CHAPITRE 17 - Le grand plongeon

La brise matinale s'infiltra dans la maison. Les rideaux se balancèrent au rythme du vent dans un soufflement presqu'inaudible. Le tissu caressa le visage de Calipso, le frôlement était doux. Si doux que ses paupières s'ouvrirent paisiblement. Ses cils papillonnèrent, l'ouverture était difficile presque collante. L'humidité de ses yeux en était responsable.

Son cou craqua au premier mouvement. Calipso grimaça et massa sa nuque. Elle s'était endormie, accoudée à le fenêtre les yeux rivés vers les étoiles. Elle n'avait plus l'âge pour un tel lieu de sommeil. Quoiqu'elle ne dirait pas non à quelques minutes supplémentaires… Son corps s'alourdissait, ses muscles se détendaient…

IT'S MY LIFE AND IT'S NOW OR NEVER

— AAAHHH !

En proie à la surprise, elle se releva et sa tête percuta le coin de la fenêtre.

— AIE !

!Per Dios ! Où avait-elle mis son fichu portable et pourquoi sonnait-il si tard ? Elle se frotta la tête et suivit le son de la voix de Bon Jovi… Ouais, ouais, maintenant ou jamais. Elle avait compris. C'était surtout le moment qu'IL SE TAISE ! Elle secoua la couette de son lit, dans lequel elle s'était morfondue en début de nuit et un fracassement retentit. Voilà. Retrouvé.

— CINQ HEURES TRENTE ? hurla-t-elle.

La légende de son réveil annonçait « première garde ». Zut. Calipso n'avait pas pensé à l'annuler, ni même à la supprimer. Elle ne lui était d'aucune utilité. Elle ne remettrait jamais les pieds à la 118. Bobby lui avait imposé une réflexion, mais les papiers étaient prêts, ils n'attendaient que le dernier jour, la dernière minutes.

— Tu pourrais y aller, suggéra Bianca.

De l'autre côté de la porte, Coop aboya. Bien sûr, il avait passé la nuit hors de la chambre. Ils étaient tous les deux chiffons l'un contre l'autre. Calipso avait espéré qu'il se soit rangé de son côté, apparemment non, il supportait la projection de Bianca. Peu importait, Coop n'avait pas le choix de la suivre.

Calipso appuya sur « arrêter », seul le silence de la solitude vrombissait.

— Presque, commenta Bianca.

— La solitude. Tu l'as toi-même dit, tu n'es pas vraiment là.

Elle reçut un clin d'œil de Bianca. Calipso avançait dans son chemin, la parfaite occasion pour commencer une nouvelle vie. Bianca soupira.

Quand sa hermana était partie pour lui laisser le temps du sommeil. Calipso s'était noyée dans un océan de larmes. Les lamentations de Coop l'avaient emportée vers les profondeurs, elle avait coulé un peu plus… Elle détestait faire subir une telle séparation à son chien, mais elle devait écouter sa voix, pas celle que Bianca projetait.

Le sommeil ne l'avait jamais trouvée, après maintes tentatives. Habituellement, elle s'endormait à la vitesse de l'éclair. Elle était imperturbable, depuis toujours. Sa mère et son père aimaient dire qu'elle était une marmotte. C'était pourquoi elle avait besoin d'un réveil dynamique et puissant, sans quoi ses paupières restaient closes.

Hier était l'exception. Preuve qu'elle devait partir. Elle était bien trop attachée.


TOC. TOC. TOC.

Un fragment de seconde, Calipso se paralysa de peur. Les pantalons qu'elle avait dans les mains tombèrent dans un léger bruit flottant. Ses muscles se crispèrent et ses dents grincèrent. Au loin, elle entendit les aboiements enthousiastes de Coop. Le visage d'Eddie scintilla dans ses pensées, comme beaucoup trop souvent. Il la hantait, tel le fantôme du manoir le plus hanté.

— Tu as de la visite, constata Bianca en passant un œil entre les rideaux.

