FOLIE À SAINTE-MANGOUSTE
Au cœur de Londres, frappée par les bombes ennemies, un bâtiment aux briques rouges restait debout, miraculé. La vitrine vieillotte, barrée d'un panneau «Fermeture définitive», n'avait pas bougé depuis le début de la guerre. Au-dessus du verre intact, écaillée, une pancarte en fer blanc indiquait «Purge & Pionce Ltd».
Derrière la façade transparente, on distinguait de vieux mannequins en bois, défraîchis, un peu désarticulés. Un couple étrange, à l'allure de membres des services secrets, vêtu de costumes d'un autre temps et de gabardines, s'approcha avec un troisième larron en robe noire, ficelé et bâillonné. Le jeune prisonnier, âgé de douze ou treize ans, au maximum, était nerveux. Il tentait, à intervalles irréguliers, de se débarrasser de ses liens. En vain.
Les deux adultes trahissaient un âge avancé. L'homme, à la chevelure argentée, à la barbe tout aussi immaculée, avait la soixantaine mais en paraissait quatre-vingt-dix. La vieillesse l'avait frappé d'un coup, comme écrasé par le poids d'un événement ravageur. La femme, âgée d'au moins quatre-vingts ans, conservait des traits harmonieux et une allure folle. Elle n'avait que quelques cheveux gris dans son abondante chevelure brune et son regard noir, fatigué mais perçant, trahissait une vivacité à priori insoupçonnable. Autrefois, elle avait dû ensorceler bien des esprits humains.
L'homme s'approcha de la vitrine, se pencha vers l'un des pantins de bois et murmura:
—Nous amenons un malade.
L'objet en hêtre poli s'anima et hocha la tête. Une seconde plus tard, le trio traversa le verre comme s'il n'était que de l'eau et se retrouva dans un hall d'accueil rempli de chaises et de patients. Tout au fond, dans un renfoncement, il y avait un bureau vide au-dessus duquel il était inscrit: «Renseignements».
L'habituelle file d'attente avait disparu; à la place, trois guérisseurs virevoltaient comme des abeilles au-dessus d'un jardin botanique, ne sachant plus où donner de la tête. La guerre générait un afflux de blessés sorciers supplémentaires car leurs habitations, souvent voisines de celles des Moldus, n'échappaient pas aux bombardements allemands.
Une guérisseuse à la silhouette fine, aux cheveux courts et châtains, au regard émeraude pétillant, s'approcha des arrivants, reconnaissant ses interlocuteurs:
—Bonjour, professeur Dumbledore. Bonjour, professeur Tetenjoy. C'est un autre élève?
—Oui, Cedrella. Le troisième, répondit Albus.
Cedrella Black, née en 1917, avait été élève à Poudlard de 1928 à 1934. Nantie de ses ASPIC avec d'excellentes notes dans toutes les matières exigées pour la médecine, elle avait intégré l'hôpital Sainte-Mangouste où elle avait fait des merveilles dans le diagnostic des patients.
Elle officiait à l'accueil, aux urgences.
—Il vous a agressé, Professeur?
—Oui, répondit la femme âgée qui officiait au poste de Défense Contre les Forces du Mal depuis presque un demi-siècle.
—Comment est-ce arrivé?
Dumbledore répondit:
—Comme les fois précédentes. Aucun signe avant-coureur, une colère soudaine, des hurlements haineux, suprémacistes, baguette en main, pour finir sur une tentative de sortilège impardonnable. Qu'en est-il des autres élèves?
—Les premiers cas sont à l'isolement depuis quinze jours. Même si je ne suis pas une experte en potions, je n'en connais aucune dont l'efficacité perdurerait au-delà de deux semaines. Je pense que nous pouvons exclure un breuvage comme vecteur de contamination.
—Le professeur Slughorn est aussi de cet avis.
—Nous sommes en présence d'un sort noir.
—J'en ai bien peur.
La guérisseuse examina le gamin grassouillet, à la toison rase couleur corbeau, au regard bovin, malgré des yeux minuscules. La présence du professeur Tetenjoy exacerbait son agitation. La robe de sorcier du garçon indiquait sa maison.
—Encore un Serpentard! Mon ancienne maison est-elle visée? Professeur, ne pensez-vous pas qu'il faudrait avertir…
—… le Ministère, oui. Cela paraît incontournable. Galatea, parmi nos anciens élèves devenus Aurors, qui conviendrait pour une enquête au sein de l'école?
—Voyons… il y a bien le jeune Septimus.
—Weasley, oui. Un garçon charmant, de Gryffondor. Très doué pour briser les sortilèges, y compris ceux que j'avais mis en place pour empêcher les élèves d'aller à Pré-au-Lard en douce. Nous allons envoyer un hibou au Ministre de la Magie. Ces crises de folie n'ont que trop duré. Cedrella, pourrez-vous l'accueillir le moment venu et lui exposer les comportements et les traitements mis en place?
—Bien sûr, Professeur. Je vais vérifier si je peux être détachée quelque temps mais, vu la situation…
Elle désigna la salle d'attente pleine à craquer.
—Oui, oui. Nous comprenons.
L'année 1942 était une période charnière dans la Seconde Guerre mondiale, un véritable tournant. Après le Blitz allemand, lancé de 1940 à 1941, incapable de faire plier les Moldus anglais, grâce à l'héroïsme de l'aviation britannique, l'ennemi en conflit sur d'autres fronts essuyait des pertes et le détournait momentanément de son objectif d'invasion du Royaume-Uni.
En secret, il préparait une nouvelle arme: l'avion-bombe sans pilote. Il frapperait l'Angleterre sans engager de pertes allemandes. Cela, seuls les sorciers-voyants les plus affûtés étaient en mesure de le déterminer.
La jeune femme fit le nécessaire pour que les trois patients soient regroupés dans des chambres contiguës, isolées dans une aile dédiée, au quatrième étage, celui des pathologies dues à des sortilèges. Ils furent fermement ligotés sur leurs lits. Une infirmière fut affectée à leurs soins et à leur surveillance. Elle nota leur nom de famille sur les tableaux suspendus au pied des lits: Higgs, Pritchard et Parkinson.
Léonard Spencer-Moon lissait sa fine moustache sans cesser de tripoter ses lunettes à monture argentée. Ces tics accompagnaient toujours la lecture d'un courrier préoccupant. Nommé au tout début de la guerre mondiale moldue, le contexte lui donnait des raisons de réparer ses branches de lunettes une fois par semaine, en moyenne.
Quand l'information était déconcertante, sa jambe droite se mettait à tressauter, signe de nervosité mêlée d'incrédulité. Cet après-midi, son pied était à deux doigts de passer à l'étage inférieur.
On frappa à la porte du bureau. C'était Irma Stance, son assistante.
—L'Auror Weasley est là, monsieur le Ministre.
—Bien, bien! Faites-le entrer.
Elle exécuta la demande du plus haut dignitaire de la communauté sorcière. Septimus réajusta sa cravate et la suivit sans mot dire. Il se retrouva face au politicien qui l'invita à s'asseoir.
—Bonjour, monsieur le Ministre.
—Bonjour, Weasley. Allons droit au but! Je suppose que vous n'êtes pas au courant de l'affaire qui nous amène?
—Non, Monsieur. Le Commandant s'est contenté de m'annoncer ma convocation dans votre bureau. Il ne m'a rien dit d'autre.
—C'est parce qu'il ne sait rien. En fait, très peu de personnes savent.
