Chapitre 20 - Surprise !
Les gouttes de sueurs s'écoulaient de la nuque de Calipso et glissaient jusqu'en bas de ses reins. Elles la chatouillaient et hérissaient ses poils. A chaque mouvement d'efforts, de nouvelles naissaient, intarissables. Calipso ne comptait plus, ce n'était pas important. Sa queue de cheval balayait son dos et des mèches rebelles s'entortillaient, collant sur son front.
— C'est bon ? grinça-t-elle des dents, dans un nouvel effort, ses bras la brûlaient.
— Je pense ! acquiesça Ravi. Donne ton avis.
Les mains de Calipso relâchèrent la barre de traction et ses pieds claquèrent au sol. Tout en reprenant son souffle, elle attrapa la serviette pour éponger son visage. Ravi lui tendit son portable et Calipso put admirer le talent photographique de Ravi – ou bien, elle était extrêmement photogénique.
— Incroyable, Ravi, merci !
— Vous faites quoi ?
Assis sur les bancs du sac de frappe, Buck et Eddie les fixaient – sourcils froncés. Calipso rangea le portable de Ravi et déploya son plus beau sourire – celui un peu sournois.
— Surprise !
Ce n'était une grande information, ni même d'une importance inégalable. Ce ne serait pas non plus la surprise du siècle, Calipso appréciait juste le plaisir du suspense. Personne ne se doutait qu'elle avait une idée en tête, une qui participerait à la prochaine année. Elle comptait bien qu'il la découvre à la dernière minute. Par pure fierté. Elle adorerait s'en vanter, spécialement lors d'un mois de l'année.
Elle lâcha un rictus de provocation, encouragée par Ravi, qui avait, bien sûr, connaissance de son intention. Son meilleur ami l'avait supportée dès qu'elle lui en avait touché un mot. Calipso épongea son front et regarda l'heure 23h41. La garde de nuit était le mot en C, elle espérait qu'elle poursuive ce rythme. Elle avait bien envie de dormir, le sport ne l'énervait jamais. Au contraire, Calipso aurait pu s'écrouler sur un lit si elle n'avait pas un faim de loup.
Sans une pointe d'hésitation, Calipso suivit Ravi jusqu'à la mezzanine. Elle évita, volontairement, Buck et Eddie. Eddie plus que Buck. Trois semaines depuis leur premier baiser, Calipso trouvait qu'il était de plus en plus complexe de se maintenir dans l'ombre. Se trouver des excuses lors des propositions de sorties était la partie plus difficile, la 118 était une vraie teigne. Mieux valait être précautionneuse et esquiver le charme d'Eddie. La 118 avait assez de doutes, elle n'avait pas à leur distribuer des éléments indiscutables. Alors, Calipso se réfugia dans la nourriture. Elle se servit une grosse, très grosse assiette de spaghettis bolognaise. Elle remercia Bobby pour ce divin repas et les dégusta à l'italienne : une grosse cuillère et une fourchette pour les entortiller. Perfecto !
Près d'une heure plus tard, Calipso était toujours avachie sur la table qui l'avait accueillie pour se rassasier. La tête sur son bras, complètement étendu, Calipso balayait de son index son fil d'actualités Instagram. Elle attendait avec impatience l'annonce de Taylor Swift au sujet de sa nouvelle tournée du Eras Tour. Depuis qu'elle avait ajouté l'album The Tortured Poets Department aux dates de Paris en mai et que Calipso s'était outrée d'avoir manqué une telle interprétation, elle ne souhaitait manquait pour AUCUNE RAISON les prochaines dates. Les théories allaient bon train : Taylor Swift ne cesserait jamais ses tournées. Non. Elle modifierait sa setlist à chaque nouvelle sortie d'album. Reputation (Taylor's version) était sorti en août sans aucune annonce, un vrai délice. Calipso pariait sur le fait que Début (Taylor's version) sortirait le 13 décembre sous un nouveau nom. Elle espérait le nouvel album pour l'année 2025, avec la tournée ! Calipso avait survécu à « The Great War » pour l'Eras Tour 2023, elle serait encore une grande survivante pour celui-ci. Cependant, aucune notification pour le moment. Taylor aimait les faire patienter.
