WEASLEY 2
La tribu Weasley comptait sept enfants. Les trois plus âgés étaient à Poudlard mais Bill, nanti de ses ASPICs, en sortait pour intégrer la banque Gringotts comme apprenti briseur de sorts. À la rentrée 1989, Fred et George, les jumeaux, allaient le remplacer en tant qu'élèves. Ils rejoindraient Percy et Charlie dans les rangs de Gryffondor, comme tous les Weasley. Jusqu'ici, Arthur et Molly ne s'étaient pas fait de mouron avec leurs trois précédents rejetons. Si leurs personnalités étaient radicalement différentes, Bill, Charlie et Percy donnaient satisfaction à leurs parents en travaillant dur et en se comportant de manière exemplaire à Poudlard.
Mais en septembre 1989, les cadets entraient au collège de sorcellerie et leurs parents étaient inquiets. L'éducation des jumeaux, farceurs, complices, dotés d'un imaginaire sans limite, n'avait pas été de tout repos. Percy et Ron, le dernier des garçons, faisaient les frais de leurs blagues débridées. L'entrée à Poudlard allait-elle leur inculquer un sens de la responsabilité manifestement absent?
Ils avaient tenu à faire eux-mêmes leurs bagages et Molly avait trouvé cette attention suspecte. Juste avant le départ pour la gare de King's Cross, elle avait exigé une inspection des valises. À part quelques Suçacides et Patacitrouilles, elle n'avait rien trouvé à redire sur la composition des malles. Tout y était, y compris les plumes et les flacons d'encre noire prêts pour noter les leçons. Elle n'avait pas poussé la revue de paquetage jusqu'à ouvrir les flasques d'encre. Elle aurait dû! En lieu et place du liquide noir, sans odeur, il y avait les ingrédients nauséabonds utilisés dans les Bombabouses achetés en douce sur le Chemin de Traverse avec leurs économies. Le duo comique comptait frapper fort dès son arrivée. Néanmoins, les plus beaux coups ne se jouaient pas avec quelques spectateurs confinés à un compartiment de train. En conséquence, ils se réservaient pour plus tard.
Lorsque les élèves de première année furent rassemblés par le professeur McGonagall à l'entrée de la Grande Salle, elle leur expliqua que la cérémonie de la Répartition allait avoir lieu. Naturellement, Fred et George possédaient déjà toutes les informations sur cette étape. L'entrée se fit sous le regard et sous les applaudissements des autres étudiants. Ils furent regroupés devant le Choixpeau magique. Lorsque Minerva appela:
—George Weasley.
Le jumeau avança et s'assit sur la chaise.
À la tablée des Gryffondor, Charlie était parcouru de spasmes dans toute sa musculature impressionnante, incapable de contenir son fou rire. Percy lui mit un coup de coude pour le calmer lorsqu'il se décomposa en se tenant la tête entre les mains.
—Encore un Weasley!
Tout le monde put entendre l'habituelle ritournelle du Choixpeau lorsqu'il se retrouvait avec un membre de l'une des plus prolifiques familles sorcières. Mais, en secret, à l'intérieur de la tête de l'enfant, le discours fut tout autre.
«Très amusant, Fred Weasley!» commenta l'artefact doué d'intelligence. «Croyais-tu pouvoir me duper?»
«J'espère qu'on peut s'amuser à Poudlard!»
«Entre les nombreux devoirs des professeurs et les cours, tu n'auras guère de temps à gaspiller pour les sottises. Néanmoins, je vois en toi une force et une capacité à réaliser de la belle magie. Nul doute que tes talents nourriront ton appétit insatiable pour les inventions magiques les plus inattendues.»
—Pour toi, aucune hésitation: Gryffondor!
Le premier jumeau regagna la table des Rouge et Or.
—Fred Weasley.
Le deuxième larron, qui n'était autre que George, rejoignit la chaise pour son affectation. Juste avant de prendre place, il adressa un regard furtif amusé à son frère et tourna la tête vers Dumbledore. Albus pétillait littéralement des yeux, incapable de masquer son amusement. Il était à peu près certain que la répartition serait identique et que l'interversion des places ne changerait rien à l'histoire. Il était aussi sûr que ces deux oiseaux s'en donneraient à cœur joie pour faire tourner ses enseignants en bourriques. Dès que l'occasion se présenterait. Argus Rusard, les professeurs, les préfets auraient du fil à retordre. Cependant, l'intronisation des jumeaux Weasley dans la maison Gryffondor serait indéniablement un atout pour l'avenir incertain.
