Titre : Une simple histoire d'amour
Disclaimer : je suis pas l'inventeur de l'univers de Saint Seiya, je fais pas ça pour la thune (mais pour la gloire et les filles faciles).
Cette histoire s'intercale entre plusieurs autres de mes récits, qui ne sont pas indispensables à sa compréhension mais la faciliteront sans doute (ou alors c'est que c'est mal fait :-) ).
De son côté, Seiya s'en était beaucoup voulu d'avoir montré un moment de faiblesse à Saori. Conscient qu'il n'était qu'un être humain mais vexé et malgré tout profondément chamboulé par sa vie personnelle, il ne savait pas comment gérer cette crise. Aussi se replia-t-il très vite sur son appartement où il reçut un coup de téléphone de son amie Miho, affolée. Désemparée et assez paniquée, elle l'appelait à l'aide. Il s'avéra que plusieurs soucis s'étaient accumulés et que le tonnerre grondait au sujet de l'orphelinat. Outre des problèmes de financement désormais assez conséquents, se posaient désormais des soucis administratifs et techniques. L'évolution de la législation avait fait faire un bon au niveau d'exigence des autorités. Le bâtiment ne répondait plus à certaines normes, était vétuste voire dangereux à certains endroits et, surtout, Miho venait de recevoir un camouflet en apprenant qu'elle n'était pas qualifiée pour gérer un établissement. En effet, si elle avait bénéficié du soutien de l'ancienne direction pour obtenir un certificat professionnel lui permettant de rester y travailler en raison de son évidente motivation et de son excellente gestion des enfants, une équipe de fonctionnaires envoyée par le ministère s'était étonnée qu'elle puisse diriger l'établissement sans jamais avoir passé les diplômes requis. Miho faisait de son mieux mais plusieurs bourdes administratives avaient braqué les projecteurs sur elle. Et elle était terrifiée.
Seiya vint donc l'aider du mieux qu'il put, en tant qu'homme à tout faire puisqu'il avait échoué à obtenir quelque diplôme que ce soit. Mais il se rendit très vite compte qu'il n'était pas l'homme de la situation. Le bâtiment était en effet très dégradé et avait semble-t-il été construit de manière quelque peu expéditive. Il se souvenait qu'enfant, il jouait à lancer une balle sur le faux plafond quand il n'arrivait pas à dormir, ce qui finissait toujours par lui attirer des réprimandes du personnel ainsi que, l'apprit-il, de petit bouts d'amiante qui tombait sur son lit. Après avoir demandé ce dont il s'agissait, il se dit qu'il ferait peut-être mieux de prendre rendez-vous chez un médecin, au cas où...
Les problèmes auraient pu être résolus un peu plus facilement s'il avait fait appel à la Fondation, mais ni lui ni Miho n'y étaient favorables. Cela n'aurait signifié qu'une chose : qu'ils n'étaient pas capables de se débrouiller seuls et qu'ils devaient tout à Saori. Au fil des semaines, il devint vite clair que ces problèmes dépassaient désormais leurs compétences personnelles et qu'ils ne pourraient y arriver seuls, aussi motivés soient-ils. Seiya n'avaient pas les compétences techniques pour organiser des travaux répondant aux normes, ni même pour comprendre le contenu des textes, et Miho était tétanisée à l'idée de faire face au personnel de la commission qui, bien que relativement bienveillante et s'efforçant de les aider à arranger les choses, ne pouvait que constater que la situation leur échappait. Seiya n'oublierait jamais cette fin d'après-midi où, à la fin d'une réunion passablement pénible au cours de laquelle Miho, le visage livide et presque tordu de douleur, eut beaucoup de mal à parler alors que l'ensemble du personnel se reposait entièrement sur elle, le couperet finit par tomber : un administrateur provisoire allait être désigné pour tenter de redresser l'établissement. Malgré la sympathie évidente de la commission qui fustigea essentiellement la négligence de l'administration qui n'avait jamais nommé de nouveau directeur, Miho resta silencieuse et prostrée, ne pouvant faire guère plus que hocher la tête. Sitôt la réunion finie, elle s'éclipsa.
