Chapitre 5
Les deux pulsiennes étaient rentrées dans leur village au lendemain de la révélation sur l'éclaireur pulsien. Leur voyage de retour s'était déroulé dans le plus grand des silences, malgré les nombreuses tentatives de Vanille de faire la conversation à son amie. Fang s'était murée dans un mutisme complet et ne répondait que brièvement, restant continuellement perdue dans ses pensées. Dès leur arrivée, elles se rendirent dans le bâtiment principal d'Oerba, où le chef de leur village, Ivinh, un grand guerrier au visage marqué par des cicatrices de guerre, les attendaient patiemment.
"Alors, quelles sont les nouvelles ? Vous avez réussi à retrouver le chasseur ?"
"Oui." répondit Fang en s'approchant de lui. Elle lança un regard à Vanille, lui indiquant de la laisser gérer la conversation. La petite rousse sembla comprendre la demande silencieuse de son amie et la laissa continuer sans intervenir. "Il était entré en Drakon trela avant que nous n'arrivions et nous avons dû l'abattre."
"Je vois..." conclut Ivinh en se grattant le menton. C'était une nouvelle qui ne l'enchantait guère mais qui ne le surprit pas réellement. Beaucoup de ses camarades avaient succombé à ce maux, et il avait dû lui-même mettre un terme à leur souffrance. Une nouvelle âme allait rejoindre leur déesse dans sa cité.
"Ce n'est pas tout."
Fang tendit le fameux tissu qu'elle avait conservé avec elle. Ivinh fronça les sourcils en voyant l'étrange objet, ne comprenant pas vraiment ce qu'il devait en déduire. Il observa successivement le tissu, Vanille puis Fang, attendant une explication.
"Il portait un vêtement cocoonien, c'est un morceau de sa tenue. Je pense qu'il a été capturé par des Viprez lors d'une de ses excursions près des frontières."
"Capturé ? Si c'était réellement le cas, les cocooniens ne l'auraient pas relâché, ils l'auraient tué."
"Il a dû réussir à s'échapper. Il faut que l'on investigue plus en profondeur-."
"Non Fang." la coupa assez rapidement Ivinh en comprenant finalement où elle voulait en venir. Il secoua la tête. "Nous n'enverrons pas de guerriers près des frontières."
"Mais, et s'il y en avait d'autres ?!" s'insurgea la brunette, consternée. "Plusieurs autres villages ont fait part de disparition des leurs ! Il y a forcément un lien !"
"Ce ne sont que des hypothèses, Fang. On ne peut pas envoyer des guerriers uniquement sur des soupçons, cela ne fera qu'amplifier les tensions. Les Béhémoths sont tout aussi dangereux que les cocooniens, nombreux de nos guerriers en ont déjà fait les frais."
Fang sentit son sang bouillir dans ses veines, elle resserra ses poings afin de se contenir. S'en prendre à son chef pour évacuer sa frustration n'était pas une bonne idée, surtout si elle avait besoin de son appuie pour lancer ses futurs excursions.
En effet, même s'il n'y avait pas de réelle hiérarchie dans les villages pulsiens, tous les dragonniers se devaient de suivre les ordres de leur chef de village, pour la cohésion de leur force ainsi que leur défense. C'était l'une de leur règle primordiale.
Le regard ferme qui était posé sur elle, lui indiqua cependant que son chef ne changerait pas d'avis. Pas avec si peu d'élément.
"Fais chier." grogna-t-elle dans un élan d'exaspération avant de se retourner subitement et de claquer la porte derrière elle. Rapidement, elle entendit un autre claquement, puis un bruit de pas la suivre. Sans aucun doute, Vanille.
"Fang !" l'appela cette dernière en lui emboitant le pas. Etant plus petites que la brunette, elle dû trottiner pendant quelques instants afin de la rattraper. Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, elle lui agrippa l'avant-bras et réussi à la stopper dans sa lancée. "Attends-moi !".
"Lâche-moi, Vanille."
"Non, pas tant que tu continues à faire ta tête de mule !" contra-t-elle en resserrant un peu plus son emprise.
Fang resta quelques instants immobiles, puis son regard se posa sur la main qui la retenait.
Si elle le voulait, elle pouvait aisément se retirer de son emprise en usant de sa force, mais faire une scène au beau milieu de la place du village ne l'enchantait guère...
Elle décida donc de procéder de manière civile et fit face à sa cadette. "Quoi ?" cracha-t-elle.
Elle avait essayé de dissimuler son agacement mais le regard que lui lança Vanille lui indiqua que cela n'avait pas été un franc succès. La petite rousse haussa un sourcil puis relâcha finalement sa prise.
"Ivinh a raison, Fang."
