Chapitre 21 - Trop tôt ou trop tard ?
La salle de bain était encore prise quand Calipso se leva en s'étirant. Des voix attirèrent son attention dans la cuisine. Elle y trouva Christopher, Coop couché à ses pieds, en train de manger un toast devant son portable. Calipso s'appropria la tartine surplombant une assiette remplie au milieu de la table et s'installa à côté de Chris. L'adolescent se tourna vers elle en lui souriant.
— T'as vu cette vidéo sur TikTok ?
Chris décala son portable pour qu'elle puisse profiter de l'écran, comme ils auraient partagé un film dans le canapé. Non, elle n'avait pas vu cette vidéo. Ils balayèrent l'application lorsqu'Eddie arriva, le front plissé. Calipso le défia d'un sourcil, il n'allait pas oser la réprimander ?
Pour l'instant, il choisit le silence. Eddie s'assit en face d'eux, donna une assiette à Calipso ainsi que plusieurs toasts. Il lui servit un verre de jus de pomme et Calipso le remercia. Elle appréciait être traitée comme une reine. Les pupilles d'Eddie hésitaient entre Chris et elle.
— Peut-être pourrions-nous déjeuner ensemble sans écran ?
Chris jugea son père alors que Calipso analysait la situation. Comment ça,$ n'avaient-ils pas droit aux écrans à table ? Chris verrouilla son portable et le posa à côté de lui. Elle porta son attention sur Eddie, qui arborait un air fier. D'accord, c'était donc ça être un adulte responsable. Calipso n'était pas certaine d'en être capable. Être adulte était déjà beaucoup demander. Alors être responsable, quelle idée !
Le père et le fils discutèrent du sujet de sciences qui avait l'air très intéressant. Le ventre de Calipso se retourna, cela lui rappelait ses années lycée, les heures qu'elle pouvait passer dans les toilettes sales proches du réfectoire. Elle croqua dans son toast en approuvant les décisions de Chris, ce gamin était définitivement très intelligent. Calipso porta son regard sur l'horloge. Oh Dios mio, elle allait être en retard.
— Je devrai y aller, les interrompit-elle. Il faut que je passe à la maison me changer, je n'ai plus de vêtements ici. Je te laisse, Coop ? On se retrouve à la caserne ?
— J'ai une machine à laver, précisa Eddie. Tu pourrais mettre tes habits dans le panier.
— Tu dors à la maison tous les soirs, intervint Chris. Pourquoi tu n'emménages pas avec nous ?
Hhmm… Calipso préféra boire son jus de pomme d'une traite. Ce n'était pas un sujet qu'elle souhaitait évoquer et Eddie ne réagissait pas. Il n'approuvait pas, c'était trop tôt. Calipso savait à quel point Eddie craignait aussi d'aller trop vite. Tous les deux s'observèrent, à la recherche d'une réponse qu'aucun ne donnerait.
— Moi, j'aimerais bien vivre avec Coop, constata Chris en caressant du pied la tête du chien.
— WOUF ! approuva l'intéressé.
— Et avec toi, bien sûr ! se rattrapa Chris.
— Merci de cette attention, répondit-elle faussement vexé.
Toujours aucune réaction d'Eddie. Il portait ce masque qu'elle n'arrivait toujours pas à déchiffrer, il lui faudrait peut-être des années avant d'y parvenir – si leur relation tenait juste là. Une bombe venait d'être lancée, une qui pouvait tout faire exploser.
— C'est sûrement encore trop tôt, marmonna Calipso.
— Il n'est jamais trop tôt, mais souvent trop tard.
— Depuis quand es-tu philosophe ? l'interrogea Eddie, surpris de son fils.
— Les scientifiques sont les premiers philosophes.
Cette conversation allait beaucoup trop loin, conclut Calipso. C'était son moment pour y mettre un terme. Elle goba son toast et recula son tabouret dans un grincement strident qui lui fit serrer les dents.
— J'y vais, annonça-t-elle d'une voix étouffée. Coop, tu viens.
