3ème journée du tournoi :

De retour au Bar Sun pour un nouveau débrief, Erza reprit son rôle de dictat, ordonnant tour à tour une nouvelle mission journalière à chacun. Aucune résistance et tous volontaire dans leurs tâches attitrées, les mages de Fairy Tail se regroupèrent en fonction de leur partenaire du jour, prêt à partir dès que l'ordre de départ serait donné.

Cette fois-ci, Erza avait auto-décidé de ne pas être affecté à la tour de guet, souhaitant varier au mieux ses fonctions dans un souci d'équité avec ses camarades, mais aussi afin de disposer d'une vision dans son ensemble de la ville, déterminée à repérer le moindre indice suspect. Pour cette troisième journée, Max avait désigné pour tenir compagnie à Yukino, ce dernier pouvant offrir un mur protecteur grâce à sa tempête de sable. Au départ, ce fut Macao qui s'était porté volontaire sur les tours de guet en requérant une place auprès de Yukino, mais décelant des raisons malsaines et perverses dans ses intentions, Erza l'avait recalé à la surveillance de la ville, pour sa plus grande déception. Sur la troisième tour, ce fut Mirajane et Bixlow qu'Erza avait désignés, bien que ce dernier eût déjà été affecté la veille sur la tour de guet. Le mage du rainjinstsu ne s'était pas offusqué de ce renouvellement de fonction, se jugeant lui-même le plus à même à repérer toute trace d'âme errante grâce à sa magie. Enfin sur la dernière tour, le poste avait été pourvu par Happy et Natsu.

Les choix d'Erza ne passèrent pas inaperçu pour Lucy, constatant que la mage aux armures n'avait pas fait des choix anodins dans les partenariats qu'elle désignait. La constellationniste se retrouvait toujours avec quelqu'un de fort, certainement dans l'objectif d'être capable de prendre sa défense. Aujourd'hui, elle se retrouvait avec Lisanna et Elfman, l'un pour sa force, l'autre pour sa rapidité et sa capacité à pouvoir prendre la retraite en cas de besoin. Autant la présence de Lisanna n'était aucunement un problème pour la blonde, mais autant ce fut une longue et terrible journée qu'elle avait dû supporter concernant le frère Strauss. Tout au long du tournoi, Elfman avait commenté les matchs un à un avec passion et sans surprise, il acclamait les vainqueurs en hurlant à quel point ils étaient des hommes virils, peu importe le sexe du combattant. Le manque de diversité dans le vocabulaire d'Elfman désespérait Lucy, au point même que celle-ci regrettait de ne pas avoir pris de bouchon d'oreille avant de partir. Sa seule forme de réconfort était lorsqu'elle posait les yeux sur son second partenaire qu'était la petite sœur Strauss qui semblait tout aussi désemparée qu'elle.

Pour essayer de s'occuper l'esprit à autre chose que la virilité des hommes, Lucy déportait souvent son regard de l'horizon pour observer Natsu, le seul avec Bixlow à avoir été désigné pour un second jour de suite pour une même mission sur les tours de guet. Malgré le froid qui s'était installé entre eux, elle ne pouvait s'empêcher de lui jeter quelques regards, se demandant pourquoi il était encore là. Cette surveillance des tours de guet était de loin la mission la plus fastidieuse qui pouvait y avoir, et pas du tout du genre de Natsu qui, comme dirait ce bon vieux Elfman, était un homme de combat. Sept ans s'étaient peut-être écoulées, pour autant, Lucy connaissait toujours parfaitement Natsu qui n'était et ne serait jamais le genre de personne à apprécier d'être un simple spectateur dans un tournoi de magie. Aussi, Lucy se demanda si c'était Erza qui lui avait imposé cette place avec Happy, peut-être en lien avec ses sens surdéveloppés de dragon slayer. A cela, bien qu'il ne soit pas pour le moment sur la même longueur d'onde, Lucy trouvait cette décision bien cruelle de sa part à l'égard du mage de feu qui devait probablement fulminer contre la mage aux armures. Lui vint alors une seconde hypothèse, celle où Natsu aurait fait lui-même la demande d'être sur une tour de guet. Cette théorie lui paraissait peu probable, laissant ses questions sans ré seul avantage qu'elle trouvait à tout cela, c'était qu'Happy utilisait régulièrement sa magie aera pour venir la voir. Une vraie bouffée d'oxygène dans le monologue ennuyeux qu'imposait Elfman.

Les épreuves des Grands Jeux Magiques s'enchainaient pendant que Fairy Tail menait à bien sa mission secrète, sans que rien ne se passe. La journée se passa sans incident particulier, au plus grand soulagement de tous.

Cette troisième journée touchait à sa fin. L'équipe de Fairy Tail étaient exténuées, tout comme Yukino. Attendre au sommet de cette tour était d'un inconfort certain mais c'était aussi une charge très lourde autant mentalement que physiquement. La surveillance permanente des alentours avait irrité ses yeux, que ce soit par la fatigue, la sécheresse de l'air ou encore la poussière qui remontait de l'arène. A cela s'ajoutait une chose qui la rongeait depuis le début du tournoi : la solitude.

Bien que toujours accompagnée d'un mage de Fairy Tail, la rédemptrice de Sabertooth se sentait terriblement seule. Lorsqu'elle voyait Lucy, toujours en train de bougonner après ses amis, cela la faisait sourire tout en la peinant énormément. Elle, elle n'avait rien d'autre que son sceptre et ses esprits. Non pas qu'elle dénigre l'importance de ses esprits, au contraire, mais Yukino voyait bien que sa guilde n'éprouvait que peu d'intérêt pour elle, à part leur accorder un prestige dont leur Maître se délectait. Ses compagnons de guilde étaient tous en train d'assister au Grand Jeux Magiques en tant qu'invités d'honneur, afin d'asseoir encore un peu plus leur suprématie populaire et ainsi rappeler à certains comme Fairy Tail qu'ils n'abandonneraient pas leur place aussi facilement. Un jour, peut-être, les spectres disparaitront. Que deviendrait-elle à ce moment-là ? Quitterait-elle Sabertooth ? La laisseraient-ils partir ou bien est-ce eux qui la rejetteront ? Quelle était sa place sans son titre de rédemptrice ? En cela, elle enviait Lucy et la jalousait secrètement, mais toujours en lui vouant une admiration sans faille. Lucy était non seulement rédemptrice, mais elle était devenue une mage confirmée, sûre d'elle, qui s'était relevée après chaque difficulté, même après la disparition de l'équipe Tenro. Si tout se terminait aujourd'hui, Lucy serait entourée des siens alors que pour elle, rien n'en était sûr.

A cela s'ajoutait à présent le fait que Lucy avait affronté et survécut au plus grand mage noir de tous les temps. Comment ne pas se sentir dévalorisée alors que notre passé ne représentait rien, ni aux yeux du monde, ni aux yeux de sa guilde. Alors Yukino prit la direction de son logement, comme à chaque soir, avec cette impression que sa vie n'avait été qu'un échec sans fin. Mais ce soir, alors qu'elle décidera finalement d'errer dans les rues de Crocus plutôt que de s'isoler dans sa chambre, enfreignant par la même les ordres qu'elle avait reçus, elle croisera le chemin d'une personne malveillante, qui lui révélera enfin sa place dans la vie.

oOoOoOo

Ils étaient maintenant tous de retour au QG de Fairy Tail, pour fêter au Bar Sun cette fin de journée. Ils avaient décidé de profiter et de procéder ainsi tous les jours après le tournoi, profiter de la vie et du temps qu'ils avaient entre eux. Les marques de souffrance du passé restaient ancrées en eux, tout comme celle qui s'ajoutait aujourd'hui, jouant dans cette exubérance qu'ils avaient à se retrouver entre eux et profiter comme si chaque jour était le dernier. Les mages participants au tournoi avaient fait sensation. La guilde de Merdmaid Heel avait fait entrer en scène la grande Kagura pour le plus grand plaisir des spectateurs et sous les yeux excités d'Erza, heureuse de rencontrer une rivale épéiste de ce niveau ou encore Elfman qui avait apprécié l'énergie dégagée par la guilde des Quatro Puppys. Le rainjinstsu les avait également rejoints, leurs missions en ville étant terminés, ils étaient venus profiter des festivités.

La fête battait son plein au bar Sun dont le gérant était à la fois ravi de se déversement d'argent sans fin tout comme il était désespéré par la casse qu'il y trouvait chaque matin. Il s'était résolu à devoir laisser une belle ardoise au Maître de guilde de Fairy Tail à la fin du tournoi en paiement des dégâts causés.

Toute la guilde étaient réunis ce soir, une ambiance bonne enfant et chaleureuse régnait dans ce lieu où ils avaient tous trouvé refuge pendant les Grands Jeux Magiques : concours de danse sur les tables du bar, bataille de carte sur le comptoir, tournée de bière à foison... Tout y était pour se sentir comme chez eux, à Fairy Tail. Grey, Erza, Max et Wakaba étaient ensemble sur une table à discuter, Cana était aux comptoirs en train de donner une leçon de carte à Macao, Natsu défiait sans cesse Luxus de le combattre, Happy déprimait de l'absence de Charuru, Lisanna et Mirajane aidaient les serveurs débordés...Tout était parfait...et c'est ce qu'appréciait Lucy. Elle s'était placée un peu en retrait de tous, à l'autre bout du comptoir sur un grand tabouret, adossée contre le mur, pour profiter de ce spectacle que lui offraient ses camarades.

Une légère ivresse inhibait ses sens suite aux différents cocktails qu'elle avait ingurgité. Elle était en recherche de cette ivresse légère qui lui permettait de planer au-delà de ses doutes et de ses angoisses, celle qui ne nous assommait pas trop vite et nous laissait profiter de cette sensation tout en maîtrisant parfaitement ses moyens. Être juste éméchée était plaisant, lui faisant oublier ses soucis. Son regard se portait sur les uns et les autres, tous arboraient de franc sourire, partageant de bonne tranche de rigolade. Elle regardait notamment ses compagnons avec qui elle avait attendu pendant sept longues années le retour de l'équipe Tenro. Ils étaient tous si heureux, Max, Macao, Laki… Elle se souvenu du nombre de fois où elle avait réprimandé Macao de ne pas perdre espoir, des parties de cartes interminables entre Kinana, Laki, Cana et elle. Fairy Tail était restez fidèle à elle-même, et mon dieu, qu'est-ce qu'elle pouvait les aimer pour cela. Un profond amour fraternel s'empara de son corps, acceptant volontiers cette reconnaissance.

Tout comme elle trouvait que l'alcool avait ses bons côtés, il ne suffisait aussi de pas grands choses pour tomber dans les affres de la mélancolie, ce qui était le cas pour Lucy. Voir ses camarades heureux la comblait, mais la plongeait également dans une infinie tristesse, sachant que bientôt elle ne pourrait plus voir ses visages heureux. Les paroles du docteur Homura ne cessait de la hanter, chassant toutes ses tentatives de garder la tête hors de l'eau. Elle reprit une nouvelle gorgée de son verre qu'elle bu qu'une traite, espérant vainement que l'alcool lui vienne en aide pour oublier.

Le Bar Sun rayonnait de bruit de rires et d'éclat de verres qui trinquent. Pour autant, les choses étaient trop calmes pour que ce soit vraiment à l'image de Fairy Tail. Et effectivement, après une interdiction formelle donnée par Erza qui mit un terme aux combats récurrents qui dévastaient le bar, Cana ne tarda pas à prendre les choses en mains, s'attelant à animer un peu plus cette soirée avec un concours des plus grotesques. Animée par une grande conviction, Cana pris d'assaut le bar et monta sur le comptoir, sans que cela ne choque plus le serveur. Debout, elle héla le nom de celui qui allait enfin pouvoir lui accorder une véritable concurrence, frétillant d'impatience.

Cana – Natsu ! cria-t-elle avec ivresse. C'est l'heure ! Tu m'as promis un défi magistral ! Souviens-toi de ta promesse !

Entendant sa camarade le défier, l'intéressé se retourna, stoppant son imitation de ninja qu'il était en train d'interpréter au plus damne de Laki. Surexcité, Natsu sauta sur la première table venue, renversant les verres sur son passage et criant en retour pour bien se faire entendre :

Natsu – Yosh ! Je m'enflamme, je vais te mettre une raclée Cana !

Lisanna – De quoi il parle Happy ?

La blanche s'était rapprochée du compagnon du mage de feu, lui jetant un regard interrogateur. Le petit exceed bleu haussa les épaules, ne saisissant pas plus cet élan de la part de Natsu.

Happy – Aucune idée.

A l'arrivée du mage de feu, Cana sauta de son tremplin et s'empara à l'arrière du comptoir de deux tonneaux de bières qu'elle avait demandé au serveur de mettre de côté. Elle les ramena jusque devant le bar, faisant place en poussant les tabourets gênants. Puis, elle fit un signe de la main pour inviter le mage de feu à la rejoindre, ce qu'il fit sans se faire prier. Sautant de table en table, renversant tout ou presque dans un râlement constant de ses camarades, il arriva à ses côtés et prenant place, il attendit sagement qu'on lui serve sa première tournée.

Macao – C'est quoi cette histoire ?

Max déposa un tonneau similaire à celui de Cana dans les bras de Natsu et en profita pour répondre aux interrogations des autres membres de la guilde.

Max – Cana a défié Natsu à un concours de boisson. Parait-il qu'il ne ressent pas les effets de l'alcool car celui-ci brûlerait instantanément dans son estomac de dragon. On va avoir droit au plus concours de tous les temps ! s'extasia-t-il.

