Chapitre 18 - La raison

La sirène d'un camion de pompier réveilla Calipso. Ses yeux s'ouvrirent, en alerte. Ses muscles se contractèrent, elle était prête à réagir. Elle se retourna pour suivre le bras qui la quittait. Le visage d'Eddie la surprit.

Ce n'était donc pas un rêve. Elle n'avait pas fui, cette fois. Il était là.

— Désolé pour le réveil, murmura-t-il.

Quoi ? La sirène était son réveil ? Quelle personne saine d'esprit utilisait la sirène d'un camion de pompier pour commencer sa journée ? Il était bien dérangé, peut-être plus qu'elle finalement. Elle plissa les yeux.

Le bras d'Eddie serpenta derrière elle pour s'enrouler autour de sa hanche. Dérangé, mais charmant. Elle s'approcha et se reposa sur lui. Elle ferma les yeux. Le pouce d'Eddie caressa son bras et elle frissonna. Aucun doute. Calipso avait fait le meilleur choix de sa vie.

Pour la première fois depuis des années, elle se réveillait sans être emportée par un feu ravageur.

— Je vais devoir partir à la caserne, annonça-t-il.

— Il est quelle heure ?

— Six heures.

— SIX HEURES ?

— Oui, je dois me préparer, réveiller Christopher. Nous devons passer à la maison pour qu'il se change et je dois le déposer à l'école avant de me rendre à la caserne.

— Je m'occupe de Christopher, trouva-t-elle une solution. Tu peux rester plus longtemps ici.

Elle gigota pour se coller à lui, il resterait avec elle. Point final. L'apaisement la dominait, elle souhaitait profiter de cette sensation. Et d'Eddie, aussi. Pendant de trop longs mois, elle s'était voilé la face. Il était trop tard pour rattraper le temps perdu, il était temps de savourer celui à venir.

La marmotte qu'elle était s'embruma pour trouver un nouveau cycle de sommeil, elle pouvait bien s'accorder une heure avant d'amener Christopher chez eux. Oui, elle s'autorisait à dormir une heure supplémentaire.

— Oh, quelle horreur !

Bon… Apparemment, elle avait rêvé. Elle posa son menton sur le torse d'Eddie. Son visage était tiré et marqué d'effroi. Il était préoccupé. Elle tourna la tête et regarda l'écran du portable d'Eddie.

Le corps d'Ana-Lynn Martin a été retrouvé après trois jours de disparition. D'après les premiers éléments d'enquête transmis, la jeune étudiante de 21 ans a été décapitée…

— C'est terrible ! s'exclama-t-elle en se relevant. Et comment se fait-il que nous n'ayons pas entendu parler de cette disparition ?

— Athena te dirait qu'ils ne peuvent pas diffuser toutes les disparitions recensées.

— Certes… Décapitée…, grimaça-t-elle. Quel malade a eu cette idée ?

Si Eddie avait eu la réponse, les enquêteurs auraient été ravis. Aucune piste n'était envisagée. La pauvre jeune fille demeurait un mystère. Sa famille aurait un long deuil à faire, d'autant qu'elle ne la verrait pas une dernière fois. La tête de la jeune fille était introuvable.

Le monde était détraqué.

Calipso réalisa la chance qu'elle avait. Plus avec cette sombre nouvelle.

Son envie de sommeil s'évada. La journée allait vraiment commencer. Calipso tapota sa table de chevet – sans se détacher du bras d'Eddie – et attrapa son portable. La luminosité l'aveugla, elle plissa les yeux et chercha sa conversation Super Trouper.

yo : désolée de ne pas avoir répondu à vos messages, je peux tout vous expliquer

yo : ce soir ? à la maison ? soirée chill

chaton : Je finis la garde à 20h, j'arrive après. Content d'avoir ton message. (émoji coeur)

Calipso sourit, elle avait hâte d'être ce soir. Elle observa les pointillés qui s'affichèrent, May écrivait. Calipso se focalisa sur la réponse, elle se mordit la lèvre. Les pointillés disparurent. May ne répondait pas. Calipso se rassura, peut-être que May voulait s'assurer qu'elle n'avait rien de prévu ce soir. Oui, c'était la seule solution. Calipso posa son portable sur le matelas et s'accrocha à Eddie.

— Je vais aller me préparer, annonça-t-il et elle grogna. On se voit ce soir, si tu veux ?

— May et Ravi passent à la maison.

— Demain alors.

Il l'embrassa sur le front, elle était sur un petit nua… Attendez… Eddie allait à la caserne, où il y aurait Ravi, tout le monde. Il… Non… Calipso leva le menton et plissa le front.

— Est-ce que… Tu ne préfèrerais pas que cela reste entre nous… Enfin… Et Chris, évidemment. Mais… J'aimerais bien que… qu'on prenne notre temps, tu vois… Qu'ils réalisent que… Ce n'est pas que toi… Enfin, qu'ils ont aussi joué sur… Toi aussi, hein… Mais…

Eddie la fit taire d'un baiser sur les lèvres.

— J'ai compris, murmura-t-il. Je suis d'accord. Ce ne sera que nous, notre bulle, le temps qu'il nous faudra.