Christopher et Eddie se tournèrent vers elle. Calipso ne s'attarda pas. Elle ébouriffa les cheveux de Chris en lui souhaitant une bonne journée. Elle eut une brève attention vers Eddie qu'elle ignora vite. Calipso n'avait aucune idée de ce qu'elle pensait de ce sujet, celle d'Eddie était évidente. Il n'avait même pas émis d'opinion. Coop sur ses talons, Calipso attrapa son sac de sport et ouvrit la porte.
— Tu sais ce que j'attends de toi, n'est-ce pas ? l'arrêta Eddie, à quelques pas d'elle.
— Non.
Il n'avait rien à attendre. D'une boule dans la gorge, Calipso quitta la maison d'Eddie. Ce soir, elle dormirait chez elle.
Trois jours que Calipso et Eddie s'évitaient. Ils s'échangeaient quelques baisers pour se dire bonjour, au revoir. Ils se collaient à l'autre quand la distance devenait insupportable. De rapides mots franchissaient leurs lèvres quand ils n'en avaient pas le choix. La communication n'avait jamais été leur point fort, la fierté avait toujours été leur plus grande faiblesse.
La maison de Calipso n'était plus qu'un logement comme un autre. Elle pourrait vivre chez son voisin qu'elle n'y constaterait aucune différence. Ce serait un hébergement rien de plus. Ce n'était pas son « chez-soi ». Les soirées avec Eddie et Christopher lui manquaient. Comme les matins. Comme tout. Même Coop s'ennuyait. Calipso avait même accepté que les Diaz le prennent une nuit, à la demande de Christopher. Elle ne pouvait faire subir ce conflit à Christopher et Coop, elle en avait bien assez fait.
Bien sûr, leur tension électrifiait la caserne. Tout le monde remarquait la différence, personne n'en avait les raisons. Officieusement. Calipso avait raconté le fond du problème à May, Ravi et Yasmine. Eddie en avait, sans aucun doute, informé Buck. Bref, les nouvelles se dispersaient vite à la 118. Tout le monde était donc au courant.
— Toujours de l'eau dans le gaz ? lui chuchota Ravi.
Calipso déposa le magazine qu'elle lisait – faisait semblant de lire – et balaya la pièce des yeux. Le reste de l'équipe était bien assez loin pour qu'elle se confie.
— Je ne sais pas ce qu'il attend de moi.
— Ce ne serait pas plus simple de lui demander par toi-même ?
De son parfait air dédaigneux, Calipso jugea Ravi. Son meilleur ami doutait à ce point d'elle. Plutôt fonceuse, cette idée lui avait effleuré bien souvent l'esprit. La réalité était qu'elle avait peur. Elle craignait l'attente et de ne pas être capable de l'honorer. Calipso était une amatrice du chat de Schrödinger.
— Et mettre ma fierté de côté ? Tu me connais mieux que ça, Ravi.
Calipso leva le menton pour appuyer son sarcasme. Ravi roula des yeux. Justement. Il la connaissait mieux que quiconque, il repérait qu'elle n'était pas honnête. Quelle belle amitié !
— Oh, maman ! se réjouit Ravi.
En haut des escaliers, Jaya Panikkar apparaissait avec des tupperwares de gâteaux indiens dans les mains. Calipso se lécha les babines en même temps que Coop. Elle rejoignit la 118 qui accueillait la mère de Ravi par des accolades affectueuses et la débarrassaient de ses plats pour l'inviter à s'asseoir. Jaya tendit une des boîtes à Calipso, un petit air complice marqué sur le visage. Les yeux de Calipso pétillèrent et elle s'empara du gâteau.
— Des jalebis, rien que pour toi, précisa Jaya.
— Merchitlamyeure.
Calipso n'était guère polie quand il s'agissait des jalebis de Jaya, un vrai orgasme gustatif. Elle en planta un dans la bouche d'Eddie, il devait goûter cette pépite ! La réaction d'Eddie fut instantanée, il était à deux doigts de fondre sur place. Il roula des yeux en se léchant les lèvres. Ils étaient au moins d'accord sur un point en trois jours. Affamée – ou juste bien trop gourmande –, Calipso s'engouffra un énième jalebis. Meilleure décision de sa vie, car l'alarme retentit leur annonçant un gros accident de la route.