Sans surprise, le Choixpeau s'exprima:
—Un autre Weasley! Avec toi, aucune hésitation. Gryffondor!
«Fred» rejoignit le vrai Fred déjà installé auprès de ses frères aînés.
—Quand maman va savoir ça! menaça Percy. Vous allez avoir droit à votre première beuglante!
—Quand papa va savoir ça, il ne sera pas surpris et devra faire semblant de vous gronder, commenta Charlie. Bien joué, les jumeaux!
—Tu cautionnes leurs actes, toi? le tança Percy.
—Bah! Ce sera ici comme au Terrier.
—Non, coupèrent les jumeaux. Pire!
Ils furent incapables d'effacer leurs sourires durant toute la soirée. Lorsque le banquet fut terminé et qu'ils eurent investi leur dortoir, ils eurent une brève discussion.
—La tête de Percy! déclara George.
—Il a changé de couleur! renchérit Fred.
—Dumbledore a eu l'air amusé. Il savait.
—C'est Dumbledore.
—Quel est le programme de demain?
—Sortilèges avec Flitwick.
—On va avoir droit au Wingardium Leviosa avec les plumes. Pfff… Ennuyeux. Je préférerais étudier un autre sortilège.
—Accio! s'exclamèrent-ils en chœur.
Les jumeaux n'avaient que certaines idées en tête: découvrir le château, mettre un peu d'ambiance dans l'institution et apprendre les sortilèges les plus explosifs possibles. Ils convinrent de tester les Bombabouses sur un lieu où Percy se trouverait. De toute leur fratrie, Percy le sérieux – bien trop à leur goût – était leur défouloir favori.
En lieu et place des félicitations maternelles, Fred et George avaient reçu leur première beuglante, comme prévu. Molly leur avait passé un savon d'anthologie en leur rappelant que tricher avec les règles magiques pouvait avoir des conséquences funestes, en insistant sur le fait qu'ils auraient pu être placés dans des maisons différentes ce qui aurait conduit à les opposer au Quidditch, par exemple, voire à les faire échouer chez Serpentard. Cette perspective avait calmé leurs ardeurs – une paire de minutes, tout au plus –, le temps de réfléchir à la formule magique capable de générer une beuglante destinée à Percy, histoire qu'il récolte quelques ires maternelles pour faire bonne mesure. L'hypothèse d'une répartition différenciée à Poudlard avait fait dire à Arthur au ministère que deux maisons au lieu d'une eurent été assurées de perdre la coupe annuelle au sein de l'école.
Après quelques jours d'acclimatation au château, les jumeaux se démenèrent pour connaître l'emploi du temps de leur frère exutoire. Cette obsession pour semer la zizanie et incriminer le plus zélé et orgueilleux des Weasley, les conduisit à sillonner les couloirs, explorer les salles de cours en l'absence des élèves et des professeurs, tout en évitant de tomber sur le concierge Argus Rusard ou pire, sur le professeur Rogue, le plus terrifiant des enseignants.
Au bout d'une semaine de ratissage méthodique, ils firent une découverte sensationnelle qui leur fit renoncer – temporairement – à jouer les trublions. Derrière la statue de Grégory-le-Hautain, célèbre sorcier inventeur et potionniste du Moyen-Âge, créateur de la «pommade pommadante» ayant fait sa fortune à la cour du roi Richard, les jumeaux Weasley déterminèrent qu'elle masquait un passage secret.
Le week-end suivant, alors que les allées étaient désertes et que les étudiants faisaient leurs devoirs dans leurs salles communes respectives, Fred et George se rendirent près de la statue. Ils cherchèrent le mécanisme déplaçant la statue. Même si la dernière ouverture devait dater de quelques mois, les traces de frottement du marbre de la sculpture sur la pierre du corridor étaient visibles et ne les trompaient pas.
Alors qu'ils détaillaient Grégory-le-Hautain sous toutes les coutures, qu'ils tiraient ou appuyaient sur toutes les parties de l'œuvre d'art, un bruit suspect, localisé au bout du couloir, attira leur attention. Ils entrevirent la chevelure bouclée rousse de Percy qui se dissimula en toute hâte. Ainsi donc, leur aîné les épiait! Sûrement pour rapporter leurs méfaits aux parents, voire pire, pour les dénoncer à Rusard. Ils se dirent qu'il était vraiment temps de lui jouer un tour pendable dont il se souviendrait longtemps.