— Merci.

Calipso se lova dans les bras d'Eddie, ils avaient bien le droit à cinq minutes supplémentaires. Tous les deux avaient assez gâché l'année précédente, celle à venir n'était qu'à eux.


Calipso se gara devant le collège. Elle crut que Christopher serait impatient de sortir, mais il se tourna vers elle, un air curieux.

— Tu sors avec mon père ? demanda-t-il.

Ah. Question surprise ? Question test ? N'était-ce pas à Eddie de dire quoi que ce soit à son fils ? Et qu'étaient-ils ? Sortait-elle avec Eddie ? Pouvaient-ils se considérer « en couple » alors qu'elle était sur le départ moins de vingt-quatre heures plus tôt ?

Beaucoup de questions, très peu de réponses.

Cependant, le regard insistant de Chris n'offrait aucune échappatoire. De toute façon, elle avait toujours choisi l'honnêteté avec lui.

— Euh… Je ne sais pas trop.

— Il m'a dit que tu comptais partir, ajouta-t-il et elle jura silencieusement.

— C'est vrai, admit-elle, honteuse. Cela n'aurait pas été très courageux, n'est-ce pas ?

Christopher ne se prononça pas. Elle ne doutait pas qu'il ne voulait pas la blesser. Christopher prenait toujours soin des personnes qui l'entouraient. Calipso regretta d'avoir songé à l'abandonner.

— J'espère juste que tu ne partiras pas, répondit-il. Et j'espère que papa ne paniquera pas.

— Euh… Quoi ? s'étonna-t-elle.

— Et bien, ricana Christopher en ouvrant la portière, vous avez beaucoup à vous dire.

— Eh ! Attends !

Malheureusement pour elle, Chris exprima avec clarté le fait qu'il n'approfondirait pas. Elle aurait pu courir après lui, mais elle ne souhaitait pas qu'il ait honte d'elle – ou la honte, tout simplement. Elle le regarda donc rejoindre les escaliers du collège. Quand il disparut parmi les élèves, elle cogna sa tête contre le volant. Pourquoi tout devait toujours être aussi compliqué ?

DING !

Calipso attrapa son portable. Ravi ou May devait avoir répondu.

mayyy : Je ne suis pas disponible ce soir. Demain si tu veux

yo : même pas 10 minutes ? j'aimerais vous parler

mayyy : Nous ne sommes pas à ta disposition, Calipso. Demain

D'accord. Elle l'avait cherché. Une boule naquit dans sa gorge. Avaler sa salive devint douloureux. Son véritable échec serait-il celui-ci ? Perdre May par sa lâcheté ?

mayyy : (emoji coeur)

Les yeux rivés sur l'écran du portable, Calipso sourit.

yo : va pour demain 3 bonne journée mayyy

chaton : Je serai là demain.

Bien. Tout rentrait dans l'ordre, rien n'était perdu. Une personne klaxonna, Calipso bloquait le passage. Ils attendraient deux minutes. Elle envoya un message à Yasmine, pour s'excuser, pour lui dire que, oui, elle était une idiote, pour lui donner rendez-vous quand elle le pouvait. Si Calipso vivait sa vie à Los Angeles, elle souhaitait la présence de Yasmine. Elle souhaitait la présence de toutes ces personnes qui avaient cru en son existence – plus qu'elle n'en avait été capable pour elle-même. Puis, un dernier message.


Cali : imprévu. mayyy et ravi seront demain à la maison. je récupère chris, pizza ce soir ?

Adossé à la porte des vestiaires, le visage d'Eddie s'illumina. Depuis hier, tout allait trop vite. Il ne réalisait pas les changements en une seule et unique soirée. Sa vie avait pris un virage à cent quatre-vingt degrés en quelques jours. D'une rapidité surprenante. Comment y croire ? Il répondit positivement, Eddie souhaitait la revoir, s'assurer des sentiments de Calipso. S'assurer que tout était vrai.

— Alors ? Avec Cali ?

Buck lui lança une œillade lourde de sous-entendus. Eddie ne tomberait pas dans le piège, il n'irait pas à l'encontre de Calipso. Et puis… Lui aussi aimait partager ce secret.

— Elle a assuré qu'elle restait, répondit-il. On est restés un peu sur la plage, puis elle est rentrée chez elle.

— Comment peux-tu être sûr qu'elle reste ? demanda Hen, soucieuse.

— Je la vois ce soir, vint à sa rescousse Ravi en tendant son portable. Elle nous a invités à une soirée avec May.

— Et nous ? se vexa Buck.

— Elle veut sûrement y aller doucement, conclut Eddie.

Les trois paires d'yeux se figèrent sur lui. Eddie se morigéna, il venait de leur offrir sur un beau plateau argenté une ouverture aux questions les plus fantaisistes. Bravo, Eddie. Il rangea son portable dans sa poche, avant de se laisser charmer par un nouveau message de Calipso – message qui le trahirait. Hen fronça les sourcils, elle le jugeait – comme toujours. Son silence était plus interrogateur que n'importe quelle torture. Ravi inclina la tête sur la gauche, un sourire en coin – pourvu qu'il ne sache pas, lui qui connaissait Calipso sur le bout des doigts. Buck était le plus dubitatif, perdu dans des milliers de possibilités.

