Titre : Une simple histoire d'amour

Disclaimer : je suis pas l'inventeur de l'univers de Saint Seiya, je fais pas ça pour la thune (mais pour la gloire et les filles faciles).

Cette histoire s'intercale entre plusieurs autres de mes récits, qui ne sont pas indispensables à sa compréhension mais la faciliteront sans doute (ou alors c'est que c'est mal fait :-) ).


Après Une tornade de neige et de sentiments

Elle descendit de l'avion, rassurée. Ce n'était pas souvent qu'elle réussissait à éviter une guerre contre une autre divinité. Mais là c'était le cas. Ils avaient récupéré Shun qui, bien que secoué par sa confrontation avec son frère, semblait plus détendu. Elle se sentait néanmoins obligée de réfléchir à sa relation avec ses chevaliers. Non... il fallait être honnête avec soi-même. Elle allait devoir réfléchir à sa relation avec Seiya. Leur escapade en Finlande l'avait forcée à faire face à son hypocrisie. Que voulait-elle ? À partir du moment où elle avait décidé de rester vivre sur Terre, elle aurait dû penser à ce que ça impliquait. Elle avait eu beau jeu de tenter de dissuader ses chevaliers de combattre pour elle, de vivre une vie normale. Elle n'était pas plus avancée en ce domaine et n'avait pas réellement tenté de vivre sa vie. Grandir et vivre parmi les humains c'était une chose, vivre comme une humaine, c'en était une autre. Et il allait lui falloir apprendre. Et vite, car elle avait bien compris que Seiya avait également été secoué et commençait à se poser les mêmes questions.

Tracassée, elle passa plusieurs mois à cogiter et croisa peu Seiya, qui était retourné dans son appartement, officiellement parce que ça lui permettait de venir donner un coup de main à l'orphelinat plus facilement. Mais elle n'était pas dupe, un certain malaise s'était installé entre eux et il durerait tant que l'un ou l'autre n'aurait pas pris de décision quant à ce qu'ils voulaient faire de leur vie. Il lui sembla que les rares fois qu'ils se croisèrent il l'esquiva autant qu'elle se défila. Pour préoccupée qu'elle fut, elle ne manqua pas de remarquer les chuchotements du personnel du manoir et le visage inexpressif de Tatsumi qui avait le bon goût de ne pas poser de questions. Elle n'aurait pas su quoi répondre, de toute façon. Mais ses réflexions furent alimentées par la lecture de certaines rubriques de revues médicales ou féminines. Qui la forcèrent à envisager certaines possibilités qu'elle avait toujours chassées de son esprit jusque-là.

Saori se rendait compte qu'elle était, c'en était un peu douloureux, tout aussi isolée que ses chevaliers. Son statut d'héritière de grande fortune ne lui avait tout simplement jamais laissé la moindre possibilité de se faire des amies. Elle avait certes bénéficié de tuteurs privés qui lui avaient permis de briller et de dépasser largement le niveau des adolescentes de son âge, mais la contrepartie de cet excellence avait été un certain rejet, que la volonté de son grand-père de la maintenir à l'abri n'avait fait qu'aggraver. Elle n'avait jamais été entrainée dans des discussions et comportements frivoles et les très graves événements liés à sa lutte contre l'usurpateur ayant eu lieu très tôt dans sa vie, avait dû enchaîner études, devoirs divins et responsabilité d'héritière sans jamais vraiment faire de pause. Choquée, elle se rendit compte un jour, alors qu'une nouvelle employée lui avait naïvement demandé ce qu'elle aimait faire lorsque ses responsabilités lui laissaient du temps libre, qu'elle n'avait tout simplement rien à répondre. Athéna avait une longue existence chargée en bravoure et en émotions. Saori était... une coquille vide. Elle n'était rien. Juste un nom, une signature, tout au plus une image floue projetée par certains médias économiques. Elle savait jouer du piano ou faire de l'équitation parce que ç'avait fait partie de son éducation, mais ça ne faisait pas spécialement partie de ses plaisirs. Elle apprenait les arcanes de la finance, mais cela lui répugnait. Elle rencontrait des grandes fortunes, mais se sentait en total décalage avec ces personnes, le cas Julian lui ayant laissé de mauvais souvenirs.