Seiya ressenti beaucoup de colère pour le reste du personnel qui sembla soulagé, mais était forcé de reconnaître que la situation ne pouvait plus durer. Une fois le soir arrivé et son travail fini, Seiya chercha Miho en vain. Il la découvrit dans les toilettes d'une annexe, prostrée, le regard vide. Ne sachant pas du tout comment gérer cette situation, il tenta de lui parler doucement. N'obtenant aucune réaction, il mit genou à terre et posa sa main sur la joue de Miho qui sursauta.
- Tu ne dois pas t'en vouloir, Miho. Tu as fait tout ce qui étais en ton pouvoir. Tu n'as strictement rien à te reprocher.
- Cet orphelinat c'est ma vie Seiya ! Tu peux pas comprendre ! Tu ne sais rien ! Toi tu t'en fous, t'as la belle vie, t'as à te soucier de rien, t'auras jamais à t'inquiéter de ton salaire, t'auras jamais à passer des entretiens, t'auras...
Miho s'arrêta brutalement. Ses propos avaient fait mouche, même si Seiya s'efforça de ne pas le montrer. Il hocha doucement la tête et répondit à voix basse.
- Oui. Je sais.
- Je... non ! Pardon ! Excuse-moi ! Je suis désolée ! Pardon, Seiya, pardon !
- ... C'est pas grave.
Il se redressa, un peu blessé malgré tout.
- Ça va aller ? Je vais te raccompagner si tu veux.
- Non, je suis de permanence ce soir, je peux pas.
- Ok. Je vais y aller.
Seiya se retourna et se dirigea vers la sortie, contrarié, mais s'arrêta net quand Miho cria son nom. Il l'entendit courir vers lui pour le prendre dans ses bras, en larmes.
- Seiya, je suis désolée ! Je te demande pardon. Qu'est-ce que je vais faire ? Où est-ce que je vais aller ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Les enfants ont encore besoin de toi. Tu n'as pas été virée !
- Ils ont dit que je devrais cesser mes activités dès le mois prochain !
- ... Tes activités d'encadrement ! Ils n'ont pas dit que tu devais partir, tu n'as pas été renvoyée, Miho.
- ... Quoi ?
- Tu restes employée de l'orphelinat, c'est juste que tu n'es plus directrice.
Stupéfiée, Miho se couvrit le visage des mains. L'anxiété et le stress l'avaient empêchée d'écouter sereinement ce qu'on lui avait dit et elle avait gravement insulté Seiya en prime. Celui-ci se retourna, posa ses mains sur les épaules de son amie et s'efforça de la rassurer.
- Tu as essayé, tu as lutté de toute tes forces, maintenant c'est quelqu'un d'autre qui va prendre le relai. Tout va bien se passer, ne t'inquiète pas.
Pour toute réponse Miho fondit en sanglots et lui passa les bras autour du cou.
- J'ai eu tellement peur de tout perdre !
Seiya serra à son tour Miho dans ses bras, quelque peu gêné. Il n'était pas bien sûr de l'avenir de leur orphelinat, l'aspect financier lui échappant totalement mais il avait bien compris qu'il était loin d'être assuré. Mais pour l'heure il lui fallait calmer Miho car elle ne ferait que communiquer son anxiété aux enfants, sinon. Malgré tout, alors que son amie se cramponnait à lui, il prit également conscience avec un vif embarras que l'adolescente qu'il avait connu était devenue une jeune femme. Et il sentait soudainement une poitrine se presser contre lui. Malgré tout le respect qu'il avait pour Miho, cela ne le laissa pas de marbre. Pis, il se mit à penser à Saori alors qu'elle était sortie de son esprit depuis quelques temps. Elle était bien plus fournie que Miho, ça devait se sentir encore plus, non ? Se giflant mentalement, il lutta pour faire le vide dans son esprit et faire redescendre ce qui n'aurait pas dû monter en ces circonstances. Heureusement, Miho le lâcha pour essuyer ses larmes. Il en profita pour s'éloigner un peu et lui tendre un paquet de mouchoirs en papier.