— Comment ça…

— Salut, la petite compagnie !

Les lunettes de soleil d'aviateur toujours sur le nez, une main dans la poche de son pantalon, l'autre main accrochée à sa veste sur son épaule, un chewing-gum subissant les mâchouillements, Chimney les rejoignit aussi décontracté qu'à son habitude.

— J'interromps quelque chose, peut-être ? demanda-t-il.

— Pas du tout, Ravi et moi leur assurions que Cali restait et serait bientôt de retour à la 118, se sauva Eddie.

— Cool ! Je suis sûr que ma petite Jee et moi-même avons su être très convaincants.

L'absence de réponses perturba Chimney. Il les observa un à un, les trois paires d'yeux de nouveau attirées par Eddie. Il haussa les bras, s'extirpant d'une situation malaisante alors que les mâchouillements de Chimney rythmaient le silence.

— Non ? s'assura Chim.

L'alarme sonna. La garde commençait à merveille.

— Buck, Hen, Eddie, avec moi ! les appela Bobby. C'est une petite intervention.

Tous les trois se changèrent. Bientôt Bobby les retrouva, un grand sourire sur le visage. Eddie connaissait déjà son annonce, celle qui confirmerait sa certitude auprès des autres.

— Rien dans la boîte aux lettres ce matin, rien sur le bureau. Cali sera de retour dans deux jours.

Aux premières exclamations, Eddie se cacha derrière sa main. Il ne manquerait pas de raconter cette effusion de joie et de soulagement à Calipso. Eddie n'avait aucun doute sur la décision de Calipso et la justesse qu'elle éprouvait, il tenait juste à ce qu'elle sache le bonheur que cela représentait pour les autres.

Les pneus du camion crissèrent devant le haut immeuble de l'appel. La porte d'entrée était bloquée par une brique pour leur assurer leur arrivée.

— Quel appartement ? demanda Bobby à la centrale.

— C611, répondit la voix qu'Eddie reconnut comme Lydia.

— On prend l'ascenseur, dit Bobby. On ira plus vite.

Dans le couloir, des cris les guidèrent vers la bonne porte. Un rassemblement de voisins adossé au mur les aida, aussi. L'un d'eux les repéra et avança dans leur direction, pendant qu'un autre entrait dans l'appartement.

— Le p'tit est coincé ici, annonça l'homme à la moustache.

— Une idée depuis combien de temps ? l'interrogea Hen.

— Nop, m'dame. J'ai juste entendu la p'tite crier quand elle s'en est rendu compte. Elle a tapé à l'porte de tout l'couloir. C'est l'autre voisine qui vous a appelés.

L'homme les conduisit au petit studio d'une pièce où une femme tirait sur la porte du hublot de la machine à laver, la voix brisée par des larmes. Bobby fit un signe de tête à Eddie pour lui donner sa mission alors que Buck se dirigeait vers l'arrière de la machine à laver.

— Madame, interpela la femme Bobby. Reculez, s'il vous plaît. Mon équipe va s'occuper de votre fils.

Eddie posa les mains sur la femme et amorça le geste pour l'aider à se relever. Les doigts de la femme glissèrent le long du hublot, dévoilant un petit garçon d'à peine deux ans enfermé dans la machine à laver. Eddie entraîna la femme du côté du canapé alors que Bobby restait, pour le début de l'intervention, avec Hen et Buck.

— Quel est votre nom ? demanda Eddie.

— Maya, renifla-t-elle, les yeux rivés sur la machine à laver.

— Et votre fils ?

— Charlie, il s'appelle Charlie. Vous allez réussir à le sortir de là ?

— On va faire notre maximum.

De son autre oreille, Eddie écoutait les perspectives d'intervention. La machine était débranchée, ce qui était le plus sûr, elle ne risquait pas de se mettre en route. Bobby s'approcha :

— Depuis quand est-il bloqué ?

— Je l'ai trouvé il y a vingt minutes, mais depuis quand ? Je ne sais pas… Je… Nous faisions une sieste sur le canapé… Je ne l'ai pas entendu…

Secouée par des larmes, Maya s'effondra sur le canapé. Eddie s'assit près d'elle et passa une main dans son dos :

— Il va bientôt manquer d'oxygène, murmura Hen. On fait quoi ?

— Buck, sors le pied de biche. On tente de l'ouvrir par la force, sinon on cherchera à la démonter par l'arrière.

— Okay, cap' ! s'exclama Buck.

Buck s'arma du pied de biche et l'incrusta sur les bords du hublot. A l'effort de grands gestes, il tira sur la porte qui ne bougea d'un pas millimètre. Mieux valait qu'il sorte ses muscles les plus cachés, ils n'auraient pas le temps de démonter la machine à laver.

— Je suis une mauvaise mère, sanglota Maya. Je… Je suis passée devant la machine à laver, je ne l'ai pas vu. Je l'ai fermée par inadvertance… J'aurais dû l'entendre se réveiller…

— Ce genre d'accidents domestiques arrive régulièrement, dit Eddie. Une minute d'inattention suffit, cela ne fait pas de vous une mauvaise mère. J'en connais beaucoup qui ont commis des erreurs, ils ne sont pas de mauvais parents, ou de mauvaises personnes, pour autant.