— Cali. Si tu es là, j'aimerais te parler.

Buck. Evan Buckley était devant la porte. La 118 se passait le relais, le même que celui des compétitions d'athlétisme. Cette fois-ci, Calipso n'écouterait personne. Sur la pointe des pieds, elle s'approcha de la porte d'entrée. Ouf, elle était bien verrouillée. Elle connaissait Evan Buckley, il se serait invité. A sa place, Calipso l'aurait fait.

— Cali ? l'appela-t-il et il toqua à nouveau. S'il te plaît, ouvre-moi.

— Tu le pourrais, leva un sourcil Bianca.

Coop sauta sur les portes marquant le bois de ses grosses griffes. Calipso écarquilla les yeux. Si des flammes pouvaient sortir de ses yeux, elle n'aurait pas été capable de les contrôler. Il recommença avec joie. Elle était contre la maltraitance animale, mais, à cet instant, elle aurait aimé l'égorger. Il cherchait à la pousser à bout, qu'elle se trahisse. Manque de pot pour lui, elle était la plus têtue.

— Elle n'ouvre pas, entendit-elle Buck.

Elle conclut qu'il devait être au téléphone, à moins d'être devenu sénile. Calipso colla son oreille à la porte, à côté de Bianca, offrant des caresses à Coop. Il ne résistait pas à la tentation.

— Ouais… Non, je pense qu'elle est là… Je fais le tour.

— Très malin, se moqua Bianca.

Faire le tour ? Comment ça ? La voix de Buck s'estompa et tous les neurones de Calipso se connectèrent. Ils étaient vraiment capables de tout. Elle se laissa glisser derrière la porte, désespérée. Coop lui lécha le visage et se pavana jusqu'à la chambre.

OH ! LA FENÊTRE DE CHAMBRE ETAIT OUVERTE !

D'une flexion, elle sauta et courut pour la fermer. Ce n'était pas suffisant, elle tira les rideaux et les anneaux crissèrent dans un bruit aigu désagréable. Elle gagna la porte, elle ne pouvait prendre le risque d'être découverte.

— Tu es ridicule, commenta Bianca.

— Tais-toi, gronda-t-elle.

— Tout est fermé, annonça Buck. J'peux rien faire de plus… Je sais… Demain ? Okay. Bon courage pour la garde.

La tranquillité allait revenir. Les pas de Buck tapèrent contre le carrelage de son entrée et elle sut qu'il s'éloignait. Il y eu un temps de pause, comme suspendu. Calipso interrompit sa respiration, les yeux figés sur Bianca – plus moqueuse que jamais – inquiète d'être trouvée et curieuse d'entendre le moteur du Jeep de Buck. Sa plus grande imagination n'aurait pu prévoir la suite de l'histoire, tout était hors de contrôle.

Les chaussures de Buck claquèrent à nouveau, plus précipités cette fois. Il cogna la porte. Les secousses parcoururent sa colonne vertébrale. Buck était capable de tout, pas de défoncer la porte, si ?

— Une dernière fois, Cali, une dernière car je n'ai JAMAIS laissé tomber une SEULE personne de l'équipe. Je n'ai aucune idée de ce que tu ressens et pourquoi tout est si difficile pour toi. Mais je sais une chose. Moi aussi, je pensais ne pas suffire. Je cherchais toujours mieux. Toujours plus. Je voulais répondre aux attentes. Au fond, tu es pareille. Mais, tu es toi, Cali. Et nous t'aimons comme cela. Tu as peur de tout perdre, mais ne crois-tu pas que cela vaille la peine d'être vécu ? On est courageux, on aime prendre des risques. Alors qu'attends-tu ? Et si tu choisis de partir… Envoie un message quand tu es installée. Tu es de la famille, Cali, cela a toujours été une évidence. J'ai besoin de savoir que tu vas bien. Salut, Coop.

— Ohhh, il est si gentil, s'émut Bianca.

