Titre : Une simple histoire d'amour

Disclaimer : je suis pas l'inventeur de l'univers de Saint Seiya, je fais pas ça pour la thune (mais pour la gloire et les filles faciles).

Cette histoire s'intercale entre plusieurs autres de mes récits, qui ne sont pas indispensables à sa compréhension mais la faciliteront sans doute (ou alors c'est que c'est mal fait :-) ).


En parallèle à Détestation, des années avant Retrouvailles

La lumière était aveuglante et le fit sursauter. Et pourtant il savait qu'il ne bougeait pas. Il n'avait pas mal, il ne souffrait pas, il n'avait pas peur. Il se demanda s'il était mort. Mais ça ne devait pas être le cas, il ne reconnaissait pas le Puits des Âmes. Du reste c'était beaucoup trop lumineux pour qu'il s'y trouve. Il était dans un vaste espace blanc, infini. Petit à petit, des bribes de souvenirs lui revinrent. Il mit du temps à reconstituer le puzzle et se demanda ce qui s'était passé. Il se rappela finalement qu'un espèce d'angelot lui avait attrapé la tête et... plus rien. Il commença à se demander aussi depuis combien de temps il était là et...

- Saori !

Il aurait bondi sur ses pieds s'il avait eu un corps. Mais son intuition ne le trompait pas, s'il se sentait aussi bien, c'était parce qu'il baignait dans le cosmos d'Athéna. Il percevait sa colère mais aussi son angoisse. Il avait envie de la revoir. Et de lui parler. De lui tenir la main. Un peu embarrassé, il repensa aux fois où il l'avait reluquée plus ou moins discrètement et se demanda s'il en aurait l'occasion. Timidement mais sûrement, il prit conscience qu'il aurait aimé qu'elle ne regarde que lui, que ses pensées ne soient tournées que vers lui. Était-il possessif ? Sans doute. Peut-être. Ou plutôt... évidemment. Il la voulait. Pour lui seul.

Seiya n'avait pas les idées claires mais il commença à s'apercevoir qu'il perdait conscience par intermittence. Était-ce lié à l'action de Saori ? Que pouvait-il faire ? Il ne pouvait plus parler ni quoi que ce soit. Ça lui laissait l'impression de s'endormir pour un sommeil de quelques minutes avant de revenir à lui-même. Ou ce qui en tenait lieu. Il remarqua aussi que le cosmos divin qui l'entourait portait des traces de fatigue. Depuis combien de temps était-il là ? Puis il perçut aussi une impression de grande tristesse, pour ne pas dire de désespoir. Est-ce que Saori était en train de baisser les bras ? Allait-elle l'abandonner ? Non. Cette pensée lui était insupportable. Il chercha un moyen de lui venir en aide. Avait-il déjà connu pareille épreuve ? Le souvenir de Saga le privant de ses sens lui revint. Il avait déjà traversé une telle épreuve.

Incertain de ce qu'il faisait mais désormais déterminé, Seiya se concentra sur le seul sens qui lui restait, le septième. Après un moment de lutte, il eut l'impression qu'une flamme timide se rallumait en lui. Mais elle était fragile, aussi lutta-t-il et se concentrait-il sur elle. Les entrainements que lui avait fait subir Marine lui revinrent et il s'efforça de simuler des exercices de respiration, pour imiter le flux de la vie. Son cosmos augmentait lentement. À un certain stade, il lui sembla qu'il ne perdait plus conscience et que le cosmos de Saori semblait moins désespéré. Mais il ne fallait pas abandonner. Il ne sentait rien mais il avait l'impression d'accomplir une tâche titanesque. Des chatouillements, ou plutôt des bribes de sensation lui revenaient progressivement. Il crut pouvoir entendre des sons, très diffus et lointains. Ou percevoir une sensation de chaud ou de froid. Des impressions de raideur. Tout ceci était fugace et disparaissait dès qu'il ne se concentrait plus sur son cosmos. Mais si son cosmos augmentait, les sensations le perturbaient.

Bon gré mal gré, il avait rallumé la machine et percevait de mieux en mieux le monde, sans pouvoir agir d'une quelconque manière. Il lui sembla entendre des voix, puis des bouts de conversation. Il reconnut la voix de Saori, de Shun, d'autres personnes. Son cosmos se renforçant, il se mit à percevoir son corps grâce à lui, sans pour autant parler de le sentir. Il lui sembla reconnaitre ses bras, ses mains, ses jambes. À force d'efforts, il fit bouger un de ses doigts. Il lui sembla qu'on lui prit la main et qu'on la pressa, sans en être certain. Le rythme auquel son cosmos s'enflammait augmentait de plus en plus, comme s'il avait fallu attendre que le feu chauffe suffisamment pour que la bouilloire se mette à siffler. Les odeurs revinrent. Sa sueur, une forte odeur d'urine. Il devait être à l'hôpital. Et espérait que ça ne venait pas de lui. Du parfum, même ! Était-ce celui de Saori ?