— Vous croyez ?

— J'en suis sûr.

Eddie attrapa un mouchoir dans la boîte posée sur la table basse et le tendit à Maya. Elle le remercia et se moucha bruyamment.

— Vous avez des enfants ? l'interrogea-t-elle.

— Christopher, sourit-il. Il a treize ans. J'ai aussi commis des erreurs, mais nous avons passé cela. Charlie aura aussi treize ans un jour et l'épisode de la machine à laver ne sera plus qu'un lointain souvenir. Cependant, vous avez encore beaucoup de temps… et il passe bien trop vite. C'est pourquoi, on se charge de vite vous ramener votre fils. Cela vous embête si je vous laisse afin d'aider mes coéquipiers.

— Non, bien sûr que non. Faites au mieux pour Charlie.

Maya retrouva ses larmes et son mouchoir, sa voisine vint prendre le relais. Eddie se rapprocha de Bobby, Hen et Buck – dont le visage était aussi rouge que la camion et dont les gouttes de sueurs pleuvaient sur la peau.

— Le petit panique, lui apprit Hen. On doit éviter de choisir la deuxième option, il s'inquièterait d'autant plus et gaspillerait de l'oxygène.

— On y va chacun notre tour, ordonna Bobby. Buck, tu fatigues. Ce sera plus productif.

La porte bougea d'un millimètre, puis d'un centimètre avant de sauter brutalement. Hen s'empressa de sortir Charlie et le posa sur le brancard. Le petit garçon était pâle et ses mouvements peu fluides. Maya se précipita sur eux :

— Je comprends votre besoin de prendre votre fils dans les bras, l'arrêta Bobby. Je vous demande juste quelques minutes supplémentaires pour que mon équipe s'assure de son état. Hen, Eddie, vous savez quoi faire. Buck, range les lieux.

— Sa tension est basse, informa Eddie alors qu'Hen auscultait Charlie. Son taux d'oxygène est bas.

— Masque à oxygène et on le transporte.


Le plus difficile fut la fin de la garde. Eddie dut prétendre la surprise quand Ravi annonça que la soirée avec Cali et May était reportée au lendemain — Cali lui avait envoyé un message pour l'informer qu'elle récupérerait Christopher au collège. Eddie dut refuser la proposition d'une soirée jeux vidéo avec Buck, prétendant être fatigué, que Christopher avait beaucoup de devoirs, que bla-bla-bla. Leur secret serait un plus gros poids qu'il ne l'aurait imaginé, ce n'était que le premier jour. Eddie n'eut rien à prétendre auprès de Bobby, les yeux observateurs l'analysaient au peigne fin. Comment ? Aucune idée. Eddie était certain que Bobby savait. Eddie et Calipso devraient faire semblant, prendre des distances – mais pas trop.

L'étrangeté frappa Eddie. Par la fenêtre de la cuisine, illuminée par les ampoules blanches, il distingua le visage de Cali, celui de Christopher et même le bout de la truffe de Coop. Eddie les imagina cuisiner, il entendait leurs rires, il sourit niaisement quand il discerna les yeux brillants de Cali et de Christopher.

Ce n'était qu'un seul jour. Calipso et lui n'étaient qu'un seul jour. Calipso, Christopher, Coop et lui n'étaient qu'un seul jour. Un seul jour.

Un seul jour suffisait pour former une seule famille.

Le cœur d'Eddie se réchauffa, embrasé par le bonheur. Les morceaux du puzzle étaient tous imbriqués.

Il toqua à la porte. Aussi bête était-ce alors qu'il voyait déjà le reste de sa vie avec Calipso, il se trouvait malpoli d'entrer sans frapper. Christopher apparut, le visage épanoui avant de se renfermer.

— Ah, papa ! Enfin, te voilà ! Tu dois dire quelque chose !

— Que se passe-t-il, mijo ?

Avait-il inventé cette image de famille heureuse ? Avait-il passé les étapes ? Avait-il rêvé ? Eddie se laissait aveugler par ses sentiments. Un pas à la fois. Ce n'était qu'un jour, il était idiot de se qualifier de famille. Il était inquiet de l'expression révolté de Christopher, si son fils ne supportait déjà plus de Cali, Eddie serait bien embêté.

Coop sauta sur Eddie, il y en avait au moins un de content.

— Cali a acheté une Switch, déclara Christopher. UNE SWITCH, PAPA !

Ouf. Ce n'était que cela.

— J'avais dit que j'achetais une console, intervint Cali et le cœur d'Eddie doubla de rythme quand il l'aperçut. Je ne savais pas qu'il en fallait une en particulier. Ce n'est pas à la mode, la Switch ?

— Ce n'est pas intéressant ! s'exclama Christopher.

— J'ai pris Mario Kart ! s'enthousiasma Cali.

— Tellement ringard ! grogna Christopher.

— Oh ! Tout le monde aime Mario Kart ! s'étonna Cali.

