Chapitre 17

Hermione avait passé une partie de la journée à se répéter son nom. En fin d'après-midi, elle entra comme à son habitude par sa classe laissée entre-ouverte. Elle s'y faufila. C'était presque la fin du cours et les élèves avaient l'air de dormir debout, ne remarquant pas du tout le léger grincement.

"Bonjour Severus," dit-elle simplement en essayant par tous les moyens d'empêcher sa voix de trembler.

Il lui adressa un rapide regard avant de retourner à l'inspection du travail de ses élèves.

Elle s'enfuit assez rapidement par le bureau, un peu nerveuse de ce changement d'habitude bien que bienvenu. Il n'était pas tard et la lumière du mois de mai était encore assez forte pour passer à travers le lac et illuminer un peu les appartements de Severus. Elle s'installa dans un des fauteuils, profitant de la fraîcheur des cachots alors que ses propres appartements commençaient à devenir un peu trop chauds à son goût.

Severus arriva quelques minutes plus tard. Sans dire un mot, il s'installa à son tour.

Ce furent trois coups à la porte qui les surprirent, rompant le silence dans lequel ils étaient plongés. Ils se regardèrent. Severus leva un sourcil.

"Je n'attends personne," plaisanta Hermione.

Il leva les yeux au ciel avant de poser son livre et de se diriger vers la porte. Hermione ne bougea pas.

À l'entrée de ses appartements, il tomba nez à nez avec Poppy Pomfresh.

"Bonsoir.

— Severus, je suis désolée de te déranger mais j'aurais besoin de ton avis pour un élève. Des Serdaigles ont décidé de faire des potions en cachette et ils ne veulent pas me dire ce qu'ils y ont mis. Un des garçons se retrouve avec les lèvres collées et les doigts palmés.

— Les doigts palmés ? Parfois je me demande vraiment ce qui leur passe par la tête."

Hermione écouta d'une oreille la conversation.

"Je n'en sais rien, tous les ans j'ai l'impression qu'ils arrivent à faire pire que l'année précédente. Je suis surtout surprise que ce soit une bande de Serdaigles qui soit dans cet état-là," dit l'infirmière.

— Retournes-y, je te rejoins."

Poppy leva la tête, essayant de regarder par-dessus l'épaule de Severus. Il lui lança un regard noir.

"Elle est là, n'est-ce pas ? demanda-t-elle.

— Comment ?

— Ne joue pas à ça avec moi, tu peux embobiner Minerva autant que tu veux, avec moi ça ne passe pas. Et je compte bien la rencontrer bientôt," affirma-t-elle, les mains posées sur ses hanches.

— Je ne sais pas ce qu'a encore spéculé Minerva, mais il n'y a personne chez moi. Je te rejoins." Et il claqua la porte.

De l'autre côté, il entendit une voix étouffée :

"Je découvrirai qui tu caches tôt ou tard, Severus, tu ne pourras pas la cacher bien longtemps !"

Il se pinça l'arête du nez et souffla.

"De qui parlait Madame Pomfresh ? demanda Hermione, un léger sourire sur les lèvres.

— Minerva s'est mis en tête que je fréquente quelqu'un. Elle m'a fait toute une scène dans la Grande Salle pour que je lui avoue.

— Et sur quelle théorie s'est-elle basée ?

— La quantité de nourriture que je commande," répondit-il en passant sa cape sur ses épaules.

Hermione rit.

"C'est vrai que cela a dû alerter les elfes que vous preniez autant de nourriture. Si je n'étais pas là, vous sauteriez tous vos repas.

— Si vous n'étiez pas là, je serais bien plus tranquille."

La phrase aurait pu lui faire mal, pourtant, le léger sourire qui l'accompagna lui fit facilement comprendre qu'il la charriait gentiment.

"Enfin, je ne vais pas pouvoir nous demander aux elfes ce soir, vous allez devoir aller chercher vous-même votre repas. Je ne sais pas pour combien de temps j'en ai. Ne m'attendez pas.

— Bonne soirée, Severus, lui dit-elle alors qu'il passait la porte.

— À vous aussi, Hermione."

Elle l'attendit pourtant. Mais vers 20h, son estomac commença à gargouiller. Elle décida de se lever.

