Mot de l'auteur : Salut les donuts sucrés au sucre (vous avez la ref ? Ma vie a tellement changé c'est dingue...). Bref et sans transition ; j'espère que vous aimez les petits pois.
Kiss kiss.
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Donne-moi ton cœur, baby
Partie IV
Les petits pois surgelés
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Angelina l'avait informé que la maraude aurait lieu mardi soir, aussi Oliver n'eut pas à beaucoup négocier avec sa patronne pour finir à dix-huit heures. Madame Rosmerta l'avait à la bonne, et elle avait toujours été très généreuse, aussi elle lui promit une fournée de desserts pour la distribution, et parti joyeusement astiquer les thermos afin qu'Oliver puisse offrir des boissons chaudes durant ses déambulations.
Cette fois, Oliver réussi à la convaincre que trois litres suffiraient amplement, car il serait très vite chargé. Il l'entendit émettre un « oui-oui » lointain quand elle franchit les doubles portes de la cuisine, et misère, ça voulait sûrement dire qu'il aurait cinq thermos à fourrer dans son sac à dos. Il allait littéralement mourir.
Lundi passa donc tranquillement. Oliver fit son service habituel, les yeux rivés sur l'entrée du café. Mardi fut un peu moins mouvementé, mais Oliver eut le plaisir d'accueillir Monsieur Slughorn qui prenait toujours son café à la même table. Quand il y avait peu de clients, Oliver aimait se poser avec lui et échanger avec son ancien professeur qui jouissait de sa nouvelle retraite ainsi.
Le service de midi se terminait, et Oliver encaissa le dernier client avant de faire la caisse de mi-journée. Katie était partie en renfort à la plonge, aussi Oliver avait commencé à nettoyer les tables avec application avant de passer le balais. La radio en fond sonore rendait la tâche facile, il termina donc assez rapidement, fredonnant avec entrain.
Quand le soleil projeta l'ombre des carreaux sur le sol, Oliver se fit la réflexion qu'il était peut-être temps de nettoyer les vitres. Après tout, il lui restait environ quinze minutes de service avant sa pause, et Oliver aimait les petits détails propres. Par-dessus tout, il avait un réel plaisir coupable à rendre les carreaux impeccables et sans traces. Le temps de s'approcher pour les inspecter, il se stoppa à la vue d'un visage trop familier de l'autre côté des vitres.
- Nom de Dieu, jura-t-il en sentant sa mâchoire se contracter.
Roger du l'apercevoir car il leva la main vers lui pour le saluer, et sa bouche sembla articuler quelque chose.
Ce qu'il voulait, Oliver ne le sut jamais car il se contenta de tirer les rideaux d'un geste sec, signifiant que le café fermait momentanément pour la pause de ses employés.
oOo
- Elle va me tuer, un jour, geint Oliver en se laissant tomber lourdement sur un banc.
Ses épaules douloureuses hurlaient au supplice quand il laissa les bretelles du sac à dos glisser mais son soupir se transforma en un vrai gémissement de soulagement une fois le poids ôté. Avec un sourire compatissant, Angelina le rejoignit dans le mouvement, savourant la pause qu'ils s'accordaient.
- Il te reste combien de thermos encore ? Je peux peut-être en prendre un ?
- Prends tout ce que tu veux, par pitié, répondit Oliver en étirant ses épaules meurtries. Je crois qu'il reste surtout de la soupe. A mon avis, c'était un peu trop tôt pour proposer de la soupe froide.
- Hm, répondit pensivement Angelina en fouillant son sac sans aucune gêne. Oui, c'est dommage car ça ne restera pas frais longtemps. Tu crois que Dingus en a eu ?
- Il n'aime pas ça. D'ailleurs je ne l'ai pas croisé depuis un moment. Tu ne sais pas ce qu'il devient ?
- Hm hm, demande à Lupin.
Plus tard, se promit Oliver en faisant le tri dans ses affaires.
