Cinquième, The Dueling Club
Quelques explications : Harry Potter et Tom Jedusor sont nés à la même époque. Gellert Grindelwald a tué les parents de Harry lorsqu'il était bébé. Harry grandit en France, où il mène une vie assez similaire à celle décrite dans le canon chez sa tante et son oncle, jusqu'à ce que le Seigneur des Ténèbres vienne le chercher. Son ennemi n'est alors pas Lord Voldemort, mais Gellert Grindelwald. Tom est le narrateur de cette histoire, elle est écrite de son point de vue.
Rating : M pour plus de sûreté
Couple principal : Tom Jedusor/Harry Potter
Réponses aux reviews !
L-u-f-f-y-2 :
Coucou ! Merci, oui tu as vu ? J'adore jouer aux échecs (j'aimerais le faire plus souvent), d'où cette idée de pièces qui prennent vraiment vie et ne bougent pas simplement toutes seules ! Espérons que l'avenir de Tom soit joyeux, mais avant ça, quelques difficultés l'attendent !
stormtrooper2 :
Coucou ! C'est sûr, Tom prend beaucoup en compte l'avis de Harry et il écoute vraiment ses conseils, donc c'est très probable que Harry parvienne à lui donner une idée. Ne serait-ce que par la conversation ! Harry est du genre à tenir ses promesses, Tom est en sécurité avec lui. Par contre, est-ce que Harry est en sécurité avec Tom ? C'est une autre histoire xD
Lady Zalia :
Merci de suivre cette histoire ! Oui, Tom est possessif ! Ce n'est pas nouveau, c'est déjà un trait de la personnalité du Voldemort du canon. La possessivité, la volonté d'exclusivité. Notre Tom est un adolescent, donc c'est encore plus exacerbé chez lui, car il n'a rien à quoi se rattacher et Harry lui tend la main. Alors bien sûr, Tom va s'en saisir et ne jamais la lâcher. Uran est horrible, je sais, mais il est un bon exemple de ce que représente la société sorcière à ce moment-là. Tom n'a pas la liberté d'aimer qui il veut, et surtout pas s'il souhaite ne pas faire de vagues et finir ses études sans problèmes. Tom s'imagine déjà clairement en train de réchauffer le lit de Harry XD mais il va sacrément ramer avant d'en arriver là, c'est certain ! Ce Harry est hyper vigilant, très sensible et attentif, il voit et comprend beaucoup de choses. Tom n'est-il pas le suspect numéro 1 de tous les futurs problèmes de Harry de ce jour jusqu'à leur séparation ? X) Oui, je voulais qu'ils développent des émotions pures l'un envers l'autre avant que Tom ne se jette sur Harry. Mais Tom a vraiment du mal à se retenir de lui faire une déclaration tonitruante ou enflammée, ce qui déstabiliserait énormément ce Harry au caractère plutôt réservé !
Invité :
Merci beaucoup ! Je suis contente qu'une autre lectrice de DISS' lise Duels, je retournerai sur DISS' dès que cette fanfiction sera publiée dans son intégralité !
makiang4 :
Merci de me lire ! J'espère que la suite te plaira, n'hésite pas à donner ton avis !
Sof-48 :
Merci, trop heureuse de retrouver une lectrice de Wattpad ici ! Et merci pour tous tes beaux compliments sur mon écriture, ça m'encourage énormément ! Tu as tout compris ! L'objectif est d'avoir un Tom humain et adolescent, ni noir ni blanc, mais complexe, avec ses propres problèmes. On sent qu'il pourrait basculer vers ce qu'on connaît de lui comme Voldemort, et en même temps, on croise les doigts pour qu'il parvienne à rester sur cette ligne, qu'il répare les morceaux brisés de son cœur pour qu'il n'ait jamais à fracturer son âme. Mon travail est très prenant, mais il me plaît et me laisse assez de temps pour me relaxer avec l'écriture et la lecture (mes passions de toujours).
Pheonix77 :
Merci ! Uran, c'est mon petit méchant de cette première partie de l'histoire, un antagoniste adolescent qui n'est pas vraiment à la hauteur, mais qui sait où appuyer pour faire mal. Et c'est Tom qui en souffre ! Mais bien sûr, le retour de bâton n'est jamais loin. Le Patronus de Harry est exactement fabriqué de la même manière que dans le canon. Harry s'imagine ses parents avec lui, lui parler, l'aimer, lorsqu'il était bébé. Il n'est même pas sûr lui-même si c'est un vrai souvenir ou s'il était trop petit et qu'il a inventé cette image dans sa mémoire, mais c'est ça qui lui permet de faire apparaître le cerf ! Toutes les révélations ne seront pas pour maintenant, mais vous avez déjà pas mal de détails pour reconstituer le puzzle de son passé.
Saylen :
Oui, j'imagine que du point de vue des lecteurs c'est frustrant, mais bien sûr, vous aurez toutes vos réponses plus tard dans l'histoire ! Notamment sur le passé de Harry. Je t'encourage à lire, c'est tout aussi important que le reste, si ce n'est plus !
TinaElena23 :
Trop contente que tu adores cette histoire ! Voldemort aime la vengeance, mais est-ce que ce Tom plus jeune va vouloir se venger ? C'est ce que je te propose de découvrir ! Oui, la relation entre Harry et Tom évolue vers plus de proximité, pour notre plus grand bonheur (et celui de Tom surtout XD). Moi aussi, je veux trop des pièces comme ça pour mon échiquier !
Kate :
Et moi, j'adore ta review ! Merci de me lire depuis si longtemps ! Et merci d'aimer autant cette idée avec les pièces d'échecs, ça fait un moment que je l'avais imaginée et je trouve que c'est parfait. Un moyen pour Harry et Tom d'en apprendre plus sur l'autre, mais sans rien dire d'eux-mêmes ! Il y aura plein de petits moments comme ça où ils se rapprocheront progressivement. J'espère que tu aimeras toutes mes idées !