DING !
Des phares piquèrent les joues de Calipso, elle aurait apprécié quelques glaçons pour calmer la chaleur qui s'emparait de son visage quand elle lut le message.
edmundo : Personne dans le dortoir )
D'accord, Calipso devait avouer qu'ils avaient choisi de prendre des risques. Eddie et elle n'avaient jamais arrêté de jouer. Les règles du jeu étaient juste… différentes. Peut-être plus drôles, peut-être plus amusantes, peut-être plus… incroyables. Cependant, ils n'en étaient pas au point de traumatiser leurs amis et collègues.
Autour d'elle, les visages étaient fatigués. Buck venait même de bâiller à en réveiller Coop, mais il s'endormirait probablement sur le canapé, la tête sur Chim. Ravi était assez loin pour qu'il ne soupçonne quoi que ce soit. Hen était plongée en pleine lecture et Calipso était presque certaine de la voir piquer du nez. Bobby était enfermé dans son bureau, sûrement face à une montagne d'administratif. Le reste de la caserne était affairé, loin du dortoir et sans le moindre signe de sommeil. En effet, ils avaient peut-être quelques minutes devant eux.
Que ferait Calipso si elle était fatiguée et qu'elle avait envie de dormir ? Elle ne s'était jamais posé la question, son corps agissait pour elle. Elle feinta de s'étirer et déclencha un discret bâillement – son but n'était pas d'attirer l'attention sur elle. Elle se leva pour ranger son assiette et couverts usagés dans le lave-vaisselle – Calipso n'avait pas eu le courage de se lever plus tôt. Elle estima intéressant de se frotter les yeux.
— Je vais me coucher, dit-elle.
C'était dangereux. À tout moment, l'un d'eux pouvait choisir de l'accompagner. Calipso crispa la mâchoire. Heureusement, personne ne réagit. Elle s'accroupit pour papouiller Coop et lui déposer un bisou sur la tête. Elle s'accrocha pour descendre les escaliers. Un dernier regard en arrière. Vraiment personne. Elle accéléra son pas et ouvrit la porte. Un premier pas dans le dortoir, Calipso fut plaquée au mur. Les lèvres d'Eddie trouvèrent avec une aisance les siennes et Calipso s'accrocha à sa nuque :
— La fatigue frappe en haut, ils ne vont…, susurra-t-elle entre les lèvres d'Eddie.
— Ne perdons pas de temps alors, la coupa-t-il.
Le lendemain soir, Calipso se promit de ne pas réitérer les événements de la veille. Eddie et elle avaient été tout juste assez rapides. Ils avaient, à peine, trouvé un lit – séparément et assez à l'opposé, pour simuler un vrai sommeil, qu'Hen et Ravi avaient décidé de venir piquer un somme à leur tour. Calipso s'était vite retourné et avait enfoui dans l'oreiller pour étouffer un rire. Eddie et elle avaient eu chaud – sans mauvais jeux de mots. Son cœur avait palpité, craintive des soupçons. Hen était une bonne analyste et Ravi connaissait Calipso par cœur. Merci n'importe quel Dieu – s'il en existait un – de les avoir sauvés de ce péché.
La chance était de leur côté, car ils n'eurent pas le temps de succomber à leurs rires que l'alarme appela leur aide. Ouf…
Le feu ravageait ce gîte où une soirée entre amis avait – littéralement – dégénéré. La sirène du camion échelle interpella les victimes ainsi que les habitants du quartier. La police de Los Angeles avait établi un périmètre de sécurité, mais les curieux peinaient à contrôler leur envie dévorante de commérer sur l'étendue de l'accident. Au volant, Calipso abaissa sa fenêtre avec fougue, elle passa son bras et ordonna aux civils de bouger – elle préférait éviter d'en écraser un. Du côté passager, Bobby l'imitait. Le chemin établi, Calipso se gara face au logement où Athena les attendait. Elle s'avança vers le camion alors que l'équipe sortait un à un. Calipso sauta de la marche du camion et se retrouva confronter à Athena – qu'elle n'avait pas revue depuis ses au revoir. Calipso appela à l'aide Bobby, qui discuta par télépathie avec sa femme.