—Je vous écoute.
—D'après mes sources, le comportement d'une poignée d'élèves de Poudlard est… altéré.
—Quel genre d'altération, Monsieur?
—Le genre poussant à lancer un Avada Kedavra contre un professeur.
Les taches de rousseur de Septimus fondirent dans la pâleur naturelle de son teint roux. Il déglutit.
—J'ai reçu un courrier d'Armando Dippet, co-signé des professeurs Dumbledore et Tetenjoy. Trois élèves touchés, symptômes et comportements identiques. Enquête des Aurors réclamée. Votre nom est sorti du chapeau et a été inscrit par ces éminents enseignants. Vous leur avez fait une forte impression.
Septimus accusa le coup. Sa surprise était totale. Il se reprit en vrai professionnel:
—Où se trouvent les victimes? À Sainte-Mangouste?
—Oui et elles y ont été placées à l'écart, dans l'éventualité d'une contagion. Vous abandonnez toutes les affaires en cours et vous partez immédiatement sur place pour voir de quoi il retourne. Puis, vous vous rendez à Poudlard pour enquêter et mettre fin à cette folle épidémie.
—Bien, Monsieur. Autre chose?
—Votre contact à l'hôpital est la guérisseuse Cedrella Black. Elle a la charge de ces cas.
—Black?
—Oui. Un problème?
—Aucun, Monsieur.
—À l'école, vous rendrez compte au directeur Dippet. Pas un mot à qui que ce soit d'autre à Poudlard et ici, y compris votre responsable. C'est entendu?
—Parfaitement, Monsieur.
—Bonne chance! Vous en aurez besoin. Montrez-nous ce que vous savez faire!
Léonard se leva; l'entretien était achevé. Il lui tendit un parchemin, copie Gemino de l'original envoyé par Armando. L'invité se redressa, prit le rouleau et le salua:
—Au revoir, Monsieur.
L'Auror quitta le bureau ministériel. Ses grands yeux noisette roulèrent dans tous les sens. Il resta interdit quelques secondes dans l'antichambre, devant le bureau de madame Stance. Elle manœuvrait un tampon officiel à l'aide d'un sortilège. L'objet envoûté trempait ses lettres dans l'encre rouge et imprimait «rejeté» sur chaque feuillet de la plus grosse des piles de courrier à traiter.
Faisant preuve de politesse, le jeune homme lui souhaita «bon courage» mais elle s'abstint de répondre et même de lui adresser un regard. Ce Weasley, mal fagoté, issu d'une lignée de sorciers sans le sou, ne valait pas une pause, ni même de la considération.
Septimus s'en moquait. Il était intrigué par la lettre aux trois signatures. Pourquoi lui? Il n'était âgé que de 27 ans, n'avait pas la longue expérience de ses collègues et encore moins l'aplomb ou la stature de leur commandant. Que Dippet ne sache pas résoudre ce mystère, passe encore mais Dumbledore avait toutes les qualités requises. Était-ce un test?
Il se rendit au bureau des Aurors, prit sa mallette de voyage, la remplit de différentes fioles, d'onguents réparateurs, de livres anciens et d'un traité d'arithmancie signé L. Wakefield.
Tandis qu'il bourrait machinalement le pauvre contenant à sortilège d'extension d'effets personnels, une voix grave interrompit ses rêveries.
—Alors, Weasley?
C'était Augustus Dawlish, un sorcier ombrageux, son patron depuis son intégration. Chez les Dawlish, on était Auror de père en fils. À la tête de son patron, Septimus comprit que l'intéressé s'était fait court-circuiter et que cela ne lui plaisait pas.
—Alors, rien, Patron.
—Comment ça, rien?
—Je suis tenu au secret. Ordre du Ministre de la Magie.
—Il ne doute de rien! Il ne restera pas longtemps en poste, s'il joue à ce jeu-là! 1
Le subalterne releva le menton et affronta le regard de son chef pour tenter d'en savoir plus.
—Pourquoi? Est-ce dans ses habitudes?
—Oui! Quand il ne fait pas appel à Folœil en direct, c'est Dragonneau ou un autre.
—Cette situation ne me plaît pas plus. J'aime les choses claires, le respect de la hiérarchie et des responsabilités. J'en suis vraiment navré.
—Merci, Weasley. On te revoit quand?
—Quand j'aurai solutionné l'affaire.
—Je vois.
Augustus sortit du bureau et claqua la porte. Septimus l'entendit vitupérer comme un démon au point tel qu'il insulta Merlin en personne. L'Auror n'y prêta plus attention et vérifia le contenu de sa mallette. Il contrôla le tiroir où ses objets magiques étaient rangés selon la fréquence d'utilisation.
Il prit un Scrutoscope –la base–, une Glace à l'ennemi et un petit objet transparent empli de sept bulles colorées. Haut de dix centimètres, le cylindre rempli d'un liquide argenté n'était pas plus épais que le manche d'une baguette magique. Il ressemblait au thermomètre du Moldu Galilée. Selon l'agencement des sept billes, leur position, l'objet permettait d'affiner ce que le Scrutoscope aurait détecté de manière approximative.
Nanti d'une bague tournante, il était possible de lui faire chercher un type de sortilège lié à une rune particulière. Un livret simpliste accompagnait l'objet en vente chez Derviche et Bang, mais il était insuffisant pour maîtriser ses subtilités. Rien ne valait l'expérience. Au final, il ajouta le classique «traduction avancée des runes» de Yuri Blishen.
Il contempla le fruit de sa préparation et estima être prêt. Avant de refermer le petit bagage, il relut le parchemin:
«Poudlard, le 13 février 1942
Monsieur le Ministre de la Magie,
En ce jour d'hiver, je prends ma plume pour vous exposer une terrible affaire qui touche notre école.
Entre le 5 janvier et le 10 février de cette année, trois élèves ont été pris de folie soudaine. Deux d'entre eux sont en troisième année, le dernier prépare ses BUSE. Les trois enfants appartiennent à la maison Serpentard. Dans les trois faits survenus, le professeur Tetenjoy est à la fois victime et témoin.
Leur comportement violent a conduit à leur internement à Sainte-Mangouste où, pour l'instant, nul remède et nulle explication n'ont convenu.
Par la présente missive, nous sollicitons votre aide à travers une enquête conduite par le bureau des Aurors. Étant donné que les faits ont eu lieu à Poudlard, nous souhaitons l'intervention d'une jeune recrue ayant une bonne mémoire des lieux, y compris les endroits secrets ou protégés.
Monsieur Septimus Weasley, titulaire de nombreux ASPIC obtenus avec des notes optimales, nous a semblé incarner l'enquêteur idéal dans ce cas de figure. De mémoire, il présente des talents certains pour briser les sorts et concocter des potions efficaces.
Monsieur le Ministre, je sais que vous mettrez tout en œuvre pour nous apporter l'aide requise et que vous saurez appliquer une discrétion absolue dans cette mission qui pourrait inquiéter les parents, assez éprouvés en ces temps troublés.
Veuillez croire, Monsieur le Ministre, à l'assurance de nos pensées les plus positives.
Armando Dippet, directeur de Poudlard.