Durant toutes ses maraudes, Oliver avait rencontré plein de personnes. Pré-au-lard avait beau être une petite ville, les gens finissaient toujours par se retrouver. Même s'il ne devait jamais avouer avoir un favori parmi les rencontres qu'il avait faites, Mondingus Fletcher était sans conteste le sien. Vraiment, le petit homme était aussi baratineur que sympathique, si on omettait son talent incontestable pour s'attirer des ennuis.
D'ordinaire, il trafiquait surtout près des marchés et des pubs sportifs, mais Oliver ne l'avait plus croisé depuis quelques temps. Lupin devait peut-être en savoir un peu plus, Oliver lui poserait la question à la fin de la maraude.
- On devrait repartir, fit remarquer Angelina. Il reste une demi-heure.
- Je vais repartir vers le café, pour rendre les thermos.
Ils rentrèrent en prenant leur temps, appréciant les journées qui rallongeaient avec l'arrivée du beau temps.
S'il était honnête, ça faisait un bon moment qu'Oliver n'avait pas apprécié une soirée de maraude. Savoir qu'il patrouillait avec Angelina était toujours une bonne nouvelle, et depuis qu'il avait rejoint l'association de Lupin quelques années plus tôt, il n'avait presque jamais raté une maraude. C'était juste dommage que Harry n'ai pas été présent cette fois, car ils finissaient souvent la soirée en allant au restaurant, puis au cinéma. De ce qu'il savait, Angelina avait prévu de finir la soirée chez elle avec George, ce qui était plutôt curieux si on y pensait car Fred n'était inclu...
Quand il arriva aux Trois Balais, Madame Rosmerta était en train de régler les encaissements des repas du soir, aussi il s'esquiva directement à la plonge pour ramener les thermos et décharger son paquetage.
A son retour, Angelina s'était installée au comptoir et discutait avec Katie, mais l'attention d'Oliver fut attirée par les tables du fond.
- Nom de Dieu, siffla-t-il, sa bonne humeur fondant comme neige au soleil.
Il réprima une sévère envie de grincer des dents quand ses yeux croisèrent ceux de Roger à sa table habituelle. Celle-là même où Oliver buvait toujours avec ses amis et ses collègues après son service. Sa table et sa chaise.
Pire que tout, même s'il était de dos, il ne fallut pas longtemps à Oliver pour reconnaître la tête blonde de Cormac, le fils du boucher qui semblait en pleine conversation avec Roger. C'était tellement ridicule la manière dont Roger le provoquait qu'Oliver se sentait stupide de la montée de colère qui l'envahissait.
En serrant la bretelle de son sac, il se fit la réflexion amère qu'il avait bien fait de négocier pour ne pas avoir son service ce soir. D'une manière ou d'une autre, il aurait tout fait pour les esquiver. Katie leva les yeux au ciel en préparant les boissons qu'elle chargeait sur un plateau.
- Ils sont arrivés dès le début du service.
- Je m'en fous, lâcha Oliver en se laissant tomber sur un tabouret. Tu me sers, s'il-te-plait ?
- Pas d'alcool, refusa Katie.
- La maraude est finie, s'offusqua Oliver.
Angelina lui tapota l'épaule avec un air compatissant.
- Tu n'as pas l'alcool bon quand tu es énervé.
- Je ne suis pas énervé.
- Dis ça à ta mâchoire.
- Angie, grogna Oliver.
- Oli, répondit-elle sur le même ton.
Elle le regardait d'un air faussement sévère, les mains posées sur ses hanches et Oliver abdiqua en demandant un Perrier tranche comme si ça lui arrachait la bouche. Le verre fut tendu presque immédiatement par une Katie rayonnante dont le sourire contagieux tira facilement Oliver de sa bouderie. C'était vrai, il n'allait pas laisser ces deux enfoirés gâcher sa soirée. Il trinqua avec les filles avant que Katie parte servir une nouvelle tablée.
Madame Rosmerta s'approcha alors de son pas lourd pour lui demander comment s'était déroulée la maraude du jour, et Oliver partagea avec elle sa soirée avec entrain. Ils avaient pu proposer des repas à une dizaine de personnes, et s'étaient même installés pour jouer une bataille avec un groupe de sans domiciles près de la gare.
