Hey ! C'est le chapitre du Dimanche ! Bonne lecture !
Le post de fin est important, je vous encourage à le lire !
Oven aurait préféré rester dans son lit — il en avait le droit après tout, il était blessé — mais il ne pouvait pas se permettre de manquer cette réunion.
Et il n'était pas aussi idiot, si ses sœurs avaient choisi de rameuter la famille aussi tôt dans la matinée, c'était dans l'espoir qu'il ne vienne pas. Car ce qui devait se discuter ce matin-là était très important et tous savaient de quel côté Oven allait pencher.
Les Charlotte avaient pris leur temps mais ils allaient enfin parler de ce qui s'était passé avec Katakuri. Oven avait l'intention de défendre son frère — Daifuku aussi, il en était sûr — et comme il était le plus amoché, il savait qu'on prêterait attention à ce qu'il allait dire. Et c'était tant mieux, Katakuri allait avoir besoin de soutien. Il n'était pas sûr que les autres soient aussi magnanimes.
D'habitude, les réunions se déroulaient à Sweet City mais puisque la ville n'était plus qu'un tas de cendre fumant — King méritait son surnom — ils avaient choisi de faire ça dans le monde des miroirs. Oven se demandait si Brûlée avait eu son mot à dire dans cette histoire. Quand elle le fit passer à travers le verre, il essaya de lui tirer les verres du nez mais elle n'avait pas l'air d'en savoir plus que lui. Elle le conduisit dans une grande salle préparée par ses soins ; il était dans les premiers mais des petits groupes se formaient déjà pour échanger quelques messes basses. Les têtes pensantes de la fratrie n'étaient pas encore là.
Il fut surpris de trouver Pudding assise autour d'une grande table ronde. D'habitude, les plus jeunes ne participaient pas aux réunions. Soit elle s'était imposée, soit ses dernières actions héroïques lui avaient garanti une place parmi ses aînés. Sans doute un mélange des deux, pensa-t-il.
Il s'approcha et tira la chaise à côté d'elle.
— T'es là toi ? Dit-il, pour être amical.
— Je suis là.
Elle n'avait pas l'air de bonne humeur.
— Il y a un problème ?
— Oui : cette réunion, râla-t-elle. Faire ça dans le dos de Katakuri c'est...
Elle ne termina pas sa phrase et il ne l'encouragea pas à continuer. Il savait ce qu'elle voulait dire, malheureusement il n'était pas surpris. Ce n'était pas la première fois qu'ils discutaient du cas de quelqu'un sans consulter le principal intéressé. Cette fois, au moins, ils étaient plusieurs à vouloir défendre Katakuri. Contrairement à ce qui s'était passé avec Lola.
En y repensant, Oven trouvait logique de voir Pudding à cette table.
Daifuku les rejoignit rapidement et, comme toujours, il s'assit à côté de son frère. A leur tour, ils échangèrent des murmures.
— Comment ça se présente ? Demanda Oven.
— Sûrement mal, tout le monde est tendu. Il faut qu'on donne tout. Tu te sens d'attaque ?
— Evidemment, je ne suis pas une gonzesse ! Ça ira très bien. Ce qui m'ennuie c'est qu'on va devoir parler de la première fois.
Oven et Daifuku allaient devoir se compromettre devant tout le monde et admettre qu'ils avaient caché la vérité à toute la famille. Ca ne jouait pas en leur faveur. Évidemment tout le monde était déjà au courant, ils avaient été forcé d'expliquer la situation le jour même, dans l'urgence. Mais cette fois, ils allaient devoir se justifier et ils avaient tous les deux peur d'avoir perdu toute crédibilité.
Ils avaient besoin de soutien et ils n'étaient pas sûr d'en trouver.
La pièce se remplissait petit à petit et tous remarquèrent que, pour une fois, le calme était de mise. La discussion s'annonçait des plus compliquées.
/
Katakuri se sentait déjà bien mieux. Il était fatigué et ne pouvait pas rester debout trop longtemps, mais sa fièvre était tombée et King le bichonnait comme un nouveau né. Il lui répétait qu'il en faisait trop — car il en faisait trop — mais il ne pouvait se mentir à lui même : il était ravi.