Jett – Moi, je parie sur Cana !

Mirajane – Alalala, dit-elle un peu dépitée en se demandant comment cela allait se terminer.

Droy – Moi aussi !

Macao – Vous rigolez ? Ça me fait chier d'avouer ça mais Cana à beau être la plus grande buveuse de Fairy Tail, face à Natsu, elle ne fera pas le poids.

Elffman – Natsu est un homme !

Evergreen – Tu rêves, personne ne peut rivaliser avec Cana.

Laki – Vas-y Cana !

L'enthousiasme de Max et de ses camarades fit sourire Lucy et l'ensemble des filles de façon général. Ils pouvaient être d'une puérilité quand ils s'y mettaient que s'en était finalement amusant… jusqu'au moment où ils en venaient à tout détruire, chose qui arrivait systématiquement. Elle regarda Natsu, s'enorgueillir et s'exciter comme un gamin. Il dégageait une telle joie qu'elle ne put s'empêcher de ressentir de l'amertume. Depuis leurs arrivées à Crocus ils s'étaient peu, voir plus parler. Il y avait une telle animosité entre eux qu'il lui était difficile de ne pas le regarder sans sentir ses poils se hérisser.

Les paries fusaient, donnant dans l'ensemble du 50/50 pour chacun. A quelques tabourets d'elle, Lucy remarqua alors Luxus, non loin d'elle en train de rire discrètement avec une partie de son équipe des rainjinstsu.

Lucy – Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? demanda-t-elle avec intérêt.

A cette question, le rainjinstsu se retourna vers elle, souriant narquoisement. Fried était là, debout les bras croisés, toujours sur le qui-vive, tandis que Bixlow tenait sa chope de bière qu'il engloutit en quelques secondes. Fidèle à lui-même, Luxus, qui avait délaissé son épais manteau sur un tabouret était appuyé sur le comptoir, buvant à petite gorgée.

Fried – C'est sûr que Natsu est un bon concurrent pour Cana mais il n'est pas complétement protégé contre les effets de l'alcool.

Lucy – Comment cela ? arquant un sourcil interrogateur, patientant d'avoir plus d'explication de la part de son camarade.

Fried – Il n'est pas protégé contre les vapeurs d'alcool.

Bixlow – Son corps va brûler directement la boisson et va s'évaporer, mais elle va s'évaporer où ? Il va inhaler sans s'en rendre compte une quantité d'alcool qui va bien lui retourner la tête.

Ses bébés répétèrent en cœur « la tête, la tête », sous le regard décontenancé de la constellationniste.

Lucy – Les vapeurs d'alcool… Oui bon, il va être un peu soul mais pas de quoi s'alarmer non ?

Cette remarque fit sourire malicieusement Luxus qui se redressa et se pencha vers la blonde en s'accoudant sur le comptoir.

Luxus – As-tu déjà vu un dragon slayer ivre Lucy?

Prête à répondre par la négative, Lucy s'interrompit subitement avant de lui répondre. La remarque de Luxus lui fit remonter un vilain souvenir, bien que celui restait tout de même assez flou dans sa mémoire mais suffisamment marquant pour qu'elle s'en souvienne. Le visage de Sting se fit alors une place dans sa tête de façon fugace et malgré les maigres souvenirs qu'elle avait de cette soirée de tous les excès, elle se souvenait de quelques choses d'assez brutales, mais surtout, elle se souvenait de ses yeux : des yeux presque effrayants, lui faisant presque croire le lendemain qu'elle avait passé la nuit avec un dragon. Elle secoua sa tête, refoulant au plus vite ce regrettable souvenir.

Fried – Luxus ne boit jamais d'alcool ou très peu, commenta-t-il sans laisser la blonde répondre à Luxus. Les dragons slayers sont très vite perturbés par les effets de l'alcool, pouvant inhiber leurs sens ou au contraire les démultiplier, expliqua-t-il consciencieusement.

Bixlow – Du coup, ça devient vite ingérable ! S'exclama-t-il à son tour, visiblement enthousiaste face à cette perspective.

Il ne fallut pas beaucoup de temps à la jeune femme pour décrypter ce qu'ils étaient en train de lui faire comprendre.

Lucy – Bref, vous êtes en train de me dire que demain le bar n'existera plus, dévasté par un dragon qui a déjà en temps normal une fâcheuse tendance à tout détruire sur son chemin.

Le commentaire de Lucy fit encore plus rire Bixlow et ses bébés qui rigolaient avec lui, tout en faisant également sourire narquoisement le mage aux runes.

Luxus – Il faut dire ce qui est. Notre magie, notre corps est très sujet aux émotions. Une bonne maîtrise de soi est primordial.

Lucy – Génial... Dit-elle déjà dépitée en imaginant l'état du bar le lendemain matin.

Luxus – En somme, un dragon slayer qui a bu c'est un dragon slayer qui peut être vite submerger par son instinct animal.

Elle pouffa légèrement de rire, emportée un peu sa propre consommation d'alcool. La blonde trouvait cela jouissif de savoir que Natsu allait encore payer les frais de sa naïveté. C'est alors qu'en relevant la tête, elle aperçut une silhouette au pas de la porte du bar, adosser discrètement contre celle-ci. Une tête blonde, pourvu d'une boucle d'oreille à son oreille droite, qui la fixait, jusqu'à ce que celui-ci se retourne et soit hors de sa vue. Elle murmura alors très doucement le nom de l'individu qu'elle avait surpris.

Lucy – Sting…

Elle jeta un regard furtif autour d'elle, constatant que le concours de boisson avait déjà commencé, avec notamment de nouveaux participants tel que Macao et Wakaba qui s'était certainement joint à la troupe non pas pour gagner mais pour avoir l'excuse parfaite pour se souler. La clameur de ses compagnons était assourdissante, et la jeune femme décida d'en profiter pour s'éclipser.

Lucy – En tout cas, merci pour toutes ses belles explications mais je n'ai pas envie d'assister à ce prochain spectacle qui promet d'être affligeant. De toute façon, je suis épuisée. Je rentre dans mes quartiers.

Elle descendit de son tabouret, légèrement chancelante, faisant un geste de la main en signe d'au revoir, ce à quoi Bixlow répondit en descendant à son tour de sa chaise en voyant la blonde sur le départ.

Bixlow – Attend, on te raccompagne.

Lucy – Pas la peine, dit-elle en faisant un geste de la main. Et ne venez pas me dire que ce sont les consignes, l'auberge est accolée au bar. J'ai juste à marcher une quinzaine de mètre pour arriver à ma chambre. Dites simplement à Elfman que je suis rentrée. Il me semble que c'est lui ma "nounou" pour cette nuit.

Elle avait employé ce terme en mimant des guillemets avec ses doigts, démontrant à la fois sa bonne volonté mais aussi l'exaspération quant à ce chaperonnage.

Bixlow – Bonne nuit Lucy.

Fried – A demain.

Luxus se contenta d'hocher la tête, saluant l'attitude sensée de la constellationniste. Elle n'avait certainement pas tort. À ce rythme, le bar n'allait peut-être pas voir les lueurs de l'aube.

Elle jeta un dernier regard en arrière, vérifiant que personne ne la suivait avant de quitter définitivement le bar. La fraicheur de la nuit l'a saisi aussitôt, bien que les nuits ressemblaient déjà doucement à celle chaude des nuits d'été. Elle remercia l'alcool de lui octroyer cette douce chaleur intérieure qui lui réchauffait les entrailles tout en étant parfaitement maître de ses pensées.

Sans surprise, elle remarqua que Sting l'attendait de l'autre côté de la ruelle, assis sur un banc, la tête levée vers le ciel en train de contempler les étoiles. Son odorat l'avertit aussitôt que la rédemptrice était enfin sortie du bar, ce qui le fit baisser la tête pour poser son regard sur elle. Il l'a regarda, de haut en bas, admirant une nouvelle fois les courbes de la jeune femme qui vint s'asseoir juste à côté de lui.

Lucy – Remet tes yeux dans tes poches, ça te changera.

Sting – Ola, je ne suis pas venue faire la guéguerre, rassure-toi.

Lucy – Tant mieux.

Il se rapprocha alors d'elle et passa son bras autour de son cou.

Sting – Mais, si tu insistes, on peut toujours négocier pour passer cette belle nuit tous les deux, en souvenir du bon vieux temps.

En entendant cette phrase, Lucy se dégagea de son bras, désespérée par son comportement.

Lucy – Tu n'as pas envie de changer de refrain, non ?

Elle était prête à partir lorsque Sting lui attrapa le bras pour l'inviter à s'asseoir à nouveau.

Sting – C'est bon, c'est bon, je plaisante. J'ai bien compris le message la dernière fois. Ne t'inquiète pas, j'aime juste te taquiner.

Sceptique, Lucy l'observa avec méfiance avant de se détendre finalement, ce dernier semblant sincère dans ses paroles. Lucy n'était pas une idiote. Sting n'aurait pas fait ce déplacement jusqu'ici et l'attendre juste pour lui proposer un plan d'un soir. Il n'était pas le genre de garçon à poursuivre une conquête jusqu'à chez elle car les conquêtes venaient à lui (bien que Lucy avait l'impression que le mage de Sabertooth s'était calmé ces derniers temps) et il était encore moins du genre à s'attarder dans le fief de la guilde rivale. Elle préférait mettre fin tout de suite au suspens.

Lucy – Aller Sting, de quoi es-tu venu me parler ? Je te connais, te ramener devant le QG de Fairy Tail, ce n'est pas ton délire.

Sting – Tu as bien raison, dit-il en croisant les mains derrière sa tête. C'est Yukino qui m'envoi.

Lucy – Je m'en doutais… Le roi lui a aussi interdit de se déplacer en ville, n'est-ce pas ? Ça devient ridicule. Ça vous plaît tant que ça à Sabertooth d'être les toutous du roi ?

Elle le mage de Sabertooth faire la moue, croisant désormais les bras, réfléchissant visiblement à sa réponse.

Sting – Ecoute, c'est sûr, que ça peut paraître égoïste mais en étant la guilde étendard du royaume, on a argent et succès garantie. On a beau dire ce que l'on veut de notre guilde, notre objectif est et restera d'être les numéros un. Personne, et surtout pas Fairy Tail ne pourra changer cela et ça c'est le pied.

Lucy – Et le reste du monde, vous ne vous en souciez pas ? Priver une rédemptrice de son droit d'exercer au-delà de cette ville, c'est cela qui est égoïste.

Sting – Ça, c'est le problème de Yukino.

Le mage blond fuyait son regard, détail qui n'échappa pas à la constellationniste. Elle ne pouvait croire ce qu'elle venait d'entendre et le fait qu'il n'ose pas se confronter à elle était la preuve qu'il n'était pas complétement convaincu par son discours.

A Tahori, elle avait été confrontée à sa mort, et maintenant, elle savait qu'elle allait devoir à nouveau y faire face sans pouvoir cette fois-ci y réchapper. Tout cela lui donnait une vision nouvelle des choses, une perspective plus douce, lui ouvrant les yeux sur ce qu'elle avait jusque-là ignoré, comme le mal-être caché d'un homme enclavé dans une façon de penser centrée sur le pouvoir.

Lucy – Je suis certaine qu'au fond, vous n'êtes pas comme ça. Tu as beau avoir cette image de bad boy, le fait que tu sois ici à la demande de Yukino me prouve le contraire et que tu te soucis de tout cela. J'imagine toutefois que cela nuirait à votre réputation, je sais que votre Maître est particulièrement dur avec vous à ce sujet.

Le jeune homme blond ne dit rien, mais ce silence était pour Lucy un aveu formel que sa situation ne lui plaisait pas tant que ça.

Un éclat de rire surgit du bar, faisant apparaitre un doux sourire sur le visage de Lucy. N'importe quel passant pouvait ressentir la chaleur et la convivialité qui se dégageaient de ce bar en effervescence. Le mage de Sabertooth n'avait jamais beaucoup côtoyé la constellationniste, mais il en savait assez pour savoir qu'elle n'avait pas toujours eu l'occasion de profiter de ce genre d'instant, d'autant qu'il savait pour cette épée de Damoclès qu'elle portait au-dessus de sa tête.

Sting – C'est toujours aussi bruyant chez vous dans cette guilde.

Lucy – C'est ça être un mage de Fairy Tail, répondit-elle non sans laisser échapper une pointe de fierté.

Sting – C'est vrai que vous avez l'air soudé.

La remarque fit mouche chez la jeune femme, pouvant presque percevoir une pointe d'envie chez Sting. A cela, elle ne put s'empêcher de repenser aux derniers évènements, comme sa révélation de sa maladie à la guilde ou cette confrontation qu'elle avait eu avec ses amis au Pic de Goulg, la plongeant dans une certaine affliction.

Lucy – C'est vrai, c'est même parfois étouffant, dit-elle en baissant la tête, le regard porté vers le sol.

Sting – Vraiment ?

Lucy – Tu connais ma situation n'est-ce pas ? Ils sont désormais tous au courant et…

Sting – Il était temps, dit-il en lui coupant la parole.

Lucy – Je me passerai de tes commentaires à ce sujet, répondit-elle face au regard mesquin que Sting lui adressait. Ce n'est pas toujours simple de concilier mes obligations aux désirs de protection que mes camarades souhaitent m'apporter. Certains étant un peu plus oppressant que d'autres diront nous.

Sting – Comme qui ?