Ordre de Merlin, Seconde Classe,
Docteur en Potions de Sommeils et de Rêves Heureux
Chasseur-expert de Boursouflet»
Il était touché et surpris. Le directeur Dippet n'avait jamais eu de rapport privilégié avec lui. Pas plus que Dumbledore, d'ailleurs. Cette suggestion aux allures de nomination venait de Tetenjoy. Septimus avait hésité entre briseur de sorts et Auror. Galatea s'était montrée très persuasive et un tantinet flatteuse. Les professeurs de runes et d'arithmancie s'étaient montrés moins loquaces que leur consœur. Le destin ne tenait pas à grand-chose.
Il boucla sa valise et fila jusqu'à l'ascenseur. Il prit soin d'éviter les fientes des hiboux postaux jonchant le sol, sélectionna le rez-de-chaussée et débarqua dans l'atrium. Il choisit d'emprunter une cheminée et de passer par le Chaudron Baveur. De là, il choisit la marche pour gagner Sainte-Mangouste.
À peine introduit dans l'hôpital, il découvrit son interlocutrice. C'était forcément cette créature aux yeux verts si envoûtants et aux cheveux coupés à la garçonne, suivant cette mode moldue. Qui d'autre tenterait de maîtriser une forcenée, livrée par Tetenjoy et Dumbledore?
Son identité était Evanna Vaisey. Elle était élève en quatrième année et sa maison était Serpentard. L'infirmière, une main sur sa baguette, faisait léviter la folle pour la diriger en douceur vers l'aile Janus Thickey, au quatrième étage. L'Auror s'avança. Le professeur Tetenjoy le reconnut et s'attela aux présentations inutiles.
—Oh Weasley! Déjà arrivé? Vous tombez à pic! Un autre élève s'en est pris à moi. La décimation de la maison Serpentard désespère le professeur Slughorn. Imaginez: c'est sa première année au poste de directeur. Un horrible baptême du feu. Alors, Dumbledore, vous vous souvenez de Septimus, notre enquêteur?
—Bien sûr, Galatea. Notre jeune ami détient toujours le record de découverte de sorties secrètes pour aller au Pré-au-Lard. Il allait plus vite à contourner que moi à colmater.
L'intéressé rougit et s'aperçut que ses souliers étaient maculés de suie.
—Weasley, voici la guérisseuse Cedrella Black. Elle va vous conduire auprès des malades. Je me tiendrai à votre disposition pour vous relater les quatre… accidents.
—Bien, Professeur, répondit le jeune homme avec déférence, comme s'il était toujours élève dans le collège.
Les enseignants les saluèrent et prirent la direction de la sortie. Le jeune Auror se retrouva seul, sa valise à la main, face à la minuscule médicomage. Un instant, leurs regards se croisèrent en silence et occasionnèrent un interminable moment de gêne.
—Hum… vous voulez bien me suivre?
—Bien sûr.
—Nous étions à Poudlard mais pas dans les mêmes promotions, n'est-ce pas?
—Je crois m'en souvenir, en effet, répondit-il en emboîtant son pas dans l'escalier. Je suis arrivé en 1928. Et vous?
—1931. Nous n'avons pas eu beaucoup d'occasions de nous croiser. De plus, j'étais chez Serpentard.
—Et moi dans la maison Gryffondor.
—Un vrai fossé, plaisanta-t-elle.
—Un abîme abyssal, renchérit-il.
Elle se fendit d'un petit rire nerveux ou amusé, il ne sut pas vraiment le qualifier.
—Je crois que le professeur Slughorn a impulsé plus de tempérance dans l'inimitié ancestrale, depuis sa prise de fonction en tant que directeur.
—Vous faites référence au populaire «club de Slug». Quand j'y pense, même si ce cher Horace vise à étendre son réseau de connaissances, ses repas sont une bonne chose pour faire bouger les lignes défensives des maisons.
—Je partage votre opinion. Ah… nous y voici! L'aile Thickey.
Ils pénétrèrent dans la salle fermée à clef à double tour. L'infirmière ficelait la jeune fille. Elle défit le bâillon magique de l'adolescente par Infinite Incantatem.
Dès que le Silencio fut aboli, la patiente hurla à pleins poumons:
—Rends-moi ma baguette! Harpie! Monstre! Ma baguette! Que je tue Tetenjoy!
Le grand échalas roux ne se laissa pas impressionner et s'approcha. Il tenta d'établir un contact:
—Pourquoi vouloir abattre le professeur Tetenjoy?
—Pour dominer le monde! hurla Evana, l'écume aux lèvres, s'agitant au point d'empêcher l'infirmière de lui faire ingurgiter sa potion.
—J'ai beaucoup de respect pour le professeur, elle est d'une compétence rare, mais je doute que sa mort soit un préalable à la domination du monde par une seule sorcière, qui plus est une élève.
—Je dois la tuer! La tuer! Avada Kedavraaaaaaaa!
Aux yeux de l'Auror, il était clair que l'enfant, en dépit de son jeune âge, serait en mesure de produire le sortilège impardonnable tant sa rage était consommée. L'infirmière profita du son «A» prolongé de la patiente pour lui administrer une fiole entière de potion calmante dans la bouche. Le «A» s'acheva en immonde gargouillis. La fille tenta de tout recracher mais un judicieux Oscausi fit disparaître sa bouche momentanément, la contraignant à ingurgiter le liquide poisseux.
Septimus sourcilla: l'absence d'effet dévastateur du breuvage magique était stupéfiante. Elle aurait dû être assommée de sommeil. Il connaissait cette potion, pour l'avoir déjà utilisée sur des prévenus trop agités. Elle était comme possédée par le désir absolu d'anéantir sa cible.
—Impressionnant.
—Les autres tiennent le même discours. Mot pour mot. Comme si… avez-vous déjà entendu parler d'une Moldue nommée Ada Lovelace?
—Oui. Je vois où vous voulez en venir, mademoiselle Black.
—Cedrella.
—D'accord. Septimus.
Il lui accorda un sourire éclatant. Elle coopérait et le courant passait bien.
—Je connais les travaux de cette Moldue. Elle a jeté les bases de la programmation de machineries. Le comportement des élèves ressemble à une sorte de programmation mais mentale, avec un déclencheur spécifique. Vous savez que les Moldus les plus avancés dans le fonctionnement humain estiment qu'il est possible de conditionner le cerveau et de lui faire exécuter des ordres inculqués de force, comme une liste de tâches. Ils pensent reproduire notre Impero.
—Autant les méthodes moldues me semblent légères, voire douteuses pour y parvenir…, commença la guérisseuse.
—… autant un sortilège sophistiqué, bien élaboré, pourrait déboucher sur cet Imperium tronqué.
—C'est pour cette raison qu'après l'isolement complet, j'ai écarté l'hypothèse d'une potion. Même un virus serait incapable de générer un comportement aussi bien dupliqué.
—C'est certain.
—J'ai négocié un congé spécial pour élucider cette affaire. Même si je suis persuadée que la médecine sorcière ne résoudra pas votre cas, je veux pouvoir analyser le phénomène et trouver un remède efficace pour les élèves touchés.
Il lui tendit la main droite et proposa:
—Alors, partenaires?
Elle s'en empara avec fermeté et ferveur tout en reprenant:
—Partenaires!
Le château se dessinait dans le paysage enneigé. Sa vision était toujours aussi magique. L'enquêteur n'avait pas eu l'occasion de revenir à Poudlard depuis ses ASPIC, obtenues en 1934. Sa comparse s'y était rendue en février 1940 pour une «urgence», suite à un affrontementmatch de Quidditch opposant Poufsouffle et Serdaigle. La rencontre avait battu des records de coups bas et de déloyauté.