Christopher roula des yeux, dépassé et s'éloigna en soupirant, suivi de très près par Coop.

— Tu as déjà une console à la maison, intervint Eddie. Laisse à Cali le soin d'acheter ce qu'elle veut et parle autrement, s'il te plaît.

— Désolé, Cali, s'excusa Christopher en s'asseyant sur le canapé.

— Il est donc un ado comme un autre, réalisa-t-elle d'un air moqueur.

— Ravi que tu le reconnaisses.

— Tu n'aimes pas Mario Kart ?

— C'est « ringard ».

Tous les deux pouffèrent de rire. Qu'il était bon de l'entendre rire. Pendant trois longs jours, Eddie avait cru ne plus jamais l'entendre. Cali s'approcha et entoura ses bras autour de lui, emprisonnant les bras d'Eddie. Elle plaqua sa tête contre lui, sans un mot. Il était sûr de percevoir un changement chez elle au fil des secondes. Cali resserra l'étreinte.

— Que fais-tu ? demanda-t-il.

La tête de Cali bougea. Eddie eut accès à ses yeux noisette, elle avait l'air si reconnaissante, si apaisée. Un effet avait définitivement agi. Cali lui sourit, bouche fermée, elle inspira et déclara sur une inspiration, d'une petite voix portée un soulagement. Comme ce moment final où un film se termine alors que l'histoire ne fait que commencer.

— J'éteins le feu.

Ces quatre mots lui assurèrent qu'Eddie avait beaucoup à apprendre de Calipso Rivera. Il avait des questions à poser, il avait des réponses à comprendre, il avait des conseils à apporter, il avait des histoires à écouter. Pour le moment, il n'avait que du réconfort à transmettre. Eddie força ses bras à se frayer un passage et enveloppa Cali contre lui. Il resterait ainsi le temps qu'elle en avait besoin. Les lèvres de Cali trouvèrent les siennes d'un naturel avec lequel ils avaient joué durant une année, un naturel auquel ils avaient résisté.

— Bon, on mange quand ? les interpela Christopher.

— WOUF ! ajouta Coop.

Pas de doute finalement, ils étaient une famille.


Après plusieurs coupes de Mario Kart – au grand désespoir de Chris, Eddie et Calipso s'étaient retrouvées dans la chambre. Ils ne pouvaient discuter pendant des heures alors que Chris avait une nuit à faire. Au sol, autour d'un pot de glace, chacun une bouteille de bière dans la main, ils pouvaient s'autoriser le temps nécessaire :

— Ce n'était pas très juste de ma part de te cracher à la figure ton breakdown, murmura Calipso.

— Non, en effet.

— Désolée.

Il l'embrassa sur le front, le pardon était accepté. Calipso se redressa, sourcils froncés. Chris avait raison, Eddie et elle devaient discuter. L'un comme l'autre ne s'était jamais ouvert à l'autre, n'était-ce pas l'opposé d'une relation avec de bons murs porteurs. Les intestins de Calipso exprimèrent des gargouillis, se tordant d'appréhension. Les yeux noisette d'Eddie l'interrogèrent, une douce couleur réconfortante.

— Raconte-moi. J'aimerais comprendre ce que tu as vécu, j'aimerais comprendre tes craintes dans tes relations.

— Mes craintes ?

— Des sous-entendus de Chris.

Les mains d'Eddie cachèrent son visage, Calipso en déduisit qu'il n'avait pas anticipé cette possibilité. Il s'adossa au lit et évita de la regarder – c'était toujours plus simple.

— Tu connais déjà toute mon histoire, débuta-t-il. Je ne t'ai jamais rien caché. Le breakdown était un tout, la perte des personnes autour de moi, la culpabilité du survivant, tu sais ce que c'est, n'est-ce pas ?

— J'en ai une vague idée…

— Il m'était plus facile de gérer mes émotions et le monde qui m'entourait en cachant tout cela derrière une façade, jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Je n'ai rien à ajouter… Cette période était nécessaire. J'avais besoin de craquer, d'exploser. J'avais besoin de m'écrouler et de me noyer. Si je ne l'avais pas fait, je n'aurais jamais pu rebondir. C'est encore un long chemin. Des années à subir et à encaisser mettent des années à être acceptées et à guérir. C'est dur, certains jours sont plus durs que d'autres. Mais chaque jour m'apprend à vivre avec, chaque jour me rappelle la chance que j'ai d'être là, d'avoir mon fils, d'avoir la 118.

Calipso se mordit la lèvre jusqu'à sentir un filet de sang, les mots d'Eddie étaient un écho à ses propres pensées. Eddie parcourait le chemin, Calipso n'en était qu'à la ligne de départ, elle n'était même pas certaine de l'avoir dépassée.

Les doigts d'Eddie s'accrochèrent à ceux de Calipso, il les entremêla dans le silence. Calipso en connaissait la portée.

— Pourquoi as-tu peur ? l'interrogea-t-elle.