Cette fois-ci, la portière claqua jusque dans les oreilles de Calipso. Le moteur vrombit, les vibrations des tours la saisirent. Tout se dissipa. Lentement. Jusqu'à disparaître. Sa tête cogna contre la porte alors que Coop approchait son museau. Une faille se dessina, c'était ce qu'elle avait souhaité éviter. Elle ne voulait pas d'au revoir, il bousculait tout jusqu'aux doutes.

Peut-être pouvait-elle s'accorder une dernière chance ? La vraiment toute dernière ?

— Oui, confirma Bianca.

Non. C'était ridicule. Athena et Bobby avaient été clairs au sujet de l'espoir.

Son égoïsme avait commis bien assez de dégâts. Elle s'interdisait d'être la Calypso de la mythologie, celle qui gardait auprès d'elle ceux qui échouaient sur son île.


chaton : C'est nul une garde sans toi (emoji triste)

chaton : Elle est C-word en plus

chaton : Tu vas bien ?

Dix minutes que Calipso oscillait entre la conversation de Ravi et sa recherche d'appartements. Sa concentration lui jouait des tours, la journée avait duré une éternité. Sa valise était prête, les cartons non. La procrastination était tenace, inhabituelle.

Le message de Ravi n'était pas une solution, qu'était-elle censée lui dire ? Plusieurs fois, elle avait pianoté sur le clavier, rapidement et lentement. Son doigt dérapait toujours vers la touche « effacer ». Elle ne pouvait lui mentir, encore moins dire la vérité. Encore une fois, le silence la sauvait. Comme il l'avait toujours fait.

— A chaque fois que je crois que tu réussis, tu me prouves le contraire, dit Bianca.

— J'ai toujours été claire sur le fait que je partais. T'acc… M'accepter était une autre histoire.

— C'est exactement pareil, et tu le sais !

chaton : Un emoji suffirait

Non. Un emoji était pire. Il serait le reflet de ses émotions. Alors, elle quitta la conversation. Ses yeux scrutèrent le site de logement. Elle en était à sa troisième ville. Elle avait d'abord pensé à Austin, avant de réaliser que le Texas la rattachait à Eddie.

yasmine : CALIPSO RIVERA !

Oh Dios mio ! Pas Yasmine, surtout pas Yasmine.

yasmine : J'avais 1 personne de confiance dans cette ville. UNE SEULE. Spoiler alert : TOI ! Je croyais que nous étions amies ! Qu'elle a été ma surprise quand je me suis déplacée, avec Ellie, à la 118 et que j'ai découvert que tu souhaitais partir sans UN AU REVOIR. Eh oui… Ton cher et tendre Eddie m'a tout raconté, pas de chance ! C'est ridicule et tu le sais ! Mais, tu sais quoi ? Tu n'auras que ce message de ma part, petite idiote. Sois tu as l'intelligence de rester et je te pardonnerai, soit tu n'en vaux pas la peine. Je me fiche de savoir ce que tu as vécu, on reste des personnes. Ciao, Calipso.

— Eh bien, elle ne mâche pas ses mots, pouffa Bianca.

— Yasmine…, soupira-t-elle.

Elle ne se connaissait que depuis un mois, Calipso avait l'impression qu'elle était une amie de longue date. Peu importait, ce n'étaient que des mots que Calipso oublierait.

Que disait-elle… New-York avait effleuré son esprit. Au bout de deux adresses, elle avait abandonné. Elle n'était pas capable de supporter cette ville, elle y mourrait à petit feu. Là où tout a commencé, là où elle n'aurait jamais dû partir, là où le ciel aurait dû l'emporter. La solution aurait été facile. Cependant, Coop était là. Elle n'avait pas le droit d'abandonner Coop. Jamais.

Désormais, la page Chicago défilait. C'était un bon rebond.

Le froid apaiserait ce feu dont elle souffrait tant.


TOC. TOC. TOC.

Okay. Ils l'étouffaient. Leur insistance lui donnait envie de prendre ses jambes à cou, plus qu'elle n'était en train de le faire. Peu importait les étranges idées qui traversaient leurs esprits, elles étaient très mauvaises.

