CHRONIQUES SORCIÈRES, par Rita Skeeter
Le Choixpeau magique: juge ou bourreau?
Depuis sa fondation en 476, l'école de Poudlard a vu défiler entre ses murs un nombre considérable d'élèves dont, il faut le concéder, une portion ridicule a laissé une trace dans l'Histoire. Cette propension à n'engendrer qu'une quantité faramineuse de sorciers médiocres remonte-t-elle au désaccord profond entre Salazar Serpentard, le chantre des critères de sélection rigoureux, et la sempiternelle fronde Gryffondor-Serdaigle-Poufsouffle bien plus laxiste sur le niveau des admissions? L'Histoire a répondu, répond et répondra à cette question légitime.
Poudlard a compté sur un corps enseignant aux capacités aléatoires, voire douteuses –Relire mon article édifiant sur Rubeus Hagrid, la brute épaisse sortie des bois–. L'établissement a inscrit des matières farfelues au programme et pour une fois, je partage l'avis du Ministre de la Magie Hermione Granger-Weasley lorsqu'elle affirme, je cite: «la Divination, c'est de la fumisterie!».
Quant aux directeurs, leur notoriété varie du néant total –Qui se souvient d'Eupoxia Mole dont l'œuvre unique fut une négociation avec le fantôme Peeves?–à la renommée méritée, comme celle de Phineas Nigellus Black, en passant par des personnages à la réputation surfaite –Relire mon ouvrage de référence «Vies et mensonges d'Albus Dumbledore»–.
Parfois, même, le directeur bénéficie d'une opportunité miraculeuse. C'est le cas de Minerva McGonagall dont l'accession au poste suprême n'a été possible qu'avec le décès de son prédécesseur –j'exclus la période transitoire de Severus Rogue–dans des circonstances nimbées de mystère, sources de questionnement. Pourquoi envoyer Severus Rogue à la rescousse de son «ami» Albus alors qu'elle ne lui accordait pas sa confiance? Pourquoi ne pas se charger en personne de la défense? Était-ce par manque d'entraînement au duel? Par peur? Par incompétence? Ou bien escomptait-elle une disparition opportune du célèbre sorcier?
Je ne parlerai pas du processus de recrutement des professeurs dont certains incarnent une calamité pour l'école. Dans les années 90, Poudlard a atteint des sommets de lacune et d'inefficacité avec le poste de Défense Contre les Forces du Mal. Pas un seul enseignant capable d'assurer plus d'une année lorsque n'importe quel Auror, issu du bureau dirigé par feu Rufus Scrimgeour, aurait fait l'affaire.
Je ne parlerai pas davantage du livre et de la plume d'Augurey chargés d'inscrire les futurs étudiants dès leur naissance ou du moins, lorsque la magie se manifeste; le distinguo à ce propos n'est pas très net. Le grimoire serait soi-disant impitoyable sur le niveau requis mais, quand on voit l'actuel professeur de botanique, Neville Londubat, plus connu pour ses amitiés précieuses que ses exploits loin d'égaler ceux de ses parents internés à Sainte-Mangouste, nous sommes en droit de douter.
Aujourd'hui, nous allons nous intéresser à un «personnage» de Poudlard, connu de tous, doté de parole –mais est-il intelligent?–: le Choixpeau magique.
Créé et ensorcelé par Godric Gryffondor, il a hérité d'une part d'intelligence des quatre fondateurs et a reçu pour mission d'affecter, de façon équitable et utile, les élèves dans les maisons. Chaque année, son rituel est immuable. Après avoir chanté sa petite ritournelle dont il change les paroles à chaque cérémonie, il est déposé sur la tête de chaque rejeton de première année.
Capable de Legilimancie, il analyse les pensées et les désirs des bambins innocents et les affecte de manière arbitraire. Selon le Ministère de la Magie, ce cérémonial séculaire est infaillible et incontestable. Nous avons donc tenu à vérifier ces assertions auprès de l'intéressé en personne.