Pour la première fois de sa vie, il profitait d'avoir quelqu'un près de lui pour le rassurer et lui susurrer des mots doux, pour vérifier qu'il n'avait ni trop froid, ni trop mal, pour changer ses pansements et pour l'aider à s'habiller. D'un côté c'était très embarrassant, car il était parfaitement capable de se débrouiller tout seul, mais d'un autre côté c'était merveilleux de pouvoir s'en remettre totalement à quelqu'un. De n'avoir rien à gérer et de se laisser porter. Et King faisait ça merveilleusement bien. Katakuri le soupçonnait même d'adorer ce qu'il faisait.
Il l'avait souvent entendu râler à propos de ses responsabilités dans l'équipage de Kaido ; dire qu'il avait déjà servi de "baby-sitter" à de nombreuses occasions, etc. Mais peut-être que si cette tâche lui revenait aussi souvent, c'était parce qu'il était plus doué que les autres pour l'accomplir. Il se souciait vraiment de son bien-être et lui montrait plus d'attention que sa mère n'en avait jamais eu pour lui.
Et les plus petits gestes étaient les plus précieux.
Ses doigts ou ses lèvres sur son front pour s'assurer que sa fièvre ne montait pas, l'inflexion de sa voix quand il lui demandait comment il se sentait, son regard à la fois inquiet et bienveillant sur lui et la façon dont il s'affairait pour lui apporter tout ce dont il pouvait avoir besoin. Son dévouement était aussi surprenant que délectable. Il aurait aimé être plus en forme pour lui rendre la pareille, car même s'il ne le montrait pas, lui aussi devait être épuisé par tout ça.
— Tu as faim ? Lui demanda-t-il tout à coup, en passant la tête à travers les rideaux alors que Katakuri se reposait, un livre dans les mains.
— Pas vraiment, mais je veux bien sortir de là juste pour le plaisir de ta compagnie.
King lui répondit par un sourire espiègle avant de s'approcher pour l'aider à se lever. Katakuri n'avait pas besoin d'aide mais il se laissait faire. Et il soupçonnait King de faire du zèle simplement pour se justifier d'être tactile, même s'il n'en avait vraiment pas besoin. Katakuri l'aurait laissé lui faire n'importe quoi.
Il passa son bras autour de ses épaules et le remit sur pieds en un rien de temps. King était toujours le plus grand des deux et Katakuri aimait se le rappeler. Il se laissa traîner jusqu'au salon, faisant le moins d'efforts possible.
Même si la convalescence faisait qu'il avait moins d'appétit qu'à l'accoutumée, la vue et l'odeur d'un bon petit déjeuner le faisait saliver. D'après ce qu'il voyait, King avait commencé sans lui ; certaines viennoiseries étaient déjà entamées. Katakuri se réjouissait de voir qu'il prenait de plus en plus de plaisir à manger. Il était passé de l'indifférence envers la nourriture à l'enthousiasme d'un gamin qui goûte un bonbon pour la première fois, c'était tout ce qu'il avait espéré pour lui.
— Sers toi, c'est de la part de Pudding, dit-il en reprenant une brioche qu'il avait laissé de côté.
— Elle est venue ? Tu lui as parlé ?
Il appréhendait toujours de voir sa famille. La visite de Brûlée lui avait fait du bien mais elle était une exception. Pour le moment, il préférait que King continue de le protéger des intrusions.
— Non, mais je te l'ai déjà dit : je sais reconnaître sa cuisine. Elle a préparé tout ça à notre attention.
Il désigna le contenu du plateau, qu'il poussa devant devant Katakuri pour l'encourager à se servir.
— Maintenant mange, ton système immunitaire te remerciera.
Katakuri lui sourit et commença par se verser un peu de thé bien chaud dans une tasse. Il était content que sa jeune sœur ait la délicatesse de prendre soin d'eux aussi discrètement. Elle était de leur côté, elle aussi. C'était réconfortant. Il décida de ne pas s'en soucier plus longtemps et de profiter du temps qu'il pouvait passer seul avec King.
Il avait déjà fini sa brioche — il mangeait toujours comme un glouton — et semblait tenté par un petit donut appétissant, couvert de sucre glace et exhalant un doux parfum sucré. Katakuri se voyait déjà le savourer quand King se précipita dessus.
— Eh ! Non !
Il lui donna une petite tape sur la main pour stopper ses élans et King lui décocha un regard stupéfait.
— Il est pour moi celui-là, pas touche.
— Je n'ai pas vu ton nom dessus, s'indigna King.
— C'est un donut, c'est forcément pour moi.
