Mot de l'auteur : J'vous ai laissé sur votre faim au chapitre précédent ? Allez, encore un peu de l'agent Flint par ici. Nous arrivons à la moitié de l'histoire à moins qu'il ne me prenne une petit envie de prolongation. D'ailleurs, vous en pensez quoi du pari de Harry et Draco ? A votre avis, Harry aura-t-il son poulailler ?

Kiss kiss


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Donne-moi ton cœur, baby

Partie V

Clair et concis

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- Oh, fut tout ce qui franchit la bouche de Draco quand il ouvrit la porte sur Oliver. Harry est dans le jardin, annonça-t-il en s'effaçant pour le laisser entrer.

Les yeux métalliques le scannaient silencieusement et Oliver essuya ses pieds sur le paillasson avec un sourire en coin.

- Tu meurs d'envie de savoir d'où ça vient, n'est-ce pas ?

Draco releva ses manches dans un geste calculé, laissant couler son regard sur la joue d'Oliver.

- J'ai eu un bref résumé. J'avoue cependant que je ne m'attendais pas à un tel dégradé de couleur. Tu as mis de l'arnica ?

- Attention, je pourrais croire que tu t'inquiètes pour moi.

L'avocat se contenta d'étirer ses lèvres.

- Je t'ai laissé une paire de bottes, près de la véranda.

- Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Lord Malfoy ?

L'autre leva les yeux au ciel en marmonnant quelque chose dans sa barbe inexistante. Oliver s'appliqua à quitter ses chaussures dès l'entrée puis traversa les multiples pièces en enfilade pour rejoindre la véranda. Près de la grande baie vitrée, il chaussa la paire de bottes que Draco avait laissé à son attention.

Sur certains points, ils avaient leur similitudes tous les deux, notamment l'horreur de se salir.

Il avait plu énormément durant la nuit, aussi le jardin potager que construisait Harry était chargé d'humidité et de boue, et il n'y avait rien qu'Oliver détestait plus au monde que marcher dans la gadoue. Ça suffisait littéralement à lui donner la chair de poule et le rendre mal-à-l'aise au-delà du supportable. Une fois prêt, il déboucha dans le jardin, prêt à en découdre avec la terre.

Il trouva Harry en train de replanter ses semis. A genoux à même la boue, son vieux pantalon de jardinage était tellement crasseux qu'Oliver du détourner le regard un moment et souffler quelques secondes. C'était une angoisse terrible pour lui.

- Ah ben merde alors, fit Harry après s'être tourné vers lui.

- Vous vous êtes passés le mot, ou quoi ? grogna Oliver en enfonçant les mains dans les poches de sa veste.

Son ami essuya grossièrement ses mains sur ses genoux.

- Mais t'as pas réussi à l'esquiver ?

- J'ai été surpris, se défendit Oliver.

- Oui, Angélina m'a appelé hier soir. J'attends un compte-rendu un peu plus détaillé par contre. Parce que ça ressemble à un rencard, et je suis plutôt étonné que tu ne m'en ait pas parlé avant si c'était le cas.

Harry se releva vers lui, un sourire amusé sur le visage.

- Et je suis sûr que c'est en lien avec le suçon qui dépasse de sous ton écharpe.

oOo

- Merde alors, laissa échapper Harry avec une expression perplexe sur le visage.

- Comme tu dis.

- Mais genre… pas du tout ?

- Pas du tout, grogna Oliver, maussade.

- Ouah.

Harry prit une longue gorgée de bière pensivement tandis qu'Oliver faisait les cent pas dans la véranda. Il devait être vraiment préoccupé car ses tocs ressortaient particulièrement aujourd'hui. Harry le regardait du coin de l'œil triturer ses doigts, se demandant ce que ça allait être cette fois.

- Dis-moi, invita Harry d'une voix douce.

Debout derrière un fauteuil, Oliver attendit un peu avant d'esquiver son regard.

- Ton cadre n'est pas droit.

- Je vis avec Draco, rappela Harry avec patience. Ce cadre est droit.

- Non il est légèrement penché. Tu vois, juste… comme ça.

Harry le regarda tendre un doigt timide et légèrement pousser sous l'angle d'un cadre suspendu. Pour lui, rien n'avait changé, mais un réel soulagement passa sur le visage d'Oliver. C'était un indicateur assez révélateur.