Aymiline05 :
Hello ! Merci à toi de me lire et de me laisser des reviews ! Notre Tom est obsessionnel et il a aussi des tendances sociopathes. Je le répète, mais c'est une version adolescente de Voldemort ! Bien sûr qu'il y a des soucis avec sa façon de penser. Mais Harry l'ignore complètement ! Il voit en Tom un adolescent ordinaire, assez bon en magie, avec une enfance triste. Un garçon qui lui ressemble, en fait. C'est sûr qu'il prendrait la situation différemment s'il pouvait connaître les pensées de Tom à son égard, mais il les ignore, et c'est là tout le sel du scénario ! ;) Oui XD, j'aimais trop l'idée de pièces d'échecs vivantes et pas simplement "qui bougent", donc je leur ai donné du caractère !
luciflam :
Et quel plaisir pour moi de recevoir une review ! C'est un chapitre qui m'a beaucoup plu à écrire, moi aussi. Notamment grâce à ce que tu as très bien perçu, la construction d'un lien entre Harry et Tom, qui partagent déjà un petit bout de leur passé l'un avec l'autre. Ils se connaissent à peine et pourtant, ils se sentent déjà très proches. J'aime beaucoup cette dynamique. Le personnage de Nott est ni plus ni moins qu'un reflet de la société sorcière actuelle dans laquelle évoluent Tom et Harry. Je n'en dis pas plus, mais son personnage est littéralement une métaphore de ce mélange entre le rejet de toute différence et, pourtant, l'avidité des sorciers pour le pouvoir, et donc pour ce qu'ils désirent et ne possèdent pas. Une différence avec eux-mêmes. Merci pour le jeu d'échecs, contente que cette idée ait majoritairement plu !
Au début de la partie, je suis distrait.
Je pense aux paroles des pièces de l'échiquier : Grindelwald considérait-il Harry Potter comme son propre fils ? Son successeur, son héritier. Et cela, malgré le fait qu'il ait tué ses parents ? Sachant pertinemment qu'un jour ou l'autre Potter se retournerait contre lui ?
Le Seigneur des Ténèbres s'était-il montré trop confiant ? Trop arrogant ? Ou bien était-ce ses sentiments filiaux pour Harry qui l'avaient empêché de le tuer avant que celui-ci ne devienne assez fort pour le renverser ?
Peu m'importe. La conclusion reste la même. Cet homme connu pour sa cruauté a pris la décision folle d'entraîner un enfant dont il avait tué les parents comme son successeur.
Quel homme sain d'esprit aurait commis une telle erreur ?
Moins d'une seconde après cette pensée, je réalise qu'à sa place, j'aurais assurément commis la même. Si j'avais été le Seigneur des Ténèbres, n'aurais-je pas tout fait pour garder à mes côtés Harry Potter ? Même en sachant que celui-ci finirait par me trahir ?
J'aurais eu l'impudence de penser avoir une longueur d'avance. Puis, un jour, je me serais retrouvé avec sa baguette sous la gorge, mon armée décimée à ses pieds.
Je ne suis pas un homme sain d'esprit.
Cette image m'amuse presque. J'en souris. Si j'avais été Seigneur des Ténèbres, c'est la seule défaite que j'aurais acceptée. Et si un jour, je le deviens, je jure de ne jamais ployer sauf dans cette situation.
Lui comme ennemi.
Bientôt, je suis forcé de me concentrer sur le jeu, car Harry se montre beaucoup plus doué que je ne le pensais et que mes pièces contestent toutes mes décisions pour proposer à la place des déplacements non autorisés.
Elles essaient de tricher et Potter semble jouer comme si c'était normal, comme s'il s'attendait à ce que je prenne le droit de jouer n'importe quel pion comme une reine alors que lui s'efforce de suivre les règles du jeu.
Très vite, cela me frustre. J'ai l'impression qu'il joue davantage contre le fantôme de Gellert Grindelwald plutôt que contre moi. Je n'aime pas la concurrence. Encore moins lorsque mon rival est déjà mort.
Je me concentre complètement sur la partie et parviens à prendre le dessus sur les pièces de l'ex-Seigneur des Ténèbres. Il me faut une quinzaine de déplacements supplémentaires pour mettre Harry en échec mais la partie n'est pas encore finie.
À l'instant où je le déclare en échec, mon vis-à-vis éclate de rire et je me retrouve à lever les yeux du plateau pour le regarder. Il rit et mon sang boue dans mes veines, ce son me réchauffe de l'intérieur. Il finit par me dire, avec le sourire.
— Tu prends la partie tellement au sérieux que je ne sais même pas si tu t'amuses. Je vais devoir réfléchir à autre chose pour te distraire.
Je me retiens de lui proposer des choses parfaitement indécentes et lui souris à mon tour, lui assurant :
— Je m'amuse beaucoup.
Ce n'est pas un mensonge. Jouer contre lui est un véritable plaisir. Il n'utilise aucune des stratégies que j'ai lues dans les livres et apprises par cœur. Il joue d'une façon complètement différente, plus brute. Il ne semble pas vraiment calculer son jeu, mais il réagit très intelligemment au mien.
Il m'offre un sourire gêné et précise :
— Je ne suis pas un bon stratège. On me l'a souvent reproché, mais je suis content si la partie n'est pas désagréable.
Je fronce les sourcils. Un mauvais stratège… l'homme qui a mené la rébellion ? Ceux qui lui ont reproché de n'être pas bon en stratégie devaient être particulièrement mauvais eux-mêmes pour s'être autant trompés.
Je rétorque :
— C'est ridicule. Rien que pendant cette partie, vous avez contrarié mes plans six fois. Si vous aviez été mauvais en stratégie, la partie serait déjà finie depuis longtemps.
Il me surprend lorsqu'il retourne son attention au plateau et dit :
— Je n'ai pas encore perdu. Je pense être capable d'empêcher l'échec et mat. Si la partie t'amuse vraiment ?
Je souris, exalté à l'idée qu'il pense encore pouvoir retourner la situation. Je veux voir ce qu'il va faire, son prochain coup.
— Impressionnez-moi, je n'attends que ça.
Il ne paraît pas gêné par l'intensité de mon regard. Il déplace son roi et la partie repart. Elle dure encore une bonne vingtaine de minutes avant que, d'un commun accord, nous la déclarions Pat. Ex-aequo. Ni moi ni lui ne sommes plus capables de prendre le roi adverse.
La partie terminée, Potter s'étire, comme si être resté assis aussi longtemps avait alourdi ses muscles, ce qui est probablement vrai. J'imagine qu'il ne prend pas beaucoup le temps de s'asseoir. Il est du genre à s'entraîner jusqu'à tomber de fatigue.
Il range les pièces dans la boîte qu'il replie et je m'attends presque à ce qu'il me jette dehors. Mais au lieu de cela, il me propose, debout dans l'encadrement de la porte de ses appartements :
— Tu veux manger quelque chose ?
A-t-il remarqué que je n'ai rien mangé à dîner ou est-il du genre à grignoter à n'importe quelle heure de la journée ?
Je me lève pour le suivre. Je ne compte décliner aucune de ses invitations.
