Préférence cachée
C'était une soirée typique chez les Diaz.
Le vendredi soir, c'était la soirée cinéma hebdomadaire, une tradition que Buck, Eddie et Christopher attendaient toujours avec impatience. Les films étaient choisis, les couvertures étaient prêtes, et il ne manquait plus que la nourriture.
– Alors, qu'est-ce qu'on prend ce soir ? demanda Buck, assis sur le canapé avec Christopher à côté de lui, tous les deux fixant Eddie qui se dirigeait vers la cuisine pour chercher le téléphone.
– Comme d'habitude, je suppose, répondit Eddie en souriant.
– Oui, s'il te plaît, une végétarienne pour moi, dit Buck.
Christopher leva la main avec enthousiasme et annonça :
– Une jambon fromage pour moi !
– Et une trois fromages pour moi, conclut Eddie.
– Mais n'oublie pas le coca light pour Buck, s'amusa Christopher. Sinon, il ne dormira jamais.
Buck éclata de rire en acquiesçant.
– C'est noté. Une végétarienne, une jambon fromage, une trois fromages, et trois cocas light.
Eddie passa la commande, et ils s'installèrent confortablement sur le canapé, choisissant le film de la soirée. Christopher navigua entre ses choix préférés, oscillant entre un film d'animation et une aventure de super-héros.
– Qu'est-ce qu'on regarde ce soir, Chris ? demanda Buck en le taquinant.
– Hmm... Spider-Man ! s'exclama Christopher, le visage illuminé d'excitation.
– Excellent choix, approuva Eddie en appuyant sur play.
La commande arriva enfin. Buck récupéra les boîtes de pizza et les posa sur la table basse devant eux.
– Les voilà ! Allez, à l'attaque ! déclara-t-il.
Chacun prit sa pizza, s'installa sur le sol et le film commença.
L'atmosphère était détendue et conviviale, chacun profitant de ce moment de répit. Mais rapidement, Buck remarqua quelque chose d'étrange.
La végétarienne semblait diminuer plus vite que d'habitude.
– Hé, Eddie, tu as encore pioché dans ma pizza ? demanda-t-il, feignant l'agacement.
Eddie, pris en flagrant délit, se redressa légèrement.
– Euh, non, pas du tout, mentit-il, les joues légèrement rosies.
Christopher, qui avait observé la scène, ne put s'empêcher de rire.
– Allez, papa, on sait tous que tu adores la végétarienne. Pourquoi tu ne l'admets pas simplement ?
Eddie soupira et regarda son fils avec un sourire gêné.
– Bon, d'accord, tu as raison. J'aime bien la végétarienne. Mais je ne veux pas qu'on change nos habitudes, juste pour moi.
– On pourrait simplement en commander deux, suggère Buck. Ce n'est pas la fin du monde, tu sais. On veut tous que tu manges ce que tu aimes.
Eddie hocha la tête, reconnaissant.
– Merci, les gars. La prochaine fois, on fera ça. Mais pour ce soir, je pense que je vais juste apprécier ce que j'ai.
La soirée continua dans une ambiance chaleureuse et complice. Les rires fusèrent, les aventures de Spider-Man captivaient Christopher, et pour quelques instants, toutes les tensions de la semaine s'évaporèrent.
Au fond, c'est ce genre de moments qui soude leur petite famille.
Entre les films et les pizzas, ils avaient trouvé un équilibre parfait, une routine qui les réunissait et les rapprochait. Et comme toutes les familles, ils avaient leurs petites querelles, leurs secrets et leurs habitudes.
Mais c'était précisément ce qui les rendait si forts et unis.
Buck sentit Christopher s'endormir contre lui et il eut un petit sourire en coin en sentant la main d'Eddie venir retrouver les cheveux de sa nuque. Buck adorait quand il jouait avec ses cheveux.
Il se sentait apaisé comme ayant sa place dans cette famille.
Il était ensemble romantiquement parlant depuis seulement quelques semaines et ils tâtonnaient un peu mais Buck aimait qu'ils y aillent lentement. Cela n'empêchait pas les baisers langoureux, les caresses poussées et les frottements désespérés l'un contre l'autre, mais ils prenaient leur temps.
Ce qui voulait indéniablement dire que personne ne savait pour eux.
Leur relation avait pris un tournant inattendu après une intervention difficile, un événement qui avait failli leur coûter Buck. C'était une journée comme les autres pour l'équipe du 118, mais l'appel qu'ils avaient reçu était tout sauf ordinaire. Un immeuble en feu, des étages en flammes, des vies en danger. Buck, courageux et déterminé comme toujours, s'était précipité à l'intérieur pour sauver une famille piégée.
