Stiles n'aimait pas ce qu'il voyait. Derek lui avait ouvert un instant avant qu'il toque, mais là n'était pas le problème. Il s'attendait à ce qu'il soit là étant donné que c'était lui qui lui avait demandé de venir – pour une raison qu'il continuait d'ignorer. Mais qu'en était-il de Jackson? Peter? Isaac? Un frisson désagréable le parcourut et la tension dans son corps se fit si grande qu'il hésita grandement à avancer alors que Derek se reculait délibérément pour le laisser entrer. Et il était là, le problème. Stiles n'avait pas envie d'être là. De se retrouver au milieu de ces gens qui, bien que peu nombreux, le terrifiaient. Parce qu'il ne s'agissait que de loups-garous. Lydia n'était pas là… C'était bête, parce que même si elle était une banshee, Stiles se serait peut-être senti un peu rassuré par sa présence. Or, dans la configuration actuelle, il voyait les choses telles qu'elles étaient…

… Et constatait qu'il serait, s'il se décidait à entrer, l'humain parmi les loups. En d'autres termes bien plus parlants, la proie au milieu des prédateurs.

Le cœur de Stiles se mit à battre à tout rompre.

- Recule, lui ordonna-t-il malgré lui. Juste, recule.

Derek, qu'il ne connaissait pas autrement qu'impassible, se laissa aller à l'expression d'une certaine confusion, laquelle se peignit sur son visage avec si peu d'ambigüité que Stiles lui-même était en capacité de la voir. Mais il ne bougea pas pour autant, au grand dam de l'hyperactif. Ce dernier sentit sa peur instinctive se transformer en une terreur silencieuse – puissante, sans toutefois l'être assez pour le paralyser. Il n'osait même pas détourner les yeux de Derek pour surveiller le comportement des trois autres loups présents – loups qui ne cherchaient pas non plus à cacher leur incrédulité tant ce qu'ils voyaient était inédit.

- Je suis armé, alors recule, cracha Stiles en essayant d'arborer un air menaçant.

Mais tout ce qu'il réussit à faire fut de montrer bien plus clairement cette peur qu'il s'était pourtant promis de garder pour lui, dans la mesure où elle ne pouvait rien faire, si ce n'est le desservir. Tout son corps, bien que nageant dans ses vêtements informes habituels, montrait des signes de tension évident tandis que son visage reflétait ses émotions avec une fidélité certaine. En plus de cela, il avait pâli directement après avoir remarqué la présence de Peter, Jackson et Isaac. Difficile de faire plus démonstratif que lui à cet instant.

Derek haussa un sourcil.

- Tu es armé? Répéta-t-il, incrédule.

Du côté du canapé où se trouvaient les trois autres loups, il y eut du mouvement, auquel Stiles ne fit pas attention… Mais sa main se décala naturellement vers l'endroit où il gardait son petit canif badigeonné d'aconit. Nul besoin de réponse, son geste instinctif suffit, et il s'en rendit compte… Ce qu'il trouva automatiquement stupide puisqu'il avait ainsi indiqué où se trouvait l'une de ses armes – la seule véritable, en réalité. Putain, quel con! Se fustigea-t-il mentalement en se mordant la lèvre. Décidément, rien dans cette entrevue ne se passait comme prévu… Rien du tout. Alors, il essaya de rectifier le tir en faisant ce pourquoi il était venu: montrer qu'il n'avait désormais plus rien à voir avec la meute et que rien ni personne ne pourrait le faire changer d'avis. Il ne pouvait tout simplement pas se résoudre à rester dans un entourage dont la tête dirigeante avait vraisemblablement développé une dent contre lui, suffisamment forte pour tenter de l'agresser… L'attaquer. Attenter à son intégrité physique alors qu'il n'avait, techniquement, rien fait de mal. C'était d'autant plus impensable que Stiles savait parfaitement que le comportement de Scott n'était dû qu'à une pauvre raison, à savoir la demande un peu spéciale qu'il lui avait faite quelques jours plus tôt. La seule chose dont il avait eu peur de lui parler – à raison, finalement. Dire que l'hyperactif regrettait de lui avoir parlé était un euphémisme: il en avait tiré ce qu'il considérait comme la plus grande des leçons.