Elle qui avait affirmé son existence en tant qu'humaine se découvrait singulièrement creuse, sans relations personnelles notoires. La prise de conscience fut aussi brutale que blessante. Est-ce qu'elle devait aussi boire sans raison, se plonger dans la débauche ou faire les gros titres en détruisant des choses hors de prix pour se sentir exister, comme les enfants des plus fortunés ? Elle s'y refusait et n'en voyait de toute façon pas l'intérêt. Sans bien s'en rendre compte, Saori commençait à déprimer et Tatsumi remarqua son regard parfois éteint. Inquiet mais s'obligeant à garder ses distances, il ne pipa mot. Un début de changement survint toutefois, lors d'une visite à une maison de retraite qu'elle avait financée. L'occasion de remarquer que les personnes âgées des classes populaires pouvaient être extrêmement directes. Et faisaient preuve de beaucoup trop de curiosité quant à la vie intime des jeunes gens. Ainsi que de beaucoup trop de franchise quant à ce qu'ils faisaient quand ils étaient à cet âge-là. Les propos égrillards des vieilles dames avec qui elle s'était forcée à faire la conversation l'avaient fait rougir. Ce qui les avait d'ailleurs beaucoup amusées. Un peu honteuse, elle avait senti que certaines allusions lui étaient passées au-dessus de la tête, faute de connaissances.

Ce n'est pas qu'elle ignorait les principes techniques, mais beaucoup les questions pratiques. Son existence millénaire ne lui avait offert qu'une vie amoureuse désertique, que ce soit en raison du comportement balourd et phallocrate du passé, de la crainte qu'inspiraient le père comme sa fille ou d'un manque d'intérêt personnel assez prononcé. Ce n'est pas qu'elle n'avait jamais regardé d'hommes, mais... Tout bien réfléchit elle ne savait pas pourquoi elle ne s'était pas posé la question avant. C'est dans ce contexte que, faisant le tour du manoir pour préparer le début de travaux d'entretien alors que Tatsumi était grippé, elle s'aventura vers une annexe du garage qu'elle ne connaissait que de vue et y aperçu par une fenêtre sur deux employés très occupés par des travaux manuels certainement pas mentionnés par leur contrat. Elle n'avait jamais été voyeuse comme certains. Elle devait même reconnaître qu'elle était plutôt pudibonde. Et même si elle avait grandi au XXe siècle, il ne lui était jamais venu en tête de recourir aux moyens de communication moderne pour s'informer un peu. Elle resta figée, les joues brûlantes, attendant qu'ils finissent, ce qui prit plus de temps que ce qu'elle pensait. Les quelques mots échangés qu'elle glana lui parurent particulièrement salaces. Ce n'est que lorsqu'ils furent partis qu'elle se rendit compte que rien ne l'avait obligée à rester. Elle se dépêcha de prendre note de ce qui lui fallait, s'efforçant d'ignorer les traces qui se trouvaient au sol.

Les jours suivants, Saori lutta pour chasser les idées qui la hantaient, peu aidée par quelques rêves qui la sortirent du sommeil couverte de transpiration. Un calendrier chargé allait certainement l'occuper assez pour que ces pensées sortent de sa tête. Ce qui fut le cas, pour un moment. Mais, la Fondation étant bienfaitrice de nombreuses causes, on l'invita à l'inauguration d'un bâtiment universitaire. La visite se passa bien, mais elle fut vite troublée en longeant les terrains où les étudiants pratiquaient leurs séances de sport. La vue de corps musclés lui rappela celui de Seiya, d'autant plus que les jeunes gens en sueur étaient facilement torse nu en ce début d'été et elle eut envie de hâter le pas mais se devait d'écouter le responsable de l'établissement pérorer devant la presse. La séance photo fut interminable de même que la petite réception officielle après l'inauguration. Lorsqu'elle put enfin se reposer un peu sur une terrasse, ce fut pour voir passer de nombreux étudiants qui chahutaient et flirtaient.

- Vous vous intéressez au sport, maintenant ?

Saori sursauta et se rendit compte que June se tenait à côté d'elle, Tatsumi ayant confirmé aux organisateurs qu'elle la connaissait. Avec un léger sourire, celle-ci s'assit à côté d'elle.