— Rivera, lâcha Athena.
— Sergent Grant-Nash, leva le menton Calipso. Si vous le permettez, je vais aller m'équiper.
Pourquoi Calipso ne bougea qu'à l'autorisation d'Athena ? Aucune idée. Cependant, elle retrouva le contrôle de ses membres quand Athena hocha la tête en guise d'accord. Calipso fit les gros yeux, exaspérée, auprès des autres. Elle fit volte-face quand Athena posa la main sur son épaule. Calipso réalisa qu'elle était crispée quand son corps se détendit. A croire que le regard d'Athena lui importait, beaucoup.
Ravi lui lança son manteau et Calipso l'enfila avant de récupérer son casque. Il était l'heure de combattre le feu. Comme depuis deux semaines, elle sourit à l'idée que ce ne soit plus le sien.
— D'après ce groupe d'amis, il resterait deux civils – Austin et Liza – dans la maison, les informa Athena. Ils n'étaient pas au rez-de-chaussée avec les autres. Ils doivent être à l'étage.
— Ensemble ? l'interrogea Bobby.
— Ils n'en ont aucune idée. Ils sont partis se coucher à quelques minutes d'intervalle d'après un des jeunes hommes.
Les yeux de Calipso et d'Eddie se croisèrent, elle était certaine qu'ils partageaient la même pensée. Leur mission se moquait d'eux.
— Bon…, réagit Bobby. Cali, Ravi, coupez l'électricité et le gaz. Occupez-vous des arrivées d'eau. Chimney et Parks, repérez la présence des civils à l'intérieur et des possibles extractions. Buck, Eddie, armez les lances à eau. Hen, ausculte les victimes. C'est parti.
Chaque bouche coupée, Ravi et Calipso récupèrent des lances pour arroser le feu de l'extérieur. Bobby leur apprit que les victimes avaient été trouvés. Chimney et Parks étaient à leur secours.
De longues minutes plus tard, le feu estompait. Chimney et Parks apparurent avec Austin et Liza. Sur pieds, le couple s'enlaça et s'embrassa. L'équipe dut les séparer afin de les examiner et leur déposer un masque sur le visage. Ils avaient inhalé beaucoup de fumée, leur santé était en danger.
— QUOI ?! s'exclamèrent des voix derrière eux.
Le groupe d'amis s'était rapproché pour se rassurer de la santé du couple. Calipso réalisa très vite, qu'elle avait conclu de la relation bien vite.
— Vous êtes ensemble ? s'outra une fille.
— On craignait vos réactions…, expliqua Liza en retirant son masque.
— Assez bavardé, vous allez à l'hôpital maintenant ! décréta Hen alors que les amis fixaient le couple – plus choqués qu'avoir été en proie à un incendie.
— Les secrets finissent toujours par être révélés, constata Athena en croisant les bras.
D'un pas, Calipso recula pour échanger une expression confuse avec Eddie. Il l'imita. Elle repéra le gris de la fumée entaché son visage. Oh, si seulement, elle avait pu lui nettoyer du bout des doigts. Nop. Elle devait rester sérieuse. Calipso agita ses membres et tapota sur l'épaule d'Athena d'un air innocent – du mieux qu'on le pouvait, quand on ne l'était.
— Salut ! s'exclama maladroitement Calipso.
— Calipso, la jugea Athena.
— Je… C'est sûrement stupide. Mais… On ne s'est pas revus depuis… tu sais ?
— Crache le morceau, la pria Athena. Je t'ai connu plus sûre de toi. Pour partir, il n'y avait pas d'hésitations dans ton discours.
