Jackson ouvrit les yeux dans un sursaut brutal. Si sa conscience mit un peu de temps à lui revenir, il se rendit vite compte du fait… Qu'il s'était assoupi, encore. Qu'il n'arrêtait pas. Son corps était-il si faible pour forcer son esprit à sombrer si régulièrement ? Il y avait de grandes chances que cela soit effectivement le cas. Parce que Jackson, aussi suicidaire qu'il puisse être, se savait… Peu conciliant avec lui. Ne lui faisait-il pas subir – presque chaque jour – succions et injections de venin vampirique ? Si la chose le soulageait sur le moment, elle participait à son épuisement puisqu'on lui prenait chaque fois une quantité de sang considérable sans qu'il se laisse le temps de récupérer.

Et le pire, c'est qu'il comptait bien recommencer pour apaiser ce mal jusqu'à ce que celui-ci ait terminé de le ronger.

Pour l'heure, il lui fallait toutefois partir. Forcer ce corps alourdi et moins fonctionnel qu'avant à bouger. Sortir de cette chambre, retrouver la sienne. Oublier cette sensation de familiarité qui lui revint soudainement en lui serrant le cœur sans qu'il comprenne pourquoi. Il ne connaissait rien n'y personne, ici.

Raison de plus pour qu'il n'écoute pas cette voix qui lui avait parlé dans le noir.

Les mains de Jackson tâtonnèrent mollement et finirent par trouver un interrupteur, à savoir celui de la lampe de chevet, laquelle éclaira la chambre d'une douce lumière tamisée – quoiqu'un peu faiblarde, mais suffisante pour que Jackson y voie. Il nota à nouveau la petitesse de la chambre, ses tons clairs. Découvrit un environnement extrêmement bien rangé, à la limite de la maniaquerie. Le stress se rappela efficacement à lui, au point qu'il trouve finalement la force de se redresser : hors de question qu'il reste là plus longtemps et qu'il risque de se retrouver à nouveau… Face à une compagnie qu'il ne désirait pas. Quoique si son hôte était pourvu de longues dents, les choses pouvaient se négocier. Les vampires aimaient l'argent et la soumission. Jackson n'avait pas les moyens de se passer de leur venin. Dans ce cas précis, il pourrait tolérer la présence d'un potentiel psychopathe qui… L'avait gardé dans sa chambre et parlé pour qu'il ne parte pas tout de suite. Le kanima fit au mieux pour se rappeler des visages qu'il avait vus s'approcher de lui lorsqu'il s'était offert dans ce couloir : il s'agissait forcément de l'un de ceux-là. Mais duquel ? Et puis… A quoi ressemblaient-ils, déjà ? La gorge de Jackson s'assécha alors qu'il réalisait à quel point ses souvenirs les plus récents laissaient à désirer. Il était d'accord pour se laisser flotter et s'offrir pour davantage d'oubli, mais… Là, c'était vraiment limite. Je dois partir, maintenant. Le souffle légèrement tremblant, Jackson dégagea les couvertures d'un geste empreint de panique, et se leva. Ignora au mieux le vertige qui le prit, nota le fait qu'il était, par chance, habillé… Et sentit un froid intense le gagner. Il jeta un œil à la fenêtre : elle était parfaitement fermée. Pourtant, il avait eu l'impression, l'espace d'un instant, de se retrouver dehors, en plein hiver, à subir un vent glacial… Jackson s'efforça d'oublier ce détail idiot et choisit de se concentrer sur sa stabilité toute relative. Techniquement, il pouvait marcher. Bon point. Le seul et l'unique qu'il pouvait trouver à l'heure actuelle. Pour être sûr, il fit quelques pas et son test réussit.