- June ! Que fais-tu ici ?
- La faculté de médecine est juste à côté.
- ... Oui ?
- ... J'attends Shun, c'est tout.
- Oh! Oui, bien sûr. Pardon. Mais... je pensais que tu étais avec...

Méfiante, Saori regarda autour d'elle, craignant d'être espionnée. June pouffa.

- Ah ! Non non. La demoiselle venue du froid est en formation.
- Je ne comprend pas.
- Disons qu'elle a mis le pied à l'étrier et apprend à chevaucher. A priori l'équitation lui convient.
- Elle... fait du cheval ?

June s'efforça de masquer sa consternation. À quel point la déesse de la guerre était-elle ignorante ? Elle se pencha donc et lui murmura des choses qui lui firent piquer un fard.

- Quoi ? Mais... mais... oh ! Mais enfin !
- Eh bien quoi ? Il me semble que c'est pour ça qu'elle était venue vous voir, parce qu'elle s'ennuyait. Heureusement vous l'avez beaucoup aidée. Par mon intermédiaire mais elle vous en est reconnaissante.
- Mais je n'ai rien fait.
- Oui ça c'est un autre problème. D'ailleurs, Shun me dit que ça ne va pas fort avec Seiya. Vous voulez m'en parlez ?

La question fut comme un aiguillon reçu en plein cœur et Saori se sentit soudainement le besoin de s'épancher mais s'efforça de n'en rien laisser paraître. June ne fut pas dupe.

- Oh, mais j'y pense, vous savez qu'ils ont un espace de relaxation ? Je vais vous faire visiter.

Sans lui laisser le choix, elle lui empoigna le bras et l'entraîna dans le méandre des couloirs, où elle ouvrit la porte d'un bureau qu'elle referma à clé.

- C'est un espace de relaxation, ça ?
- Non c'est juste un bureau.

Pour répondre à la question qui allait venir, June se contenta de montrer sa clé.

- Disons que j'ai acquis des compétences en serrurerie. Tatsumi a trouvé ça utile. Ne lui posez jamais de question à ce sujet, c'était juste un échange de bons services. Bon, asseyez-vous et racontez-moi tout.
- Je ne veux pas te dérang...
- Ah allez ! Il paraît que je suis conseillère pour divinités en larmes, ces derniers temps. Je vous écoute.

Saori commença à raconter ce qui s'était passé lors du retour de Seiya. Mais au fur et à mesure de son récit elle ne put plus s'empêcher de parler d'elle. June ne faisait qu'écouter, la main dans le menton, profitant des paquets de gâteaux que cachaient le professeur à qui ce bureau appartenait. Saori parla longtemps, consciente d'être un peu ridicule. Mais elle se sentit légèrement mieux, quoique très embarrassée.

- Excuse-moi d'avoir pris de ton temps, tu dois certaine...
- Vous avez déjà regardé un film porno ?

L'air interdit et les grands yeux écarquillés de Saori, qui pouvaient faire penser à ceux d'un animal pris dans la lumière des phares d'une voiture arrivant vite, amusa beaucoup June, même si elle ne le montra pas.

- Qu... je... mais enfin... non... pourquoi cette... je...
- Pas de revues coquines, chez votre grand-père ?
- Je... non...
- Pas de littérature érotique, rien qui ne soit un peu croustillant ?
- ... Pas que je sache, non. Il n'aurait jamais laissé traîner ce genre de choses, voyons.

June se renversa dans le fauteuil en poussant un profond soupir.

- Et pour votre corps ?
- Je... quoi ?
- Qui vous a expliqué, quand vous étiez petite fille ? Les règles, les bébés, tout ça ? C'est Tatsumi ?
- Oh ! Heu... les infirmières scolaires. Parfois les employées du manoir, au début. Mais de toute façon je m'en serais forcément rappelé à un moment.
- Oui mais peut-être pas à temps, qui sait ?
- ... Ah. Oui.
- Et dans vos autres vies ? Vous n'avez jamais... ?
- Il y avait les servantes du Sanctuaire et mes servantes personnelles.
- Non, je veux dire...

Un nouveau soupir accueillit ce monument d'incompréhension.

- Vous n'avez jamais connu d'homme ? Dans aucune de vos autres vies ?
- ... Ah.

Saori se tortilla dans son fauteuil, très mal à l'aise.