— Peut-être pas. Si c'est Pudding qui l'a préparé c'est peut-être pour moi, vu qu'elle me préfère.
— Ah, vraiment ?
Katakuri avait envie de rire ; King avait l'audace de penser qu'un donut était pour lui ? Quel outrage. Il garda un visage sérieux, pour rentrer dans son jeu.
— Et comment tu peux être sur de ça ?
— Je ne peux pas. C'est pour ça que je dois le goûter d'abord.
D'un geste vif, il s'empara du donut et l'écarta vivement de Katakuri, qui luttait déjà pour récupérer ce qui, de toute évidence, lui revenait.
— Tu peux manger tout le reste mais pas ça !
— Je vais me gêner !
Toute la fatigue quitta immédiatement le corps de Katakuri pour qu'il puisse se concentrer sur son objectif : arracher le précieux beignet des mains de King. Il se débattit mais voyant qu'il était sur le point de perdre la bataille, il goba le donut tout entier, privant Katakuri de son met préféré. Il afficha une mine scandalisée à son tour.
— Comment oses-tu...
King marmonna la bouche pleine en réponse mais Katakuri déchiffra ses paroles sans trop de mal.
— Je vois pas pourquoi les donuts seraient toujours pour toi ! !
— Il y a quoi sur le toit de mon palais, rappelle moi ?
— Justement, t'as l'habitude !
Il toussa une seconde pour avaler ce qui lui restait dans la bouche, très fier de sa farce et de l'expression courroucée de Katakuri. Il s'essuya distraitement la bouche avec sa manche mais cela ne suffit pas à nettoyer tout le sucre qui lui avait recouvert la moitié du visage.
— Oups, commença-t-il, tu avais peut-être raison. Je ne suis pas sûr d'avoir reconnu le savoir faire de Pudding. Peut-être que c'était bel et bien pour toi.
La lueur espiègle qui brillait dans ses yeux n'échappait pas à Katakuri qui réfléchissait déjà à un moyen de se venger.
— Tu es fier de toi, n'est-ce pas ?
— Pas du tout, se moqua King. Maintenant je m'en veux de t'avoir privé de ce petit plaisir.
Katakuri plissa les yeux. King était d'humeur joueuse, il devait trouver un moyen de riposter. Et il lui vint une petite idée.
— Oh ne t'inquiète pas, il en reste assez pour me faire une idée.
Il lui attrapa le visage pour l'empêcher de bouger et lui lécha les joues et la bouche afin de goûter chaque grain de sucre que King n'avait pas réussi à enlever. Sa langue habile n'oublia aucun recoin et il sentit King se pétrifier à son contact. Il savourait déjà sa victoire quand il le relâcha, ravi d'avoir réussi à le déstabiliser.
— Mmmh, effectivement, dit-il en se léchant les lèvres. C'était pour moi.
Il était prêt à éclater de rire mais l'expression de King le retint. Il avait l'air complètement bouleversé. Et Katakuri connaissait ce visage, il n'était pas difficile de deviner le rougissement de King sous sa peau noire.
Il réalisa alors ce qu'il venait de faire et piqua un fard à son tour.
/
— Bien. Maintenant que nous sommes tous là, il me semble que l'on peut commencer, annonça Compote en parcourant l'assemblée du regard, les paumes ouvertes vers les autres en signe de paix.
Toute la famille acquiesça sans dire un mot. Un silence pesant régnait dans la salle. La dernière fois qu'ils s'étaient tous trouvé d'accord sur une chose, c'était quand Katakuri leur avait imposé sa grève. Ce calme et cette appréhension était exceptionnelle de leur part. Oven lui-même d'un naturel détendu se sentait nerveux. Il en avait mal au ventre. Et son frère n'était pas dans un meilleur état que lui, il ne cessait de pousser des soupirs. Pudding, en comparaison, paraissait sûre d'elle et déterminée.
L'idée d'avoir l'air plus apeuré qu'une gamine de seize ans l'aida à retrouver sa confiance en lui. Il se redressa sur son siège et se prépara à défendre son frère jumeau.
— Commençons par un bref récapitulatif des dégâts, poursuivit Compote. Whole Cake Island, et plus particulièrement Sweet City, ne se relèvera jamais de ce qui s'est passé. Le centre ville a été complètement détruit et nous n'avons pas encore fini de recenser les morts. Tout ce que je peux dire pour le moment, c'est que cela dépasse le millier. Il faut s'attendre à un exode massif maintenant que Mama n'est plus là pour rançonner les âmes. De nombreux homies essentiels ont également été détruits et sans l'aide de Mont D'or, beaucoup de nos trésors auraient également disparu. Nous allons devoir repenser la reconstruction, encore...