Après avoir transité par les cheminées du Chaudron Baveur et des Trois Balais, puis parcouru la route couverte de poudreuse du village, le tandem n'était pas mécontent d'arriver à destination. Un sorcier les attendait à la grille enchantée. Il leva sa baguette et suspendit les sortilèges de protection. Les visiteurs entrèrent dans la place.
—Tiens, tiens! Ça, par exemple! Weasley!
—Bonsoir, monsieur Picott.
Apollon Picott, un sorcier de petite taille, au nez disproportionné, aux mains griffues, sales et aux yeux pareils à deux demi-lunes cendrées, était le concierge indéboulonnable de Poudlard. Piètre élève de la maison Poufsouffle, il n'avait obtenu qu'une seule BUSE avec mention acceptable: la métamorphose. Il était doué pour se fondre dans le décor, capable de modifier son apparence alors qu'il n'était ni un Animagus déclaré, ni métamorphomage.
Nommé concierge vers 1895 ou 1900 -les avis divergeaient-, il s'ingéniait à se camoufler et à surprendre les élèves sur le point d'enfreindre son sacro-saint règlement. Plus il faisait d'efforts pour leur tomber dessus, plus les contrevenants pris en flagrant délit enduraient des sanctions sévères. Septimus en gardait quelques souvenirs cuisants.
—Et vous? Étrange, je n'ai pas de souvenir de votre présence dans nos murs. Qui êtes-vous?
—Cedrella Black.
—Black? Serpentard.
—Pour ne rien vous cacher, en effet.
—Hum… par ici! Suivez-moi!
L'Auror observa le concierge. En dépit des années écoulées, Picott conservait un pas alerte. La mémoire lui revint peu à peu. L'homme possédait, selon la légende, l'une des baguettes aux appétences les plus cruelles jamais fabriquées par la maison Ollivander. Septimus répéta:
«Du bois de laurier avec de l'essence de Kappa. Inflexible et un appétit insatiable pour l'expérimentation.
Je me souviens, c'était avant que Garrick ne simplifie les cœurs de ses productions, écartant les inclusions trop versatiles.»
Il entra dans la cour à la fontaine où le directeur Dippet les attendait avec impatience.
—Merveilleux! Vous avez pu vous libérer! Je remercierai Hygea Dillinger, votre médicomage en chef. Monsieur Picott, voulez-vous bien voir avec un elfe de maison pour leur séjour?
—La petite Firsty?
—Elle est dégourdie. Elle fera l'affaire. Si vous voulez bien dîner avec nous.
—Bien sûr! dit l'invitée.
—Avec plaisir, ajouta son binôme.
—Où allons-nous loger? dirent-ils de concert.
—À l'infirmerie. Après tout, vous serez aux premières loges si par malheur… enfin! Par Merlin! Déjà quatre élèves!
L'ancien de Gryffondor grimaça. L'infirmerie n'était pas propice à l'intimité et pas vraiment un lieu de réflexion. Les relents de potion Poussos lui donneraient la nausée et lui rappelleraient ses exploits catastrophiques en balai. Le transplanage lui seyait bien plus que ce moyen de locomotion barbare, exposé à toutes les intempéries et visible des Moldus.
Le concierge les délesta de leurs maigres –en apparence–bagages après que l'Auror ait retiré deux objets du sien. Il les enfourna dans les poches de son pantalon en jersey. L'un déformait le côté gauche, à cause de sa forme en toupie. L'autre était plus discret et préréglé sur la rune ᚱ.
Son geste n'échappa pas à sa partenaire. Elle lorgna sur la petite protubérance de droite, avec un vif intérêt et cligna une fois des yeux. Septimus imagina qu'elle approuvait la tactique.
Quelques minutes plus tard, le duo rejoignait la table des professeurs dans la grande salle. Aucun des deux ne fut surpris par l'absence d'explication publique donnée par le directeur. Si Cedrella goûta à tous les plats passant devant ses yeux, Septimus se contenta de peu, gardant une pomme et une poire pour plus tard.
Par contre, il passa un temps considérable à tâtonner sa poche gauche pour déterminer si le Scrutoscope s'affolait. L'engin frémit à plusieurs reprises, surtout lorsque le regard de l'Auror s'attarda sur la table des Serpentards. Cependant, à cette distance, son expérience n'avait rien de probant.
Il revint vers sa maison d'origine, Gryffondor. Il fut surpris par une découverte hallucinante. Un élève hors norme, immense, avec une chevelure brune broussailleuse et une barbe naissante. C'était un adolescent de près de trois mètres! L'enquêteur se pencha vers madame Tetenjoy, assise à sa droite:
—Excusez-moi… De qui s'agit-il?
Il pointa le garçon du doigt.
—Rubeus Hagrid. Père moldu, mère géante. Le gamin a développé des talents de sorcier. Remarquable à plus d'un titre, n'est-ce pas?
—Extraordinaire.
—Sa nature de demi-géant lui confère des capacités stupéfiantes dans la Défense Contre les Forces du Mal.
—Il doit être difficile à stupéfixer.
—Exactement! Durant toute ma carrière d'enseignant, je n'avais jamais vu un élève aussi dur à cuire. En outre, c'est un garçon charmant, volontaire et un amoureux des créatures magiques.
—Vraiment?
—Tout à fait.
—Intéressant…
Il rangea cette information dans un coin de sa tête. Les bestioles de tous poils n'avaient jamais été sa tasse de thé. Il était aussi peu à l'aise avec elles qu'avec un balai. Connaître un demi-géant capable de manœuvrer avec les créatures magiques les plus retorses était utile à un Auror. La plupart des sorciers n'avaient aucune idée du côté vicieux de certains malfrats, capables de protéger leurs coupables commerces en utilisant de pauvres mais dangereuses bêtes innocentes.
—Pour en revenir à notre affaire, murmura Septimus à l'oreille de Galatea, j'imagine que les élèves n'avaient pas les mêmes cours précédant le vôtre.
—Non, bien sûr. Les emplois du temps diffèrent.
—Les agressions se sont-elles déroulées en début de cours, au milieu ou plutôt vers la fin?
La femme considéra la question et réfléchit. Au bout de quelques secondes, elle concéda:
—Je ne l'avais pas noté mais effectivement, dans les quatre cas, c'est arrivé à la fin, à quelques minutes près. Cela a-t-il une importance?
—Cela nous apprend que le sortilège est basé sur une accumulation de colère, une montée en puissance, avant d'atteindre son paroxysme.
—Si je devais ensorceler un objet pour tuer un sorcier, je ferais en sorte qu'il se déclenche dès que l'occasion de l'abattre se présente.
—Je réagirais comme vous, Professeur. Parce que nous sommes en mesure, grâce à notre expérience, nos connaissances, de créer un sort d'une efficacité certaine.
Les yeux noirs éteints par le temps de Galatea s'allumèrent.
—Je vois ce que vous voulez dire. C'est l'œuvre d'un sorcier médiocre ou…
—… d'un élève. Je privilégie cette piste même si je n'en écarte aucune autre.
—Un élève doué, en sixième ou septième année. Un novice ne serait pas capable.
—Détrompez-vous, Professeur. Il y a des jeunes sorciers surdoués, enclins à essayer la magie noire.
—Quelle maison?
—N'importe laquelle, y compris Serpentard.
—Vous n'y songez pas, Weasley! s'exclama Galatea. Les quatre victimes en sont issues, ne l'oubliez pas!