Il entendit une conversation entre elle et Jabu. Oh. Il était aussi amoureux d'elle. Il s'en doutait, mais n'avait jamais voulu le voir. Le rival, l'ancien chouchou, le demi-frère. Celui qu'il avait laissé derrière, celui qui n'avait jamais terrassé de dieux. Celui qui avait un emploi. Celui qui avait couché avec pleins de filles. Il ne voulait pas se laisser dépasser. Il voulait lui dire qu'il l'aimait bien. Et lui demander comment il fallait faire avec les filles. Ou à Shun, puisque... apparemment il en connaissait bien plus que ce qu'il ne voulait leur dire.

La chaudière qu'il alimentait de son cosmos commençait à faire bouger les mécanismes du paquebot qu'était son corps. Il avait dû atteindre une masse critique mais il ne fallait pas baisser les bras et il continua ses efforts. Il sentait qu'il y était presque, il ne lâcherait rien. Et pourtant, quelque-chose semblait le restreindre, comme s'il se heurtait à un plafond invisible. Il avait beau se concentrer, tenter d'intensifier son cosmos, ça ne progressait plus.

- Aaaah... C'était donc ça !

Il perçut une présence inconnue, une voix résonnait près de lui et elle ne lui parvenait pas par ses oreilles.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? ... Ah. Ah oui ! Oui oui oui... Ah zut, j'avais oublié ce piège là, tiens... J'y étais peut-être allé un peu fort.

Luttant pour tenter d'utiliser son cosmos pour communiquer, il tenta de s'adresser à l'entité inconnue.

- Qui... vous... ?
- ... Mais... tu me parles, toi ? Tu m'entends ?
- Qui... êtes... vous ?
- ... Ah ben oui, il m'entend. Heu... bon, attends un peu, je vais voir ce que je peux faire, continue ce que tu faisais. Ça va pas être évident, je ne suis pas tout près, là.

Quelques moments plus tard, Seiya eut l'impression qu'on l'arrachait du coton et cligna des yeux qu'il ne possédait pourtant pas, retrouvant un semblant de sensation. C'était très étrange. Une main ferme se tenait sur son épaule, une autre dans son dos. Ou ce qui en tenait lieu, il ne se sentait pas vraiment matériel.

- Bouge pas. Enfin de toute façon tu ne bouges pas vraiment, c'est juste une illusion pour te donner contenance. En quelque sorte.
- Qui êtes vous ?
- Hé, continue à faire monter la puissance, sinon ça ne sert à rien !
- Qui...
- Oui j'ai entendu la première fois, merci, j'ai saisi le concept. Elle doit vraiment m'en vouloir, de ce coup-là. J'avais complètement oublié ce sceau. Ça fait si longtemps, en même temps.

Seiya eut l'impression que la limite qui le bloquait se relâchait quelque peu.

- Mais comment j'avais fait ça, moi, je me souviens plus... Ah, peut-être comme ça ? Ah oui je crois que c'était un peu vicieux.
- Où je suis ?
- Tu dois être plus à l'aise, non ?
- Oui. Est-ce que vous êtes en train de m'aider ?
- ... T'es courageux mais t'es un peu con, non ?
- Je...
- Oui je suis en train de t'aider. Enfin, disons que je répare une crasse que j'ai fait à ma propre fille. Elle a du bol que je sois tombé sur un article qui la mentionnait ainsi qu'un type ailé.
- Fille ? Vous êtes ?
- Ben son père, du coup.

Une impression de netteté s'imposa à lui. Comme s'il redevenait un peu lui-même. Et le plafond de verre se faisait de moins en moins sentir, mais il sentait que celui qui se prétendait Zeus le retenait. Un genre d'onde de choc parcourut l'inexistence où il se trouvait et il retrouva des sensations presque normales, regardant les mains fantomatiques qu'on venait de lui octroyer. Puis il se retourna, sans savoir s'il marchait sur quelque-chose de concret, et observa un homme d'âge mûr. Il lui aurait volontiers attribué des lunettes de soleil et une voiture de sport. Un peu vieux beau bon vivant qu'on retrouverait facilement affalé en terrasse, en fait. Il était quelque peu déçu.

- ... Merci. Ça fait plaisir. J'entends tes pensées, hein. Ceci dit, c'est le cas à cent pour cent, donc... bon...

L'homme lui adressa un grand sourire canaille qui le terrifia un peu.

