Petit mot de l'auteure : j'ai terminé mon mémoire YEAH
Jour 8 : Arme
Contexte : après le naufrage
- Je ne comprends pas comment vous pouvez traiter des êtres humains avec une telle cruauté, murmure Nina.
Cela fait peu de temps qu'ils se connaissent, tous les deux. Pourtant, Matthias a bien compris qu'elle était exubérante et adorait parler. Pourtant, cette fois-ci, elle est calme, sa joie de vivre oubliée. Il faut dire que la scène sur laquelle ils sont tombés est macabre : un bûcher, dans lesquels se devinent les restes de ce qui étaient encore peu de temps auparavant des Grishas. Le blond aurait dû se réjouir de cette vision : des sorciers étaient morts, l'humanité s'en portait mieux. De plus, il y avait de fortes chances pour qu'un tel bûcher ait été érigé du côté fjerdan de la frontière. Autrement dit, chez lui.
Pourtant, il ne ressent pas de joie ; rien d'autre qu'un douloureux et incompréhensible besoin de justifier cette horreur.
- Vous n'êtes pas des êtres humains, répond-t-il alors. Vous êtes... des armes.
Et une arme, cela ne ressent rien. Pas de raisons de pleurer, dans ce cas ? Mais quand Nina se tourne vers lui, des larmes dans les yeux, il sent son cœur se rompre.
- Tu crois que cela nous fait plaisir, d'être changés en armes ? D'avoir été arrachés à nos familles, d'être forcés de s'engager dans un conflit qui nous dépasse ? Tu crois vraiment que je ne préférerai pas être restée chez moi, près des miens, à grandir dans la joie et l'amour ? Être loin de... de tout ça ?
Se disant, elle pointe de la tête les cendres.
- Toi, tu rêves de tous nous tuer. Moi, tu vois, mon plus grand rêve, c'est celui d'une mort m'éteindre paisiblement dans mon sommeil. Je sais qu'au moment même où on a découvert ma magie, ma vie m'a été retirée. Tout ce qui me reste, c'est ma mort. Mais à cause des gens comme toi, même ça m'est arraché.
Son discours lui fait du mal. Comme toujours, Nina sait trouver les mots qui blessent et qui, surtout, ébranlent son monde entier. Mais rien ne le touche plus que la phrase qu'elle murmure, amère :
- Je pensais que toi, plus que quiconque comprendrait ça.
- Pourquoi, « moi plus que quiconque » ? demande-t-il sur la défensive.
Jamais Matthias n'a vu un regard aussi triste que lorsqu'elle lui répond :
- Parce que toi aussi, tu es un enfant soldat, arraché à ta vie, destiné à la mort. Toi et moi, on est pareils.