Lucy – Oh et bien l'autre jour, Erza et Grey se sont incrustés chez moi au réveil. Max m'a accompagné pour porter des livres à ma place comme si j'étais une petite fleur fragile, Laki m'a soutenu à sa manière, et Natsu…

Elle laissa un blanc, ne sachant pas vraiment quoi dire à son sujet. Ce conflit permanent entre elle et lui était épuisant. Elle se rendait bien compte que tout cela affectait particulièrement Natsu, sans vraiment comprendre pourquoi… Enfin si. Il tenait plus que tout à ses camarades, cette famille qu'était Fairy Tail. Elle le savait, mais il y avait des choses contre lesquels on ne pouvait pas lutter et Natsu n'avait pas l'air de vouloir accepter la réalité.

Lucy – Natsu reste Natsu.

Sting – Je vois.

L'homme blond s'étira tout en laissant échappé un bâillement bruyant. C'était la première fois que ses deux-là se retrouvaient ainsi à discuter aussi sereinement, sans reproche ou velléité. Un échange qu'il trouva agréable mais qu'il se devait malgré tout d'écourter :

Sting – Bref, revenons-en à ce qui m'a fait venir jusqu'ici, dit-il en se raclant la gorge. Yukino m'a demandé de te dire que des spectres ont été observé tout au sud du pays. Un rapport nous est parvenu en fin d'après-midi mais il s'agit d'un rapport d'un village très éloigné de Crocus. Dans le doute, il va donc falloir surveiller peut-être davantage ce côté-là de la ville.

Lucy – C'est entendu, je me posterai demain à la tour concernée.

Sa tâche était remplie, Sting avait achevé sa mission et s'apprêtait à repartir mais soudain, il sentit un poids se poser sur son épaule. La tête blonde de la constellationniste reposait désormais sur lui, sans un mot. Dans la plus grande incompréhension, le mage de Sabertooth interrogea la constellationniste, perplexe face à ce comportement inhabituel qui l'interpellait :

Sting – Et bien alors ? Tu ne me témoignes pas autant d'affectation d'habitude.

Lucy – Protège là s'il te plaît, répondit-elle doucement.

Désormais, Sting était perdu.

Sting – Comment ?

Lucy – Protège Yukino, je t'en prie. J'ai un mauvais pressentiment. Même si vous ne le montrez pas, je sais que vous vous souciez des uns des autres. Ne la laisse pas seule.

Ce dernier se demanda si cette étrange requête n'était pas en lien avec la maladie de Lucy ou encore en suite de sa dernière mission à Tahori dont il avait eu écho mais cela ne le concernait pas. Lucy avait ses raisons et il ne comptait pas se mêler des histoires de cette petite fée. Il grogna faiblement, signe qu'il acceptait sa requête sans pour autant montrer la moindre faille sentimentale.

Sting – Qu'est ce qui te prend, tu as bu ou quoi ?

Lucy – Un peu.

Sting – Ahh alors, il y a peut-être moyen que tous les deux...

Elle retira aussitôt sa tête de l'épaule de Sting, comprenant immédiatement le sous-entendu. Cette fois-ci, il n'arborait pas d'air charmeur mais un sourire taquin qui l'a rassura sur ses véritables intentions.

Lucy – Même pas en rêve. Je t'ai dit que j'avais un peu bu, pas que j'étais soûle.

La constellationniste se releva et s'étira tout en contemplant les étoiles. Elle s'était adaptée à la différence de température entre la chaleur étouffante du bar et celle de l'extérieur, appréciant l'air chaud de la nuit qui faisait frémir sa peau. De nouveaux éclats de rire surgir du bar où Fairy tail se trouvait. Cette ambiance chaleureuse gonfla le cœur de la constellationniste, souriant à la pensée de ses amis en train de s'amuser et de se chahuter. Puis, elle tourna les talons, saluant Sting d'un revers de la main tout en prenant la direction de sa chambre de l'auberge. Sous cette nuit étoilée, elle se sentait bien, toujours légèrement enivrée par les effets de l'alcool, l'impression d'être en paix avec elle-même. Elle observa chaque détail sur sa route avec plaisir et avec attention, arrivant rapidement à l'entrée de l'auberge.

Lorsqu'elle entra dans sa chambre, tout était évidemment noir. La nuit était tombée depuis un bon moment et seule les rayons de la lune éclairaient la pièce. Fatiguée, elle se dirigea vers la penderie où elle avait rangé les vêtements que Laki lui avait apporté, attrapant ce qui faisait office de pyjama pour son séjour à Crocus : une chemise en satin blanche à manches longues, ainsi qu'un boxer noir qu'elle enfila par-dessus ses sous-vêtements. Rapidement, la chaleur de la chambre qui était resté fermée toute la journée la dérangea. Aussi, une fois qu'elle eut terminé son habillage, la blonde détacha ses cheveux et se dirigea vers la fenêtre qui donnait sur la rue qui permettait d'accéder au bar et à l'auberge. Elle tira sur la poignée et ouvrit celle-ci, humant avec plaisir l'odeur de la glycine qui pendait au-dessus de sa tête, admirant Crocus, la ville fleurie. Depuis ce point de vue, Lucy distinguait très clairement l'arène des grands jeux qui restait illuminé même de nuit, mais aussi le Mercurius, le château de la famille royale. Elle pensa aussitôt à Yukino, qui était peut-être encore coincée là-bas. Cette idée l'attrista, ce qui lui fit tourner le dos à ce paysage, repartant pour retourner dans sa chambre.

Faisant face à cette pièce, la jeune femme blonde remarqua alors qu'elle n'avait toujours pas allumé la lumière, la laissant seule dans cette douce pénombre du clair de lune. Toutefois, elle resta immobile, debout à observer cette chambre obscure et silencieuse. Elle était seule, avec les ombres qui tapissaient facétieusement la pièce. Lentement, son cœur se serra, comme à chaque fois qu'elle se retrouvait isolée depuis sa mission à Tahori. Elle se secoua la tête, cherchant à retrouver son état de béatitude qu'elle avait acquis jusque-là, essayant d'écarter au mieux cette appréhension qu'elle avait de subir une nouvelle crise de panique qui l'habitait si souvent ces derniers temps.

Elle s'avança vers son lit, pensant s'y poser quelques instants mais ses pas firent tinter un bruit qui lui était doux à ses oreilles, remuant allégrement ses clefs stellaires qui restaient toujours accrochées à sa ceinture. C'était le seul et unique bruit qui avait percé le silence de sa chambre, focalisant insidieusement l'attention de la jeune femme sur son trousseau.

Avec douceur, Lucy attrapa ses clefs, sans pouvoir retenir un petit rictus aimant en pensant à ses amis les esprits. Toujours aussi prévenants avec elle, ils l'accompagnaient depuis tant d'année qu'elle n'osait plus imaginer la vie sans eux. Le trousseau en main, elle décida de s'assoir au milieu de la pièce, contemplant cette chose qui lui était si précieux. Avec amour, Lucy caressa chacune de ses clefs, recherchant intérieurement à envoyer un message à chacun d'eux, pour qu'ils perçoivent tout l'amour qu'elle éprouvait à leur égard, jusqu'à ce qu'elle tombe sur une clef particulière : la clef de l'esprit du capricorne. Intriguée, elle saisit cette clef, l'examinant avec intérêt, admirant le motif de son symbole du zodiaque. La constellationniste réalisa alors qu'elle n'avait encore pas eu eu l'occasion de le rencontrer et une idée déraisonnable faisait lentement son chemin jusqu'à son esprit, s'y installant pernicieusement sans qu'elle ne lutte vraiment. Elle n'avait eu foncièrement ni le temps, ni l'occasion de le solliciter, peut-être était-il temps de réparer cette erreur ? Face à cette idée, elle se mordit la lèvre comme une enfant qui savait que tout cela était une bêtise, pourtant, l'idée était si belle. Après tout, personne n'en saurait rien, sauf ses esprits bien sûr et au point où elle en était avec eux, elle n'était plus à un sermon près de leur part. Et par-dessus tout, elle souhaitait le rencontrer au moins une fois, avant qu'il ne soit trop tard.

Sur cette pensée morbide, elle leva sa clef, la tenant droite devant elle, tremblant quelque peu en sentant la montée d'adrénaline parcourir son corps.

Lucy – Ouvre-toi, porte des esprits : Caprico !

La lumière caractéristique de l'invocation des esprits stellaires fusa et illumina pendant un brève instant la pièce, avant de laisser apparaître une créature à l'apparence très étrange, un hybride entre l'homme et le bouc, habillé de façon très élégante en costume noir, faisant quelques peu penser à Loki. Ses cornes et ses oreilles de bouc dénotaient avec cette apparence humaine dont les yeux étaient dissimulés derrière des lunettes de soleil noir qu'il portait sur le museau. Emoustillée par cette nouvelle rencontre, la constellationniste reprit place en tentant de maîtriser son excitation, adressant un franc sourire à son nouvel ami.

Lucy – Bonjour Caprico. Je suis ravie de te rencontrer enfin, dit-elle dans un franc sourire, heureuse de le voir en chair et en os devant elle. Désolée de ne pas t'avoir appelé avant.

Bien que d'apparence un peu froide, elle sentit dès les premières paroles de son esprit une forme de bienveillance qui embellissait son cœur.

Caprico – Lucy-sama, c'est un honneur de compter désormais parmi vos esprits, dit-il en s'inclinant respectueusement. Toutefois, bien que je me languissais également de vous rencontrer, vous n'auriez pas dû pas m'appeler Lucy-sama. Ce n'est pas raisonnable.

La jeune femme soupira à l'entente de ce mot qu'elle entendait un peu trop souvent à son goût, même si personne n'avait bien tort à ce sujet.

Lucy – Je sais Caprico, mais n'ai-je pas le droit de te rencontrer au moins une fois dans ma vie ? Et puis, nous ferons court, tu veux bien ? De toute façon, il faut que je sois en forme pour demain, je ne peux pas me permettre de trop dépenser ma magie.

Caprico – Entendu, dit-il en acquiesçant ce compromis d'un hochement de tête.

Le sourire qu'elle lui accorda fit fondre l'esprit stellaire, se damnant de voir ce visage qui lui était si familier.

Lucy – Tu vois, je ne suis finalement pas si déraisonnable que ça ? dit-il en penchant la tête sur le côté, l'air radieuse.

Caprico – C'est une façon de voir les choses effectivement. On m'a beaucoup parlé de vous. Et vous ressemblez tellement à votre mère.

Lucy – Ma mère ?

Elle resta pantoise quelques secondes avant que les souvenirs ne réapparaissent aussi vite qu'ils avaient été oubliés. Emerveillée, elle frappa ses mains entre elle d'excitation.

Lucy – Mais oui c'est vrai ! Tu as connu maman. Raconte-moi tout s'il te plaît.

oOoOoOoOo

Pendant ce temps à l'auberge, l'alcool coulait à flot. Wakaba et Macao étaient déjà hors course depuis bien longtemps tandis que le duel entre Cana et Natsu ne semblait jamais prendre fin. Insatiable, ils attaquèrent en même temps le troisième tonneau.

Cana – Glou glou glou… Tu peux lâcher l'affaire Natsu… Glou glou glou… C'est perdu d'avance glouglou

Natsu – Glou glou, j'abandonnerai jamais ! Glou glou glou

Happy – Allez Natsu !

L'exceed encourageait avec ferveur son ami, tandis que d'autres ne pouvait que rester spectateur de ce concours peu commun.

Mirajane – Ils sont affolants…

Lisanna – Vous ne croyez pas qu'on devrait dire au serveur d'arrêter de les servir ? dit-elle tout de même un peu inquiète.

Max – Tu parles, ils sont trop contents de dilapider notre compte en banque.

Chacun tenant son tonneau bien droit au-dessus de sa tête, Natsu et Cana engloutirent les litres de bières qui glissaient dans le fond de leurs gorges, sous les acclamations de la plupart de leurs camarades de guilde. Aussi vite que les deux premiers tonneaux, les deux challengers arrivèrent en même temps à tarir leur source, faisant aussitôt réagir Cana qui réclama haut et fort son ravitaillement.

Cana – Suivant garçon !

Accueilli par l'absence de réponse du serveur, Cana essuya peu gracieusement sa bouche, retirant la mousse de la bière qui était restée collée sur le pourtour de ses lèvres tout en s'impatientant de ne pas voir venir son quatrième tonneau plus rapidement.

Cana – Oye ! Ça vient ou pas ?!

Serveur – Et bien, c'était le dernier Madame.

Cana – Comment ça le dernier ? demanda-t-elle tout en se levant, une aura meurtrière l'accompagnant.

Affolé, le serveur recula d'un pas, se protégeant derrière le comptoir de cette femme dont la veine sur son front grossissait de seconde en seconde.

Serveur – Ho ! On n'avait pas prévu que la guilde de Fairy Tail était une bande de taré assoiffée qui dévaliserait nos réserves ! se justifia-t-il d'un air confus et apeuré en percevant l'ombre sévère de Cana qui se dressait maintenant debout devant lui, le fixant de ses yeux noirs. On a un arrivage pour demain, précisa-t-il à la hâte. En attendant, il va falloir se contenter de nos consommations aux verres et du fût qui nous permet le service au bar.

Bien évidemment, la diseuse de bonne aventure ne voyait pas cela sous le même angle que le jeune serveur.

Cana – Donne-moi ce fût qu'il te reste.

Serveur – Pas question ! On en a besoin pour servir les autres clients.

Tandis qu'Erza et Mirajane tentaient de retenir la sauvagerie de Cana qui était prête à étrangler le pauvre garçon innocent, Natsu haussa les épaules, comprenant que le défi était malheureusement terminé.