D'accord, elle l'avait bien mérité celle-là. A noter pour le futur : ne pas chiffonner les Grant. Calipso s'arma d'un rire nerveux avant d'agiter la main devant elle, pour balayer le passé – ou pour se détendre, au choix.
— Très drôle, répondit-elle. Bref, j'aurais dû t'écouter. Tu avais raison. Je suis contente de te revoir.
— J'ai toujours raison, Rivera.
Calipso ne la contredirait pas. Était-ce une impression ou non, Calipso surprit les yeux noirs d'Athena se figer sur Eddie quelques secondes. C'était une coïncidence. Rien ne restait scellé, pour cette cachotterie, Calipso espérait qu'elle reste sous clé encore quelques jours. Deux semaines étaient encore peu.
Lorsque Parks ferma le poing – pour annoncer que le camion échelle était assez reculé -, Calipso éteignit le moteur. Comme chacun, elle quitta l'engin et se dirigea vers le vestiaire. Elle s'allongea sur le banc et son visage fut couvert de léchouilles de la part de Coop – peut-être n'aurait-elle pas besoin de douche. Les yeux fermés, éreintée, Calipso attendit que ses coéquipiers se passent au jet d'eau. Elle irait après, ses jambes ne tenaient plus.
Des quelconques minutes plus tard, Buck lui pinça le nez et elle comprit ce geste par « tout le monde est propre ». Calipso s'accorda le temps nécessaire, l'eau chaude brûla sa peau – la seule chaleur capable de l'apaiser. Un coup de savon, puis un interminable moment de lavage de cheveux, elle attrapa sa serviette, s'essuya à la vitesse de l'éclair et enfila un uniforme propre. La porte s'ouvrit d'un léger couinement – elle devrait en faire part à Bobby. Eddie entra en se frottant sa barbe de deux jours. D'une même harmonie, leurs visages s'illuminèrent à la hauteur des spots hollywoodiens. Un pas. Deux pas. Quelques centimètres. La bouche d'Eddie rencontra celle de Calipso. Leurs lèvres entreprirent cette danse qu'elles exécutaient à merveille, un ballet répété depuis des années – alors qu'elles n'avaient leur propre expérience que depuis deux semaines. Eddie l'entraîna, par la main, contre le mur. Il s'accrocha à elle, d'une force aussi douce que puissante. Calipso empoigna sa nuque, multipliant le rythme, les emportant à des années lumières d'ici.
— AHH !
Sans lâcher sa main, Eddie recula et Calipso pivota la tête vers la porte – apparemment le couinement n'était pas assez fort. La bouche ouverte, Chimney avait l'air d'avoir croisé un fantôme. Il cligna des yeux à toute vitesse avant de se cacher le visage :
— OK ! Mes yeux brûlent.
— Tu veux un bisou aussi ? ricana Calipso.
— T'as rien vu, c'est bon, ronchonna Eddie.
— Je vous laisse sortir.
Chimney s'essuya les yeux et s'adossa à la porte pour leur laisser le passage. Calipso haussa les sourcils quand elle le frôla pour sortir de la pièce. Ni elle, ni Eddie ne se retourna. Chim les fixaient. Ils n'en avaient aucun doute. Proche des escaliers, ils se donnèrent un coup d'épaule en rigolant, puis ils arborèrent un air sérieux.
Poker face.
Coop trottina vers eux et tournoya autour de leurs jambes. Calipso s'arrêta pour le caresser avant qu'il ne les fasse chuter dans les escaliers. Un arrêt maladie n'était pas apprécié. Elle lui papouilla les babines, lui gratouilla les oreilles et frotta son poitrail. Autour d'elle, le monde tournait avec innocence. Ils ne se doutaient de rien. Que grand bien leur fasse et que cela dure !