- Merci, Seiya ! Heureusement que tu es là pour moi !
Troublé, il se contenta de répondre au sourire ému de Miho en se frottant le nez et en haussant les épaules.
- C'est rien, c'est normal.
Les jours suivants furent étranges, tout le monde étant plus ou moins rassuré à court terme. Il n'était pas question de fermer l'orphelinat, quelqu'un allait venir prendre la situation en main. Ils reçurent rapidement un avis mentionnant le nom du nouveau directeur provisoire, qui débarqua deux semaines plus tard. À la grande surprise de Seiya, il découvrit un jeune homme de son âge. Renseignement pris il s'agissait d'un futur directeur d'établissement pour qui l'orphelinat représentait une occasion de faire ses preuves et de valider son expérience ou son changement de grade, il ne savait plus trop. Sympathique, il s'efforça d'apaiser les craintes du personnel et commença par faire le tour de l'établissement et consulter sa paperasse. Il s'avéra que Miho, s'entendant finalement très bien avec le directeur, avait relativement bien tenu l'affaire mais qu'elle avait négligé certains aspects. Il fit venir des entreprises qui établirent des devis concernant des travaux nécessaires. C'était cher mais compte tenu de l'impossibilité de les éviter et de la fermeture de deux autres centres de la région, il n'y avait plus d'autres choix que de les faire faire. Il fallut donc réorganiser l'établissement pour vider progressivement certaines pièces, ce pour quoi Seiya était l'homme de la situation, mais aussi de faire l'inventaire de ce qu'elles contenaient. L'équivalent de plusieurs bennes de paperasses datant de l'orphelinat avant son déménagement à l'emplacement actuel, du mobilier cassé, des produits d'entretien périmés, de la literie rongée par les mites (et parfois non lavée, constatèrent-ils). Bref, beaucoup de choses à porter et à évacuer.
Le travail se déroula à peu près bien, Seiya n'ayant aucune difficulté à soulever tout ce fatras, savourant l'expression incrédule du jeune directeur - qui tentait vainement de faire bonne figure - et se plaisant à jouer les modestes. L'occasion aussi de prendre de plus en plus conscience de Miho qui, sa nervosité retombée, accusait le coup et était clairement fatiguée. Donc sujette à tourner de l'œil et à tomber. Heureusement pour elle, Seiya veilla à ce qu'elle ne se fasse pas mal, mais malgré toute sa bonne volonté il lui arriva plusieurs fois de la rattraper in extremis en se rendait compte que sa main palpait des formes qu'il avait désormais du mal à ignorer. L'entêtement de Miho à vouloir tout faire et monter en haut des échelles instables qu'on lui avait interdit de gravir apprit aussi à Seiya à ne pas regarder vers le haut. Certes on était en été, sous les combles et il faisait chaud, mais les petites robes laissaient apercevoir plus que ce qu'elle ne pensait. Et même si elle s'en rendit compte et passa aux shorts, Seiya eut toutes les peines du monde à ignorer le derrière qui bougeait devant lui. Il eut l'impression à quelques reprises que Miho en était consciente et il se demanda pourquoi elle ne faisait rien à ce sujet. Il avait noté qu'elle était devenue un peu plus tactile, taquinant plus souvent Seiya et le directeur et posant parfois sa main sur leur torse en prétextant de s'appuyer pour remettre sa chaussure.