Cette fois-ci, la brune ne put se retenir de lever les yeux au ciel. "A d'autres, Vanille ! Tu étais avec moi dans cette clairière, ces foutus Viprez étaient clairement à sa recherche."
"C'était peut-être un concours de circonstance !"
L'optimisme de Vanille et sa volonté de voir le positif chez les cocooniens, exaspérait grandement Fang...
"Non Vanille, ça ne peut pas être un concours de circonstance, surtout vu l'accoutrement dans lequel on a retrouvé l'éclaireur. Il s'est retourné contre eux et a réussi à s'enfuir avant de se faire rattraper par cette maudite soldate. Mais noooon, personne ne veut y croire ! Ça parait tellement plus logique de voir un Viprez par chez nous."
"Si tu voulais tant qu'Ivinh te crois, pourquoi tu n'as pas abordé ce sujet, hein ?"
Fang fronça les sourcils, se figeant de manière imperceptible.
"Quel sujet ?" répondit-elle lentement, sachant clairement ce que sous-entendait Vanille. Elle espérait que feindre l'ignorance allait la décourager d'aborder ce sujet.
Cependant, Vanille semblait décidée à ne pas lâcher l'affaire. "Le fait qu'on ait sauvé un soldat cocoonien." dit-elle en croisant les bras. Elle fixait Fang, comme attendant qu'elle ose nier les faits.
Il y avait une chose dont Fang était assez connue pour, et c'était bien entendu sa fierté...Admettre à son chef qu'elle avait prêté main forte à l'un de leur ennemi juré était totalement impensable.
La brune ne put que souffler d'irritation. "Si ça ne tenais qu'à moi, on ne l'aurait pas sauvé." répliqua-t-elle avec amertume.
"Peut-être, mais si elle avait disparue sur notre territoire, tu ne crois pas que les cocooniens auraient envoyés des troupes aux villages pulsiens environnants ? Qu'ils auraient attaqués en pensant qu'on l'aurait abattu ? Nous devrions être heureuses que rien n'ait dérapé et que la situation ait pu se régler sans trop de complications."
La guerrière serra la mâchoire. Dans un sens, elle savait que Vanille et Ivinh avaient raison, mais elle ne pouvait pas l'accepter.
"Tu sais quoi, Vanille ? Laisse tomber." Elle se tourna de nouveau, mais cette fois-ci, elle prit la direction des bois d'un pas déterminé, prenant au dépourvu son amie.
"Fang ! Où est-ce que tu vas ?"
"M'éclaircir la tête. Je reviendrais dans quelques jours." répondit-elle sans même se retourner.
"Quoi, comme ça ?!"
"Ne t'inquiète pas, je ne vais pas aller voir les Viprez. J'ai...juste besoin de temps pour me calmer."
Cette réponse bien plus raisonnée que les précédentes, sembla détendre Vanille. Il arrivait de temps à autres que la brunette s'absente pendant quelques temps dans les bois, notamment pour faire le vide dans son esprit. Elle revenait toujours chez elles, saine et sauve, ce qui conforta la plus jeune pulsienne.
"D'accord...fait tout de même attention, Fang."
La guerrière lui fit un geste du bras en guise de réponse et reprit sa route à travers la flore pulsienne.
Comme elle l'avait indiqué, Fang resta plusieurs jours dans les bois, s'étant éloignée plus profondément dans les abords sauvages. Ses journées étaient restées calmes et consistaient principalement à chasser des bêtes pulsiennes ou à vadrouiller sans réel but afin de remettre de l'ordre dans ses idées. Fang savait que l'un de ses principaux défauts était son impulsivité, c'était un trait de caractère qui l'avait causé de nombreux problèmes, et dont elle avait toujours du mal à maîtriser.
A son quatrième jour dans les bois, la chasseuse s'était arrêtée près d'une source afin de se reposer. Elle s'était allongée dans l'herbe, un brin d'herbe dans la bouche et observait silencieusement le ciel. Durant ce moment de calme, elle se reprit cependant à repenser à leur mission précédente. De leur traque jusqu'à la découverte du chasseur pulsien, et comme toutes les fois où elle s'était repassée les évènements en tête, elle ne pouvait s'empêcher de grogner de mécontentement.
J'y crois pas...j'ai sauvé un putain de Viprez...jura-t-elle intérieurement.
Elle pouvait encore revoir Vanille se faire attaquer par la cocoonienne. Sentir la colère exploser dans sa poitrine et cette subite pulsion de destruction.
Ou plutôt, Vanille l'a sauvé, se corrigea-t-elle.
Tourner la chose dans ce sens semblait apaiser sa conscience. Elle préférait rester avec cette version des faits, même si la réalité était toute autre. C'était elle qui avait empêché le dragon de réduire en cendre la cocoonienne...
Une cocoonienne dont le regard profond lui rappelait étrangement la couleur du ciel pulsien.
