Petit mot de l'auteure : ça fait longtemps que je l'avais écrit celui-là
Jour 7 : Tu me désespères
Contexte : pas de contexte précis
Nina Zenik n'était pas du genre à souvent tomber malade. Mais par tous les dieux, quand elle l'était, elle ne faisait pas les choses à moitié, au plus grand déplaisir de ses camarades.
- A ce rythme là, la ville entière va être au courant de notre position, soupira Kaz après un nouveau gémissement dramatique de la grisha.
- Elle est fatiguée, commenta Matthias. Laisse la un peu tranquille, et elle sera sur pieds très rapidement.
Le chef des corbeaux l'avait alors regardé comme s'il se demandait si il allait le frapper, mais avait finalement haussé les épaules.
- On verra si tu dis toujours la même chose dans deux heures.
Puis il l'avait planté là, l'abandonnant à son sort.
Matthias s'était dit qu'il avait dû exagérer. Oui, Nina était exubérante et oui, être malade semblait avoir décuplé ce trait de sa personnalité, mais tout de même. Elle était malade. Ce n'est pas comme si elle était en état de lui mettre sous poing dans la figure, n'est-ce pas ?
Une heure après, Matthias se rendit compte que Kaz avait raison.
Nina était tout simplement insupportable. Elle ne cessait de pousser de lancinants râles, de parler toute seule – le blond était sûr qu'elle rêvait de le faire et utilisait l'excuse de la fièvre pour se lâcher – et de réclamer tout et n'importe pour « l'aider à combattre cette insoutenable souffrance ». Matthias était à peu près sûr que personne de malade ne pouvait employer de si jolies formulations. Mais dès qu'il faisait mine de ne pas l'entendre, Nina se mettait à renifler si bruyamment qu'il en perdait la tête.
Au bout du 132e reniflement, Matthias ne tint plus.
- Tu me désespère bordel !
D'ordinaire, il évitait de jurer.
Ceci dit, d'ordinaire, il ne jouait pas les garde-malades d'une grisha légèrement dramatique.
Nina fit elle aussi quelque chose qu'elle ne faisait pas d'ordinaire : elle se mit à pleurer.
À cet instant, elle perdit toute son élocution, son langage se réduisant à des sanglots et des mots épars tels que « rejetée », « je savais », « injuste ». Mais le pire fut atteint quand elle laissa échapper un larmoyant « Je savais que tu me détestais encore » lancé avec une sincérité qui le déconcerta. Au fond d'elle-même, Nina pensait qu'il lui en voulait toujours. C'était terrible ! Il n'y avait rien de plus faux !
Il tenta de lui parler en ces termes, mais la pauvre grisha pleurait tellement qu'elle ne sembla pas l'entendre.
Alors, désespéré de lui faire comprendre ce qu'il ressentait réellement au fond de lui, il s'approcha d'elle pour l'embrasser.
Cette action eut trois conséquences.
Premièrement, Nina s'arrêta de pleurer.
Deuxièmement, il se retrouva le lendemain tout aussi malade qu'elle. Mais ce n'était pas très important.
Car troisièmement, ce furent à deux qu'ils affrontèrent la maladie, main dans la main, comme ils affronteraient tout le reste maintenant.