Il ne ferme même pas à clé, n'utilise aucun enchaînement ni sortilèges pour protéger ses appartements et quitte les lieux presque en laissant la porte ouverte. Je ne peux m'empêcher de le lui faire remarquer alors qu'on remonte les escaliers vers le hall.
— Vous ne craignez pas qu'un élève ne vous dérobe quelque chose, ou qu'il fouille dans vos affaires ?
Il se retourne vers moi et me dévisage un instant en fronçant les sourcils avant de comprendre ma remarque. Puis il s'en amuse visiblement et rétorque en haussant les épaules :
— Je n'ai rien de valeur là-dedans et la moitié de mes effets personnels ne sont pas à moi. Si un élève s'introduit pendant mon absence et prend quelque chose, je m'inquièterai davantage de la raison qui le pousse à me voler plutôt que de récupérer ce qu'il m'a pris.
J'acquiesce par réflexe. Je ne suis pas d'accord avec lui. Je tiens à chaque petite chose que je considère comme ma propriété et si on venait à me voler quoi que ce soit, j'en serais furieux. Mais j'imagine que ce ne sont que les réflexes traumatiques d'un orphelin qui devait se battre pour le moindre jouet dans son enfance et que Potter a certainement eu une expérience différente.
Peut-être qu'il n'a jamais eu le moindre jouet à protéger.
Peut-être n'y a-t-il rien dans sa vie auquel il tient un peu. C'est l'impression qu'il me donne. Dans ce couloir, il se déplace à mes côtés et j'ai pourtant l'impression qu'il marche seul.
J'ai tout à coup la sensation de n'être rien d'autre qu'un meuble pour lui. Un élément du décor. L'une de ses armures enchantées qui sifflote dans le couloir et auquel il adresse un coup d'œil par curiosité. Une distraction pour laquelle il ne se battra pas si jamais on venait à me dérober à lui.
Cela m'est insupportable. J'ai envie de le secouer. De le forcer à considérer mon existence comme essentielle à la sienne. De le pousser à me voir comme précieux. Comme quelque chose qu'il désire garder.
Je cesse de marcher et il met une seconde entière avant de se stopper et de me considérer du regard. Son attitude me demande s'il y a un problème et je lui pose tout à coup une question, avec l'impulsivité qui me prend fréquemment en sa compagnie :
— Il n'y a rien à quoi vous tenez ?
Ses yeux verts me regardent sans jugement et il réfléchit un instant avant de déclarer, détendu à cette idée :
— Rien.
Puis il sourit d'une façon différente que précédemment. Pour une raison que j'ignore, je le prends comme un sourire de défi. Railleur. Un sourire qui ne m'est pas destiné.
— Rien qui ne soit incapable de se défendre.
Mon expression doit trahir une certaine surprise à sa réponse puisqu'il précise tout à coup avec moins d'assurance, se détournant sous mon regard :
— Les personnes auxquelles je tiens peuvent se débrouiller sans mon secours. Je leur fais confiance. Je ne viendrai les aider que si elles m'appellent à l'aide.
Bien sûr. Une réponse de héros. Il ne tient à rien. Mais si on l'appelle au secours, il donnera sa vie pour sauver la veuve et l'orphelin. Sa réponse ne me plaît pas. Je me demande comment faire naître en lui l'étincelle de l'égoïsme.
Lorsqu'on arrive en cuisine, la chaleur m'envahit, contrastant avec la température plus agréable des couloirs.
La pièce est vaste, avec ses grandes cheminées où crépitent des feux vifs et son plafond est bas. Les casseroles et les marmites en cuivre brillent aux murs, tandis que des rangées de couteaux parfaitement alignés scintillent sous l'éclat des flammes. Une odeur de pain frais et de potage aux légumes emplit l'air, me rappelant soudainement la faim que j'avais oubliée.
Des tables en chêne occupent le centre de la pièce. Les elfes de maison, vêtus de simples torchons usés, s'affairent, leurs petites mains agiles s'activent sur des tâches bien rodées. Ils ne s'arrêtent jamais de travailler dans cette école où il faut nourrir des centaines d'occupants trois fois par jour.
Leurs oreilles pointues frémissent à chaque bruit, et leur regard prudent m'évite soigneusement. Le sol en pierre est lustré par le passage incessant de ces petites créatures qui glissent presque sans bruit d'un bout à l'autre de la cuisine.
Harry Potter évolue autour d'eux avec l'aisance de l'habitude. Il les appelle par leurs prénoms, et les elfes le traitent avec plus d'égard qu'ils ne le font pour le directeur en personne, louant sa gentillesse et sa politesse. Leurs grandes oreilles se dressent un peu plus haut lorsqu'il les salue, et leurs yeux brillent d'une admiration que je n'avais encore jamais vue chez ces êtres.
Il est plus détendu ici, parmi ces êtres inférieurs réduits à l'esclavage, qu'en ma présence. Au contraire de lui, les créatures grotesques me considèrent d'un regard méfiant et lancent des coups d'œil inquiets aux écussons de Serpentard et de Préfet à ma poitrine. Comme si j'allais tout à coup déclarer leur inutilité et les massacrer, ou pire, les faire renvoyer.
Harry a déjà croqué dans une tablette de chocolat noir au moment où je prends conscience qu'on me demande ce que je souhaite manger.
Je l'observe un moment, et tout à coup, mon appétit se réveille. Je n'ai jamais ressenti une faim aussi forte qu'en le regardant dévorer du chocolat, les mains tachées, tout en discutant avec les elfes de maison d'un sujet dont j'ignore tout. Je ne l'écoute plus.
Il se lèche les doigts d'une manière qui me paraît indécente, et je suis obligé de détourner le regard. Il le fait en toute innocence, je le sais, mais agirait-il de la même façon s'il connaissait mes sentiments ? Peut-être. Lui qui est si maladroit socialement ne se rend sûrement pas compte de ce qui est approprié ou non en société.
À la moindre remarque de ma part, il se sentirait gêné et cesserait d'agir naturellement. Je perdrais alors l'occasion de le voir tel qu'il est.
Je demande à l'elfe qui attend ma réponse s'il peut me préparer à dîner, et il se précipite dans la réserve.
Je m'assieds sur l'un des tabourets de la cuisine, à côté de Potter, qui utilise une petite partie du plan de travail dégagée rien que pour lui comme table. Lorsque l'elfe m'apporte mon repas, Harry y jette un coup d'œil et me fait remarquer :
— Je me doutais que tu aurais retrouvé l'appétit.