Un bleu libre et indomptable.
Peut-être était-ce cette similitude qui l'avait comme marqué, lorsque leurs regards s'étaient croisés ? Elle n'avait jamais vu une telle teinte chez ses pairs, les pulsiens ayant généralement les pupilles de couleurs assez sombres, même lorsqu'elles étaient bleues.
Fang grogna de nouveau en se rendant compte qu'elle prêtait bien trop d'attention à cette soldate, qu'elle ne reverait sans doute jamais.
La cocoonienne pouvait bien avoir des yeux mauves, jaunes ou même multi couleurs, elle n'en avait rien à faire. Elle avait bien d'autres choses auxquelles penser. Bien plus importantes, comme le fameux éclaireur pulsien qu'elles avaient dû abattre. Elle décida donc de se concentrer sur ce sujet, fermant les yeux pour ne pas diverger de nouveau.
Maintenant qu'elle était plus calme, peut-être qu'elle allait pouvoir déceler des indices qui lui avaient peut-être précédemment échappés.
Il était sûr et certain que l'éclaireur avait séjourné à Cocoon durant sa période de disparition. Il n'aurait jamais pu se procurer son étrange tenue dans le cas contraire, jamais aucun pulsien ne se serait habillés volontairement, avec des vêtements de Cocoon. De plus, contrairement à leur voisin, Gran Pulse ne faisait jamais de prisonniers, préférant abattre les soldats lors des affrontements plutôt que d'épuiser leurs ressources à les nourrir dans des cellules. Cette règle ne semblait cependant pas s'appliquer aux forces armées cocooniennes, ce qui pouvait valider son hypothèse concernant les autres disparitions. D'autres pulsiens devaient être dans le même cas que le chasseur d'Ethla'hag.
Fang fut tant concentré qu'elle ne fit pas attention à l'ombre qui vint se positionner au-dessus d'elle, cachant les rayons du soleil.
Ce léger changement d'atmosphère lui fit rouvrir les yeux mais elle ne s'attendit pas à sentir une large masse rugueuse et humide se frotter à elle, laissant une traînée visqueuse sur son visage et ses vêtements.
"Arf, Bahamut !" maugréa Fang en se redressant brusquement.
La guerrière observa avec consternation sa tenue favorite complètement recouverte de l'étrange matière visqueuse.
Les pulsiens se vêtaient généralement d'une tenue traditionnelle appelée sari, vêtement fabriqué avec soin par leurs artisans-tisseurs, et dont la matière douce et délicate pouvait résister à n'importe quelles conditions météorologiques. Le climat de Gran Pulse était assez changeant, mais la plupart du temps les températures étaient assez chaudes et exotiques. Fang ne portait que ce type de tenue, et elle tenait à ses saris bleus comme à la prunelle de ses yeux.
Les voir se faire souiller de cette manière lui hérissa instinctivement les poils. Elle se tourna donc vers l'origine de cet affront, un large dragon noir qui se tenait juste à côté d'elle qui tenta même de laper la jeune femme une seconde fois. Fang réussi néanmoins à éviter l'assaut du mastodonte en roulant sur le côté, avant de se relever pour retirer la matière visqueuse qui avait collé plusieurs brins d'herbe contre son vêtement.
Elle avait beau dépoussiérer sa tenue, les graminées se fixèrent successivement entre ses mains et son sari, rendant la tâche totalement inutile. La salive du dragon noir ne semblait pas vouloir partir, malgré les nombreuses tentatives de la chasseuse.
La situation sembla amuser le grand reptile qui secoua la tête, glapissant joyeusement.
Résignée, Fang soupira lorsqu'elle comprit qu'elle ne réussirait pas retirer les brins d'herbe de sa tenue et fixa son compagnon de toujours.
"Tu trouves ça drôle ?" lui dit-elle en levant l'un de ses fins sourcils.
Le dragon glapi à nouveau, satisfait de la farce qu'il venait de faire à la guerrière. Fang soupira cette fois-ci, bien plus bruyamment, puis se dirigea vers la source d'eau près de laquelle elle s'était arrêtée, afin de tenter de se nettoyer un peu plus convenablement.
Bahamut était le Drakon de Fang. Tout comme sa maîtresse, il avait hérité de ses traits taquins et ne manquait jamais une occasion pour embêter la brune lorsque celle-ci ne s'y attendait pas.
Même pour les normes de son espèce, le dragon noir avait une musculature assez impressionnante. Il était aussi grand qu'une maison à trois niveaux, pouvant être aperçu à plusieurs lieux. Sa large tête était comme taillée dans de la pierre, quelques angles sur son front et son menton formait des lames aiguisées. Son regard qui paraissait si doux et joueur lorsqu'il fixait sa maîtresse, reflétait des pupilles mauves à peine visibles de par sa peau noire. Les nombreuses écailles qui protégeaient sa musculature avaient également des reflets mauves à la lumière du jour.