—C'est justement parfait pour brouiller les pistes. Avez-vous une idée du pourcentage de victimes de vol qui s'avèrent être les malfrats dans les affaires mettant en jeu une police d'assurance contre la dérobade?
—Je ne sais pas. Je dirais… 2 ou 3%.
—Un peu plus de 30%.
—30% des personnes victimes de vol sont les voleuses?!
—Eh oui! Alors, je n'exclus aucune maison.
Galatea plongea la tête dans son délicieux clafoutis aux pommes, atterrée par les révélations de son voisin. Ce dernier se rendait compte à quel point Poudlard était un lieu préservé, épargné par les vicissitudes de leur monde.
Lorsque le repas prit fin, monsieur Picott les conduisit vers leurs quartiers, à l'infirmerie, où l'elfe Firsty avait préparé de son mieux, deux petits nids douillets.
Après un échange assez bref de leurs premières impressions, ils avaient convenu de regagner leurs espaces de vie respectifs, séparés par des paravents mobiles. Ils se promirent d'écumer Poudlard, des fondations aux greniers, mètre par mètre, dès le lever.
Cedrella n'avait pas pu s'empêcher de révéler son trouble en ces lieux. Autrefois, l'école avait incarné un refuge où son esprit était en paix et son intellect poussé dans ses retranchements, pour son plus grand plaisir. Il lui avait quand même fallu trois ans avant de se révéler et de briller en cours. Avant son adolescence, elle avait été une enfant timide et docile.
Lorsque le jeune homme lui avait demandé en quoi Poudlard pouvait occasionner un trouble, puisqu'elle s'y était épanouie, elle avait avancé son ascendance, sa maison Serpentard et certaines exigences familiales pesantes quant aux pratiques, aux fréquentations.
Quelques minutes plus tard, Septimus revoyait sa soirée à table, sa séance d'observation, les réactions timorées de son Scrutoscope. Tout tournait dans son esprit et il en était ainsi à chaque enquête complexe. Les nuits empruntaient deux chemins possibles: soit il prenait une potion somnifère pour faire taire son esprit, soit il se relevait et se mettait à plancher pour avancer son travail. Il tendit l'oreille et perçut une respiration irrégulière de sa comparse. Il osa chuchoter:
—Cedrella, dormez-vous?
—Non. Impossible de fermer l'œil!
—Une exploration nocturne, ça vous tente?
—Carrément! Le temps de sauter dans mes vêtements et je vous suis.
Ils se rhabillèrent en toute hâte. Septimus nota l'heure: 22h00. Les élèves étaient couchés, les enseignants sur le point de le faire. Il ne restait que Picott, chargé des rondes nocturnes.
Deux minutes plus tard, baguettes en main, allumées avec des Lumos Maxima, une lampe à pétrole en secours, le Scrutoscope activé, le tandem déambulait dans l'escalier.
—Passons par Gryffondor, pour commencer. C'est juste à côté.
Le ratissage débuta. Le moins que la Guérisseuse puisse dire, c'est que l'Auror était consciencieux, méthodique. Il connaissait les lieux comme sa poche, les moindres interstices, les cachettes possibles, y compris dans la salle de bain des préfets, les toilettes, les remises, les placards à balais. Ils furetèrent jusqu'aux appartements des enseignants. La loge du concierge n'échappa pas à l'analyse car les élèves coutumiers des punitions auraient très bien pu y dissimuler un objet magique, au nez et à la barbe du locataire légitime, parmi la masse d'artefacts et autres bizarreries saisis lors de ses contrôles.
Les heures défilèrent sans que le détecteur de magie noire ne s'active une seule fois, avec franchise. Il y eut quelques frémissements lorsqu'ils s'approchèrent des dortoirs Serpentard. Rien de plus qu'au dîner.
Vers 3h00 du matin, après avoir sillonné tous les niveaux, tous les couloirs accessibles, ils convinrent de suspendre leurs investigations.
Ils reprirent la direction de l'infirmerie. À plusieurs reprises, ils eurent la sensation d'être épiés mais ils admirent que Poudlard était un lieu propice à la paranoïa ou bien que Peeves leur jouait un sale tour. Vers 3h15, les deux enquêteurs purent enfin clore leurs paupières pour une brève nuitée.
Après un réveil compliqué, adjoint aux suppliques de Firsty, l'elfe de maison, une toilette rapide et un petit-déjeuner expédié, le duo se remit en chasse. Cette fois, ils accédèrent à chaque dortoir, tandis que les élèves suivaient leurs cours. Ils déambulèrent dans les rayonnages de la bibliothèque sous les regards interrogateurs.
Quelques élèves leur adressèrent des salutations, d'autres osèrent demander l'objet de leur visite. Dans les deux cas, ils mentirent avec effronterie, affirmant effectuer des repérages pour la construction d'une seconde école. Ils n'omirent pas la visite de la réserve interdite où le Scrutoscope connut quelques frayeurs naturelles puisque les ouvrages qu'elle renfermait, avaient de quoi faire dresser les cheveux sur la tête.
Ils en profitèrent pour compter le nombre de grimoires afin de le comparer avec celui du bibliothécaire. Sans surprise, les chiffres correspondaient. Septimus réclama un plan de Poudlard et en fit une copie. Ainsi, il pourrait noter tout ce qui avait été examiné.
Dès qu'il avait eu la copie en mains et mis les voiles avec la Guérisseuse, il n'avait pas pu s'empêcher de commenter avec ironie:
—Si c'est ça les plans exhaustifs de Poudlard, je suis le Ministre de la Magie en personne.
—Il manque des passages secrets. Je ne devrais pas le dire mais depuis la salle commune de Serpentard, je sais qu'il y a un moyen de rejoindre le lac. Il y a une trappe sous un tapis et on atteint une sorte de siphon. Il faut plonger en retenant sa respiration mais c'est faisable.
—Hum! Je le note!
—Hey! C'est donnant-donnant! Je veux une information, moi aussi.
—La sorcière borgne, au 3e étage. Il y a un passage secret derrière. Il débouche directement chez Honeydukes.
—Oh! Heureusement que je ne l'ai pas su! J'adore les sucreries!
La confidence le fit sourire.
—Les Patacitrouilles! s'exclamèrent-ils en chœur.
—J'adore.
—J'en suis dingue.
—Bon. Qu'est-ce que nous n'avons pas examiné? Quelle salle obscure? Il y a les annexes, comme la serre?
—La tour d'astronomie. Le bureau de Dippet.
—Ce serait une pure folie de planquer un objet ensorcelé chez le directeur! En plus, pour y accéder, il faut le mot de passe et il le change assez souvent. Mais nous n'y couperons pas. Il faudra faire une demande officielle, je suppose.
—Une demande, oui, cela s'impose, admit-elle. Une demande… mais comment n'y ai-je pas songé!
—Quoi?
—Mais oui! La Salle sur Demande!
—C'est quoi?
—Septimus, c'est une plaisanterie? Vous ne la connaissez pas?
—Non, se renfrogna-t-il en croisant les bras, un poil agacé.
Elle remarqua avec amusement qu'elle avait fait mouche et enfonça le clou:
—On l'appelle la salle «va et vient». Vraiment pas?
—Non.
Elle se délecta de le faire tourner en bourrique, de jouer sur sa susceptibilité:
—C'est une pièce à sort d'extension. Elle contient des tas d'objets hétéroclites de Poudlard, pour la plupart oubliés depuis des siècles. C'est à la fois une sorte de réserve mais aussi un lieu qui peut se transformer à la demande en un endroit utile comme des toilettes ou une autre infirmerie, voire un espace pour voler. Vraiment pas?