Il avait donc bien remarqué que je n'avais pas dîné. Le chantage de Nott me revient en tête, et je grimace. Dois-je lui en parler ? S'attend-il à ce que je me confie à lui ?
— Je ne sais toujours pas quoi faire contre Nott.
Potter me fixe un moment, attendant probablement que je clarifie la situation, mais comme je ne dis rien, il finit par me répondre :
— Je ne peux pas décider à ta place. Je peux juste te dire ce que j'en pense. Les maîtres chanteurs sont des lâches, et les lâches ont tendance à penser que tu vas agir avec autant de lâcheté qu'ils le feraient à ta place. Ils oublient que tu as encore toute ta liberté. Il y a certainement une façon de retourner la situation à ton avantage. C'est comme aux échecs, ton adversaire a peut-être un plan bien tracé, mais il oublie que tu peux réagir différemment. Que tu n'es pas un simple pion.
Il croise les bras sur la table, pose sa tête entre eux, se tourne vers moi, et son regard, son attitude toute entière, parviennent à chasser toutes les inquiétudes que j'avais à ce sujet.
Il m'a inspiré une idée. Pour renverser Nott. Un mauvais plan. Une idée désastreuse. Le genre de plan qu'on a seulement lorsqu'on dépasse le couvre-feu et qu'on prend un dîner tardif avec un Potter comme seule compagnie. Cela va m'attirer des problèmes, et je vais lui en attirer encore plus.
C'est une certitude. Pourtant, une fois que cette pensée a traversé mon esprit, impossible de l'en déloger. C'est un plan puéril.
C'est une idée que même un Gryffondor impétueux aurait rejetée. Le genre qui pourrait empirer la situation plus que l'améliorer. Mais Potter reste là, les bras croisés, à moitié somnolent, le papier brillant d'une tablette de chocolat dont il ne reste rien froissé dans l'un de ses poings serrés. Il me regarde dîner et je ne peux que perdre l'esprit.
Je déclare à voix haute, à portée de tous les elfes de maison :
— Je préfère les garçons.
Immédiatement, mon visage me brûle et je me sens honteux. Je n'ose pas observer la réaction de Harry. À la place, j'essaie de me calmer et de prononcer les paroles suivantes :
— C'est ça. L'information avec laquelle Nott me fait chanter. J'ai le choix entre obéir à ses caprices ou le laisser répandre cette information à qui voudra l'entendre.
Une partie de moi se demande si je ne viens pas de détériorer à jamais mon image aux yeux de Potter. S'il ne va pas brusquement changer d'attitude à mon égard. M'éviter. J'ignore pourquoi il le ferait. Je sais que le professeur Dumbledore est en couple avec un autre homme et que cela ne pose aucun problème à Harry. Ce serait ridicule qu'il me rejette pour ce qu'il a déjà accepté chez l'un de ses amis proches. Mais je ne peux m'empêcher d'y penser.
Je n'ose plus le regarder, et pourtant, lorsqu'il ouvre la bouche, mes yeux me désobéissent, et je me retrouve noyé par la paix qui se dégage de tout son être. Rien dans ce que je lui ai dit ne semble l'avoir perturbé. Comme s'il le savait déjà. Comme s'il attendait patiemment que je vide mon sac, tout en ayant déjà, depuis longtemps, compris ce qu'il contenait.
Ce n'est qu'une impression, je le sais. Il est impossible qu'il ait compris avec quoi Nott me faisait chanter. C'est déjà assez remarquable de sa part d'avoir compris que j'agissais sous la contrainte d'un autre.
Il est impossible qu'il ait deviné mes préférences. N'est-ce pas ?
Les mots qu'il prononce sont empreints de la même paix que je vois se refléter dans ses yeux, qui paraissent plus âgés que le reste de son être.
— Je comprends. C'est vraiment une situation compliquée. Il te force à choisir entre lui obéir et garder cette information intime pour toi, ou lui désobéir et voir cette information devenir publique. Avec tous les problèmes qu'entraîne chacune de ces deux situations.
Puis, pendant un instant que je crois avoir imaginé, son expression devient féroce et il déclare entre ses dents, le papier brillant crissant sous ses doigts :
— C'est vraiment un petit con.
Je reste hébété, sûr de m'être trompé. Potter n'a pas pu jurer devant moi. Pas aussi familièrement. Pourtant, sa magie, agitée par ses émotions, fouette l'air un instant, comme un avertissement. Je prends alors conscience qu'il vient vraiment de traiter l'un de ses élèves de "petit con" avec autant de sincérité qu'il en est capable.
Après l'instant qu'il me faut pour réaliser ce qui vient de se passer, je lui offre un sourire reconnaissant. Je ne sais pas quoi ajouter d'autre, pourtant, j'aimerais le retenir. Passer la nuit entière à lui parler ou simplement à le regarder somnoler.
Je sais que le couvre-feu est dépassé et que ma position de Préfet ne m'autorise à déambuler dans les couloirs que jusqu'à minuit. Potter le sait aussi, puisqu'il se secoue tout à coup, aussi alerte que s'il n'était pas sur le point de s'endormir il y a quelques secondes. Il jette le papier brillant à plusieurs mètres de là, d'un lancer absolument parfait, dans la poubelle la plus proche de sa position, située près d'un imposant four à bois.
Puis il pivote sur lui-même et me propose :
— Je te ramène dans ta salle commune ?
Je n'en ai pas la moindre envie, mais je le suis. Une pensée incohérente me traverse l'esprit : s'il me manque, je pourrais toujours retourner dans ses appartements à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, puisqu'il ne prend pas la peine de les verrouiller.
Je ne le ferai pas, mais y penser me rassure. Je ne pensais pas avoir besoin de réconfort avant son apparition.
Nous descendons dans la partie inférieure de l'école, celle qui se trouve enterrée sous le lac noir. Les escaliers, usés par des siècles de pas, grincent sous nos pieds. L'air se fait plus humide et plus frais, l'odeur de l'eau stagnante se mêlant à celle de la pierre ancienne. Bientôt, l'entrée de ma salle commune se présente à nous, dissimulée derrière une statue de serpent de pierre.
Je me retourne vers lui, désireux de le remercier. Pour ce soir. Pour rien. Pour tout. Parce qu'il est né et arpente ce monde en même temps que moi.
— Je vous remercie.
Il hoche la tête, et je ne peux m'empêcher de le regarder. La lumière des torches qui ornent les murs projette des ombres mouvantes sur son visage fatigué, sa chemise est froissée, et ses cheveux sont en bataille. Je me demande à quelle heure il se lève le matin. Dort-il bien ?