Bahamut était ce qu'on appelait un dragon d'onyx, une pierre très rare chez les dragons pulsiens.
Il n'en avait été recensé qu'une poignée à travers les âges, se comptant uniquement sur les doigts d'une main. Ces dragons étaient réputés pour leur grande agressivité et leur puissance dévastatrice. Même au sein de la culture pulsienne, ils étaient craints et décrits comme des bêtes assoiffés de sang.
C'est pourquoi, lorsque Fang avait invoqué son dragon pour la première fois, dès l'âge de seize ans, nombreux étaient les oerbans qui considéraient qu'elle apporterait le malheur dans leur village. Redoutant qu'une personne aussi jeune qu'elle ne puisse contrôler un dragon aussi puissant que ne l'étaient les dragons d'onyx.
Durant cette période, elle était rapidement devenue un paria à Oerba, la population craignant une future catastrophe dans le cas où Fang perdrait le contrôle de la bête.
La brunette avait assez mal vécue cette période de son enfance, ayant déjà perdu sa famille, se faire rejeter par son village avait profondément blessé la petite brune qui s'était par la suite isolée dans les bois durant de longs mois. Ceci expliquait également en partie pourquoi elle appréciait s'isoler dans la nature lorsque quelque chose la tracassait.
Cet évènement ne l'avait pas empêché d'adorer Bahamut comme sa famille et de toujours souhaiter le meilleur pour son village.
Elle réussit tout de même à revenir au village par persévérance, démontrant aux villageois qu'elle n'était pas un danger pour autrui.
Même si elle avait été rejetée par son village, elle n'en avait jamais vraiment voulu à ses pairs. Aussi jeune avait-elle été, elle avait compris qu'elle pouvait être l'appréhension des oerbans à l'égard de son dragon. Les nombreuses histoires de Drakon trela pouvait déjà en donner une certaine idée.
Par la suite, elle était même devenue une figure emblématique des forces pulsiennes contre Cocoon lorsqu'elle dépassa l'âge de maturité, ses compétences au combat étant difficilement égalées.
Encore penchée près du point d'eau pour se nettoyer, Fang vit du coin de l'œil son compagnon tourner brusquement la tête vers sa gauche, comme guettant quelque chose.
Intriguée par son comportement, la guerrière se redressa. "Tu as vu quelque chose d'intéressant ?" dit-elle en quittant progressivement le bord de l'étang afin de rejoindre son compagnon.
Arrivée à sa hauteur, elle tourna son regard en direction de l'endroit qui semblait avoir attiré l'attention de Bahamut.
Une silhouette volante pouvait clairement se dessiner au loin, mais il était difficile de définir exactement de quoi s'agissait à cette distance.
Elle tenta tout de même de focaliser son attention dessus. "Une vouivre ?" supposa-t-elle a haute voix.
Le profond grondement qui résonna dans la poitrine de Bahamut réfuta son hypothèse.
Un tel objet volant pouvait aussi bien être une bête pulsienne, qu'un vaisseau cocoonien... Fang pria intérieurement pour qu'il s'agisse de la première option plutôt que la dernière, mais la réaction de Bahamut n'annonçait rien de bon, ne la rassurant pas vraiment quant à son origine.
"Allons voir ça de plus près." proposa-t-elle en s'approchant de la nuque de son compagnon.
Instinctivement, le dragon s'inclina pour laisser la brune grimper et s'installer au niveau de ses épaules. Une fois en position, Fang tapota doucement le bas du cou de Bahamut pour lui indiquer de s'envoler, ce qu'il fit assez rapidement.
Se redressant dans toute sa grandeur, Bahamut déploya ses larges ailes ébènes, assombrissant toute la végétation qui se trouvait à proximité de lui, tel un rideau de nuit se tirant sur les plaines pulsiennes. En quelques coups d'ailes qui firent vibrer le sol, les deux compatriotes s'élevèrent dans le ciel et prirent la direction de cet étrange objet volant.
Même si d'habitude, Fang prenait le temps d'apprécier de voler avec Bahamut, sentir le vent à travers ses cheveux, la vue des différents paysages de son pays natal, elle ne pouvait s'empêcher de fixer avec anxiété cette masse à l'horizon, dont ils se rapprochaient à grande vitesse.
Maintenant à une certaine distance, Fang pouvait voir plus clairement ledit objet, et ce qu'elle vit ne lui plut guère. Comme elle l'avait redouté, elle reconnut immédiatement la structure et la forme d'un vaisseau cocoonien. Un vaisseau de guerre qui survolait la forêt pulsienne.
Un signe d'une possible nouvelle attaque.
Aujourd'hui était censée être une mission de routine.