Cette étalage d'anatomie le perturbait, surtout venant de celle qu'il considérait comme une bonne amie, presque une petite sœur. Il se rendit également compte avec une gêne plus grande encore que certaines adolescentes de l'orphelinat traînaient de plus en plus autour de lui et venaient lui parler. Il n'y fit pas attention au départ, mais certaines le dévoraient des yeux et commencèrent à multiplier les sous-entendus, demandant à pouvoir toucher ses biceps saillants. S'il avait pris ça comme un jeu au départ, des enseignants puis Miho le prirent très vite à part pour le prier de garder ses distances. Certaines jeunes filles avaient atterri ici suite à des histoires traumatisantes et leurs comportements vis-à-vis d'un jeune homme n'étaient pas forcément sain. Et même si leur intérêt pouvait l'être, elles restaient des mineures. Il prit beaucoup plus au sérieux ces avertissements lorsqu'il commença à retrouver dans les poches de sa tenue de travail des sous-vêtements, certains portant des traces d'activité manuelle.
Embarrassée, Miho n'eut pas d'autre choix que de mettre le directeur au courant. Conscient des risques de dérapages, ce dernier ordonna à Seiya de ne plus croiser les jeunes filles et de se concentrer sur les tâches techniques. Histoire de briser la dynamique dangereuse qui était en train de s'installer, il envoya Seiya effectuer des tâches dans un autre service et le pria de poser une semaine de congés après. Pour ne rien arranger, il tomba malade à cause de la quantité de poussière remuée (et souhaita vivement qu'il ne s'agissait pas de l'amiante) juste avant et dut rester au lit une semaine. Lorsqu'il fut en état de sortir, il en profita pour passer au manoir pour prendre des nouvelles, espérant que Saori ne lui battrait pas froid pour son absence. Il tomba sur elle en arrivant et la trouva un peu distante, à l'air triste, légèrement irritée.
- Saori ! Ça n'a pas l'air d'aller ?
- Ce n'est rien, Seiya, juste de la fatigue.
- Vous sortez ? Vous avez besoin d'une escorte ?
- Non. Ce n'est qu'une obligation mondaine, tu n'as pas à t'en inquiéter. Ah non !
Par malchance, le talon de la chaussure que Saori venait d'enfiler s'était rompu net, la faisant trébucher. Visiblement de mauvaise humeur, Saori regarda la chaussure puis la jeta dans un coin avant d'en prendre une autre, récupérant le chausse-pied qu'elle venait de déposer et posant le sien sur le banc prévu à cet effet. Seiya découvrit que Saori portant une robe fendue qui, conséquence du mouvement, découvrit la cuisse gainée de soie de la jeune femme. Il ignorait totalement qu'elle pouvait porter des bas et n'arriva pas à détacher son regard de sa peau nue et de la dentelle qui l'enserrait. Pis, l'espace d'une fraction de seconde il crut apercevoir de la dentelle logée plus en amont de ses jambes et, remontant les yeux, posa son regard sur la poitrine de la déesse. La réaction fut immédiate et Seiya pivota tant pour poser ses yeux sur le parquet que pour que ceux de Saori ne se posent pas sur le phénomène qu'elle avait involontairement provoqué. À l'insu de Seiya, Saori avait pourtant bien perçut le mouvement mais, le prenant comme une marque de désintérêt ou de refus de lui parler, en fut légèrement blessée. Peinée, elle enfila l'autre chaussure et s'empara de son manteau.
- Je ne sais pas trop à quelle heure je reviendrai, je ne pourrai pas manger avec toi.
- Ah, heu... c'est pas grave, je venais juste prendre des nouvelles.
- Je dois y aller.
- Heu, soyez prudents, sur la route.