Madame Rosmerta hochait la tête de satisfaction à chaque anecdote et lui promis plus de soupe la prochaine fois. Oliver allait rebondir sur ces paroles quand sa patronne lui tapota l'épaule avec affection.
- Avant que je n'oublie, il y a un monsieur qui m'a demandé à ce que tu le rejoignes à sa table, ajouta-t-elle avant de repartir superviser les cuisines.
C'était inattendu, aussi il ne put s'empêcher de laisser son regard glisser sur les deux guignoles. Ils n'auraient pas été jusque là quand même ? C'était avec ça que Roger espérait l'atteindre ? Oliver l'avait envoyé valser, donc il venait lui cracher son bonheur en plein visage ?
- Un monsieur ? s'étonna Angelina. Tu n'es plus avec Roger ?
- Pitié non, je ne fréquente plus personne. Et je ne veux plus voir Roger. Genre, plus jamais.
Le moins que pouvait dire Oliver, c'était que Roger était sacrément gonflé de le chercher autant alors qu'il passait son temps à faire le mort quand ils étaient supposés entre ensemble. Angelina le regarda avec surprise, et c'était vrai qu'Oliver ne l'avait pas tenue informée de certains changements.
- Oliver, intervint Katie en revenant avec son plateau sous le bras. J'ai oublié de te le dire, mais tu es attendu depuis un petit moment.
Oliver s'apprêtait à l'envoyer paître gentiment quand Katie lui désigna la table en question d'un mouvement de tête opposé. Perplexe, Oliver suivit le geste et… Oh. Ça c'était définitivement une autre histoire.
Il sentit un ridicule sourire éclatant fleurir sur son visage quand ses yeux rencontrèrent l'agent Flint le saluant d'un mouvement de tête entendu, le verre levé en une invitation silencieuse. Sans qu'il ne puisse le retenir, un immense sourire étira ses lèvres.
Alors il était vraiment venu ? Et il n'était pas en service si Oliver en jugeait par sa tenue décontractée.
- Nom de Dieu, jura-t-il avant de se tourner vers les filles. Comment je suis ?
- Tu pues la sueur, commenta Angelina, un peu trop honnêtement à son goût.
- Et merci, grogna-t-il en se laissant glisser de son tabouret avec entrain.
S'il calculait bien son coup, il pouvait se rafraîchir à son vestiaire en moins de cinq minutes.
- Mes chéries, commença-t-il en claquant une bise à une Angelina un peu déboussolée. Je vous promet une explication plus tard. Angie, je t'adore, viens manger demain pour me faire pardonner de t'avoir planté. Et Katie, c'est moi qui régale la table huit. Apporte-lui ce qu'il veut et dis-lui que j'arrive dans cinq minutes.
oOo
- Vous n'êtes pas en service, commença Oliver en se postant devant l'agent Flint.
Certes, il y avait d'autres moyens de lancer une conversation, mais Oliver n'avait pas eu tout à fait le temps de se préparer. Ce qui ne devait pas être le cas de l'agent, au vu de sa tenue. Comme lorsqu'il l'avait croisé au marché, il avait les cheveux coiffés, le visage détendu, et portait un simple haut bordeaux. C'était toujours étrange de le voir sans uniforme, mais Oliver devait reconnaître qu'il était impressionnant quoi qu'il portait.
- Toujours incroyablement perspicace, railla l'agent, en levant un sourcil sombre, amusé. Vous non plus, de toute évidence.
- J'ai pris ma soirée. Ce n'est pas comme si je pensais réellement que vous viendriez.
- C'est ce que j'ai cru comprendre.
Mais il pourquoi il disait ça, d'un coup ? Ses mains devenaient moites, et il se sentait ridiculement nerveux. De plus, il était certain que Katie et Angelina ne manquaient rien de leur échange. Il devait arrêter de se ridiculiser.
- Bien, répondit Oliver sans trouver quelque chose de plus intelligible.
- Bien.
Il resta un moment planté, cherchant comment se donner une contenance.
- Vous ne vous asseyez pas ? demanda finalement l'agent en désignant la chaise face à lui.
Le coin de la lèvre d'Oliver s'étira.
- C'est une invitation ?