Oven se ratatinait de plus en plus sur sa chaise. Il allait être très difficile de défendre Katakuri après tout ça.
— Que les choses soient claires : nous n'avons pas les moyens de réparer les dommages. Les homies que nous avons perdus étaient irremplaçables et notre réputation vacillante découragera la venue de nouveaux habitants ou de nouvelles alliances.
— Pas la peine d'être aussi défaitiste, dit Daifuku en osant se lancer. Avec ce qu'il se passe en ce moment, le reste du monde se fiche pas mal de ce qui se passe chez nous, la nouvelle ne s'est pas encore répandue et il en faut plus que ça pour décourager une alliance. Ce n'est pas comme si c'était nouveau pour nous. Mama a déjà fait bien pire...
Tous les regards convergèrent dans sa direction et Oven lui donna un coup de pied discret sous la table pour l'encourager à se taire.
— La nouvelle ne s'est pas répandue pour l'instant, précisa Amande. Mais nos sujets vont vite fuir vers des contrées plus accueillantes maintenant que Mama n'est plus là pour les tenir en laisse. On pourra toujours les tenir par la peur mais il ne faudra pas longtemps avant que les rumeurs se propagent. Nos effectifs vont en pâtir.
— On va encore devoir se rabattre sur l'emploi de mercenaires, reprit Compote. Et je le répète : nous ne pouvons pas nous le permettre. Les finances de Totto Land sont au plus mal.
— Peut-être qu'on peut demander de l'aide à nos alliés ? Osa demander Pudding, surprenant tout le monde autour de la table.
— Ce serait un aveu de faiblesse, lui précisa Smoothie. Si nous faisons ça, nous serons bel et bien perçus comme vulnérables par le reste du monde et non seulement nous perdrions toute notre crédibilité en tant qu'équipage d'empereur mais en plus nous subirions encore plus d'attaques de la part de nos ennemis. Et nous ne pouvons pas nous le permettre.
— A quoi bon avoir des alliés s'ils ne peuvent pas nous aider, grogna celle-ci pour que seul Oven puisse l'entendre.
— Mais n'est pas pour parler de ça que nous sommes ici aujourd'hui, rappela Compote en fusillant Daifuku et Oven du regard. Nous devons d'abord décider de ce qu'il convient de faire concernant Katakuri.
L'attention se concentra immédiatement sur les deux frères.
— Peut-être que vous pourriez commencer par nous expliquer pourquoi vous avez jugé bon de ne pas nous tenir informés de l'état de notre frère ?
Daifuku se racla la gorge, réfléchissant à une réponse qui ne risquait pas d'aggraver la situation mais Oven, nerveux, le devança :
— Il nous a fait jurer de garder le secret, la première fois.
Daifuku soupira et lui décocha un regard venimeux.
— Je vais parler, d'accord ? Lui murmura-t-il.
— Résultat : ce secret nous a coûté notre capitale. Bravo. Si vous nous l'aviez confié plus tôt, nous y aurions réfléchi à deux fois avant de le laisser prendre les rênes du pays !
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King cacha son trouble en plaquant ses deux mains sur son visage, il préférait ne pas bouger d'un pouce car il savait que s'il osait se lever son corps trahirait son état d'esprit. Katakuri semblait partagé entre le rire nerveux et l'envie de sauter par la fenêtre.
— Désolé, je n'ai pas réfléchi, bredouilla-t-il.
King reprit ses esprits et lui répondit par un sourire rassurant. Ils s'étaient tous les deux mis dans cette situation et aucun d'eux ne savait comment y réagir. Comme si leurs instincts avaient parlé plus vite que leur cœur.
— Je l'ai bien cherché.
Il se découvrit le visage et, se sentant ridicule, se laissa tomber contre le dossier du canapé avec un gros soupir.
— C'est ridicule, j'ai l'impression d'avoir quinze ans. J'ai passé plus de trente piges à subir les fêtes lubriques de Queen, je devrais pas réagir comme ça à un coup de langue, merde !