Elle s'était habituée à ne plus avoir à zigzaguer dans les cuisines pour récupérer un peu des plats. Severus mangeait avec elle presque à chaque repas.

Elle remonta les escaliers des cachots, puis alla jusqu'aux cuisines. Elle réussit à faire quelques sandwichs qu'elle enveloppa dans une serviette avant de repartir pour faire le chemin inverse. Lorsqu'elle atteignit le couloir menant aux escaliers, elle tomba nez à nez avec la directrice. Celle-ci s'arrêta d'un coup, fixant Hermione. Elle cligna plusieurs fois des yeux. Le professeur Flitwick arriva à sa hauteur.

"Tout va bien, Minerva ? On dirait que vous avez vu un fantôme."

La directrice plissa les yeux puis regarda autour d'elle avant de se retourner et répondre.

"Je… Non rien, j'ai cru voir quelque chose."

Ils passèrent juste à côté d'elle.

Hermione ne bougea toujours pas et il lui fallut quelques secondes avant de se remettre du choc. La directrice m'a vue, pensa-t-elle. Comme Severus au début. Elle m'a sentie.

Elle courut jusqu'aux appartements de Severus. Descendant les escaliers à toute allure, elle ouvrit la porte d'un coup mais la pièce était vide. Il n'était toujours pas rentré. Elle fit les cent pas, tournant en rond et se rejouant la scène plusieurs fois, se demandant ce qu'elle aurait pu faire pour que la directrice la remarque vraiment. Une idée germa dans sa tête mais elle la chassa rapidement. Celle-ci était bien trop dangereuse.

Elle finit par se laisser tomber dans le fauteuil. Elle grignota son sandwich et posa celui de Severus sur la table. Elle l'attendrait. Mais elle patienta longtemps et la fatigue finit par gagner.

Quand Severus revint, il était épuisé. Il ne savait même pas comment il avait réussi à ne pas arracher la tête de ces petits cornichons sans cervelle. Il n'avait toujours pas compris comment ils en étaient arrivés à un tel résultat bien qu'il ait quelques pistes. Il n'avait qu'une envie : s'écrouler dans son lit. Mais la jeune femme assoupie dans son salon l'en empêcha.

Il s'approcha doucement pour la réveiller et la renvoyer chez elle.

"Hermione ?" l'appela-t-il.

Elle grogna mais ne bougea pas.

"Hermione ?"

Cette fois-ci, elle se déplaça un peu et ouvrit un œil légèrement. À peine réveillée, elle marmonna :

"La directrice m'a vue. Est-ce que je peux dormir ici ?"

Aucune des deux phrases ne parut cohérente dans son esprit et n'atteint le bon endroit. Minerva ? Dormir ici ?

"Miss… Hermione, vous devez aller vous coucher, il est tard."

Elle se releva difficilement pour s'asseoir en baillant.

"Est-ce que je peux dormir ici ?" demanda-t-elle à nouveau.

Cette fois-ci, il comprit parfaitement la question.

Elle s'attendait à recevoir un "non" sec, ou un "déguerpissez avant que je ne vous maudisse" ou bien encore "vous êtes tombée sur la tête ?" mais tout ce qu'il lui dit, ce fut :

"Pourquoi ?

— Je n'arrive plus à dormir seule.

— Je vais vous faire une potion de sommeil sans rêve dans ce cas et cela ira."

Il s'apprêtait à se retourner mais elle lui attrapa le bras et le retint.

"S'il vous plaît. Juste pour cette nuit. Vous savez aussi bien que moi que la potion a des effets secondaires.

— Vous êtes-vous transformée en petite fille au cours des dernières semaines sans que je n'en sois informé ?

— S'il vous plaît," demanda-t-elle une nouvelle fois. "Severus."

Il leva les yeux au ciel, se pinça l'arête du nez pour la énième fois de la soirée, souffla puis la regarda à nouveau. Elle avait les cheveux en bataille, le gilet qu'elle portait par-dessus son tee-shirt était froissé et ses yeux étaient encore bouffis de son début de nuit. Mais surtout, elle avait utilisé son prénom. S'il avait su que lui donner ce droit le rendrait incapable de dire non, il ne lui aurait jamais accordé.

"Bien. Mais seulement cette nuit. Demain, vous rentrez chez vous.