Elle était montée dans les notes aiguës, cherchant à l'agacer.
—Ben non! Vraiment pas! Où se trouve cette salle?
—Aucune idée! l'acheva-t-elle.
—Vous plaisantez? s'empourpra-t-il.
—Absolument pas! répondit-elle avec franchise et délice.
—C'est illogique!
—Pas du tout!
—Si!
—Non! Réfléchissez…
La suggestion verbale et le ton employé furent à deux doigts de lui causer une crise d'apoplexie. Elle poursuivit comme si elle était inconsciente de son attitude alors qu'elle jouait:
—C'est une salle sur demande, nommée va-et-vient. Elle a sa propre intelligence et apparaît là où elle le veut. Elle se manifeste si on en a l'utilité pour un besoin spécifique. Un besoin physiologique et urgent et des toilettes apparaîtront derrière la porte.
—J'ai compris le principe. Mais comment fait-on pour la faire apparaître? Il y a un mode d'emploi?
—Je ne sais pas. Tout ceci n'est que de la théorie. Je n'ai jamais eu recours à cette salle au cours de mes sept années d'études.
Il tenta de dégonfler sa stratégie:
—Donc, si ça se trouve, c'est une légende!
—Non. Il y a une bande de Serdaigle qui s'y est installée pour expérimenter des variantes aux potions enseignées par Slughorn.
—D'accord. Alors, cherchons un couloir avec une bonne longueur de murs sans porte. Voyons…
Il consulta le plan. Elle en profita pour l'observer en douce. Ses oreilles étaient encore écarlates. Comment elle avait réussi à le faire monter dans les tours! C'était si amusant! Mais il n'était pas bête et il ne se laisserait pas piéger une autre fois.
—Là. Ici aussi. Et là. Mais en fait, si cette salle est dotée d'un puissant sortilège d'extension, je veux dire… créé par un des fondateurs, un simple placard à balais pourrait suffire.
Il leva les yeux vers l'angle du couloir où il s'était arrêté. Il y avait justement un tel réduit utilisé par les elfes, la nuit, pour récurer Poudlard ou pour nettoyer les âneries de Peeves jouant avec la plomberie des toilettes ou des douches.
—Il suffirait de vouloir, avec toute la sincérité, la volonté, la pureté de mon cœur qu'elle vienne s'ouvrir à la place de ce…
Le mur trembla. La minuscule porte de bois s'élargit et s'éleva. Elle se dessina à double battant, haute de cinq mètres et large de quatre. Une porte énorme, sombre, avec de nombreux clous de fixation.
—… par Merlin! Cedrella… c'est ça?
—Vous avez réussi! En le désirant. Le château se montre coopératif. Venez!
Elle ouvrit un pan et s'introduisit la première. La pièce était gigantesque, bien au-delà de leur imaginaire. Il était impossible d'en voir les limites. Elle était si haute que la voltige avec un balai était possible, à condition de slalomer entre les tours d'objets empilés.
L'Auror referma la porte après être entré dans l'espace secret. Il avait pris la forme d'un immense débarras de meubles usés, de chaises, de coffres, de bibelots divers, de livres, de parchemins, un fatras incroyable. Par moments, ils distinguaient des mouvements. De petites créatures vivaient ici: araignées, souris, petits oiseaux mais aussi des lutins de Cornouailles et même un Niffleur en maraude. C'était comme un univers dans leur univers.
—C'est… époustouflant! s'extasia la guérisseuse.
—Je n'aurais jamais imaginé… un tel lieu, un tel trésor historique! Il doit y avoir des objets anciens, des reliques, des tableaux de personnages du passé.
—De vieux grimoires oubliés, aussi. Imaginez qu'un élève soit venu ici, je ne sais pas, pour s'isoler, qu'il ait trouvé un bouquin oublié avec de la magie noire et qu'il ait expérimenté!
—Pour s'isoler… attendez…
Il fouilla dans sa cape et ressortit un parchemin sur lequel il avait noté des informations. Il lut avec attention ce qu'il avait inscrit à propos des quatre enfants internés à Sainte-Mangouste. Benjamin Higgs, Evana Vaisey, Buster Parkinson et Damian Pritchard. Trois garçons, une fille. Le criminel n'était pas sexiste. Il ne visait pas des familles riches ou occupant des postes de premier plan, à part Higgs dont le père travaillait au département des transports magiques et régulait la création des Portoloins internationaux.
—Que cherchez-vous?
—Un point commun entre eux, à part leur maison.
—Oh… pour reprendre des théories nauséabondes distillées chez mes proches parents, je dirais que les enfants ne sont pas sur la liste des 28 familles de Sang-Pur.
—Ah! La fameuse liste élaborée par Nott. Un…
—… Serpentard. Un bel imbécile! Ces histoires de Sang-Pur conduisent aux mariages entre cousins qui mènent tout droit aux tares congénit…
Septimus la fixait avec une moue dubitative et insistante.
—Euh… quoi? Vous me regardez avec un air bizarre. Vous tenez une piste?
—Non. Je me disais juste que les Black et les Weasley figurent sur cette liste idiote.
—Oups!
—Vous aimez bien, avouez-le!
—Quoi?
—Me chatouiller.
Elle éclata de rire et confessa:
—Vous avez mis du temps à réagir!
—Cela m'arrive de connaître quelques lenteurs. L'héritage familial des mariages consanguins, sûrement, ironisa-t-il.
—Hum… et sinon, que dit le Scrutoscope?
Il extirpa l'objet de sa poche de pantalon. Il était inerte.
—Rien à signaler mais l'endroit est vaste. Nous allons devoir le contrôler avec méthode.
Ils quadrillèrent, de plus en plus finement, et rien ne se passa. Mademoiselle Black finit par s'emparer du Scrutoscope et Septimus effectua les mesures plus fines avec le Thermorunoscope.
Au bout d'une heure, ils se rendirent à l'évidence: l'objet ensorcelé ne se trouvait pas dans la Salle sur Demande. Elle s'apprêtait à retourner à l'entrée lorsqu'ils éprouvèrent de nouveau cette sensation d'être observés. Ils furetèrent, se retournèrent avec rapidité, mais ils achevèrent de croire une fois de plus à la paranoïa ou à la présence de petits animaux.
—Je suis déçue. J'espérais bien que le bidule se déclencherait enfin au passage devant l'objet.
—Mais oui! Je suis étourdi. Si ça se trouve, cette chose est anodine, inoffensive et ne devient active que si on la déclenche ou on la provoque. Quelle chose pourrait… Oh bon sang! Venez! Par là, c'était par là!
Il fila comme un Jackalope tenaillé par l'arrivée du printemps. Elle le suivit à vive allure.
—Allez-vous me dire quel Billywig vous a piqué?
—Voilà! Ça!
Il désignait une énorme pièce de tissu jetée sur un meuble haut, large et peu épais.
—Cette armoire sous ce drap?
—Ce n'est pas une armoire. Regardez bien… les pointes sur les côtés, cette hauteur, cette épaisseur. Cela ne vous rappelle rien? «Je ne montre pas ton visage mais de ton cœur le désir»
—Le miroir du Risèd? Il est là-dessous? Vérifions!
Il la retint juste à temps par l'avant-bras et s'écria avec un ton autoritaire, teinté de supplique:
—Non! Ne touchez à rien!