Lorsque nous sommes arrivés dans le bureau de la directrice, la première chose qui nous a choqués, c'est l'aspect du Choixpeau. À l'évidence, mille cinq cents années d'utilisation intensive et de guerres subies ont malmené l'artefact magique. Il est si sale, si miteux, si rapiécé que l'on est en droit de s'interroger sur son aptitude à diriger ses cibles au bon endroit. Comme il est incapable de mentir et que sa nature le rend imperméable au Veritaserum, il a suffi de poser les bonnes questions pour tout savoir, de ses bourdes bénignes à ses erreurs monumentales.
Nous l'avons questionné à propos des figures connues du siècle écoulé. Naturellement, la première salve concerna l'envoi du jeune Albus Dumbledore dans la maison Gryffondor. Le Choixpeau a discerné la capacité à effectuer des choix courageux. Mais lesquels? Envoyer le jeune Potter, inexpérimenté, affronter un mage noir? Dissimuler sa Cracmol de sœur? Fricoter avec le tristement célèbre Gellert Grindelwald? Patienter cinq longues années avant de le combattre enfin? En effet! Quel courage!
Un homme dévoré par l'ambition avait sa place chez Serpentard et non Gryffondor. Admettons que les qualités des sorciers se révèlent sur le tard. Dans ce cas, si Minerva McGonagall a fait preuve d'un indéniable courage lors de la bataille de Poudlard, pourquoi détient-elle le titre peu enviable de Choixpeau flou, avec un record de temps d'hésitation avant la décision finale? Sa capacité de travail et sa soif d'apprendre, idéales pour Serdaigle, se sont-elles révélées lors de sa carrière monolithique? Elle n'a pas inventé la poudre de Cheminette, ni le fil à couper la mandragore en petits bouts! Comment le Choixpeau a-t-il pu l'imaginer une seconde dans la même maison qu'Ollivander, meilleur fabricant de baguettes, que Florian Fortarôme, maître-glacier irremplaçable ou que Gilderoy Lockhart, encore que ce dernier révélera des surprises mais ce n'est pas le sujet du jour.
Si certaines décisions du Répartisseur despotique sont insensées –comment ne pas avoir détecté la pourriture au fond de Peter Pettigrow, le serviteur de Vous-savez-qui–, certaines affectations ont été logiques et inévitables. Tom Elvis Jedusor, abandonné de tous, enfermé dans un orphelinat, détesté par ses camarades moldus, marginalisé, ne pouvait arriver à Poudlard qu'avec une ambition revancharde démesurée.
Doté de la terrible et maléfique aptitude à parler le Fourchelang, Serpentard incarnait l'unique maison susceptible de l'accueillir et de tenter, en vain hélas, de canaliser sa puissance et ses rêves de grandeur. La maison Serpentard, si décriée par les trois autres, aurait pu compter dans ses rangs un sorcier à la renommée internationale: Harry Potter. Oui! Le commandant des Aurors aurait dû être habillé d'argent et d'émeraude, tout comme Merlin au cinquième siècle. Le Choixpeau avait détecté en lui, toutes les qualités d'un Serpentard. Le Survivant, comme il aime se baptiser, a insisté avec lourdeur pour ne pas y aller et a été placé à Gryffondor pour des raisons assez nébuleuses. Du courage? Potter en a montré en affrontant Celui-Dont-On-Ne-Prononce-Pas-Le-Nom. Mais après? Il a capitalisé sur son nom, sa légende de Survivant et des amis bien placés ont éliminé les obstacles de sa route.
Le Choixpeau se rattrapera vite avec cette famille en battant un record absolu: le cadet des garçons Potter, Albus Severus, fut expédié chez Serpentard après une demi-seconde de temps de réflexion, alors que l'enfant n'avait pas esquissé un pas en direction de l'estrade. Une affectation expresse qui soulève des questions: Harry rejette-t-il son fils pour cette destinée? Le Choixpeau a-t-il senti une part d'ombre? Une malédiction jetée sur les Potter? Verra-t-on un jour le père et le fils s'affronter pour le titre de Sorcier Suprême? Le Choixpeau nous a-t-il vraiment tout révélé? Pourquoi aurait-il provoqué une scission dans la famille?