— Shannon et moi avons été un jeune couple. Tout est allé vite. La confiance s'est brisée et seul Christopher nous liait encore. Nous avions confondu l'amour que nous portions à notre fils avec l'amour que nous nous portions. Shannon est partie deux fois, avant que la mort ne l'emporte. Je… Je me suis rendu compte que j'aimais toujours Shannon, il était juste différent de celui qui nous permettrait une vie à deux. Il y a eu Ana, encore une fois, Christopher était ce lien. Je l'ai aimée ou je le croyais. Je voulais voir mon fils heureux et il adorait Ana. L'angoisse m'envahissait, mon corps réagissait à ce que mon cerveau refoulait.

— Quelle est la différence avec moi ? s'autorisa-t-elle à demander.

Il l'observa et elle regretta sa question. Cependant, elle était nécessaire. Calipso adorait Chris et elle était certaine que l'adolescent partageait cet avis. L'histoire pouvait se répéter.

— La différence est que je t'ai connue avant que Christopher ne te connaisse. Je t'ai aimée avant que Christopher ne te rencontre. L'appréciation de Christopher n'était qu'une confirmation. Je n'ai jamais paniqué à l'idée d'être avec toi, seulement à l'idée de te perdre.

Était-elle réellement en train de rougir comme une adolescente qui recevait sa première carte de Saint-Valentin ? A en croire l'ébullition de ses joues – et non de son corps, c'était drôle – c'était le cas.

— Et toi ? Raconte-moi.

Il suffisait de le penser pour que tout son être s'embrase, elle s'intoxiquerait bientôt. L'air s'échappa par la fenêtre entrouverte. Les jours passés avec Bianca n'auraient-ils servi à rien ? Se morfondrait-elle dans un silence absolu à chaque fois qu'elle serait confrontée à la réalité, à ses sentiments ? Calipso n'était-elle qu'une lâche ?

Le torse d'Eddie se déplaça au-dessus du pot de glace et il prit le visage de Calipso entre ses mains. Ce simple contact permit à Calipso de retrouver son air, comme si un masque à oxygène était déposé sur son visage.

— Tu n'es pas obligée de le faire maintenant, lui assura-t-il. Tu n'as pas à le faire si tu ne le souhaites. J'aimerais juste savoir, un jour, pour mieux te soutenir.

Calipso ferma les yeux, pour se concentrer sur les doigts d'Eddie, fermés sur ses joues. Elle devait écouter son cœur, plus que sa raison.

— Un incendie me consume depuis le 11 septembre 2001, je m'étouffe dans les cendres dont je ne parviens pas à renaître.

Une larme coula le long de sa joue, qu'Eddie n'effaça pas. Il l'écoutait, il était là. Alors d'une inspiration, puis d'une expiration, Calipso s'ouvrit à lui d'une manière qu'elle n'avait jamais osé faire. De ce jour où toute sa vie avait basculé, où la perte de ses parents n'avaient été qu'une poussière face à la perte de Bianca. Perdre ses parents avait été dur, mais acceptable, perdre sa grande sœur avait été insurmontable. Calipso s'acharna d'une rage folle sur sa voix, qui l'avait désertée à deux reprises. Cette voix qui l'avait quittée alors qu'elle en avait tant besoin. Calipso parla de Bianca, de son soutien pendant toutes ces années jusqu'à son départ. Calipso énuméra chacune de ces fois où elle était tombée, où on l'avait fait tomber, où la vie s'acharnait à lui rappeler qu'elle n'était rien dans ce monde et pour personne, cette vie qui lui rappelait que tout pouvait lui être arraché en un battement de cœur. A chaque mot, ses paupières se serraient plus fort. Calipso ne souhaitait pas voir le regard d'Eddie, elle ne souhaitait que sentir sa présence. Calipso lui raconta ces derniers mois, ce conflit intérieur qui n'avait cessé de la perturber, se perdant entre raison et cœur. Calipso lui raconta la raison de son départ.

— Je vous aime tellement que c'en était effrayant. Je préférais fuir plutôt que vous perdre ou que la Loi de Murphy m'emporte. Je ne voulais vous faire souffrir. C'est l'amour que je vous porte qui m'a fait fuir, l'amour que je te porte qui m'a aveuglée. Je n'ai jamais été autant respiré qu'en ta présence. Dire au revoir… Je craignais que cela me garde près de vous, tu avais raison… Je t'ai laissée une lettre, car… C'était la meilleure chose à faire, je voulais que tu saches que tu avais compté. Ou peut-être qu'égoïstement, je voulais que tu gardes un souvenir de moi… Je ne sais pas.

Elle resta silencieuse, les pouces d'Eddie la caressèrent, il l'encourageait. La conclusion était proche.

— Quand tu es parti, Bianca est revenue, plus insupportable que jamais. J'ai compris… J'ai compris que Bianca n'avait jamais été là. Depuis sa première apparition, c'était moi. C'était à moi que je parlais, mais c'était plus rassurant d'avoir mon hermana. J'ai compris qu'elle était toujours là, mais que j'étais la hermana mayor, que j'étais courageuse si je le voulais. C'était moi, je n'écoutais juste pas ce que je voulais. Je crois que j'ai passé ce cap, j'ai guéri de Bianca, je crois que je peux guérir de moi aussi. Je ne voulais pas vraiment partir. Vous êtes… incroyables. Tous autant que vous êtes. Je donnerai tout pour me faire pardonner, car vous m'avez fait rester. Je vous aime. Quoi que tu penses, Eddie, j'ai joué par lâcheté. C'était la plus belle partie de ma vie, je n'ai pas gagné comme prévu, mais cette défaite reste ma plus belle victoire.