—Ce miroir est inoffensif, à condition de ne pas…
—… y lire ce que l'on prendrait pour notre avenir. Le professeur Tetenjoy nous avait aussi fait la leçon. Voilà, pourquoi le Scrutoscope ne s'est pas déclenché. Parce qu'il faut le regarder. Si j'enlève ce voile, il va nous montrer le désir que nous avons aujourd'hui, au plus profond de nous. Ou alors… il va nous apprendre à désirer plus que tout au monde d'assassiner Galatea.
—Comment savoir? L'un de nous teste et l'autre s'assure qu'il sera maîtrisé? Si c'est le cas, je me porte volontaire pour regarder en premier. Parce que si vous êtes exposé et que vous devenez dingue, je ne saurai pas vous arrêter. Vous êtes un Auror. Avec un Optimal en Défense Contre les Forces du Mal et en sortilèges, j'imagine.
—Il n'est pas question de vérifier sans précaution et… j'ai une idée qui a déjà fait ses preuves! Il faut que nous retournions à l'infirmerie avant.
—Voulez-vous m'en dire plus?
Il jubila et lâcha:
—Oh que non, alors!
Quelques minutes plus tard, le tandem d'enquêteurs était de retour dans la Salle sur Demande. Septimus s'est emparé de toutes ses fioles. Cedrella en avait identifiées quelques-unes, soit parce qu'elle avait eu le temps d'apercevoir l'étiquette, soit parce que leur aspect était très caractéristique.
Une fois parvenus au pied du miroir, l'Auror expliqua la tactique de protection à mettre en œuvre. Il suivit le fil de son esprit.
—Pour briser le sortilège, je vais devoir l'affronter en lui faisant face. Il va me falloir une protection qui ne vous mette pas en danger. En temps normal, j'aurais un équipier pour assurer ma sécurité et m'immobiliser sans se mettre lui-même en danger. D'ordinaire, on manipule l'objet par lévitation, sans le toucher. Là, pas possible. Le Thermorunoscope va préciser quelle formule utiliser.
—Je n'ai pas tout compris. Concrètement?
—Concrètement, nous commençons par la protection mutuelle. Vous interrogez mon outil magique pendant que je récite les contre-sorts en manipulant ma baguette.
—Entendu. En quoi consiste la protection mutuelle? C'est un Serment Inviolable?
—Non, bien plus simple.
Il agita un flacon rempli d'un liquide rose.
—Quoi?! De l'Amortentia? C'est ça, votre protection?
—Tout à fait.
—C'est une blague?! Si nous avalons ce truc, nous allons connaître la sensation d'être fous l'un de l'autre et nous serons incapables d'autre chose que…
—… des gestes attentionnés, ce qui exclut toute agression.
—C'est…
—Éprouvé sur le terrain et d'une redoutable efficacité. J'ai bien sûr la potion qui annule l'Amortentia. Nous sommes entraînés à exécuter les sorts, en dépit des effets affolants du breuvage. Absorber l'antidote est assez aisé. L'entraînement!
—Vous vous amusez bien, chez les Aurors, dites donc!
—L'objectif est de désamorcer l'artefact néfaste. Le devoir avant tout.
—Hum… Alors, qu'est-ce qu'on attend pour le boire, ce liquide rose si appétissant?
Il déboucha la fiole. Des bulles rosées en forme de cœurs s'échappèrent et éclatèrent en faisant de joyeux «pops».
—Méfiez-vous. Essayez de lutter de toutes vos forces pour ne garder qu'en tête votre mission: tourner la bague des runes et observez le comportement du Thermorunoscope. Luttez contre le pouvoir du liquide.
Elle le détailla des pieds à la tête, en prenant tout son temps pour le scruter. Puis, avec un soupçon de plaisir mêlé de cruauté, elle lui balança tout de go:
—Cela ne devrait pas être trop compliqué de résister à l'envoûtement.
—Oh! s'exclama-t-il, décontenancé par tant d'aplomb.
Elle s'empara de la fiole, en but une moitié et lui tendit le reste. Il vida le contenant dans sa gorge, avala et l'observa. Il la trouva jolie. Non, exquise. Mieux: délicieuse, envoûtante. Il déglutit:
—Vous êtes si ravissante. Magnifique. Non, sublime.
—Embrassez-moi!
—Maintenant? Tout de suite?
—Pourquoi attendre?
—Nous… devons faire une chose…
—Oh ouiiiiii! Grand fou! Faisons-la, mon amour!
Joignant le geste à la parole, elle se précipita sur lui et se pendit à son cou. Au fond de l'esprit de l'Auror, une voix timide chuchota:
«Elle ne résiste pas du tout. Tire le rideau avant qu'il ne soit trop tard!»
Surpassant son désir immédiat, il se dégagea légèrement de l'étreinte, abattit l'étoffe et la jeta au sol. Il brandit sa baguette, retourna la jeune femme pour qu'elle se présente en face du miroir et attendit.
Le reflet du Risèd, les montrant tous les deux, se troubla, se remplit de noirceur, de ténèbres. Ils furent projetés au pied d'une montagne d'or. Au sommet, Galatea Tetenjoy s'agita et les défia:
—Viens me chercher si tu veux l'or! Pour lever une armée et dominer le monde! Allez! Tue-moi et tout ça viendra! Tue-moi… tue…
L'image rencontra des difficultés à rester stable. En quelques secondes, les contours de la scène se délitèrent. Le tain du miroir se para de nuances rosées. Le sortilège jeté n'était pas assez puissant pour pervertir deux sorciers adultes, préparés et solidaires, faussement amoureux. Septimus se décala et se posta derrière la jeune Guérisseuse. Il dirigea sa baguette sur le côté droit de Cedrella.
—Tournez la bague.
—Tout ce que tu veux, mon chéri! Après, tu m'embrasseras?
Il en avait envie mais son esprit n'était pas dupe et savait que c'était dû à la potion. Néanmoins, il affirma:
—Tout ce que tu voudras.
Elle exécuta la manœuvre en douceur, cran par cran, avec lenteur, avec langueur.
—Comme ça? Je le fais bien, hum?
—Merveilleux. Parfait. Comme toi.
Comment avait-il pu se laisser aller? Ses mots étaient sortis tout seul, allant même jusqu'à la tutoyer! Avait-il mal dosé sa potion? En avait-il trop bu? La fiole était-elle d'une trop grande capacité? Les bulles orange et rouge du Thermorunoscope remontèrent en flèche lorsque la bague fut positionnée en face de la rune ᛏ.
«La rune du dieu Thyr, liée à la guerre et la justice. Aller de l'avant avec la réussite au bout. La victoire, grâce au sacrifice.»
L'envoûteur du miroir avait joué avec le feu, car cette voie, escarpée, était propice à des pratiques de plus en plus noires. Il sut quelle formule prononcer.
Par chance, il était plus facile de restaurer les fonctions initiales d'un objet magique et d'effacer le mal. À contrario, rendre inoffensif un objet à la base sans magie était une tâche plus complexe. La magie noire s'arrimait avec aisance sur l'innocence mais devait lutter pour rester agrippée à la magie pure.