— Coucou, Cali ! s'exclama la voix de Chim près de la fenêtre oscillo-battante de la cuisine qu'elle avait eu le malheur de laisser ouverte. Jee et moi sommes venus regarder un dessin animé avec toi !

— Coucouuuuuu ! dit la voix fluette de la petite fille.

— WOUF ! leur répondit Coop en posant ses deux grosses pattes au bord de l'évier et elle ne pouvait le gronder.

— Caliiiii ! l'appela Jee.

— Elle est tellement mignonne, s'attendrit Bianca.

Argh. Calipso les avait sous-estimés, ils étaient forts. Vraiment forts. Les aboiements de Coop et les rires enfantins de Jee n'aidaient en rien. Sa tête entre les mains, elle ne cessait de peser les pour et les contre. Dos au mur, son pied tapotait le sol tandis que Coop et Jee entamaient une discussion à travers la fenêtre.

— Vas-y ! lui ordonna Bianca.

— Ils vont vouloir rentrer ! refusa-t-elle par de simples mouvements de bouche.

— Et ?

Et elle ne voulait pas qu'ils rentrent !

Une illumination la traversa et Calipso se remercia d'être une génie. Elle se dirigea à quatre pattes vers son canapé, à genoux elle tira sur le plaid et s'emmitoufla dedans. Elle se releva et ébouriffa ses cheveux. Elle devait être la plus crédible possible s'ils avaient une vue sur elle. Bianca roula des yeux :

— Tu es un cas désespéré.

Près de la fenêtre, Calipso exprima une toux importante et joua la comédie :

— Oh ! Salut ! Je ne vous avais pas entendus, mentit-elle.

— CALI ? s'étonna Chimney, apparemment il n'avait pas pensé qu'elle puisse répondre. Tu… Tu vas bien ? Tu nous ouvres ?

— Un bisou, Cali ? demanda Jee-Yun.

— Euh… Non… Je suis malade, elle fit semblant de tousser à nouveau et son cœur se brisa de refuser cela à Jee. Depuis deux jours, pfiouh, je ne voudrais pas vous refiler mes microbes.

— Oh non, souffla Jee.

— Malade, hein ? ironisa Chimney.

Sa tête cogna contre le mur. Ils allaient la détester. Elle s'était trompée sur toute la ligne. Mais n'était-ce pas plus simple ?

— Ouais, confirma-t-elle. Vous feriez mieux de rentrer.

— On se voit bientôt ? la testa Chim.

Le silence répondit à la question. Il était, parfois, plus expressif que les mots. Plus brisant aussi, car une larme coula le long de sa joue.

— Okay ! s'exprima Chimney. Dis au revoir à Calipso, Jee.

— Au revoir, Caliiiii !

Elle s'effondra. Pourquoi devaient-ils rendre ce départ si douloureux ? Tous ses plans étaient réduits en cendres, tout comme elle. Le feu se propageait. Elle brûlait, c'était insupportable. Plus chaud que ce foutu 11 septembre 2001 qui avait fichu sa vie en l'air.

La 118 répétait cet événement. Tout s'effondrait et elle mourrait.

— Tu te fais vraiment du mal pour rien, s'approcha Bianca. Ecoute-moi, écoute-toi. S'il te plaît.


Pendant des heures, Calipso resta affalée sur son lit à fixer le plafond à la recherche d'une réponse. Les albums folklore et The tortured poets department en boucle. Elle se laissait devenir poussière, car même folklore et ttpd n'étaient plus capables de la sauver. Peu importait la destination, elle vivrait dans le passé.

Son portable vibra. Elle le saisit et leva pour se diriger vers l'album photos. Elle se moquait du message. Chaque photo devait disparaître. Une à une.

Naïveté.

Comment était-elle censée supprimer ces souvenirs qui l'avaient fait vivre plus que jamais ? Comment réduire en poussière ces personnes qui l'avait tant comprise ? Elle grogna.