Tout semblait se dérouler comme prévu jusqu'à ce que le plafond commence à s'effondrer. Dans un élan héroïque, Buck avait réussi à sortir la famille juste à temps, mais il s'était retrouvé piégé sous les débris. Eddie, paniqué et le cœur battant à tout rompre, s'était précipité à sa rescousse. Les minutes qui suivirent furent parmi les plus longues de sa vie, chaque seconde semblant une éternité alors qu'il luttait pour dégager son ami.
Quand enfin ils parvinrent à sortir Buck de là, il était à moitié conscient, gravement blessé mais vivant. Eddie, submergé par l'émotion, n'avait pu retenir ses larmes. Dans l'ambulance, tandis qu'ils se précipitaient vers l'hôpital, Eddie avait serré la main de Buck avec une intensité désespérée, craignant de le perdre à tout instant.
– Ne me fais plus jamais une peur pareille, avait murmuré Eddie, la voix brisée par l'angoisse et le soulagement.
Et puis, dans un moment d'impulsivité et de vérité crue, il l'avait embrassé.
C'était un baiser chargé de tout l'amour, la peur et le soulagement qu'il avait accumulés. Buck, malgré la douleur, avait répondu à ce baiser, sentant tout le poids des sentiments qu'ils avaient tus jusqu'à ce moment.
– Je te promets, avait répondu Buck faiblement, un sourire à peine perceptible sur ses lèvres ensanglantées.
Cet instant marqua un tournant décisif pour eux.
Ce n'était plus seulement une profonde amitié ; c'était quelque chose de beaucoup plus fort, plus intime. Pourtant, ils avaient décidé de garder leur relation secrète, au moins pour un temps. Ils voulaient comprendre eux-mêmes ce que cela signifiait avant de le partager avec le monde.
Leur décision de rester discrets était autant une question de prudence que de protection. Le monde extérieur, avec ses jugements et ses attentes, n'était pas encore prêt pour leur vérité. Ils savaient qu'ils auraient à affronter des questions, des regards curieux, peut-être même des objections de la part de leurs collègues et amis.
Pour l'instant, ils appréciaient la simplicité de leur relation cachée.
Les petits gestes tendres échangés loin des regards, les moments volés dans la tranquillité de la maison d'Eddie, et les rires partagés lors de leurs soirées cinéma. Tout cela était précieux, et ils voulaient le préserver.
Cependant, l'incident avait également fait réaliser à Eddie combien il tenait à Buck, combien il comptait pour lui. Chaque moment passé ensemble était devenu encore plus significatif. Et même si personne d'autre ne savait, ils savaient qu'ils pouvaient compter l'un sur l'autre.
Ce secret ajoutait une dimension nouvelle et excitante à leur relation.
Mais avec chaque jour qui passait, l'envie de partager leur bonheur grandissait. Ils savaient que, tôt ou tard, ils devraient se dévoiler, faire face aux réactions et aux conséquences. Mais pour l'instant, ils étaient heureux dans leur petit cocon de tendresse et de complicité.
Quand le film se termina, Buck amena Christopher au lit. Le petit garçon, à moitié endormi, lui demanda s'il serait là demain. Buck le borda en lui promettant de passer la nuit sur le canapé.
– Est-ce que tu aimes papa ? demanda Christopher, ses yeux déjà fermés.
Buck fut confus parce qu'Eddie et lui avaient été très prudents pour que personne ne sache pour eux. Mais il refusa de mentir au petit garçon.
– Ouais mon pote, je l'aime plus que tout au monde, excepté toi évidemment. Tu restes mon Diaz préféré.
– Papa le sait aussi, sourit Christopher endormi. Mais il t'aime et je crois qu'il préférerait que tu dormes avec lui que sur le canapé.
– Ouais, je crois que je préférerais ça aussi.
– J'aime bien que papa soit amoureux de toi.
Buck lui sourit et l'embrassa sur le front en lui souhaitant bonne nuit.
Puis il quitta la pièce et retrouva Eddie qui en avait profité pour débarrasser et nettoyer. Il le prit dans ses bras et l'embrassa tendrement. Eddie se pressa contre lui.
– Soirée intéressante, fredonna Buck.
Eddie le regarda, confus par son air taquin.
– Mon parfait petit ami a la même pizza préférée que moi, sourit-il en l'embrassant de nouveau. Et le fils parfait de mon parfait petit ami vient de me donner sa bénédiction pour sortir avec son père.
Eddie s'écarta brusquement, le souffle coupé.
– Christopher est au courant pour nous ?
– Il dit qu'il aime quand tu es amoureux.
Buck vit comment Eddie semblait anxieux.
– Est-ce que j'aurais dû lui mentir ?
– Non, Buck, je ne te demanderai jamais ça. Je suppose juste que… et bien, il est peut-être temps de… officialiser ?
– Ouais ? lui sourit Buck, sentant son cœur se réchauffer d'amour.
– Ouais, confirma Eddie en l'embrassant sur les lèvres.
Puis Eddie l'entraîna vers sa chambre, vers ce qui est désormais leur chambre.