Survoler une partie du territoire pulsien afin de mettre à jour leurs informations géographiques sur les différents villages des sauvages. Ces données récoltées allaient servir au nouveau projet du Sanctum qui consistait à préparer des bombardements sur les villages pulsiens afin de prendre les sauvages du grand continent par surprise et ainsi éviter de possibles contre-attaques.
Grâce à cette stratégie, le Sanctum prévoyait d'annihiler les pulsiens une bonne fois pour toute, sans aucune perte au sein de ses propres rangs, brûlant aussi bien les villages que les maudits L'Cies qui y vivaient à l'intérieur.
Généralement, ils activaient leur système de camouflage lorsqu'ils effectuaient ces missions de reconnaissance, cependant il fallait laisser du temps à leurs générateurs de reprendre du jus avant de pouvoir les activer à nouveau. Le camouflage ne pouvant être totalement en continue, car cela causait des phénomènes de surchauffe au niveau de leurs équipements.
Il était rare que durant ce court laps de temps des personnes remarquent le vaisseau. Pulse était tellement vaste et recouvert de verdure qu'ils croisaient assez rarement des villages natifs durant leur périple.
C'est pourquoi, le soldat cru rêver lorsqu'il vit l'affichage sur son radar.
Il actualisa la supervision à plusieurs reprises, croyant avoir affaire à un nouveau bug dans leur système informatique, tout en mâchant son chewing-gum qu'il avait depuis plusieurs heures déjà.
"Hey, Nico." haussa le soldat en s'adressant à l'un de ses voisins, positionnés à trois sièges de lui dans le cockpit. "Y'a encore un problème avec les radars, t'es sûr que l'équipe de maintenance a réglé le problème ?"
Son camarade d'arme se retourna doucement dans son siège afin de faire face à l'autre soldat.
"Ben ouais, ils ont changé tous les capteurs la dernière fois pourquoi ?" répondit-il légèrement intrigué par la question et surtout par le lourd silence de son camarade. "Qu'est-ce qu'il y a ?"
"Euh…S'ils les ont vraiment changé alors on a un gros, gros, gros soucis..." ajouta le premier soldat en blêmissant progressivement à la vue du point rouge qui s'approchait rapidement de leur position.
Le dénommé Nico haussa l'un de ses sourcils. Il croisa le regard paniqué de son camarade qui tourna sa tête vers lui avec lenteur.
"Y'a un putain de dragon pulsien qui nous fonce droit dessus."
"Q-Quoi ?!" s'écria Nico.
Il se leva brusquement de son siège afin de vérifier l'information que venait de lui partager son collègue, et tout comme ce dernier, son teint devint pâle en constatant la même chose.
"Eh merde ! Je vais aux tourelles !" dit-il avant d'appuyer sur le bouton d'alerte du vaisseau et de quitter brusquement la cabine.
Le bruit strident de l'alarme assourdit immédiatement l'équipage qui prit leurs postes de défense, sentant la pression monter.
La première attaque de l'assaillant ailé fut esquivée de peu par le pilote lorsque ce dernier redressa in-extremis la barre de commande. Un bruit de sifflement résonna le long de la carlingue et indiqua à l'équipage que le dragon pulsien était passé juste au-dessus d'eux. Puis ce fut au tour des premiers tirs de se faire entendre. Les soldats cocooniens tentèrent de viser la bête tant bien que mal, mais les nombreuses manœuvres du vaisseau et la rapidité du dragon ne leur facilitèrent pas la tâche.
L'escouade qui composait l'équipage du vaisseau appartenait à la branche de la Cavalerie, la force armée du Sanctum. Ils n'étaient pas spécialisés contre les L'Cies comme l'était les PSICOMS, ni n'étaient spécialisés dans la protection des citoyens de Cocoon comme l'était la Garde Civile. En plus de ne pas être équipé pour gérer une menace L'Cie, l'unité des soldats cocooniens présent dans le vaisseau avaient généralement pour missions d'espionner les pulsiens. Ils n'avaient pas été réellement formés pour de telles situations.
Ce qui rendait la situation encore plus désespérée pour eux.
La seconde attaque toucha cette fois-ci, de plein fouet la carlingue métallique, faisant violemment vibrer le vaisseau. D'autres alarmes vinrent alors rejoindre la cacophonie ambiante, des systèmes avaient été endommagés et pas n'importe lesquels.
"Il a touché le générateur de nos boucliers électromagnétiques !"
"Fais chier ! On va se prendre la sauce."
Et comme le craignit l'un des soldats, une succession de secousse se fit sentir à travers tout le bâtiment.
"Abattez moi ce foutu monstre pulsien !" brailla le supérieur aux commandes. Il s'accrochait tant bien que mal à l'un des sièges du cockpit.
Les tirs cocooniens continuèrent de plus belle, le monstre esquivant assez aisément les différents projectiles.