— Chtelaich, Coop, baragouina-t-elle la bouche pleine en désignant son chien. A tout à l'heure, Jaya !
Ravi embrassa sa mère tandis que Calipso se laissa glisser sur la rambarde de l'escalier – la barre des pompiers était vraiment surcotée. Elle courut jusqu'au vestiaire et s'équipa de son manteau ainsi que son casque. Elle s'arrêta près d'Eddie et lui claqua un baiser sur la joue. Enfin, elle trouva sa place derrière le volant du camion échelle. Bobby à côté d'elle, l'équipe au complet, Calipso déclencha la sirène. C'était parti !
Calipso se gara en travers de la route alors que les ambulances se garaient derrière le camion. La police était déjà sur place pour établir la circulation. Calipso salua de la main Athena et sauta de la marche du camion. Elle constata l'étendue des dégâts. Le premier véhicule impliqué avait percuté un camion qui transportait de grosses poutres de métal. Ces dernières écrasaient la voiture et ne tarderaient pas à glisser. Derrière un véhicule avait dû vouloir éviter la collision d'un coup de volant car elle était sur le toit à quelques mètres de là. Calipso analysa les lieux, attendant les consignes de Bobby.
— Ravi, Cali, stabilisez le premier véhicule. Soyez vigilants au poutre. Hen, assure-toi de l'état du conducteur. Tenez-moi au courant de l'avancée. Eddie, Buck, Chim…
Sans attendre les prochaines directives de Bobby, Calipso récupéra les cales tandis que Ravi enroula les sangles à cliquet. Ils trottèrent jusqu'à la voiture. A leur arrivée, Calipso disposa les cales sous les pneus et rejoignit Ravi pour installer les sangles.
— Pompiers de Los Angeles, les annonça Hen. Je suis Hen, et vous ?
— Kai, répondit le conducteur d'une voix étouffée.
Ravi et Calipso serrèrent les sangles et reculèrent quand une des poutres glissa. Assurés de la stabilité, ils terminèrent l'opération. Ils manquaient de temps, ils ne pouvaient attendre plus longtemps pour l'extraction. Le matériel de chantier ne tiendrait pas indéfiniment. Calipso força sur les sangles, elle planta ses dents dans la lèvre pour apporter une dernière pression.
— Où vous rendiez-vous ? s'intéressa Hen pour distraire le conducteur.
— Chez ma meilleure amie, souffla-t-il. Elle s'est fiancée hier. Je… Je l'ai toujours aimée, mais je n'ai jamais osé lui admettre.
Le cerveau de Calipso se déconnecta. Ses bras tombèrent le long de son corps. Peu importait l'état de cet homme, sa meilleure amie saurait ses sentiments. Elle appuya sur sa radio et demanda à Bobby du renfort pour maintenir les sangles, prétendant vouloir aider Hen. Ses coéquipiers accoururent et Calipso fit le tour de la voiture. A peine aux côtés d'Hen, celle-ci lui ordonna :
— Va chercher les scies !
D'un hochement de tête, Calipso accepta et courut jusqu'au camion. Elle s'empara d'une scie ainsi qu'une protection. De retour auprès d'Hen, Calipso lui donna la protection. Hen lui donna le signal et Calipso découpa le support du volant dans un bruit strident. Ses oreilles sifflèrent et quelques secondes plus tard, la tâche était finalisée.
— Maintenant, Myrah va se marier avec un autre car je suis un trouillard.
Le ventre de Calipso se noua. Hen détacha le volant et toutes les deux s'horrifièrent quand elles découvrirent la grosse barre métallique enfoncée dans le torse de Kai. Calipso releva la tête vers Hen, espérant que son amie trouve une solution. Elle le devait, aucune d'elles ne pouvait le laisser. Hen appela Bobby et lui expliqua la situation alors que Calipso restait bloquée. Il ne pouvait pas mourir, pas tant qu'il n'aurait pas dit à Myrah qu'il l'aimait. Myrah devait savoir. Que pouvait-elle faire de plus ?
— Vous avez votre portable ?