- Il m'est arrivé d'en taquiner, mais parce que je savais qu'il ne pourrait jamais rien se passer.
- Pourquoi jamais ?
- Je venais sur Terre pour protéger, non pas pour profiter. Et quand le danger était écarté, je repartais.
- Boulot boulot, pas de pauses. C'est vrai ce que les mythes racontent ? Que vous évitiez les hommes ?
- Tu sais... pendant très, très, très longtemps, les relations hommes-femmes... Je ne voulais pas qu'aucun d'entre eux ne se serve de moi pour une quelconque gloriole. Et puis... sur l'Olympe... ils étaient très, comment dire, méfiants vis-à-vis de potentielles nouvelles générations. C'est pour ça qu'on n'a plus vu naître que des demi-dieux. Parce qu'étant mortels ils représentaient un moindre risque pour l'ordre des choses que mon père avait installé. Et, pour être honnête, il ne m'est pas souvent arrivée d'être intéressée. Souvent ils gardaient d'eux-même leurs distances, puisqu'ils étaient tous à mon service. En fait, je n'ai jamais côtoyé d'hommes qui ne soient pas liés d'une manière ou d'une autre au Sanctuaire. Enfin je crois. Ou alors ils étaient déjà liés à d'autres femmes. Ou trop volages. Ou trop irrespectueux. Ou tout ça à la fois.

Elle se sentit encore plus mal à l'aise en voyant June l'observer intensément sans rien dire.

- Vous avez vécu dans la peur. Et jamais pour vous. Mais maintenant quelqu'un a piqué votre intérêt et vous êtes bien embêtée, parce que vous ne savez pas comment faire.

Embarrassée, Saori ne répondit rien, le regard fuyant.

- Mais vous avez déjà eu envie de le voir nu, au fait ? Ou de l'embrasser ?

Seul le silence lui répondit, mais des joues s'empourprèrent rapidement.

- Je... je ne sais pas trop.
- Mais vous aimeriez bien quand-même ? Non ? Si vous vous imaginez en train de passer lentement sa main sur sa peau, mettons, pour aller de l'épaule à son torse ? Ou pour embrasser son dos ? Vous ne vous êtes jamais demandé s'il avait des fesses un peu fermes ?

June ne saisit pas bien la réponse de Saori, qui ressemblait plus au couinement d'une souris surprise en train de grignoter, mais en supposa le sens. Elle n'avait pas spécialement eu envie de venir ici et ne l'avait fait que pour faire plaisir à Shun, mais maintenant... Elle se disait qu'elle allait s'offrir une petite distraction perverse qui la vengerait un peu des années terribles que le Sanctuaire lui avait fait subir.

- Est-ce qu'au cours de vos nombreuses vies vous avez été formée au maniement des armes ?

Quelque-peu désarçonnée par le changement de sujet, Saori opina du chef sans comprendre où June voulait en venir.

- Les statues qui vous représentent avec une lance, c'est authentique ? Je veux dire, vous avez manié la lance ? Ou le xiphos ?
- ... Oui ?
- Vous vous souvenez comment les manier ?
- Oui ?
- Eh ben vous avez déjà plus ou moins fait la moitié du chemin.
- Quoi ?
- Bon, imaginez que je tiens une épée à deux, mains, comme ça. Faites comme moi.

Plongée dans une totale incompréhension, Saori regardait June avec une expression incrédule dont cette dernière se régalait sans le montrer. Puis elle mima le fait de tenir un objet, imitant celle-ci.

- Maintenant, doucement, j'utilise une de mes mains pour assurer ma prise sur le bas de la poignée. D'accord ?
- Oui... ?
- Puis je monte doucement l'autre main le long de la poignée. D'accord ?
- Oui... ?
- Puis je redescend, la main du bas reste ferme, l'autre se fait très douce, comme ça.
- Je... oui ?
- Et je continue comme ça pendant un moment. Un peu plus vite, un peu plus lentement. Parfois en serrant la poignée plus fort, parfois en ne faisant que l'effleurer. Oui voilà, vous avez l'idée, il va falloir vous entraîner un peu mais c'est un bon début.

June observait Saori répéter le mouvement avec une vive délectation qu'elle avait désormais beaucoup de mal à cacher.

- Mais je ne comprends toujours pas...
- Si vous savez manier une arme avec légèreté et dextérité, vous ne devriez pas avoir de problème pour toucher un homme.

