Petit mot de l'auteure : bon, j'ai un mémoire à faire...


Jour 3 : Coup

Contexte : pre livre


Cela faisait déjà quatre jours que cette Grisha et lui erraient à travers les plaines désertiques de Fjerda. Si tant est qu'ils soient dans sa patrie... Comme l'insupportable sorcière l'avait fait remarquer, ils pouvaient très bien être de l'autre côté de la frontière, pour ce qu'il en savait. Mais Fjerda, Ravka... C'était triste à dire, mais pour l'instant, la nature de la terre qu'ils foulaient n'avait aucune importance. Il était perdu dans des steppes de glace, avec pour seule compagnie une grisha exubérante et irrespectueuse. Il avait plutôt résisté à l'envie de l'assassiner sur place, mais plus les heures défilaient, plus éloigner cette pulsion devenait compliquée. Il fallait dire qu'elle était plutôt... horrible. Elle parlait sans cesse, rigolait de lui, parfois d'elle-même, chantait, dansait, bref, s'agitait avec une joie de vivre qui le déconcertait grandement. Elle ne se calmait que lorsqu'elle s'employait à lui expliquer en quoi il se trompait à son sujet et à propos des autres Grisha.

Comme ce jour-là, où elle jacassait si fortement qu'il lui ordonna sèchement de se taire. Bien sûr, elle le prit plutôt mal.

- Qu'est-ce ça peut te faire, que je parle ? C'est pas comme si je t'obligeais à me répondre. Contrairement à toi, je ne prive pas les gens de leurs libertés élémentaires.

Piqué à vif, il ne trouva rien d'autre à répondre que l'attaque.

- Ca risque d'attirer des ennemis... Tu rigoleras moins quand je devrais te défendre.

Là, la Grisha explosa tout simplement de rire.

- Toi ? Me défendre ? Comme si j'avais besoin de ton aide en combat !

- Bien sûr que oui. Tu es une femme.

- Ah. oui. J'avais oublié qu'à cause de nos seins et notre sexe nous ne pouvions pas nous battre.

Il faillit lui répondre « tu vois » avant de se rappeler de la spécialité de l'autre : le sarcasme. Confirmant ses craintes, elle le regardait avec un air suffisant et provocateur.

- Tu sais quoi ? finit-elle par dire. On va se battre. Tous les deux.

- Je ne frappe pas les femmes.

- Si je gagne, enchaîna-t-elle comme s'il n'avait rien dit, tu arrêtes de me dire que ce n'est pas naturel pour les femmes de se battre. Si tu gagnes... J'arrête de parler pendant deux heures.

L'offre était alléchante. Néanmoins, un détail l'embattait. Comme si elle lisait dans son esprit, elle rajouta :

- Je n'utiliserais pas ma magie, déclara-t-elle solennellement. Je le jure sur le bon Dieu des Gaufres.

Matthias ne la connaissait peut-être que depuis une poignée de jours, mais cela lui avait suffit à comprendre sa dévotion pour cette drôle de nourriture. Alors aussi étrange qu'était ce serment, il décida de la croire.

Il se mit alors en position, la sorcière en faisant de même.

- Ne retiens pas tes coups, lança-t-elle.

Au début, il voulait ne pas l'écouter ; mais sitôt qu'il se mit en mouvement, son passé militaire et la frustration des derniers jours revint en force. Il décocha un puissant coup de poing qui vint se loger dans la joue gauche de la Grisha. Celle-ci tituba sous le choc mais se reprit bien vite, évitant les autres frappes, essayant de lui en asséner. Il était tout occupé à surveiller ses poings qu'il ne vit pas arriver le pied, dressant une magnifique arabesque jusqu'à son entrejambe.

Bien évidement, le coup le mis KO, donnant la victoire à la rousse.

- C'était de la triche... grommela-t-il par dessus la douleur.

- Parce que quatre soldats qui m'attaquent de dos, c'était du jeu peut-être ? La guerre c'est la guerre, mon cher.

Et Matthias ne sut pas vraiment quoi répondre à cela.

Lorsqu'il eut reprit son souffle, ils se remirent en route. Même si elle avait remporté le duel, la femme se taisait, ressassant sûrement son enlèvement. Et, pour la première fois, Matthias en était malheureux. Avec ce silence, il ne pouvait pas ne pas entendre son cœur criant une vérité qui le torturait : si il s'était trompé sur les capacités guerrières des femmes, sur quoi d'autre avait-il bien pu faire erreur ?