lequel sa tête reposait ressemblait curieusement à celui dont la robe de Saori était faite. Le temps de comprendre sa situation, trop long de son point de vue, retarda sa seconde constatation, à savoir que sa tête reposait sur les cuisses de sa déesse et que sa main était posée au-dessus de son genou que les efforts désespérés de Saori pour l'empêcher de tomber avait découvert en remontant sa robe. Conscient mais pétrifié, il ôta sa main et la posa sur le bois de l'assise.

- Pardon ! Je suis désolé, je vais me redresser.
- Ou... oui oui.

Seiya sentit sa tête tourner quand il reprit une position normale et ne vit pas Saori redescendre sa robe ni ses joues rougies. Elle était soulagée mais inquiète. Et, de manière très secondaire mais non négligeable, fortement troublée par un contact physique auquel elle ne s'attendait pas. Ils restèrent là immobiles, le temps que Seiya reprenne ses esprits.

- Est-ce que ça va m...
- Mademoiselle ! Que s'est-il passé ?

Elle sursauta et vit Tatsumi s'approcher d'un air inquiet. Sans savoir pourquoi et sans aucune raison de lui en vouloir, sa présence l'irrita.

- Il n'y a rien, Tatsumi, Seiya a eut un léger malaise, mais il va mieux. C'était passager, rien de grave. Tu peux retourner au bureau.
- Je vais tout de suite appeler une ambulance !
- Non Tatsumi, c'était un simple malaise, ça va aller.
- Ah ! Le docteur Asamori m'attend ! Je vais aller le chercher !
- Tatsumi, ne le dérange pas, ça n'est pas grave.
- Mais mademois...

Le majordome vit les yeux de son employeuse se braquer sur lui et y lut, un peu tardivement, un vif courroux. Il lui sembla retrouver la sensation désagréable qu'il éprouvait lorsque feu Mitsumasa Kido était de mauvaise humeur et qu'il lui tapait sur le système. Son sens de l'observation ne l'empêcha toutefois pas de remarquer des traces sur sa robe et ses joues en feu. Décidant que se préoccuper de comptabilité était probablement la chose la plus urgente à faire, il s'inclina respectueusement et se retira en s'efforçant de chasser ses interrogations et inquiétudes.

- Est-ce que ça va mieux ?
- Oui. je suis vraiment désolé.
- Tu n'as pas de raison de l'être.
- Non, je suis censé vous protéger, pas m'évanouir pour un rien.
- Ce n'était pas rien. Tu as retrouvé ta famille et reçut plusieurs nouvelles importantes. Le choc émotionnel devait être très fort. Tu es humain, Seiya.
- Je me sens quand-même... stupide.
- Ce n'est pas grave, Seiya.

Seiya tenta de se relever mais retomba aussitôt sur la balancelle, faisant sauter Saori qui se rattrapa comme elle put.

- Seiya !
- Oulà ! Non, c'est bon, j'étais juste un peu étourdi et je... je...

Saori suivit le regard de Seiya et, se rendant compte qu'elle avait posé sa main sur la sienne par mégarde, la retira vivement.

- Pardon !
- Non non... c'est moi.

S'efforçant de chasser leur gêne sans bien y arriver, ils poursuivirent leur conversation, Seiya livrant un récit plus détaillé qu'écouta avec une attention soutenue la déesse qu'il servait. Bien que bon nombre de ses souvenirs d'incarnations antérieures lui soient revenus, elle était fascinée par cet aspect de la vie humaine qu'elle n'avait tout bonnement jamais vraiment pu observer, pas même chez ses chevaliers qui, bien trop souvent, n'avaient été que des orphelins à la vie trop courte pour laisser des héritiers. La puissance des liens familiaux, bons ou mauvais, qui liaient les humains, ne lui étaient que vaguement connus. Il y avait des parents, des enfants. Et ça n'allait pas vraiment pas plus loin que ça. La complexité de leurs relations, l'amour mêlé de souffrance, l'espoir et l'anxiété, l'attachement et le ressentiment, tout ceci venait de lui atterrir subitement sur les genoux. Malgré sa très longue existence, elle n'avait pas grand-chose qui puisse s'y rattacher. Si ce n'est ses brefs moments avec son grand-père adoptif. Penser à lui fit rejaillir quelques souvenirs heureux qui lui serrèrent brièvement le cœur. Rien de comparable à sa vraie famille. Tout ceci la troublait beaucoup. Elle avait hésité à se désincarner après la défaite d'Hadès, comme elle l'avait si souvent fait par le passé. Les événements qui avaient suivi l'avaient rapprochée de plus en plus de ses compagnons humains. Et aujourd'hui elle était pensive.