Saori partit sans répondre, laissant sèchement Seiya derrière. Non sans que lui ne jette instinctivement un dernier coup d'œil sur le sien, se demandant si elle portait des robes aussi moulantes avant. Mais il avait tout autant conscience qu'il n'avait pas été reçu des plus chaleureusement et en fut peiné. Rentrant chez lui, il se posait de plus en plus de questions quant à la gente féminine. Il s'ennuya fermement, ses frères étant par ailleurs à l'étranger ou occupés et rêva plusieurs fois de Saori et Miho, dont les présences oniriques devaient de moins en moins à son passé douloureux et de plus en plus à son présent stimulé. Lorsqu'il put revenir à l'orphelinat, les travaux allaient bon train et plusieurs pièces avaient été terminées. Il fallait désormais jouer aux chaises musicales en déplaçant le mobilier restant d'une pièce à l'autre pour pouvoir entamer la suite du chantier. Il se rendit toutefois compte assez vite que quelque-chose avait changé. Miho gardait sa bonne humeur mais était désormais trop occupée pour discuter avec lui. Il n'en prit pas ombrage, mais se retrouvait désormais un peu plus isolé. Une des enseignantes se moqua un peu de lui, lui faisant remarquer que le monde du travail ce n'était pas une réunion d'amis d'enfance et qu'on ne restait jamais tout le temps avec les mêmes, encore moins avec ceux qu'on appréciait. Mi-gêné mi-boudeur, il dut reconnaître que c'était sans doute vrai.
Il eut toutefois rapidement un aperçu de l'origine du changement quelques jours plus tard quand, prenant une pause après un énième déplacement d'armoire, il observa Miho discuter avec le directeur. Il n'était pas le plus fin des hommes et encore moins psychologue, c'était vrai. Mais il comprit immédiatement que Miho était en train de tomber amoureuse. Son attitude lui paraissait évidente, elle passait tout son temps près de lui, souriante, rosissant à l'envie et ne ratant pas une occasion de le frôler. Tournant son regard vers le jeune homme, Seiya eut l'impression qu'il n'était pas insensible à la présence de Miho, faisant preuve de nervosité et de maladresse qui attiraient de nombreuses taquineries. Assis à quelque distance d'eux, Seiya suivit également son regard et sut où il s'égarait quand Miho ne le regardait pas. Ou du moins quand il pensait que Miho ne le regardait pas car Seiya, l'espace d'une seconde, la vit distinctement adopter une posture qui mettait ses formes en valeur et lut dans son regard que c'était volontaire. Il eut l'impression aussi confuse que désagréable de voir une porte lui claquer sous le nez. S'il avait dû traduire ses pensées en paroles, il n'aurait sans doute émis qu'un "Oh..." dépité.
Les semaines passèrent et les travaux avaient bien progressé, Seiya ayant de moins en moins de choses à déplacer. Qui plus est, le directeur réussit à trouver un nouveau technicien pour remplacer deux collègues partis en retraite et qui, lui, avait de l'expérience professionnelle avec laquelle il ne pouvait rivaliser, que ce soit en plomberie, en électricité, en menuiserie, ou... en tout, en fait. Cruel rappel à la réalité et à son absence totale de formation. L'avenir semblait beaucoup moins sombre pour l'orphelinat que quand Miho l'avait appelé, et pourtant il était d'humeur morose, se sentant... laissé de côté. Un dimanche, il était allé faire un long jogging et se concentrer sur son cosmos comme il avait l'habitude de le faire pour se maintenir en forme et se dit qu'il allait proposer une promenade sur les quais à Miho puisqu'on annonçait une pluie d'étoiles filantes. Il savait qu'elle n'était pas d'astreinte ce jour-là et se rendit à la résidence où elle vivait le reste du temps. Elle appartenait à la Fondation, mais c'était pur hasard si Miho y habitait, Seiya n'étant jamais intervenu pour intercéder à sa faveur. Elle était entourée d'arbres et certains résidents du rez-de-chaussée bénéficiaient d'un minuscule jardinet privatif. Miho se plaisait à faire pousser des fleurs dans le sien et aimait les arroser le soir, aussi Seiya se présenta-t-il de ce côté là, enjambant sans façon la clôture. Alors qu'il allait frapper à la fenêtre il se figea.