Calipso osa ouvrir les yeux. Les yeux d'Eddie étaient humides, pourtant il lui sourit d'une tendresse plus forte qu'un câlin. Son regard planté dans le sien, Calipso termina par les quatre mots qui assuraient ses pensées :

— Je te vois, Edmundo.


Il était bientôt l'heure. Ravi n'arriverait qu'une fois douché et changé de la garde. Calipso trouvait cela préférable, parler à May avant était nécessaire. Ravi aurait pu lui pardonner ses pires erreurs, May s'était montrée plus venimeuse. Calipso devait s'assurer que leur amitié était intacte avant d'entreprendre une soirée où elles marcheraient sur des œufs. A quelques minutes de l'arrivée de May, Calipso était loin de se douter qu'un ouragan frapperait Los Angeles, à un point précis : chez elle.

Les poings sur les hanches, Coop à ses pieds, Calipso contemplait le salon. Le canapé était déplié, les friandises étaient sur la table, Mamma Mia ! était prêt à être regardé et chanté. Dans le frigidaire, bières et pots de glace attendaient leur tour. Calipso avait hâte, le pouvoir de ces soirées avait joué dans sa prise de décision.

Un lourd claquement contre la porte fit sursauter Calipso. May était là. Coop se pavana d'un pas léger jusqu'à la porte, Calipso le suivit. La porte ouverte, Coop sauta les deux pattes sur les épaules de May. Un petit rire s'échappa de May alors qu'elle comblait Coop de caresses, malgré les futurs éternuements. Face à son amie, Calipso attendit qu'elle se libère de la prise du chien. C'était chose faite. Calipso encercla May d'une étreinte sororale. C'était réconfortant, comme une soirée dans le canapé.

Son état se dissipa lorsqu'elle constata la raideur de May. Malgré ses bras autour d'elle, Calipso percevait l'aspect forcé. Elle se décala. Le visage de May était fermé et sévère, il lui rappela celui d'Athena lors de ses mauvais jours. Calipso n'aimait pas cela, elle se pliait toujours – ou souvent – à cette expression d'Athena. Que May le porte n'annonçait rien qui vaille. Calipso recula, moins enthousiaste, alors que May relevait le menton – les yeux brillants.

— Tu veux boire quelque chose ? proposa Calipso. J'ai du soda, de la bière, j'ai de quoi faire des pi…

— Je préfère attendre Ravi, lui coupa la parole May et elle croisa les bras sur sa poitrine.

— A manger alors ?

— Non, merci.

La voix de May était tremblante, elle se fissurait à chacun de ses mots comme un verre fêlé qui menaçait de se briser. Cette posture, bras croisés, était une protection. May se protégeait d'elle, pour une raison que Calipso ne saisissait pas. Elle était toujours là, elle avait douté, c'était humain. La réaction ne May n'était pas exagéré ?

— Tu t'attendais à quoi, Calipso ? déclara May comme si elle avait lu ses pensées.

— Rien a changé, je ne comprends pas.

Un rire – probablement nerveux, étant donné la situation – secoua May. Elle était toujours dans son enveloppe corporelle. Coop se coucha derrière le canapé, il percevait la tension. Les yeux chocolat de May parcoururent le plafond alors qu'elle se mordillait la joue, puis ils se fixèrent sur Calipso.

— Tu es restée et j'en suis plus qu'heureuse, débuta May et un discret sourire se montra. Mais tu as PENSE à partir sans un mot ! Nous te demandions juste un mot. C'était ton choix, tu en avais tous les droits, jamais je ne t'aurai jugé, mais tu avais surtout le droit de nous respecter !

— C'était compliqué…, marmonna Calipso.

Allait-elle devoir se justifier auprès de tous ? Elle regretta que la projection de Bianca ne soit pas là pour l'accompagner dans ce conflit. Aujourd'hui plus que jamais, sa présence lui aurait été utile. Elle ferma les yeux et inspira. Calipso était la projection de Bianca, rien ne changeait. Elle devait s'écouter.

— Ton acte était égoïste, tu n'as pensé qu'à toi. Pas à nous et au mal que tu faisais.

— Ce n'était pas ce que je voulais, se défendit Calipso en s'approchant. Au contraire.

— Je n'en doute pas… C'est le pire dans tout cela… Je ne sais pas si je dois t'en vouloir… C'était juste… J'aurais juste voulu un message…

La façade de May s'affaissa. Ses épaules tombèrent emportant avec eux ses bras. Les traits de son visage se relâchèrent et libérèrent les larmes qui s'accumulaient dans ses yeux. May s'effondra. Calipso s'avança et la prit dans ses bras.

— J'avais besoin de toi…, craqua May. J'avais besoin de toi et j'apprends par ma mère que tu comptes partir ! Je croyais plus compter pour toi. Ça m'a fait mal !