Ce matin-là, la salle commune de Gryffondor était remplie d'élèves studieux occupés avec des devoirs ne nécessitant pas l'utilisation de livres à disposition à la bibliothèque. Percy, attelé à la réalisation d'un sort de métamorphose – transformer une plume d'aigle en pois sauteur –, lorgnait de temps en temps vers l'escalier menant au dortoir. Une fois de plus, il allait pouvoir écrire à ses parents que George et Fred ne fichaient rien d'autre que des explorations le week-end, pour préparer des bêtises, le doute n'était pas envisageable. D'ailleurs, hormis faire perdre des points à Gryffondor, les deux copies conformes ne brillaient guère par leurs résultats scolaires, ayant récolté un Piètre en Histoire de la Magie et un Acceptable en Botanique. Percy s'apprêtait à entamer un nouveau parchemin délateur lorsqu'il suspendit son geste. Fred et George venaient enfin de faire leur apparition, en tenue sorcière, les bras chargés de livres, de plumes, de bouteilles d'encre et de rouleaux vierges. Satisfait par cette résolution positive, le garçon les suivit du regard et observa leur installation bruyante. Entorse modeste au règlement, les jumeaux avaient complété leurs tenues respectives avec leurs écharpes frappées des lettres F et G, tricotées par leur mère. Au bout d'une trentaine de minutes, George remonta dans sa chambre. Cinq minutes plus tard, il fut suivi par Fred. Ils furent de retour une soixantaine de secondes plus tard mais George remonta aussitôt. Leur manège dura encore quelques minutes. Tantôt George revenait, tantôt Fred remontait. À chaque fois, ils portaient des livres scolaires ou des plumes ou bien leurs baguettes. À un moment, George finit par trébucher et renversa son chargement par terre. Percy se précipita pour l'aider à ramasser le fatras et en profita pour l'interroger:
—Mais bon sang, à quoi jouez-vous?
—Nous avons besoin de rattraper notre retard. Nous avons eu de sales notes et il nous faut faire mieux avant d'inquiéter les parents.
—Bien, bien George, commenta Percy, enfin satisfait par cette attitude positive.
Il était évidemment trop heureux pour se rendre compte qu'il avait Fred en face de lui, avec l'écharpe de George et que l'autre jumeau en profitait pour se glisser hors de la salle commune de Gryffondor derrière son dos.
Le subterfuge avait marché aussi bien qu'un sortilège de confusion. Le vrai George était allé explorer une nouvelle fois la statue de Grégory pour percer son secret. Cependant, les jumeaux étaient conscients que l'astuce ne marcherait pas à chaque fois. Il fallait frapper plus fort et dégoûter Percy de les espionner une bonne fois pour toutes.
Fred et George n'étaient pas des cancres accomplis ou des fumistes absolus, malgré tout ce que Percy pouvait en dire. Peu avant Halloween, les jumeaux avaient démontré de façon brillante des appétences pour les sortilèges, enseignés par le professeur Flitwick, de l'intérêt pour la Botanique du professeur Chourave et contre toute attente, une assiduité et une réussite certaine avec le redoutable potionniste Severus Rogue. Ces talents n'étaient pas innocents, naturels ou désintéressés. En effet, tôt ou tard, les enfants seraient à court de surprises nauséabondes et explosives. Les stocks constitués à Noël dernier et à leurs anniversaires n'étaient pas éternels. Quand tout aurait éclaté et qu'ils n'auraient pas une Noise à dépenser, ils devraient concocter leurs propres diableries. Pour cela, il leur fallait des ingrédients – dont certains relevaient de la botanique –, des chaudrons, de bons coups de tournemain et des sortilèges. C'était donc à cause d'objectifs peu avouables que les deux garçons donnaient satisfaction dans trois matières.
Une semaine avant les vacances d'Halloween, les garçons passèrent à l'action. Ils disposèrent une Bombabouse sur le trajet de leur frère, dans un couloir où il rôdait, non loin des appartements de Serdaigle. Lancer une Bombabouse aux pieds de Percy ne garantissait pas son éclatement. En effet, il fallait qu'elle soit solide pour ne pas se rompre de manière fortuite en les manipulant. De plus, un lancer les amènerait à se découvrir et à signer leur forfait. Alors, ils avaient utilisé de la colle pour y faire adhérer deux pétards acquis chez Zonko et avaient travaillé le sortilège de combustion pour une mise à feu à distance sans conséquence pour leur propre odorat. L'aîné se montra enfin et, chance inouïe, il était seul. Faisant fi de toutes les règles de prudence, les jumeaux tirèrent leurs baguettes, visèrent les pétards à quelques mètres de là et s'exclamèrent:
—Lacarnum Inflamare!