Il s'adressait plus à lui-même qu'à Katakuri mais celui-ci eut un petit rire nerveux en réponse. En lui jetant un petit coup d'œil, King comprit qu'il avait été traversé par les mêmes pensées et qu'il n'était pas moins chamboulé que lui.
— On devrait en parler non ?
Katakuri releva le menton, intrigué.
— Parler de quoi ?
— De notre... inexpérience. Arrivés à nos âges, je pense que c'est un problème.
— Oh, répondit Katakuri, rougissant de plus belle. Je ne sais pas si je suis prêt à avoir cette conversation.
— Moi non plus mais on ne va pas pouvoir la repousser éternellement.
Il essaya de retrouver une contenance et chercha ses mots. Il n'était pas sûr que ce soit une bonne idée d'en parler frontalement — après tout, il était champion du silence — mais il devait bien ça à Katakuri. Et plus les nuits passaient, plus ils se rapprochaient. King n'était pas naïf, il sentait bien que son partenaire se montrait de plus en plus audacieux. Ses mains se baladaient là où il n'aurait jamais cru qu'il laisserait qui que ce soit s'aventurer et il n'avait pas pu passer à côté des preuves physiques de son excitation. Il était heureux de savoir Katakuri assez prévenant — ou trop timide — pour ne pas presser les choses mais il devait bien admettre qu'il était angoissé. A la fois par son incapacité à répondre correctement à ses gestes et par ses réflexes nerveux. Il savait qu'il aurait dû se montrer au moins aussi enthousiaste mais à chaque fois qu'il se sentait sur le point de s'abandonner un peu, il reprenait le contrôle et se refermait aussitôt, trop honteux pour oser quoi que ce soit.
Et ce n'était pas étonnant, il y avait de quoi avoir honte. Il pensait que, arrivé à son âge, les choses se feraient automatiquement. Ce n'était pas le cas. Avoir conscience de cette maladresse était très désagréable. Heureusement pour eux deux, ils étaient sur un pied d'égalité. Katakuri n'était pas moins mal à l'aise que lui.
— Pour la première fois de ma vie, je regrette de ne pas avoir saisi les occasions que mes frères m'ont donné quand j'étais jeune, plaisanta Katakuri. J'aurais peut-être eu moins de mal à comprendre ce qui m'arrive aujourd'hui.
— C'est toujours plus d'expérience que moi, répondit King en souriant.
Il avait beau se répéter qu'il n'avait pas eu d'autre choix en cachant son identité pour des raisons de sécurité, cet aveu n'en était pas moins humiliant.
— C'est si frustrant, ajouta-t-il. J'ai pas envie d'être gêné mais je ne le contrôle pas.
— Si je te mets mal à l'aise, je peux...
— Non ! Non ce n'est pas toi. Au contraire. C'est juste que je n'arrive pas à baisser ma garde, en quelque sorte.
Ses propres mots faisaient avancer sa réflexion mais plus il parlait plus il avait peur de faire fuir Katakuri en courant. Après tout, ça ne devait pas être très agréable de se retrouver avec quelqu'un d'aussi craintif dans les pattes. Alors que lui, depuis qu'ils avaient admis leurs sentiments, paraissait désireux d'aller plus loin. Il savait que tout cela était nouveau pour lui aussi, mais il avait l'avantage d'avoir souhaiter cette relation de tout son cœur quand King ne l'avait pas vue venir du tout. Et même s'il l'accueillait maintenant avec tout le bonheur du monde, il était toujours complètement étranger à tous les bouleversements qui allaient avec.
Un silence s'installa, le temps que Katakuri réfléchisse à une réponse. Cette attente était insoutenable pour King, qui craignait de voir Katakuri revoir son jugement sur sa personne d'une seconde à l'autre.
— Tu sais, moi aussi j'ai l'impression d'avoir régressé de plusieurs années, dit-il sincèrement. Mais je ne trouve pas que ce soit un problème.
— Ah bon ?
— Non. Pourquoi ç'en serait un ?
King n'avait pas vu les choses sous cet angle. Il prit un moment pour réfléchir et même si des réponses toutes faites lui venaient à l'esprit, Katakuri reprit, toujours cramoisi.
— Étant donné les circonstances, je trouve plutôt logique qu'on ne sache pas comment s'y prendre l'un avec l'autre. Et ça ne me déplaît pas.
Cette seule phrase ôta un poids des épaules de King.