- Bien évidemment.
- Bien évidemment, répondit Oliver, prit au jeu malgré lui.
Rencart, il avait un rencart, c'était certain. En tout cas, ça ressemblait réellement au début d'un rencart. Ça suffisait à le rendre de très bonne humeur. Oh, Harry ne le croirait pas, et Draco s'en étoufferait avec sa tasse de thé.
Il s'exécuta tranquillement, un peu plus à l'aise.
- Vous avez attendu longtemps ?
- Pas vraiment, éluda l'agent en se reculant confortablement sur sa chaise.
Oliver se retint de faire observer que la carafe d'eau était bien entamée. Oui, il l'avait attendu. L'agent Flint l'avait attendu. Katie s'approcha d'eux avec sa démarche souple habituelle, leur tendant deux menus.
- Nous servons du cabillaud en plat de jour, informa-t-elle avec un professionnalisme qui scotcha Oliver.
Les yeux de l'agent scannèrent la carte si rapidement qu'Oliver se demanda réellement s'il avait eu le temps de tout retenir. Lorsque son regard perçant se braqua à nouveau sur lui, Oliver eut du mal à déglutir. Comment c'était possible d'être aussi magnétique ?
- On m'a recommandé votre bavette.
Oliver détourna le regard avant de manquer d'air. Il y avait quelque chose dans les yeux sombres qui lui donnait l'impression que c'était lui qui allait se faire bouffer, ou il avait simplement rêvé ? Sa conversation avec Harry lui revint en mémoire, et il se servit un généreux verre frais avant de passer sa commande.
- Je vais prendre le cabillaud, s'il-te-plaît, Katie.
- Quelle cuisson, pour la viande ? demanda-t-elle en reprenant les menus.
- A point, répondit Oliver malgré lui et l'agent Flint le fixa d'une mine indéchiffrable.
Non, il avait vraiment répondu à voix haute ?
- Et on va prendre une bouteille, s'empressa d'ajouter et Oliver. Vous aimez le rouge ? Oui ? Tu veux bien nous amener une bouteille Katie, s'il-te-plait.
S'il le pouvait, il se serait enterré sous sa honte. Pour bien l'achever, Katie lui adressa un petit sourire entendu, en minaudant :
- Je vous sers d'abord des verres, et vous me direz après pour la bouteille.
Traîtresse.
- Merci, Katie.
- Avec plaisir.
Elle s'éloigna avec un petit air satisfait pendant qu'Oliver descendait son verre d'eau. En face de lui, l'agent le toisait à présent comme s'il essayait de percer son âme. C'était une sensation assez particulière, un peu comme Draco quand il essayait de lui tirer les vers du nez. Peut-être un truc d'hommes de loi, allez savoir.
- C'est une viande de qualité qui rend toutes ses saveurs avec une cuisson à point, se sentit obligé de se justifier Oliver. C'est un conseil d'ami.
Mouvement de tête infime de la part de son vis-à-vis, qui signifiait qu'il ne le croyait absolument pas. Pourtant, l'agent croisa ses mains sur sa table et ses yeux luisaient de malice quand il répondit.
- Bien évidemment. En revanche la prochaine fois, il faudra faire changer les deux pneus arrière pour l'équilibrage, et pas uniquement un seul. C'est un conseil d'ami.
C'était trop pour Oliver qui éclata d'un rire franc, relâchant toute la pression d'un coup pendant que l'agent lui cédait finalement une expression amusée. D'aussi loin qu'il s'en souvenait, c'était la première fois que quelqu'un lui renvoyait ses cartes de cette façon. Oliver était charmeur, taquin quand il se lançait dans la séduction, mais c'était assez rare pour lui d'être battu à son propre jeu.
Parce qu'Oliver comprenait que ça en devenait un, une sorte de danse. L'agent fonctionnait comme ça, il baissait ses barrières et le laissait avancer, s'adaptant à son propre comportement. Il était tout simplement impitoyable et bon sang, ça rendait Oliver encore plus fou, et ne faisait qu'attiser son intérêt.
- Vous êtes terrible, finit par répondre Oliver, sans plus pouvoir s'empêcher de sourire. Depuis quand vous le savez ?