Les mouvements continuèrent quelques secondes avant de ralentir puis s'arrêtèrent brusquement. La bouche de Saori s'agrandit de telle sorte qu'elle parut pousser un cri inaudible, ce qui était sans doute le cas. Contente d'elle, June regarda la déesse de la guerre trembler de honte et rougir comme elle ne l'avait jamais vue au point que des larmes commencèrent à poindre.

- J... June... ce n'est... ce n'est vraiment pas... gentil...
- Essayez maintenant d'imaginer que cette épée est douche, chaude, vibre sous vos doigts et appartient à Seiya.

Nouveau couinement, à la suite duquel les mains disparurent derrière le dos de Saori.

- Je voulais des c... des conseils ! Pas ce genre de...
- Et pourtant maintenant vous n'allez plus cesser d'y penser.
- June ! Voyons !
- Ah ! Une dernière chose, toujours avoir des mouchoirs à portée de main. Pour essuyer !

Interdite, Saori regarda June se lever avant de lui poser une main sur l'épaule.

- Mais enfin !
- Athéna. Le fait même que vous réagissiez comme ça est une preuve que cette idée ne vous répugne absolument pas. Et que vous en avez probablement très envie. Où, quand et comment, ce sera à vous de le décider. Avec qui je me doute bien. Je vais vous laisser ce petit sac, il y a de la documentation. Que je vous prierai de bien vouloir consulter.

June fit quelques pas puis sembla se raviser et revint en arrière pour se pencher et murmurer à l'oreille de Saori.

- Ah et il n'y a pas de norme en la matière. Si ça n'arrive qu'une fois tous les deux mois mais que vous en êtes contents tous les deux, il n'y a aucun problème. Si vous le faites tous les jours ou presque comme moi, c'est bien aussi.
- June ! Je... Tous les jours ?

Cette réaction fit pouffer June.

- Les jeunes chevaliers ont une bonne endurance. Et ils sont musclés. Et en excellente forme. Bon, allez, je pense que Tatsumi doit trouver le temps long, je vais vous raccompagner. Vous allez sans doute vouloir passer aux toilettes pour vous calmer un peu ?

Les deux jeunes femmes sortirent du bureau qui ne leur était pas destiné et, passé un temps de "réflexion" qui permit à Saori de se redonner une contenance, elles retournèrent à la réception où cette dernière se précipita pour réclamer une boisson glacée qu'elle conserva contre ses joues, prétextant d'un coup de chaud. June avait disparu aussi vite qu'elle était apparue et elle ne savait pas si elle devait la remercier pour cela. De son côté et beaucoup prosaïquement, June pestait contre son amant qui refusait d'assumer sa vie sexuelle tout en se permettant d'intervenir dans celle des autres. Mais enfin, au moins c'était amusant. Et puis quoi qu'il fasse elle l'aimait, se dit elle alors qu'elle commençait à réfléchir à ce qu'ils allaient bien pouvoir manger le soir.

Rentrée au manoir, Saori finit par ouvrir le sac que June lui avait laissé pour en découvrir le contenu avec appréhension. Il contenait ce que d'aucun aurait considéré comme du savoir de base en la matière, mais aussi quelques articles qu'elle ne prit, fébrile et en sueur, dans ses mains qu'après s'être assurée que la porte de sa chambre était fermée à clé, les rideaux tirés. Il y avait notamment un coffret de films, accompagné d'une petite note manuscrite de June dans un japonais mal assuré qui lui disait que ça ne reflétait PAS la réalité mais que, comme ç'avait été produit par deux femmes, c'en était beaucoup plus proche que bien d'autres choses. Il y avait aussi quelques romans et magazines dont les couvertures la laissèrent sans voix. Le lendemain, la déesse de la guerre se réveilla plus tard et avec moins d'heures de sommeil que d'habitude, les yeux un peu fatigués et incapable de détacher ses pensées de ce qu'elle avait vu. Et encore moins, se rendit-elle piteusement compte, de ce qui lui restait à voir. À la fois honteuse - et même atterrée par sa propre curiosité -, fascinée et reconnaissante envers June mais sans vouloir l'admettre, Saori eut beaucoup de mal à se concentrer sur ses tâches habituelles.