— Tu commences à comprendre, murmura Bianca à son oreille.

Ou alors, Calipso pouvait les ranger dans un album qu'elle n'ouvrirait jamais. Oui, c'était la meilleure solution. Qu'as-tu à dire, Bianca ?

— J'ai à dire que je ne me trompe pas.

Les visages s'animaient. Bobby, Athena, Chim et Maddie, Hen et Karen, la bouille de Jee, Denny, les yeux emplis d'intelligence de Christopher. May et Ravi… May et Ravi, les Super Trouper, jamais elle n'avait connu d'amitiés si fortes. Pas depuis celle de son enfance, Lena avait été sa première vraie copine. May et Ravi et leurs soirées comédies musicales. Un mal de gorge la dérangea.

Les mois défilaient. Octobre, novembre, décembre, janvier, février, mars.

Mars… Sa première photo rien qu'avec Eddie. Ils sortaient de ce ridicule date en commun.

— C'était loin d'être ridicule, la corrigea Bianca. Cette soirée avait été sympathique.

— Si tu veux.

Calipso s'arrêta sur la photo. Eddie et elle étaient allongés dans le sable, prêts à danser ce calypso – danse qu'elle ne connaîtrait jamais – jusqu'au message de Ravi, jusqu'à ce selfie.

Instagram : eddiaz_firefighter vous a mentionné dans sa story

La notification masqua la photo. Ses yeux la fixèrent jusqu'à sa disparition, aussi vite qu'elle était apparue. Qu'avait-il encore inventé ? Calipso glissa son doigt de haut en bas pour afficher la notification, son pouce tournoya autour… avant de s'abattre dessus.

La page chargea avant de s'ouvrir sur la story d'Eddie. Une photo de la plage et de l'océan. Pas n'importe quel endroit. Celui où ils s'étaient retrouvés par hasard, quelques semaines avant l'accident. Elle chercha la mention. Elle cliqua partout, revenant dessus dès qu'elle se trouvait sur la story suivante. Le malin. Il l'avait juste mentionnée, il ne l'avait pas écrit. Que cherchait-il ? Le cœur de Calipso accéléra.

— Oh, oh ! s'emporta Bianca et elle commença à sautiller. Tu sais très bien ce qu'il cherche !

Ridicule.

Elle quitta Instagram pour retrouver la photo qu'elle contemplait.

Elle zooma sur le visage d'Eddie. Comment avait-elle pu manquer cela les autres fois ? Elle avait regardé cette photo des milliers de fois, jamais le regard d'Eddie ne l'avait frappée. Les yeux noisette d'Eddie l'admiraient de cet air dont elle avait appris à résister.

Il n'avait d'yeux que pour elle. Un seul sentiment provoquait cela. Un seul.

Peut-être que ce date n'était pas si ridicule… Elle l'avait conclu après la soirée, pourquoi s'obstinait-elle à se convaincre du contraire ?

— N'EST-CE PAS ? cria Bianca, plus dynamique qu'une sauterelle, que lui arrivait-il ?

Coop sauta maladroitement sur le lit et posa sa tête sur son épaule. Il avait compris, Coop comprenait toujours avant elle. C'était ce message qu'il cherchait à lui transmettre depuis leur arrivée ici.

— Coop m'écoute toujours ! ajouta Bianca.

Calipso fixa le plafond. Dans les airs flottaient les grains de poussière, ils se mélangeaient avant de se repousser tout comme ses pensées. Peut-être n'avait-elle pas besoin de s'en transformer.

Les points de chaleur s'amplifièrent dans sa poitrine. Il s'agrandit jusqu'aux poumons, tout son corps s'enflamma. Elle mourrait de chaud, comme le premier incendie de sa première mission ici. Calipso brûlait vivante. Elle ferma les yeux.

— Tu sais ce qu'il te reste à faire, s'enthousiasma Bianca.

Une seule solution pouvait l'apaiser, il n'y avait qu'un moyen d'éteindre ce feu.