"On n'a pas les tourelles qu'il faut contre ce genre de bête là !" s'écria un autre soldat. "Il faut des canons pour tuer ce monstre !"
Un énorme choc fit à nouveau vibrer le bâtiment volant, puis l'équipage sentit le sol se pencher sur un côté, plusieurs personnes perdirent leur équilibre et du matériel traversa la pièce de part et d'autre.
"Il s'est accroché à nous, il va tenter de nous faire piquer au sol. "
Dans une ultime manœuvre désespérée, le pilote fit brusquement pivoter le vaisseau pour déséquilibrer le L'Cie. Son geste sembla fonctionner et prendre de court le dragon car ce dernier dû relâcher sa prise et reprendre de l'altitude. Un léger soupir de soulagement se rependit dans leur rang, mais s'estompa aussi vite qu'il était arrivé.
"Attention, il va revenir à la charge !"
La créature frôla une nouvelle fois le vaisseau mais cette fois-ci en passant par le dessous, rendant l'angle des tirs plus difficile pour les soldats cocooniens. Malgré tous leurs efforts, leurs tirs incessants et leurs manœuvres, la bête réussit à agripper de nouveau le vaisseau. Immédiatement, la panique se fit sentir dans leur rang lorsqu'ils sentirent des violents coups à travers leur bâtisse.
Le métal ne put tenir plus face au déchainement du dragon et rapidement, les coups de griffes ouvrirent le ventre du vaisseau, fissurant la cabine de pilotage. Les écrans de bords explosèrent aux visages de certaines personnes. Des feux s'étaient allumés dans plusieurs secteurs et propageait une chaleur étouffante en plus de fumées opaques.
Tous surent que leur sort était maintenant scellé.
Leur vaisseau allait se cracher.
Le soldat qui avait vu le premier le dragon sur son radar était pétrifié. Les cris et les bruits d'explosions de son environnement semblèrent disparaitre totalement, le laissant dans un monde de silence lorsqu'il croisa le regard effrayant de l'énorme dragon à travers la vitre.
Son teint presque translucide lui donnait déjà une apparence de mort. Contrairement à ses collègues qui tentaient de trouver des solutions pour fuir le bâtiment condamné, le soldat du radar utilisa ses derniers instants afin de reconnaitre le monstre tant redouté par les cocooniens, et qui représentait leur pire cauchemar sur le champ de bataille.
Il ouvrit la bouche à plusieurs reprises comme cherchant ses mots qui semblaient être coincés au fond de sa gorge. Ce n'est que lorsque le dragon entrouvrit la gueule, laissant apparaitre ses crocs terrifiants que le soldat réussit enfin à parler.
Ses dernières paroles ne furent qu'un murmure qui se perdit parmi les nombreux cris et bruits du vaisseau sur le point d'exploser.
"Ragnarök…" souffla-t-il avant de fermer les yeux, acceptant le sort que lui réservait la lueur mauve si caractéristique du dragon cauchemardesque, qui apparue au fond de son gosier.
Un homme à la carrure assez impressionnante traversa la ville pulsienne de Paddra, sur son passage de nombreux citoyens lui firent la révérence afin de lui indiquer leur respect.
Habitué de voir ce genre de comportement à son égard, le grand homme au visage froid ignora la population qui arrêta leur activité lorsqu'il passait à proximité d'eux.
La ville de Paddra était l'une des plus grandes villes pulsienne. Elle était située dans la région du massif de Yaschas sur Gran Pulse et était connue pour être la ville où habitaient les Oracles.
Qu'étaient les Oracles ?
Des pulsiens dotés de capacités à prophétiser le futur à l'aide de visions, les rendant très respectés dans la culture pulsienne.
De nombreuses fresques de pierres ornant les maisons et autres bâtiments à travers toute la cité étayaient les compétences de ces êtres si particuliers. Les anciens textes pulsiens justifiaient ce don comme étant un cadeau de leur déesse bien aimée Etro afin de guider les guerriers dragons dans leurs vies.
Les Oracles étaient fortement écoutés et leurs conseils étaient très recherchés par les habitants de Gran Pulse. Nombreux étaient les pèlerins qui faisaient de très longs voyages pour avoir l'opportunité de parler à ces êtres bénis par leur déesse.
Cependant tout comme les Drakomai, le lien qui reliait auparavant les Oracles à Etro disparut progressivement avec les années passantes, ne laissant que très peu d'Oracle à Paddra.
Les derniers restant s'étaient isolés dans la tour de Paddra, vivant dans une quasi autarcie pour réduire au minimum leur contact avec l'extérieur afin éviter de souiller leur dernière attache avec la déesse Etro. Pour veiller sur eux, ils avaient également à leur disposition une garde rapprochée appelée les Gardiens afin de les protéger de toutes autres attaques. Ces guerriers dont toute leur vie était dédiée à la protection des Oracles, étaient très respectés par les pulsiens qui honoraient cet engagement.