Ils touchèrent les deux explosifs miniatures et trois secondes plus tard, un bruit assourdissant résonna dans tout le château, amplifié par l'acoustique spécifique de l'édifice. Percy fut éclaboussé par le produit coupable et une odeur pestilentielle, digne d'un Bayours pyrénéen 1, se répandit aussitôt, manquant de lui faire rendre son petit déjeuner. Il cria:
—Non! Non! C'est pas vrai! Qui a fait ça?
Les jumeaux se rabattirent contre le mur de l'angle du couloir, hilares, se contenant pour ne pas exploser de rire tonitruant. Ils ressentirent alors une douleur atroce au niveau de leurs oreilles droite et gauche. Le mal provenait de mains tirant leurs lobes vers le haut.
—Pris la main dans l'sac!
C'était Rusard, accompagné de son maudit félin miss Teigne, une chatte au comportement délateur, matinée de Fléreur.
—Les gars, vous êtes cuits! Vous allez me suivre jusque dans ma loge où vous allez recevoir un châtiment exemplaire.
—Vous n'avez pas le droit, commença George.
—C'est le professeur McGonagall qui décide, poursuivit Fred.
—Elle décide tout, compléta George.
—Les devoirs, siffla Fred.
—Les punitions, renchérit George.
—Les points en plus pour Gryffondor, reprit Fred.
—Et ceux en moins, conclut George.
—Le professeur McGonagall est avec Albus Dumbledore et Hagrid. Il n'est pas question de les déranger. Vous êtes fichus! Dans mon bureau et plus vite que ça! Je vais vous trouver un châtiment à la mesure de vos nombreuses bêtises. Ça fait un moment que je vous ai à l'œil!
Les mains agrippées sur leurs cols de chemise, Rusard traîna les gredins jusqu'à sa loge. Là, il les plaqua de force sur de vieilles chaises inconfortables et partit fermer la porte à clé. C'est à ce moment où il scellait l'unique ouverture que Fred remarqua un meuble à tiroirs. Il donna un petit coup de pied à George qui tourna la tête dans sa direction. Ils purent déchiffrer une étiquette collée sur la façade du plus gros des tiroirs: «objets dangereux confisqués».
Fred fit un clin d'œil à son frère. Rusard revint à son bureau et ordonna:
—Videz vos poches!
George, le plus éloigné du tiroir, fut le premier à obéir et fit éclater une Bombabouse en la faisant tomber par terre avec force. Elle explosa et répandit son contenu sur le sol. L'effet ne tarda pas à se manifester.
—Par Merlin! Qu'est-ce que… quelle puanteur! Ça va vous coûter cher!
Argus se précipita vers la seule fenêtre pour l'ouvrir et aérer. Fred pivota pendant que le concierge avait le dos tourné, ouvrit le tiroir et s'empara du premier objet qu'il sentit sous ses doigts. Il s'agissait d'un vieux parchemin vierge. Il le fourra en toute hâte entre sa peau et sa chemise. Rusard revint vers eux avec un regard féroce de bête en furie, assoiffé de violence et de vengeance. Il avisa deux cordes et la poutre traversant son espace de travail. Il y avait tellement d'années qu'il n'avait pas suspendu d'élèves par les pieds, jusqu'à ce que leurs esprits s'embrument…
Fred et George récupéraient leurs facultés mentales et physiques, assis sur leurs lits, les jambes molles et la cervelle bourdonnante. Fred extirpa le parchemin vierge plié d'étrange façon.
George se rapprocha et s'installa au pied du lit de son frère, piqué par la curiosité.
—Qu'est-ce que c'est? demanda George.
—Ça ressemble à un vieux parchemin, mais il n'y a rien écrit dessus.
—Dommage! À moins que de l'encre invisible ait été utilisée pour le remplir?
—Ou un sortilège?
—Sûrement.
—Assurément.
—Mais lequel?
—Il y en a tellement.
—D'où cela peut-il venir? Zonko?