D'un geste brusque, elle se laissa tomber sur le canapé à côté de Ravi. Les têtes se levèrent. Eddie se servait une tasse de café, comme si de rien n'était pas. Les regards oscillèrent. Calipso essuya ses mains moites – pourquoi étaient-elles moites, d'ailleurs ? – sur son pantalon, les yeux levés. Sympa ce plafond, le luminaire était très… lumineux.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Ravi.
— Rien, répliqua Calipso.
— Si, ajouta Buck, suspicieux. Vous agissez bizarrement.
— Pas du tout, nia Eddie.
Des échanges visuels conversèrent avec le silence. Leur sujet devait être passionnant, songea Calipso, car ils ne cessèrent pas au bout de quelques secondes. Bien entendu, Calipso était participante intégrale. Elle n'était juste pas certaine des pensées de ses camarades, elle était encore moins sûre de souhaiter y avoir accès.
Comme s'ils n'étaient pas assez, Chim fit son retour – plus malin que dans les vestiaires. Les mains dans les poches, il avançait d'un air serein, mâchouillant son chewing-gum. Ses iris passèrent d'Eddie à elle. Oh non ! Il n'avait pas le droit de semer des indices de cette manière. Ce n'était pas fair-play !
Sur ce coup, Chimney ne comptait pas la jouer loyal. Non, il leur prouva avec provocation.
Il s'approcha d'Hen. De sa poche, il sortit, d'un coup sec, un billet vert. Calipso plissa les yeux. Chimney tendit le billet à Hen.
AH !
Calipso se redressa jusqu'à se cogner la tête contre le mur derrière elle. De l'autre côté de la pièce, Eddie recrachait l'intégralité de sa gorgée dans un jet à faire rougir une baleine.
Ils étaient cuits, grillés jusqu'à l'os.
— T'es vachement bizarre quand même, l'analysa Ravi.
Elle secoua la tête pour réfuter. Elle évita de se tourner dans sa direction. S'il croisait ses yeux, il saurait qu'elle mentait.
— C'est pour quoi ? demanda Hen, un sourcil froncé, le billet à peine saisi.
— C'est pour quoi ? répéta Chimney.
Il insistait. Il était focalisé sur eux. Comme chacun de leurs camarades. D'accord, il n'allait pas s'en sortir ainsi. Toute la caserne avait souhaité qu'elle reste, Calipso ne pouvait que prouver que sa vraie nature n'était pas de fuir. Au contraire, elle adorait plonger.
— Eddie et moi nous sommes embrassés, révéla-t-elle sous une pluie d'exclamations. Chim nous a surpris.
— QUOI ?
Le chœur était parfait. Elle lança une œillade pleine de défi à Chimney, qui sourit, satisfait. Quant à Eddie… Eddie leva les bras au ciel et elle lut sur son visage la question qu'il hurlait dans son esprit :
— Qu'est-ce qu'il te prend ? Ouin. Ouin. Ouin.
Sans les « ouin, ouin, ouin », elle se les était ajoutés, c'était bien plus drôle. D'un clin d'œil, elle lui fit comprendre que ce n'était plus qu'une affaire de temps. Ils étaient de moins en moins discrets, trahis par leurs sentiments. La raison n'avait plus de contrôle.
Malheureusement pour eux, cela ne s'arrêta pas à ces réactions.
Chimney s'avança. Il agita son doigt pour signifier un « non ». Que cherchait-il ?
— Ce n'est pas ce que j'ai vu, rebondit-il.
Les yeux de Calipso s'horrifièrent et ceux d'Eddie vivaient un beau cauchemar. Le reste de la 118 optait pour le dégoût, que s'imaginaient-ils ?
— Ce n'était pas un premier baiser, nuança-t-il. Plutôt un « Je poursuivrai bien ce qu'on fait tous les jours depuis quelques temps ».
— Pas tous les jours, les défendit-elle du tac au tac.
Cette fois, Eddie posa sa tasse et se passa la main sur le visage. Il était désespéré.
— Voilà ! démontra Chimney en croisant les bras.