- D'accord, tu es comme ça depuis quand ?

- Depuis toujours, esquiva Oliver en glissant une main discrète sur l'abat-jour pour le redresser également.

- Olivier Dubois, menaça Harry.

Son ami darda sur lui un regard offusqué.

- Eh, tu n'as pas le droit de m'appeler comme ça.

- Je t'appelle comme je veux quand tu es en crise. Je te demande depuis quand tu es comme ça. C'est depuis que tu as été cogné ?

- C'est probablement ce qui a déclenché ton impuissance, fit Draco en débarquant comme si de rien n'était. Oh, pardon, je dérange ?

Harry vit avec consternation le menton d'Oliver tomber de sa mâchoire et ses joues se colorer violemment. Son mari avait une expression narquoise en entrant dans la pièce, un plateau de thé chargé dans les mains.

- Mais depuis quand il est là, lui ?

- Je suis chez moi, rappela Draco en s'installant dans un fauteuil près de Harry. Reprenons. La plupart du temps tu déclenches tes obsessions quand tu es stressé. Et un stress intense a pu te rendre impuissant.

- Je ne suis pas impuissant ! s'indigna Oliver. J'ai eu… un petit blocage.

- A d'autres, Wood. Tes mains tremblent, tu es incapable de rester en place et depuis que je suis arrivé tu cherches quelque chose de rouge à toucher car il est 15h15.

Il sortit de sa poche un mouchoir en tissus parfaitement repassé et le lui tendit. Oliver avait une mine coupable en se penchant vers lui pour tapoter deux fois le tissu écarlate du bout des doigts.

- Assied-toi, invita Draco d'une voix plus douce.

Oliver se laissa glisser sur un fauteuil, les mains crispées sur ses cuisses. Draco prépara son thé avec application et servit deux tasses. Il avait ramené ses cheveux pâles en arrière et remonté les manches de sa chemises au niveau de ses coudes comme lorsqu'il bossait sur un dossier méticuleux. Harry le trouvait magnifique comme ça.

L'intervention de Draco était une réelle surprise, aussi il la nota dans un coin de sa tête pour lui demander des comptes plus tard.

- Donc le petit ami de Roger t'as fracassé, résuma Draco en tendant une tasse qu'Oliver saisit du bout des doigts. L'agent Flint a prit ta défense. Il a maîtrisé l'individu. Plus tard il est venu chez toi. Tu étais blessé et il était tard. Qui a initié le baiser ?

- Mais comment tu sais tout ça, toi ?

- Déduction basique, esquiva Draco, et à la manière dont il porta la tasse à sa bouche, Harry soupçonnait qu'il ne disait pas tout. Répond-moi.

Oliver bafouilla un instant en touillant sa tasse de thé.

- Il m'a prit la nuque et je l'ai tiré vers moi.

- Il t'a demandé avant ?

- Mais c'est quoi, ces question ? Il n'a pas demandé, il ne parle pas beaucoup figures-toi. Mais il n'a rien initié non plus, je ne sais pas comment te le dire. Comme s'il attendait la permission.

- Donc il n'a rien fait que tu ne voulais pas.

- T'es bouché ou quoi ? s'énerva Oliver.

Draco resta imperturbable et Harry fasciné, le laissa mener sa réflexion. Gracieusement, il bu une longue gorgée et se relaxa dans le fauteuil pensivement.

- A ce moment, c'était comment ?

- Bien, répondit pudiquement Oliver. Je l'ai invité à entrer et on a continué sur le canapé.

- A vous embrasser ?

- C'est pas le mot que j'aurais choisi, se permit Harry avec un sourire entendu.

- J'ai cru qu'il allait me bouffer, avoua Oliver, les joues roses. Mais je voulais ça, sincèrement. C'est comme si on ne pouvait pas se lâcher.

La mine de Draco était posée quand il continua, mais Harry voyait la préoccupation dans ses yeux. Il avait raté quelque chose ? Ou Oliver n'avait pas tout dit ? Quoi qu'il en soit, son mari était en train de le cuisiner doucement et Harry lui faisait totalement confiance pour atteindre son objectif. Les yeux rivés au sol alors qu'il se remémorait, Oliver continuait de lui-même.