— Je ne sais pas… Je…, s'essoufflait Kai, alors que son visage perdait en couleurs.
— Je vais le chercher, vous allez lui dire !
— CALI ! l'appela Bobby.
Elle n'écouta pas l'ordre. Il la réprimanderait s'il le souhaitait, voire la virerait – pourvu que non –, mais Calipso ne pourrait pas vivre avec ça sur la conscience. Elle contourna la voiture et se pencha à l'intérieur à la recherche du portable. Elle fouilla de sa main, aucune visibilité ne pouvait l'aider.
— Cali, sors de là ! ordonna Bobby. Tu vas te faire écraser !
— J'en ai pour deux secondes, répondit-elle les dents serrés, son bras de plus en plus tendu.
— On le pose sur le brancard. CALI !
— JE L'AI ! hurla-t-elle, soulagée.
Calipso s'extirpa du véhicule, son casque cogna contre la portière. Les barres s'effondrèrent sur la voiture qui ressemblait à un gros pancake en ferraille. Ouf, ils avaient eu chaud. De son plus rapide pas de course, Calipso se précipita vers Bobby, Hen et Kai. Le portable tendu vers le ciel, elle cria pleine d'enthousiasme :
— KAI, JE L'…
Son élan fut stoppé par le drap blanc que Hen dressa sur le brancard. Le corps de Kai avait disparu, emporté par le linge froissé. L'équipe le déplaçait. Les roues crissèrent sur les gravillons de la route, perdus par la vitesse. Calipso demeura bouche bée, sourcils froncés. Le portable de Kai vibra, les yeux de Calipso le consultèrent :
my' : Tu arrives bientôt ? Ou tu es encore en retard ?
— Non, non ! refusa Calipso en appelant ses coéquipiers. ATTENDEZ ! Il a plein de…
— Cali, c'est trop tard. Nous n'avions pas vu l'étendue des blessures… C'est trop tard.
C'était impossible. Kai ne pouvait être parti. Il ne pouvait pas s'être envolé, scellant des secrets qui auraient bouleversé sa vie. Il n'avait jamais pu avouer ses sentiments. Myrah ne saurait jamais que son meilleur ami était amoureux d'elle. Myrah ne saurait jamais quelle était la dernière pensée de Kai. Il aurait suffi d'une seconde supplémentaire. Non…
La poitrine de Calipso s'étouffa, comme si une des poutres reposait sur elle. Calipso porta main à son cœur avant se débarrasser de son manteau et d'enlever son casque. La sensation était toujours aussi lourde, plus forte à chaque inspiration. Ecrasée. Privée d'oxygène. Calipso haleta et des sanglots accompagnèrent le manque d'air.
— Il doit… lui dire ! protesta Calipso entre deux respirations inutiles. Il n'a… pas eu… le temps. Il…
Sa pluie de larmes l'empêcha de poursuivre. Son corps se tétanisait, incapable de gérer un si gros chamboulement. Kai… Myrah… Elle lâcha le portable pour décrocher sa queue de cheval et s'arracha les cheveux. Calipso tenta de transpercer le barrage d'Hen et de Ravi. Ils devaient la laisser passer. Elle chargea. Ils l'arrêtèrent. Ravi l'attrapa par les épaules et l'incita à reculer. Calipso tenta de résister. En vain. Ses jambes l'abandonnaient. Comme ses poumons. Son cerveau. Ses yeux. Son corps.
Ravi lui prit la main et l'attira vers un trottoir. Il la poussa et, répondant aux gestes de Ravi, Calipso s'assit. Tout devenait trouble. Ses muscles se crispèrent, en alerte.
— Cali, il n'y a rien à faire, chuchota Ravi. Il n'y a rien à faire.
— Il… ne lui a pas dit… « je t'aime » ! Elle… ne le… sait… pas.
L'agitation submergeait Calipso. Elle bascula d'avant en arrière, les mains sur les oreilles. Kai avait trop attendu. Il ne l'aurait jamais avoué. Myrah n'en avait aucune idée. Elle ne le saurait jamais. Le cœur de Calipso s'emballa et elle eut envie de vomir. Son sang ne recevait plus assez de molécules. Sa tête tournait.