Le mage de feu bondit sur ses jambes plein d'énergie, lorsqu'il sentit une drôle de sensation envahir son corps. Il n'avait jamais autant bu de sa vie, l'alcool ne l'intéressant pas plus que ça puisque sans effet pour lui et d'une odeur qui lui rebutait souvent les narines. Au moins, il pouvait être fier d'avoir prouvé à Cana qu'il pouvait lui tenir tête dans son domaine de prédilection. Un défi était un défi, et il l'avait relevé haut la main.

Soudain, il sentit sa tête tourner, le laissant dubitatif quant à la raison de ce tournis, puis il sursauta en entendant un drôle de bruit venant du bar, un bruit désagréable de frottement. Par réflexe, il se retourna rapidement, l'œil à l'affut de la source de ce bruit. Il remarqua alors le serveur qui était en train de se gratter la tête, ce dernier semblant perdu, dévisageant l'air penaud la dévastation de son lieu de travail. Toutefois, ce n'était pas tant le geste qui le perturbait, mais plutôt le bruit trop précis que cela causait. Il avait l'impression que le bruit était juste à côté de lui, comme si c'était lui-même qui était en train de se gratter. Pourtant, le mage de feu se tenait à plusieurs mètres du serveur, le laissant perplexe. Son ouïe était fine, certes, mais avec le boucan du bar, comment arrivait-il à entendre cela aussi nettement cet homme qui était en train de se gratter la tête ?

Pris d'un léger vertige, il secoua la tête frénétiquement pour se débarrasser de cette désagréable sensation, se rattrapant à la première table venue, et là encore, il fut surpris par la sensation ressentie. Curieux, il examina la table, caressant avec minutie le socle du bout de ses doigts. Il percevait au toucher la moindre rainure, la moindre imperfection de celle-ci avec une telle précision qu'il en restait bouche bée. Un malstrom de sensation qui se confirma en portant ses doigts sur la carafe en verre posée sur la table. Il avait l'impression, ou plutôt il était sûr de percevoir sur sa peau les millions de cristaux de verres qui s'unissait pour former cet objet. Même sa vue, lui semblait plus fine et plus précise. Il regarda autour de lui, il remarqua alors qu'il discernait le moindre bruit, le moindre claquement de langue, les doigts tapotant sur la table d'impatience de Grey qui semblait attendre désespérément que Jet joue son tour de carte, le frottement de la main de Droy sur ses vêtements essuyant les miettes sur son t-shirt de son hamburger, puis sans qu'il ne le demande, il perçu en détail l'odeur du burger, du jus dégoulinant de la viande à l'oignon âpre et du cornichon qui lui picota le nez. Le mélange des flagrances lui donna encore plus le tournis, entre la sueur, les parfums trop fort des filles, l'alcool et le cigare à outrance, tiraillant ses tripes de dégoût. Une envie soudaine de vomir le prit, amplifié par la sonorité toujours plus croissante de chaque petit bruit. Il s'écarta un peu du bar en reculant, commençant à se sentir un peu perdu dans cette cacophonie, lorsqu'il bouscula Luxus qui était assis à l'autre bout du comptoir, renversant par l'occasion la chope de bière du mage de foudre.

Luxus – Merde Natsu ! râla-t-il en s'essuyant son menton couvert de bière. Tu ne peux pas faire gaffe des fois !

Complétement perdu dans l'imbroglio de ses sens, Natsu ne s'était même pas rendu compte de la présence du mage de foudre, jetant des regards anxieux de tous les côtés. Luxus remarqua immédiatement l'attitude étrange du mage de feu qui semblait en état d'alerte permanent.

Luxus – Ça ne va pas ?

Natsu – C'est bizarre, dit-il en reniflant l'air. Ça empeste depuis tout à l'heure, c'est affreux… Et puis tout le monde est si bruyant, ça me donne un mal de crâne.

Bixlow – C'est l'hôpital qui se fou de la charité ! dit-il en éclatant de rire. Natsu qui trouve un endroit bruyant !

La grosse voix de Bixlow résonna encore plus dans la tête du mage de feu, se tenant son crâne douloureux.

Natsu – Bixlow !gémit-il. Moins fort putain !

Fried – On l'avait bien dit.

Ntasu – De quoi ?

Bixlow – Hey hey ! T'as voulu jouer et t'as perdu !

« T'as perdu ! T'as perdu ! » répétèrent en cœur les poupées de Bixlow pendant que Natsu tentait de les faire taire d'une main tandis qu'il se bouchait l'oreille de l'autre.

Luxus, qui avait recommandé une bière, saisie la hanse tendue par le serveur et regarda Natsu. Souhaitant illustrer ses propos, le mage de foudre frappa un peu fort sa chope sur le comptoir, sous les yeux de Natsu qui râla aussitôt après Luxus, faisant encore plus rire le rainjistu. Il était temps de donner des explications à ce pauvre Natsu.

Luxus – Les dragons slayers ne sont pas immunisés contre les effets de l'alcool. Même toi.

Natsu – C'est pas vrai ! répondit-il d'un ton gamin. J'ai déjà bu et ça ne m'a jamais rien fait ! Qu'est-ce que tu en sais toi ?!

Luxus – Tu as peut-être déjà bu mais pas de tel quantité. Je me souviens bien de la fois où Erza vous avait surpris avec Elfman et Grey quand vous étiez ado et tu ne peux pas dire que ça ne t'avait rien fait. Tu t'étais endormi comme une merde juste après.

Il vit Natsu jurer, prêt à en découdre avec lui et Luxus prit un malin plaisir à le faire taire en retapant sournoisement sa chope sur la table, faisant aussitôt grincer des dents le mage de feu qui se stoppa, maudissant son camarade.

Luxus – Tu as peut-être la capacité de bruler l'alcool, dit-il en reprenant ses explications, certes, mais l'alcool s'est juste évaporé. Cela ne t'a pas empêché d'inhaler les vapeurs d'alcool. Quand un dragon slayer a bu, outre certains effets classiques liés à la consommation d'alcool, cela arrive que l'alcool renforce tes sens de dragon.

Natsu – Quoi ? demanda-t-il sans vraiment comprendre.

Luxus – En l'occurrence, tes sens sont décuplés. Tu as déjà une très bonne ouïe, mais là, tes capacités sensorielles sont démultipliées, plus sensible si tu préfères.

Faisant le lien entre ce qu'il vivait et les paroles de Luxus, le mage de feu laissa un grand sourire s'étirer sur son visage, déjà ravi d'imaginer ce qu'il allait pouvoir faire de ses nouveaux dons.

Natsu – C'est génial !

A ces mots, Bixlow claqua subitement des mains très fort, faisant sursauter le dragon slayer qui se boucha aussitôt les oreilles de douleur.

Natsu – Pas tant que ça en fait, maugréa-t-il. Qu'est-ce qu'il faut faire ?

Luxus – Ne pas se souler la gueule quand on est un dragon slayer.

Dépité, Natsu se frotta les tempes et plissa les yeux douloureusement. Les bruits fusaient dans sa tête, lui martelant le cerveau qui n'arrivait pas à assimiler le flot d'informations que ses sens lui envoyaient. Ses yeux étaient en alerte, traitant les informations par vague, accroissant ostensiblement son mal de crâne. Cet état lui rappelait ces derniers maux de têtes plutôt virulent qu'il avait eu il y a quelques jours sur le plateau du Pic de Goulg. Puisque Luxus avait eu l'amabilité de lui expliquer pourquoi il était aussi sensible à certaines choses, Natsu en profita pour essayer d'explorer cet autre point qui le perturbait ces derniers temps.

Natsu – Et t'as pas des flashs parfois ?

Pour toute réponse, Luxus arqua un sourcil interrogateur, invitant Natsu à poursuivre sa réflexion.

Natsu – Pas avec l'alcool, je veux dire dans la journée, comme ça. Je vois des trucs… pas très précis et ça me donne un mal de crâne…comme là.

Le mage de foudre reprit une gorgée de sa boisson, sans prendre vraiment la peine de réfléchir à sa réponse.

Luxus – Non, désolé. Rien de tel.

Fried – Ça t'arrive à des moments particuliers ?

Bien qu'il l'eût déjà plus ou moins compris tout seul, la remarque de Fried lui permit d'établir définitivement le lien entre toute ses visions. A chaque fois qu'il avait eu ses sortes de flash, c'était toujours lorsqu'il se retrouvait à proximité des spectres.

Natsu – A chaque fois qu'il y a un spectre pas bien loin en fait. Je crois que Wendy à subit la même chose que moi la dernière fois, expliqua-t-il.

Luxus – Je ne vais pas pouvoir t'aider à ce sujet, je n'ai encore jamais été en contact proche avec des spectres. Et je ne m'en porte pas plus mal, rajouta-t-il.

Bixlow – Moi je vais pouvoir te répondre ! s'exclama l'autre membre du raijitsu. Spécialiste dans le sort de maniement des âmes, j'ai depuis notre retour de l'île Tenro étudié de près tout ce qui se rapportait aux spectres. Il se trouve que des chercheurs ont découvert que les spectres dégageaient un genre de particule, une matière non déterminée qu'ils ont simplement dénommé « poussière ». Ils pensent que ce sont des restes du monde de l'Au-delà qui aurait traversé avec eux le vortex. L'autre hypothèse est que ce sont peut-être des éléments qui constituent leurs corps ou tout simplement un moyen de communication entre eux. Si ça se trouve, avec vos sens affutés de dragon slayer, vous y êtes très réceptif. A mon avis, si tu as eu des visions, c'est possible que ce soit leur manière de communiquer avec vous.

Peu réjouit par cette explication, Natsu inspira un bon coup afin de reprendre le contrôle de son corps, geste qu'il regretta aussitôt tant l'erreur lui fut fatale. Le mélange des odeurs névrotiques d'alcool, de sueurs et d'encens lui agressèrent encore plus les narines, s'accentuant de plus en plus au point qu'il crut à nouveau vomir tout ce qu'il avait pu manger dans la soirée, jusqu'au moment où dans le lot de ses senteurs, le mage de feu distingua un effluve singulier, une odeur qu'il connaissait particulièrement bien. L'intensité de l'odeur était faible, se percevant à peine dans le florilège de senteur qui parsemait le bar, mais qui restait tout de même perceptible pour un dragon slayer comme lui à l'odorat surdéveloppé à outrance. Il comprit que cette personne s'était déplacée, seule, et il chercha instinctivement la personne en question dans la foule du bar, sans pouvoir la trouver.

Fried – Tu cherches quelque chose ? demanda-t-il en voyant le mage de feu regarder aux quatre coins du bar.

Natsu – J'ai senti l'odeur de Lucy mais je ne la vois pas, finit-il par expliquer.

Bixlow – Elle est partit il n'y a pas longtemps. Elle était naze.

Son corps tressaillit à cette annonce, fulminant contre le rainjinstu d'un ton accusateur.

Natsu – Et vous ne l'avez pas raccompagné ?!

Luxus – Il me semble qu'elle est majeure et vaccinée, répondit Luxus tout en sirotant sa bière.

Enervé par sa réponse, Natsu s'emporta et attrapa le t-shirt de Luxus, qui renversa encore une fois une partie de sa boisson, grinçant des dents contre le mage de feu qui le menaçait, front contre front.

Natsu – Qu'est-ce qui t'a pris de la laisser partir seule ?! T'as encore pas compris que c'était dangereux pour elle ?

Fried – Natsu, lâche-le.

Sans vouloir envenimer les choses, le mage aux runes posa la main sur le bras de Natsu, l'invitant par son geste à se calmer et à se retirer, ce que Natsu fit, non pas pour lui faire plaisir mais simplement parce qu'il n'avait pas le temps pour ça.

Luxus – Désolé Natsu mais je ne suis pas sa nounou, ni son garde du corps attitré du jour. Si ça te chante, vas-y, mais je ne suis pas sûr que ce soit la solution au problème.

Que ce soit amplifié par l'alcool ou non, tout le monde savait que Natsu était ces derniers jours un peu trop à cran quand on abordait la question de la blonde, même Luxus. Le mage de foudre était loin d'ignorer la situation tendue qui existait entre le mage de feu et la blonde et que le litige qui les séparait était visiblement important. Toutefois, il n'avait pas envie de s'impliquer là-dedans, bien qu'il venait de se permettre une petite réflexion à ce sujet.

Dans un râle de contrariété, Natsu se retourna en répondant durement à Luxus.

Nastu – Tu ne comprends rien.

Luxus – Je comprends très bien, crois-moi.

Le mage de feu ne s'attarda pas sur les paroles du mage de foudre, trop occupée à vouloir retrouver la constellationniste coûte que coûte. Luxus n'avait apparemment pas retenu la leçon, de quoi la constellationniste était capable pour parvenir à ses fins, mais lui si. Elle lui avait fait trop d'entourloupe depuis son retour pour la laisser partir seule sereinement, sa sécurité étant également en jeu. Pris d'un doute, il chercha aussi Elfman des yeux, qui était de mémoire son protecteur et lorsqu'il le vit en train de faire un concours de boisson avec Evergreen, hurlant à la mort qu'elle était un homme, il fulmina en quittant les lieux sans prévenir personne afin de retrouver Lucy, laissant derrière lui le rainjinstu dubitatif.

Fried – On ne devrait pas le retenir ?

Bixlow – C'est vrai que dans son état, ses sens vont lui jouer pleins de mauvais tour, hein Luxus ? Tu te rappelles la fois où toi, tu avais sauté sur cette fille et …

Fried – Bixlow, l'interrompit-il, tu as vraiment envie de rappeler ça à Luxus ?