— Je me trouve ridicule aussi mais je pense que ni toi ni moi n'avons eu le droit de l'être jusqu'à aujourd'hui, alors... J'ai envie d'en profiter un peu. J'aurais préféré que ça nous arrive plus tôt mais c'est comme ça, dit-il en haussant les épaules.
— Donc ça ne te dérange pas que je sois parfois... fuyant ?
Chaque mot lui coûtait énormément. C'était une des conversations les plus difficiles qu'il avait jamais eues à tenir. Mais il devait être sûr.
— Pas du tout, répondit Katakuri avec un sourire touché. Je pense que je suis pire que toi dans ce domaine.
— Ça m'étonnerait.
King n'avait pas dit ça dans un esprit de compétition mais il comprit que Katakuri avait relevé le défi. Il se gratta soudain la nuque, hésitant à partager ce qu'il avait dans la tête.
— Tu te souviens de notre duel ?
— Bien sûr !
— Hum. Pourquoi est-ce que je l'ai écourté à ton avis ?
King fronça les sourcils, sans comprendre. Mais comme Katakuri devenait de plus en plus rouge, il attendit avec impatience de connaître la réponse. Il ne disait rien et fuyait son regard, King fit le lien avec sa propre réaction de tantôt.
— Je t'ai fait de l'effet à ce point là ?
Ce dut au tour de Katakuri d'enfouir son visage dans ses mains pour étouffer sa gêne. Mais il se reprit aussi vite en pointant sur lui un doigt accusateur.
— Je veux savoir ce que tu m'as dit à ce moment-là maintenant ! Je suis sûr que c'était tout sauf innocent !
King ne savait plus où se mettre.
/
Oven tapa du poing sur la table — et se fit mal, puisque c'était son bras blessé — il ne pouvait pas rester calme.
— Vous vous foutez de nous ! Vous allez nous faire porter le chapeau ?
— Oven, grogna Daifuku, frustré de le voir perdre son calme, même si lui aussi était sur le point d'exploser.
— Non seulement vous nous avez caché la vérité mais en plus vous n'avez pas réussi à contrôler Katakuri comme vous nous l'aviez promis. Sans votre favoritisme, nous n'en serions pas là. C'est quelque chose dont la famille devrait être au courant, pour intervenir au plus vite en cas de problème ! Comme pour Mama. Ca n'avait aucun sens de le garder secret !
— Nous n'avons jamais réussi à contrôler Mama.
— Nous savions comment faire face ! Katakuri est plus dangereux et vous le saviez. S'il est sujet à ce type de crise, il ne peut pas être le capitaine, c'est tout.
Des éclats de voix explosèrent alors dans tous les sens, à l'ancienne. Heureusement pour Daifuku, sa voix portait plus que celle des autres.
— Le droit d'aînesse prévaut, c'est tout ! Ça ne se discute pas ! Vous ne pouvez pas le disqualifier simplement parce qu'il souffre du même mal que Mama ! C'est seulement la deuxième fois que ça lui arrive en quarante ans !
— Vous ne pouvez pas vous opposer à une discussion sur cette légitimité après ce qu'il s'est passé, reprit Amande, plus calme.
— Il n'a tué personne ! S'écria Oven.
— Euh, si, il a massacré des milliers d'habitants, le reprit Daifuku, qui ne voulait pas être de trop mauvaise foi.
— Personne de la famille je veux dire !
Le calme revint peu à peu. Personne n'avait oublié ce qui était arrivé à Opéra lors de la dernière crise de Mama. Elle lui avait ôté la vie sans hésiter une seconde. En comparaison, Katakuri avait effectivement fait moins de mal.
— Il aurait pu, Oven, répondit Compote. Il a bel et bien essayé de te tuer.
— Il ne l'a pas fait.
Lui et Daifuku étaient en train de perdre le débat. Il ne savait pas quoi dire d'autre pour le défendre. D'ailleurs, il était presque sûr que Katakuri — cet idiot — serait d'accord avec ses sœurs et serait capable de renoncer à toute prétention au titre de capitaine par simple repentance. Pourtant, il n'avait pas démérité ce statut.
— Soyons pragmatiques, insista Daifuku. Comment se porte le pays depuis que Katakuri est à sa tête ?
Compote farfouilla dans la paperasse qu'elle avait amené avec elle mais ne se montra pas plus indulgente.