Cela nous a conduit à le sonder sur d'autres fratries réparties dans des maisons différentes. Les contemporains d'Harry se souviendront des sœurs Patil dont l'une alla chez Gryffondor tandis que l'autre intégrait Serdaigle. Tout s'était déroulé sans anicroche pour les fausses jumelles. Mais nous sentions que le Choixpeau esquivait la suite: des incidents avaient-ils eu lieu auparavant?
Chers lecteurs, laissez-nous vous compter la plus grosse bourde du Choixpeau: les quadruplés O'Hara. Ces quatre sorciers irlandais étaient rigoureusement identiques à la naissance. Cependant, leurs caractères et leurs capacités différaient. Ainsi, l'inscription de leur identité sur le registre de Poudlard n'intervint pas aux mêmes dates. L'un fut noté alors qu'il était âgé de six mois. Le dernier mentionné sur les parchemins le fut à sept ans. Dès leur plus jeune âge, ils cultivèrent leurs singularités.
Lorsqu'ils reçurent tous les quatre leur lettre d'admission à Poudlard, en 1686, l'entente cordiale se fendilla. Leur point de vue sur les maisons s'opposait. Ainsi, le Choixpeau envoya Connor, le brave et casse-cou, à Gryffondor, Cillian le travailleur et mesuré à Serdaigle, Sean le débonnaire et sympathique à Poufsouffle tandis que Cormac le petit malin, toujours prêt à jouer des tours pendables, atterrit chez Serpentard! L'affaire aurait pu en rester là et leur scolarité se dérouler sans encombre. C'était mal connaître ces loustics. Comment le Choixpeau avait-il pu exacerber leurs différences alors qu'il avait lu en eux qu'ils avaient un point commun et non des moindres: une aisance héréditaire sur un balai et une dextérité hors du commun. Dès la seconde année de Poudlard, ils passèrent avec brio les épreuves de recrutement pour les équipes de Quidditch et furent titulaires au poste de batteur. Il ne se passa pas un seul match où le tir au pigeon n'eut pas lieu. Pendant six années, les Cognards furent envoyés avec une rage consommée sur les frères adverses.
L'usage de la baguette, interdit pendant les matchs, fut transgressé à chaque rencontre. Le record de fautes, datant de la Coupe du Monde de 1473, faillit être battu à plusieurs reprises. Le Choixpeau a admis du bout des coutures que les affecter dans une maison commune aurait sûrement apaisé les tensions et aurait resserré les liens familiaux. Pas très enclin à admettre ses erreurs, notre interviewé!
Nous avons cherché si d'autres bévues avaient eu lieu. Vous avez aimé les O'Hara? Vous allez adorer la promotion 1715. D'ordinaire, le Choixpeau accomplit sa tâche avec un certain équilibre. Mais, en 1715, Ambrose Swott, le directeur de l'école, avala sa baguette de travers lors de la cérémonie de répartition. Pour commencer, afin de mesurer la dangerosité de la méthode et du personnage / artefact, voici le texte de la chanson qu'il brailla avec moult fausses notes.
«Attention Mesdames et Messieurs,
Dans un instant ça va commencer.
Je vais faire preuve de remontrance,
Pas juste un peu mais à outrance.
J'en ai assez des coutumes, des rites
Où de chaque maison, je vante les mérites.
Cette année sonne l'heure de la vérité.
Voici les véritables qualités attendues des écoliers.
Si tu méprises les règlements,
Que tu te pavanes comme un paon,
C'est dans la maison Gryffondor
Que chaque soir, avec des vantards tu dors.
Si tu aimes étaler tes connaissances,
Que tu ne jures que par les mots savoir et bienséance,
La maison Serdaigle est faite pour toi
Et c'est elle qui t'offrira un toit.
Si tu adores fainéanter avec des amis,
Que tu es benêt, falot ou bien étourdi,
Poufsouffle te comptera parmi les siens
Et fera de toi un gentil vaurien.