Il prend la parole, et même sa voix me paraît ensommeillée.
— Bonne nuit, Tom. On se voit au club demain.
Oui, je le verrai demain matin. Cela me suffit à le laisser partir.
— Bonne nuit, à demain.
Il se retourne, et dos à moi, je le vois me faire un geste de la main signifiant "au revoir". Je le regarde s'éloigner dans le couloir sombre, les murs de pierre engloutissant peu à peu le bruit de ses pas.
Je reste immobile un instant, jusqu'à ce que le silence devienne absolu. Puis je murmure le mot de passe et m'engouffre dans ma salle commune, la traversant rapidement sans prêter attention à ce qui m'entoure.
En pénétrant dans mon dortoir – un long couloir où les lits sont parfaitement alignés, faisant face aux fenêtres qui révèlent les eaux sombres du lac de Poudlard – je suis accueilli par une désagréable surprise.
Uran Nott est là, assis sur son lit, un livre à la main, éclairé par la lueur vacillante de quelques bougies. Son lit se trouve à gauche du mien, rendant toute tentative de l'éviter impossible. Autour de nous, les ronflements étouffés des trois autres lits à baldaquin, dont les rideaux sont tirés, remplissent l'air.
Je me sens piégé.
Uran me fixe un instant, puis me sourit d'une manière odieuse avant de prononcer ces mots :
— Je suis déçu. Je pensais que tu passerais la nuit dehors. Dois-je en conclure que tes charmes n'ont pas réussi à séduire le héros du monde sorcier ? Ou peut-être que Potter t'a rejeté. Après tout, il n'est peut-être pas aussi dépravé que toi.
Ma main se porte immédiatement à ma baguette, glissée dans ma poche, et je vois Nott faire un mouvement de recul. Je suis au-delà de la fureur. Je veux le tuer. Je veux tellement le voir mort. Mais je n'en fais rien. Nous restons là, figés, pendant ce qui semble une éternité.
Deux mots et son cœur cesserait de battre et de juger le mien. Avada Kedavra. Le pouvoir m'appartient. Je choisis, comme l'a dit Potter, de ne pas en faire usage. Un maître chanteur n'est que ce qu'il est.
Je repense à l'idée qui m'est venue dans les cuisines. Elle est absurde et me causera sans doute des ennuis, mais je n'ai pas le temps d'élaborer un plan plus complexe. Je ne supporterai pas une autre remarque de ce genre.
Je relâche ma prise sur ma baguette, et Uran se détend, rayonnant à l'idée qu'il a réussi à prendre l'ascendant sur moi. Il se trompe. De nous deux, il est celui qui joue avec le feu et je brûle de le voir réduit en cendres.
Je l'ignore et m'enferme derrière les rideaux de mon lit sans même prendre la peine de retirer mes vêtements. Je ne veux pas lui laisser l'occasion de poursuivre avec des menaces. Il pourrait trouver amusant de me forcer à faire quelque chose de ridicule pour son propre plaisir, comme lui lire son livre à voix haute ou faire ses devoirs.
Demain matin, lors de la réunion du club de duel, avant même le petit-déjeuner, son chantage prendra fin.
C'est avec cette pensée que je parviens à m'endormir.
Mon sommeil semble de courte durée, troublé par des cauchemars dont l'un persiste dans ma mémoire, malgré tous mes efforts pour l'oublier.
Dans ce rêve, je suis de retour à l'orphelinat. Nous sommes en 1934, j'ai entre huit et neuf ans. Je porte cet uniforme que je hais, que nous sommes contraints de porter été comme hiver : un short et un pull gris, ornés d'un écusson de l'orphelinat sur lequel mon nom est maladroitement brodé en jaune.
C'est la directrice qui brode les uniformes. Alcoolique et pleine de rancœur à mon égard, elle a cousu mon prénom de manière si négligée qu'on peine à déchiffrer les trois lettres qui le composent. Je me tiens dans la cour de l'orphelinat, une étendue de béton nu, sans un brin d'herbe, sans un arbre, une cour de prison entourée de hautes grilles de fer. Le ciel au-dessus de moi est d'un gris lourd, presque menaçant.
Être ici, avant d'apprendre que j'étais un sorcier et que j'allais entrer à Poudlard, était déjà un cauchemar en soi, mais ce rêve ne fait que commencer.
Bientôt, une version moldue d'Uran Nott apparaît. Contrairement à moi, il a conservé ses seize ans. Il porte le même uniforme que moi, mais son prénom est correctement brodé, les lettres nettes et précises, comme pour souligner la différence entre nous. Pourtant, je suis certain que la directrice ne saurait même pas épeler Uran.
Il s'approche de moi, ses mouvements semblent ralentis, et plus il avance, plus il me paraît gigantesque. Lorsqu'il arrive à ma hauteur, il semble être un géant, se penchant pour me parler. Je suis paralysé, incapable de bouger. Je voudrais courir, m'enfuir, mais mes jambes sont lourdes, collées au sol. Ses dents, démesurément longues, ressemblent à des crocs monstrueux lorsqu'il prend la parole.
Mon corps refuse de m'obéir.
— Tout ce qui est arrivé est de ta faute, Tom. Tu devrais t'estimer chanceux qu'ils ne t'aient pas emmené avec lui, au lieu de pleurer comme le bébé que tu es.
Je ne comprends pas, je ne comprends rien à ce qu'il me dit. Pourtant, en levant mes mains à mon visage, je découvre avec horreur qu'il est trempé de larmes et que mon nez coule. Horrifié, je renifle, tandis que Nott me sourit, toujours avec cette même expression odieuse, celle qui laisse deviner qu'il sait quelque chose que je ne veux pas entendre.
— Arrête de pleurer, la directrice va finir par s'énerver, et tu ne voudrais pas qu'elle t'envoie au même endroit que lui, n'est-ce pas ?
Je ne sais pas de quoi il parle, je ne comprends rien, et pourtant… le petit moi de ce rêve sait parfaitement pourquoi il pleure.
Harry est parti. L'image fugace d'un garçon légèrement plus âgé que moi, vêtu du même uniforme grisâtre mais étrangement souriant, m'apparaît comme un mirage, et l'enfant que je suis dans ce cauchemar se rappelle qu'il ne le reverra plus jamais. Tout est de ma faute. Uran a raison.
Je l'ai embrassé, c'était un bisou innocent, juste pour faire comme les grands et Uran a raconté à la directrice que Harry… que Harry était… que nous étions... et des hommes sont venus. Ils l'ont pris, l'ont emmené sans un mot, sans un regard en arrière.