- J'avais un peu mal à cause de ma gencive, donc j'ai demandé à faire une légère pause. Mais il était bloqué sur ma joue. Je ne sais pas pourquoi, il n'arrêtait pas de la fixer comme si elle l'énervait. Il la caressait en boucle, mais il ne me faisait pas mal. D'ailleurs c'est surprenant, parce que je suis sûr qu'il me pourrait me soulever à une main, mais il était très... délicat ? On a recommencé à s'embrasser et ça s'est fait naturellement. Mais j'ai pas réussi à bander.

- Qu'est-ce qu'il a fait ?

- Tu attends réellement un déroulé complet, là ? commençait à s'agacer Oliver. Parce qu'il m'a demandé s'il pouvait me défroquer, il l'a fait et il a fait tout ce qu'il fallait littéralement… Ben ça s'est pas levé. J'ai été gêné et paniqué. Il m'a dit que c'était pas grave, on s'est couché sur le canapé comme deux ados. Quand je me suis réveillé il était parti. J'ai merdé et j'ai tout niqué, putain !

C'en fut trop pour Harry, car il se leva d'agacement et fonça sur Oliver pour lui coller une taloche franche derrière la tête. Ce dernier sursauta en ouvrant des yeux stupéfaits sur lui.

- Olivier putain de Dubois ! gronda Harry en utilisant volontairement son patronyme français. On parle d'un homme qui connaît des choses sur toi.

Nouvelle taloche.

- Qui a sauvé tes petites fesses par deux fois. Qui t'as attendu dans le restaurant où tu bosses...

Re-taloche alors qu'Oliver levait faiblement les bras pour se défendre, ahuri du comportement de Harry qui continuait sous le regard perplexe de Draco. Son mari en savait définitivement plus qu'eux, et il n'était pas certain de savoir comment l'interpréter.

- Qui a montré suffisamment d'inquiétude pour revenir te voir après ton agression, ajouta alors Draco, le nez dans sa tasse. Il a probablement fouiné sur ta plainte pour trouver ton adresse.

- Personne, continua Harry. Je dis bien personne, ne se pointe à minuit passé comme une petite fleur sans avoir un minimum de préoccupation. Moi ce que je crois, c'est que tu as flippé parce que tu as compris qu'il allait y avoir quelque chose de plus sérieux que ce que tu pensais, et tu t'es fait avoir à ton propre jeu. Alors tu vas ramener tes fesses chez toi, et tu vas le rappeler tu m'as bien compris ? Tu m'as compris ?

- Oui, c'est bon. Stop ! Arrête, bordel !

Une main en l'air, Harry le toisa une nouvelle fois de toute sa hauteur et rajusta son tablier de jardinage comme s'il ne s'était jamais emporté.

- Bien.

Il se rassit sous le regard perçant de Draco, et Harry se promit de le cuisiner à son tour plus tard.

oOo

- Je me suis rappelé que je ne vous avais pas remercié, se justifia Oliver, mal assuré.

En face de lui, l'agent Flint le toisait par dessus la pile de Tupperware qu'Oliver avait déposé sur son bureau. Son regard était indéchiffrable, et ça rendait Oliver encore plus nerveux. Ce dernier tendit une main timide pour replacer une pile de feuille qui dépassait du coin du bureau. Les yeux sombres le suivaient méticuleusement sans rien laisser paraître.

- Il…

Oliver se racla la gorge avant de se rendre compte que les stylos n'étaient pas posés à espace réguliers. Il serra son pantalon au niveau de la cuisse pour se retenir de les aligner un par un. L'agent allait le prendre pour un barge.

- Il y a beaucoup de petits pois, j'espère que vous aimez. Je n'ai pas fait de poisson et il n'y a pas de citron non plus.

Sur les conseils de Harry, il avait cherché comment reprendre contact avec l'agent Flint. Il n'avait pas son numéro de téléphone, alors il s'était dit qu'il pourrait peut-être le voir durant l'heure de sa pause repas, directement au commissariat. Seulement, y aller les mains vides aurait peut-être donné l'impression qu'il était désespéré, et Oliver avait une fierté à préserver tout de même. Alors il avait fait ce qu'il savait faire de mieux, cuisiner pendant trois heures. C'était quelque chose qu'il avait hérité de son père, l'amour de la cuisine, et le plaisir de partager.