Le poing de May claqua contre son cœur. Calipso réalisa la portée de son acte. Elle blottit May contre elle. Jamais elle n'avait imaginé pouvoir tant la blesser. Elle devait se rattraper, elle devait agir en tant qu'hermana mayor.

— Je suis désolée…

Le corps de May tremblotait comme une feuille, Calipso la serra plus fort. Elle ne la lâcherait pas.

— Je…, balbutia May. Darius et moi. C'est fini.

— Oh !

— Ça ne pouvait pas aller plus loin… Et tu n'as pas répondu à mes messages ! ajouta May d'une voix chevrotante. J'avais tellement besoin de toi. Tu… Tu es ma seule vraie amie depuis mon harcèlement. J'ai… J'ai cru ne pas en vouloir la peine.

Un frisson de pétrification parcourut Calipso. Elle avait cru May blessée de son départ, elle avait cru briser le lien de confiance qui les unissait. C'était bien plus profond que cela. Calipso n'avait jamais pensé remuer tant d'insécurités chez May.

Calipso avait connu le harcèlement. Elle avait connu la perte de tous ses amis, elle-même n'avait plus eu d'amis depuis le départ de Lena. May, Ravi, toute la 118, ils étaient ses seuls amis aussi… Calipso connaissait les sentiments de May, elle n'aurait juste jamais été capables d'y poser des mots. C'était pourquoi May était une personne courageuse, une des plus courageuses que Calipso connaissait.

— Je suis là, maintenant. Je ne t'abandonne pas, May. Jamais, promit-elle.

— Comment en être sûre ? s'assura May. Nous ne t'avons pas suffi. Ma mère était très en colère… pour moi, pour la 118, pour Eddie…

Celle-ci, Calipso l'avait bien mérité. La réflexion de May était juste, tout comme ses doutes. Alors, jusqu'au bout, Calipso devait être honnête – même sur le plus grand secret qu'Eddie et elle gardaient, Calipso le devait bien à May.

— Tu l'as dit… J'ai été égoïste, mais ma place est avec vous. Je le sais. Je le savais depuis bien longtemps, mais… C'était dur de l'admettre : vous êtes ma famille. Et… N'aie aucune inquiétude pour Eddie, il a… J'ai fait le grand plongeon.

— Tu as fait quoi ?

May fit volte-face, les yeux rougis, elle renifla en la fixant. A croire qu'il s'agissait du plus étonnait dans cette histoire, alors que c'était le plus évident.

— Ne le dis à personne, pas même à Ravi ! J'aime vraiment Eddie.

— Eh bien… Je pensais quand même avoir un peu de poids dans ton choix.

— Tu l'as, confirma Calipso. Vous, tous. Vous êtes la raison pour laquelle je suis restée.

Cette réponse eut le mérite de faire sourire May avant qu'elle ne sanglote à nouveau – les nerfs lâchaient, très certainement.

— Je m'excuse de ne pas avoir été présente pour toi quand tu en avais besoin, chuchota Calipso.

— Et je suis désolée de ne pas t'avoir apporté la confiance nécessaire, lui répondit May.

— Sacha que ma porte te sera toujours grande ouverte.

Leurs déclarations s'interrompirent quand la porte d'entrée s'ouvrit. Ravi se figea, avec sous le bras un maxi pot de Ben & Jerry's : Cookie dough. Sa surprise fut éclipsée par un immense sourire qui adoucit ses yeux de chaton.

— J'ai bien fait d'apporter un supplément glace. Les pizzas sont commandées, mettons Mamma Mia ! qu'on ait le temps d'enchaîner avec une autre comédie musicale. Vous en avez bien besoin.

Il s'agenouilla et les entoura toutes les deux de ses bras. Si quelqu'un en doutait encore, ce fait s'avéra : Ravi était le moins rancunier. Calipso les embrassa chacun leur tour sur la joue.

— Vous aimez Mario Kart ? demanda-t-elle.

— LA BASE !

Les Super Trouper étaient réunis.


Hello ! :)

Ce chapitre vous a-t-il plu ?

Tout rentre dans l'ordre, doucement, mais sûrement. Je n'imaginais pas la 118 rancunière vis à vis de tout cela, elle assez compréhensive, surtout avec l'histoire de chacun-e. Pour May, c'était différent. J'espère que tout cela vous a semblé cohérent et que vous avez apprécié les échanges.

Parlons de Christopher, cet adolescent est une belle petite fouine, n'est-ce pas ? ahah. Il commence à dévoiler son vrai visage à Cali, mais il reste un amour.

Moment de vérité : Team Mario Kart ou Team Mario Kart c'est ringard ?

Qu'avez-vous pensé de la discussion entre Eddie et Cali ? Entre May et Cali ?

Avez-vous des choses à ajouter ou des questions auxquelles je pourrai peut-être répondre ?

Au prochain chapitre : Le lendemain, Calipso reçoit une visite des plus... agréables. Calipso fait son retour à la 118 avec grande appréhension.

Je commence à être à court de chapitres. Je n'en ai plus qu'un d'avance. J'essaie d'écrire au plus vite pour ne pas vous faire attendre trop longtemps. :)