"Pour corriger ça", a dit la directrice en me fixant de ses yeux vitreux, un sourire tordu aux lèvres. Pour corriger quoi ? Mon cœur me fait affreusement mal, j'ai l'impression de mourir, de m'effondrer là, devant les yeux d'un Uran goguenard qui ne cesse de répéter :
— Moi je sais que ce n'est pas lui le problème mais toi. Petit dépravé.
Petit dépravé, petit dépravé.
Les mots résonnent comme un marteau frappant une enclume, chaque coup résonnant plus fort que le précédent, déformant ma réalité.
Ces deux mots étaient sur mes lèvres à mon réveil et hantent encore mon esprit après que j'ai pris ma douche et revêtu mon uniforme.
Je ne sais pas si je serai capable de mettre mon plan à exécution. Une partie de moi, que je méprise pour sa faiblesse, ressemble encore trop à l'enfant de ce cauchemar.
Impuissant, peureux, détesté et détestable. Celui qui s'attire toujours des ennuis. Celui qu'on frappe, qu'on insulte, qu'on ignore, qu'on enferme. Cet orphelin que je croyais avoir laissé derrière moi le jour où j'ai décidé de prendre un nouveau départ.
Poudlard était censé être ce nouveau départ. Je refuse de souffrir ici comme j'ai souffert à l'orphelinat. Je ne peux pas laisser Uran Nott m'imposer sa volonté. J'affronterai les conséquences de mes actes en temps voulu. Il est trop tard pour avoir peur.
Résigné, je me rends au club de duels.
Contrairement aux fois précédentes, j'attends qu'il y ait du monde devant la salle avant d'y entrer, accompagné des autres duellistes.
L'anticipation flotte dans l'air, comme chaque lundi depuis le premier jour. Quatre duellistes s'affronteront aujourd'hui, et deux d'entre eux devront quitter le club. Les murmures de mes camarades résonnent comme un bourdonnement à mes oreilles, un bruit que j'oublie instantanément lorsque mes yeux se posent sur lui.
Harry Potter est là, vêtu d'un simple t-shirt noir et d'un pantalon assorti. Sa tenue, bien qu'ordinaire, lui va à ravir. En réalité, n'importe quel vêtement lui irait bien. Seules ses lunettes rondes me dérangent ; sans elles, ses yeux seraient à portée des miens.
Je l'observe, et mon cœur se met à battre contre ma cage thoracique d'une manière erratique, presque suffocante.
J'inspire et expire profondément.
Pour empêcher la chaleur d'envahir notre salle d'entraînement, Harry a calfeutré les fenêtres, plongeant la pièce dans la pénombre. Des particules de poussière scintillent dans les rares rayons de lumière qui percent ici et là, créant une danse lente dans l'air stagnant.
Une odeur de soufre et de brûlé, typique des lieux où la magie sature l'atmosphère, se mêle à celle du bois vieilli des murs, et j'en remplis mes poumons. Potter se déplace, et enfin, mes camarades se taisent. Le silence n'est brisé que par le bruit sourd de nos respirations et le craquement occasionnel du plancher sous nos pieds. Certains d'entre nous piétinent nerveusement, angoissés à l'idée d'être désignés lorsque Potter donnera le signal pour le début des duels.
Il nous salue et s'apprête à lancer les hostilités lorsque je lève la main. Je suis nerveux, mais j'essaie de ne pas le montrer. Pourtant, je vois dans son regard qu'il a perçu mon état de nervosité. Il fronce les sourcils et demande :
— Tom, il y a quelque chose qui ne va pas ?
Sa question me rend fou. Rien ne va depuis qu'il est apparu. Il n'a aucune idée de ce qu'il provoque en moi. Uran Nott n'aurait jamais découvert mon secret sans lui, car c'est lui, mon secret. Il ignore qu'en réalité, ce ne sont pas tant les hommes qui m'attirent, mais lui dont je suis tombé amoureux.
Je réponds à voix basse, la tête baissée :
— Je ne me sens pas très bien.
C'est la vérité la plus pure que je puisse lui offrir. Une partie de moi a honte et peur de ce que je m'apprête à faire. Mais tout le reste de moi se consume d'impatience. Je suis un être déséquilibré, et si ce plan est la pire réponse que j'ai trouvée à la situation dans laquelle je me trouve, c'est aussi la seule à laquelle je me raccroche désespérément.
Je n'ai pas besoin de relever la tête pour sentir que Potter s'approche de moi. Mes camarades s'écartent pour lui laisser le passage, créant autour de lui une sorte de périmètre de sécurité qui semble le suivre partout où il va. Ce périmètre, je vais le franchir aujourd'hui.
C'est une folie, une de celles qui peuvent tout changer, tout détruire, mais je ne peux plus me retenir. Je relève la tête ; il s'apprête à dire quelque chose, j'en suis certain, mais je ne lui en laisse pas le temps. Je franchis la distance qui nous sépare, et avant qu'il ne puisse dire ou faire quoi que ce soit, mes mains se referment sur le col de son t-shirt.
Je ne sais pas où les poser, je fais n'importe quoi. Je n'ai jamais fait ça de ma vie. Il sera le premier. Le dernier. Le seul.
Je l'attire à moi et, avant même qu'il ne puisse réagir, mes lèvres capturent les siennes. Celles, pâles, que j'ai fixées bien trop souvent ces derniers temps.
Je peux sentir sa surprise, la rigidité de son corps qui n'a pas encore assimilé ce qui se passe, mais je ne recule pas. J'aurais peut-être dû. Je ne peux plus. Au contraire, j'agis sans réfléchir. Je l'attire plus près. Mes doigts s'enfoncent dans sa nuque pour ne pas le laisser partir. Je brûle. C'est trop intense, bien au-delà de tout ce que j'avais imaginé. Pourtant je ne fais que l'embrasser. Maladroitement certainement. Le monde autour de moi se fige, ne laissant que lui et ce baiser.
C'est lui qui y met fin.
Pendant un instant, infime, il se détend presque, il cède presque. Il me répond presque. Mais tout à coup, il s'éloigne, avec autant de brusquerie, sinon plus, que moi pour rapprocher son corps du mien. Ses lunettes tombent dans le mouvement, et j'entends le verre claquer contre le parquet. Je relève la tête vers lui.
Ses yeux dénudés me fixent. Leur couleur obsède mon esprit. La confusion sur son visage est la chose la plus difficile à affronter pour moi. Il touche ses lèvres, comme pour vérifier ce qui vient de se passer, et ce geste mécanique me fait grimacer.