— Merci ! dit-elle en se levant d'un bond.

— Venez."

Il ouvrit la porte de sa chambre et elle resta à l'entrée. Il fouilla dans un de ses tiroirs et sortit un tee-shirt noir qu'il lui lança.

"La salle de bains est de ce côté," indiqua-t-il.

Hermione se dépêcha d'y aller pour se changer avant qu'il ne change d'avis. La pièce était à l'effigie du personnage, comme la chambre, entièrement noire.

"Il a vraiment un truc avec le noir," dit-elle à son reflet. Elle regarda le lavabo. "Même sa brosse à dents est noire !"

Elle ressortit quelques minutes plus tard, les cheveux attachés dans un chignon rapide et uniquement habillée de sa culotte et du tee-shirt, tenant dans ses bras sa pile de vêtements. Il avait lui aussi profité du moment pour se mettre en pyjama.

Lorsqu'il la vit sortir de la salle de bain, habillée de ses affaires, il perdit ses mots. Son tee-shirt lui arrivait à mi-cuisse mais le reste de ses jambes était découvert. Il détourna le regard pour le remonter vers son visage. Elle lui sourit et la chaleur qu'il ressentit lui donna l'impression d'être à nouveau un adolescent.

"Vous devriez essayer d'autres couleurs parfois," le charria-t-elle en déposant ses affaires sur la commode. "Avez-vous un seul vêtement de couleur ?

— J'ai un pull rouge et vert, si vous préférez.

— Non merci. Je ne suis pas sûre que ce soit la saison."

Il la regarda monter sur le lit et se mettre sous la couette. Elle le fixait toujours alors qu'il restait planté comme un "i", incapable de se mouvoir correctement. Il y avait une femme dans son lit, plus précisément une jeune femme, et il n'avait pas la moindre idée de la dernière fois que ça lui était arrivé. Son corps réagissait bien trop à sa présence et il craignait qu'elle le remarque. Sortant de sa transe et voyant qu'elle le fixait, il demanda ironiquement :

"Il faut aussi que je vous borde ou ça ira ?

— Non, merci, ça va aller."

Il éteignit les bougies d'un geste de baguette et voulut sortir quand elle l'interpella.

"Que faites-vous ?

— Je vais me coucher.

— Où ça ?

— Dans le canapé.

— Ne faites pas votre petite nature et venez dormir. Je ne mords pas et je ne prends pas beaucoup de place. Vous allez avoir un mal de dos atroce sur ce vieux truc.

— Mon canapé est très confortable.

— Peut-être mais il n'est pas fait pour dormir," répliqua-t-elle.

— Alors où voulez-vous que je dorme ? demanda-t-il.

— Ici.

— Où ?

— Avec moi.

— Comment ça ?

— Mais vous le faites exprès ! Ne faites pas l'enfant et venez dormir.

— C'est vous qui me dites ça ? lui envoya-t-il.

— Laissez tomber. Allez-vous casser le dos sur ce machin."

Elle se coucha sur le côté, dos à lui. Elle l'entendit marcher, sortir puis revenir, sortir à nouveau avant de rentrer pour de bon. Elle le sentit finalement s'installer de l'autre côté et sourit.

"Vous n'êtes pas possible.

— Je sais. Bonne nuit.

— Bonne nuit."

Il regarda le plafond, incapable d'oublier la présence de la Gryffondor à côté de lui. Il n'avait jamais dormi avec personne. Il était habitué à être seul. Elle commençait à prendre beaucoup trop de place dans son quotidien. Il l'attendait pour manger, chaque soir après les cours il la retrouvait chez lui, ils parlaient de tout et de rien, faisaient parfois des potions ensemble. La situation le frappa, elle vivait déjà presque chez lui. Ils avaient en effet l'air d'un couple, les mièvreries en moins. Minerva avait raison, il entretenait une relation. Bien que celle-ci n'était qu'amicale, c'était un véritable changement dans sa vie. Et ce changement s'était endormi profondément à côté de lui. Il la sentit se tourner, puis se coller à lui.

"Merlin, elle veut ma mort," jura-t-il.

Il ferma les yeux, écouta la respiration de la jeune femme et finalement s'apaisa pour s'endormir à son tour.