Malheureusement, il ne restait aujourd'hui plus qu'un seul Oracle dans la tour de la ville, protégé par les deux derniers Gardiens de Gran Pulse. Avec la disparition progressive des Oracles, de moins en moins de Gardiens étaient formés, c'est pourquoi il n'en restait plus que deux aujourd'hui.
L'homme dont la longue chevelure mauve était retenue par un bandeau noir pénétra dans le grand bâtiment qui se trouvait au centre de la ville, surplombant tous les alentours de sa grandeur. Il monta rapidement les différents étages et parvint à la salle principale de la structure.
La pièce dans laquelle il pénétra était d'un blanc immaculé.
Du sol au plafond, tout était entièrement composée de structures en cristaux, emblèmes de la déesse vénérée par les pulsiens.
Au centre était installé un énorme trône de cristal à l'apparence régale, où l'on pouvait voir à ses pieds une jeune fille aux longs cheveux bleu foncé, qui semblait se recueillir auprès du magnifique objet.
Le siège de souverain était constitué intégralement de cristaux les plus purs de toute la salle. Sa lueur apaisante illuminait toute la pièce par de faible pulse de lumière. Le trône semblait presque avoir son propre battement de cœur.
"Yeul." dit la voix grave de l'homme qui venait d'arriver. "Tu devrais aller te reposer."
La dénommée Yeul se redressa avec grâce avant de se tourner vers son protecteur.
"Oui, Caius." acquiesça-t-elle doucement.
Yeul avait pris le rôle d'Oracle de Paddra suite au subit décès de son prédécesseur. Bien que les Oracles aient la capacité de voir dans le futur, ils avaient généralement une espérance de vie réduite par rapport aux autres habitants de Gran Pulse. Selon les livres anciens, le don d'Etro utilisait l'essence de vie de ses sujets pour pouvoir fonctionner, ce qui était la principale cause de la courte vie des Oracles.
La jeune fille avait été amenée à la tour dès son plus jeune âge, lorsque sa famille s'était rendue compte de la capacité de leur fille. Avoir un membre de sa famille béni par la déesse de cristal était un réel honneur, c'est pourquoi ils avaient été très fiers de laisser la jeune fille aux soins des Oracles de la tour.
Caius qui était au service des Oracles depuis plusieurs années déjà, eut l'occasion de voir la jeune fille grandir au sein de la tour. Sa bonté et sa gentillesse avaient profondément touché l'homme, dont le cœur s'était endurci à force de voir ses protégés mourir de leur don. Il s'était rapidement entiché de la petite Yeul qui était déjà d'une très grande sagesse pour son très jeune âge et qui semblait avoir de si frêles épaules pour porter le fardeau du dernier Oracle de Gran Pulse.
La porte s'ouvrit brusquement et un autre jeune homme pénétra dans la pièce, les bras chargés de divers sacs. Caius se tourna lentement vers le nouvel arrivant avant de froncer les sourcils et de croiser les bras, mécontent.
"Noel,…qu'est-ce que c'est que tout ça ?" maugréa-t-il.
Noel zigzagua à plusieurs reprises avant d'atteindre les deux autres habitants de la tour. Il déposa brusquement toutes la charge qu'il avait dans les bras, avant d'essuyer la sueur sur son front. Ses pupilles bleues vinrent se poser avec affection sur Yeul, ignorant le grondement de son mentor.
"J'ai des cadeaux pour toi Yeul !" sourit-il. "Je les ais acheté à des marchands ambulants qui étaient de passage en ville. Je ne savais pas ce qui pouvait te faire plaisir du coup, j'ai pris un peu de tout."
Caius roula des yeux. Le jeune Gardien aux cheveux bruns ne pouvait s'empêcher d'acheter de la camelote lorsqu'il passait par le marché. Il en amenait tout au long de l'année. Certaines salles de la tour étaient déjà remplies de ces quincailleries inutiles, qui encombraient le bâtiment plus qu'autre chose, ce qui exaspérait grandement le plus expérimenté des deux hommes.
Pourtant, les yeux auparavant vides d'émotion de la jeune fille semblèrent s'illuminer en observant les nombreux sacs qu'avaient apporté Noel.
Yeul n'était jamais sortie de la tour depuis son arrivée.
N'ayant jamais eu l'occasion de grandir comme toutes les petites filles de son âge, elle ne connaissait Gran Pulse que par ses fenêtres, par les livres de la bibliothèque de la tour ainsi que les différentes histoires que lui racontait ses Gardiens. Elle avait toujours été curieuse de découvrir sa terre natale sous un autre jour, en voyageant, en discutant avec les marchands ou avec la population. Ses obligations ne lui permettaient cependant pas de quitter sa tour de cristal.