Moins que les hoquets de stupeur et les cris d'horreur des autres élèves. Leurs regards, sa réaction. Je ne peux plus le supporter. Je suis presque inconscient de moi-même lorsque je commence à courir. Je me retourne, dos à lui et je m'enfuis, lâchement. Sourd, trop perturbé pour voir ou entendre quoi que ce soit d'autre que mes propres battements de cœur.
Cet organe stupidement indépendant qui fait de moi un être vivant.
Je me déteste plus encore que je ne déteste ce monde qui m'a vu naître.
Je ne m'arrête que lorsque mes poumons et mes jambes menacent de me lâcher. Je m'appuie sur mes genoux, tentant de stabiliser ma respiration. Courir est une réaction primitive face à un danger imminent. Cette pensée me revient en tête, j'essaie de me justifier. Comme un gamin.
Un enfant qui essaie de fuir sa propre existence.
Quand j'étais petit, il y avait une fille un peu plus âgée qui essayait d'escalader les grilles de l'orphelinat. Je la trouvais ridicule. Contrairement à moi, ses parents l'avaient abandonnée à un âge où elle était capable de les regretter, de vouloir rester à leurs côtés. Ils sont morts et elle, elle était encore en vie.
C'est comme ça.
Un jour, la directrice l'a retrouvée empalée sur les grilles. Elle avait grimpé jusqu'en haut mais, à bout de force, n'avait pas pu redescendre. Mrs Cole a prévenu l'hôpital ; elle était encore en vie lorsqu'ils l'ont décroché de là. Quelques heures plus tard, la police est venue, et la directrice s'est mise à pleurer et à jurer.
Elle est morte. Je ne me souviens pas de son nom. Je ne garde qu'un souvenir flou des grilles recouvertes de son sang.
Peut-être est-ce ce jour-là que la directrice a commencé à boire régulièrement. Je ne m'en souviens plus.
Par la suite, elle a retiré les piques en métal qui surmontaient les grilles de l'établissement. Mais c'était trop tard. Plus aucun d'entre nous n'a essayé de s'enfuir. De mon côté, j'ai appris l'une des leçons les plus violentes de mon existence.
Fuir ne mène nulle part. Fuir ne sert à rien.
La mort est la seule issue de secours, mais je refuse de l'emprunter. Je déteste cette existence, pourtant je la ferai durer une éternité. C'est une promesse.
Je pensais avoir guéri toute la lâcheté de mon âme ce jour-là. J'étais un imbécile. Fuir n'est pas un choix. C'est une pulsion.
À l'époque, je ne comprenais pas pourquoi elle avait tant essayé de partir. À quoi bon lutter ? Elle était seule désormais. Comme moi. Comme nous. Abandonnés dans cet enfer au ciel gris jusqu'à la fin des temps.
Aujourd'hui, je comprends. Mes poumons brûlent, mes muscles me font mal, et mon esprit semble vide, paralysé par une forme d'angoisse qui me déconnecte de moi-même. Pendant un instant, je n'ai ressenti que cette pulsion primale qui me poussait en avant. Est-ce cela que ressentait cette enfant ?
Est-elle restée piégée dans ce sentiment d'angoisse permanent durant des mois entiers ? Sans personne pour lui venir en aide.
Peu m'importe. Ce ne sera pas mon cas. Je me fais violence pour tenter de me calmer. Je ne suis plus un enfant. Je ne l'ai jamais été.
Les enfants ne grandissent pas en prison.
J'inspire et expire jusqu'à être capable de formuler une pensée cohérente.
J'ai embrassé Harry Potter.
Le héros du monde sorcier. Celui qui a défait Gellert Grindelwald. Mon professeur de duels.
Je l'ai embrassé.
Même dans l'intimité de mon esprit, j'ai envie de justifier cet acte comme une réaction au chantage d'Uran Nott. Mais c'est faux. J'aurais pu dire à Nott que ses menaces n'avaient plus le moindre effet sur moi. Les conséquences auraient été les mêmes : tout Poudlard l'aurait su, et Potter n'aurait jamais été impliqué dans cette histoire.
Mais il y est lié. Il l'ignore. Et c'est cette ignorance que je ne pouvais plus supporter. Plus que de mettre fin au chantage d'Uran, je voulais que Harry Potter sache. Qu'il comprenne mes sentiments pour lui.
Ce n'est pas encore tout à fait vrai. Oui, je voulais mettre fin au chantage et lui dévoiler mes sentiments, mais j'aurais pu le faire autrement.
Je ne l'ai pas fait. Pourquoi ?
Parce que ce que je voulais surtout, c'était l'embrasser. Poser mes mains sur lui pour la première fois. Si, en plus, cela pouvait faire cesser le chantage de Nott et faire en sorte que Potter me voie autrement que comme l'un de ses élèves, ce n'était qu'une motivation supplémentaire.
Je ne suis pas quelqu'un de bien.
Il ne m'aimera jamais. Harry. Il n'aimera jamais quelqu'un comme moi. Je ne suis rien. Je n'arrive à rien. Je lutte dans le vide.
Respirer m'est difficile. Je marche sans but pendant un moment, jusqu'à ce que j'arrive près du lac. Une étendue noire s'étale devant moi. Je m'arrête au bord de l'eau, le regard fixé sur cette surface qui me renvoie à mes propres ténèbres.
Je ne bouge plus. Ce lac est comme le miroir de ce château de contes de fées. Une surface noire qui me fait réaliser que la paix que je suis venue chercher ici n'était qu'une illusion.
Je ne suis pas tout à fait un sorcier. Je ne suis pas né parmi eux. Je ne suis pas tout à fait un moldu non plus. Je n'ai ma place nulle part dans cet univers où n'être que la moitié de quelque chose, c'est déjà trop.
La chaleur de ce début de matinée s'insinue sous mes vêtements et me fait presque suffoquer, mais je ne bouge pas. J'accueille cette sensation, comme si elle pouvait me réveiller de l'engourdissement dans lequel je me trouve.
Je me laisse tomber à genoux sur le sol, mes doigts s'enfoncent dans la terre sèche et poussiéreuse. Le poids de mes émotions m'écrase, me cloue au sol. Je voudrais pouvoir hurler, arracher ce sentiment qui me ronge de l'intérieur, mais je sais que c'est inutile. Je continue de fixer l'eau, et tout ce que je vois, c'est mon propre reflet, déformé, flou, indistinct. Un reflet qui me renvoie l'image de ce que je suis réellement : un être brisé, perdu, incapable d'aimer comme il le voudrait.