Au début, il avait fait une simple ratatouille. Puis il s'était souvenu qu'il avait un sachet entier de petit pois décongelés à passer. Et après, il avait pensé au fait que l'agent vivait encore en caserne et qu'il n'avait peut-être pas l'occasion de cuisiner souvent, et… et il s'était laissé emballer dans la préparation.

Une fois arrivé au commissariat pour midi, il n'avait pas eut à beaucoup se justifier. L'agent à l'accueil se souvenait de lui lors de son audition contre McLaggen. Après quelques mots simples échangés et le contenu de son sac isotherme vérifié par l'agent Zabini, il avait été conduit dans l'espace commun où l'agent Flint avait son bureau.

Comme une impression de déjà vu, bien que ce ne soit pas pour une verbalisation cette fois.

- Tu veux dire que tu as fait tout ça ? demanda finalement le policier en désignant la montagne de Tupperware entre eux.

- Je cuisine mes repas à la semaine pour m'organiser. C'est un système très économique.

- C'est ce que je vois, reprit l'autre en prenant une boite de quiche qu'Oliver avait soigneusement étiqueté « Jeudi Soir – Quiche Fêta/Petit Pois ».

Il y eut un silence partagé durant lequel Oliver avança une main timide pour tourner le stylo rouge du policier afin que le bouchon soit en harmonie du même côté que les autres. Conscient que l'autre n'en avait pas perdu une miette, il avala sa salive nerveusement et reposa sagement sa main sur sa cuisse.

- Voilà. Je ne vous dérange pas plus. Bonne journée.

Il se leva pour prendre la fuite quand un bras solide jaillit et attrapa son poignet pour le retenir par dessus le bureau. A côté d'eux, l'agent Zabini les regarda d'un air curieux mais ne fit pas plus attention et retourna à sa paperasse.

- Je vais trouver une place pour tout ça, merci, prononça le policier de sa voix grave. Tu m'attends et on mange dehors.

Il n'y avait aucune proposition dans la phrase. C'était un ordre inflexible bien que déguisé et Oliver en avait bien conscience en se rasseyant sagement sous le regard implacable. Son poignet ne fut relâché qu'après qu'Oliver ait acquiescé de la tête, la bouche sèche.

La sensation était de retour, il sentait sa peau se grêler d'être la cible de l'intense regard sombre.

Il allait se faire bouffer.

oOo

- Je te présente mes excuses. Tu n'étais pas en état et j'aurais du le prendre en compte.

Oliver se stoppa en pleine mastication et son regard dériva prudemment vers l'agent Flint. Assit sur le siège conducteur, celui-ci avait reculé son siège pour s'installer confortablement, et les lunettes de soleil qu'il portait cachaient une partie de son visage. Il était tellement décontracté qu'Oliver aurait pu oublier qu'il n'était qu'en pause repas s'il ne portait pas son uniforme.

Ils n'étaient pas allé loin dans le véhicule de l'agent, à peine quelques rues pour être tranquilles, garés sous les arbres d'un parking privé après avoir récupéré à manger en drive.

- Ouais, mais non, balbutia Oliver en essuyant sa bouche.

Après tout leur repas en silence, Oliver ne s'était pas attendu à ce que ce soit le policier qui ramène le sujet sur la table. Il eut le loisir de voir un épais sourcil sombre s'arquer par-dessus la monture solaire.

- C'est moi. J'ai paniqué. En fait…

Son regard accrocha une tâche sur l'airbag qu'il se mit à astiquer mécaniquement avec la serviette de son repas, tout en cherchant ses mots avec soin. Il n'osait pas regarder à nouveau le brun, craignant de passer pour un demeuré. Pourtant, il devait s'expliquer avant de créer un malentendu plus grand, même ça si lui coûtait de se livrer de la sorte.

- Je fais facilement des crises d'anxiétés, reprit-il, conscient qu'il parlait trop rapidement. Ça me déclenche des phases maniaques et je bloque tout. Rien à voir avec vous, du tout. Parce que avez été au top. J'ai… je sais pas pourquoi. Le contrecoup de la soirée ? Parce que, l'envie elle était là, hein. Mais ça part pas, ça ?

Une main plus grande recouvrit la sienne et la pressa doucement, le faisant stopper momentanément.