Calipso offrit un sourire crispé à Eddie, au moins, ils n'avaient plus à se cacher. Même si elle avait trouvé cela très drôle. Elle reçut un coup de coude de Ravi et il leva son pouce, elle en fit autant. Elle confirmait. Il avait vu juste depuis toujours.
— Et tu ne m'as rien dit ? s'outra Buck à l'attention d'Eddie.
— On comptait prendre notre temps, répondit-il en rejoignant le groupe.
— Il aurait fallu être plus discret, se moqua Chimney.
— T'as fini ? s'agaça, gentiment, Eddie.
Calipso les observait interagir entre eux. Elle croisa Hen qui enchaîna, d'une question peu inattendue :
— Maintenant, nous devons savoir depuis quand ? La première fois, bien sûr.
— La plage ? se réjouit Buck.
— Non, pas du tout, répondit Eddie.
En effet, loin de là. Même si… Ils n'en étaient pas loin.
— Mince, bouda Buck.
Il posa un billet sur la table. Evidemment.
— J'ai misé sur le jour de l'accident, glissa Ravi à son oreille.
— Raté, murmura-t-elle.
Même si… Tout aurait pu être différent, si elle avait fait d'autres choix.
Ravi se leva pour déposer son billet sur celui de Buck.
— La question est, intervint Bobby, jusqu'alors silencieux, est-ce qu'Eddie a réussi à te convaincre de rester ?
Il y eut un grand silence. Ils étaient hypnotisés par sa bouche, à la recherche de la réponse. Ce n'était pas à cet endroit qu'ils la trouvèrent. Elle se gratta l'arrière de la tête, lèvres pincées. Tout le monde posa son argent et Hen tendit la liasse de billets à Bobby. Ce dernier restait calme, mais Calipso voyait bien qu'il s'amusait au plus profond de lui.
— Nous ne sommes aucunement vexés, lâcha Hen.
— Moi un peu, admit Ravi.
Elle lui adressa un sourire et posa sa tête sur son épaule. Ce ne fut que de courte durée.
— Des règles doivent-elles être établies ? s'assura Bobby.
— On est des adultes ! dégaina Eddie.
— Tu devrais fermer ton bureau, cap', s'incrusta Buck. Les fantasmes…
— N'y pensez même pas ! les menaça Bobby.
Il avait perdu son petit air fier, pourtant la fossette au milieu de sa joue le trahit. Il chercha son portable et Calipso sut. Elle balaya la pièce. Athena, Maddie, Karen et tous ceux qui n'avaient pas l'information s'apprêtaient à la recevoir.
Deux semaines plus tard
Christopher était couché, Coop au pied de son lit. Calipso et Eddie en profitaient pour boire un dernier verre de vin avant d'aller à leur tour trouver le sommeil. D'une cuillérée, Calipso engloutit un nouveau morceau de gâteau au chocolat – ils avaient pris bien plus qu'il ne fallait. Elle tendit une cuillère pleine vers Eddie, qui ne la refusa pas. C'était un délice, le gâteau et être ici.
— J'aurai… un cadeau d'anniversaire pour toi, exprima-t-elle en posant son verre.
— Tu n'étais pas obli…
D'une nouvelle bouchée chocolatée, elle le fit taire. Elle s'en moquait de ce qu'elle avait à faire, ou non, ce qui était attendu, ou non. Ce cadeau n'était qu'une banalité, il l'était d'ailleurs autant pour lui que pour elle. Peut-être même plus pour elle, Calipso en était fière.
Elle s'éclipsa pour trouver le petit sac qu'elle avait caché à son arrivée. Calipso lui tendit et elle espérait qu'il ne soit pas déçu. Ce n'était rien.
Eddie haussa un sourcil, intrigué. Du menton, Calipso désigna le sac. Il n'avait qu'à ouvrir et tirer le cadeau du sac, il aurait sa réponse. Ce qu'il fit. Il trouva un objet rectangulaire et il ne comprenait pas où elle voulait en venir. Elle le lisait sur son expression faciale, le front plissé.