"Oh... Ah bon..." aurait-il pu dire dans un mélange d'amertume, de tristesse et de gêne. La main levée et prête à cogner contre la vitre, il apercevait le dos nu de Miho qui semblait se balancer d'avant en arrière. Les yeux fermés, se mordant les lèvres, elle s'appuyait sur le torse du directeur allongé sur son canapé. Incapable de réagir et sonné, Seiya ne parvenait pas à détacher son regard de son dos et de sa chute de rein qui allait et venait. Il la vit prendre les mains de son amant pour les placer sur une poitrine qu'il ne voyait pas. Le cœur serré, il resta les regarder accélérer le mouvement et percevait leurs voix. Il sursauta en entendant Miho crier et se cabrer, ne l'ayant jamais imaginée capable de prononcer des termes aussi crus. Ce fut l'électrochoc qui le fit bouger et repartir. Bouleversé et excité en se maudissant de l'être il erra sur le port puis en ville, finissant hébété dans un parc alors que la nuit tombait et que les employés éméchés sortaient de leurs soirées passées à boire. Il n'avait pas le droit d'être en colère, ils n'étaient qu'amis, n'est-ce pas ? Ils ne s'étaient rien promis et étaient encore moins engagés dans quoi que ce soit. Et pourtant il se sentait trahi, écœuré et très triste.
- À ce que je vois ça ne va pas fort, hein ?
Seiya leva les yeux et vit Shun qui le regardait avec l'air peiné, les mains dans les poches.
- Shun ? Qu'est-que tu fais là ?
- Je vis dans le quartier, je te rappelle. Qui est assez loin du tiens. Qu'est-ce que tu es venu faire ici ?
- Rien je me baladais, c'est tout.
- Dans le quartiers des bars et des hôtesses ?
Seiya regarda autour de lui. Il n'avait pas remarqué qu'il avait fait autant de chemin. Il baissa la tête et haussa les épaules.
- C'est juste un peu de fatigue.
Shun soupira en s'asseyant à côté de lui, jetant un coup d'œil à June qui l'attendait à une terrasse voisine non sans tapoter sa montre. Il hocha la tête, il serait bref.
- Est-ce que... tu t'es disputé avec Saori ?
- Quoi ? Non voyons !
- Ah bon. Parce qu'au manoir c'est ce qui se murmure.
- Ses employés sont très cons, alors.
- Donc elle ne t'a pas jeté dehors parce que tu étais entré nu dans sa chambre en brandissant le sceptre de la victoire ?
- De quoi ?
- Non rien, c'est une ânerie.
- ... T'es con.
Prenant une profonde inspiration, Shun se tourna vers Seiya.
- Est-ce que tu envisages, à un moment, de sortir avec elle ?
- Quoi ? Ça va pas ?
- Quoi ? Elle est moche ? Elle ne te plaît pas ?
- On n'est pas...
- Elle ne t'excite pas ? Pourtant, avec la poitrine qu'elle a...
- C'est pas comme ça, je suis juste à son service.
- Seiya tu me fatigues. Elle n'a d'yeux que pour toi, elle a pris des risques insensés pour toi et seulement toi. Alors continue comme ça et elle va sans doute vraiment finir dans les bras de Solo. Ou n'importe quel héritier un peu entreprenant.
Têtu, Seiya refusait de l'admettre et tourna la tête, remarquant June à ce moment-là.
- Ah pardon, tu... vous étiez peut-être en plein rendez-vous amoureux.
- Oui mais c'est pas grave. Vu que je ne suis pas de garde ce soir c'était restaurant, pluie d'étoiles filantes et retour vite fait à la maison parce que madame n'y tient plus.
- Y a pas de toilettes, au restaurant ?
- C'est pas un problème d'arrêt pipi, Seiya...