- C'est de l'usure, ça ne partira pas, dit simplement l'agent Flint avant de le repousser gentiment dans le siège.

Oliver suivit le mouvement, les yeux toujours fixés sur l'éclat mat sur le tableau de bord.

- Alors il faut utiliser du…

La bouche de l'agent sur la sienne l'empêcha d'aligner les mots suivants. C'était certainement la meilleure façon de lui dire de se la fermer, car lorsque l'agent rompit le baiser pour s'éloigner avec un air satisfait sur le visage, Oliver lui attrapa la nuque pour happer ses lèvres à nouveau. C'était plus franc que l'autre fois, parce que leur bouches se connaissaient et Oliver était vraiment à deux doigts de ronronner de plaisir chaque fois que l'agent reprenait ses lèvres avec avidité.

Le baiser prit une tournure impérieuse quand le policier posa une main sur sa hanche et la pressa, lui faisant sentir son envie malgré lui. Oliver sentait des frissons merveilleux parcourir sa colonne vertébrale. Le parfum de l'agent Flint lui emplissait le nez, sa main sur sa joue était brûlante, et il n'arrivait presque plus à respirer convenablement. Tout était trop, et cette fois, son excitation était manifeste dans tout son corps.

- Stop, stop… intima l'agent Flint quand ils se séparèrent pour reprendre leur souffle. Je dois bientôt reprendre.

Oliver le vit prendre une inspiration et grand dieu, ses lèvres étaient incroyables d'avoir été aussi malmenées. Son bas-ventre se noua presque douloureusement quand il pensa à l'endroit où il les voulait exactement.

Le policier passa une main pour lisser sa barbe, reprenant son souffle.

- Je finis à vingt-deux heures et…

- Viens chez moi, le coupa instantanément Oliver en se redressant à sa hauteur. Dès que tu as finis, viens chez moi.

oOo

- Ça fait un moment que ça me trotte dans la tête..., le bouscula Draco pour entrer dans son appartement à peine la porte ouverte.

- Et je t'en prie, sois le bienvenu… marmonna Oliver en fermant derrière lui.

Une cigarette perchée aux lèvres, Draco s'immobilisa, les mains dans les poches de son pantalon noir. Le nez plissé, il laissa son regard d'orage dériver sur le petit salon. Le blond se tourna vers lui d'un air étonné.

- Tu as fais brûler de l'encens ?

- Qu'est-ce que tu viens faire ici ? contra Oliver, agacé.

Le nouvel arrivant scanna la pièce une nouvelle fois et son regard inquisiteur se posa sur Oliver.

- Tu l'a invité ce soir.

- Je pense que Harry t'attends.

- Dehors, ordonna Draco en s'engageant sur le balcon sans attendre sa réponse. Avec ton paquet.

Oliver ferma les yeux en ravalant un grognement. Il avait fait tant d'effort pour faire disparaître l'odeur de la cigarette de chez lui que c'était vraiment dommage de tout gâcher. Draco avait toujours su comment utiliser les bons mots pour le mener là où il le voulait.

Lorsqu'il rejoignit le blond sur le balcon exiguë, Draco avait déjà allumé sa cigarette qu'il tenait à présent gracieusement entre ses longs doigts. Accoudé sur la rembarre métallique, il avait une expression si sérieuse qu'Oliver savait d'avance qu'il n'aimerait pas leur discussion.

Ça se confirma quand l'avocat lui tendit son précieux zippo en argent. Un cadeau offert par Harry peu de temps après leur rencontre, quand ils fumaient encore tous les deux. Oliver s'en saisit pour allumer sa cigarette directement à ses lèvres. Oiseau de mauvais augure, Draco ne venait jamais pour une visite de courtoisie, aussi Oliver savait qu'il le ménageait avec précaution. Si Oliver se souvenait bien, Draco ne fumait officiellement plus depuis près de deux ans. Vu le mal qu'ils avaient eut à arrêter, Harry l'aurait tué s'il le savait.

Le briquet fut rendu en silence, et Oliver attendit qu'il parle, parce que c'était toujours comme ça que le blond fonctionnait.

- J'ai mis du temps à faire le rapprochement, commença Draco en fixant un point dans le paysage. Et j'ai compris en voyant tes tocs revenir.

Il expira lentement vers le ciel, laissant monter la fumée avant de planter son regard dans le sien.