—C'est trop spécial et ancien. Il n'y a aucune marque de fabrique.
—J'aurais dû chiper un autre objet.
—Il y en avait d'autres?
—Plein! Une vraie collection! Sûrement tout ce que Rusard a pris aux élèves depuis qu'il travaille à Poudlard et qu'il est incapable de faire fonctionner.
—Comment le sais-tu?
—Tu as vu l'épaisseur du tiroir, George?
—Il était énorme.
—Il était rempli. Je n'ai pas plongé la main dedans; le parchemin était juste au bord.
—Rempli! s'exclamèrent-ils, les yeux pétillants de plaisir mal intentionné.
—Il faudrait refaire un tour dans le bureau de Rusard, proposa George. Il cache sûrement des choses qui nous seraient utiles.
—Des pétards. Des objets ensorcelés. Des pétards magiques!
—Des clés pour accéder à tout le château.
—Il faudrait qu'il soit hors de sa loge.
—Pour un bon moment.
—Pendant qu'il patrouille.
—Si Percy savait ce que nous avons l'intention de f…
Un bruit attira leur attention. Il venait du parchemin qui était par terre, comme si un courant d'air l'avait soulevé et jeté hors du lit.
—Étrange!
—Bizarre!
—On dirait…
—… qu'il a bougé.
—Tout seul! convinrent-ils en chœur.
George ramassa leur trouvaille, la reposa sur la couverture et attendit. Rien ne se passa. Fred interrogea:
—Que faisions-nous lorsqu'il est tombé?
—Rien. Tu disais juste qu'il faudrait que Rusard s'absente.
—Un bon moment.
—Et que si Percy voyait que nous avions l'intention de…
Le parchemin s'agita.
—Tu as vu?
—Tu n'as pas rêvé.
—Ça a bougé.
—Quand j'ai parlé de cet idiot de Percy.
Le document vierge demeura immobile.
—De nos intentions, ajouta Fred.
Nouvelle agitation.
—Ça alors!
—Par Merlin! Il est enchanté. Il réagit au mot «intention».
Nouvelle manifestation.
—Mais quelles intentions? Bonnes ou mauvaises?
Le parchemin fit un bond.
—Waouh! lâchèrent-ils. De mauvaises intentions! décidèrent-ils d'un regard complice.
Des traces d'encre apparurent sur la peau tannée. Puis, elles disparurent.
—Georgie, je crois que l'objet joue avec nous.
—Quand on ajoute un mot à la formule…
—Il nous en montre un peu plus. De mauvaises intentions ou des intentions mauvaises.
L'encre revint puis disparut.
—Je n'ai pas rêvé! Ça veut écrire!
—Je te jure de jeter mon premier sort à Percy si je trouve la formule!
Cette fois-ci, le document se déplia puis se replia.
—Attends, George. C'est différent. Il a sauté partout avec le mot «intention»…
Nouveau bond.
—… s'est couvert d'encre avec le mot «mauvaise».
L'encre fit son aller et retour.
—Et là, il se déplie avec un autre déclencheur. Redis mot pour mot ce que tu as dit, Georgie.
—Euh… Je te jure que…
—Stop! Regarde! Il s'est déplié!
—Le mot «jure»?
Nouveau dépliage suivi du pliage. L'artefact coopérait avec joie.
—Une phrase avec tous ces mots, peut-être? Euh… Je te jure que Percy sera victime de nos mauvaises intentions.
Le document s'ouvrit, se para de teintes sanguines et esquissa des lignes, des contours, des blasons. Tout s'anima puis disparut.
—Bon sang, Fred! Tu l'as presque. Tu as vu? On dirait…
—Une carte.
—Au trésor! jubilèrent-ils en se frottant les mains.
—À moi d'essayer.
—D'accord mais la carte ne réagit pas à Percy. Après tout, si elle est ancienne, elle ne sait pas qui il est.
—Oui. Retirons Percy. Voyons… je jure que…
—… mes intentions…
—… sont mauvaises et…
—Oui, je jure que mes intentions sont mauvaises.
—Tu es très cérémonial.
—Très solennel. On dirait un discours de Papa.
Cette fois, la carte resta fermée mais un message s'afficha sur la couverture et ne s'effaça pas. Ils le lurent à voix haute:
—Messieurs Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue, spécialistes en assistance aux maniganceurs de mauvais coups, sont fiers de vous présenter la Carte du Maraudeur.