Une erreur dans le paysage.
Je ferme les yeux et laisse le silence m'envelopper.
Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi.
J'ai aimé l'embrasser. Je suppose que je n'aurais pas dû. C'était un baiser forcé. Je n'aurais pas dû l'apprécier. Cela fait de moi un monstre, n'est-ce pas ?
Il va me haïr. L'école entière va se retourner contre moi. Je grimace à cette pensée. Pris d'un accès de rancœur, j'imagine me venger des insultes, des brimades, et des coups que je n'ai pas encore reçus.
Il m'est impossible d'imaginer un futur différent alors que mon passé ne reflète que cela.
La pensée de ne plus pouvoir parler à Potter m'est insupportable.
L'avertissement de Dumbledore me revient en mémoire : tout élève ayant un comportement inapproprié envers Harry Potter se retrouvera en retenue avec lui jusqu'à nouvel ordre. J'imagine qu'avoir collé mes lèvres aux siennes rentre dans la catégorie des comportements inappropriés.
Dumbledore sera furieux lorsqu'il l'apprendra et personne ne veut Albus Dumbledore comme ennemi.
Je grince des dents. Les heures de colle seront le moindre de mes problèmes. Le directeur pourrait bien décider de me renvoyer pour agression sexuelle envers l'un de ses employés. Il suffirait que Harry déclare qu'il souhaite porter plainte, et le directeur n'aurait pas le choix. Peu importe que je sois ou non le meilleur élève de cette école.
Potter est l'homme auquel on doit la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un mot de sa part, et cet acte apparaîtra à la Une de tous les journaux, à l'échelle internationale. Je n'aurai plus aucun crédit dans le monde sorcier.
L'embrasser sans son consentement, ce n'est pas juste revendiquer mon orientation sexuelle à ses dépens, c'est lui donner le pouvoir d'annihiler toutes mes chances d'avoir un avenir serein parmi les miens.
Étrangement, je ne l'imagine pas une seconde se comporter de la sorte. L'homme que je connais ne salira pas mon nom par vengeance mais il est probablement en colère. Comment ne pas l'être ?
Peut-être qu'il ne me dénoncera pas à la presse et peut-être même que je ne serai pas renvoyé de l'école mais je l'imagine bien la quitter, lui.
Il est venu ici car il n'avait nulle part où aller. Parce que les médias le harcelaient et qu'il lui fallait la protection de cette école pour pouvoir obtenir la paix. S'il ne se sent plus à l'aise ici à cause de ce que je viens de lui faire, il cherchera certainement un autre endroit où vivre.
Il partira.
Il n'a rien dit pour l'orphelinat. Il m'a offert l'opportunité d'apprendre à exécuter un Patronus corporel. Et en guise de remerciement j'ai profité de lui.
Il est…
Je suis amoureux de lui.
Je veux pouvoir le lui dire. Peu importe si Poudlard devient pour moi un enfer pire que l'orphelinat. Je veux pouvoir le lui dire.
Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé autour de moi. Tout ce que je sais, c'est que la chaleur est étouffante, que mon dos est trempé de sueur et que ma gorge est asséchée. J'ai soif, mais je ne fais rien pour y remédier. J'ai fini par ramener mes genoux contre ma poitrine. Mes bras les enserrent, et je sais que ce n'est pas la meilleure des idées.
Si quelqu'un me surprenait dans cet état, je m'en voudrais. Pourtant, je reste immobile, incapable de bouger, jusqu'à ce que quelqu'un arrive.
Il est derrière moi. Ma première pensée est que ce n'est pas Harry. Peut-être est-ce une bonne chose que ce ne soit pas lui. Je sens sa présence, indistincte, puis j'entends sa voix, et soudain, l'image se forme dans mon esprit.
— Tom Jedusor ?
Albus Dumbledore. Le directeur adjoint. Mon professeur de Métamorphose. L'homme qui m'a annoncé que j'étais un sorcier. Celui qui m'a tiré de l'orphelinat, mais qui n'a jamais rien fait pour m'empêcher d'y retourner chaque été.
Sa voix est incertaine, comme s'il doutait que ce soit bien moi, recroquevillé au bord du lac noir. Peut-être s'est-il habitué à me voir arpenter les couloirs, la tête haute. Peut-être a-t-il oublié d'où je viens, qui je suis vraiment. Il a toujours été effrayé par moi. Depuis que je lui ai révélé que je suis Fourchelang, et même bien avant cela. Dès notre première rencontre, quand nos regards se sont croisés, il m'a regardé comme… si j'étais une chose monstrueuse qu'il aurait préféré éviter.
Comme s'il pouvait percevoir la noirceur de mon âme et me condamnait pour elle.
Je le hais. Parce qu'il a décidé, dès notre rencontre, qu'il ne ferait rien pour m'aider. Il a vu ma douleur. Il a rencontré la directrice. Il sait ce qui anime mon cœur, et pourtant, il n'a rien fait. Albus Dumbledore n'a jamais levé le petit doigt pour moi. Peu à peu, j'ai commencé à le voir comme un ennemi. Et si, plus tard, il a éprouvé des regrets, s'il a voulu me tendre la main quelques années après, je l'ai froidement écartée. Je n'ai pas besoin de la compassion d'un homme que ma simple existence effraie.
Je ne lui réponds rien. Ma fierté me force à me relever, à me retourner et à le dévisager, je relève le menton. Je hais cet homme. Il est plus grand que moi mais plus pour longtemps.
Je peux voir plusieurs émotions traverser son visage : de l'inquiétude, de la colère, de la crainte, une forme de lassitude et, finalement, plus rien. Il baisse les bras. Je lis en lui comme dans un livre ouvert. Aujourd'hui non plus, cet homme ne me défendra pas.
Lorsqu'il s'exprime à nouveau, sa voix me semble désincarnée.
— Le directeur nous attend.
Je rassemble mes forces pour répondre, veillant à ce que ma voix reste aussi impassible qu'une surface de verre poli, ne trahissant rien des émotions qui m'agitent.
— Bien, professeur.
Et voilà, c'était le chapitre 5 ! Qu'en avez-vous pensé ? Vous a-t-il plu ? La suite arrive la semaine prochaine, mais en attendant, j'ai hâte de lire vos avis sur ce chapitre riche en rebondissements. On distingue vraiment trois actes principaux : la soirée entre Harry et Tom, le chantage de Nott et la réaction de Tom, puis enfin, le passage à l'acte !