Le regard fixe, elle perdit les yeux chaton de Ravi. A la place, le visage d'Eddie apparut. Les traits de son visage étaient emplis de peur. Il posa ses paumes de main sur les joues de Calipso. Son cœur retrouva un rythme normal, mais tout autour d'elle, tout en elle était pris dans une tornade indomptable. Eddie tenta de capter son regard, Calipso était incapable de l'affronter.
— Cali.
Elle ne répondit pas. Calipso essaya de gober une bouffée d'oxygène. Elle toussa. Rien ne passait. Elle allait mourir, elle aussi. Elle allait mourir, brûlée avec des non-dits. Elle toussa encore. Tout partait. Tout était perdue. Elle mourrait. Elle rejoindrait Kai, au pays des regrets.
— Calipso.
La voix posée d'Eddie l'extirpa et il réussit à maintenir son regard. Calipso se figea sur les yeux noisette d'Eddie. Il l'incitait à inspirer et à expirer. Eddie prenait toujours soin d'elle. Eddie s'assurait toujours qu'elle respirait.
— Elle ne sait pas qu'il l'aime, murmura Calipso. Elle ne sait pas qu'il voulait être avec elle.
— Je suis sûr qu'elle savait.
— Il ne lui…
— Calipso, JE le sais, d'accord ? JE le sais.
Les basculements de Calipso s'interrompirent. Ses mains tombèrent sur le sol en béton. Eddie lui sourit et l'embrassa sur le front. Calipso réussit à inspirer. Une fois. Deux fois. Trois fois. Les tremblements qu'elle n'avait pas remarqués s'estompèrent et autour d'elle tout devint net. Ses pupilles ne quittaient pas Eddie. Il était devant elle et il l'invitait à l'imiter.
— Voilà. Inspire, Expire.
Sa respiration était saccadée, puis moins. Sa respiration retrouva un rythme normal. Malgré ses larmes qui embuaient son regard, Calipso se calmait. La tempête était apaisée. Eddie massa sa chevelure de lion. Après une nouvelle toux, Calipso demanda :
— Tu le sais ?
— Bien sûr, lui assura-t-il.
La tête de Calipso se perdit dans la clavicule d'Eddie, alors qu'elle s'effondrait à nouveau. Il caressa son dos jusqu'à ce que toute trace de panique s'évanouisse. Eddie nicha son nez dans ses cheveux et ses lèvres effleurèrent l'oreille de Calipso. Elle frissonna.
— Ravi te tend un jalebi qu'il avait laissé dans le camion.
Calipso releva la tête et accepta le gâteau. Elle rassura toute l'équipe – restée à quelques mètres – d'un sourire et croqua dans le jalebi. Parfait réconfort.
Un léger filet ensoleillée transperça les paupières de Calipso. Elle qui comptait profiter de sa matinée pour s'enfouir sous la couette et dormir jusqu'à l'heure du déjeuner, il semblait que ce soit un échec. Calipso ferma ses yeux plus forts jusqu'à l'apparition de petites étoiles. Rien n'y faisait, le noir n'apparaissait pas. La lumière blanche aveuglait ses iris cachées. Elle plongea sa tête dans l'oreiller à ne plus réussir à respirer, puis elle pivota. Son œil gauche s'ouvrit. Tout était flou. La magie de la vision opéra et Eddie apparut, aussi parfait que dans ses plus beaux rêves. La veille, elle n'avait pu résister à la proposition d'Eddie de dormir chez lui. La mission l'avait achevée, Calipso avait besoin de lui.
D'une terrible niaiserie, Calipso esquissa un discret sourire. Son œil droit les rejoignit dans cette contemplation. Eddie se reposa près d'elle, face à face. Leur nez se frôlèrent et Calipso résista à cette envie irrépressible de trouver les lèvres d'Eddie. Un exploit. Depuis des années, elle cherchait à éteindre son feu. Maintenant, elle espérait que la flamme qui régnait entre Eddie et elle ne s'éteignent jamais. Pas de son vivant.