- N'en veux pas à Harry, je l'ai cuisiné longtemps parce qu'il me manquait un élément pour bien comprendre. C'est en lien avec la visite surprise de Roger, n'est-ce pas ?

Lentement, Oliver plissa les yeux, quelque chose de froid se serrant dans son ventre. Il tapota un peu trop fort sur sa cigarette pour en chasser les cendres. Le sujet vers lequel Draco l'amenait ne lui plaisait pas du tout.

- Je ne veux pas parler de ça avec toi, répondit Oliver d'un ton plus sec qu'il l'aurait voulu. Il ne s'est rien passé avec Roger. Je l'ai envoyé chier, c'est tout.

Draco le fixait toujours intensément en fumant.

- Nous savons tout les deux que ce n'est pas une histoire de consentement, pas vrai ? En fait, ça m'a semblé bizarre que Harry n'ait pas pensé à ça quand tu nous a raconté ton blocage. Mais il n'est pas au courant non plus, pas vrai ? continua Draco. Tu n'en as jamais parlé à personne. Je serais presque flatté d'être le seul au courant si tu n'avais pas salopé ma voiture ce soir-là.

- La ferme ! cria Oliver en perdant patience.

Il prit une longue inspiration de nicotine avant de reprendre plus calmement.

- C'est pour me dire ces conneries que tu te pointes chez moi à l'improviste ?

Ses mains tremblaient, et son cœur s'emballait. Face à lui, Draco le regardait toujours, stoïque.

- Je veux que tu dégages de chez moi, ordonna Oliver d'un ton mordant, les dents serrées.

Peu impressionné, Draco écrasa son mégot dans un pot à confiture qui servait de cendrier. Oliver détestait la manière dont ses prunelles grises le fixaient avec préoccupation.

- Pas tout de suite, répondit simplement Draco en se recollant contre la rembarre.

- Je ne veux pas de ta psychologie de comptoir, ni de ta pitié. Si tu es venu pour pisser dans mon crâne, casse-toi.

- Oh non, je ne crois pas, Oliver. Je te rappelle que c'est moi qui t'ai amené aux urgences. Roger ne t'a jamais touché, donc il ne peut pas savoir, et tu as eu peur de la réaction de ton charmant policier. Je crois,même que c'est pour ça que tu as accepté cette relation platonique avec Roger. En fait, tu n'as jamais recouché après, par vrai ? Tu en as autant envie que tu l'appréhende. Les choses sont devenues très vites sérieuses avec ton policier et tu as flippé.

Oliver lui tourna le dos obstinément pour finir sa cigarette, les doigts tremblants. Sa main libre passait et repassait dans ses cheveux nerveusement. Ça l'énervait que Draco puisse avoir raison, et encore plus qu'il soit venu à ce moment précis. Comme si Oliver n'en était pas malade d'avance.

- Je ne t'ai jamais demandé, mais ça a bien cicatrisé ? demanda Draco, plus doucement.

Pour toute réponse, Oliver lui adressa un splendide majeur qui arracha un léger rire à Draco.

- C'est pas vraiment un truc que je peux cacher, murmura Oliver.

Le blond avait sur lui son habituel regard impénétrable.

- Il me semble savoir que le pourcentage d'homme qui se rompent le frein n'est pas si rare que ça. Je sais que tu ne l'a pas choisie, mais vois ta circoncision comme un atout. C'est même plutôt hygiénique, à mon sens. Et puis dis-toi que ça ne pourra plus péter, cette fois, ajouta Draco malicieusement. Je reste persuadé qu'il ne te demandera même pas d'où ça vient.

- Dis-donc, tu sais comment redonner du moral aux troupes, toi.

- Toujours à ton service.

Les yeux mercure pétillaient maintenant que l'atmosphère était plus détendue. Il rajusta sa veste de costume et consulta sa montre avant de passer une main dans ses cheveux pour remettre quelque mèches pâles en place.

- Je sais qu'il se passe trop de choses dans ta petite tête et que tu en fais vite une montagne. De toute évidence j'ai bien fait de venir. Alors en selle, Wood. Profite de ce qu'il a à t'offrir et rappelle-toi une chose : c'est un mec. Il comprendra.

Oliver plaçait tout ses espoirs dans ces mots.