— C'est vrai qu'il s'est très bien débrouillé. Personne ne peut le nier. Mais il ne nous a pas sauvé du naufrage non plus. Depuis la mort de Mama, notre puissance ne fait que décliner. La Tea Party nous a coûté cher pour peu de bénéfices. Nous allons subir de plus en plus d'attaques et sa crise nous a laissé affaiblis...
— Nos flottes sont intactes, dit soudain Cracker, vexé qu'on sous estime leur force, une fois de plus.
— Peut-être, oui, mais ça ne suffit pas.
Tout le monde se tut.
— Nous avons besoin de stabilité. Et même si ça me fait de la peine de le dire, Katakuri ne peut pas nous la donner.
Oven ricana méchamment.
— Si tu as quelque chose à dire, dis-le ! Au lieu de rire, s'agaça Smoothie.
— Ok, dans ce cas je vous pose la question : qui veut être capitaine à sa place ?
Personne ne répondit mais Daifuku prit sa suite.
— Non seulement Kata est le plus reconnu d'entre nous, ce qui est quand même bien quand on veut imposer une autorité à d'autres pirates dans le Nouveau Monde, mais c'est aussi le plus puissant — on en a eu la preuve — et il est parfaitement capable de gérer Totto Land. Vous ne voulez pas lui passer le flambeau sous prétexte qu'il fait exactement les mêmes crises que Mama ? Qu'est-ce qu'il vous faut de plus ?
Des voix éclatèrent encore dans tous les sens. Le calme aura été de courte durée et le dialogue n'avançait pas. Il n'avançait jamais dans cette famille. Oven ne savait plus où placer sa loyauté. Il voulait blanchir le nom de Katakuri mais une part de lui se faisait lentement convaincre par les arguments des autres. Il ne savait plus ce qui était à la fois le mieux pour eux, pour leur empire, pour Katakuri seul.
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Leur conversation avait épuisé Katakuri, qui avait été obligé de retourner se coucher à cause d'une migraine fulgurante. Heureusement pour lui, King avait oublié toute sa gêne et était aussitôt redevenu le professionnel attentionné il avait besoin et l'avait reconduit dans son coin avec une délicatesse surhumaine. Après quoi, il en avait profité pour filer prendre une douche. Maintenant, Katakuri comprenait mieux pourquoi il choisissait toujours d'y aller quand il dormait.
King était encore plus farouche que lui. Il s'était toujours cru le plus pudique des deux car King donnait l'impression d'être parfaitement à l'aise avec son corps, maintenant il n'en était plus si sûr. Il avait pensé que son apparente indifférence à l'effet qu'il produisait sur les gens était en rapport avec son côté ptéranodon, dont il ne contrôlait pas tous les aspects — Katakuri en avait fait l'expérience en le voyant se transformer dans son sommeil — alors qu'en réalité, il était d'une timidité équivalente à la sienne. Peut-être même supérieure.
De son côté, il sentait s'envoler toutes ses inhibitions petit à petit. Chaque fois qu'il l'embrassait et que la température montait, il perdait la tête et oubliait complètement à quel point il pouvait être gêné parce qu'il faisait. Son désir de découvrir le corps de King prenait le pas sur le reste. Son embarras ne lui revenait en pleine face qu'après, quand il se retrouvait seul avec ses pensées et qu'il s'étonnait lui-même de son appétit dévorant.
Mais il appréciait toutes ses constatations. Ses tâtonnements lui plaisaient, l'ingénuité de King aussi. Il ne pouvait pas rêver meilleure façon d'explorer leur relation. Il avait le sentiment que tous les deux dansaient au rythme de la même musique. Ils prenaient leur temps et s'apprivoisaient petit à petit, comme il avait toujours imaginé qu'il le ferait le jour où il rencontrerait son partenaire.
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King avait encore profité du sommeil de Katakuri pour se faufiler dans la salle de bain. Il avait espéré se sentir moins stupide de le faire après leur discussion mais ce n'était pas le cas. Au contraire, il se sentait plus puéril que jamais. Mais les mots de Katakuri l'avaient rassuré : il pouvait gérer les choses comme il le souhaitait et tant pis pour le reste. Tant pis si il avait quarante sept ans et qu'il tremblait comme une feuille, du haut de ses six mètres, à l'idée d'aller plus loin avec l'homme qui lui plaisait.
Car il lui plaisait assez pour lui donner envie de coucher avec lui, c'était indéniable.