Ou plutôt des personnes.

Une personne en particulier.

— OUI ! hurla Bianca, les mains au ciel.

— Oh et puis m*rde, jura Calipso en quittant son lit.


L'automne approchait, bien différent de Seattle. Aucune brise n'effleurait son visage, seule la chaleur californienne surplombait. Sortie de sa voiture, la nuque de Calipso s'humidifia par la transpiration. Elle secoua ses cheveux pour la rafraîchir, refusant de les accrocher.

Dans la voiture, Coop aboya pour l'avertir qu'il souhaitait, lui aussi, se dégourdir les pattes. Elle ouvrit la portière, elle aurait apprécié quelques secondes de réflexion, mais elle était certaine de revenir sur ses pas. N'était-elle pas censée être courageuse ?

— Je suis fière de toi, sauta dans tous les sens Bianca alors que le cœur de Calipso palpitait.

Elle autorisa Coop à avancer et ils parcoururent la plage jusqu'à trouver les personnes recherchées. Christopher était assis sur son siège de plage, avec son haut de combinaison, il n'allait pas tarder à faire une baignade. A côté, Eddie était sur le sable, un marcel noir et un short de plage. Ses lunettes de soleil sur le nez, les joues de Calipso prirent une teinte rosée. Résister à Eddie et ses lunettes de soleil était compliqué. Impossible.

— Je l'ai toujours dit, commenta Bianca, intenable.

Au pas de course, Coop les rejoignit. Calipso ne le retint pas, elle l'avait assez fait. A quelques mètres d'eux, elle regarda Coop ses deux pattes sur Christopher pour le couvrir de léchouilles. D'ici, elle entendait le rire transmissible de Christopher. Surtout, elle remarqua le visage d'Eddie tourné vers elle. Il releva ses lunettes de soleil, certainement pour s'assurer qu'elle était bien réelle.

— IL EST SI IRRESISTIBLE ! hurla Bianca en portant ses mains à ses joues.

Calipso eut envie de crier à son tour, les mêmes mots que Bianca et SURPRISE. Ce n'en était pas vraiment une. Eux l'avaient surprise.

— J'ai vu que vous étiez sur la plage, annonça-t-elle en agitant son portable d'un haussement de sourcils.

— Cool ! s'exclama Christopher.

— Tu regardes mes stories ? la provoqua Eddie.

— Il est trop fooort ! insista Bianca.

Il n'avait pas changé en deux jours, malgré la manière dont ils s'étaient quittés. Il perpétuait le jeu qui avait commencé des mois plus tôt pour la simple et bonne raison qu'il n'avait pas connaissance de la fin de la partie.

Calipso leva les yeux au ciel en soupirant, son sourire la trahit. Le masquer aurait été une rude épreuve, perdue d'avance. Comme tout depuis qu'elle était ici. Elle avait cru mener le jeu du début à la fin, alors que c'étaient eux qui l'avaient menée.

— Bref, je voulais vous proposer une soirée films et un pot de glace après… quand vous voudrez rentrer.

— Les pots de glace de Calipso, sa plus grande relation, se moqua Eddie.

— Très drôle, Edmundo, ronchonna-t-elle.

— Jeux vidéo ? s'enthousiasma Christopher.

— Tu sais très bien que je n'ai pas de console, répondit-elle et elle vit la moue déçue de Christopher alors elle fit sa première promesse, un sous-entendu lourd de sens. D'accord… J'en achèterai une.

— Tu as réussi ! dit avec joie Bianca.

Les deux Diaz se retournèrent vers elle, étonnés. Eh oui, elle aussi pouvait être imprévisible. Le père et le fils se regardèrent, satisfaits. Le plan était universel. Elle croisa les bras, attendant une quelconque réponse.

— Si on prenait une photo pour que les autres voient ce qu'ils manquent ? proposa Eddie.

— Carrément ! approuva Chris et il appela Coop pour qu'il se place à ses côtés.