Ils ouvrirent le document et manquèrent de qualificatifs pour témoigner de leur stupéfaction.
Avec l'aide du document, ils avaient peaufiné la formule pour l'activer et obtenu de la carte la formule pour la désactiver. Ils avaient aussi compris qu'un petit coup de baguette était nécessaire pour débuter et clore le dialogue avec l'artefact d'origine inconnue. En effectuant quelques recherches dans des livres de la bibliothèque, ils avaient appris que l'objet avait été créé avec un sortilège complexe nommé Homonculus.
La découverte de la carte du Maraudeur avait permis aux jumeaux Weasley de projeter des entreprises bien plus osées que le simple lâcher de Bombabouse sur le frère préféré pour les blagues de mauvais goût – ils se rabattaient sur Ron pendant les vacances –. Le parchemin enchanté avait été acquis avec un certain nombre de souffrances scolaires mais aussi parentales. En effet, ils avaient reçu une nouvelle beuglante de la part de leur mère, une missive si puissante que George, resté trop près pendant qu'elle hurlait, avait eu l'oreille droite réduite en marmelade pendant une semaine entière. Ce handicap ne l'avait pas empêché d'utiliser avec Fred, leur nouvelle acquisition pour surveiller les allées et venues de Rusard et de miss Teigne. Leur unique objectif était de tenter une nouvelle exploration du tiroir contenant des «objets dangereux confisqués». Ils étaient persuadés que la veille des vacances de Noël, Rusard relâcherait sa vigilance.
Le jeudi soir précédant le départ au Terrier, Argus partit effectuer sa patrouille en direction de la réserve interdite de la bibliothèque. Surveillant la progression du concierge et de sa compagne à quatre pattes, les deux garçons quittèrent leur lit, se faufilèrent dans la salle commune et mirent le cap sur la loge du concierge. Ils atteignirent leur objectif peu avant minuit. George fit le guet tandis que Fred ouvrit le tiroir. Un sortilège lui explosa à la figure et le jeta à terre.
—Fred!
—Zut! se plaignit l'intéressé en se relevant. C'est ensorcelé. J'ai reçu un truc au visage.
—Viens! On fiche le camp!
Les jumeaux battirent en retraite et s'enfuirent à grandes enjambées, d'autant plus vite que Rusard, alerté par le bruit, rebroussait chemin. Ils regagnèrent leurs lits. Juste avant de cacher leur aide précieuse sous son matelas, George donna un petit coup de baguette en murmurant:
—Méfait accompli.
C'est alors qu'il vit les traits de Fred dans la lueur de la lune descendante. Il était livide, aussi blanc que le fantôme de Nick Quasi-sans-tête.
—Fred… tu es tout blanc!
—Je te signale que toi aussi. Avec des cheveux roux, comme moi.
—Non! Vraiment blanc! Comme Peeves!
—Quoi?
Fred fila à la douche et se planta, terrifié, devant un miroir. Un sortilège sur le tiroir de Rusard, sûrement mis en place par un professeur à la demande du concierge ayant constaté des vols, avait marqué son visage d'un voile de la mort ineffaçable. Malgré tout le savon et l'eau chaude utilisés, Fred ne put retrouver figure humaine. Il repartit se coucher, penaud, convaincu que sa face prouverait sa culpabilité.
Ce fut ainsi que le lendemain soir, au Terrier des Weasley, les jumeaux reçurent une nouvelle beuglante en direct, administrée par Molly, mettant un peu plus au supplice le conduit auditif de George et les conduisant à «dégnomer» le jardin pendant toutes les vacances, sous la neige.
Les aventures du duo le plus iconoclaste de Poudlard ne s'arrêtèrent pas à cet épisode malencontreux. Au contraire, ils ne faisaient que débuter leur légende. Le professeur Flitwick en fit les frais à distance lorsqu'il alluma les bougies du sapin de la Grande Salle. Bougies qui n'étaient autres que le stock restant de pétards des Weasley, transformés par un astucieux Lucernaverto.
1 Le Bayours est une créature fantastique vivant exclusivement dans les Pyrénées. Semblable à un ourson brun avec une bande blanche sur la tête, mignon, attirant, suscitant l'envie irrésistible de le caresser, l'animal émet des flatulences permanentes nauséabondes dont la concentration devient mortelle lorsqu'il est stressé ou attaqué.
De fait, il a été classé XXX sur l'échelle de dangerosité par Norbert Dragonneau.
10