Atterré, Shun sorti une boîte de préservatif et l'agita sous le nez de son frère avant de le ranger.
- Ah, pardon...
- ... Tu as envisagé de devoir t'en servir un jour, Seiya ?
Le silence qui suivit était éloquent.
- Tu sais... depuis qu'une certaine personne m'a forcé à vous dévoiler qui j'étais en privé, je me sens beaucoup mieux. Avoir le cœur pur, si tant est que le mien l'ait jamais vraiment été, ce n'est pas vivre comme un moine.
- T'es le seul à avoir une vie de couple, c'est pas dans la norme des chevaliers.
- Non ça c'est parce que vous êtes tous un peu cons... Shiryu et Ikki tout particulièrement mais passons.
Peu habitué à entendre de tels propos de la part de Shun, Seiya en restant coi.
- Je veux dire, à mon avis elle pense aussi à toi. Sentimentalement mais pas que. Il me paraît même plus que probable qu'elle fantasme sur toi.
- Arrête...
- Non écoute, Seiya, je dis pas ça par provocation, mais je suis persuadé que tu occupes ses rêves. Même les plus érotiques.
- Qu... tu...
- Tu n'as jamais envisagé le fait qu'elle puisse se masturber en pensant à toi ? Parce que j'imagine que dans l'autre sens ç'a bien dû se produire.
L'air gêné et la bouche pincée de Seiya était hilarants à regarder mais Shun sut réprimer son envie de rire.
- Bon allez, on y va, June s'impatiente. Seiya tu devrais vraiment aller faire un tour au manoir, elle ne va pas très bien depuis que tu es parti. Tatsumi est très inquiet, elle a l'air de déprimer.
Shun le planta là et retourna rejoindre June qui, effectivement s'impatientait et lui fit savoir qu'elle ne pourrait probablement pas attendre jusqu'à l'appartement.
- Il avait quoi, l'empoté ?
- Je sais pas mais il avait le moral dans les chaussettes. Y a dû y avoir un truc. Ils se sont peut-être disputés.
- M'étonnerait, ça nécessiterait qu'ils se parlent. Quand est-ce qu'ils vont se mettre ensemble, ces deux-là ?
- Sans doute jamais.
- ... Pourquoi ?
- Tu te rends bien compte qu'aucun de nous n'a jamais eu d'enfance ni d'adolescence normale ? Pas de scolarité, pas d'exposition au sexe opposé. Il n'a pas tort sur ce point là, Seiya. Les chevaliers que nous sommes ne sont pas armés pour la romance. Et elle non plus.
- Tu crois ?
- S'il faut en croire la mythologie et ses récits de guerres saintes, je crois qu'elle n'a tout simplement jamais... De ce que les vieux textes du Sanctuaire laissent entendre, sa présence ici-bas était toujours courte et très... éthérée. Elle était une déesse, pas une femme qu'on pouvait toucher. Et je crois que Saori n'a pas eu beaucoup d'amies à cause du vieux, je crois.
Roulant des yeux, June laissa s'échapper un râle de consternation.
- Ah la barbe, ça devient ridicule, à ce rythme-là ils vont finir par se dessécher sur place sans jamais avoir tenté quoi que ce soit. Je vais essayer de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Tu disais qu'elle devait passer à l'université ?
- Elle a une inauguration pas loin de la fac, oui. Enfin c'est ce que m'a dit Tatsumi. Y a vraiment personne, dans ce quartier.
- Ils sont tous dans les parcs ou là où on peut voir la pluie d'étoile. Du coup ce sera parfait. On fait le mur du jardin botanique ?
- ... On peut pas aller dans le parc ? Y a sûrement un coin un peu abrité.
- On risque de croiser du monde.
- Mais tu préfères ça, non ?
June laissant s'échapper un gloussement de contentement et s'agrippa au bras de son homme, ravie qu'il la comprenne si bien.