Il ne devait plus s'inquiéter et laisser les choses se faire toutes seules. Katakuri était bien plus lucide que lui sur la question. Il y avait sûrement plus réfléchi. Malgré tout, King avait peur de le décevoir. Il avait l'habitude que son corps soit scruté, observé à la loupe, disséqué...
Il savait que Katakuri ne se permettrait jamais de le traiter comme un vulgaire bout de viande pourtant il craignait qu'il ne le trouve trop "abîmé".
Face au miroir de la salle de bain — que Brûlée n'était pas assez bête pour approcher, lui avait garanti Katakuri — il ôta ses vêtements petit à petit et considéra son apparence physique, qu'il évitait souvent de regarder de trop près.
Il avait conscience d'être plaisant à regarder ; il était grand, bien bâti, avec un visage agréable — quoi que mélancolique. Comme tout le monde, il se trouvait des défauts insignifiants qui le faisait douter de lui-même mais le problème qu'il avec son corps était plus compliqué que ça. Quand il se regardait, il ne se voyait pas qu'avec ses yeux. Il se voyait aussi à travers les regards malsains qui l'avaient examiné pendant si longtemps. Il les désapprouvait de toute son âme pourtant c'était comme s'ils avaient laissé leur empreinte sur lui et qu'il était désormais incapable de se considérer autrement que par leur prisme.
A chaque fois qu'il faisait ce constat, il se sentait souillé. Et en colère. Il n'aurait pas dû avoir d'autre de préoccupation que celle de savoir comment s'y prendre avec Katakuri pour les nuits à venir. Au lieu de ça, il se voyait revenu trente ans en arrière, lorsque son corps appartenait à tout le monde en dehors de lui-même. Est-ce que se dévoiler à Katakuri n'était pas prendre le risque de découvrir que ses sensations ou le plaisir qu'il pouvait retirer d'une caresse avaient disparus depuis longtemps ?
Est-ce qu'il avait envie de connaître la réponse ?
Il s'observa une nouvelle fois dans le miroir et trouva un peu de réconfort en voyant que son corps n'était plus le même qu'à l'époque : il était plus fort, ses cicatrices s'étaient refermées. Il s'inquiétait pour rien. Il avait tourné cette page depuis longtemps, il était hors de question qu'elle revienne le hanter maintenant qu'il se sentait aimé et en sécurité.
Il trouverait le moyen d'empêcher ses souvenirs de ruiner ce que lui et Katakuri avait enfin réussi à construire.
Voilà, là on est bon pour un flashback au prochain chapitre. Et vu ce qui est dit, vous pouvez vous faire une idée de ce que ça va raconter.
Mais il faut parler d'un truc plus important d'abord : j'en avais parlé sur Instagram et je le redis ici : je vais bientôt faire une pause. J'ai pour principe de ne jamais écrire l'été et je vais m'y tenir. J'ai hésité à respecter ce principe cette année parce que cette fic est bientôt terminée (il me reste une dizaine de chapitres à écrire, à peu près) mais ça se voit que j'en ai besoin. Ca se ressent sur la qualité de mon travail et j'ai vraiment de plus en plus de difficultés à me concentrer sur l'écriture.
Ca fait presque deux ans maintenant que je bosse sur Prince Incendié. Et je m'amuse toujours autant, j'aime beaucoup cette fic, mais je suis en train de m'épuiser à la tâche. Il faut que je fasse une pause et que je me repose. C'est impératif. D'autant que là, ça se voit, j'approche du moment où je vais devoir écrire du smut et je veux être à 100% de mes capacités pour ça. C'est ce qu'il y a de plus dur à écrire pour moi et je ne veux surtout pas bâcler ces moments !
D'un coté ça m'ennuie parce que je sais qu'avec une pause estivale (Juillet & Août) : tout le monde va décrocher. C'est un fait. Quand je vais revenir à la rentrée (car je reviendrais, c'est certain, pas d'inquiétude) les gens seront passé à autre chose et ça va être dur de reprendre la machine. Mais je préfère ça que de bosser à reculons jusqu'à l'épuisement. J'aurais aimé finir la fic avant cette pause mais tant pis, ça m'apprendra à faire du slow burn.
Il me reste encore deux chapitres à écrire avant de faire cette pause. Un pour le 9/06 et un le 23/06 (si tout va bien). Après ça : vacances d'été !
Je suis désolée d'en arriver là mais vraiment, je l'affirme, cette fic aura une fin. Je le laisserai pas inachevée, c'est promis !