- Je pourrais dire que je suis assez bon observateur, mais ce n'est pas vraiment comme si vous et votre ami aviez été discret dès le départ.
- Vous accepteriez mes excuses ?
- Il me faudra plus que ça.
Oliver allait rebondir quand Katie refit son apparition, avec les verres de vin, dont elle détailla la bouteille, offrant une pause dans leur discussion. Du coin de l'œil, il pouvait voir Angelina discuter avec animation avec Madame Rosmerta. Les autres clients profitaient de leur repas dans le calme, et Oliver s'appliqua à ignorer la mâchoire soudainement crispée de Roger. Comme s'il en avait quelque chose à carrer.
Katie refit un aller-retour pour leur amener les plats, et s'effaça en leur souhaitant un bon appétit.
oOo
- Une recommandation de dessert, peut-être ? lui demanda l'agent.
- Ça dépend, mon avis a tant de valeur que ça ?
- Ça se pourrait.
Un peu plus et Oliver était certain d'apercevoir l'âme de Katie quitter son corps à mesure qu'elle attendait, patiente, pour prendre leur dernière commande. Malgré tout ses effort, il était visible qu'elle était autant gênée de sa position que curieuse à en crever. Ce devait également être le cas pour Angelina qui engloutissait une portion de lasagne avec les jumeaux, alors qu'elle était sensée rejoindre George chez lui. Absorbé par ses conversations, Oliver n'avait même pas vu les deux Weasley entrer et se caler avec Angelina. A croire qu'ils s'étaient donné le mot pour commenter son repas comme s'ils regardaient un match.
Soit l'agent Flint n'avait rien capté à ce qui se déroulait tout autour, soit il avait une maîtrise de lui qu'Oliver trouvait juste admirable.
- J'ai une préférence pour les cheesecake au citron. Il en reste ?
Katie hocha poliment la tête pendant que l'agent fermait son menu, secouant légèrement la tête.
- Je prendrai juste un café, dans ce cas.
- Pas de dessert ? s'étonna Oliver quand Katie s'éloigna.
- Une autre fois, peut-être. Je n'aime pas le citron.
Oliver se fit la promesse ferme qu'il y aurait une autre fois et nota l'information dans un coin de sa tête.
La soirée était tout simplement géniale. Si ça avait d'abord été lunaire pour Oliver, il avait retrouvé ses marques et la tranquillité émanant de l'agent l'avait mit à l'aise petit à petit. Les balbutiement du début avaient laissé place à de franches conversations.
L'agent Flint écoutait beaucoup, mais le peu de fois où il parlait, sa voix grave était posée. Le reste du temps, ils mangeaient et Oliver appréciait le moment malgré la fatigue qui commençait à se pointer. C'était naturel, fluide et tellement agréable qu'Oliver aurait voulu prolonger l'instant encore.
Sa montre indiquait presque vingt-et-une heure quand le café fut servit et Oliver engloutit littéralement son cheesecake en quelques bouchées.
- Merci pour cette soirée, osa Oliver après avoir essuyé sa bouche. C'était sympa de votre part de venir, vous n'étiez pas obligé.
- Avec plaisir.
Il y avait toujours quelque chose de perçant dans son regard, et Oliver n'était jamais certain de pouvoir le cerner réellement. Il se demanda un instant si c'était dans son caractère, ou une déformation liée au métier de l'agent. De temps en temps, quelque chose dansait les prunelles sombres, ses lèvres s'étiraient, le rendant moins sévère mais ça restait toujours éphémère. A moins qu'Oliver le cherche et le titille, le policier restait poli et courtois, comme sur ses gardes.
Il y eut un court silence durant lequel ils se sondèrent, et Oliver pu même voir les jumeaux parler à voix basses en les regardant. Vraiment, il allait leur faire la peau.
- Je pense que nous pourrions… commença l'agent Flint avant de s'interrompre, un sourcil levé.