Seulement, il y avait un souci de taille: le Risèd les montrait tous les deux, réellement proches. S'il lançait les contre-sorts, la belle image d'harmonie amoureuse disparaîtrait. Toute la délicieuse magie s'évanouirait. Pire, ils devraient boire ce maudit antidote. En plus, il avait un goût immonde et il préférait la subtile saveur sucrée des lèvres de Cedrella et…
Tout à coup, alors qu'il secouait son esprit embrumé et psalmodiait:
—Intervere Magicum. Diffendum Nigrum Fascina. Intervere Magicum. Restituo primum…
Un sortilège fusa dans les airs. Septimus ceintura Cedrella et bascula en arrière. Ils roulèrent jusqu'à une vieille commode couverte de vaisselle. Des tirs firent exploser la céramique. Une succession de sorts d'attaque.
—Oh oui! Sauve-moi, mon héros, supplia Cedrella.
Il ne répondit pas mais s'assura qu'ils étaient à l'abri. Il se hasarda à jeter un œil et aperçut une silhouette. Les coups se succédèrent à un rythme soutenu mais Septimus en avait vu d'autres. Il leva sa baguette une fraction de seconde et fit mouche du premier coup. La cible tomba à la renverse, rigidifiée par un Petrificus Totalus.
—Bravo, mon chéri! T'es le meilleur! Le plus beau! Le plus adorable!
—Je sais, avoua l'intéressé, laissant l'Amortentia lui enfler l'égo jusqu'à plus soif.
Il se reprit et revint, seul, prononcer la fin de l'incantation pour neutraliser le maléfice. Il fut certain d'avoir réussi lorsque le reflet devint plus classique, le montrant en Commandant des Aurors. Cependant, avant qu'il ne porte attention à sa partenaire, son désir de commandement se désagrégea. Il crut ne pas en avoir fini. Le Risèd lui montra Cedrella à ses côtés et une bande de petits rouquins gambadant tout autour d'eux.
«J'ai vraiment eu la main lourde sur la potion.»
Sa partenaire, baguette à la main, s'était avancée jusqu'à l'espion responsable de l'attaque. Elle s'exclama:
—C'est pas vrai!
Elle reconnut Walburga Black, une Serpentard en septième année, un membre de sa propre famille. Elle gisait au pied de chaises usagées, sans paille. L'Auror la rejoignit et lui expliqua:
—Il est temps de boire l'autre breuvage.
—Qu'est-ce que c'est, mon amour?
—Un tonifiant pour ce soir. Hey! Ne bois pas tout!
Il dut l'empêcher de tout engloutir et attendit que cela fasse effet pour avaler sa propre ration. Son esprit s'éclaircit. Il la questionna:
—Tout va bien?
—Ouiiii! Oui. Oui… je crois. Que… que s'est-il passé? J'ai l'impression de me réveiller après une longue nuit de sommeil.
—C'est l'Amortentia, suivi de l'antidote.
—C'est… spécial, je trouve.
—En effet… Voici donc l'espionne qui tenait à nous empêcher d'agir! J'imagine que c'est elle, l'ensorceleuse, étant donné l'agressivité dont elle a fait preuve. Enfin, nous le découvrirons à l'interrogatoire.
—Je la connais.
—Vraiment?
—Elle s'appelle Walburga Black. C'est une de mes petites nièces. Je ne comprends pas. Elle nous a forcément vus, au réfectoire. Elle sait que je suis de sa famille et elle m'attaque! Et cet envoûtement du miroir? Pourquoi? Pourquoi faire du mal aux autres Serpentards?
—Je l'interrogerai pour savoir. Je vais la transporter à l'infirmerie et nous allons prévenir le directeur. Quant à la raison de son geste, j'ai bien peur de connaître la réponse.
—Quelle est-elle?
Il la considéra d'un air navré, secoua la tête en signe de négation et confessa ses convictions:
—Parce qu'ils sont des Sangs-Mêlés, indignes de figurer dans la maison Serpentard. Je suis prêt à parier que les victimes ont été culpabilisées, ostracisées, jusqu'à ce qu'elles éprouvent le besoin de se cacher quelque part. Une fois la manipulation effectuée, il ne restait qu'à compter sur leur curiosité dans la Salle Va-et-vient.
—Par Merlin! Si c'est sa motivation, c'est… ignoble! J'espère qu'elle sera sanctionnée avec sévérité.
—Je crois pouvoir affirmer que sa condition de mineure ne lui vaudra pas Azkaban. Au plus, un renvoi temporaire de Poudlard.
—C'est… scandaleux.
—La loi protège les mineurs.
Il fit léviter le corps de la jeune fille et le mit en mouvement vers la porte de la salle. Ils n'accordèrent plus d'attention au reflet renvoyé par le miroir. Il se contentait, pour une fois, de montrer la stricte réalité: Septimus et Cedrella déambulant, main dans la main, sans en avoir conscience.
La Guérisseuse confia son inquiétude:
—Comment vais-je faire pour soigner les quatre victimes? Je parie que cette écervelée n'en sait rien du tout!
—Je partage votre avis.. Mais… pourquoi ne pas essayer de leur administrer l'Amortentia, une bonne dose et de leur faire boire l'antidote quelques heures après, le temps d'être revenus à des sentiments moins belliqueux?
—Oui… oui! Ça peut marcher, mon chéri. Et… mais…
La jeune femme s'aperçut qu'ils étaient dans le couloir, que la Salle sur Demande s'était refermée après leur passage, que des élèves les croisaient en souriant comme des benêts et qu'ils se tenaient tous les deux par la main.
—Euh…
—Oh…
Ils mirent fin au contact physique. L'Auror avança une hypothèse:
—Mauvais dosage.
—Sûrement.
—J'en parlerai en réunion. Euh… Ne m'avez-vous pas appelé mon ch…
—… mauvais dosage. Ou une digestion lente. J'ai quelques soucis, en ce moment. À force de déjeuner sur le pouce aux urgences, vous comprenez.
—Tout à fait. Je souffre de dérangements, aussi. Je devrais consulter…
—Cela s'impose. Les Aurors sont soumis au stress et se nourrissent de repas expéditifs tels que des sandwichs ou des cochonneries de chez Honeydukes comme…
—Des Patacitrouilles! s'exclamèrent-ils de concert.
Walburga n'avait jamais avoué les raisons de son geste. Comme son âge interdisait l'usage du Veritaserum, l'affaire avait tourné court. Elle avait écopé d'un renvoi d'une quinzaine de jours pour manquement grave au règlement et mise en danger d'autrui. Elle avait été réintégrée grâce à quelques pressions familiales astucieuses au Ministère de la Magie.
Un soir, tard dans la salle commune de Serpentard, elle s'était approchée du jeune préfet Tom Jedusor. Elle n'avait pas dit un mot mais ne s'était pas départie de son sourire rempli de fierté, de revendication. Tom l'avait regardée et avait approuvé d'un rictus et d'un hochement de tête.
Septimus Weasley était allé consulter comme promis à Sainte-Mangouste. Il éprouvait des sensations étranges dans le ventre. La guérisseuse l'avait ausculté avec soin et considéré en parfaite santé. Juste après, elle lui avait proposé d'aller déjeuner au Chaudron Baveur. À l'issue du repas, ils 2 n'avaient pu se résoudre à se séparer.
1Léonard Spencer-Moon fut Ministre de la Magie de 1939 à 1948 faisant face aux affres de la guerre et à la reconstruction. Son attitude dans la difficulté fut louée par ses pairs.
2Septimus Weasley et Cedrella Black convolèrent en justes noces. Leur union entraîna le bannissement de la jeune Black par sa famille. Le 6 février 1950 naissait leur fils, Arthur.
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