Bixlow – Euh, pas vraiment en fait… finit-il par renoncer en croisant l'œil mauvais de son mentor. On fait quoi, on le rattrape ?

Le dragon slayer de foudre observa sa choppe désormais vide. L'état de Natsu ne le préoccupait pas particulièrement. Il fallait bien lui aussi qu'il fasse ses propres expériences.

Luxus – Lui aussi, il est majeur et vacciné.

oOoOoOoOo

Après avoir poussé un peu tout le monde pour réussir à sortir du bar, le mage de feu se retrouva dans la rue, les sens en alerte. Aussitôt, il bénit le ciel d'être enfin sortie du bar, appréciant avec soulagement la fin de cette cacophonie qu'était devenu le Bar Sun. L'air frais fit aussitôt disparaitre ses maux de tête, comme si l'explosion de ses sens avait opprimé son cerveau en le privant d'oxygène. La brise souffla sur sa nuque, picotant sa peau hyper sensible. Il eut l'impression de n'avoir jamais ressenti auparavant, ou tout du moins, n'y avait jamais vraiment fait attention, tellement que celle-ci fut agréable et infiniment perceptible par le moindre poil qui revêtait sa peau. N'y faisait-il pas attention, ou bien Luxus avait raison et ses sens étaient vraiment décuplés ?

La réponse à cette question était secondaire pour lui, n'ayant qu'un seul objectif en tête. Il ferma les yeux, prenant une grande respiration et se concentra sur l'odeur si particulière de sa coéquipière qu'il repéra facilement dans l'air humide de la nuit malgré les autres odeurs désagréables intrinsèques à la ville comme celles des urines de chat ou encore celle de la remontée des caniveaux. S'accrochant à l'odeur de son amie, il rouvrit les yeux et s'étonna de ce qu'il pouvait voir : c'était comme s'il était capable de discerner les molécules qui composait l'odeur de son amie. Comme si ses yeux et son flair ne faisait plus qu'un. Il trouva cette maîtrise de ses sens presque grisante, mais sa joie retomba comme un soufflet lorsqu'il vit que cette odeur le menait jusqu'à un banc où une personne qu'il n'appréciait guère y était assis.

D'un pas rythmé, il se dirigea directement vers le dragon slayer de la guilde de Sabertooth qui était encore là à contempler les étoiles, remarquant à son tour le mage de feu qui s'approchait un peu trop rapidement de lui.

Sting – Tiens tiens, qui voilà, dit-il en reprenant son ton hautain. N'est-ce pas le petit Natsu Dragneel ? Tu es perdu ? Tu veux retrouver ta maman ?

Trop tardivement, Sting croisa le regard du mage de feu remplit d'une forme de haine et sans avertissement aucun, ce dernier l'attrapa par sa veste et le souleva rudement.

Natsu – Où est-elle ?

N'appréciant pas vraiment cette proximité non désiré, Sting l'obligea à le lâcher tout en faignant ne pas savoir de qui il parlait.

Sting – Je ne sais pas où elle est ta mère.

Natsu – C'est pas le moment Sting, grinça-t-il. Elle est où Lucy ?!

Stong – Aucune idée mon pote.

Natsu – Ne ment pas, je sens son odeur, particulièrement sur ton épaule gauche.

Interloqué par cette remarque peu commune, le mage de Sabertooth crû tout d'abord qu'il les avait peut-être observés, ce qui lui aurait permis de connaître ce détail, mais il réalisa que ce n'était pas le cas. La désignation avec exactitude du mage de feu de l'endroit où se trouvait Lucy était sidérante.

Sting – Je veux bien que notre flair soit un peu plus développé que la normale mais là, je dois dire que tu m'impressionnes, dit-il en feintant l'admiration.

Natsu – Je ne me répéterai pas encore une fois, qu'est-ce que tu lui as fait ?!

Sting – Pourquoi faut-il toujours que l'on pense que je lui ai fait quelque chose.

Le mage de Sabertooth avait répondu sans cacher le dédain qu'il éprouvait, prenant un malin plaisir à jouer avec les nerfs de celui qui était autrefois son idole.

Natsu – C'est toi qui l'as obligé à quitter le bar ?! Qu'est-ce qu'elle faisait sur ton épaule ? somma-t-il de répondre.

Son ton devenait de plus en plus agressif et insistant, faisant jubiler le mage de Sabertooth. Sting comprit alors en voyant les pupilles dilatées de son homologue dragon slayer pourquoi celui-ci était aussi agités. Pour avoir lui-même fait l'expérience plus d'une fois, il rigola intérieurement en imaginant la petite fée sous l'emprise de l'alcool. Malgré l'attitude très véhémente à son égard, le mage de Sabertooth profita de l'occasion pour asticoter l'homme aux cheveux roses en comptant tout particulièrement s'attaquer à la possessivité exacerbée et intrinsèque au dragon slayer qu'il n'avait eu aucun mal à déceler.

Sting – Non désolée, elle est venue d'elle-même.

« Natsu reste Natsu »

Sting se rappela des paroles de la constellationniste. Il avait bien compris que le sujet « Lucy Heartfillia » était un sujet sensible, le mage de feu le prouvant encore à l'instant. Il se pencha alors légèrement près de l'oreille de Natsu, afin de compléter sa réponse et bien se faire entendre, bien qu'il savait pertinemment que cela était inutile. C'était juste un moyen de plus pour titiller sa susceptibilité.

Sting – Elle se sentait un peu seule, alors elle est venue me trouver. Elle avait besoin d'un vrai dragon.

La réaction fut immédiate : Natsu lança un coup de tête bien placé, cognant en pleine face le nez du mage de Sabertooth qui recula en se pinçant le nez qui pissait le sang. Ce dernier renifla et s'essuya rapidement d'un revers de la main, se gratifiant d'un sourire narquois et plein de satisfaction malgré la douleur qu'il ressentait. Il avait visé juste. Cela le démangeait de se venger et de lui rendre la pareil, mais le Roi, et peut-être même son Maître ne lui pardonnerait jamais d'avoir déclenché un conflit interguilde en plein milieu du tournoi, surtout entre leurs deux seules guildes si prestigieuse aux yeux du pays. Il se vengerait, c'était certain.

Sting – Putain, tu ne m'as pas loupé espèce d'enfoiré… Je te laisse tranquille pour cette fois-ci. Ta nana est retournée dans ses appartements. Je pense que tu ne devrais avoir aucun mal à la suivre avec ton odorat.

Ni une ni deux, le mage de feu s'en alla sans se préoccuper de Sting, respirant intensément l'air autour de lui. Effectivement, l'odeur volatile de la jeune femme était encore un peu présente dans la ruelle. Natsu se dépêcha de suivre sa trace, oubliant sa réticence de ses derniers temps à se retrouver à ses côtés. Il courrait presque, ne souhaitant tout simplement pas la laisser seule par les temps qui courent. Et puis, elle lui avait prouvé à plusieurs reprises qu'elle était capable du pire. A cette pensée, il sentit son corps se raidir, comme si un sixième sens l'alertait, essayant de lui dire quelque chose.

Il hâta sa marche et arriva rapidement devant l'entrée de l'auberge de la guilde qui était toute proche du Bar Sun. Il regarda en hauteur et huma l'air, puis le jeune homme s'aperçut que la fenêtre de la chambre de Lucy était ouverte, mais malheureusement, il ne détecta pas seulement son odeur, mais aussi celle d'une autre personne qu'il avait déjà senti par le passé, sans pour autant pouvoir déterminer qui en était le propriétaire. De suite, il escalada la façade agilement, s'aidant de l'immense glycine forte et solide pour atteindre la fenêtre et s'agripper à la rambarde lorsqu'il entendit un éclat de rire. Ce son le fit stopper net, coupant son ascension. Contrairement à ce qu'il avait vécu dans le bar, il trouva ce son très mélodieux, infiniment plus agréable que tout ce qu'il avait pu entendre depuis une dizaine de minutes, apaisant ses oreilles meurtries. Elle ne semblait pas en danger, ce qui le délesta tout à coup d'un grand poids.

« Je vois, alors ma mère ne s'est pas introduite dans le château comme une voleuse comme me l'a raconté Yukino. Ça ne m'étonne pas que le roi ne lui ait pas raconté toute la vérité. »

Il l'entendait, une voix calme et sereine qui détonait avec le peu de conversation qui avait pu exister entre eux ces derniers jours. Ne se souciant pas de la teneur de la conversation, Natsu poursuivit son escalade, sautant par-dessus la rambarde de la fenêtre, retombant à genoux dans la chambre de Lucy.

La première chose qui le frappa fut les nouvelles odeurs qui lui retroussèrent les narines. Celle du parquet légèrement humide avec une arrière senteur de moisie très peu perceptible, l'odeur poussiéreuse des rideaux ou encore l'odeur si singulière de Lucy qu'il reconnaîtrait entre mille. Puis la deuxième chose qu'il remarqua en se relevant fut le sourire de Lucy. Assise en tailleur en plein milieu de sa chambre, la jeune femme était rayonnante, ce qui le troubla quelques secondes avant de remarquer qui était la personne avec qui Lucy discutait. Repérant Caprico, l'esprit du zodiaque qu'il avait lui-même rapporté de l'île Tenro, son sang ne fit qu'un tour.

Alerté par le bruit de son arrivée, tous deux le regardaient, surpris par la présence soudaine du mage de feu. Voir l'esprit de Lucy fit sortir de ses gongs le mage de Fairy Tail et immédiatement, le mage de feu sauta au cou de ce dernier, bien décidé à le faire disparaitre. Natsu asséna un violent coup de poing en plein visage de Caprico, qui n'eut pas le temps de se défendre ou encore de s'expliquer sous la surprise de ce geste. La force du coup fit reculer l'esprit stellaire jusqu'au lit de Lucy où il chuta.

Tout d'abord effrayé par cette agression contre son esprit, Lucy s'était levée et jetée sur Caprico pour le défendre mais trop tard. Elle tomba à son tour sur le lit, s'appuyant sur le corps désormais immatériel de l'homme bouc qui disparut, le coup le renvoyant directement dans le monde des esprits.

Tout d'abord décontenancée, la frustration de la jeune femme revint au galop, ne pouvant pas croire que quelqu'un avait osé interrompre cet instant privilégié avec son esprit.

Pour elle, c'était la fois de trop. Elle frappa de rage le matelas, à l'endroit même où Capricorne avait disparu, serrant les draps entre ses doigts de colère. S'il y avait bien une chose qu'elle ne supportait pas, c'était que l'on s'en prenne gratuitement à ses esprits.

Le cœur débordant de colère, Lucy se retourna pour faire front à cet homme exaspérant, refoulant non sans mal les insultes qu'il lui inspirait.

Lucy – Mais bon sang Natsu ! cria-telle avec force. Ça ne va pas de le frapper comme ça ?!

Il fit craquer ses doigts douloureux, ignorant la plainte de la blonde. Il avait fait ce qu'il avait à faire et était prêt à quitter les lieux dont l'odeur l'oppressait, d'autant qu'étant lui-même à fleur de peau, il se sentait prêt à lui sauter à la gorge à la moindre remarque déplacée de sa part. Bien évidemment, Lucy ne comptait pas le laisser s'en tirer comme ça.

Lucy – Mais qu'est-ce qu'il ne tourne pas rond chez toi ?! T'es qu'un grand malade !

Sans réponse de sa part, sa colère s'accrut en voyant Natsu faire comme si de rien n'était, ce dernier se bornant simplement à la regarder froidement. Ils venaient d'atteindre un stade où ils ne pouvaient désormais plus s'ignorer. La mélancolie qui avait saisi la jeune femme un peu plus tôt au Bar Sun s'était volatilisé. Lucy étant prête à mettre définitivement un terme à ce conflit entre elle et lui, qu'il soit bénéfique ou non.

Lucy – Pour qui tu te prends à la fin ? Comment tu oses t'en prendre à un de mes esprits ?!

Une fois de plus, il l'ignora et à sa grande surprise, ce dernier faisant quelques pas en direction de la fenêtre. Comprenant qu'il s'apprêtait à partir et à la laisser comme ça, Lucy le rattrapa en lui agrippant le bras, l'obligeant ainsi à lui faire face.

Ce geste envoya une salve d'odeur dans les narines du mage de feu, décontenancé par cette soudaine affluence de senteur qu'il eut du mal à gérer. L'odeur prépondérante de Lucy se mêlait aux autres fragrances, créant une alliance peu harmonieuse entre elles, bien que son odorat s'accrochait désespérément à l'odeur de son amie qui l'entêtait.

Satisfait d'avoir réglé son compte au bouc, il voulait juste partir de là, se sentant étrangement mal à l'aise, dérangé par ce mélange de parfum à la fois fruité, agréable mais aussi étouffant.

Lucy – Réponds moi ! hurla-t-elle, impatiente.

Natsu – Arrête Lucy.

Il avait grogné ses mots en se frottant ses sinus douloureux, ses yeux oscillants entre une vision floue et parfaite. Le mage de feu essayait d'y voir un peu plus clair dans ce qui s'embrouillait dans sa tête, ce qui était étrangement paradoxal pour quelqu'un qui voyait désormais aussi net qu'un rapace.

Lucy – Non mais tu plaisantes ? s'écria-t-elle sans se soucier de la confusion de Natsu. Tu viens de frapper un de mes esprits sans raison et tu crois que je vais laisser passer ça ?!

Natsu – Sans... Sans raison?