Intrigué, Oliver tourna la tête pour suivre son regard et s'étonna de voir Cormac McLaggen s'arrêter à sa hauteur. Il l'avait complètement oublié, celui-là. Près du comptoir, les jumeaux et Angelina semblaient sur le qui-vive. Allons bon, c'était quoi encore ce bordel ?
- T'es Oliver, c'est ça ? demanda-t-il d'un ton abrupte.
Sans trop savoir ce que lui voulait l'autre, Oliver hocha la tête, méfiant. Il n'aimait vraiment pas ça, et face à lui l'agent Flint s'était complètement refermé. C'était lui, ou l'ambiance était devenue froide et merdique ?
Foutu connard, il avait ruiné son rencard.
- Tu vas laisser Roger tranquille, merci, cingla McLaggen.
Oliver le fixa un instant, réalisant les mots.
- Non mais c'est quoi encore cette merde... ? laissa-t-il échapper.
Le coup de poing qu'il reçu en plein milieux du visage l'empêcha de finir sa phrase. Sous la puissance de l'impact sur sa pommette, Oliver ne sut jamais comme il réussi à sa rattraper à la table pour ne pas se fracasser au sol.
Putain de merde ?
Il n'eut pas le temps de se ressaisir, que le revers arriva sur sa bouche. Cette fois-ci, il perdit l'équilibre, et sa tête cogna la fenêtre à côté, lui faisant voir des étincelles accompagné d'une acouphène terrible. Il y eut du brouhaha autour de lui, suivit d'un autre cri qu'il n'identifia pas tout à fait.
Une poigne solide sous son aisselle le releva et il battit des cils pour ajuster sa vision trouble.
- Ça va pas ? hurlait la voix d'Angelina.
- Eh lâche-moi, connard ! Il va me péter le bras, il va me péter le bras ! Faites-le lâcher !
- Oliver tu vas bien ? Il saigne, merde !
oOo
- Aïe, gémit Oliver quand Angelina lui colla une poche de petit pois surgelés sur la bouche sans la moindre délicatesse.
- Je n'ai trouvé que ça. Ça devrait soulager la douleur et empêcher un bleu.
- Dommage, ça aurait été assorti avec la pommette, railla Fred en décapsulant une bière sur le canapé.
Oliver le fusilla du regard en se laissant tomber dans son fauteuil fétiche. Toute la troupe avait insisté pour le raccompagner chez lui après le passage au commissariat, ce dont il était reconnaissant – à moitié.
En vérité, ce n'était pas vraiment comme ça qu'il avait espérer finir sa soirée. En appliquant la poche froide tour-à-tour sur sa joue et sa mâchoire, il essaya de mobiliser sa bouche sans trop de d'inconfort. Il ne l'avait pas raté, le salaud !
Dans sa malchance, Oliver s'en sortait remarquablement bien. Sa lèvre supérieure était fendue et la gencive du haut avait saigné, mais Dieu merci, son frein était intact et malgré le bleu qui s'étendait sur sa pommette, il était certain de ne rien avoir de cassé. Madame Rosmerta avait insisté pour qu'ils ne perdent pas de temps à aller porter plainte, et après avoir vérifié qu'Oliver allait bien, l'agent Flint l'avait confié à ses amis, ce qui avait contribué à accentuer l'amertume d'Oliver.
Il y avait un goût d'inachevé qui ne passait pas ce soir.
- Bon, on pose les question maintenant, ou tu nous expliques tout ça ? attaqua George en imitant son jumeaux. Parce que cette soirée avait quelque chose d'épique.
- En tout cas je n'aurais pas aimé être Cormac, commenta Fred avec un frisson. J'ai bien cru que l'os de son coude allait sortir.
- Tu exagères, le reprit Oliver en tentant un mouvement pour étirer sa mâchoire.
- Pas du tout, surenchérit Fred. Je ne savais même pas qu'une articulation pouvait prendre un angle pareil. Il est terrifiant, ton gars. T'aurais du voir ça.
- J'étais légèrement occupé à autre chose, genre ma tête éclatée contre la vitre. Et je peux savoir comment vous vous êtes retrouvés à venir jouer les commères ?