La joie marqua le visage de Calipso car elle saisit ce que son message signifiait. Eddie annonçait à toute la 118 qu'elle était là, qu'elle ne partait pas. Eddie tapota le sable de sa main libre pour l'inviter à s'asseoir et elle s'exécuta sans même hésiter. Il n'y avait plus aucune raison d'en ressentir.

Tout était clair à présent.

Le bras d'Eddie passa autour de ses épaules afin d'avoir un meilleur angle pour le selfie. Calipso en profita pour se coller à lui. Un vent frais sembla l'effleurer, pourtant il n'en était rien.

La photo prise, Eddie récupéra son portable de son autre main et glissa l'autre le long du bras de Calipso. Un frisson la parcourut, elle regretta que la main d'Eddie termine dans le sable. Près d'elle, certes, mais pas sur elle. Christopher se leva de sa chaise et rejoignit l'océan. Coop le suivait avec joie.

— J'ai rêvé ou tu as sous-entendu que tu restais ? demanda Eddie dont les yeux ne quittaient pas Christopher.

Calipso hésita à mentir, ou même à juste laisser passer la soirée, ou simplement pour le laisser mijoter. Cela aurait été méchant. Plus que tout, elle n'avait plus envie de fuir. Elle l'avait assez fait. Et Eddie méritait sa franchise, n'était-ce pas ce qu'il lui avait prié deux jours plus tôt ?

— Ce n'est pas un rêve.

Eddie ne cacha pas sa réaction. Calipso vit ses traits se détendre, il sourit du coin des lèvres et sa main se rapprocha de sa cuisse. Il la touchait désormais, vraiment. Elle se rapprocha. Tous les deux fixèrent Christopher et Coop.

Leurs regards ne s'y arrêtèrent pas. Ils se concentraient sur l'étendue de l'océan, aussi immense que la vie qui les attendait. Une limite connue, mais invisible.

— Tu veux faire une course plus juste ? la taquina-t-il en lui donnant un coup de coude.

— Non, refusa-t-elle en ne cachant pas l'apaisement qu'elle ressentait. C'est bon. Tu as gagné.

— Moi ? J'ai gagné ?

L'expression déconcertée d'Eddie marquait bien le fait qu'il avait eu de l'espoir jusqu'à maintenant. Elle avait balayé tout un futur d'un revers de main, sans même se douter qu'ils avaient toujours eu raison. Elle devrait se rattraper et cela commençait par baisser sa carapace. Elle n'en avait plus besoin.

— Oui. Toi. Les autres.

C'était tout.

— Tu sais ce qu'il te reste à faire, s'extasia Bianca.

Calipso le savait. Elle n'avait plus qu'à répondre à ce qu'elle avait manqué deux jours plus tôt. Elle s'approcha de lui et l'embrassa. La chaleur envahit son corps, si intense qu'elle eut l'impression de brûler vive. Elle aurait pu hurler. La chaleur se rassembla pour ne former qu'une grosse boule de feu qui explosa. Tout se calma. Elle se détacha doucement pour glisser entre ses lèvres :

Lay all your love on me.

Les lèvres d'Eddie s'étirèrent avant de trouver à nouveau les siennes. Le premier vrai baiser qu'ils s'échangeaient. La main d'Eddie se faufila dans sa crinière de lion, Calipso aurait tout donné au monde pour que le temps s'arrête.

Cela aurait été si simple et si inutile.

Le sablier s'écoulait, mais les occasions ne manqueraient pas. Pourquoi s'arrêter à un baiser quand un nombre incalculable l'attendait ? Il y en aurait bien d'autres, n'est-ce pas ?

Son bras autour de sa hanche, Eddie la fit basculer et elle se trouva assise dos contre lui. Il l'enveloppa dans ses bras, elle s'autorisa à lâcher prise. Le jeu était passionnant, s'avouer vaincue était infiniment plus satisfaisant.

Ils étaient les vainqueurs. Elle était loin d'être perdante. Non, elle avait tout gagné.