Lorsqu'il en avait l'opportunité, Noel tentait toujours de faire plaisir à la jeune fille, en lui apportant tout ce qu'il trouvait de surprenant parmi les étals des marchands qui passaient à Paddra.
Son plus grand bonheur était de voir la jeune fille épanouie et joyeuse, de voir la vie danser dans ces petites pupilles bleues. C'était pourtant un évènement assez rare. Être Oracle nécessitait une continuelle concentration, ce que la joie fragilisait généralement.
Yeul sourit doucement à son deuxième Gardien avant de le remercier pour son attention.
Ce petit sourire réchauffa le cœur des deux hommes dont la vie était vouée à la protection de la jeune fille.
Caius ne le dira jamais, mais aussi agaçant qu'était d'emplir la tour de quincailleries en tout genre, les cadeaux du jeune Noel semblaient toujours faire très plaisir à l'Oracle cantonnée dans la tour. Et ce qui rendait heureuse Yeul étaient toujours le bienvenu dans la tour.
Aussi inutiles étaient-ils…
Noel se pencha et ramassa l'un des premiers sacs avant de le retirer de son emballage.
"Ça c'est une rose en cristal provenant de Vallis Media, ils appellent ça des Eidoliths. C'est joli non ?" dit-il en tendant l'objet aux formes délicates.
Le cristal avait été raffiné avec attention, reflétant chacune des pétales de la tête de rose. Contrairement à tous les cristaux qui ornaient la salle principale de la tour de Paddra, l'Eidoliths avait une légère couleur rosâtre où l'on pouvait voir quelques reflets orangés lorsque des rayons de lumière traversèrent l'objet.
La délicate rose attira grandement l'attention de Caius, qui durant toutes ses années de service au sein des Gardiens, n'avait jamais vu une telle chose. Son instinct lui indiqua que cet objet était bien plus qu'une simple rose en cristal et son instinct avait généralement raison. La douce voix de sa protégée détacha le regard du grand guerrier du cristal.
"C'est magnifique, Noel, merci pour ce cadeau."
La jeune fille tendit la main avec lenteur afin de pouvoir prendre l'objet et d'observer ses différents détails de plus près. Lorsque l'un de ses doigts effleura la surface de la sublime rose de cristal, elle fut subitement prise d'une vision.
Des flammes et des cris.
D'énormes vaisseaux de guerre cocooniens bombardant le sol de Gran Pulse.
Des Drakons.
De nouveaux cris accompagnés par des pleurs déchirant.
Des yeux mauves déchainés.
Des flammes de cristal figeant les assaillants.
Un Drakon d'un blanc immaculé.
Yeul revint brusquement à la réalité et faillit tomber à terre. Elle fut immédiatement rattrapée par les bras de ses deux Gardiens paniqués, qui crièrent sont prénoms en cœur.
"Yeul !"
Dans son moment de faiblesse, elle lâcha la rose de cristal qui tomba brusquement à terre sans se briser.
"Yeul ?! Est-ce que ça va ?" demanda les deux hommes en cœur, d'un ton plus qu'inquiet. La jeune Oracle tremblait dans leurs bras.
Les visions de la jeune fille étaient généralement assez violentes pour son corps, c'était l'une des autres raisons de la faible espérance de vie des Oracles comparé aux autres pulsiens. Certaines prophéties étaient plus intenses que d'autres, et il était déjà arrivé que des Oracles perdent la raison suite à une de leur vision, préférant mettre fin à leur jour afin de fuir leur réalité altérée.
La vision que venait de faire la jeune fille fut l'une des plus terrifiante qu'elle n'ait jamais connu depuis qu'elle avait repris le rôle d'Oracle.
Yeul cligna à plusieurs reprises les yeux afin de reprendre ses esprits.
Sa prophétie avait décrit une guerre destructrice qui aurait lieu entre Gran Pulse et Cocoon. Même si les deux continents étaient souvent en conflits, un affrontement de cette envergure n'était pas arrivé depuis plusieurs siècles. Les flashs n'avaient pas été assez clairs pour montrer laquelle des deux contrées perdrait cette guerre. Il était cependant sûr que les vaisseaux cocooniens allaient envahir les cieux du grand continent, et il fallait prévenir un tel évènement.
La jeune Oracle agrippa de ses mains frêles et encore tremblantes, les bras de ses deux Gardiens avant de se redresser avec lenteur.
Avalant sa salive avec difficulté, la jeune fille énonça sa prophétie à ses deux compagnons qui écarquillèrent les yeux à sa révélation.
"Une nouvelle guerre va éclater...bien plus violente que toutes celles que nous avons connues. Voici l'avertissement d'Etro."