Mais si tu nourris de vraies ambitions,
Que tu cultives l'efficacité, vénère les potions,
Qu'apprendre des magies inconnues
Ne fera pas de toi un malotru.
Que tu affirmes que la couardise des Serpentards
N'est que bêtise et racontar,
Alors c'est dans la plus sérieuse des maisons
Que tu t'épanouiras sans limitation.»
Si l'on mène une étude comparative entre les paroles de ces hymnes à la gloire de Poudlard, il est clair que celui de 1715 dénote et a le mérite de remettre les choses en perspective.
Chaque promotion compte une quarantaine d'élèves et l'appel les place avec justesse, en théorie, dans chacune des maisons. Mais, en 1715, le Choixpeau ne prit pas de longues minutes à lire les pensées de ses victimes. Il les expédia, une à une, chez Serpentard! Vous pensez que le directeur allait s'opposer à la répartition? Vous êtes dans l'erreur! Monsieur Swott entérina la décision, faisant preuve d'autant de folie que l'artefact lui-même! Infaillible, le Choixpeau?
L'affaire fit grand bruit et le Ministère s'en mêla. Trois médicomages, parmi les plus éminents de Sainte-Mangouste, furent mandatés et chargés d'expliquer le déraillement du Choixpeau. De l'aveu de ce dernier, il aurait contracté une «mythose», transmise par un Billywig infecté. La maladie aurait enflé la partie intelligente transmise par Salazar Serpentard, révélant le côté malicieux et manipulateur du partisan de la sécession. Mettant en doute cette explication toute faite offerte sur un plateau par ces zélés fonctionnaires, inculquée au Choixpeau, nous avons mené une contre-enquête. La dite mythose n'est actuellement référencée dans aucun grimoire de Sainte-Mangouste ou ailleurs. Nous vous avouons que nous n'avons pas été sidérés par cette information. Sûrs que Poudlard dissimulait la vérité –une vieille habitude multiséculaire–, nous nous sommes penchés sur les professeurs et les élèves de l'époque.
Vous connaissez sûrement la boutique de farces et attrapes des frères Weasley, sur le Chemin de Traverse. Des Weasley connus pour leurs facéties et leurs piètres résultats, les deux propriétaires actuels n'ayant pas achevé leur scolarité et ayant obtenu leurs B.U.S.E avec mille difficultés. Fred Weasley, tombé lors de la bataille de Poudlard et George, avaient une réputation de sinistres semeurs de zizanie, de trublions moqueurs, de violeurs de l'ordre établi et d'inventeurs de sortilèges douteux. Eh bien ces énergumènes avaient des homologues tout aussi mal élevés, rustres, méprisant les règlements en 1715. Ils avaient mis au point une potion accouplée à une formule ou incantation, un cocktail qu'ils avaient testé sur le Choixpeau magique. Ces deux étudiants de sixième année avaient déréglé l'artefact avec une facilité déconcertante.
Nous garderons nos sources secrètes mais sachez qu'un alcool fort, consommé en masse par les sorciers dans nos estaminets, était l'ingrédient principal de l'élixir qui plongea Poudlard dans le chaos. Toujours aussi fiable, le Choixpeau? Imaginez quelques instants de pauvres enfants aussi peu dégourdis qu'un Neville Londubat, envoyés chez Serpentard! Une véritable torture. Alors, le Choixpeau Magique: juge ou bourreau?
À vous de vous faire une opinion mais, à propos du professeur de Botanique en poste à Poudlard, sachez que malgré ses suppliques pour aller chez Poufsouffle, le Choixpeau le plaça chez Gryffondor.
De nouveaux examens médicaux, sérieux cette fois, ne devraient-ils pas être conduits? Le Choixpeau ne devrait-il pas passer entre les mains de briseurs de sorts? Ne devrait-on pas instituer un contrôle technique des artefacts, tous les quatre cents ans, par exemple?
L'avenir de vos enfants est en jeu.
Rita Skeeter.
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