— Enfin ! s'émerveilla Bianca. Tu n'as plus besoin de me voir.

En effet.

Dans l'eau, Christopher enlaçait Coop. Elle était capable d'entendre son rire. Ses yeux se posèrent sur le bracelet qu'il lui avait offert. N'avait-elle pas plus beau porte-bonheur ?

Cette ville. Ce métier. Ce bracelet. Ces personnes.

Entre Christopher et Coop, Bianca cria :

— TU T'ECOUTES, ENFIN !

La projection de son hermanita lui dit au revoir d'un signe de main. Bianca s'évapora dans une sublime poussière d'étoiles. Calipso sourit, les yeux embués, son cœur retrouvait la place qu'il méritait, la plus importante.

Calipso s'était trompée.

Elle n'était pas la Calypso de la mythologie. Elle était Calipso Rivera. Elle était cette âme échouée et ils étaient ses sauveurs.


Avant le coucher du soleil, ils étaient rentrés chez elle. Ensemble, ils avaient lu les messages de leurs amis. Que du positif, ils étaient tous heureux de constater qu'elle avait tenu compagnie à Eddie et Christopher. Aussi, car elle restait, sans aucun doute.

Un pot de glace à la main, ils s'étaient posés devant un film. Eddie avait posé sa main sur le dossier pour masser sa nuque. Calipso y avait donc appuyé sa tête, l'admirant, tout sourire. Le bonheur était donc cela, la simplicité. Tant de mois à lutter, alors qu'accepter était l'évidence.

Le film terminé, le générique défila. Christopher était endormi entre eux. Eddie tenta de le réveiller, Christopher se contenta de ronchonner, plongé dans un profond sommeil – depuis le milieu du film, à vrai dire.

— Vous pouvez rester dormir ici, proposa Calipso.

— Tu vas revenir à la 118 ? s'assura Eddie.

— J'ai arraché et mis ma lettre de démission à la poubelle si c'est ta question.

Il leva un pouce, c'était donc sa question. Calipso regrettait encore son échec, jamais elle n'aurait dû agir ainsi. Mais Athena avait raison, que serait-elle si elle n'était pas pompière ? Elle craignait encore de les briser un à un, n'était-ce pas ce qu'elle avait fait en partant ?

Sa place était ici. Elle avait trouvé sa famille.

Eddie éteignit la télévision et rangea leurs pots de glace et verres, tandis que Calipso s'occupa de trouver un oreiller et une couverture pour ses invités, enfin Christopher pour le moment. Elle espérait qu'Eddie choisisse la deuxième option. A la porte de sa chambre, elle lui émit les possibilités :

— Tu peux dormir avec Christopher si tu veux, mais… Il semble que la place soit déjà prise.

Elle désigna le canapé où Coop s'était couché à côté de Christopher, ne laissant que très peu de place. Son chien était le meilleur entremetteur au monde.

— Sinon, j'ai une place à côté de moi.

Elle évita son regard, comment réagirait-elle s'il refusait ? Après tout le brouillard qu'elle avait laissé, il était peut-être trop tôt ? Eddie préférait peut-être prendre son temps ?

— Je la prends, répondit Eddie.

Il l'effleura et ferma la porte derrière eux.

Était-ce donc cela la perfection ?


Ce chapitre vous a-t-il plu ?

ET ON APPLAUDIT BIEN FORT, CALIPSO RIVERA ! Nous applaudissons, aussi, la 118 qui a su sortir le grand jeu.

Quel a été le meilleur argument selon vous ? :)

Qu'attendez-vous des réactions suite au fait que Calipso reste définitivement ?

Au prochain chapitre : Après une erreur qu'elle aurait regretté, Calipso décide de prendre sa vie à Los Angeles en main. Suite à une réflexion de Christopher, elle comprend qu'Eddie et elle ont beaucoup de choses à se dévoiler. De plus, la confrontation avec Ravi et May n'est pas celle qu'elle aurait espéré...