Petit mot de l'auteure : c'est le premier texte que j'ai écrit


Jour 145: Genre : drama

Contexte : pas de contexte précis


Quand il l'avait capturée, quand il ignorait encore tout d'elle jusqu'à son nom, elle lui avait jeté au visage une phrase qu'il n'avait pas pu oublier.

Le sang attire le sang.

Il ne savait pas bien pourquoi ces quelques mots étaient restés coincés en lui. Ce n'est pas comme si cette impertinente grisha n'était pas bavarde... Elle lui avait pourtant dit des choses bien pires ! Mais de toutes les insultes et provocations, c'était cette phrase qui avait résonné dans son esprit quand il était monté se coucher. Cette phrase qui l'avait empêché de s'endormir, cette phrase qu'il visualisait au loin à travers les flots.

Le sang attire le sang.

Quand il était retourné sur le pont inférieur, il avait trouvé deux soldats en train de proférer des injures envers elle. À l'époque, elle n'était pas encore Nina, juste une prisonnière bien trop téméraire et irrespectueuse, bien trop ravkanne, et pourtant, son instinct premier avait été de la défendre. « Tu ne vas pas la toucher ! » c'était-il écrié, dégoûté. Il avait sentit les regards de ses compagnons, aussi surpris que ceux des prisonniers. Il s'était alors sentit obligé de bredouiller une vague excuse – « tu coucherai avec ton chien ? » - qui lui avait laissé un goût de bile amère dans la gorge.

Il était ressortit de cette conversation perturbé, sentant que quelque chose n'allait pas. Puis, il avait croisé les yeux de la fille, et avait compris pourquoi son instinct avait bondi.

Dans les yeux de son ennemie, il n'y avait que de la rage et haine pure. C'est ce que son sens de soldat avait repéré avant même de le voir ; cette intime conviction que si ces hommes lui faisaient d'avantage de mal, elle trouverait un moyen de tous les tuer très lentement et très douloureusement.

Le sang attire le sang.

Il avait grandit avec ce précepte. Les ravkans avec leur armée de Grisha les avaient attaqués, avaient versés leur sang ; il n'était que justice de prendre maintenant le leur. Mais dans la bouche vulgaire de cette fille, il avait réalisé quelque chose. Du point de vue de leur ennemi, c'étaient eux les méchants. Eux qui prenaient leur sang, contre eux qu'il fallait se défendre. Une question était née dans son esprit : qui avait raison ? Qui avait fait couler le sang en premier ?

Et surtout, si chacun venger les siens... comment se sortir cette boucle sanglante ?

Fallait-il... se rétracter ?

À cette simple pensée, son sang avait bouilli : il était hors de question pour les Fjerdan de faire le premier pas. Accepter la paix et se montrer grand seigneur, oui – mais rentrer la queue entre les jambes et se montrer faibles... Hors de question. Le problème, c'était que les Ravkan devaient penser pareil.

Telle était la vérité coupable : personne ne voulait vraiment s'avouer vaincu.

Alors à défaut d'autre chose, ils continueraient à se tuer.

Et quelqu'un devrait bien en payer les conséquences à un moment.

Il avait simplement naïvement cru qu'il n'était pas concerné.

Le sang attire le sang.

Oui, ce que Nina avait dit était vrai.

Et aujourd'hui, il en payait les pots cassés.

Si seulement il avait fait quelque chose pour arrêter tout cela... Peut-être pourrait-il profiter de leurs victoire avec les Corbeaux. Mais à cause de tout le sang qu'il avait versé, il était condamné à regarder le ciel s'obscurcir, ses dernières pensées pour Nina.

Je suis désolé.