C'est à ce moment-là qu'elle croisa pour la première fois son regard. Ses yeux brillaient malgré l'obscurité du clair de lune, comme un félin qu'elle aurait pu croiser dans la nuit. Il avait dit cela d'une voix rauque qu'elle ne lui connaissait pas, lui révélant tout à coup à quel point ce dernier semblait agité.

Elle le sentit nerveux, étrangement nerveux.

Natsu – Sans raison tu dis ? répéta-t-il en grinçant des dents. Parce que faire appel à un esprit et utiliser ta magie en dehors de tout combat alors que ça te tue, c'est pas une bonne raison ?! dit-il en haussant le ton. Lui mettre une bonne droite dans sa tronche pour qu'il disparaisse et qu'il arrête de te pomper ta magie, c'est pas une bonne raison ça ?!

Lucy – Je ne te permets pas de parler de mes esprits comme ça Natsu. C'est moi qui l'ai appelé.

Natsu – Et tu crois que ça va me réconforter ? Ça me prouve juste qu'on ne peut pas te faire confiance.

Lucy – Mêle toi de ce qui te regarde.

Natsu – Pas moyen.

Lucy – Rhaaa !

Dans un râle de colère, Lucy bouscula le mage de feu, n'arrivant plus à contenir cette tension qui l'habitait. Elle n'en pouvait plus. Il venait de lui voler son seul et peut être unique instant d'intimité avec son esprit, ce qui la faisait enrager. Lucy lui en voulait tellement qu'elle était prête à lui balancer tout ce qu'elle pouvait trouver sous la main. Malgré tout, elle tenta de garder le peu de sang froid qui lui restait et essaya de se maîtriser, se frottant les tempes de mécontentement pour retrouver un semblant de calme et lui parler.

Lucy – Et merde Natsu, je peux tout de même voir mes esprits de temps en temps, se justifia-t-elle. En plus, il était en train de me parler de ma mère. Tu sais bien à quel point ils sont importants pour moi, non ?

Natsu – Si tu étais si importante pour eux, il ne devrait même pas répondre à tes appels.

Lucy – Non mais tu t'entends Natsu ? Tu te rends compte de ce que tu dis ? demanda-t-elle en espérant le raisonner. Est-ce que tu es en train de me demander de ne plus voir mes esprits ?

Natsu – T'as très bien compris, dit-il en employant un ton ferme.

Cet aveu était bien plus douloureux que ce qu'elle aurait pu penser, lui faisant aussitôt regretter d'avoir posé la question.

Lucy – Donc, dit-elle en se rapprochant lentement et s'arrêtant face à lui, si toi, un jour tu apprends que voir tes amis te couterait la vie, tu renoncerais à les voir ? Vraiment ?

La situation se retournant contre lui, Natsu vira rouge, se dégageant un peu de Lucy, souhaitant retrouver un peu d'espace et un semblant d'air.

Natsu – Viens pas dire ce que je n'ai pas dit. Toi, c'est pas pareil.

Lucy – Bon sang mais en quoi est-ce différent ? ! explosa-t-elle d'incompréhension.

Natsu – Je ne te laisserai pas bousiller la vie ! cria-t-il en retour. Regarde ! On te laisse cinq minutes toute seule et tu fais déjà n'importe quoi ! Apparemment, ton cinéma pour partir au Pic de Goulg ne t'a pas servi de leçon, cracha-t-il avec rancœur.

Lucy – Ne remet pas ça sur le tapis !

Natsu – Bien sûr que si! On dit toujours que c'est moi l'idiot mais franchement, faut voir comment tu te comportes.

Lucy – Et tu vas faire quoi ? Monsieur je fais mieux que tout le monde ? Tu vas encore me couper les cheveux ? le nargua-t-elle en agitant une de ses mèches blondes.

Natsu – Tu te comportes comme une gamine qui se fiche des conséquences.

Lucy – Mon dieu, on nage en plein délire.

Dépitée par le discours hypocrite et redondant qu'elle entendait, Lucy leva les bras en l'air avant de les faire retomber lourdement en claquant ses cuisses, renvoyant sans le savoir une nouvelle salve d'odeur en direction de Natsu qui se crispa face à cette nouvelle attaque insidieuse. Presque étourdi, il eut du mal à ne pas chanceler, l'odeur de Lucy s'incrustant en lui comme un poison latent. Il réajusta son écharpe, se sentant curieusement étriqué par ce bout de tissu qui enlaçait son cou. Il avait besoin d'air, d'air frais. Pendant ce temps, Lucy lui tourna le dos, ne voyant pas à quel point il était affecté par cette chose invisible, se lassant de cette dispute sans fin.

Se sentant de moins en moins maître de lui, Natsu sentait ses sens s'exacerber de secondes en secondes. Lui qui comptait habituellement tant sur eux, se retrouvait piégé par cette chose inhérente à son corps. Son instinct le poussait à la secouer, la faire réagir pour qu'enfin elle comprenne mais contre toute attente, son côté rationnel qui lui était jusqu'alors inconnu fit surface, lui faisant tout à coup comprendre qu'il devait vite mettre un terme à tout cela avant que cela ne dégénère.

Il ne pensait pas être capable de faire du mal à Lucy et pourtant, il était tellement en proie aux doutes, tellement fragilisé par le désordre de ses sens qu'il préférait ne pas prendre de risque et partir tant qu'il en était encore tant. Partir, oui... Mais il était hors de question de laisser Lucy pouvoir agir à sa guise.

La blonde se massa le front, se rendant compte que leur désaccord qui les reliait était devenu profond, peut être bien plus que ce qu'elle avait pu imaginer. Malgré le ressentiment qui l'habitait, son but n'était pas de s'embourber dans un conflit qui a la longue deviendrait insolvable, et elle espérait tout de même qu'il en était de même pour Nastu. Toutefois, la jeune femme craignait que même si elle réussissait à enfin crever l'abcès, rien ne s'arrangerait, peut-être même le contraire. Malheureusement, elle savait qu'il était primordial d'aborder ce sujet, ne serait-ce que pour que tous les deux puissent enfin aller de l'avant. Car effectivement, elle savait que tout cela touchait un point sensible : l'affection que pouvait porter Natsu à ses amis.

Depuis le pic de Goulg, ils s'étaient évités, prenant grand soin de ne pas avoir à se parler, ou s'il y avait été obligé, ils s'étaient adressés la parole que par pur politesse et égard envers leurs camardes. Voir Natsu la sermonner aussi vigoureusement était presque au-dessus de ses forces. La légère ivresse qui s'était emparée d'elle ne l'aidait pas à se maîtriser, lui donnant envie d'assouvir une bonne fois pour toute ce besoin de gifler cet homme. Elle réalisa alors que depuis qu'elle lui avait annoncé sa maladie, c'est-à-dire depuis déjà presque une semaine, il n'avait jamais vraiment eu l'occasion d'en reparler, tout du moins seul à seule. Peut-être était-ce là la clé, un manque de communication. Peut-être aurait-elle dû prendre en compte cela avant de lui jeter la pierre.

Tentant le tout pour le tout, désireuse d'essayer de désamorcer cette bombe qui menaçait d'imploser, elle joigna les mains devant en elle, tapotant ses lèvres dans sa réflexion, puis elle souffla, se rendant compte elle-même qu'elle avait toujours fuit ce sujet : celui de sa mort. Un peu nerveuse, la blonde prit son courage à deux mains, résolu à entamer la conversation sur ce sujet délicat. Lucy se rapprocha à nouveau de lui, remarquant aussitôt que celui-ci s'écartait, gardant consciencieusement ses distances sans que la jeune femme n'arrive à en cerner la raison.

Lucy – Natsu, il va falloir que tu comprennes...

Elle hésita, reprenant finalement sa formulation.

Lucy – Ou plutôt il faut que tu acceptes ce qui m'arrive. Qu'un jour ou l'autre, cette maladie va ...

Natsu – Tais toi.

Il l'a coupa sèchement, la blonde voyant le mage de feu se raidir, ce dernier ayant manifestement comprit de quoi il était question. Sa réaction lui serra douloureusement le cœur, saisissant à quel point cela pouvait le toucher. Mais pour leur bien à tous les deux, il était grand temps d'aborder le sujet.

Lucy – Non, écoute-moi, je…

Natsu – Je ne veux pas entendre ça, dit-il en désapprouvant de la tête.

Lucy – Je crois que si on contraire, insista-t-elle. Un jour ou l'autre je vais mourir et c'est comme ça. Il va malheureusement falloir que tu t'y fasses.

Natsu – Pas question.

Lucy – Tu ne peux pas éviter la question éternellement.

Natsu – Et toi tu ne devrais pas abandonner aussi facilement, rétorqua-t-il.

Lucy – Et toi, tu devrais arrêter de vivre dans le monde des bisounours, dit-elle en s'énervant à nouveau. Je devrais être en train de profiter de mes derniers instants de vie mais au lieu de cela, je suis en train de me disputer avec toi sur un sujet qui ne devrait même pas donner lieu à un débat !

Natsu – Bien vas-y, tu n'as qu'à appeler tous tes esprits pour en profiter comme tu le dis, proposa-t-il avec ironie.

Lucy – C'est une excellente idée, répondit-elle sur le même ton.

Natsu – Et bien non, contesta-t-il en n'appréciant pas du tout ce petit jeu. C'est pas une raison pour te laisser faire n'importe quoi.

Il ne pouvait pas consentir à cela. Le mage de feu leva les bras et posa ses mains sur sa tête, frottant durement son crâne, dépité par cette conversation qui lui échappait complétement. Ce geste lui fit naturellement écarter son gilet dévoilant au clair de lune son abdomen, et notamment la cicatrice que lui avait valu son combat à Tahori.

Malgré l'obscurité, Lucy l'aperçu, comme un signal brillant lui rappelant au combien elle blessait tout ce qu'elle touchait. C'était malsain, mais elle ne pouvait détourner les yeux de ces trois tâches qui marquerait à tout jamais la peau de Natsu. Elle ne savait plus quoi faire face à l'attitude butée du mage de feu et croisa les bras, se perdant dans sa rage et sa réflexion.

Quant à Natsu, il campait sur ses positions, détestant ce que Lucy essaya de lui faire dire. Elle allait s'en sortir, elle le devait. Il n'y avait pas à discuter sur la question et il avait effectivement du mal à accepter qu'elle n'en fasse pas de même. Il pouvait peut-être éventuellement tolérer qu'elle perde un peu de motivation dans un contexte aussi morbide qu'était le sien, pour autant, il n'était en aucun cas envisageable de la laisser détruire sa vie pour des broutilles pareilles. L'attitude de Lucy le dépassait complètement. Il s'était déjà fait avoir une fois avec Gemini et il s'était juré de ne plus jamais laisser cela se reproduire et pourtant, cela venait de se reproduire. Les propos de Lucy lui confirmaient une nouvelle fois qu'il ne pouvait pas lui faire confiance. Pour lui, tout était clair, il fallait à tout prix qu'il trouve un moyen de l'empêcher de se nuire, mais comment ?

Les minutes silencieuses se prolongèrent pendant que Natsu observait Lucy qui semblait elle-aussi dépasser, replaçant machinalement une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Puis, comme une illumination, la solution lui apparut, aussi limpide qu'évidente. Il tendit la paume de sa main vers la constellationniste, exprimant son ultime injonction :

Natsu – Donne-moi tes clefs.

Instinctivement, elle posa sa main sur son trousseau, tel un besoin inné de protéger ses esprits. Elle espérait sincèrement avoir mal compris ce que lui demandait le mage de feu, que la fatigue et l'alcool lui jouait une mauvaise blague mais elle croisa son regard et l'intensité de celui-ci, et elle sut qu'il ne plaisantait pas. Ses yeux verts pétillaient, se plongeant en elle comme une aiguille qui s'implantait dans les moindres failles de son corps, lui faisant perdre pied. Elle avait déjà vu ce regard, faisant ressurgir des frissons qui lui parcoururent l'échine en repensant à ce moment. C'était au Pic de Goulg lorsque Natsu, malgré le danger des spectres qui les encerclaient, avait tenté de l'empêcher de faire sa cérémonie. C'était ce même regard : froid, bestiale et déterminé.

Face au mutisme de la constellationniste, Natsu n'hésita pas à réitérer sa demande, bien décidé à aller jusqu'au bout.

Natsu – Donne-moi tes clefs, répéta-t-il.

Lucy – Jamais.

Surpassant son effarement, elle avait répondu sèchement, légèrement angoissé à l'idée que Natsu puisse réellement vouloir s'approprier ses clefs. S'il y avait bien une chose dont elle ne se séparait jamais, c'était bien son trousseau. Que Natsu soit une personne de confiance ou non, il était hors de question pour elle de les lui laisser, et encore moins pour une si mauvaise raison.

Natsy – Lucy, ne m'obliges pas à te les prendre de force, dit-il sur un ton beaucoup plus insistant.

Déglutissant devant la résolution qu'il affichait, elle fit quelques pas en arrière, mais Natsu la rattrapa vivement par le bras et fermement, il la rapprocha de lui bien qu'il eut du mal à rester concentré avec le parfum de Lucy qui embaumait intensément ses narines. D'abord doucement, Natsu tenta de saisir pacifiquement le trousseau, mais Lucy ne se laissa pas faire, tapant de son bras libre sur la main du mage de feu. Il répéta encore l'opération, avec un peu plus de poigne, se heurtant encore et encore au refus de Lucy qui continuait de se débattre. Puis, les gestes se furent plus brutes, le mage de feu perdant patience petit à petit face à Lucy.

Natsu – Tu ne me laisses pas le choix Lucy.