— J'en meurs d'envie, mais je ne serai pas celui qui prononcera les trois mots, pas cette fois. Je ne serai pas celui qui prendra les devants.
Les doigts d'Eddie caressèrent la joue de Calipso d'une douceur qui l'enveloppa, aussi fort qu'un gros câlin. Ils se frayèrent un chemin dans sa chevelure de lionne, remettant au passage une mèche fugueuse qui chatouillait son visage. Calipso aurait pu se laisser bercer par cette étrange mélodie silencieuse, si la conversation n'était pas si sérieuse.
— Et pourquoi ? le défia-t-elle.
Peut-être avait-il été le plus courageux, le premier à avoir franchi le mur qui les séparait. Était-ce une raison pour lui jeter la patate chaude ? Calipso en doutait. L'amour ne fonctionnait pas ainsi. On ne comptait pas les points, ou peut-être que si ? Que savait-elle de l'amour après tout ? Pas grand-chose.
— Je te l'ai dit. Si cela n'avait tenu qu'à moi, je t'aurais embrassé bien avant, Calipso. A ton anniversaire, sur la plage à notre faux date, au karaoké. Tant de fois. Mais je ne suis pas seul. J'ai Christopher. Je n'arrivais pas à cerner ta stabilité, tu paraissais si inaccessible. Alors, je veux que ça vienne de toi, comme une promesse. Si tu es celle qui me les dit, j'ai cette sensation que tu les penses vraiment, que tu resteras. Si c'est encore moi, j'ai peur que tu ne répondes que par politesse.
— Tu as peur que je parte…, conclut Calipso.
La réponse d'Eddie fut un simple hochement de tête, les mots ne suffisaient plus. La culpabilité rongea l'estomac de Calipso, à en faire grincer ses organes. Une simple mauvaise décision avait eu un effet tornade, elle avait apporté tant de mal et de doutes. Bobby avait eu raison, il avait toujours raison. Malgré elle, Calipso comprenait mieux les paroles d'Athena – si piquantes, mais si justes. Calipso avait joué avec Eddie pendant des mois, non pour se moquer de lui… parce qu'elle l'avait aimé. Elle était la seule à le savoir, au fond d'elle.
La main d'Eddie massa sa nuque pendant qu'il l'admirait, il écartait toutes ses craintes pour qu'elle se sente bien. Calipso n'était pas digne de lui, pas encore. Il n'était pas trop tard pour y parvenir.
— Je ne partirai pas. Plus maintenant. Je suis bien ici avec vous. Je n'ai plus peur. Je – Je suis prête.
Les lèvres d'Eddie s'étirèrent tel un élastique prêt à craquer, sauf que cela n'arriverait pas. Au contraire, elles étaient infinies. Tous les deux n'avaient rien défini, pourtant tout était clair. Calipso et Coop resteraient dans cette nouvelle maison. Calipso s'approcha et embrassa Eddie, il n'y avait pas meilleur moment pour céder à la tentation.
— Je t'aime, promit-elle, les yeux dans ceux d'Eddie.
— Je t'aime aussi, Cali.
Ce chapitre vous a-t-il plu ?
Honnêtement, je n'ai plus AUCUN chapitre d'avance. Je me suis dit qu'au point où on en était, je n'avais plus qu'à vous publier les chapitres une fois qu'ils sont écrits. Je pense raccourcir l'histoire sinon, j'ai peur de ne jamais la terminer. Bref, on verra.
Alors, ce chapitre... Qui est lae plus têtu-e entre Eddie et Cali ? Sauront-ils se dire les choses et communiquer sans tergiverser ? Je n'en suis pas si sûre. :')
Christopher, toujours fidèle à lui-même. Merci de faire avancer les choses, poto.
Je me suis inspirée d'une intervention de Lone Star dans ce chapitre (je suis toujours trauma d'ailleurs). J'espère que cela vous aura quand même plus.
Et bref, dites les choses aux personnes que vous aimez avant qu'il ne soit trop tard.
Au prochain chapitre, il est prévu : NOEL !
Merci de toujours lire l'histoire malgré le temps de publication particulièrement... long. A bientôt ! :)