Ne plus parler de ses désirs, de ses envies les plus profondes ou alors… Pas à ses amis. Quoique pouvait-il encore considérer ces gens comme tels? Après tout, ils ne lui avaient rien fait – pour le moment. Mais si Scott l'avait attaqué sans se retenir devant eux, ce n'était sans doute pas sans raison. D'une certaine manière, il cherchait à indiquer ses intentions, la marche à suivre.

Mais alors qu'il allait parler, Stiles se figea. C'était un piège. C'était forcément un piège. Derek l'avait fait venir. Il n'était pas seul. Il avait avec lui trois loups-garous robustes qui attendaient sans doute en silence son signal pour attaquer, en finir avec cet humain pour lequel leur alpha avait développé une aversion. Cette idée lui avait bien sûr effleuré l'esprit dès le moment où Derek lui avait envoyé ce foutu message, mais… Elle ne lui apparaissait réellement qu'à cet instant comme quelque chose d'aussi concret et tangible qu'un objet.

C'est alors qu'il entendit un bruit de glissement, suivi d'un «clac» qu'il reconnut tant il était distinctif. Et c'est ça, précisément ça qui le sortit de sa paralysie soudaine. Pris d'un frisson presque douloureux, Stiles se retourna et vit Isaac, dont la main se décollait à peine de la porte. Elle était close. Pas verrouillée, mais close tout de même.

- Mais…

L'hyperactif fut incapable de prononcer le moindre mot supplémentaire, de formuler quelque question que ce soit tant il sentait l'horreur en lui s'amplifier. Pourquoi n'arrivait-il pas à réagir comme il le devrait? Mû par la force du désespoir qui se manifestait enfin, il sortit d'un mouvement vif son canif de sa cachette et s'éloigna rapidement d'Isaac et de Derek en se précipitant dans un coin de la pièce… Le tout d'une façon si pitoyable qu'il se fustigerait bien de vive voix si la peur ne le tiraillait pas autant de tous côtés. Si elle ne le muselait pas comme elle le faisait actuellement, réduisant sa réflexion et ses réactions au minimum.

On le regarda avec stupéfaction et confusion, à laquelle s'ajouta pour certains un petit quelque chose qui pouvait s'apparenter à de la peine. Et bien que l'on voie l'argent brillant de la lame et que l'on sente l'acidité de l'aconit dans laquelle elle avait été trempée, on ne prit pas réellement peur.

- Je ne veux pas qu'un seul d'entre vous m'approche, c'est clair? Demanda rudement Stiles, la voix quelque peu cassée.

Le voilà qui avait enfin réussi à parler, à dire quelque chose… Ce qu'il aurait dû faire dès le départ: montrer ses intentions et sa méfiance dans son entier. Il était hors de question qu'un seul de ces loups pense qu'il leur faisait encore un peu confiance. Si Scott l'avait attaqué sans aucune considération pour son humanité, n'importe qui pourrait le faire.

Isaac se plaça à côté de Derek, qui leva les deux mains en signe de paix et ne le lâchait pas des yeux. Peter et Jackson, eux, restaient en retrait – mais ils n'étaient plus assis sur le canapé.

- Détends-toi, lui intima Derek en faisant un pas en avant. Personne ici n'a l'intention de te faire du mal.

La terreur de Stiles ne l'empêcha pas d'esquisser un sourire nerveux et de répliquer:

- Si c'était vrai, tu m'aurais dit que d'autres seraient là. Tu ne m'aurais pas tendu ce piège…

Et c'était bête parce que de mémoire, l'hyperactif avait plus ou moins toujours fait confiance à Derek – finalement, ç'avait été une erreur, en particulier ce jour.