Lucy – Si tu me connaissais vraiment Natsu, tu saurais à quel point je tiens à mes clefs et que jamais je ne te les laisserai, dit-elle en le défiant du regard.

Natsu – Si tu me connaissais vraiment Lucy, tu saurais que je ne te lâcherai pas.

Lucy – Vraiment ?

Et pour appuyer ses allégations, Lucy donna un coup de pied dans le tibia du dragon slayer qui lâcha aussitôt la constellationniste sous le coup de la douleur. Malgré cela, les quelques secondes où Natsu avait lâché prise ne furent pas suffisantes pour Lucy pour se dégager de son emprise. Le mage de feu s'était vite repris et dans la foulée avait agrippé encore une fois son amie. De nouveau, ils luttèrent l'un contre l'autre, sans perspective d'issue à ce conflit. Il n'y avait plus de douceur dans leurs gestes, on aurait pu même y voir une sorte de haine qui les rongeait chacun un peu plus au fil des secondes. Alors que Lucy s'apprêtait à lui mettre une gifle, Natsu anticipa, l'œil aguerri, attrapant adroitement son poignet et le serrant sans pour autant se rendre compte de sa force. La poigne qu'il exerçait sur elle fit gémir Lucy de douleur qui céda au bout de quelques secondes et flancha, tombant à genoux sous la prise ferme que maintenait le dragon slayer.

Cette agitation n'avait fait que soulever encore les effluves du parfum de Lucy, déstabilisant encore un peu plus le dragon slayer. Pour un néophyte en matière d'odorat, il était difficile d'imaginer que les émotions pouvaient influencer l'odeur d'une personne. Pourtant, c'était la réalité : la prédominance de l'odeur de la transpiration pouvait être un indicateur et résulter d'un état de stress tout comme le sommeil allégeait l'intensité olfactive du parfum d'une personne. Ici, il pouvait ressentir toute l'amertume que ressentait son amie. Il n'avait jamais vraiment pu décrire l'odeur de Lucy, n'étant pas un homme riche en vocabulaire. Était-elle fleurie ? Boisée ? A l'instant, l'odeur était si forte, dû en partie par la colère qu'exprimait Lucy (et accessoirement à cette foutue histoire de vapeur d'alcool qui lui bousillait ses sens), qu'il n'arrivait plus à déterminer quoique ce soit. C'était l'odeur de sa camarade, son amie, une odeur juste rassurante, douce et plaisante qui lui avait plus dès le premier jour de leur rencontre à Hargeon, bien qu'il l'avait aussi trouvé vraiment bizarre. Les affinités entre les gens se créaient aussi par les odeurs, même inconsciemment. Toutefois, pour le moment, cela le perturbait plus qu'autre chose tant l'ambivalence de la situation était complexe.

Assommé par cette abondance de parfum, il se sentit pris de vertige, comme un peu plus tôt dans le bar, tombant à son tour à genou face à Lucy, tenant toujours cette dernière par le poignet. Il posa les yeux sur sa camarade qui semblait s'être enfin calmée. Natsu essaya de distinguer le visage de son amie, mais celle-ci avait la tête baissée, ses cheveux détachés pendant devant elle, l'empêchant de voir quoique ce soit.

Dans la lignée de sa conduite, il posa délicatement sa main sur celle de Lucy qui tenait encore ses clefs, détachant un à un les doigts de son amie sans qu'il ne rencontre aucune résistance. Un silence lourd s'abattit dans la pièce, contrastant avec cette houleuse querelle qui venait de se produire. Alors que quelques instants plus tôt son amie était encore vigoureuse, il n'en était plus rien. Lucy paraissait désormais abattue, vidée de son énergie. Le mage de feu n'avait pas voulu en venir là, mais comment faire pour protéger une personne qui ne souhaitait pas être protégée ? Cette animosité qui les habitait l'un et l'autre était tout ce qu'il détestait.

Lucy – Pourquoi tu es parti Natsu ?

Sa voix atone résonna dans sa tête, détonnant avec ce que le mage de feu avait pu entendre jusque-là de la jeune femme. Natsu regarda Lucy qui ne bougeait pas, les yeux fixant toujours le sol. Il avait perçu une si grande tristesse dans le son de sa voix, un changement radical de comportement que Natsu eut du mal à saisir. D'autant qu'il ne comprenait pas cette soudaine question. Où était-il parti ? Avait-il bien compris la question de Lucy ? Seulement, il devait se rendre à l'évidence, il n'avait jamais aussi bien entendu de toute sa vie. Dans la confusion, ses sens prenant le dessus, il distingua alors les battements du cœur de la constellationniste, une pulsation calée sur celle de sa respiration, légèrement plus rapide que la normale. C'est alors que Lucy releva le visage et le regarda droit dans les yeux, une larme coulant sur sa joue, avant que d'autre ne finisse par la rejoindre.

Lucy – Je vous ai attendu Natsu,.. Je t'ai attendu, dit-elle la voix chevrotante. Ce fut tellement long. Pourquoi ? Dis-moi pourquoi ? J'avais besoin de toi, tu étais où quand on nous annoncé votre mort ? Tu étais où quand les spectres ont commencé à disséminer la mort sur le continent ?

Tout à coup, les quelques larmes se transformèrent en sanglot. Après des journées à éviter Natsu, devant tous les non-dits qu'il y avait entre elle et lui, fragilisé par l'accaparement de ses clefs, Lucy n'avait désormais plus la force de lutter. Dépassée par les émotions qui remontaient en elle, la jeune femme ne sut comment contrôler ses mots, incapable de contrôler le profond désespoir qui l'habitait et qui la rongeait depuis si longtemps, ressentant seulement le poids du passé et de son avenir obscur qui l'assommait.

Il n'était pas qu'un simple défouloir. Natsu représentait pour elle tout ce qui symbolisait son échec. Lui et sa foi en la vie, lui et sa combativité, sa hargne, son courage... Tout ce dont Lucy avait l'impression d'avoir manqué au cours de ses sept dernières années. Elle n'avait pas eu le courage de faire face à la guilde lorsqu'elle avait eu connaissance de sa maladie, elle n'avait pas eu la force de se relever lorsque tout était perdu pour elle, elle n'avait pas pu sauver un nombre incalculable de village des spectres… elle s'était juste enfoncée dans sa mission de rédemptrice, noyant son chagrin et sa déception vis-à-vis d'elle-même.

Elle n'était plus capable de cacher sa faiblesse, elle n'arrivait plus à contenir sa peine, ni l'amertume qui l'habitait. Il n'y avait plus qu'un besoin profond de dire enfin tout ce qu'elle ressentait, subissait et trainait derrière elle. Les vannes étaient ouvertes et Lucy n'arrivait plus à les refermer.

Lucy – Tu étais où quand on m'a annoncé que j'étais malade ?! demanda-t-elle d'une voix emrpeinte de colère. Tu étais où quand la guilde s'effondrait sous le poids des remords ?! Tu n'étais pas là Natsu. Tu ne peux pas comprendre ce que l'on a ressenti. Alors pourquoi maintenant tu prétends être là pour moi ?! Hein Natsu ?!

Tétanisé, Natsu restait passif, sans comprendre comment ils en étaient arrivés là. Ce retournement de situation le chamboulait, comme si un barrage venait de céder et qu'il ne découvrait que seulement ce qui se trouvait en amont. Il voyait son amie, engloutie par le chagrin et la colère alors qu'il y avait quelques instants encore, il avait entendu son doux rire résonner dans cette pièce sombre. Était-ce vraiment lui qui la mettait dans cet état ? Il voyait les larmes perler sur son visage, elle qui depuis son retour tenait fermement à son image de femme forte et vaillante. Elle était là devant lui, comme une chose fragile prête à se briser à tout instant. L'odeur des larmes se mêlait au parfum de Lucy, à son grand regret, pendant qu'il l'entendait continuer à s'enfoncer dans une doucereuse souffrance.

Et Lucy continua, essayant tant bien que mal de rester clair dans ses propos, reprochant à Natsu tout ce qui avait pu lui arriver depuis sept ans, laissant Natsu incapable de répondre à ses accusations si soudaine et imprévisible. Perdue elle-même dans ses sentiments, elle oscillait entre la colère et la tristesse, ses émotions l'épuisant tel un yoyo.

Lucy – J'ai pas demandé tout ça... Tu crois que ça fait quoi d'apprendre du jour au lendemain que tu vas mourir ? Je suis fatiguée... Fatiguée de lutter contre ça, contre les spectres, contre toi... J'aimerais tellement que tout se termine.

Une nouvelle larme s'échappa et tomba sur sa main. Elle l'essuya rageusement, se détestant de voir ses barrières céder aussi facilement. Lorsqu'elle retira sa main, ses yeux croisèrent encore une fois cette fameuse cicatrice qui marquait l'abdomen du mage de feu, lui faisant stopper son geste. Cette cicatrice était le symbole de son échec : incapable de protéger les siens, incapable de lutter contre Zeref, incapable de lutter contre elle-même. L'observant comme si celle-ci la défiait, elle ne put résister, rabaissant sa main en direction de la cicatrice de Natsu. Avec douceur, elle effleura la première marque de son index et de son majeur, faisant contracter instinctivement les abdominaux de Natsu qui s'étonna de ce geste sans pour autant s'enlever. Face à cette réaction, elle releva à peine ses doigts, hésitante, puis, ne le voyant pas protester, elle poursuivie son geste, apposant ses deux doigts sur la première cicatrice du haut, longeant ensuite la deuxième jusqu'à la dernière.

Lucy – Il y a des choses qui ne disparaîtront jamais. Tout ce que je touche ou que j'approche disparaît un jour. Je ne fais que blesser les gens sur mon passage. Une rédemptrice ne sauve pas des vies, elle nettoie la mort tel un messager. Je suis ce messager… souffla-t-elle avec dégoût. Et oh combien j'exècre d'être ce parfait messager. Qui mieux que moi pour délivrer ce message funeste, une femme vouée à disparaître, donnant un peu d'elle-même à chaque cérémonie.

Natsu ne pouvait juste qu'écouter, paralysé par ce qu'il entendait, par cette infame souffrance, par ce contact qui le fit frémir plus que de raison, ne songeant pas que cette zone de son corps était aussi sensible. Il avait eu du mal à ne pas perdre la tête, implorant intérieurement son amie d'arrêter ce supplice qu'elle lui imposait.

Lucy – A quoi tout cela a-t-il servi ? A rien. J'ai cru que je pourrais être celle qui mettrait un terme à ce cycle funeste. J'étais tellement persuadée que le jour où je rencontrerai Zeref, tout serait terminé. Que même si je devais mourir ce jour-là, ma mort n'aurait pas été inutile. Qu'il était forcément en lien avec l'apparition des spectres et que si lui venait à disparaître, le reste se ferait tout seul. Au lieu de quoi, dit-elle cyniquement, je me suis prise une raclée monumentale. Et en plus de cela, j'ai été une maîtresse horrible qui a négligé ses esprits. Regarde ! s'exclama-t-elle en pointant son trousseau de clef, même toit tu as réussi à me les prendre. Quelle piètre maître des clefs je fais. La perte de Plue ne m'a apparemment pas servi de leçon.

Elle rigolait nerveusement devant son pitoyable monologue, se trouvant si pathétique, d'autant que le silence de Natsu n'arrangeait rien à la chose.

Lucy – Je n'ai plus rien, souffla-t-elle fatiguée. Plus d'espoir. Alors, je vais profiter du reste de ma vie comme je l'entend. Si je veux voir mes esprits, je le ferai et je consacrerai le reste de ma lamentable vie à faire disparaître le plus grand nombre de spectres possible avant que la mort ne vienne me chercher. Alors… Laisse-moi partir Natsu.

Ces derniers mots avaient été hésitant et pourtant aussi tranchant qu'une lame dans le cœur du mage de feu. C'étaient les mots les plus douloureux qu'il n'ait jamais entendu. A l'instant, elle venait de lui demander de la regarder mourir et ses mots l'avaient heurté profondément. Dérouté par cette abominable demande, il resta encore silencieux, tout bonnement incapable de faire ce qu'elle lui demandait.

L'entendre se flageller de la sorte lui était insupportable. Comment pouvait-elle avoir ce genre d'opinion d'elle-même ? Elle qui passait son temps à écumer les routes pour éradiquer les spectres, au prix de sa propre vie, de sa famille. Il voulait lui dire qu'elle racontait n'importe quoi, lui dire tout ce qu'elle apportait à ce monde dévasté, ce que pensait sa famille d'elle, qu'ils en étaient tous si fière, mais son cerveau était complètement embrumé, empêtré dans ce fouillis sensoriel qui l'abasourdissait. Les mots restèrent bloqués en lui et son impuissance le détruisait. Dieu qu'il voulait stopper tout ça, qu'elle s'arrête de se maudire, la faire taire, afin qu'elle arrête de se blesser autant qu'elle le blessait lui.

Cette conversation était une torture. Natsu pouvait entendre la respiration saccadée par les larmes de la jeune femme, tout comme son cœur qui continuait à battre frénétiquement. Elle était brisée.

Il était allé trop loin en prenant son trousseau de clé, mais lui ne pouvait supporter qu'elle attente ainsi à sa vie. Il refusait ce discours fataliste où plus rien de l'attendait. Fairy Tail était là, ses esprits, et lui aussi. Il ne savait pas ce qu'il pouvait faire pour en finir avec les spectres, mais il savait qu'il ne voulait plus voir Lucy dans cet état, ne plus laisser ses lèvres prononcer ce genre de discours. Cette détresse soudaine de son amie le culpabilisait car il ne savait pas comment lui venir en aide.