- Vous êtes... vraiment... le tout puissant Zeus ?
- Le tout puissant vieux beau Zeus, oui, en effet. Et toi tu es... ? Non ne me dis pas, peu importe, en fait. Désolé pour tout ça.
- Où sommes nous, ô puissant Zeus ?
- Qu'est-ce que j'en sais, moi ? Dans ta tête ? Appelle ça les limbes, si tu veux. C'est un miracle que tu aies gardé conscience. Et là je n'y suis pour rien.
- Pourquoi suis-je là, ô puissant Zeus ?
- Arrête avec ça, ça va vite me fatiguer ! Bon... C'est là que je suis censé être un peu contrit. Y a... très, très, longtemps, j'ai été au pinacle de la création. J'imposais ma volonté à tous. Je jouissais sans entrave et l'univers tournait autour de ma personne. Et, de peur que ma fille n'engendre un petit-fils qui aurait eu un peu trop d'ambition et voulu répéter les schémas familiaux, j'ai posé une malédiction qui atteindrait quiconque oserait déflorer ma fille. Plusieurs millénaires plus tard, c'est tombé sur toi.
- Mais ! Je n'ai pas... on n'a pas... je ne l'ai pas touchée... jamais ! Je vous le jure, ô puissant Zeus !
- ... Ah bon. Mais du coup, comment ça s'est... ? Et je t'ai dit de ne plus m'appeler comme ça.
- Elle a glissé. Elle a heurté violemment une barre en métal, ô p... Enfin elle s'est fait mal en tombant, c'est tout.

Le soi-disant Zeus changea légèrement de tête et Seiya se demanda si c'était à cause de sa culpabilité ou de l'absurdité de la situation.

- Un peu des deux, très honnêtement. Ah bon... J'ai été alerté parce que quelqu'un essayait de briser un sceau ancien, mais je ne passe pas mon temps à la surveiller non plus. C'est très... Hem. Je n'avais pas vraiment envisagé ça.
- Mais pourquoi lui infliger ça ?
- Eh ben... comme je te l'ai dit à l'époque j'étais assez arrogant et dominateur. Et possessif. Et colérique. Je crois que je n'ai pas été un très bon père, en fait. Mais bon, par rapport au mien, il me semblait que c'était un peu mieux. Je crois. Mais peut-être pas, en fait.

Zeus se gratta le bout du nez, un peu gêné.

- Oui là, elle va être vraiment en colère. Ce serait mieux que tu remontes vite, hein. Mais, il n'y a vraiment rien entre vous ?

Un silence gêné lui répondit.

- Elle est Athéna. Je suis un de ses chevaliers. Ni elle ni moi ne voulions y penser, je crois. Ça... ça nous gênait.
- Et maintenant ?
- On... on va peut-être y penser beaucoup plus. Enfin si on peut. En tous cas moi. Si j'ai le droit ?

Zeus le regarda avec l'air interloqué. Mais quelle image avait-il laissée à sa fille ? Avait-il été un tel tyran qu'elle avait encore peur d'avoir une vie amoureuse ? Peu habitué à l'introspection, il ne savait pas trop sur quel pied danser.

- Heu... c'est-à-dire que je n'ai pas vraiment l'intention ni le droit de vous dire quoi faire. C'est vos fesses, vous en faites ce que vous voulez, hein.

Un peu choqué et désarçonné, Seiya ne savait quoi dire.

- Je veux dire, je regarde de temps à autre comment ça se passe, quand elle s'incarne sur Terre, mais je ne la surveille pas en permanence. Comment elle faisait, dans ses autres vies ? Tiens mais d'ailleurs, si ce sceau ne s'est jamais activé, ça veut dire que... T'es le premier amoureux qu'elle a ?
- ... Je ne sais pas. Nous... n'en avons jamais parlé.
- Ah. Tout ceci est franchement gênant. Elle a vécu tout ce temps toute seule ? Comme une bonne sœur ? Vu qu'elle repart d'un corps de petite fille à chaque fois, ça veut dire qu'elle n'a jamais consommé avec qui que ce soit, sinon le sceau se serait activé au moins une fois...

Zeus remarqua que Seiya ne savait plus où se mettre. Celui-là n'avait pas l'air plus entreprenant qu'elle. À ce rythme ils allaient finir en maison de retraite avant d'avoir échangé le moindre fluide... Un peu atterré mais se sentant désormais coupable, il se crut néanmoins obligé se formuler quelques conseils, que Seiya écouta avec un embarras croissant.

- Mais, t'as jamais regardé de film cochon ou quoi ?
- Je...
- Ouh là làààà... Même ma femme elle était pas aussi prude que ça.

Zeus redressa brusquement la tête.

- Merde, elle revient ! Bon allez je disparais !

Il commença à s'estomper mais une poigne de fer attrapa Seiya par le bras et l'attira en avant, où il se trouva face à deux yeux laissant soudainement voir l'infini de l'univers, chaque cil et sourcil étant un éclair miniature.

- Histoire qu'on se comprenne bien, j'ignore totalement si tu te souviendras de notre petite rencontre quand tu te réveilleras. Mais dans tous les cas, Athéna ne doit PAS savoir qu'elle a eu lieu. En aucun cas ! On s'est bien compris ?

Impressionné, Seiya hocha la tête et vit disparaître l'homme. Il crut même entendre un son de klaxon italien au loin, comme un pied de nez à l'image qu'il avait eu de lui. Seiya se concentra de nouveau sur son cosmos et sentit qu'il n'avait plus aucune limite. Alors que celui de Saori l'enveloppait, il poussa le sien à son paroxysme, guérissant les connexions nerveuses de son corps et rétablissant le fonctionnement normal de son cerveau. Et ouvrit les yeux.