- Tu aurais paniqué et tu ne serais pas venu, rétorqua Peter, maintenant à quelques pas derrière son neveu.

Même s'il marqua un point en disant cela, Stiles ne lui fit pas le plaisir de le lui avouer. A la place, il tint son canif un peu plus fermement.

- Je ne veux plus rien avoir à faire avec vous, alors je vais… Je vais partir. N'essayez pas de me retenir ou de m'attaquer, ce truc est bourré d'aconit et je n'hésiterai pas à m'en servir.

Mais ses mots ne sonnaient pas comme une réelle menace tant ils traduisaient cette peur devenue terreur. Stiles ne tremblait pas encore, ce qui ne tarderait toutefois pas à venir s'il restait plus longtemps ici. Ils vont me déchirer en morceaux, pensa-t-il malgré lui. Il les imaginait facilement sortir les griffes et se jeter sur lui pour lui faire payer tous les comportements qu'ils lui reprochaient depuis la création de la meute. A cela s'ajouteraient le fait qu'il ait désiré quitter la meute et ce, sans l'aval de qui que ce soit. Quoiqu'il s'agissait de sa décision, ce qui voulait dire qu'il était censé être libre de ses mouvements, mais avec ce qu'il s'était passé avec Scott… Stiles ne savait plus comment penser de façon rationnelle et imaginer les choses sans surinterpréter chaque élément. Et tout cela à cause d'une attaque, une trahison. Peut-être la pire de toutes celles qu'il aurait pu connaître, finalement.

Stiles vit Derek afficher une plus grande surprise encore que précédemment. La peine, il la décela plutôt chez Isaac. Peter, lui, esquissa un petit sourire amusé, comme s'il ne le prenait pas au sérieux ou qu'il se moquait de lui – les deux n'étaient pas incompatibles. Et Jackson… Jackson? Où était-il? Stiles sentit vaguement un changement dans l'air, puis un souffle, derrière lui. Le rythme des battements de son cœur perdit le peu de régularité qu'il lui restait tant il s'emballa violemment. Et ce fut pire encore lorsqu'il sentit des doigts s'enrouler à une vitesse hors normes autour de son poignet. Son souffle se coupa, sa vue se flouta légèrement alors que tout ce qu'il s'efforçait de réfréner menaçait de le submerger à vitesse grand V. Sa prise sur son canif se desserra… Au fur et à mesure que la main serrait son poignet. Sans lui faire mal, mais suffisamment pour faire pression et provoquer ce geste-là.

Et la voix de Jackson s'éleva enfin.

- Si on voulait te faire du mal, on l'aurait déjà fait, Stilinski. Ton petit couteau ne t'aurait été d'aucun secours.

Puisqu'il était derrière lui, Stiles ne pouvait voir son visage à moins de se retourner, mais c'était peut-être mieux comme ça. En revanche, il l'imagina et comme le reste, il en amplifia malgré lui son interprétation. Ses tripes lui firent mal tant elles se serrèrent, et Stiles, incapable d'en supporter davantage, réussit tout juste à fermer les yeux. Il aimerait exprimer son besoin de sortir, de partir, de rentrer chez lui, mais sa bouche avait à nouveau oublié comment parler. Elle était son propre bâillon.

Stiles crut mourir lorsqu'il sentit qu'on le libérait de son sac à dos et que l'on retirait doucement le canif de sa poigne affaiblie. Le tout se fit sans violence, sans contrainte. L'hyperactif n'avait pas bougé d'un iota à cause des idées sanglantes qui refusaient de quitter son esprit bien torturé depuis l'attaque de Scott à son encontre.

Il était désormais nu à cause de la façon si tranquille dont on l'avait dépouillé de ses armes, et se sentit plus vulnérable que jamais, à la merci totale des quatre loups.