Tout à coup, un silence s'abattit à nouveau dans la pièce, lui laissant penser que le supplice était enfin terminé. Malheureusement, il comprit que ce n'était le cas en voyant Lucy secouer la tête tout en remuant les lèvres : elle était toujours en train de parler mais il ne l'entendait plus. Il n'entendait uniquement qu'un grésillement désagréable qui bourdonnait dans ses oreilles. La sensation lui était très étrange et dérangeante, lui qui avait blâmé un peu plus tôt son ouïe devenue un peu trop fine avec l'alcool. Il aurait pu croire que ce n'était que le silence de la nuit, mais il avait Lucy en face de lui. Il voyait les lèvres de Lucy bouger, sans qu'aucun son ne lui parvienne. Il n'avait pas besoin de l'entendre pour savoir qu'elle s'était encore perdue dans ses lamentations et il se demanda si son propre corps n'avait pas fait en sorte de ne plus s'infliger lui-même ce calvaire, comme un plomb qui aurait sauté.

Ce silence aurait pu être une bénédiction s'il ne voyait pas Lucy poursuivre sa longue descente aux enfers, les larmes s'enchainant les unes après les autres. Il n'avait pas besoin du son pour savoir que Lucy allait mal, très mal. Natsu savait qu'il n'était pas le plus doué dans ce genre de situation, mais il souhaitait plus que tout faire cesser la souffrance et la peine de la constellationniste. Aussi, il s'efforça de trouver une solution, réfléchir, mais la confusion de ses sens et de ses sentiments qui s'insinuaient en lui empêchait toute concentration.

Ne supportant plus tout cela pendant que la jeune femme continuait à s'enfoncer dans les tréfonds du désespoir, il laissa son corps réagir sans que son cerveau ne puisse rien y faire, trop désireux de ne plus la voir se torturer de la sorte.

Alors sans raisonner davantage, il relâcha le poignet de Lucy et lui attrapa les épaules. Comme s'il se retrouvait dans un combat, il laissa faire son instinct, débridant son cerveau de toute possibilité d'action. Il ferma les yeux, se laissant envahir par le véritable silence qui régnait dans la chambre puis après quelques secondes, il réalisa ce qu'il était en train de faire.

Sans réfléchir, il avait posé ses lèvres contre les siennes, seul moyen que son corps avait trouvé pour empêcher les lèvres de Lucy de bouger et mettre un terme à ce discours dystopique, ne pouvant plus soutenir ce flot de paroles acerbes.

Le mage de feu plissa les yeux, s'attendant à chaque instant à une réaction violente de la part de son amie. Il ne savait pas pourquoi il avait fait ça, ni si ce qu'il était en train de faire était une bonne ou une mauvaise chose. Il aurait pu lui dire de se taire, lui dire à quel point elle avait tort, ce qu'il pensait d'elle, ce que tout le monde pensait ou tout simplement la secouer ou partir, mais il n'avait rien fait de cela. La seule chose dont il était sûr, c'était que Lucy avait enfin fini par arrêter de se faire du mal.

Comprenant ce qu'il était vraiment en train de faire, Natsu paniqua, songeant à la claque magistrale qu'il allait se prendre dans les prochaines secondes à venir. Il se raidit, se préparant au choc, dans l'attente du dur retour à la réalité qui l'attendait.

Ne réalisant pas vraiment ce qu'il se passait, Lucy resta figée quelques instants, les yeux écarquillés de surprise, assimilant lentement l'information que lui retransmettait son corps tout entier.

Les secondes lui parurent interminables, jusqu'à ce qu'il sente les mains de Lucy non pas s'écraser douloureusement sur sa joue, mais se glisser le long de sa nuque avant de remonter jusque dans ses cheveux en appuyant un peu plus ses lèvres contre les siennes. Aussitôt, il fut transi par une sensation étrange et insolite qui lui parcouru le corps. Le goût de ses lèvres l'enivrait, tout autant que son parfum enivrant qu'il respira à plein poumon. Le goût... Un de ses sens qu'il n'avait pas encore découvert jusqu'ici et dont il se délectait.

Pourquoi avait il fait cela ? Il n'en avait aucune idée, mais il s'étonna et s'ébahit de la sensation plus qu'agréable des lèvres de Lucy contre le siennes.

Soif d'en avoir plus, il passa à son tour ses mains derrière la nuque de Lucy et à cet instant, il se sentit comme dépossédé de lui-même, se laissant dorénavant complètement guidé par son instinct et ses sens.

Le souffle chaud de la constellationniste lui balaya son visage, emportant un peu plus Natsu dans cette extrapolation de ses sens. C'était comme une révélation, se demandant aussi pourquoi il n'avait pas fait cela avant, alors qu'il n'avait jamais envisagé la chose par le passé. Il ne désirait plus qu'une chose : ne plus s'arrêter. Sûr de lui, il attrapa le visage de Lucy entre ses mains, approfondissant ce baiser irréaliste, puis il descendit ses mains le long des bras de la jeune femme, avant de passer ses bras dans son dos et de la serrer un peu plus contre lui, toujours curieux et ayant l'extrême envie de poursuivre et découvrir un peu plus ses sensations nouvelles. Il attrapa le tissu de la chemise, ressentant chaque maille, chaque peluche, mais cela restait moins satisfaisant que la sensation de la peau de la blonde. Alors, il glissa ses mains directement sous la chemise de Lucy, lui caressant le dos, entreprenant de découvrir un peu plus la peau de Lucy où il sentait s'y former des frissons de plaisir. Sa peau était d'une douceur exquise, parcouru d'un fin duvet soyeux qui protégeait les milliers de pores qu'il arrivait à sentir du bout de ses doigts. Il voulait tout découvrir,prenant plaisir à explorer la moindre parcelle de peau de son amie.

Envoutée par ce corps à corps, Lucy se laissa également libre de répondre à ses désirs de l'instant, poursuivant cet échange avec audace et maturité. Lorsqu'il sentit leur langue s'entremêler, Natsu s'enhardit de plus belle, sentant tout son corps répondre à cette nouvelle sensation. Quelque chose de profond venait de se réveiller en lui, une force qu'il avait jusqu'alors ignoré. L'excitation le gagnait, sentant la part animal qui l'habitait prendre le dessus.

Ils s'embrassaient sans relâche, comme par peur d'être repoussé par l'autre si l'un des deux réalisait ce qu'il était en train de faire. Ce qui était tout d'abord doux et tendre devient progressivement un plus passionnel au fil des minutes qui passèrent, jusqu'à devenir langoureux et dangereusement sulfureux.

L'excitation le submergeait, se sentant ivre de cette femme qui le faisait frémir de plaisir. Natsu se laissa faire lorsque Lucy attrapa son gilet pour le lui enlever, le faisant tomber au sol avant de faire glisser ses mains le long du dos saillant du mage de feu. Encore plus ragaillardi par ce contact, il serra encore plus la constellationniste contre lui et accéléra ses baisers, devenant encore plus intense, au plus grand plaisir de Lucy qui ne se gênait pas pour être de plus en plus entreprenante. La jeune femme fit descendre ses mains dans le dos jusqu'à l'orée du pantalon du mage de feu, caressant du bout des doigts la limite entre le pantalon de ce dernier et le creux de ses reins, jusqu'à la naissance de son fessier. Affolé par ses sens en état d'excitation extrême, Natsu ne se contrôlait plus et ne répondant plus de rien, il arracha le devant du chemisier de Lucy, faisant éclater les boutons du vêtement et dévoilant le soutien-gorge blanc dentelé de la jeune femme. Il ramena ses mains sur les hanches de Lucy pour la rapprocher encore plus près de lui, lui permettant de ressentir le contact de sa poitrine contre son torse.

Il était loin d'imaginer le plaisir qu'il pouvait y avoir d'être au contact du corps de Lucy, qu'il maintenait fermement contre lui. Sans vraiment savoir pourquoi, tout lui paraissait différent. Il la sentait, là, ici et maintenant contre lui, vivante, pour lui, rien qu'à lui. C'était comme une réponse à ses interrogations, une évidence que ses sens, que ce soit par le toucher, le goût, ou l'odorat, lui rappelait sans cesse. Il remonta ses mains, frôlant la poitrine de Lucy mais s'arrêta en sentant les mains de la jeune femme s'agripper encore plus à lui. Il ramena ses mains sur son visage et s'empressa de l'embrasser plus profondément, et sans chercher à comprendre ses gestes, il osa quitter ses lèvres et descendit dans son cou en la léchant jusqu'à mordiller le lobe de l'oreille de la jeune femme. Elle émit un souffle de plaisir, qui transcenda encore un peu plus le mage de feu qui reprit en vitesse un baiser fulgurant. Alors, il l'attrapa par les fesses pour l'approcher complétement contre lui, tandis qu'elle y répondit volontiers en passant spontanément ses jambes à son tour autour de sa taille, l'enserrant également. Il la pressa fort contre lui, comme si c'était une question de survie, les langues se liant sans cesse, entrecoupé par de brèves respirations, juste le nécessaire pour ne pas étouffer sans pour autant interrompre leurs ébats. Plongeant dans l'extase, Natsu émit un râle de plaisir, perdant le contrôle du peu de bon sens qui lui restait lorsque Lucy se mouva sur lui, se frottant de haut en bas comme un appel au supplice. Du supplice mélancolique qu'il venait de vivre, ils étaient passé à un tout autre genre, celui de faire languir l'autre, celui qui appelait les corps à répondre à un besoin charnel.

Des baisers intenses, sensuels au possible, mouvant son corps comme une déesse, Lucy faisait monter le désir qui l'embrasait. Distrait par ce mouvement si plein de luxure, Natsu sentait qu'il lui fallait plus, bien plus.

Il avait beau la serrer contre lui, il n'arrivait pas à se sentir rassasié de cette femme. Bien qu'il continuait à la maintenir fermement dans ses bras, quelque chose manquait. Pour assouvir ce désir incompris, il plaça une main dans le dos de Lucy et la plaqua brutalement sur le sol, sans la moindre protestation de sa partenaire. Elle était maintenant coincée sous son corps, complètement à sa merci. Les deux amants se frottèrent instinctivement l'un contre l'autre, rapprochant inévitablement leur bassin, excitant le dragon slayer qui brulait de désir pour cette femme.

Positionnée ainsi sur le sol, Lucy enlaça le dos nu du mage de feu. Bien qu'elle n'avait pas le temps de regarder cela de plus près, elle eut l'impression de ressentir quelque chose sur la peau de Natsu, imaginant des écailles de dragon se former sous sa peau, un contact râpeux mais loin d'être déplaisant. Lucy, qui avait manifestement décidé de profiter de l'instant présent, franchit un peu plus la limite de leur amitié, si tenté qu'il y en ait encore une à cet instant, en passant ses mains sous le pantalon de Natsu pour cette fois-ci attraper fermement ses fesses à pleines mains, forçant ce dernier à se coller tout contre elle ce qui tout naturellement conduit le dragon slayer à accélérer le rythme de ses baisers.

Fou, c'est ce qu'il avait l'impression de devenir. Il voulait tout toucher, tout découvrir, ne voulant plus s'arrêter, prêt à tout pour assouvir ses désirs profonds et inconnu. Il quitta encore une fois ses lèvres et parcourut le haut de sa poitrine, dévorant le cou de la jeune femme, savourant le goût exquis de sa peau douce et parfumée dont il percevait la moindre nuance. Et tout son corps s'électrisa quand Lucy finit par glisser ses mains doucement vers son bas-ventre, au-delà de l'orée de son pantalon. A cet instant, il réalisa que cette femme le rendait complètement dingue, ne saisissant pas les conséquences de leurs actes, se laissant uniquement guider par son instinct en profitant intensément de ce moment jouissant. Comment pouvait-elle avoir un tel effet sur lui ? Alors qu'il sentit Lucy commencer à abaisser son pantalon ainsi que son caleçon, le souffle coupé...

Bouum !

Les murs de la chambre tremblèrent avec force, accompagné par un bruit sourd et explosif qui retentit et éclaira la pièce d'une lueur orangée, calmant immédiatement leurs ardeurs. Hâtivement, ils se relevèrent tous les deux en courant vers la fenêtre toujours ouverte, tous deux inquiets de ce qu'ils se passaient. A quelques ruelles de là, ils aperçurent un début d'incendie s'ériger, la fumée remontant dans le ciel étoilée de Crocus, laissant deviner le lieu de l'explosion.

Sans attendre, les sens à nouveau en alerte, Natsu attrapa la main de Lucy et sans que cette dernière ne puisse émettre la moindre objection, courut vers la porte de la chambre, bien décidé à déterminer quel était le danger, tout en gardant bien précieusement Lucy sous sa protection.

A peine eurent-ils franchit la porte de sa chambre que la jeune femme sentit la fraicheur du couloir lui balayer la poitrine, lui rappelant alors que le chemisier qu'elle portait ne remplissait plus son rôle.

Lucy – Attend Natsu ! Je suis à moitié nu ! s'écria-t-elle en espérant se faire entendre du mage de feu.


Un long chapitre qui j'espère vous aura plu (à moi oui :p ). J'avais évidemment hâte de vous le faire lire et j'ai tout fait pour ne pas le publier trop tardivement par rapport à ma précédente publication (sans bacler le travail). Vos retours sont les bienvenus. Si l'on doit parler en arc, nous sommes sur l'avant dernier de mon histoire. Alors enjoy :)

Pause pour les vacances,

A + et bonnes vacances pour ceux qui sont concernés ;)