La chambre n'étant véritablement pas un modèle de grandeur, Jackson n'eut aucun mal à repérer la porte… Et il pria pour qu'elle ne soit pas verrouillée. Il connaissait ces verrous : on pouvait également les fermer de l'extérieur… Pourquoi avait-il choisi de loger dans cet hôtel, déjà ? Ah oui, pour être au plus près de ces êtres sanguinaires qu'il haïssait du plus profond de son âme… Mais dont son corps avait diablement besoin. Jackson marcha d'un pas lent et peu assuré en direction de la porte, s'arrêta en arrivant à sa hauteur. Alors que sa main se dirigeait naturellement vers la poignée, un semblant d'odeur attira ses narines. Son regard se porta sur une veste sombre et probablement en cuir, accrochée juste à côté de la porte. D'un coup d'un seul, la sensation de familiarité revint, se manifesta si fort que son cœur s'emballa – et pas dans le bon sens du terme. Jackson subit cette rapidité de battement involontaire, laquelle le perturbait par son irrégularité. Ce fut tel qu'il ferma les yeux avec force, comme il l'avait fait lorsque l'occupant de cette chambre lui avait parlé – de cette voix toute aussi familière. D'ailleurs, pourquoi ce mot lui revenait-il sans arrêt ? Et cette impression, alors ? Jackson, reprends-toi. Il rouvrit les yeux mais ne put détacher ceux-ci de la veste, laquelle semblait l'appeler sans un mot. A côté d'elle, il n'avait même plus froid, mais… S'en rendait-il seulement compte ? Non, pour la simple et bonne raison que son esprit était trop occupé à se poser mille et unes questions concernant cette fichue sensation de familiarité et… Ses propres limites, dont il abusait réellement ces derniers temps.

Le fait est que son instinct lupin prit le dessus et le poussa à réaliser un acte aussi barbare qu'irréfléchi : arracher cette veste de son portant et la porter brusquement à son nez. Comme ça, d'un seul coup. Et l'odeur le pénétra de parts en parts, le réchauffa de l'intérieur tout autant qu'elle l'angoissa, le mit face à des contradictions réelles.

Parce que cette odeur, il se rendait compte qu'elle imprégnait le lit dans lequel il avait dormi malgré lui et pourtant… Il ne la sentait pas tant que ça dans la chambre en elle-même, c'était juste… Par endroits.

Et cette putain d'odeur, loin de diminuer cette sensation de familiarité, l'accentua davantage. Parce qu'elle… Commençait sérieusement à lui dire quelque chose, au point de faire naître dans sa tête des idées impossibles. L'effet de ce fait ne se fit d'ailleurs pas attendre puisqu'un visage jamais réellement oublié se rappela à son bon souvenir. Mais Jackson prit peur et écarta aussi rapidement que possible cette vision qu'il pensait née d'une folie dangereuse et qui le hantait déjà suffisamment comme cela. Sa main tremblante ne lâcha pas la veste pour autant.

Il inspira l'odeur encore et encore malgré lui… A l'intérieur, son cœur pleura. Pourquoi Jackson se torturait-il de la sorte ? Pourquoi prenait-il un hasard stupide pour quelque chose… D'impossible ? Pourquoi se faisait-il du mal en continuant de renifler cette odeur ? Outre le côté complètement inconvenant de la chose, c'était… Merde, il perdait du temps en plus de renifler la veste d'un vampire. D'un pur inconnu. Et pourtant, son esprit ne réussit pas à chasser ce visage du passé. Pâle comme la mort avant que celle-ci ne le cueille, sa peau faisait un peu trop ressortir ses grains de beauté. Combien en avait-il ? Jackson ne l'avait jamais su, pour la simple et bonne raison que compter ne lui était pas venu à l'idée. Et pourtant, un détail comme celui-ci l'aurait étrangement bien aidé à s'ancrer dans la réalité. Se rappeler de choses concrètes pour ne pas céder.

Les jambes de Jackson flageolèrent, son autre main lâcha la poignée de la porte. Sortir. Oui, il devait sortir, mais… L'odeur, le souvenir. Jackson ne se contrôlait pas et ne rendait même pas compte du fait… Qu'il était déjà au sol, à genoux, la veste serrée contre lui, contre son visage. Et son nez se nourrissait de cette odeur illusoire. Le loup-garou savait fort bien que ce qu'il faisait était mal. Mauvais. Malsain.

Sa vie n'avait d'ailleurs plus rien de sain. Toute son existence avait volé en éclats.

Alors Jackson resta ici, à l'entrée de cette chambre, à respirer cette odeur dont il n'arrivait pas à se détacher. Elle l'hypnotisait, l'enfermait dans ce passé si beau et si douloureux… Dont il était l'esclave. Au lieu de se dire que sentir cette fragrance si particulière voulait probablement dire quelque chose d'aussi grand qu'invraisemblable, Jackson se laissa juste happer, comme il le faisait lorsque les vampires se servaient de son sang pour s'amuser. Reste dans cette boucle, tu n'es pas capable de supporter autre chose. Une larme unique roula sur sa joue.