— Le calendrier 2025 des pompiers de Los Angeles ?
Calipso hocha la tête de haut en bas avec vivacité. Eddie posa le calendrier sur la table, sans chercher à l'éplucher. Eh bien… si elle avait su qu'il était si peu curieux…
— Tu te souviens le jour où Buck et toi êtes arrivés, que j'effectuais une série de tractions, puis que nous regardions mon portable ?
Elle attendit l'enthousiasme, il n'en fut rien. Elle était désespérée. Calipso roula des yeux et glissa le calendrier jusqu'à ce qu'il cogne le torse d'Eddie.
— Va en novembre.
D'un air suspicieux, il tourna les pages une par une jusqu'à tomber sur le mois demandé. Ses yeux brillèrent, plus joyeux. Calipso avait gagné pour cette fois. Eddie tapota la photo du doigt, comme s'il n'y croyait pas.
— J'avais déposé ma candidature, en précisant que je souhaitais ce mois-ci. Ce ne sont pas les officiels, je crois qu'ils doivent encore peaufiner quelques détails. Mais… J'y suis. En novembre.
Calipso observa l'image, qu'Eddie ne détachait pas du regard. Ravi avait capturé l'instant avec excellence. Les bras de Calipso formaient un parfait angle droit, sa chevelure descendait en cascade dans son dos. Tous ses muscles se dessinaient sous l'effort. La photo était parfaite.
— Je t'aurai donc affichée, tout le mois de mon anniversaire.
— Surprise ! s'exclama-t-elle, confiante.
— C'est un peu prétentieux, non ? se moqua-t-il en approchant son visage du sien.
— Je suis un peu prétentieuse.
Le hoquet de rire d'Eddie s'étouffa dans leur langoureux baiser, auquel Calipso mit un terme. Ce n'était pas tout. Elle sortit de derrière elle un cliché unique.
— J'ai envoyé la photo de dos car je souhaitais que chaque femme, chaque petite fille se retrouve dans ce moment. Que ce n'était pas un visage, que c'était une femme. Que n'importe quelle femme croit en cette possibilité. Mais… tu as le droit exceptionnel d'avoir celle en portrait.
Si Calipso avait souhaité admirer – pour la millième fois – la photo prise par Ravi, elle aurait été coupée dans son envie. Eddie récupéra le calendrier et son dernier cadeau. Il poussa Calipso jusque dans la chambre, laissa tomber ce qui encombrait ses mains et énonça :
— Tu es la plus belle surprise qui me soit arrivé.
Ce chapitre vous a-t-il plu ? :)
Edipso, mes amours (coeur)
Pour celleux qui suivent la série, qui avait fait le lien avec le calendrier des pompiers lors de la première partie du chapitre ? ;)
Personne ne trompe Athena Grant-Nash, mommy voit TOUT ! Calipso va finir par se l'ancrer dans le crâne. Ne vous inquiétez pas pour elle.
Les révélations à la 118. J'espère que la scène vous a plu car elle était écrite depuis un petit moment. Les paris sont une évidence, nous connaissons bien la 118. Et Bobby est trop fort (aidé par Athena, certes).
Ce dernier petit passage ? Quel privilège à Edmundo Diaz !
Au prochain chapitre : Christopher a une proposition ce qui provoque la première mésentente entre Eddie et Calipso. La 118 est appelée sur un grave accident de la route qui perturbera Calipso.
Je vais être honnête. Plus rien n'est écrit après le chapitre 21 :'( J'essaie de m'y remettre vite. J'ai tant à vous raconter ! Mais j'ai commencé à écrire mon premier "vrai" roman donc j'ai moins de temps pour les fanfics. Et depuis ma gros down d'anxiété, je fais attention à ne pas me surmener. Comme je vous le disais, ne vous en faites pas, vous aurez la suite. Je n'abandonnerai pas Cali et la 118 comme ça, il faudra juste vous armer de patience.(coeur)