Parce que dans son souvenir, quand il avait planté Angelina, elle devait finir la soirée avec George après avoir s'être reposée avec Katie, pas s'installer avec les deux jumeaux sortis de nulle part. George lui offrit un sourire ravageur.
- On devait se retrouver après la maraude, commença-t-il.
- Et on ne s'attendait pas à ce joli tableau..., appuya Fred après avoir bu une longue gorgée.
- … donc nous sommes resté pour un dîner spectacle.
- Vous avez parié sur moi ? s'indigna Oliver en comprenant ce que ça impliquait.
Les jumeaux lui offrirent le même sourire narquois. Puis il demanda par curiosité :
- Qui a gagné ?
- Personne, tu t'es fait éclater bien avant, répondit George.
- C'est toujours un bonheur de se sentir soutenu et aimé, vraiment.
Angelina s'installa face à eux sur un pouf.
- Bon, maintenant on attend l'histoire.
Raconter tout ne prit pas trop de temps, déjà parce que la bouche d'Oliver le tirait à chaque articulation, puis parce qu'il était tard. Après quelques raccourcis il se trouva face à trois paires d'yeux qui le fixaient intensément.
- Bref, c'était juste un repas cordial.
- Ah non, corrigea Angelina en croisant ses longues jambes. Ça c'est pas « juste » un repas.
- Et c'est quoi alors, si tu es maligne que ça ?
- Je dis juste qu'un officier qui n'est pas sensé être en service ne démonterait pas à ce point la personne qui agresse son invité.
- Il ne l'a pas démonté.
- Oliver, tu peux demander à tous les gens qui étaient présents, je n'ai jamais vu un flic faire ça.
- Une sacré clé de bras, commenta George en hochant la tête.
- Mais arrêtez de me retourner la tête ! supplia Oliver.
Il était décidé à rester le plus terre-à-terre possible. A ne pas s'enflammer, ne pas tirer des conclusions trop faciles pour ne pas se créer des faux espoirs mais ces trois guignoles lui enfonçaient la tête dedans. Sa relation précédente l'avait trop déçu pour qu'il revive la même chose. Il ne savait même pas ce qu'il voulait au final. Il appréciait juste le jeu qui avait lieu quand il était avec l'agent Flint.
Au moins Draco aurait su le maintenir sur Terre. Il aurait dit que l'agent avait rempli son devoir. Qu'il avait maîtrisé un individu agressif, contacté ses collègues et était resté le temps qu'il soit embarqué. Qu'il avait gardé sa distance avec Oliver parce que peut-être qu'il pouvait être impliqué et que sa position était délicate. Voilà ce que Draco et Harry auraient dit, et Oliver était plus que conscient qu'il aurait pourtant détesté ces paroles.
La nécessité de fumer pour calmer ses nerfs le titilla et même s'il craignait trop de souffrir en sollicitant sa bouche, il se leva à la recherche de son paquet et glissa une cigarette entre ses lèvres. Les jumeaux choisirent ce moment pour annoncer qu'ils partaient, et Angelina demanda à être raccompagnée. Oliver était prêt à mettre sa main au feu que George s'en ferait une grande joie.
- Au moins, tu sais quoi manger demain, railla Fred en désignant le paquet de petits pois sur la table basse.
- Merci les gars, répondit Oliver en les raccompagnant dans l'entrée, ignorant la dernière boutade.
- A ton service. Appelle-nous pour donner des nouvelles.
- Promis.
Le silence qui s'ensuivit après leur départ était assez inconfortable. Après les montagnes russes de la soirée qu'il avait vécu, son appartement était trop calme, trop ordonné. La tête en arrière, avachi dans son fauteuil, il expirait la fumée grise en la regardant s'évanouir dans l'air.
Si seulement il avait pu au moins échanger quelques mots avec l'agent Flint. Non il avait été raccompagné poliment comme un enfant confié à ses parents. Il savait qu'il était resté sur place en attendant un de ses collègue pour maîtriser McLaggen, mais Oliver avait pensé le croiser au commissariat. A la place, un officier qu'il ne connaissait pas l'avait auditionné, et il était rentré bredouille.
Sa cigarette terminée, Oliver se décida à se laver les dents avant d'aller se coucher. Ce fut une véritable épreuve, car la gencive était encore fragile, et même en étant le plus précautionneux possible, il se faisait mal sans cesse. Il finit par abandonner et tenter un bain de bouche, ce qui s'avéra être une idée terrible, car ça le brûlait tellement qu'il se retrouva à abattre son poing sur le lavabo pour ne pas crier et déranger ses voisins.
Mais quel abruti !
Haletant comme un chien en hyperventilation, il mit un temps à se rendre compte qu'on frappait à sa porte. D'abord doucement, puis plus franchement. Pensant à un jumeau qui aurait pu oublier quelque chose, il traîna les pieds avant de se rappeler qu'ils n'étaient pas les seuls à connaître son adresse, et quelque chose de désagréable s'installa dans son ventre. Ça pouvait tout aussi bien être Roger, aussi prit-il son temps pour vérifier dans le judas.
Oliver dû vérifier deux fois pour être sûr que sa vision était bonne.
Parce que, encore une fois, c'était lunaire.
Intrigué, Oliver ouvrit la porte sur l'agent Flint qui était tout simplement incroyable dans sa veste en cuir, un casque de moto sous le bras. Son visage sévère avait une expression préoccupée qu'Oliver ne savait pas comment interpréter.
- J'ai vu de la lumière en bas.
Oliver hocha la tête, ne sachant pas quoi dire d'autre. Son cerveau était en train de traiter la donnée. L'agent Flint était chez lui. Il ne lui avait pas donné son adresse, il en était certain. Comment diable était-il venu ?
Et surtout, pourquoi ? Son rythme cardiaque commença à s'accélérer. Toujours immobile, l'agent Flint fronça les sourcils en regardant son visage d'un air agacé.
- C'est un sacré bleu, commenta-t-il.
- Plus de peur que de mal, répondit automatiquement Oliver.
Vraiment, il n'arrivait plus à avoir de pensées cohérentes. C'était de l'inquiétude qu'il percevait ?
- Vous avez eu des ennuis à cause de ça ? demanda Oliver. Je suis vraiment désolé, et...
- Tu saignes toujours ?
- … pardon ?
L'agent avança d'un pas et l'effluve de son parfum emplit le nez d'Oliver. Sa prise se serra contre le montant de la porte pour cacher sa nervosité, et son cœur tambourinait dans sa poitrine. Les yeux sombres scannaient sa joue et Oliver fut réellement surpris quand l'agent saisit son menton pour tourner son visage, le regardant sous toutes les coutures.
Ne pas s'emballer. Rester sur Terre. Une rapide inspection, voila ce que c'était.
Bon sang, mais pourquoi son cœur battait aussi fort ?
- Ça mettra des jours à disparaître.
Oliver le savait, mais il était surpris que l'agent semble contrarié à ce point. Est-ce que c'était ça qui l'avait motivé à venir chez lui aussi tard ? Malgré lui, les paroles d'Angelina revenaient dans sa tête alors qu'il essayait de les chasser.
- Tu saignes toujours ? demanda à nouveau l'agent, tout près, et Oliver réalisa seulement qu'il le tutoyait.
- Plus trop.
Oliver ne savait même pas pourquoi il avait chuchoté. Puis il se rappela qu'ils étaient encore sur le palier, alors il recula d'un pas pour lui proposer d'entrer un instant et respirer un peu mieux.
Il n'avait pas prévu que l'autre comblerait la distance entre eux immédiatement. Non, il n'avait pas prévu la main sur sa nuque, pour rapprocher sa tête, mais il avait compris immédiatement l'intention derrière.
Parce que ça, ce n'était pas une variable à interpréter, c'était une invitation silencieuse, et Oliver n'avait aucune hésitation quand il saisit un pan de la veste en cuir pour l'attirer à lui.
Ce fut explosif – dans tous les sens du terme.
Déjà parce que la bouche de l'agent était tout simplement à son image ; sans pitié. Il n'embrassa pas Oliver, il le dévora sans ménagement et bon sang, Oliver ne se souvenait pas de la dernière fois qu'on lui avait roulé un patin pareil, mais c'était juste divin.
